Tartan Candy (Français) - KC Burn - E-Book

Tartan Candy (Français) E-Book

KC Burn

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Beschreibung

Histoires de tissus, numéro hors série Finlay McIntyre (alias Raven) est une star de films pour adultes avec un penchant pour les kilts, jusqu'à ce qu'un accident mette fin à sa carrière et lui retire tout désir sexuel, le laissant avec une estime de soi en berne et sans travail. Il savait que sa carrière dans le porno ne durerait pas éternellement, mais il n'était pas prêt à prendre sa retraite à vingt-huit ans. Tout en essayant de donner du sens au reste de sa vie, Raven accepte d'assister à une réunion des anciens. C'est alors qu'un climatiseur cassé dans sa chambre d'hôtel va tout changer. Caleb Sanderson, un entrepreneur avec sa propre compagnie de climatiseurs, n'a pas la moindre idée de ce qui l'attend en entrant dans la chambre d'hôtel de Raven pour réparer l'appareil. Ils sont attirés l'un par l'autre, mais Caleb, dans le placard, ne peut pas se permettre une relation homosexuelle… pas avec sa mère qui le presse de produire des petits-enfants. S'il veut garder Raven – qu'aucun placard ne pourrait retenir – il faudra qu'il dise la vérité à sa famille. Mais Raven a aussi ses propres secrets. Il refuse de révéler son passé dans le porno à Caleb, un passé qui pourrait être le dernier obstacle à toute relation.

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Seitenzahl: 412

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Tartan Candy

Par KC Burn

Finlay McIntyre (alias Raven) est une star de films pour adultes avec un penchant pour les kilts, jusqu’à ce qu’un accident mette fin à sa carrière et lui retire tout désir sexuel, le laissant avec une estime de soi en berne et sans travail. Il savait que sa carrière dans le porno ne durerait pas éternellement, mais il n’était pas prêt à prendre sa retraite à vingt-huit ans. Tout en essayant de donner du sens au reste de sa vie, Raven accepte d’assister à une réunion des anciens. C’est alors qu’un climatiseur cassé dans sa chambre d’hôtel va tout changer.

Caleb Sanderson, un entrepreneur avec sa propre compagnie de climatiseurs, n’a pas la moindre idée de ce qui l’attend en entrant dans la chambre d’hôtel de Raven pour réparer l’appareil. Ils sont attirés l’un par l’autre, mais Caleb, dans le placard, ne peut pas se permettre une relation homosexuelle… pas avec sa mère qui le presse de produire des petits-enfants. S’il veut garder Raven – qu’aucun placard ne pourrait retenir – il faudra qu’il dise la vérité à sa famille. Mais Raven a aussi ses propres secrets. Il refuse de révéler son passé dans le porno à Caleb, un passé qui pourrait être le dernier obstacle à toute relation.

Table des matières

Résumé

Dédicace

Remerciements

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

Épilogue

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Biographie

Par KC Burn

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Droits d'auteur

À ceux qui aiment inconditionnellement.

Remerciements

IL Y a plusieurs années, j’étais à la convention RWA (Romance Writers of America) à Orlando. Peu d’hommes assistaient à cette convention, au point où nous envahissions en général les toilettes des hommes situés près des salles de conférence. Toutefois, cette année-là en particulier, la plupart des (quelques) hommes présents semblaient porter des kilts. Je ne connaissais pas Damon Suede à cette époque, mais je suis presque certaine qu’il n’en faisait pas partie. Mon amie Chudney et moi avons alors discuté un peu de ces kilts, et cette idée a germé dans mon esprit depuis. Chudney, la voilà ! Ça m’a pris du temps !

En plus des remerciements à l’égard de mon équipe habituelle, pour leur présence et pour avoir réalisé des modifications à la demande – Alex, Dottie, et Chudney – je dois aussi remercier Dolorianne de m’avoir aidée à me creuser les méninges. Merci à mon club de lecture, à ZA Maxfield, et à Tara Lain de m’avoir écoutée me lamenter sur ce livre, et à ma bande géniale, qui est intervenue chaque fois que j’avais une question bizarre pour elle !

Et un remerciement tout particulier à JP Barnaby, qui m’a fourni quelques informations supplémentaires sur les stars du porno quand j’en avais besoin. Si j’ai loupé quelque chose, tout est de ma faute !

I

— OOH, J’ADORE les hommes en kilts.

Raven sourit à la nouvelle venue en prétendant qu’il n’avait pas entendu cette phrase un million de fois depuis qu’il était entré dans la salle de bal. Normalement, cela ne le dérangeait pas d’être le centre de l’attention, mais ce soir, l’immense intérêt à son égard le démangeait comme un essaim de fourmis de feu.

Pas besoin de nier : il était très sexy. Son kilt rouge à carreaux se mariait parfaitement avec les mèches rouges qui striaient ses cheveux noirs. C’était l’une des raisons pour lesquelles il avait acheté ce kilt en premier lieu, quelques années plus tôt. Il avait une douzaine de kilts environ, correspondant à différentes teintures pour les cheveux, mais il aimait son Royal Stewart rouge et classique. Malheureusement, même être aussi sexy ne lui permettait pas d’oublier qu’il ne se montrerait plus jamais nu devant quiconque.

Jeremy, le compagnon présumé de Raven, se rapprocha de lui. Assez près pour pratiquement l’étouffer avec son nuage mortel de parfum.

— Jeremy, c’est toi ?

La nouvelle venue n’était pas la première personne à être surprise par les changements opérés chez Jeremy depuis le lycée. Comme à chaque réunion d’anciens que Raven avait vu à la télévision ou au cinéma, un tableau géant à l’entrée de la salle de bal affichait la photo de l’annuaire 1 de chacun. Pendant que Jeremy signait le registre pour qu’ils entrent, Raven en avait profité pour inspecter sa photo. Ce type s’était fait faire une batterie d’opérations de chirurgie plastique. C’était presque cliché : l’outsider geek qui avait réussi et revenait sur son ancien terrain de prédilection pour se délecter de sa nouvelle richesse et de son apparence chirurgicalement améliorée. Malheureusement, Jeremy n’avait pas lâché prise et sa personnalité en était devenue presque rance.

— Rebecca ? Comme c’est agréable de te revoir.

Curieusement, Rebecca semblait sincèrement heureuse de revoir Jeremy et elle réussit à soutirer à celui-ci le premier sourire vraiment ravi que Raven vit sur son visage. S’il n’avait pas su que Jeremy était complètement gay, il aurait soupçonné que Rebecca était une ancienne petite amie ou qu’il avait eu le béguin pour elle.

Rebecca serra Jeremy dans ses bras.

— J’ai entendu dire que tu as réussi. Tu es fantastique.

Quand Jeremy glissa un bras autour de la taille de Raven, il dut prendre sur lui-même pour ne pas broncher.

— Voici Raven.

— Contente de te rencontrer, Raven.

Rebecca semblait gentille et avait à peu près l’âge qu’aurait eu sa mère si elle avait été encore vivante. Elle semblait adorer – un peu trop d’ailleurs – les paillettes roses. Peut-être que c’était naturel, puisque le badge de Rebecca proclamait qu’elle avait été la chef des pom-pom girls. Raven ne savait pas comment elle avait eu connaissance de l’existence de Jeremy.

— Raven est mon compagnon, ce soir. Il est superbe, n’est-ce pas ?

Fléchissant presque sous la pression, Raven réussit à continuer d’afficher un sourire plaisant tandis que Rebecca discutait avec eux, même si Jeremy le traitait comme un morceau de viande. Ce n’était pas la première fois qu’un type faisait ça et ce ne serait pas la dernière, mais Raven mourait d’envie de corriger le terme impropre de « compagnon ». Pour une somme considérable, Jeremy avait acheté la compagnie de Raven pour la durée de son week-end de retrouvailles du lycée, sans toutefois lui donner le droit de coucher avec lui. Raven n’effectuait pas ce travail pour offrir l’expérience d’un véritable « petit ami ». Même s’il avait planifié de faire à nouveau l’amour, il n’y aurait pas eu assez d’argent au monde pour le forcer à coucher avec Jeremy.

De façon inattendue, les grands plans de Jeremy avaient eu l’effet inverse : il avait cru que les gens seraient impressionnés de le voir débarquer avec un homme plus jeune et séduisant. Il n’avait pas prévu que Raven attirerait une attention plus favorable que les changements de son apparence. Par conséquent, il traitait Raven comme s’il s’agissait d’une possession hors de prix.

Raven se dégagea de l’étreinte insistante de Jeremy et avala le reste de sa bière.

Rebecca souriait de toute ses dents, ravie, ou peut-être qu’elle était simplement pompette. Il était trop tôt pour le dire.

— Certainement. Je suis heureuse que tu aies trouvé quelqu’un d’aussi génial, Jeremy.

Bafouillant, Raven réussit à avaler sa gorgée sans s’étouffer et embarrasser qui que ce soit.

— Est-ce que tout va bien, mon cœur ? lui demanda Rebecca, son sourire se transformant en inquiétude.

— Je vais bien, merci. J’ai juste avalé de travers.

Jeremy ricana et Raven réussit à grand mal de s’empêcher de le frapper. Jeremy avait de nouveau l’esprit mal placé.

Rebecca le tapota sur le dos et se retourna vers Jeremy.

— Nous sommes assis à la même table pour le dîner.

— Ouvre la marche, Rebecca. Je meurs de faim, même si cet endroit est comme la plupart des hôtels de convention, nous serons toujours affamés après notre assiette de poulet caoutchouteux.

Raven grimaça, mais Rebecca se contenta de glousser.

— Hé, bébé.

Rebecca embrassa la tempe d’un homme imposant qui était déjà assis à l’une des tables rondes prévues pour dix personnes.

— Je t’ai pris un verre de Chardonnay.

Grand et costaud, l’homme était assez sexy, même avec ses cheveux légèrement dégarnis. Raven scruta le badge qui indiquait son nom. Encore un autre cliché ayant pris vie : Bret était le quarterback de l’équipe de foot. Est-ce que la propre réunion des anciens de Raven serait si prévisible ? Non pas qu’il ait un jour envisagé d’y participer, hormis dans ses pires cauchemars.

— Bret, chéri, tu te souviens de Jeremy, n’est-ce pas ?

— Nan, grogna Bret et Jeremy eut l’air d’avoir avalé un insecte.

Devoir supporter l’ego égratigné de Jeremy pendant tout un week-end et essayer de le calmer sans encourager la moindre avance allait rendre ce « rendez-vous » interminable. Raven n’en était pas encore à compter les heures, mais il n’était pas loin.

— Trop de coups à la tête, hein, Bret ? Je suppose que c’est vrai ce qu’ils disent au sujet des multiples commotions cérébrales.

Le ton de Jeremy était jovial, mais le visage de Bret prit une teinte rouge foncé.

Rebecca tapota le bras de son mari.

— C’est lui qui me donnait des leçons particulières en calcul.

Oh. Maintenant, la relation de Rebecca et Jeremy prenait tout son sens.

— Ah oui. Lui.

Avec ces trois mots, Bret venait de rejeter instantanément Jeremy, en tant que menace et en tant qu’être humain. Si c’était ainsi que tout le monde avait traité Jeremy à l’école, alors peut-être que Raven ressentait un semblant de compassion. Un semblant nanométrique de compassion. Le lycée, ça pouvait vraiment être l’horreur.

Les autres convives arrivèrent à leur table, leur épargnant trop de discussions tandis qu’ils s’installaient et se présentaient. Un autre joueur de football et sa femme, une des membres du club d’art dramatique et son mari, et un couple qui enseignait désormais au même lycée où ils avaient obtenu leur diplôme. Cela amenait le nombre de convives à leur table à dix. La plupart d’entre eux, comme Jeremy, avait quitté Orlando après avoir obtenu leur diplôme et ne s’était pas revu depuis. Le dîner débuta, et pendant tout le repas, il y eut une série de récompenses, d’annonces et de vidéos commémoratives. Ce n’est qu’après que la table eut été débarrassée en prévision du dessert que la conversation commença réellement.

Les joues de Rebecca avaient rosi sous l’effet de trois verres de vin et elle lui sourit, le regard trouble.

— Raven, que fais-tu dans la vie ?

— Pour le moment, il est à l’école, intervint Jeremy avant que Raven puisse répondre.

Il aurait pu dire des choses bien pires, mais cela donnait l’impression que Raven était toujours au lycée.

— Euh, oui. J’ai presque terminé mon diplôme de commerce.

Un dernier semestre à l’automne et il aurait fini.

— Et comment vous êtes-vous rencontrés, tous les deux ?

Avec un regard lubrique, Jeremy passa un bras autour des épaules de Raven.

— Raven, ici présent, aime qu’on prenne soin de lui. Et je suis exactement l’homme qu’il faut pour cela.

Horrifié, Raven en resta bouche bée. Le sang envahit ses joues et un silence gênant tomba autour de la table. Avec cette simple déclaration, tout le monde à cette table pensait que soit Raven cherchait à se faire entretenir, soit il avait un goût atroce en matière d’hommes. Ou les deux. Il n’aurait pas dû s’inquiéter de ce que pensaient ces gens et il disait rarement comment il gagnait sa vie, mais il était fier de ce qu’il avait accompli seul.

Raven sourit faiblement aux autres convives et se leva de son siège.

— Je vais aller fumer une cigarette.

Amanda, du club d’art dramatique, prit la parole.

— J’adore ton kilt. Est-ce que ta famille est écossaise ?

— Non. Mais ça permet un accès facile, répondit Jeremy et il glissa la main sous le kilt de Raven pour s’emparer de ses fesses.

Raven retint à grand mal un cri de surprise et lança un regard noir à Jeremy.

— Quoi ? demanda celui-ci, ses yeux écarquillés sous une surprise trop théâtrale. Il fallait que je vérifie si tu portais ton kilt comme il faut.

Raven parcourut la tablée du regard. Oublié, le silence gêné ; Jeremy avait mis tout le monde mal à l’aise. Amanda avait l’air aussi mortifiée que Raven l’était.

— Ne sois pas trop long, tu vas manquer le dessert.

Rebecca rigola, trop éméchée pour remarquer la tension sous-jacente.

— Oh, sauter le dessert lui évitera de prendre du poids.

Amanda resta bouche bée aux paroles cruelles de Jeremy et Raven prit une profonde inspiration, se demandant si en mettre une à Jeremy en valait la peine. Celui-ci semblait complètement inconscient de cette censure.

Quand il réussit à desserrer la mâchoire, il reprit la parole.

— Mange mon dessert si tu veux. Je reviens vite.

Il fit un détour par le bar pour prendre une bière avant de quitter la salle de bal. Mais il n’était pas le seul à attendre de faire remplir son verre et il y avait une putain de queue.

Raven n’aurait jamais dû accepter ce boulot stupide, mais c’était un bon moyen de gagner pas mal d’argent. Malgré le grand nombre de femmes voulant toucher son torse ou simplement le reluquer, cela aurait été supportable s’il n’y avait pas eu Jeremy, cet homme pompeux, imbu de lui-même et passif-agressif.

Ce contact, c’en était trop. Celui-ci le bouleversait d’une façon qu’il n’aurait jamais atteint ainsi, un an plus tôt.

Et il y avait eu beaucoup de mains baladeuses de la part de tout le monde, pas seulement Jeremy. Pour une ancienne star du porno, ces contacts occasionnels n’auraient pas dû être un problème, mais cela faisait plus d’un an que Raven avait tourné son dernier film. Plus d’un an qu’il avait eu des relations sexuelles. Mis à part les médecins, les infirmières et les physiothérapeutes après son accident, personne ne l’avait touché depuis tout ce temps.

Il n’avait pas de famille, pas de petit ami. Seulement ses amis du studio, mais Raven s’était éloigné de tout le monde après l’accident et il ne les voyait que rarement. L’apparence colorée de Raven avait provoqué beaucoup de gestes déplacés de la part des gens qu’on lui avait présentés à cette réunion, ce qui n’avait pas beaucoup plu à Jeremy non plus. Peut-être que c’était pour cela qu’il marquait virtuellement Raven au fer rouge chaque fois que quelqu’un montrait le moindre intérêt.

Jeremy avait également vérifié au moins une demi-douzaine de fois s’il portait des sous-vêtements ce soir. Connard. Raven serra les poings, luttant pour garder un air neutre. Avoir l’air heureux, c’était trop lui demander, mais Jeremy payait la note et cela lui permettrait de rembourser plusieurs mois d’hypothèque, donc Raven ne pouvait pas lui dire d’aller se faire foutre. Et il ne pouvait pas non plus le laisser tomber.

Enfin, enfin, il récupéra sa bière et sortit de la salle de bal.

Son sourire lui venait plus facilement et ressemblait moins à un masque à mesure qu’il s’éloignait de Jeremy. Il réussit à avancer avec assez de détermination pour que personne ne l’arrête.

Les portes automatiques s’ouvrirent vers le jardin. L’air lourd et humide frappa Raven de plein fouet quand il sortit dans cette soirée chaude de Floride. Presque immédiatement, la sueur recouvrit sa peau. Au moins sa chemise près du corps était noire ; on ne verrait aucune tache de transpiration.

Son refuge était proche. Il prit un petit chemin, esquivant la verdure autour de lui. L’hôtel traitait les fumeurs comme des lépreux, les cachant hors de vue. Non pas que Raven soit un grand fan de cigarette, l’odeur s’accrochait à ses cheveux et il avait vu ce que cela pouvait faire à l’endurance, mais c’était un moyen fantastique de s’évader, et surtout d’échapper à un client aux mains baladeuses avec de l’asthme.

Il avait appris, il y a longtemps, que prétendre être un fumeur lui offrait une porte de sortie, une raison crédible et viable de se cacher qu’il avait utilisée à plus d’une occasion. Appuyé contre un lampadaire, il sortit un paquet cabossé de cigarettes de son escarcelle et en alluma une sans inhaler.

Raven garda la cigarette près de sa hanche, écartant son visage de la fumée s’en élevant, et profita du silence.

RAVEN VENAIT tout juste de ranger son briquet quand un autre homme apparut dans la « salle d’isolement » des fumeurs et s’arrêta en l’apercevant. Il s’était probablement attendu à avoir la grotte pour lui.

— Joli kilt.

L’étranger semblait avoir le même âge que le reste des camarades de classe de Jeremy, mais il portait sa chemise et son pantalon de smoking avec une assurance dont Jeremy ne pourrait que rêver.

Raven se racla la gorge.

— Merci. Vous êtes ici pour la réunion des anciens ?

— Oui. Allez, les Panthères !

L’inconnu releva le poing en répétant une phrase que Raven avait entendue bien trop fréquemment depuis que Jeremy l’avait traîné dans la salle de bal.

Souriant tristement, l’étranger baissa le poing.

— Malheureusement, vingt-cinq ans se sont écoulés depuis le lycée. Est-ce que vous vous amusez avec nous autres, les vieux ?

Penchant la tête de côté, Raven réfléchit en se demandant s’il serait prudent de dire à ce type à quel point il appréciait peu cette réunion. Non pas parce qu’ils étaient plus âgés, il se fichait de ça. Mais pour autant que Raven le sache, ce mec était peut-être l’ancien meilleur ami perdu de vue de Jeremy ou son partenaire d’affaires, ou quelque chose du genre.

L’étranger ricana.

— Ne vous inquiétez pas. Ce n’est pas grave si vous détestez cette réunion.

Raven se mit à rire.

— Oh, super. Parce qu’en effet, c’est un peu le cas.

L’inconnu lui tendit la main.

— Je suis Mick. Mick Munro.

Raven tendit la sienne, se rendit compte qu’il tenait toujours une cigarette allumée et la changea rapidement de main avant de se pencher pour serrer celle de Mick.

— Je suis Raven.

— Ravi de vous rencontrer, Raven.

Raven s’adossa de nouveau au lampadaire.

Mick pencha la tête de côté.

— Est-ce que nous nous sommes déjà rencontrés quelque part ?

Oh, putain. Ce n’était pas une conversation qu’il voulait avoir. Pas aujourd’hui.

— Non, je ne crois pas.

Peut-être que Mick laisserait tomber.

— Vous me semblez familier. Je vous ai vu plus tôt avec Jeremy et j’ai pensé la même chose.

Puis les yeux de Mick s’écarquillèrent.

— Raven. Bien sûr. Vous êtes un mannequin d’Idyll Fling.

Merde. Ils allaient avoir cette conversation.

Heureusement, il n’y eut pas de soudain regard lubrique ou quoi que ce soit, parce que Raven n’était pas prêt à repousser une autre avance, même si son nouveau pote était environ cent fois plus séduisant que Jeremy.

— Oui. Enfin, je l’étais.

Mick tirailla son lobe d’oreille, l’air curieusement timide.

— Ouais, vous étiez génial. Mon mari et moi apprécions vraiment vos vidéos.

Un coup d’œil rapide à la main de Mick révéla une bague en argent qui aurait pu être une alliance. Cela aurait été agréable de rencontrer Mick plus tôt.

— Merci.

— Qu’est-ce que, euh, je veux dire, est-ce qu’il y a une raison pour laquelle vous avez arrêté ? Le site est resté un peu vague à ce sujet.

Raven haussa les épaules. Le studio n’avait pas voulu être trop définitif en disant qu’il ne poserait plus jamais, croyant avec un certain optimisme qu’il reviendrait. Raven n’avait pas non plus voulu faire face à des hordes de messages après une annonce époustouflante concernant sa « retraite ». Bien sûr, il ne s’était pas attendu à travailler dans le porno pour toujours, mais il n’avait pas non plus prévu que sa carrière prenne fin aussi brusquement.

— Accident de voiture. Ça a été assez atroce et il y a eu des complications.

Pas besoin d’entrer dans les détails macabres avec une nouvelle connaissance.

— Oh, je suis désolé de l’apprendre.

Mick jeta un coup d’œil à sa cigarette qui brûlait lentement.

— Est-ce que vous avez vraiment prévu de fumer ça ?

Raven leva les yeux au ciel.

— Non. C’est une excuse pour me cacher.

Mick se mit à rire.

— C’est la raison pour laquelle je suis ici aussi. Je ne suis pas non plus un fumeur, mais je commençais à me sentir un peu cerné. Alors dites-moi, comment un gentil garçon gay comme vous se retrouve-t-il avec un connard comme Jeremy ?

Un gentil garçon gay. Il aurait pu embrasser Mick rien que pour ça. Tellement souvent, les gens le définissaient par sa carrière dans le porno et cette définition incluait rarement le mot « gentil ». Ses épaules se détendirent légèrement face à cette absence de jugement. Il prit le temps de profiter de ce rapport inhabituel avec un homme avec qui il n’avait pas l’intention de coucher. C’était… délicieux.

— Je suis ici à titre professionnel. Je suis en quelque sorte un accompagnateur, mais je ne joue pas les petits amis.

— Alors, vous êtes escorte, maintenant ?

Ce n’était pas une question ridicule. Certains acteurs pornos gagnaient très bien leur vie en faisant les deux, leur film servant d’excellent outil promotionnel pour leurs services d’escorte. Certains acteurs avaient des emplois tout simples en plus de faire des films et d’autres allaient à l’université, comme il le faisait. Certains le faisaient parce qu’ils aimaient le sexe, d’autres parce qu’ils estimaient qu’ils devaient le faire, quelle que soit leur raison. Raven avait apprécié à la fois le sexe et le côté exhibitionniste. Il aimait être populaire. Mais tout cela avait changé aux mains d’un conducteur ivre.

— Non, pas escorte. Je suis juste un ami et un compagnon pour quelques jours. Je gagne pas mal d’argent, mais je ne suis pas intéressé par l’interaction en tête-à-tête de l’escorte.

Interaction. Comme c’était aseptisé. Bien sûr, il ne referait jamais l’amour, donc être escorte ne serait jamais un choix de carrière. Son diplôme était pratiquement acquis, mais il n’arrivait pas à imaginer la moindre carrière liée à celui-ci. La plupart des domaines qu’il touchait étaient trop guindés et étouffants pour lui. Depuis l’accident, il se trouvait dans une sorte de limbe vicieuse et n’avait pas encore trouvé comment en sortir.

— Ah, j’aurais dû le savoir. Jeremy est un tel connard, pas moyen qu’il ait pu rencontrer quelqu’un d’aussi sexy que vous.

Étonnamment, les joues de Raven s’étaient mises à chauffer. Il avait appris à ne plus rougir après sa deuxième journée sur un plateau, mais ce compliment sincère lui allait droit au cœur. Non pas que son apparence lui serve à grand-chose désormais.

— Merci.

Il n’allait certainement pas contredire la déclaration de Mick. Jeremy était un connard.

— Remarquez, je ne suis pas sûr de refaire ça un jour. Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais.

Ce qui était un euphémisme total.

— Qu’est-ce que vous allez faire, alors ? Vous êtes encore jeune.

Raven pencha la tête.

— Vous êtes conseiller d’orientation ?

Mick éclata de rire.

— Presque. Je suis directeur des ressources humaines.

— Honnêtement, je ne sais pas ce que je vais faire. Je termine un diplôme de commerce, mais cela court les rues, et je ne pense pas pouvoir travailler dans un bureau. Ou pouvoir m’inquiéter d’un directeur des ressources humaines.

Raven lança un clin d’œil à Mick, qui n’en parut pas offensé.

— On ne peut pas nier que vous êtes peut-être un peu trop haut en couleurs pour une entreprise traditionnelle, mais ça ne devrait pas vous empêcher de trouver un travail si c’est ce que vous voulez. Toutefois, le plus important est de savoir si c’est quelque chose dont vous avez envie. Rien ne vous empêche de créer votre propre boîte. Quelque chose qui vous rendrait heureux.

Raven donna une pichenette à sa cigarette et regarda la cendre s’éparpiller au sol. Il avait pensé qu’il y aurait tellement de temps pour prendre ce genre de décisions. Il avait cru qu’il ferait des films assez longtemps pour amasser un pécule décent, pour pouvoir prendre son temps et réfléchir à ce qu’il voulait faire ensuite, peut-être passer un autre diplôme. Bon sang, peut-être même reprendre Idyll Fling. Mais même s’il avait eu l’argent, le propriétaire actuel, Stefan, n’aurait pas été prêt à prendre sa retraite aussi tôt ou à vendre. Il avait essayé de diriger des films pour Idyll Fling, mais cela n’avait pas vraiment été agréable, principalement parce que cela lui rappelait trop ce qu’il avait perdu et ne retrouverait jamais.

Putain, qu’allait-il faire de sa vie ? Déjà, les démons jumeaux de l’ennui et de la solitude la rendaient infernale, surtout maintenant que la douleur résiduelle avait presque entièrement disparu.

Malgré le rappel désagréable qu’il serait au chômage après ce week-end et n’avait aucune perspective d’emploi, Raven se détendit. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas entretenu une conversation normale avec un type, qui n’allait pas mener au sexe et ne semblait pas impliquer un jugement concernant sa vie. C’était l’une des raisons pour lesquelles il n’avait pas interagi avec beaucoup de gens en dehors de son secteur.

Ils restèrent là, dans un silence agréable, à écouter les sauterelles de cette soirée humide, la fumée de la cigarette de Raven traçant des cercles vers la lueur jaunâtre du lampadaire.

Puis le moment inévitable arriva enfin. La cigarette était terminée. Il était l’heure.

— Je suppose que je devrais rentrer. Je suis payé à l’heure.

Raven sourit tristement à sa nouvelle connaissance.

— À plus tard.

Mick hocha la tête.

— Je vous présenterai à mon mari. Il va vouloir un autographe.

Raven sourit.

— Bien sûr. Je serai heureux de le rencontrer.

Si Mick avait eu besoin d’un compagnon tape-à-l’œil, Raven lui aurait offert ses services gratuitement.

La nuit lui sembla un peu plus oppressante quand il se força à retourner vers la salle de bal.

1 Aux États-Unis, les écoles, les universités et certaines colonies de vacances ont un « yearbook » (annuaire), qui rassemble des photos et des adresses, mais aussi des anecdotes sur l’année écoulée. (Toutes les notes sont de la traductrice)

II

NUMÉRO 305. Le meilleur numéro au monde en cet instant, car il signifiait que la première journée avec Jeremy était terminée. Raven fouilla dans son escarcelle pour retrouver la clé de sa chambre, se préparant à ouvrir la porte et à embrasser la moquette beige et banale.

Heureusement, la cérémonie d’ouverture s’était terminé à une heure raisonnable, parce que le lendemain commencerait tôt pour tout le monde. Raven n’était obligé d’assister qu’aux activités auxquelles Jeremy voulait prendre part ; pour toute socialisation supplémentaire, Jeremy serait seul. Les activités programmées le samedi incluaient des excursions à la plage ou dans un parc d’attraction. Jeremy avait choisi la plage, et plus tard ce soir-là, une danse pour « revivre le lycée ». Le samedi serait une journée merdique, avec le long trajet jusqu’à l’océan, puis plusieurs heures « d’activités de plage », quoi que cela puisse vouloir dire. Il y aurait un peu de temps entre la plage et la danse, du « temps libre » selon le programme, et il dînerait seul. Raven comptait déjà les heures. Il n’y aurait pas la moindre chose que Jeremy pourrait dire ou faire pour convaincre Raven de l’accompagner au dîner. Raven passerait chaque minute libre à se prélasser dans sa chambre et il était si foutrement heureux d’avoir insisté pour avoir la sienne. Conduire jusqu’à son appartement tous les soirs aurait été un enfer.

Avec un grand sourire, il poussa la porte et la laissa se refermer derrière lui tout en tâtonnant à la recherche de l’interrupteur. Puis il cligna des yeux et son sourire disparut. La sueur recouvrit sa peau. La chaleur extrême de son refuge n’était pas liée à sa troisième bière ou à la compagnie désagréable, mais à son thermostat réglé sur une chaleur infernale.

Il se dirigea jusqu’à la vieille climatisation à cadran. Est-ce que tout l’hôtel était comme ça ou est-ce qu’il était juste chanceux ? En étudiant le climatiseur, il ne vit aucune raison pour que celui-ci ne fonctionne pas. Tous les paramètres étaient corrects et pourtant, il soufflait de l’air chaud contre ses jambes. Un rapide coup de poing n’aida pas non plus. Merde.

L’hôtel ferait mieux d’être en mesure de résoudre ce problème ou de lui offrir une nouvelle chambre.

Une heure plus tard, Raven sortit de la salle de bain, une serviette enroulée autour de la taille. Il se servit d’une autre serviette pour s’essuyer des cheveux, avant de la jeter sur un fauteuil. Ses cheveux étaient assez humides pour que de l’eau dégouline sur son torse nu, mais il ignora cette sensation. Après tout, sa chambre était toujours aussi chaude que la surface du soleil. Pas moyen qu’il allume un sèche-cheveux maintenant.

Même s’il n’avait pas vraiment envie de laisser entrer des moustiques ou des blattes, la nuit moite était sans doute plus fraîche que sa chambre. Une inspection plus minutieuse de sa fenêtre révéla qu’il aurait eu besoin d’outils afin d’ouvrir la satanée vitre.

La douche froide avait aidé, mais si l’hôtel n’envoyait pas quelqu’un pour réparer ça bientôt, il allait devoir demander une autre chambre et faire une putain de dépression nerveuse en attendant.

Un coup puissant poussa Raven à courir vers la porte, mais il s’empêcha juste à temps de l’ouvrir à la volée, au cas où Jeremy se serait trouvé de l’autre côté et non pas le réparateur de climatiseur tant attendu.

— Oui ?

Il n’était pas prêt de faire confiance à l’image déformée du judas.

— Vous avez appelé au sujet d’un appareil climatiseur défectueux ?

Oh. Raven frissonna légèrement. Pas moyen que cette voix basse et caverneuse appartienne à Jeremy. Bien sûr, il n’y avait pas moyen non plus que le réparateur soit à la mesure d’une voix aussi sexy. Mais il aurait pu faire fortune en tant que doubleur.

— Vous êtes là ?

Raven se reprit.

— Désolé, oui, j’ai appelé.

Après avoir rapidement déverrouillé la porte, Raven l’ouvrit.

Il ne savait pas combien de temps il resta planté là, en état de choc, avant de s’écarter, mais ce n’était sans doute pas aussi long qu’il le crut.

Le réparateur était aussi sexy que la voix le promettait. Des cheveux coupés courts brun foncé, des yeux chaleureux de la couleur du cognac, quelques taches de rousseur sur une peau caramel. Il était un peu plus vieux que Raven, un peu plus petit que lui, et bâtit comme un ouvrier du bâtiment. Un ouvrier du bâtiment digne de figurer dans un calendrier.

— Salut. Je suis Caleb Sanderson, et effectivement, vous avez un problème avec votre appareil.

Caleb, qui n’avait pas insisté sur le mot « appareil » pour ajouter le moindre sous-entendu, lui lança un sourire éclatant qui révéla que ses parents pouvaient se permettre un orthodontiste.

— Euh, salut. S’il vous plaît, pouvez-vous réparer le…

Après un certain effort, il réussit à éviter de dire « appareil ».

— S’il vous plaît, réparez-le.

Caleb hocha la tête et se dirigea vers l’appareil… putain… Raven n’arrivait pas à éviter de penser à un sous-entendu, même en pensée.

Quand Caleb s’accroupit, son jean délavé mit en valeur des fesses si appétissantes que Raven dut retenir un gémissement. Le sang afflua vers son entrejambe et il agrippa la serviette sur le fauteuil pour cacher son érection en plein essor. Où était sa putain d’escarcelle en cuir quand il en avait besoin ?

Son pouls s’accéléra et son estomac se souleva. Il n’était pas sûr d’être plus excité ou effrayé, parce qu’il ne s’était pas senti sexuellement attiré par la présence d’un autre homme depuis son accident.

Caleb lui lança un regard et sourit. La panique submergea Raven.

— Euh… Euh…. Je reviens dans une minute.

Raven récupéra un jean dans sa valise et s’enfuit vers la salle de bain, claquant la porte derrière lui comme si Caleb le poursuivait.

Cette fois, la montée d’adrénaline provenait d’une autre source que ses tentatives pour échapper à Jeremy. Bon Dieu. Il retira la serviette et enfila son jean sans aucune grâce. Son pied se coinça et il trébucha, mais se rattrapa avant de se cogner la tête sur le lavabo.

Raven prit une profonde inspiration tremblante avant de terminer d’enfiler son jean, rangeant son connard de sexe indiscipliné et toujours enflé. Comme toujours, il prit soin de ne pas se focaliser sur les cicatrices épaisses et brillantes éparpillées sur ses hanches et son entrejambe, des cicatrices qui étaient toujours rouges et vives, même après une année.

Il passa les mains dans ses cheveux humides, espérant les apprivoiser un peu, et ressortit. La différence était déjà palpable. Une brise fraîche parcourut sa peau humide et ses tétons se dressèrent. Pourquoi n’avait-il pas aussi récupéré un tee-shirt ?

— Votre appareil est réparé.

Caleb s’essuya les mains sur ses cuisses, attirant involontairement le regard de Raven vers sa braguette, mais celui-ci se força à le détourner de nouveau, gêné et troublé d’une façon inhabituelle, peu importe à quel point il trouvait un homme sexy. Ou peut-être que là était le problème. Accepter une éternité sans sexe avait été bien plus facile quand il n’avait pas ressenti de réaction viscérale envers quiconque. Bordel. Il ne savait même pas si Caleb était gay.

— Euh, merci. C’était rapide.

— Je suis simplement très doué, répondit Caleb, toujours avec des mots qui auraient facilement pu avoir un double sens.

Sauf que le ton de Caleb était complètement innocent. Ou il était complètement hétéro. Caleb hocha la tête et se dirigea vers la porte, laissant dans son sillage une légère odeur de sueur et de savon.

Un instant plus tard, la porte se referma derrière lui et Raven s’effondra sur le lit.

Pour la première fois de sa vie, il s’était trouvé en plein milieu d’un vrai scénario classique de porno, similaire à ceux dans lesquels il avait souvent joué, et au lieu de faire des avances à Caleb, il s’était comporté comme une pucelle nerveuse sans aucun savoir-vivre. Bon sang, il avait été plus pathétique que lorsqu’il avait été lui-même puceau et nerveux, bordel de merde. Même s’il pensait que c’était peut-être mieux ainsi, il n’arrivait pas à convaincre son sexe que laisser Caleb repartir sans même essayer d’échanger leurs numéros de téléphone était pour le mieux. Il voulait vraiment que Caleb revienne. Il voulait découvrir le goût qu’il avait. Il voulait connaître les sons qu’il faisait quand on le suçait.

L’ironie de la situation ne lui échappa pas.

CALEB SANDERSON s’effondra contre le mur, le cœur battant. Par chance, il garda une poigne ferme autour de sa boîte à outils, parce que la dernière chose dont il avait besoin, c’était que l’occupant de la chambre 305 sorte en se demandant ce qui se passait.

Putain de merde, ça ne lui arrivait jamais. Pas à lui.

Depuis que sa compagnie avait signé un contrat avec un certain nombre d’hôtels et d’entreprises de la région, il était venu ici plus d’une fois. Après tout, les climatiseurs étaient assez vieux et Caleb soupçonnait que l’hôtel planifiait de les remplacer tous bientôt. Jusque-là, toutefois, Caleb resterait un habitué.

Il avait vu nombre de chambres d’hôtel, la plupart d’entre elles vides. Quand elles ne l’étaient pas, toutefois, il avait vu de nombreuses choses qu’il ne pourrait jamais oublier. Parfois, c’était dur de croire que quelqu’un pouvait laisser entrer sans problème un étranger et le laisser le voir en tenue d’Adam. Il avait même croisé quelques femmes qui avaient essayé de le draguer. Mais jamais, pas une fois, n’avait-il eu envie de rester plus longtemps, une fois son travail terminé. Il jeta un regard vers la chambre 305 et un million de questions lui vinrent. Des cheveux sombres avec des mèches rouges, de grands yeux bleus et une peau laiteuse donnaient à cet homme des airs de personnage de manga.

Mais le reste de son être l’avait presque poussé irrésistiblement à renoncer à parler parce qu’il avait envie d’utiliser sa langue pour des choses plus charnelles. Il aurait commencé avec la clavicule de cet homme, puis se serait glissé le long de ses abdominaux musclés jusqu’à ce léger chemin de poils noirs. Le désir avait envahi Caleb si rapidement qu’il lui avait fait tourner la tête et le laissait sur un petit nuage. Le destin s’était moqué de lui quand il avait jugé bon de le pousser à répondre à l’appel d’un homme si séduisant qu’il devait être mannequin. Ou peut-être un acteur en devenir.

Tant de désir et d’idées avaient envahi l’esprit de Caleb que c’était un miracle qu’il ait réussi à parler. Étonnamment, il n’était pas passé pour un idiot ; il avait même réussi à paraître confiant. Plus étonnamment encore, il n’avait rien dit d’inapproprié, même s’il avait failli en mourir d’envie. Après tout, Caleb n’était rien de plus que la quintessence du sang-froid, même si le client de la 305 poussait cette maîtrise à ses limites. Mais il avait freiné ses viles impulsions. La dernière chose dont il avait besoin, c’était d’une plainte pour harcèlement sexuel de la part d’un des clients de l’hôtel. Non seulement cela mettrait en péril le travail stable et confortable que lui fournissait l’hôtel, mais cela lui causerait de sérieux ennuis.

Après les efforts fournis pour dompter son désir et agir comme un être humain normal, plutôt que comme une bête baveuse aux prises d’une convoitise monstrueuse, Caleb se retrouva couvert de sueur et aussi essoufflé que s’il avait couru un marathon au cours des dernières minutes. Et avec une érection plus imposante que jamais. Dieu merci, il portait un nouveau jean et un boxer parfaitement à sa taille.

Ses joues rougirent et il baissa les yeux sur son « uniforme » standard : un jean et un polo. La tenue ne faisait pas vraiment de lui un bel étalon. Avec un petit rire contrit, il ajusta son érection. Même si le client de la 305 était gay, pas moyen qu’il craque pour la main-d’œuvre. Surtout si elle était visiblement plus vieille. Caleb avait seulement trente-deux ans, mais si le client de la 305 avait plus de vingt-et-un ans, alors Caleb se mettrait à chier des arcs-en-ciel. Il s’en sortait plutôt bien, il couchait régulièrement, même si ce n’était pas aussi souvent qu’il l’aurait voulu. Un type aussi sexy que cet homme ne lui donnerait même pas l’heure, mais il jouerait clairement un rôle dans les fantasmes de Caleb pendant sa douche du soir, et sans doute pour les prochains jours. Le client de la 305, de l’eau chaude, du gel douche et la main droite de Caleb ; ce serait sans doute son meilleur rendez-vous depuis longtemps.

Un bourdonnement désagréable s’échappa de sa poche et il récupéra son téléphone avant de le réduire au silence, son cœur accélérant légèrement tandis qu’il attendait, le souffle court, sans savoir s’il voulait que le client de la 305 ouvre la porte ou pas.

Puis il se reprit. S’il était dans une chambre d’hôtel et entendait le téléphone de quelqu’un d’autre dans le couloir, il ne prendrait clairement pas la peine d’ouvrir la porte. Idiot.

D’ailleurs, si le client de la 305 ouvrait la porte, comment Caleb pourrait-il expliquer qu’il traînait toujours à l’extérieur ? Il se dirigea vers l’ascenseur aussi silencieusement que possible, même s’il reconnaissait qu’il avait l’air ridicule.

Quand les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, il vérifia le texto qui l’avait surpris. Au lieu d’appuyer sur le bouton du rez-de-chaussée, il pressa celui du douzième étage. Un autre problème de climatiseur. Son rendez-vous avec sa main droite devrait attendre encore un peu, mais au moins ce problème avait été signalé avant qu’il quitte le bâtiment. Être d’astreinte le week-end craignait, surtout pendant les vagues de chaleur, mais c’était son tour, et ce n’était pas comme s’il avait un petit ami ou même une conquête potentielle avec qui passer le week-end.

Un vieil homme lui ouvrit la porte de la 1218. Sa femme était assise sur le canapé, en train de regarder la télévision. Caleb poussa un soupir de soulagement. Ce serait rapide et sans douleur. Et s’il passait tout ce temps à se demander d’où venait le client de la 305, et s’il avait un petit ami chez qui rentrer après ses vacances, eh bien, personne ne le saurait.

III

CALEB S’AVANÇA vers l’entrée de service de l’hôtel et se gara.

— Merci d’être venu m’aider aujourd’hui. Je sais que le samedi matin, ce n’est pas ton truc.

Jaime Escobar, son cousin et meilleur ami, lui lança un regard trouble par-dessus son litre de café latté.

— Pas de problème. Je dormirai quand je serai mort.

— Je suis vraiment désolé.

Caleb ne se serait pas senti si mal si Jaime avait simplement eu la gueule de bois, mais il était ambulancier et avait travaillé toute la nuit ; l’appel de Caleb ce matin l’avait surpris au moment où il rentrait chez lui. Ce qu’il n’avait pas dit à Caleb avant de passer le prendre.

— J’avais oublié que tu travaillais de nuit, cette semaine.

Il grimaça. Étant donné que ça faisait un long moment qu’il était contraint à l’abstinence, un petit ange malicieux sur son épaule avait été ravi d’interrompre les câlins matinaux de Jaime avec l’éphèbe quelconque qui avait réchauffé son lit la nuit précédente. Caleb avait eu deux ou trois bons orgasmes grâce au souvenir du client de la 305, mais il était malgré tout jaloux du défilé constant de partenaires de Jaime. Bon, peut-être pas jaloux, exactement, mais Jaime ne semblait jamais manquer de compagnie, alors que Caleb avait du mal à trouver quelqu’un dont il aurait des nouvelles, ou dont il voudrait avoir des nouvelles, après l’acte. Mais il avait interrompu Jaime alors qu’il se préparait à aller au lit après une semaine à gérer les victimes de la vague de chaleur et de la violence en ayant résulté. La chaleur extrême exacerbait les tempéraments.

Jaime se mit à rire et prit une grande gorgée de café, l’un des premiers gestes de Caleb pour le remercier de lui avoir rendu service.

— Hé, je sais qu’un hôtel plein va payer rubis sur l’ongle pour une astreinte, le week-end. Et te rendre service, ça veut dire que tu seras à ma botte, la prochaine fois que je le voudrais.

Caleb leva les yeux au ciel. Connaissant Jaime, cela pouvait dire tout et n’importe quoi, mais la justice karmique lui botta le cul d’une manière très immédiate. La jalousie n’était pas une belle émotion et ce n’était certainement pas très chrétien. Caleb n’était pas très chrétien non plus, du moins pas autant que sa famille l’aurait voulu, mais il essayait de vivre selon les principes altruistes et bienveillants de la foi.

— Ouais, ouais, j’ai compris.

Les portières laissèrent entrer la chaleur étouffante et l’humidité dans la camionnette et Caleb réprima à grand-peine un gémissement. Il était né et avait grandi en Floride, et son travail dépendait des gens qui désespéraient d’échapper au pire climat de Floride, mais bon sang, il détestait vraiment ce temps. Il savait que beaucoup de gens affluaient vers cet État pendant l’hiver, d’où le terme « oiseau de neige », mais y avait-il un opposé ? Des oiseaux d’été natifs de Floride et de Géorgie, se dirigeant au nord pendant l’été ? Cela aurait été un rêve, même s’il avait entendu dire que les états du Nord pouvaient être tout aussi étouffants. Peut-être l’Alaska ?

Mais bon, il ne pensait pas pouvoir laisser sa famille pendant des mois pour vivre en Alaska. Surtout que son entreprise l’éreintait en été. Abandonner ce revenu signifierait qu’il devrait aller en stop jusqu’en Alaska.

Ils firent le tour de la camionnette et Jaime plissa les lèvres en observant le nouveau climatiseur.

— Pourquoi pèsent-ils toujours autant ?

Caleb ignora la question rhétorique et sortit le diable. Au moins, ils n’auraient qu’à poser le climatiseur dessus, et pas le porter jusqu’au douzième étage.

Déposer l’appareil sur le chariot ne leur prit que quelques minutes, mais cela leur suffit pour se retrouver échevelés, les joues rougies et couverts de sueur. Ils le traînèrent jusqu’à l’hôtel. Le souffle d’air frais du hall d’entrée fit frissonner Caleb, mais c’était un frisson bienvenu et délicieux.

Tandis qu’ils avançaient lentement et maladroitement entre les chariots de nettoyage et de service de chambre dans les couloirs privés de l’hôtel qu’aucun client ne verrait jamais, ils approchèrent d’une double porte menant vers l’une des salles de banquet. Les portes permettaient aux serveurs d’apporter la nourriture dans les salles de banquet grâce à un trajet plus direct depuis la cuisine, mais elles n’étaient en général pas maintenues ouvertes.

La curiosité incontrôlable de Caleb, piquée par la rencontre de la nuit précédente avec le client de la 305, le poussa à ralentir pour jeter un coup d’œil dans la grande salle de bal. Une analyse rapide lui fournit une récompense espérée, et pourtant complètement inattendue.

Près du buffet, un tee-shirt à manches longues rouge attira son regard. La bouche de Caleb s’assécha quand il aperçut le reste du client de la 305. Le tee-shirt accentuait parfaitement les mèches rouge vif de ses cheveux, qui étaient coordonnés à son jean noir moulant. Toutefois, il n’avait pas l’air particulièrement heureux, debout près du buffet, à pousser du bout de sa fourchette ce qui se trouvait sur son assiette. Une femme séduisante s’approcha de lui, même si elle semblait être encore plus vieille que Caleb. Le client de la 305 lui sourit et la jalousie malvenue de Caleb montra encore une fois son horrible tête. Si le type de la 305 lui avait souri la nuit dernière, il ne serait peut-être jamais parti. Ou il aurait joui sur place. Ou peut-être qu’il serait simplement mort face à toute cette beauté.

Cette fois, la chaleur réchauffant les joues de Caleb venait d’une source complètement différente, et ce genre de chaleur était bien plus agréable que la météo.

— Caleb ? Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce qu’on peut en finir avec ça, bon sang ?

Le ton irrité de Jaime détourna l’attention de Caleb du bel homme de la salle de bal.

— Pardon, pardon. Allons-y.

Jaime plissa ses yeux injectés de sang et regarda Caleb avec méfiance.

— Oui, finissons-en. Je suis bien trop fatigué pour apprécier de jouer les hommes à tout faire.

La dernière chose dont Caleb avait envie, c’était que Jaime aperçoive le client de la 305, parce qu’il voulait garder ce petit rêve pour lui sans s’inquiéter que son cousin obtienne un rendez-vous avec lui ou le mette dans son lit.

Ce n’est que lorsqu’ils furent de retour dans la camionnette, où Jaime récupéra son latté comme si c’était un trésor perdu depuis longtemps, que Caleb réalisa qu’il n’avait pas masqué son attirance pour le client de la 305 autant qu’il aurait voulu.

— Alors qu’est-ce qui t’a troublé à ce point, là-bas… ou devrais-je plutôt dire « qui » ? Ce n’est pas comme s’il y avait un strip-tease ou quoi.

Malgré la brise de plus en plus fraîche soufflant de l’aération du tableau de bord, Caleb rougit de nouveau. Heureusement, sa peau ne montrait pas vraiment quand il rougissait, même s’il aurait été prêt à parier que la peau pâle du mec de la 305 rosissait joliment.

Après s’être giflé mentalement, il détourna ses pensées de l’homme aux cheveux striés de rouge. Il n’allait jamais être capable de prétendre qu’il n’y avait rien s’il n’arrivait pas à contrôler ses pensées pendant plus de cinq minutes.

— Rien.

Jaime le regarda fixement. Sans surprise, étant donné que la réponse de Caleb était complètement risible.

— Hm-hm, bien sûr. C’est moi qui suis resté debout toute la nuit et je sens malgré tout que tu mens. Et tu mens très mal, d’ailleurs.

— Pas du tout !

Hormis Jaime, personne dans sa famille ne savait qu’il était gay, alors il était vraiment un menteur tout à fait exceptionnel. Ce qui venait avec sa propre cargaison de culpabilité, mais c’était un problème à gérer une autre fois.

Jaime sirota son café.

— Conneries. Mais je suis trop fatigué pour discuter. Ramène-moi chez moi. Je vais dormir au moins vingt heures et ensuite, je serai prêt quand tu voudras venir me chercher.

— Te chercher ?

Un autre regard perçant croisa le sien par-dessus la tasse de café.

— Dîner de famille demain, tu te souviens ? Le premier anniversaire de Juliet ? J’ai l’impression d’être tombé dans la Quatrième Dimension. Tu te souviens, c’est moi qui n’ai pas dormi, mais c’est toi qui as la tête ailleurs.

Caleb appuya brusquement sur le frein quand le feu passa au rouge. Que diable était-il en train de faire ? Comment pouvait-il laisser une rencontre fortuite, pas même aussi importante que ça, lui faire perdre ainsi la tête ? Ce n’était pas comme s’il n’avait jamais vu un homme sexy à moitié nu auparavant.

— C’est juste la chaleur qui m’affecte.

Il avait complètement oublié le dîner de famille et n’était vraiment pas d’humeur. Surveiller chacune de ses paroles, supprimer tout soupçon de flamboyance, réussir à rester neutre devant sa famille ; c’était un effort stressant et épuisant. Et quand il avait déjà la tête ailleurs, qu’il avait trop chaud et qu’il était distrait ? Qu’il n’arrivait pas à passer cinq minutes sans repenser à l’image délicieuse du client de la 305 ? L’anniversaire de Juliet allait être digne de l’enfer sur terre.

— Bien sûr. Continue à te dire ça.