La fête - René Maizeroy - E-Book
SONDERANGEBOT

La fête E-Book

René Maizeroy

0,0
0,49 €
Niedrigster Preis in 30 Tagen: 1,99 €

oder
-100%
Sammeln Sie Punkte in unserem Gutscheinprogramm und kaufen Sie E-Books und Hörbücher mit bis zu 100% Rabatt.

Mehr erfahren.
Beschreibung

Dans 'La fête', René Maizeroy nous plonge dans l'atmosphère vibrante et souvent tumultueuse d'une célébration familiale. Le récit se déroule en France pendant les premières décennies du XXe siècle, un contexte marqué par des bouleversements sociaux et des réflexions introspectives sur la nature des relations humaines. Le style de Maizeroy se distingue par une prose à la fois lyrique et réaliste, mêlant des descriptions minutieuses des personnages à des dialogues incisifs, révélant ainsi les tensions sous-jacentes et les nuances émotionnelles au sein de l'assemblée familiale. Cette œuvre illustre brillamment la fragilité des liens affectifs, exposant les attentes, les désirs et les rancœurs qui émergent lors des rencontres festives. René Maizeroy, né dans une famille bourgeoise, a été influencé par ses propres expériences avec les dynamiques familiales complexes. Son parcours intellectuel et ses réflexions sur la traditionalité et la modernité l'ont conduit à explorer les thèmes de la mémoire, des relations humaines et des conventions sociales. Ces éléments se reflètent largement dans 'La fête', où il ne se contente pas de narrer un simple événement festif, mais procède à une analyse profonde du comportement humain dans un cadre festif. 'La fête' est donc une recommandation incontournable pour quiconque s'intéresse aux subtilités des interactions humaines. Maizeroy réussit à capturer l'essence même des émotions complexes qui sous-tendent nos moments de joie collective, tout en éveillant une empathie envers les personnages. Cette œuvre offre une réflexion poignante sur la vie sociale, et incite chaque lecteur à examiner ses propres relations, rendant la lecture d'une pertinence incontestable pour notre époque moderne.

Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:

EPUB

Veröffentlichungsjahr: 2021

Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



René Maizeroy

La fête

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066081492

Table des matières

MARIAGE ROUGE
LE DERNIER PAS
LE ROUQUIN
L'HERMAPHRODITE
LE SINGE
LA VRAIE & L'AUTRE
CELLE QU'ON N'ACHÈTE PAS
LE MAUVAIS MIRAGE
LE FRISSON NOUVEAU
A L'OMBRE
PARVENU
LA FILLE AUX ROULIERS
LA LA DERNIÈRE PENSÉE DE TOM CLIBBOOTH
L'HOTEL A TOUT FAIRE
A PERPÈTE
LE MIRACLE DES CERISIERS
LA MILLIONNAIRE
RUPTURE
LA DATE ROUGE
LA DAME AUX GARÇONNIÈRES
LES BATTEUSES D'HOMMES
LA DONNEUSE DE PATIENCE
LE VOLEUR
LE PLEUREUR

MARIAGE ROUGE

Table des matières

————

Ils étaient comme d'une autre race, si dissemblables, si peu créés, on l'aurait dit, pour quelque heurt passionnel, fatal, où le cœur se donne tout entier, s'offre éperdûment aux sacrifices d'amour, que nul ne se serait jamais imaginé qu'ils auraient même la vague et passagère tentation d'un flirt...

La comtesse Sacha Borodine, exsangue, émaciée, comme pétrie de neige, avait ce charme des condamnées à mourir qui ont déjà dans la langueur maladive de leurs poses, dans la suprême dolence de leur voix, dans leur regard visionnaire, dans leur teint lilial comme quelque chose de surnaturel, de chimérique. En sa face lunaire, étrange, les yeux seuls luisaient, agrandis, cerclés d'un halo mauve, dardant sous de longs cils bouclés une flamme bleuâtre d'alcool, les yeux et la bouche voluptueuse, d'un arc adorable, qu'avivaient des retouches de carmin lourdes, exagérées, comme faites par des doigts de barbare. Et le corps sans cesse flottant dans de longues robes souples et fines paraissait presque impalpable, s'amincissait en fuseau de vierge, faisait songer aux beaux anges fabuleux qui mettent sur l'outremer et l'or des vieux vitraux l'éploiement de leurs ailes de cygne, le mystère d'un sexe inconnu. Le petit prince de Lübeck, disait d'elle: «Quand je valse avec Sacha, j'ai toujours peur de la perdre en route!»

Elle mangeait à peine, se soutenait avec des jus de viande à demi crue, des friandises pimentées, des fruits exotiques d'une saveur bizarre, et buvait comme un homme du Champagne brut et de l'eau-de-vie à pleins verres. Et, bien que la comtesse eut, comme la plupart des Slaves, le don de plaire, on ne se liait avec elle qu'à demi, comme avec l'arrière-pensée de la mort prochaine, la crainte égoïste d'avoir à la regretter, à la pleurer...

Monsieur de Graveuse, au contraire, réalisait au physique le type parfait de ce que l'on appelle en Angleterre un «athletic gentleman». Il avait des épaules de portefaix que n'épeurent pas les plus lourds fardeaux, la taille d'un cent-gardes et eût assommé un bœuf d'un coup de poing. Et, il atténuait cette apparence de mâle violent et rude par une de ces têtes qui attirent les femmes comme un miroir à alouettes, par des prunelles d'une nuance changeante, tantôt verte, tantôt bleue, qui se troublaient de désir, se décomposaient, avaient quelque chose d'égaré, de farouche, quand les frôlait, les attaquait, les défiait, les interrogeait un regard de coquette, de vicieuse ou de désœuvrée et aussi par des mains d'une surprenante délicatesse, effilées, expertes, douces, comme faites pour peigner des cheveux d'infante, pour dompter les querelleuses pudeurs de celles qui résistent jusqu'au bout et déshabiller une maîtresse sans qu'elle puisse se rebeller contre quelque maladresse. Insoucieusement, avec cette foi aveugle qu'ont certains hommes dans leur chance, il mangeait les restes d'une fortune qui avait été belle, décidé, le jour où il serait tout à fait à la côte à imiter les nombreux camarades partis en chasse de l'autre côté de l'eau, à se transformer en cowboy ou en chercheur de placers...

...Et en une convoitise de donner à l'amour, rien qu'à l'amour, le peu qui lui restait à vivre, de dépenser ses dernières forces, ses dernières parcelles d'existence dans les délices paradisiaques, dans les griseries du Baiser, de s'en aller vers l'éternel inconnu, vers le Néant où tout se désagrège, se fond comme en un noir creuset, de courir à la mort sans y songer, la joie dans le cœur et dans la chair, Sacha Borodine mit tout en œuvre pour que monsieur de Graveuse ne se détournât pas d'elle, consentît à l'épouser... Elle était veuve, aussi millionnaire qu'une de ces blondes miss qui viennent troquer leurs sacs de dollars laborieusement gagnés par le bon oncle Sam contre quelque beau vieux nom authentique. Sa malheureuse vie tenait à un fil de soie, n'intéressait même plus les médecins. Une aventure galante plutôt qu'un mariage et qui avait pour un fêtard comme Graveuse il ne savait quelle originalité macabre, quelle saveur énigmatique et âpre qui l'aguichait, l'inquiétait, lui fouettait les sens!

Il céda à ce caprice de malade et ils se marièrent. Tout autre homme que ce colosse robuste, inaltérable, eût été démoli au bout de quelques semaines par les assauts furieux, exaspérés que lui livrait cette folle d'amour, eût succombé en ces insatiables étreintes où l'on aurait cru qu'elle mettait autant de haine, de cruauté que de tendresse. Elle s'émiettait, se tuait, se consumait sans qu'il en parût las, un seul instant, sans qu'il implorât quelque trêve, sans qu'il essayât de se dérober. Il la bravait. Il lui arrachait des sanglots de bête, des clameurs d'extase, des prières reconnaissantes, infiniment tendres comme les oraisons délirantes de quelque sainte Thérèse possédée de Dieu. Et ce crépuscule d'amoureuse, cette lente fin en des flots de baisers avait la gloire magique, hallucinante, triste de ces couchers de soleil où il semble qu'un mystère d'hymen monte de la mer comme d'un lit jonché de fleurs qui attend l'époux, que la pourpre du ciel est faite du sang des innombrables cœurs, des pantelantes chairs blessées et meurtries par l'amour.

Au bout de quatre mois madame de Graveuse, épuisée, finie, n'ayant même plus la force de vaguer d'une fenêtre à l'autre au bras de son mari, la poitrine déchirée par d'affreuses quintes de toux, sentit qu'elle était perdue, qu'elle ne se guérirait jamais, qu'on la leurrait en vain d'espoir. Elle avait déjà en la blancheur des oreillers, le masque d'une morte, n'osait plus se regarder dans un miroir, demeurait, durant des heures, immobile, silencieuse, dans le demi-jour tiède de sa chambre, les yeux perdus dans le vide et par instants noyés de grosses larmes. Et une idée fixe s'était plantée comme un clou dans son cerveau encore lucide, s'y cristallisait de jour en jour, la hantait, décuplait les torturantes souffrances de sa longue agonie, l'unique pensée que lui, le mâle adoré et fort, l'homme aux douces caresses, aux regards ensorceleurs, aux douces mains savantes, ne la**** suivait pas hors de la vie, dans ce noir, dans ces ténèbres inconnus qui la guettaient. Il l'oublierait tôt ou tard. Plein de santé, vigoureux, jeune, il ne renoncerait pas à l'amour, aux tendresses qui sont le régal, le but, la consolation de l'existence. Il se donnerait à d'autres femmes comme il s'était donné à elle. Hélas, hélas! il leur murmurerait aux lèvres des paroles de folie et de joie, des promesses, de ces aveux qui font chaud au cœur comme si l'on buvait tout à coup à longs traits quelque philtre puissant!

Et une nuit enfin, comme monsieur de Graveuse, fatigué d'avoir veillé, sommeillait lourdement au fond d'un fauteuil, Sacha, réunissant en un suprême effort ce qui lui restait de vie, les nerfs tendus, peu à peu, avec des lenteurs glissantes, des rampements de bête blessée, s'arrêtant pour reprendre haleine, pour écouter la respiration forte et rythmique de celui qui dormait là à côté d'elle avec tant de sérénité, se traîna jusqu'à un meuble en bois des Iles et dont le tiroir était à demi tiré. Elle y prit, avec des précautions de voleur, un petit revolver, le palpa pour être bien sûre qu'il était chargé, puis continua sa route, pareille, sur le tapis, dans les vacillantes clartés de la veilleuse, à une longue larve blanche. Et quand elle fut aux pieds de monsieur de Graveuse, d'un geste cruel et sûr d'exécuteur, Sacha Borodine étendit le bras, visa à bout portant au cœur celui qu'elle avait condamné à mort et pressa la détente. Il ne poussa pas un cri, battit l'air de ses deux mains, ouvrit horriblement les yeux et s'écroula en travers du fauteuil comme une poupée qui glisse. Et l'ayant tué en beauté, comme il est dit dans Ibsen, très heureuse, voyant des lueurs de ciel dans les ténèbres futures, la comtesse Sacha mit ses lèvres sur la bouche de l'Adoré et attendit son tour...

LE DERNIER PAS

Table des matières

————

Pour rien au monde, peut-être par l'appréhension instinctive qu'il avait des aventures qui tournent mal, s'ébruitent fatalement, amènent d'odieuses disputes intimes, des crises d'où l'on sort amoindri, énervé, exaspéré contre le destin et avec comme des lourdeurs de boulets aux pieds, par un besoin d'existence calme, moutonnière, d'habitudes dont aucune secousse n'interrompt l'engourdissante monotonie, peut-être par un reste d'amour, de l'amour qui, en les primes années de leur liaison l'avait si tout entier asservi, à la beauté hautaine, dominatrice, au charme poignant de cette femme, monsieur de Saint-Juéry n'eût trompé sa vieille maîtresse.

Il se gardait presque craintivement des tentations, lui était fidèle, soumis comme un caniche. Il l'entourait de galantes prévenances, semblait ne pas s'apercevoir que ses lignes, autrefois harmonieuses, souples, s'empâtaient, que des rides marquaient d'un treillis inégal ce visage qui avait fait penser aux pétales des roses, que l'aurore ne se levait plus en ces yeux ternis. Il l'admirait quand même, comme aveuglément, lui prêtait des grâces chimériques, quelque chose d'automnal, la majestueuse et sereine douceur des crépuscules d'octobre, des dernières fleurs qui s'entr'ouvrent au-dessus des allées jonchées de feuilles mortes.

Mais bien que leur liaison durât depuis des années et des années, qu'ils fussent aussi étroitement rivés l'un à l'autre que s'ils eussent été mariés, bien que Charlotte Guindal l'obsédât de prières, de querelles incessantes à ce sujet, qu'il la crût d'une loyauté absolue, digne de toute sa confiance, de tout son amour, jamais monsieur de Saint-Juéry n'avait pu se résoudre à lui donner son nom, à régulariser, par le mariage, cette fausse situation.

Il en souffrait vraiment et cependant tenait ferme, se défendait, ergotait, cherchait des faux-fuyants, répondait des éternels et vagues «à quoi bon» qui mettaient Charlotte hors d'elle, l'enfiévraient de colère, lui emplissaient la bouche de paroles mauvaises et hargneuses. Et il demeurait inerte, passif, le dos courbé comme un cheval rétif sous les coups de fouet.

Etait-ce nécessaire en effet à leur bonheur puisqu'ils n'avaient pas d'enfants? Ne les croyait-on pas mariés? Ne l'appelait-on pas partout madame de Saint-Juéry et leurs gens doutaient-ils qu'ils servaient des «respectables»? Le nom qui de père en fils vous a été transmis intact, honoré, souvent auréolé de gloire, n'était-il pas comme un dépôt sacré auquel on n'a pas le droit de toucher? Qu'aurait-elle de plus en le portant légalement et supposait-elle un instant qu'elle en serait plus rehaussée, plus admise dans le monde, que l'on consentirait à oublier qu'elle avait été la maîtresse légitime avant de devenir la femme, qu'à ses débuts avant qu'il la sortît de la bohème où elle s'étiolait et se morfondait, Charlotte Guindal courait tous les cachets, exhibait ses jambes parmi les petits «fonds de revue» des Folies-Marigny et d'ailleurs?

Charlotte connaissait de trop vieille date ce caractère de bourru bienfaisant, à la fois raisonneur et entêté pour espérer qu'elle arriverait à mater ses rébellions et ses suprêmes scrupules autrement que par quelque bon tour de femme rusée, quelque scène de comédie adroitement jouée. Elle parut donc accepter ces bonnes raisons, renoncer à sa marotte, redevint en apparence d'humeur égale et conciliante, n'importuna plus monsieur de Saint-Juéry de ses récriminations.

Du temps se passa ainsi, calme, monotone, sans stériles batailles, sans assauts acharnés.

Charlotte Guindal avait pris pour médecin le docteur Rubatel, un de ces hommes adroits qui ont l'air de tout savoir et qu'un rebouteux de campagne réduirait en quelques questions à quia, traînent dans tous les mondes leur apparente valeur, exploitent la médecine comme quelque productive maison d'affaires véreuses, ont le flair des gens qu'ils manieront à leur guise comme de la cire molle, hanteront de l'effroi perpétuel de la mort et chez qui l'on règne bientôt en maître, l'on impose son influence, l'on arrondit peu à peu sa pelote; scrutent les consciences comme un prêtre malin, s'assurent des complicités lucratives dès qu'ils ont pris pied quelque part et drainent les secrets dont on peut se faire une arme ou des rentes à l'occasion. Il pressentit tout de suite que cette «ancienne» avait besoin de lui; et comme en une perversion inéluctable, il aimait les beaux restes de femmes savamment arrangés et offerts, ce goût faisandé qui émane de lèvres molles, attendries par des années d'amour, des cheveux gris plaqués de poudre, d'un corps qui livre ses suprêmes combats, qui rêve une dernière victoire avant d'abdiquer à jamais, n'hésita pas à devenir l'amant de sa nouvelle cliente.

Et quand vint l'hiver, il s'opéra tout à coup comme une métamorphose dans la santé jusque-là si intacte de Charlotte. Elle n'avait plus de forces, se trouvait mal pour la moindre chose, se plaignait de souffrances intérieures, passait des journées entières étendue sur une chaise longue, les yeux fixes, sans exhaler une parole, se mourait, on l'eût cru, dans les affres d'une de ces mystérieuses maladies qu'on ne peut pas dompter, qui consument peu à peu l'être et le jettent bas. C'était une tristesse de voir ce pauvre corps inerte s'affaler dans la blancheur des oreillers, ces yeux de femme, se voiler comme d'une brume funèbre, ces mains pendre sans force, cette bouche scellée comme par d'invisibles doigts. Monsieur de Saint-Juéry en était désespéré, en pleurait ainsi qu'un enfant et il souffrit comme si on lui avait enfoncé un couteau dans le cœur, le jour où le docteur, de sa voix onctueuse, lui dit:

«Vous êtes un homme, n'est-ce pas, cher monsieur, et je puis vous dire toute la vérité... Madame de Saint-Juéry est perdue, irrémédiablement perdue... Il faudrait un miracle pour la sauver et les miracles, hélas! ne sont plus de notre temps... La fin n'est plus qu'une question d'heures, peut arriver brusquement...»

Monsieur de Saint-Juéry s'était écroulé sur une chaise, sanglotait désolément dans ses mains crispées.

«Pauvre chérie, pauvre chérie, balbutiait-il par hoquets.»

«Remettez-vous, je vous en prie, et ayez du courage, reprit le médecin en s'asseyant près de lui; j'ai, en effet, à vous dire encore des choses graves, à vous exprimer le vœu suprême de notre pauvre mourante... tout à l'heure, avec des mots qui m'ont ému jusqu'aux larmes, elle m'a révélé le secret de votre double existence, de votre liaison... Et devant la mort qui vient, qu'elle sent déjà planer sur sa tête car, hélas! elle ne se fait aucune illusion, la malheureuse voudrait s'en aller en paix vers le ciel avec cette consolation d'avoir régularisé sa situation équivoque, d'être votre femme.»

Monsieur de Saint-Juéry se redressa, l'air égaré, les mains oscillant dans le vide, incapable dans sa douleur de manifester quelque semblant de volonté, de s'opposer à cet inattendu retour offensif.

«Oh! Tout ce que Charlotte voudra, docteur, tout, je vais moi-même le lui dire à genoux!»

...Et le mariage s'accomplit discrètement, funèbrement dans la chambre où s'amoncelaient de vagues ombres, où les paroles s'assourdissaient, avaient quelque chose de chuchotent, de recueilli, d'angoissé. Charlotte, prostrée, les yeux élargis comme par une béatitude, avait mis ses deux mains dans les mains frissonnantes de monsieur de Saint-Juéry et elle parut rendre l'âme en soupirant: «Oui» du bout des lèvres. Le médecin grave, impassible, engoncé dans sa cravate blanche, contemplait cette scène émouvante, les deux coudes sur la cheminée, les yeux comme allumés de gouaille derrière son lorgnon...

...La semaine suivante, madame de Saint-Juéry entra en convalescence, et cette guérison vraiment prodigieuse, que monsieur de Saint-Juéry raconte à qui veut l'écouler, avec des effusions de reconnaissance, a augmenté tellement la faveur du docteur Rabatel, qu'il sera nommé aux premières élections membre de l'académie de médecine...

LE ROUQUIN

Table des matières

————