La peur du rejet - KC Burn - E-Book

La peur du rejet E-Book

KC Burn

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Beschreibung

Les contes de Toronto, tome 3 À trente-cinq ans, Rick Haviland est un orthophoniste respecté. Alors que tous ses amis s'engagent dans des relations durables, il refuse d'abandonner sa vie sexuelle de clubbeur sans attaches. Pour lui, les relations sont dangereuses ; il a un secret à cacher. Quand il rencontre Ian O'Donnell, chargé de clientèle dans un tabloïd local, Rick compte sur ses propres règles pour le protéger d'une relation qui serait plus que passagère. Lorsqu'Ian révèle son homosexualité, lassé par les rencontres anonymes et de cacher des secrets à sa grande famille catholique, Rick est là, et il est justement le genre d'homme qu'il a envie de mieux connaître. Leur attirance est immédiate, électrique et mutuelle. Ian convainc Rick de briser de plus en plus de ses règles et ses défenses s'effondrent. Mais quelqu'un les surveille, quelqu'un qui aimerait voir cette nouvelle relation échouer. Lorsque le travail d'Ian devient une menace risquant d'exposer le secret de Rick, leurs carrières et leurs cœurs pourraient bien être détruits.

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Seitenzahl: 408

Veröffentlichungsjahr: 2015

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Copyright

Publié par

DREAMSPINNER PRESS

5032 Capital Circle SW, Suite 2, PMB# 279, Tallahassee, FL 32305-7886  USA

http://www.dreamspinnerpress.com/

Ceci est une œuvre fictive. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.

La peur du rejet

Copyright de l'édition française © 2015 Dreamspinner Press.

Titre original: Cast Off

© 2013 KC Burn.

Traduit de l’anglais par Ingrid Lecouvez.

Illustration de la couverture :

© 2013 Reese Dante. http://www.reesedante.com

Les éléments de la couverture ne sont utilisés qu’à des fins d’illustration et toute personne qui y est représentée est un modèle

Tout droit réservé. Aucune partie de cet e-book ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut le photocopiage, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Dreamspinner Press, 5032 Capital Cir. SW, Ste 2 PMB# 279, Tallahassee, FL 32305-7886, USA http://www.dreamspinnerpress.com/.

Édition e-book en français : 978-1-63476-400-1

Première édition française : mars 2015

Première édition : septembre 2013

Édité aux Etats-Unis d’Amérique.

Remerciements

Comme d'habitude, je dois remercier mon équipe de supportrices : Alex, Dottie et Chudney. Je ne serais pas ici sans vous. Je voudrais également remercier le « Mantastic Book Club » pour m’avoir prêté une oreille attentive et m’avoir écoutée pleurnicher. Mesdames, vous êtes fabuleuses ! Et Dolorianne, merci pour le brainstorming supplémentaire.

I

FRONÇANTLES sourcils, Rick Haviland passa une main sur ses abdominaux. Oui, le tee-shirt rose était aussi moulant que les vêtements qu’il mettait pour sortir en boîte, mais il était passé, miteux comme tout et quasiment en train de partir en lambeaux. Mais bon, il se rendait seulement chez son ami Davy pour l’aider, lui et son nouveau petit copain Kurt, à peindre leur maison, et bien qu’il n’ait absolument aucune intention de couvrir de peinture ses vêtements de tous les jours, il voulait aussi paraître à son avantage.

En partie parce que c’était ce que ces amis attendaient de l’éternel clubbeur qu’il était, et en partie – bêtement peut-être – à cause de Kurt.

Kurt était un flic à tomber, qui malheureusement appartenait – lèvres, queue et cul – à Davy. Cependant, même s’il l’avait dragué plutôt agressivement avant que Kurt et Davy se mettent ensemble, Rick n’aurait en fait pas couché avec l’inspecteur sexy, peu importait la fréquence avec laquelle il apparaissait dans ses fantasmes. À la seconde où il avait posé les yeux sur Kurt, il l’avait étiqueté comme un ‘coup d’une vie’. Rick ne couchait pas avec les coups d’une vie. On ne pouvait pas faire confiance à un mec à ce point sérieux, de même qu’un mec sérieux ne pouvait pas lui faire confiance. Il savait personnellement à quel point les relations sentimentales pouvaient méchamment détruire les gens, et il était déjà suffisamment perturbé sans y ajouter un cœur brisé, ou pire.

Cependant, cela ne voulait pas dire qu’il n’aimerait pas que Kurt lui jette un regard appréciateur ou deux. Peut-être irait-il jusqu’à un rapide pelotage. Davy ne lui en voudrait certainement pas pour ça. Kurt avait été récemment blessé dans l’exercice de ses fonctions et le scénario intégral du héros blessé avait bien fonctionné pour lui. Pendant le séjour de Kurt à l’hôpital, cependant, Rick avait eu trop peur pour son ami pour même flirter. Il ignorait comment Davy pouvait supporter de lier sa vie à un mec avec un travail si risqué. Les relations étaient déjà bien dangereuses à elles seules.

La sonnette retentit, le tirant de la contemplation de sa tenue. Il dévala les escaliers, même si c’était probablement pour se faire embarquer dans une discussion théologique avec ces charmants garçons que les mormons insistaient à envoyer pour ‘répandre la bonne parole’. Rick ne devrait jamais ouvrir cette satanée porte pour eux, mais il se régalait à engager la conversation avec de jeunes hommes qui avaient à peine l’intelligence de débattre correctement, et il ne semblait jamais avoir la force de fermer la porte jusqu’à ce que les deux parties soient extrêmement frustrées. Pourtant, avec un tee-shirt si serré que ses mamelons déchireraient probablement le tissu s’ils durcissaient, peut-être réussirait-il à séduire l’un d’eux jusque dans son antre.

Rick ouvrit la porte en grand, la hanche rejetée sur le côté, la meilleure position pour exposer son bas ventre.

— Rick, souffla Oscar, son regard plongeant exactement là où il l’avait espéré, même si Oscar n’avait pas été la cible visée.

— Oscar. C’est une surprise.

Rick cilla. Ils avaient couché ensemble la nuit dernière chez Oscar et Rick était parti peu après minuit. Qu’il se montre sur son perron moins de douze heures plus tard était inhabituel, pour le moins. Mais là encore, en tant qu’interne en médecine, ses horaires étaient souvent bizarres.

Oscar avança jusque dans l’espace personnel de Rick, puis chercha à obtenir quelque chose de bien plus personnel de ses fesses en les lui agrippant d’une main ferme.

— Ne t’ai-je pas épuisé la nuit dernière ? demanda Rick.

Le sexe dur pressé contre son ventre et les lèvres sur son cou étaient une réponse en soi, et la réponse était un non clair et définitif.

Oscar ondulait contre lui et le souffle de Rick se fit plus court.

— Tu aurais dû rester la nuit dernière, murmura Oscar.

Le souffle chaud fit frissonner Rick, mais les mots déclenchèrent un frémissement qui remonta le long de son dos. Il ne donnait pas dans les nuits complètes. Il ne laissait aucun de ses coups rester chez lui non plus, peu importait à quel point ils étaient éreintés.

Pourtant, avec les lèvres talentueuses d’Oscar et sa langue qui sabotait sa détermination à ne pas arriver en retard à la ‘partie de peinture’, Rick décida d’ignorer les mots. Oscar connaissait le résultat du jeu. Rick avait fait très attention à lui expliquer que leur seule relation serait d’ordre sexuel.

La main d’Oscar se fraya un chemin vers le devant de son jean, prenant en coupe son érection bourgeonnante, ses doigts se tortillant sous ses testicules.

Saisissant le cul ferme d’Oscar, Rick envoya ses bonnes intentions aux flammes brûlantes de sa libido. Il serait définitivement en retard à la partie de peinture de Davy et Kurt. Pour la meilleure raison : être baisé par un mec qui savait ce qu’il faisait.

— Ou j’aurais pu venir ici hier. Et passer toute la nuit.

Oscar termina sa phrase avec une morsure ferme sur le lobe de son oreille.

Rick se figea. C’était certainement une tentative boiteuse d’Oscar d’instiller de l’érotisme dans ses paroles, et non son seul plan cul qui se transformait en coup d’une vie devant ses yeux.

Oscar continua à le caresser, gardant sa queue intéressée, ce qui convenait à Rick même s’il n’était pas sûr que ce soit une bonne idée.

— Euh, Oscar…

Rick poussa contre son épaule sans conviction.

Redressant la tête, Oscar regarda profondément dans les yeux de Rick.

— Nous devrions emménager ensemble.

Ce sentiment totalement inopportun donna à Rick la force de s’écarter.

Nom de dieu ! Rick avait normalement un nombre de potes réguliers avec lesquels il s’amusait, tous attentivement choisis pour être bons au pieu, prudents avec leur santé sexuelle et n’ayant aucune envie d’une relation durable. Oscar était le seul qu’il avait en rotation à l’heure actuelle après qu’il eut mis un terme au statut ‘plan cul’ d’Ivan. Ivan, au moins, avait reconnu que Rick n’était pas capable de connexion émotionnelle, mais à l’inverse de la plupart des réguliers de Rick, ils étaient restés amis. Oscar ne prenait pas ce chemin. Certainement pas avec cet assaut frontal.

— Oscar, nous n’allons pas emménager ensemble. Je ne donne pas dans les relations durables. Tu te souviens ?

Il avait des règles qui empêchaient que cela arrive. La plupart du temps, il perdait des gars parce qu’ils décidaient qu’ils voulaient finalement s’installer, mais c’était rarement avec lui. Rick ne rencontrait jamais leur famille et s’assurait toujours d’avoir un moyen de transport s’ils se rencontraient quelque part.

L’homme essaya de l’attraper, les bras comme des tentacules, mais Rick exécuta un pas léger de côté pour leur échapper.

— Allez, Rick. Je sais que tu ne vois personne d’autre à l’heure actuelle. Nous sommes déjà pratiquement dans une relation.

Les sourcils de Rick montèrent haut sur son front. Il se pouvait qu’il n’y connaisse pas grand-chose en terme de relations, mais ce n’était pas parce qu’aucun d’eux ne voyait quelqu’un d’autre que cela signifiait automatiquement qu’ils en vivaient une ensemble. C’était exactement la raison pour laquelle il était énervé. Plus il vieillissait, plus il était dur de trouver des mecs adéquats à mettre en roulement. Et maintenant, il allait se retrouver dans la regrettable position de… devoir auditionner. Il devrait probablement être plus enthousiaste, mais avant tout, il en voulait férocement à Oscar de le mettre dans cette situation en devenant non seulement un mec prêt à s’engager, mais en plus un mec qui voulait garder Rick.

— Tu es fou ? Il faut plus que quelques baises et un manque de concurrence pour faire une relation. Tu dois t’en aller.

Oscar lui adressa un regard blessé qui devait vraisemblablement se vouloir attendrissant, mais Rick en avait fini.

— Rick, bébé. Nous pourrions être si bien ensemble. Et le cul était épique.

Comment un mec qui parlait comme un surfeur défoncé avait-il réussi l’école de médecine, de toute façon ?

— Non. Dehors. Ne m’appelle pas. Pas d’attaches, pas de relations. Tu dois partir.

Rick carra les épaules et croisa les bras, espérant avoir l’air aussi fermé que possible.

Les yeux d’Oscar s’agrandirent, et ses joues rougirent.

— Mais, je pense que je t’aime.

Rick leva les yeux au ciel.

— Ridicule. Si tu veux un petit ami, sors et va en chercher un. Tu es vraiment canon, tu ne seras pas célibataire longtemps, mais je ne suis pas ce mec.

Amoureux de lui ? S’il vous plaît. Il poussa Oscar en dehors de chez lui et claqua la porte, tirant les verrous. S’appuyant contre elle, il attendit les inévitables coups qui signifieraient qu’Oscar n’avait pas laissé tomber. Il n’eut à attendre que quelques secondes, mais ce fut malgré tout un choc suffisant pour faire battre son propre cœur un peu plus fort.

Oscar appela son nom, cajola, supplia. Le portable de Rick sonna et sonna encore. Il gémit. Si Oscar l’obligeait à changer son numéro, il allait être vraiment très énervé. La première chose qu’il allait faire serait de bloquer son numéro de téléphone.

Dix minutes passèrent comme ça et Rick commençait juste à se demander s’il devait appeler la police quand les pneus de la voiture d’Oscar crissèrent finalement dans l’allée. Rick allait avoir besoin de se calmer un peu avant de rejoindre Davy et Kurt. Il glissa sur le sol, attendant que son pouls revienne à la normale.

Il devrait se dépêcher s’il ne voulait pas être trop en retard. Être en retard demanderait des explications. S’il avait été retardé parce qu’il s’était fait baiser, cela aurait été une chose, mais il ne voulait pas expliquer ce fiasco à ses amis. Ils lui auraient probablement suggéré de lui laisser une chance, mais il n’y avait aucun moyen que cela arrive.

LEPETIT pavillon bien entretenu n’était pas hanté. Ce n’était pas le refuge de tueurs en série et il n’était pas infesté de cafards. Cependant, Ian O’Donnell avait l’estomac retourné et de la transpiration rendait ses paumes moites à la pensée de sonner à la porte. La seule chose effrayante à l’intérieur était son petit frère, Kurt, qui était tombé amoureux d’un homme appelé Davy, et qui avait choqué toute la famille en annonçant qu’il était gay à sa propre putain de fête d’anniversaire.

Personne n’avait été contrarié ou en colère ou odieux. Personne sauf Ian. Il avait quitté la fête, évitant Kurt et le reste de la famille pendant des mois. Ce n’était pas la première fois qu’Ian avait pensé que le bébé de la famille avait une vie plus facile que le reste d’entre eux, mais c’était la première fois qu’il avait laissé ses sentiments insidieux interférer dans sa relation avec son frère. Ensuite, son stupide frère s’était fait tirer dessus dans l’exercice de ses fonctions et les sentiments blessés d’Ian avaient cessé d’importer. Tout ce qui comptait, c’était d’arranger les choses avec Kurt, si seulement il savait comment.

Jetant un coup d’œil aux voitures dans l’allée alors qu’il arpentait le trottoir, il se demandait s’il serait plus facile ou plus difficile de parler à Kurt alors que d’autres personnes étaient présentes. Il avait conduit jusque chez Kurt des douzaines de fois depuis qu’on l’avait laissé sortir de l’hôpital et, aussi tentant que cela soit de rentrer chez lui et d’attendre un autre moment, c’était la première fois aujourd’hui qu’il avait été capable de se persuader de sortir de la voiture.

Kurt devait lui pardonner, même si Ian avait été un idiot égoïste et égocentrique. Si Ian avait altéré de façon irréparable sa relation avec son frère, cela laisserait un trou dans sa vie qu’il ne pourrait jamais remplir, et il ne pourrait blâmer que lui-même.

Avec une profonde inspiration, il remonta l’allée à grandes enjambées et sonna à la porte.

Un homme mince et débraillé le fit entrer dans la maison, le menant à Kurt.

Il y avait autres hommes dans la pièce, et l’odeur de peinture fraîche était lourde dans l’air, mais il le remarqua à peine.

— Que fais-tu ici ?

Son petit frère se leva et fut immédiatement flanqué d’un homme aux cheveux sombres et d’un blond. L’un d’eux devait être Davy.

Ian ne savait pas comment répondre à cette question posée sur un ton presque agressif. Il voulait juste prendre Kurt dans ses bras, mais ne savait pas si le geste serait bien accueilli ou même douloureux. Ian était allé à l’hôpital, mais il n’était entré dans la chambre que lorsque Kurt était endormi, incapable de faire face à son frère et à sa propre honte.

Les rides légères de chaque côté de la bouche de Kurt lui indiquaient qu’il endurait toujours la douleur, et cela le tuait de voir souffrir son frère.

Kurt avait l’air… mieux qu’il l’avait été à l’hôpital, mais considérant qu’il avait été bien plus grand et plus musclé qu’Ian, le poids qu’il avait perdu après avoir été blessé le faisait apparaître presque frêle. Ian avait envie de tourner les talons et s’enfuir, mais il ne pouvait pas.

— Oh mon Dieu, Kurt ! C’est l’un de tes frères ?

Le ton incrédule dirigea brièvement l’attention d’Ian vers le petit homme blond debout à côté de son frère. Ian ravala sa surprise. Le mec était absolument adorable. Le tee-shirt élimé rose pâle s’étirait sur un torse et des abdominaux bien formés. L’homme n’était en aucun cas bardé de muscles, mais il avait l’air fort et ferme, comme un danseur de ballet. Il y avait un petit trou dans le col de son tee-shirt et Ian voulut y faufiler un doigt et tirer dessus d’un coup sec pour déchirer le tee-shirt et dénuder la peau dorée. Le jean taché de peinture et quelque peu lâche pouvait s’avérer plus problématique, mais il y avait une déchirure en haut d’une cuisse qui suggérait toutes sortes de choses à Ian.

— S’il te plaît, dis-moi qu’il est gay lui aussi !

L’intérêt dans sa voix et ses yeux ne prêtaient pas à confusion, et malgré la tâche qui avait amené Ian ici, il ne put s’empêcher de soutenir le regard du blond. S’ils avaient été dans un club, cela n’aurait été qu’une question de minutes avant qu’ils se retrouvent dans les toilettes, la back-room, ou la ruelle. À moins, bien sûr qu’il s’agisse de Davy, l’homme avec lequel son frère avait emménagé. Dans ce cas, il espérait que le mec n’était pas le genre à suivre la promesse qui filtrait dans ses yeux.

— Il est hétéro, dit Kurt avec à peine une inflexion dans la voix.

On y était. Déjà. Le moment de vérité. Ian avait envie de vomir.

Mais la vérité était tout ce qu’il pouvait offrir. La seule chose qui pouvait combler la brèche. La vérité qu’il n’avait jamais dite à personne sachant son nom complet et encore moins en quel super héros il aimait se déguiser quand il était enfant.

— En fait non.

Le blond poussa un cri aigu affichant une expression d’enthousiasme excité qui présageait une bonne baise, mais sa queue devrait prendre un ticket le temps qu’il règle les choses avec son frère. Le même frère qui le regardait d’un œil noir comme s’il pensait qu’Ian lui jouait une plaisanterie particulièrement cruelle. Les lèvres de Kurt s’étrécirent, son visage sévère de flic en étant une preuve évidente, et il agrippa Ian par le bras, le dirigeant vers la porte menant au sous-sol. Kurt relâcha son étreinte de fer et indiqua d’un geste de la main qu’Ian le précède dans les escaliers.

Ian descendit dans les ténèbres, comparant le grincement des marches à la bande originale d’un film le menant à sa mort certaine.

— Hé, tu ne m’emmènes pas là en bas pour me tuer au moins, n’est-ce pas ?

Kurt grogna.

— Je devrais, espèce d’idiot.

— Un sol en terre pour enterrer mon corps ?

Ian ne pouvait s’empêcher de tirer sur la corde.

— Tu es très loin du compte. C’est notre salle de gym personnelle.

Son frère alluma les lumières, éclairant une pièce complètement équipée d’appareils de musculation. Pendant un moment, il fut distrait. Faire du sport n’était pas son activité préférée – Kurt était le dingue de musculation dans la famille – mais il pouvait facilement se voir travailler dans une pièce pleine d’appareils hauts de gamme comme celle-ci.

— Oh mon Dieu, Kurt. C’est incroyable.

Davy était-il aussi un allumé de musculation, ou cette pièce était-elle entièrement celle de Kurt ?

— Arrête de tergiverser. De quoi est-ce que tu parles ?

Seigneur, n’en ai-je donc pas déjà dit assez ? Est-ce que je vais devoir l’épeler à haute voix et dessiner des diagrammes ?

— Sérieusement, Ian, que voulais-tu dire là-haut ?

Kurt avait l’air assez en colère pour le frapper. Même sa récente blessure par balle ne l’empêcherait probablement pas d’amocher Ian s’il choisissait de le faire.

Diagrammes et épellation, donc. Ian commença à faire les cent pas, essayant de choisir le meilleur point de départ.

— Je… je suis gay aussi.

Kurt fronça les sourcils.

— Et toutes ces filles ? Ces strip-teaseuses ?

Sa famille entière pensait qu’il était un coureur invétéré. Se jetant sur tout ce qui portait une jupe – du moins en leur présence. En ce qui le concernait, cependant, il valait bien autant qu’un coureur, mais s’il n’y avait pas de queue, il ne donnait jamais de seconde chance.

— Je pourrais te poser la même question. Tu as eu des petites amies.

Mais Kurt avait eu le courage de faire ce qu’Ian n’avait jamais pu, et Ian n’avait pas pu s’empêcher de détester son frère, juste un peu, pour ça.

— Donc, tu viens juste de t’en apercevoir ?

La légère nuance de scepticisme dans le ton de Kurt informa Ian qu’il n’avait pas arrangé les choses, pas encore. Kurt continuait de penser qu’il pouvait être la victime d’une plaisanterie, comme quand ils étaient gosses. Ils avaient cinq autres frères et sœurs, mais seulement les trois plus jeunes – lui, Kurt et Dylan – avaient toujours semblé avoir une fascination sans fin et prendre un certain plaisir à se tourmenter les uns les autres. Ceci, cependant, n’était pas le sujet à choisir pour ce genre de plaisanterie. Ian le savait mieux que la plupart des gens et il ne ferait jamais ça à Kurt, donc ça le peina que Kurt ne lui fasse pas confiance.

— Non, je m’en suis rendu compte il y a un moment. Des années. Les femmes étaient juste une couverture.

Cela faisait maintenant presque vingt ans qu’il cachait sa sexualité, effrayé de laisser quiconque, même les personnes les plus proches de lui, connaître ce noir secret. Quand Kurt était sorti du placard auprès de leur famille – sans aucune répercussion – ça avait brisé Ian quelque part à l’intérieur. En plus d’une myriade d’émotions négatives qui avaient émergé parce que garder sa sexualité secrète était complètement superflu, il en avait voulu à mort à Kurt. Il avait laissé sa jalousie et sa colère submerger tout son bon sens, et maintenant il ne lui restait plus que sa honte et sa culpabilité.

— Des années ? Tu es sérieux ? Mais pourquoi, bon sang ?

— J’avais peur. Je pensais que je perdrais tout le monde. Alors, je l’ai caché. Quand tu me l’as dit, tout… content de toi… et confiant, je pensais que tu l’avais découvert et que tu te moquais de moi. Ensuite, quand j’ai réalisé que tu disais la vérité, et que tout le monde l’avait accepté sans aucun problème, j’étais en colère contre toi.

Ian baissa les yeux sur ses pieds, incapable de faire face au reproche qui devait se trouver dans le regard de Kurt. Son petit frère avait été le plus courageux des deux, ouvrant la voie pour lui, et il avait quand même été un putain de lâche.

— Viens ici.

Kurt l’attira dans une étreinte. Ian ne méritait pas le pardon de Kurt, mais il le prendrait. Il s’accrocha aux fortes épaules de son frère, ses yeux le brûlant. Il ravala un sanglot et enfouit son visage dans la chemise de Kurt. Il s’était senti très seul en restant à l’écart de sa famille, mais ne pas parler à Kurt et Dylan régulièrement avait été presque insupportable.

Son frère l’encouragea à se diriger vers un banc couvert de vinyle, et ils s’assirent en silence pendant un moment, le temps qu’Ian se reprenne.

— Est-ce que tu vas le dire à tout le monde ?

— Ouais. C’était en train de me tuer, de prétendre. Je n’arrive pas à croire que tu as eu le courage de l’avouer à ta propre fête d’anniversaire.

Dès qu’il avait retrouvé ses couilles, où qu’elles aient disparu, Ian avait décidé qu’il était temps de faire le ménage. Kurt était seulement le premier arrêt. Leur mère préparait un dîner de famille tous les dimanches. Tous ses frères et sœurs et leurs enfants ne se montraient pas chaque week-end, mais Ian se fichait de savoir qui serait là. Ses parents étaient les prochains sur sa liste. Après ça, les autres cinq frères et sœurs devraient être une promenade de santé.

— Eh bien, j’ai eu une motivation. As-tu vu mon petit ami ? demanda Kurt avec un grand sourire.

Ian sourit en réponse et essuya ses yeux humides.

— Le mignon petit blond avec le tee-shirt rose ?

Le blond avait été le mec le plus sexy dans une pièce pleine de mecs canons, il était donc juste normal que Kurt l’ait déjà revendiqué.

— Tu as un petit ami ?

— Non, juste beaucoup d’aventures sans lendemain.

Beaucoup. Il ne savait absolument rien sur le fait d’avoir un petit ami.

— Eh bien, viens là-haut. Laisse-moi te présenter Rick.

— Rick ?

Le blond ne ressemblait pas beaucoup à un Rick, mais ce serait un nom facile à crier pendant qu’il s’enverrait en l’air.

— Le mignon petit blond avec le tee-shirt rose. Mon Davy est le grand aux cheveux sombres.

— Allons-y. Je vais rester et vous aider, si tu veux bien.

RICKENVOYA un rouleau trempé de peinture frapper le mur, causant un léger retour de fines gouttelettes. Seigneur, quel idiot ! Il passa le rouleau de haut en bas jusqu’à ce que toute la peinture qui le couvrait soit utilisée, puis le reposa sur le plateau avant d’essayer d’essuyer les éclaboussures jaune citron sur ses bras. Il réussit seulement à étaler le jaune le long de ses avant-bras.

Il ne savait pas pourquoi il avait été si désinvolte avec Ian. Lui, mieux que quiconque, savait à quel point cela pouvait être difficile de sortir du placard. Bien sûr, le mec devait avoir une idée sur la façon dont sa révélation serait reçue, étant donné que la révélation en question était faite à un frère déjà gay qui avait emménagé avec son petit ami. Davy lui avait dit que Kurt et son frère s’étaient éloignés ces derniers mois, pensant que cela avait quelque chose à voir avec l’annonce de Kurt concernant son homosexualité, mais Kurt était une personne très privée et Rick n’avait rien entendu de plus. Pour ce qu’il en savait, l’éloignement pouvait s’être fait au sujet de quelque chose d’entièrement différent. Les histoires de famille n’étaient pas du tout les affaires de Rick, bien qu’il puisse faire une exception dans le cas d’Ian.

En supposant qu’Ian ne le déteste pas d’avoir agi comme un idiot superficiel. Rick avait mis en valeur le côté clubbeur-qui-ne-pense-qu’au-cul dès qu’il avait vu Ian, et réagi avant d’avoir réalisé la signification des mots d’Ian pour le reste du monde et non pas seulement sa queue.

Rick avait toujours eu un petit faible pour Kurt, avec son extérieur de flic sévère et ses muscles gonflés. Mais Ian était comme une version plus alléchante, raffinée et polie, avec des cheveux noirs au lieu de bruns et des yeux bleu pâle au lieu de bleu foncé, très bien foutu.

— Hé, Rick.

La voix profonde de Kurt le fit se retourner et, comme si ses pensées l’avaient conjuré, Ian était là.

— Euh, salut.

Non, il ne ferait pas de miracle avec cette oraison extraordinaire.

— Rick, je te présente mon frère, Ian. Ian voici mon ami, Rick.

Les yeux soulignés de rouge d’Ian et la timide vulnérabilité dans son expression réveillèrent quelque chose au plus profond de Rick. Même si Ian était un coup d’une vie comme Kurt, il ne pouvait se résoudre à l’écarter comme ça. Pas après son manque de considération un peu plus tôt.

Il tendit la main.

— Ravi de te rencontrer, Ian.

Ian prit sa main.

— Heureux de te rencontrer également.

La chaleur était de retour, la chaleur qu’il aurait juré avoir vue plus tôt quand Ian avait promené son regard sur Rick de la tête aux pieds, et en particulier sur un endroit précis entre-deux. Ian tint sa main plus longtemps que la coutume l’exigeait et frotta l’intérieur du poignet de Rick avant de le relâcher. La chair de poule s’étendit le long du bras de Rick au contact révélateur, et pourtant subtil.

Ian se tourna vers son frère.

— Je pense que je vais rester ici, aider Rick.

Kurt leva les yeux au ciel et partit. Le cœur de Rick se mit à battre plus vite quand il réalisa qu’ils étaient seuls.

— Alors, je suis presque sûr que la peinture est supposée être étalée sur le mur.

Ian sourit de toutes ses dents et la timidité disparut en un éclair alors qu’il tendait la main et passait un doigt sur la joue de Rick, descendant le long de son cou jusque sur sa clavicule.

Le sang se répandit sous sa peau, le réchauffant et faisant gonfler son sexe. La combinaison d’embarras et d’excitation soudaine et violente était déconcertante, mais pas complètement déplaisante.

— Peut-être que tu devrais me montrer comment faire.

La voix de Rick avait baissé et la dilatation des pupilles d’Ian, rétrécissant l’anneau d’un magnifique bleu iris, lui indiqua qu’aucun d’eux n’était plus que ça emballé par l’idée de peindre. Une bonne chose que l’irritation de Rick un peu plus tôt l’ait incité à travailler vite… la cuisine était presque finie.

Ian glissa un doigt dans un trou du tee-shirt de Rick et le contact inattendu de la peau sur sa poitrine fit palpiter son sexe, le mettant dans un état d’excitation totale.

— Peut-être que je le devrais. Parce qu’à mon avis tu as ruiné ce tee-shirt.

Les mots d’Ian furent accompagnés d’un bruit de déchirure alors qu’il poussait son doigt à l’intérieur. Il n’alla pas loin, et le trou n’était pas beaucoup plus gros qu’avant, mais Rick se sentait presque nu. Un coup d’œil à l’entrejambe d’Ian lui confirma qu’ils étaient bien sur le chemin d’un plaisir mutuel. Rick voulait ouvrir le jean d’Ian d’un coup sec et le sucer, juste là, dans la cuisine de Davy. Mais si Davy ne les tuait pas, Kurt ne se gênerait probablement pas pour leur faire sérieusement savoir ce qu’il en pensait. Il avait beau être un magnifique morceau de flic gay, Kurt était d’une pruderie alarmante.

Une fois qu’ils seraient seuls, Ian déchirerait-il simplement son tee-shirt ? Ce n’était pas aussi facile qu’il y paraissait dans un porno, mais Rick frissonna à la pensée qu’on le lui fasse.

Ian s’approcha davantage et empauma sa queue. Rick grogna et ses hanches tressautèrent contre la pression chaude et bienvenue.

— Tu veux qu’on s’en aille d’ici ? demanda Rick en copiant le geste d’Ian et en étant récompensé d’un gémissement.

— Oui, mais j’ai dit que j’aiderai.

Ian fronça les sourcils et recula, les séparant.

Non, ça ne fonctionnerait jamais. Entre les mains de Rick, le sexe d’Ian avait eu l’impression d’être une œuvre d’art. De celles que Rick était tout à fait prêt à vénérer.

— Il ne reste qu’un seul mur ici dans la cuisine. Et il y a au moins quatre autres gars en plus de Davy qui travaillent dans la maison.

Les lèvres d’Ian se courbèrent en un sourire féroce qui coupa le souffle de Rick.

— Dans ce cas, trouve-moi un rouleau et finissons ce mur.

ENUN temps record, ils finirent ensemble de peindre la cuisine et de nettoyer les rouleaux, et ce malgré les nombreux pelotages et tripotages. Rick était prêt à exploser, et il supposait qu’aussitôt qu’Ian et lui seuls, le premier orgasme serait extrêmement rapide. Puisqu’il avait l’intention d’en avoir plus d’un avec cet homme ce soir-là, la rapidité du premier n’avait pas d’importance.

— C’est parfait.

Ian ne regardait pas les murs, alors Rick ne put s’empêcher de se pavaner, juste un peu, sous son regard admiratif.

— Prêt à partir d’ici ?

— Oui.

Le mot unique d’Ian était sincère et empathique. Rick n’était pas certain d’avoir déjà été aussi excité ou prêt à tout pour un homme. Bien sûr, Oscar l’avait échauffé un peu plus tôt, mais il ne l’avait jamais désiré avec cette intensité. Cette luxure était entièrement pour Ian et Rick voulait passer des heures à la calmer.

— Où ça ?

Rick n’était pas près de proposer son chez lui ; Ian avait intérêt à ne pas avoir de colocataires.

— Chez moi.

Parfait.

Ils se faufilèrent par la porte arrière et contournèrent la maison sans rencontrer aucun des autres gars. Rick fixa sa voiture avec consternation. Il s’était fait prendre en sandwich, ce qui ruinait leur objectif de s’esquiver sans dire au revoir. Aucun d’eux n’avait envie de faire face à quelque taquinerie que ce soit qui leur serait adressée parce que ni son érection ni celle d’Ian n’avaient désenflées. Tous ses amis saurait où ils allaient.

— Tu veux m’envoyer ton adresse ? Je te rejoindrai dès que j’aurai récupéré ma voiture.

Ian le pressa contre la voiture de… quelqu’un. Rick était trop concentré sur Ian pour prêter attention à la couleur, la marque ou le modèle.

— Tu n’as qu’à venir avec moi. Je te reconduirai plus tard.

Pour appuyer ses paroles, Ian ondula les hanches et le sexe de Rick tressauta. Il ne faisait jamais ça. Il ne se laissait jamais sans moyen de transport, mais c’était le frère de Kurt. Il plongea son regard dans les yeux bleus hypnotiques d’Ian, inexplicablement tenté de l’embrasser. Il pouvait bien faire une exception, non ? Pour le transport. Embrasser n’était toujours pas au menu, cependant. Embrasser impliquait une intimité qui conduisait les hommes à devenir des mecs sérieux.

— D’accord, allons-y.

Étrangement, il n’eut aucun regret avoir brisé sa règle sur le moyen de transport, mais ils devaient partir d’ici avant qu’il en brise une autre.

D’UNEPRISE ferme sur son cul, Ian guida – ou poussa pratiquement – Rick dans son appartement. Il le voulait nu et dans son lit, tout de suite.

— Bel endroit que tu as là.

La voix de Rick était essoufflée et il mentait sans état d’âme parce qu’Ian n’avait même pas allumé en entrant.

— Merci.

Ian lui mordilla la nuque et fut récompensé d’un gémissement.

— Montre-moi ta chambre.

Ouais, comme si ça se discutait, pensa Ian. Il possédait un canapé qui pourrait se révéler pas mal pour baiser, mais quand il avait été dans le placard, il ne s’était jamais senti assez à l’aise pour amener un mec chez lui, certain qu’un de ses nombreux frères ou sœurs ou même un collègue le découvrirait. Il était si dur à la pensée d’avoir un Rick nu dans son lit, dans ses draps, qu’il aurait pu déchirer sa braguette de la seule pression de son sang pulsant dans sa queue.

Il enroula ses deux bras autour de Rick, par derrière, une main sur la bosse couverte de denim causée par l’érection de Rick et l’autre se faufilant sous son tee-shirt pour trouver la peau chaude et duveteuse de son ventre. Un cri de désir animal s’échappa des lèvres de Rick et le contrôle déjà bien entamé d’Ian vacilla. Sans le lâcher, Ian réussit à les conduire jusqu’à sa chambre.

Une fois qu’ils furent en vue du lit, Rick se tortilla hors de l’étreinte et se débarrassa de son tee-shirt.

— Déshabille-toi, Ian, pour l’amour du ciel. Ça fait des heures que tu me rends dingue !

— Toi aussi.

Cela ne faisait pas des heures, mais leurs préliminaires ‘peinture’ avaient duré plus longtemps qu’ils en avaient tous les deux l’habitude. Ian enleva son propre tee-shirt, certain d’avoir entendu une couture craquer dans son empressement, mais saisit Rick par la taille avant qu’il ait eu le temps d’ouvrir le premier bouton de son jean. Ian porta ses deux mains à cet endroit pour le débarrasser de son pantalon. Les mains de Rick sur sa braguette rendirent les siennes instables, mais quelques secondes plus tard, il repoussait son jean jusqu’à ses genoux, libérant un sexe de bonne taille.

Ian enroula ses doigts autour de lui et le caressa. Il glissa la main plus bas et prit en coupe une paire de testicules imberbes. Il voulait sa bouche et ses mains partout sur lui, mais il voulait aussi écarter les jambes de Rick et s’enfoncer profondément en lui. Il voulait le faire hurler de plaisir. Faire trembler les murs et brûler les draps de l’intensité de leur débauche.

La maladresse de Rick qui se trémoussait pour essayer de sortir de son jean et ses chaussures tout en repoussant le pantalon d’Ian fut probablement la seule chose qui empêcha Ian d’exploser de plaisir au contact des doigts forts de Rick sur la peau nue de son sexe.

— Allez, allez !

Rick ne s’embêta même pas à baisser le jean et le caleçon de Ian plus loin que ses fesses avant de saisir sa queue à deux mains.

Le gémissement étouffé qu’il laissa échapper aurait pu être embarrassant, mais tout ce qui comptait était de se retrouver en Rick, tous les deux ruant vers la ligne d’arrivée. La prochaine fois, ils pourraient y aller plus lentement et cela donnerait à Ian plus de temps pour l’explorer.

— Sur le lit.

Sans la prise ferme de Rick sur son sexe, Ian aurait tout simplement poussé le mec en arrière comme un homme des cavernes.

Rick obtempéra sans une seule protestation. Il recula jusqu’au milieu du lit tandis qu’Ian attrapait le lubrifiant et des préservatifs dans le tiroir de sa table de chevet. Il les jeta vers Rick qui s’empara du lubrifiant.

— Couvre-toi, mon chou. Je m’occupe du reste.

Ian fut confus jusqu’à ce que Rick enduise deux de ses doigts avec le liquide huileux et se les enfonce en lui. Dans tous ses états, il pressa la base de son sexe pour se retenir de jouir. Rick se tortillait et gémissait alors qu’il s’étirait lui-même et Ian déroula un préservatif avec des mains tremblantes, craignant de louper la fête s’il n’entrait pas là très vite.

Le contact de ses mains sur les cuisses de Rick fut comme un signal. Rick retira ses doigts et écarta les jambes en grand en guise d’invitation, remontant les genoux vers sa poitrine.

Ian ne perdit pas plus de temps pour presser son sexe contre le petit trou de Rick qui rendit les armes à l’intrusion sans même lutter. Il glissa sur toute sa longueur, profondément, et frissonna. Rick était si étroit et chaud !

— Bouge, bon sang, bouge !

La demande de Rick fut accompagnée d’une poussée de reins et Ian n’eut pas la capacité de se retenir.

Vite et fort, il pilonna Rick, le claquement de leur peau l’une contre l’autre lui faisant l’effet d’une bande sonore érotique qui l’encourageait.

— Merde, merde, merde, gémissait Rick tout bas.

Il saisit sa queue et se caressa deux fois. La vue de l’éjaculation de Rick et la contraction de son cul autour de lui envoyèrent surfer Ian sur son propre orgasme. Ses muscles se serrèrent, ses hanches tressautèrent et des flashs de couleurs voilèrent sa vision alors qu’il se vidait dans le préservatif.

Incapable de faire quoi que ce soit, Ian se laissa tomber sur Rick et la petite part de son esprit encore en état de penser se réjouit de la sensation de la semence d’un autre homme sur son ventre. Être en contact peau contre peau sur toute la longueur de son corps était presque suffisant pour le recharger complètement. Toute cette peau nue d’homme et aucun souci à avoir sur le fait de se dépêcher ou de se cacher. Il ne pouvait attendre de tout recommencer.

Les mains de Rick caressaient son dos et, par-dessus le battement effréné du cœur d’Ian, la respiration haletante de Rick lui parlait d’un orgasme qui rivalisait avec le sien.

Après un petit moment, les muscles d’Ian obéirent finalement aux ordres de son cerveau. Il sortit, avec regret, hors du corps de Rick, jeta le préservatif dans la corbeille et attrapa son tee-shirt pour nettoyer les fluides collants de leurs deux corps.

Les paupières tombantes, il s’installa en cuillère derrière Rick et le serra contre sa poitrine comme s’il l’avait fait toute sa vie, puis il pressa ses lèvres sur sa nuque. Entre sa lassitude post orgasme et sa journée émotionnellement stressante, son épuisement le submergea. Il n’eut que le temps de regretter de ne pas pouvoir rester éveillé pour un second tour avant que le sommeil le gagne. 

II

RICKSERRA ses baskets contre sa poitrine et s’adossa contre la porte la plus proche. Il était trop tôt pour qu’un voisin d’Ian soit par monts et par vaux. Il ne faisait pas ça. Il n’allait pas chez des mecs comme ça au hasard. Mais bizarrement, Ian l’avait atteint sous sa cuirasse. Assez pour qu’à son réveil à ses côtés– encore quelque chose qu’il ne faisait pas – il songe à le réveiller pour un autre tour. Ses amis pouvaient le prendre pour une salope finie autant qu’ils le voulaient, mais il allait rarement jusqu’au bout avec quelqu’un qu’il venait juste de rencontrer. Une masturbation ou une fellation en boîte n’était… pas grand-chose et ne comptait pas vraiment.

Même maintenant, il regrettait en quelque sorte de manquer les parties de sexe matinales. Il avait entendu de bonnes choses à ce propos, mais c’était le plus proche qu’il ait jamais été de passer toute une nuit avec quiconque. Quelque chose chez Ian retenait son attention.

Le problème était qu’il ne savait pas comment étiqueter Ian. Pouvait-il l’ajouter à sa liste d’amants réguliers – non exclusifs – ou ressemblait-il trop à Kurt ?

Avec un dernier regard à la porte d’Ian, Rick enfila ses baskets et se dirigea vers l’ascenseur.

Dehors, le ciel était brumeux de l’aube qui pointait, l’humidité commençait déjà à rendre ses vêtements inconfortablement collants. Rick maudit sa queue. Il n’y avait aucune autre bonne raison d’expliquer qu’il soit venu jusque chez Ian dans sa voiture. Les belles mirettes bleues d’Ian avaient convaincu sa stupide queue de briser une de ses foutues règles.

Rien que pour ça, Ian était dangereux. Rick descendit la rue avant de s’arrêter à un arrêt d’autobus pourvu d’un banc. Il tira son téléphone ultra fin d’une de ses poches très serrées et appela un taxi. Au moins, il y avait un abribus à cet arrêt, ce qui rendait l’étincelant lever de soleil presque supportable. Il grimaça légèrement quand il entra en contact avec l’aluminium gelé, un rappel inconfortable qu’il était allé jusqu’au bout avec un homme qu’il venait juste de rencontrer. Mais, Ian était vraiment bon au pieu.

La nuit dernière, il n’avait pas tout de suite réalisé qu’Ian faisait son coming out à son frère. Une fois qu’il s’en était aperçu, la timide vulnérabilité d’Ian avait tiré sur sa corde sensible, autant que sur un autre organe plus proéminent. Il n’avait cependant pas fallu longtemps pour que la timidité d’Ian disparaisse, et la dichotomie laissait Rick incertain quant au fait qu’il soit un coup d’une vie, ou non. Rick espérait que non. Parce qu’Ian ferait un fantastique plan cul.

C’était probablement trop demander qu’Ian soit lui aussi dans une carrière qui requérait le port d’un uniforme, comme Kurt. Rick aimait vraiment les uniformes, bien qu’après l’épreuve de Kurt, il ne sache pas s’il mettrait un mec comme lui dans son petit carnet ; il n’était pas certain de pouvoir supporter que l’un de ses hommes soit blessé dans le cadre de son travail. Ian et lui n’avaient pas passé beaucoup de temps à parler. S’il le revoyait, il finirait par découvrir ce qu’il faisait pour vivre.

Le taxi s’arrêta et Rick maudit encore sa faiblesse. Si seulement il s’en était tenu aux règles, il aurait eu sa propre voiture et il serait déjà chez lui. Il tapota ses poches et grogna.

Merde, non.

Rick frappa à la fenêtre.

— Attendez une minute.

Le chauffeur de taxi obéit avec un grognement indistinct qui aurait pu – ou non – être un véritable mot. Rick ferma les yeux et réfléchit une seconde. Kurt et Davy n’avaient pas exactement eu la main lourde avec la bière à leur partie de peinture la nuit dernière, et aucune brume alcoolisée ne planait sur les souvenirs de Rick. Il avait pu caler son téléphone et son portefeuille dans la poche de son pantalon, mais ses clés n’y seraient pas rentrées. Il les avait emportées chez Davy et Kurt et les avait posées sur une étagère. Et ne les avait jamais récupérées quand il s’était éclipsé dans le sillage d’Ian.

Merde.

Il était bien trop tôt pour aller chez Davy et il ne pouvait certainement pas sonner chez Ian pour lui demander de le laisser revenir. Il y avait bien ce loquet cassé sur la fenêtre du sous-sol de chez lui. Il avait envisagé de le faire réparer, mais son quartier était tellement sûr que cela ne lui avait pas paru important. Maintenant, il était content de ne pas l’avoir fait. La fenêtre du sous-sol serait un passage très étroit, même pour quelqu’un d’aussi mince que lui, mais il pouvait le faire, et il n’aurait pas besoin de subir sa marche de la honte à une heure tout à fait humiliante de la journée.

— C’est bon, allons-y.

Rick monta dans le taxi et donna l’adresse de chez lui. Heureusement, il avait son portefeuille, sinon il aurait atterri dans un resto ouvert toute la nuit, à traîner avec une bande de jeunes enivrés en train de ronfler. Il avait peut-être l’air d’un éternel clubbeur, mais il regardait du mauvais côté des trente-cinq ans, avait un boulot respectable et une maison. Toutefois le fêtard était celui dont ses amis avaient l’habitude, et celui qui lui permettait de baiser dans les conditions qu’il aimait. Révéler son statut ‘mature’ amènerait plus de mecs sérieux à lui renifler autour, et cela ne lui conviendrait jamais.

RICKPAYA le chauffeur et sortit du taxi. Il était toujours en train de s’admonester de ne pas avoir pris sa voiture et de s’être endormi chez Ian, mais il n’arrivait pas à regretter la soirée. Pas entièrement. Écarter les jambes pour Ian avait été facile, et cela avait collé entre eux comme rien qu’il avait expérimenté jusqu’à présent. Mais briser toutes ces règles ? Ce n’était pas sage, pas du tout. En fait, la chaleur qui pétillait dans son ventre quand il se rappelait les yeux bleus intenses d’Ian et la façon dont il avait submergé Rick de désir… Ces règles n’existaient pas seulement pour prévenir les coups d’un soir de devenir des coups d’une vie. Elles protégeaient Rick de ressentir trop de choses. Des choses qui conduisaient à des relations. Et une relation, pour Rick, était tout à fait impossible.

Il leva les yeux de sa sobre contemplation du trottoir en béton vers sa porte d’entrée et s’arrêta net. Oscar était avachi là, endormi, avec un énorme bouquet de différentes variétés de fleurs blanches à côté de lui.

La bizarrerie d’hier était déterminée à déteindre sur cette nouvelle journée. Bon sang. Il avait eu assez de mal à réconcilier sa panique d’avoir brisé ses règles avec l’euphorie d’avoir vécu une magnifique – bien que brève – partie de jambes en l’air. En fait, il pouvait probablement blâmer Oscar pour tout ça. Rick avait été si ébranlé avant d’aller chez Davy et Kurt, qu’il avait été bien trop conscient du sex-appeal d’Ian.

L’irritation supplanta toutes ses autres émotions confuses. Rick gravit les marches du porche d’un pas décidé et tapota l’épaule d’Oscar.

— Réveille-toi. Qu’est-ce que tu fais ici ?

Oscar cligna des yeux d’un air fatigué et lui sourit. Était-ce supposé être mignon ? Parce qu’il n’avait vraiment qu’une envie et c’était de ramper par la fenêtre de son fichu sous-sol sans l’humiliation d’un public et de prendre une douche. Sans ses clés, il ne serait pas facile d’échapper facilement aux stupidités malencontreuses qui avaient amené Oscar sur le pas de sa porte à… eh bien, il ne savait pas quelle heure il était sans vérifier sur son portable, mais il n’était même pas proche de 7 heures du matin quand il avait quitté l’appartement d’Ian.

Bien trop tôt pour recevoir des visiteurs, quels qu’ils soient.

— Rick, bébé

Rick grinça des dents.

— Oh, mon Dieu, ne m’appelle pas comme ça. Qu’est-ce que tu fais ici ?

Levant le bouquet de fleurs, qui était assez gros pour plier sous son propre poids, Oscar sourit, ignorant complètement l’irritation de Rick. En fait, la nature plaisante d’Oscar avait été l’une des premières raisons pour laquelle il l’avait fait entrer dans son circuit de rotation, mais là tout de suite, cela le faisait paraître délibérément insouciant ou simplement stupide. Aucun n’étant des traits de caractère qui le rendait attachant pour Rick à l’instant.

— Je ne sais pas ce qui s’est mal passé la nuit dernière, mais je déteste la façon dont nous avons laissé les choses. Je suis désolé.

Vaillamment, Rick réfréna son envie de lever les yeux au ciel. Simplement stupide, ça devait être ça, puisque Rick avait été clair sur ce qui n’avait pas été. Mais c’était un geste attentionné.

— Merci, Oscar.

Rick tendit la main vers le bouquet, pas vraiment certain d’apprécier être apaisé avec un tas de fleurs comme s’il était une fille, mais il ne pouvait nier qu’elles étaient magnifiques.

D’un mouvement inattendu, Oscar déplaça le bouquet sur le côté et se pencha pour un baiser. Rick esquiva, mais faillit presque basculer en arrière des marches de son porche et l’irritation s’épanouit en une colère véritable.

— Qu’est-ce qui te prend, Oscar ? C’est fini. Plus de quoi que ce soit. Pas d’emménagement. Plus de baise. Plus de coups de fil. Fini. Tu comprends ?

Le visage d’Oscar tiqua à ses paroles.

— J’ai dit que j’étais désolé. Nous n’avons pas à emménager ensemble. Nous pouvons juste reprendre là où les choses en étaient. S’il te plaît.

Aussi soudainement qu’elle était apparue, sa colère s’envola, ne laissant que de la tristesse à la place.

— Oscar, je suis désolé. Mais je ne peux plus te voir. Je t’ai dit que je ne donnais pas dans les relations durables, et si tu as commencé à tenir à moi de cette façon, il n’y a aucune chance pour que nous puissions revenir à ce que les choses étaient avant. Ce n’est juste pour aucun de nous.

— S’il te plaît, Rick. Donne-moi une autre chance. Nous ferons comme tu l’entends.