La douche écossaise - Dan Blantyre - E-Book

La douche écossaise E-Book

Dan Blantyre

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Beschreibung

Une banale histoire de violence conjugale, sauf qu'ici c'est l'homme qui en est la cible. Il aurait pu rendre coup pour coup, mais il était inconcevable pour lui de le faire "avec ces mêmes mains qui l'avaient tant caressée". Le silence des proches, l'incompétence de certains professionnels, la détresse des enfants... Le piège se referme. Comment sortir de cet enfer à huis clos et mettre toute une famille à l'abri ? Une belle réflexion sur l'amour et la haine.

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Seitenzahl: 150

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Table des matières

Préface

Avant

Le coup de foudre

Le désir d’enfant

Alex & Jade

Le déménagement

La naissance imprévue

Les premières violences

Le début des insultes

Ça se dégrade

La violence devient systématique

Avocats, experts, juges, gendarmes.

L’ultimatum

La procédure d’urgence

L’expertise insoutenable

Les gendarmes

Je craque

La course aux témoignages

Amertume, tristesse et inquiétude

L’accord de dernière minute

La vie sans eux

Le départ des enfants

Ils trinquent…

Stabiliser les enfants à tout prix

Mon retour auprès d’eux

La phobie du téléphone

Le bras de fer avec les enfants

Le vent tourne

Épilogue

Entretien

Postface

Remerciements

Préface

Ce livre s'adresse principalement à tous les témoins silencieux de la violence "banale", ceux qui ne savent que penser, que faire, lorsqu’ils apprennent qu’une personne proche – enfant, femme ou homme, ami(e), collègue ou voisin – est victime d'abus graves, verbaux ou physiques. Et, plus précisément, aux témoins de mon histoire, qu'ils l'aient été de façon involontaire ou en tant que professionnel (médiateur, avocat, gendarme, psychiatre, juge.), et qui n'ont pas su intervenir efficacement auprès de ma famille.

Chacun peut se retrouver dans un tel état de détresse qu'il n'est plus maître de ses pensées ou de ses actes. Il y aura toujours des personnes abusives et des personnes abusées. Mais, si on met de côté la minorité de ceux qui jouissent de façon vicieuse de la souffrance qu'ils infligent aux autres, les personnes violentes peuvent et doivent être ramenées à la raison, ne serait-ce que dans leur propre intérêt.

Je voudrais aussi apporter un soutien à tous les hommes qui souffrent en silence, car l'amour de leur partenaire s'est transformé en haine, en volonté de les détruire à tout prix. Sans oublier, bien sûr, les femmes victimes de la violence d’hommes. Cette violence-là est de même nature, mais peut avoir des conséquences physiques bien plus graves.

Une attitude que j'ai souvent constatée ou ressentie de la part de ceux qui assistaient à la désintégration de ma famille était la suivante : "Il doit être bizarre pour que sa femme lui tape dessus" ou "Il doit être faible pour laisser sa femme le taper comme ça." Autrement dit : "quelque part, il doit le mériter. " Certains hommes me disaient : "À ta place, je lui mettrais une bonne branlée."

Je crois que cette réaction viscérale que nous avons tous eue devant une personne affligée d'une maladie, d'un handicap ou d'un malheur revient à dire : "Il doit être différent, car ça ne m'est jamais arrivé à moi." Que l’on se rassure, "ça" peut arriver à n’importe qui, à n’importe quel moment... Et, dans ces moments-là, mieux vaut être entouré de personnes solides et averties.

Vous allez découvrir au fil de ces pages une femme "diabolique" et un homme "parfait". Il y a deux raisons à cette dichotomie. D'une part, lorsque l’on se trouve face à une grande violence qui met en danger sa propre vie, celle de ses enfants, voire même celle de son agresseur, on n'a pas le droit au moindre écart.

On doit rester sur le qui-vive à chaque instant, cherchant à apaiser les choses quand c'est possible, sans sombrer dans la même haine et la même violence que son agresseur. D'autre part, j'aimais ma femme et n'avais aucune raison de lui vouloir du mal. À tort ou à raison, il était inconcevable pour moi de lui porter des coups avec ces mêmes mains qui l’avaient tant caressée.

Écrit le mercredi 20 novembre 1996 à 16 h 20.

J’étais en train de mettre les chaussures de Laura et Jade, quand ma femme est entrée dans la chambre. Elle a commencé à m’insulter devant elles : "Langue de vipère, t’as une couille à la place du cerveau, pauvre minable, baisé de la tête ! " Puis : "Mais, c’est un coup dans la gueule que je vais te donner !". Elle n’a pas essayé de le faire. Je suis descendu avec les filles. Jade a voulu monter sur mon dos, mais j’ai hésité parce que ma femme était en bas et parfaitement capable de m’attaquer malgré la présence de Jade qui aurait pu tomber. Je suis allé dans mon bureau, suivi d’un torrent d’insultes, devant Alex, notre fils.

J’ai commencé à écrire ce qu’il venait de se passer quand elle est arrivée et a commencé à m’insulter à nouveau. Ma secrétaire est partie du bureau parce qu’elle ne supportait pas la scène. Je n’ai quasiment pas parlé, car je voulais éviter la violence. Ma femme a balayé les papiers sur mon bureau et est partie en m’enfermant à l’intérieur.

Ma secrétaire est revenue dans le bureau, alors que ma femme continuait à crier des insultes à travers la cloison de la porte. Je l’ai entendu partir en disant "Ton père ceci, ton père cela !" aux enfants…

Je voudrais rassurer mes enfants, mais j’ai le choix entre le faire, ou leur faire subir encore une crise de la part de leur mère.

Je devais m’en occuper, ce soir mercredi, mais je ne sais pas comment je le pourrais.

Avant

1987 - 1994

Le coup de foudre

J'ai trente-trois ans et vis en roue libre. J'habite un studio en banlieue lyonnaise et gagne ma vie comme prof d'anglais et traducteur médical. Écossais, je suis arrivé en France dix ans auparavant, une licence de microbiologie en poche. Je n'ai pas d'ambition particulière. Les femmes défilent, certaines partageant mon intimité plus longtemps que d'autres, mais aucune relation suivie ne s’est installée jusque-là. Pourtant, au fond de moi, je sais ce que je cherche : la femme avec laquelle je pourrais construire ma vie.

Cette femme, je l'ai rencontrée un jour dans mon salon de coiffure habituel. Elle est délicate, voire frêle : elle ne doit pas mesurer plus d’un mètre soixante pour cinquante kilos toute mouillée. Ses longs cheveux noirs et brillants encadrent un visage aux traits fins et aux pommettes hautes ; les cils de ses yeux marron foncé sont comme surlignés de khôl et ses paupières sont naturellement irisées. Impossible de lui attribuer une origine ethnique : elle semble réunir les meilleurs attributs de toutes les races humaines. Elle m'accueille et m’invite à m’asseoir avec un gentil sourire. Entre deux coups de ciseaux, elle me parle de tout et de rien. Je sens ses doigts qui frôlent doucement mon oreille. En réglant la note à la caisse, j'aperçois la naissance de sa poitrine sous sa blouse blanche.

Les jours qui suivent, je n'arrive pas à enlever cette coiffeuse de ma tête, alors que j'ai pourtant une demi-douzaine d'autres filles "sur le feu". Je me décide alors à glisser un mot sur lequel je gribouille mes coordonnées sous la porte de son salon de coiffure. Les jours passent, mais je ne reçois aucune réponse et me résigne à retourner à ma vie de célibataire, aux aventures sans lendemain. Et puis, un mois plus tard, dans ma boîte aux lettres, une carte postale : "Je ne cesse de penser à toi… Yamina. "

Nous nous donnons rendez-vous à la terrasse d'un café, Place Bellecour. Yamina arrive en retard, le visage caché par de grosses lunettes de soleil noires. Elle semble nerveuse. Elle m’apprend qu’elle est mariée, mais que "ça ne va plus". Le rendez-vous ne dure qu'un quart d'heure.

Une semaine plus tard, nous nous retrouvons dans un restaurant. À la fin du repas, elle propose de me raccompagner chez moi en voiture. Nous montons dans mon petit studio situé au cinquième étage. Nous faisons l’amour et je suis bouleversé. Jamais je n’ai connu un tel sentiment de désir partagé, une telle sensualité, une telle sensation de plénitude.

Pendant les semaines et les mois qui suivent, Yamina se rend chez moi dès qu'elle le peut, mais ce n'est pas assez souvent à mes yeux. Je souffre terriblement de ses absences. Voyant mon état, un ami me conseille de rompre temporairement en attendant que Yamina divorce, mais c'est plus fort que moi : je suis complètement accro à elle.

Enfin, elle s’installe dans mon studio et demande le divorce. Je suis comblé, mais elle manifeste parfois des sautes d’humeur qui me déstabilisent : son comportement change subitement. Des crises éclatent pour des raisons totalement dépourvues de sens : un commerçant qui tarde trop à la servir, une passante pas assez souriante à son goût ; n’importe quelle situation peut prendre soudainement des proportions démesurées. J'essaie de ne pas y accorder trop d'attention, car je sais qu’elle est sous pression à cause de son divorce. Je suis sûr que tout s'arrangera dès qu'il sera prononcé, dès que nous serons libres de nous aimer. Mais les crises se multiplient au fil du temps et son attitude irraisonnée m’inquiète de plus en plus. Elle s’énerve pour un oui ou un non, se braque, me rejette puis s’isole. Je me sens impuissant et ne sais que faire pour la calmer dans ces moments-là. Je ne veux pas renoncer à cet amour en raison d'un comportement qui est manifestement irrationnel, mais j'en souffre de plus en plus. Au fil des mois, notre vie de couple est rythmée par ses crises de nerfs, comme si elle avait le pouvoir de décider de la pluie et du beau temps. Lorsqu’elle se trouve dans son état "normal", nous sommes en parfaite osmose, nous vivons une passion dévorante, mais lorsqu’elle est en crise elle est odieuse et ingérable et notre quotidien devient lourd et pesant. Elle en veut à la terre entière et vocifère des propos blessants à toute personne qui n’abonde pas dans son sens, moi y compris.

Je finis par me rendre compte que, quoi que je fasse, son comportement ne changera pas et je me résous à la quitter. Je lui annonce le soir même. Envahi par un sentiment mélangé de rage et de profonde tristesse, je sors de l'appartement et m’engouffre rapidement dans la rue. Mais Yamina me poursuit, s’agrippe à moi les larmes aux yeux et me supplie de ne pas partir. Elle me dit être prête à tout faire pour gérer ses crises ; elle veut changer et se fera soigner si besoin. Je ne peux que la croire. Comment pourrait-il en être autrement ? Notre amour est unique, plus fort que tout.

Le désir d’enfant

Une fois son divorce prononcé, nous achetons ensemble un petit appartement dans le centre de Lyon. Très tôt dans notre relation, nous ne prenons aucune précaution : si Yamina doit tomber enceinte, ce ne sera que le fruit naturel de notre amour. J’entends encore ces mots qu’elle chuchote à mon oreille alors que nous venons de faire l’amour : "J’ai envie de te sentir pousser en moi."

Mais, une année s’écoule et aucun signe de grossesse ne se manifeste. Je ne suis pas inquiet : un an ce n'est pas très long, et de toute façon je ne suis pas pressé. Nous avons la vie devant nous. Mais Yamina semble contrariée et, sur les conseils de ses clientes, veut consulter un spécialiste. Nous prenons alors un rendez-vous avec un médecin qui nous explique, après examens, que Yamina est "stérile" : ses trompes de Fallope sont bouchées et aucune fécondation naturelle n’est envisageable. Sans le savoir, nous mettons le doigt dans un système bien huilé, qui va nous amener à subir une batterie de tests éprouvants et de lourds traitements. Malheureusement, les sautes d’humeur de Yamina reviennent de plus belle. Cette fois, je les mets sur le compte des examens et des traitements médicaux, mais aussi sur les stigmates de la stérilité. Après quelques tentatives ratées d'insémination artificielle, nous nous rendons dans une clinique spécialisée afin de rencontrer le docteur R, un médecin d’une quarantaine d’années, qui, selon les clientes de Yamina, obtient d’excellents résultats. Après une nouvelle série d’examens, nous tentons une "fertilisation in vitro" : les ovaires sont stimulés pour qu'ils produisent chacun de multiples œufs, puis on les récupère en les ponctionnant à travers le vagin pour les mettre en contact du sperme avant de remettre les embryons dans l'utérus. Yamina, qui déteste les piqûres, reçoit chaque matin pendant des semaines des injections d’hormones dans la cuisse ou les fesses. Puis, vient la récolte, qui consiste à introduire une longue aiguille à travers la paroi vaginale, sans anesthésie, afin d'aspirer une dizaine d’ovocytes parmi les plus mûrs.

Après une première tentative infructueuse, un nouveau transfert d'embryons est prévu. Nous avons rendez-vous un dimanche matin à la clinique où nous attend le docteur R., mais Yamina est très agitée et perd complètement le contrôle d’elle-même lorsque je lui rappelle qu’il est l’heure de se préparer. Je ne l’ai encore jamais vue dans un tel état. J’essaye de la calmer, de la rassurer, mais elle me lance des injures blessantes et hurle dans l’appartement. Elle veut tout abandonner. J’arrive tout de même à la convaincre que nous devons nous rendre au plus vite à notre rendez-vous, le temps presse.

Nous arrivons avec une heure de retard dans la clinique vide et silencieuse. Le Dr R. nous accueille et nous explique brièvement le déroulement de la procédure. Il nous propose de réimplanter cinq embryons, dans l'espoir qu'il y en ait au moins un qui "prenne". Yamina est d'accord, car elle veut mettre toutes les chances de notre côté, mais je sais que c’est une grave erreur. J’ai fait des recherches dans des livres médicaux et auprès de mes clients médecins, qui m'ont appris les risques associés aux grossesses multiples. Le "Livre Blanc" sur la procréation médicalement assistée, qui faisait autorité à l'époque, préconise de réimplanter un maximum de trois embryons. Après une brève discussion, où je ne fais pas le poids face à ce médecin expérimenté, il est décidé que quatre embryons seront implantés. Yamina se déshabille et s’allonge sur le lit, les pieds dans l’étrier. Il règne un calme troublant, une intimité malsaine partagée à trois entre ma femme, nue, les jambes écartées encadrant la tête du docteur et moi, me tenant un peu à l’écart, comme simple spectateur. Il introduit le speculum dans le vagin de Yamina, puis une très longue et fine seringue. Je regarde cet homme presser doucement sur le piston, répétant l'opération à quatre reprises, pour quatre embryons. Il demande à Yamina de rester allongée pendant un quart d'heure. Je ressens, presque physiquement, que chaque embryon est en train de coller à la paroi utérine. Yamina est calme et souriante. Sur le chemin du retour, nous observons le paysage défiler par la fenêtre du taxi, les yeux fixes, perdus dans nos pensées.

Trois jours plus tard, les tests confirment que Yami-na est enceinte. Le dosage de bêta HCG montre un niveau déjà très élevé. Nous nous rendons donc à la clinique pour une échographie de contrôle. Une tache blanche sur le fond noir de l’utérus correspond à un premier petit tas de cellules embryonnaires. À côté de celui-ci, on voit une deuxième petite tache blanche. Une grossesse gémellaire ! Sommes-nous passés en quelques jours du statut de couple stérile à celui de futurs parents de jumeaux ? Mais le scanner révèle une troisième tache blanche. Il y a donc trois embryons qui poussent dans le ventre de ma femme. Mes idées sont confuses et s’embrouillent. J’imagine déjà ce qu'implique une grossesse triple. Si tout se passe bien, dans neuf mois nous serons cinq dans notre appartement lyonnais de quarante mètres carrées.

Mais je sais aussi qu’il y a de fortes chances que tout ne se passe pas comme prévu. Les grossesses multiples sont à haut risque d'accouchement prématuré, et cela peut entraîner de lourds handicaps pour ces enfants. Sans compter les risques accrus pour la mère. Yamina est déjà épuisée, et ce n'est que le début de la grossesse. Le docteur R., se montrant toujours positif et rassurant, nous explique que l’un des trois embryons pourrait se décrocher spontanément, ne laissant "plus" qu'une grossesse gémellaire.

Dix jours plus tard, c’est un tout autre problème qui se déclare : Yamina est en "hyperstimulation ovarienne" et doit être hospitalisée d’urgence. Les ovocytes non ponctionnés et les embryons qui grandissent très vite produisent toutes sortes d’hormones qui peuvent mettre sa vie en jeu. Je passe la voir tous les jours pendant les deux semaines de traitement et de repos forcé à la clinique. Elle se montre très courageuse, douce, et même optimiste. Le fait de porter ces bébés tant voulus doit l’aider à tenir le coup. Avant sa sortie, le docteur R. planifie une nouvelle échographie de contrôle : les trois embryons sont toujours là, ils s'accrochent tous. Aucun ne veut se sacrifier pour les autres ! Le toubib s’adresse à nous d’un ton grave :

- Les risques associés aux grossesses triples sont graves. Il y a de grandes chances que vous accouchiez très prématurément et que vous perdiez les trois bébés ou qu'ils soient handicapés. Il serait donc plus raisonnable de pratiquer une réduction embryonnaire afin de donner toutes leurs chances aux deux embryons restants.

Yamina est révoltée et trouve cette idée barbare. Mais cette fois, je suis d’accord avec le docteur R : il faut préserver la santé de ma femme et faire le nécessaire pour que les enfants ne naissent pas avec de graves handicaps. Mais alors, quel embryon sacrifier ? Comment peut-on faire un tel choix ? De plus, le médecin nous explique qu’il y a également un risque que les deux autres embryons tombent après la mise à mort du troisième, par solidarité en quelque sorte…

- Il se trouve que deux des embryons sont regroupés, alors que le troisième est un peu à l’écart. C’est celui-ci qu’il faut enlever, conclut calmement le docteur R.

L’intervention a lieu dès le lendemain. Sous guidage ultrason, le médecin introduit une aiguille attachée à une seringue contenant un cocktail mortel à travers l’abdomen de Yamina et pique l’embryon "surnuméraire". La mort est instantanée.