Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Cette fiche de lecture sur
La possibilité d'une île de
Michel Houellebecq propose une analyse complète de l'oeuvre :
• une biographie de Michel Houellebecq
• une bibliographie de Michel Houellebecq
• un résumé de La possibilité d'une île
• une analyse des personnages
• une présentation des axes d'analyse de La possibilité d'une île de Michel Houellebecq
• une analyse du style de l'auteur
À propos de FichesDeLecture.com :
FichesdeLecture.com propose plus 2500 analyses complètes de livres sur toute la littérature classique et contemporaine : des résumés, des analyses de livres, des questionnaires et des commentaires composés, etc. Nos analyses sont plébiscitées par les lycéens et les enseignants. Toutes nos analyses sont téléchargeables directement en ligne. FichesdeLecture est partenaire du Ministère de l'Education.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 140
Veröffentlichungsjahr: 2015
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Michel Houellebecq
I. RÉSUMÉ
Daniel24 est le vingt-quatrième clone de Daniel1, un humoriste ayant vécu au début du vingt et unième siècle, et fait partie de la nouvelle race des néo-humains. Sa vie se déroule deux millénaires après celle de Daniel1. Afin de bien imprégner sa mémoire de la vie de son ancêtre premier, il doit lire le récit que Daniel1 a fait de sa vie et le commenter. Daniel25 le remplacera après sa mort et devra lui aussi lire et commenter le récit de vie de Daniel1.
La vie de Daniel1 a été pour le moins assez mouvementée. D’après son récit de vie, il aurait composé son premier sketch à partir d’un incident survenu dans un camp de vacances en Turquie. Après son baccalauréat, il s’inscrivit à un cours d’acteur et le succès finit par arriver. À trente-neuf ans et déjà riche de six millions d’euros, il rencontre, Isabelle, la rédactrice en chef d'un magazine pour adolescentes intitulé Lolita et l’épouse. Après plusieurs années de mariage, Isabelle, lassée, décide de le quitter et de retourner vivre avec sa mère. Invité à dîner chez Harry, son voisin, Daniel y fait la rencontre du fils de celui-ci, Patrick, membre d’une secte dont les adeptes croient en l’existence d’une race supérieure venue de l’espace et qui seraient les créateurs de l’humanité, les Élohim. Daniel1 accepte l’invitation de Patrick à participer au stage d’été de la secte en Herzégovine, en tant que VIP. Il y rencontre Vincent, un artiste et plusieurs personnages hauts en couleur dont Savant, un scientifique de haut niveau effectuant des travaux sur le clonage humain et le Prophète, le directeur spirituel et fondateur de la secte. La secte des élohimites prône l’immortalité et ses adeptes sont invités à donner un échantillon de leur ADN afin qu’à leur mort, de nombreuses générations de clones puissent leur succéder, leur assurant ainsi la vie éternelle.
De retour du stage, Daniel1 pense à reprendre sa carrière de producteur de cinéma et fait la rencontre d'une jeune actrice, Esther qui deviendra sa maîtresse. Ce sera pour Daniel1 une période de grand bonheur et il développera une véritable passion pour la jeune fille. C’est alors que Daniel1 reçoit une seconde invitation de Vincent, cette fois pour assister au stage d’hiver de la secte des élohimistes, à Lanzarote. Il s’y rend sans Esther, retenue par des obligations professionnelles. Il y retrouve les mêmes invités rencontrés au cours du stage précédent et assiste à plusieurs conférences. Mais, les choses tournent mal et le prophète est sauvagement assassiné dans sa chambre par un amant jaloux. Le meurtre est camouflé en suicide par les dirigeants de la secte et un nouveau prophète apparaît bientôt, présenté comme une réincarnation du premier. Vincent, l’artiste et fils du premier prophète devient donc le successeur de son père comme dirigeant spirituel des élohimites. Daniel1 est fortement invité à garder le silence sur les événements dont il a été le témoin. Après un immense battage médiatique et une enquête policière sur les événements survenus à Lanzarote, Daniel1 retrouve enfin Esther et son bonheur.
Mais la différence d’âge se fait de plus en plus sentir et Daniel1 n’arrive plus à soutenir le rythme de vie effréné de sa jeune compagne de vingt ans. Bientôt, Esther lui annonce qu’elle est acceptée dans une académie de piano prestigieuse de New York et a l’intention d'y passer une année scolaire. C’est la fin de leur liaison et Daniel1 est dévasté par le chagrin. Il renoue alors quelques temps avec Isabelle mais celle-ci se suicide, quelques semaines après la mort de sa mère, en laissant tous ses biens à la secte élohimiste. Daniel1 recueille le chien Fox, qu’Isabelle avait trouvé le long d’une autoroute et adopté. Il songe à vendre sa propriété et vit une période de dépression et d’intense solitude. Un jour, Fox est délibérément écrasé par le camion d’un ouvrier haineux. Daniel1 enterre le petit animal avec tristesse.
Suit alors pour Daniel1 une période d’errance et de remise en question. Il sait qu’il optera pour la même solution qu’Isabelle. Il achève son récit de vie et avant de se suicider, il reprend contact avec Esther, de retour à Madrid. Mais Esther ne veut plus le revoir. Daniel1 s’accroche de façon pitoyable, oubliant toute dignité et amour-propre. Il finit par renoncer devant l’inutilité de ses efforts et se suicide après avoir achevé d’écrire son récit de vie.
Dans la dernière partie du livre, Daniel25, lassé de sa vie contemplative et routinière, décide de quitter son domicile en compagnie du chien Fox, clone de l’animal de compagnie de Daniel1, et d’entreprendre un long voyage dans le but de rejoindre une hypothétique communauté sociale d’humains ou de néo-humains, qui se serait installée à l’ancien emplacement de l’île de Lanzarote, dans l’archipel des Canaries. Que découvrira-t-il au terme de son voyage ?
Comme ils restent présents à ma mémoire, les premiers instants de ma vocation de bouffon ! J’avais dix-sept ans et passais un mois d’août morne dans un club all inclusive en Turquie. C’était au petit déjeuner. Une queue s’était formée pour les oeufs brouillés et une vieille Anglaise sèche et méchante rafla sans hésiter les trois dernières saucisses. L’Allemand faisant la queue derrière elle se figea sur place. Le rouge de l’indignation emplit son visage. Mais, il prit sur lui et repartit tristement sans saucisses, en direction de ses congénères. À partir de cet incident, je composai un petit sketch que je présentai le soir même lors de la soirée « Vous avez du talent ! » Ma prestation obtint un succès très vif et il y eut des applaudissements nourris. Le soir même, je perdis ma virginité dans les bras d’une admiratrice du nom de Sylvie.
Après mon baccalauréat, je m’inscrivis à un cours d’acteurs. Je devins méchant et caustique. Le succès arriva, d’une ampleur qui me surprit. En résumé, j’étais un observateur acéré de la réalité contemporaine. J’acceptais de passer à des émissions de télévision à forte audience. Mes sketches étaient drôles. Mes sujets de prédilection étaient les riches, les pauvres, les homosexuels, les braves gens, etc. J’étais considéré comme un humaniste grinçant. J’avais de bonnes critiques dans Elle et dans Télérama. Grâce à mes sketches, j’avais acquis la réputation d’homme de gauche et de défenseur des droits de l’homme. J’étais un bon professionnel avec une tête d’Arabe. Pourtant, ma mère était d’origine espagnole et mon père, breton. Les Arabes venaient à mes spectacles massivement, ainsi que les Juifs.
Pour ce qui est des femmes, les occasions ne m’ont pas manqué mais les femmes s’intéressant aux comiques ont en général la quarantaine. Elles n’avaient rien de très bandant. La vie commence à cinquante ans, c’est vrai ; à ceci près qu’elle se termine à quarante.
Les petits êtres qui bougent dans le lointain, ce sont des hommes. J’assiste à la disparition de l’espèce sans regret. Fox gronde doucement et perçoit sans doute la présence des sauvages. Pour ma part, je les considère comme des singes un peu plus intelligents, donc plus dangereux. Jamais je n’envisagerais de m’accoupler avec une femelle de leur espèce.
Un être est façonné, quelque part dans la Cité centrale, semblable à moi. Lorsque ma vie cessera, la fabrication de mon successeur sera aussitôt mise en route. Il s’installera entre ces murs et sera le destinataire de ce livre. Le transfert de mémoire se fera au moyen du récit de vie, une espèce d’autobiographie.
J’ai vécu deux ou trois ans avec ma première femme et lorsqu’elle est tombée enceinte, je l’ai plaquée presque aussitôt. Je n’avais aucun succès à l’époque, elle n’a obtenu qu’une pension alimentaire minable. Le jour du suicide de mon fils, je me suis fait des oeufs à la tomate. Je n’avais jamais aimé cet enfant : il était aussi bête que sa mère et méchant que son père. Des êtres humains de ce genre, on peut s’en passer.
Après mon premier spectacle, dix ans se sont écoulés. Puis j’ai rencontré Isabelle. J’avais trente-neuf ans, elle trente-sept. Lorsque je gagnai mon premier million d’euros, je me mis à consommer avec joie, principalement des chaussures. Puis je me suis lassé. À l’époque où je rencontrai Isabelle, je devais en être à six millions d’euros. L’entretien eut lieu dans ma loge. Isabelle était alors rédactrice en chef du magazine Lolita, une publication pour jeunes filles. Dès les premières minutes de ma rencontre avec Isabelle, j’ai su que nous allions avoir une histoire ensemble. Dès la première nuit, nous avons couché ensemble. Malgré ses trente-sept ans, son corps était incroyablement ferme et souple du à la danse classique qu’elle pratiquait. Nos rapports furent d’une incroyable franchise dès les premiers moments. Le premier soir, vers cinq heures du matin, Isabelle me confia gagner cinquante mille euros par mois. Puis, elle me demanda si j’avais couché avec beaucoup d’admiratrices. Pas tant que ça, en réalité : cinquante, cent au maximum. Mais la nuit que je venais de vivre était bien la meilleure. Elle me dit que les femmes sont attirées sexuellement par les types qui montent sur scène car elles sentent qu’ils risquent leur peau et peuvent à tout instant être chassés et obligés de s’enfuir sous la honte et les quolibets. Des gladiateurs en somme. Je lui répondis que moi, j’étais irremplaçable. Elle dit que le journal pour lequel elle travaillait essayait de créer une humanité factice et frivole. Une génération de kids définitifs en quête de fun et de sexe. Selon elle, dans ce monde, je n’aurai plus ma place. Peu importait pour moi car j’avais déjà six millions d’euros de côté. Elle finit par m’avouer qu’elle ne désirait nullement m’interviewer mais voulait seulement me rencontrer.
Isabelle habitait dans le XVIe arrondissement, sur les hauteurs de Passy. Avant de travailler pour Lolita, elle était restée très longtemps à 20 Ans et y avait occupé tous les postes. Puis un groupe italien avait acheté le journal et un actionnaire nommé Lajoinie lui avait proposé au cours d’une soirée bien arrosée et peuplée de personnalités diverses, dont Tom Cruise, Karl Lagerfield, Naomi Campbell et Björk, de venir travailler pour son magazine intitulé 20 Ans, à un salaire mensuel de cinquante mille euros.
Aujourd’hui, j’ai la liberté de regarder la neige. C’est mon lointain prédécesseur, l’infortuné comique, qui avait choisi de vivre ici. La mer a disparu et la mémoire des vagues. Avant lorsque les humains vivaient ensemble, ils se donnaient mutuelle satisfaction au moyen de contacts physiques. En nous détournant de la voie du plaisir, nous n’avons fait que prolonger l’humanité dans ses tendances tardives. Des robots androïdes apparurent sur le marché, munis d’un vagin artificiel performant. Il y eut un succès de curiosité pendant quelques semaines, puis les ventes s’effondrèrent. L’événement fut commenté comme une volonté de retour au naturel mais la vérité était que les hommes étaient en train d’abandonner la partie, tout simplement.
Le spectacle « ON PRÉFÈRE LES PARTOUZEUSES PALESTIENNES » fut sans doute le sommet de ma carrière – médiatiquement s’entend. Il y eut des plaintes d’associations musulmanes et des menaces d’attentat à la bombe. L’espace d’une ou deux saisons, je m’étais retrouvé dans la peau d’un héros de la liberté d’expression. Isabelle me conseillait avec finesse. Elle disait que si j’avais la racaille de mon côté, je serais inattaquable. Elle me conseilla aussi de flamber un peu plus. Je m’achetai une Bentley Continental GT, coupé magnifique et racé.
Ce spectacle marqua également le début de ma brève mais lucrative carrière cinématographique. J’introduisis dans mon spectacle une parodie de film porno intitulée « BROUTE-MOI LA BANDE DE GAZA (mon gros colon juif) ». Les gens avaient ri car c’était comique et un peu relevé. Le court métrage en version intégrale fut projeté quelques mois plus tard dans le cadre de « L’Étrange Festival », et c’est alors que les propositions cinématographiques commencèrent à affluer. Le fait qu’un comique, reconnu comme comique, puisse en outre se mouvoir avec aisance dans les régions de la cruauté et du mal, constituait nécessairement pour la profession un électrochoc. En moins de deux mois, je reçus quarante propositions de scénarios différents. Jamais je n’avais connu d’argent aussi facile à gagner. Mon plus grand succès en tant que scénariste principal fut « DIOGÈNE LE CYNIQUE ». Il préconisait aux enfants de tuer et de dévorer leurs propres parents devenus inaptes au travail et représentant des bouches inutiles. Jean-Pierre Marielle y fut magistral.
À peu près à la même époque, j’achetai une résidence secondaire en Andalousie, un peu au nord d’Almeria, dans une zone sauvage appelée le parc naturel du Cabo de Gata. Cette région était la seule de la côte espagnole à avoir été jusque-là épargnée par le tourisme. C’est alors que je décidai d’épouser Isabelle. La cérémonie fut discrète et un peu triste. Elle venait d’avoir quarante ans. Son corps, malgré la natation et la danse classique, commençait à subir les premières atteintes de l’âge. Je la sentais au moment où mon regard se posait sur elle, s’affaisser légèrement. Je ne savais pas très bien ce qui passait alors sur mon visage et qui la faisait tant souffrir. Je l’aimais mais il ne m’était plus possible de lui répéter qu’elle était toujours aussi désirable.
Les falaises dominent la mer et il n’y aura pas de fin à la souffrance des hommes. Sur l’écran, je vois des êtres qui avancent en longeant la falaise. Ils sont moins nombreux que leurs ancêtres et plus sales. Ils tressaillent de douleur au moindre souffle de vent et se jettent parfois les uns sur les autres, se blessent par leurs coups ou leurs paroles. Leur démarche se ralentit et ils tombent sur le dos. Des insectes et des oiseaux se posent sur eux, les picorent et les dévorent. Les créatures souffrent encore un peu, puis s’immobilisent. Je quitte le programme de surveillance. Il y un nouveau message de Marie22. Je comprends ce que ressentaient les hommes quand ils pénétraient la femme. Je comprends la femme.
Isabelle s’affaiblissait. Il fallait maintenir dans son travail une certaine ambiance de conflit, de compétition narcissique, ce dont elle se sentait de jour en jour plus incapable. Elle prit rendez-vous avec Lajoinie pour négocier ses indemnités de licenciement. Ses conditions furent intégralement acceptées. Pour ma part, mon dernier spectacle était intitulé « EN AVANT, MILOU ! EN ROUTE VERS ADEN ! », et sous-titré « 100 % dans la haine ». Le premier sketch s’intitulait « LE COMBAT DES MINUSCULES » et mettait en scène des Arabes, des Juifs et des chrétiens libanais. En somme, les religions du Livre étaient renvoyées dos à dos. Il y avait aussi une désopilante saynète intitulée « LES PALESTINIENS SONT RIDICULES », constituée d’une attaque en règle contre toutes les formes de rébellion, de combat nationaliste et contre l’action politique elle-même. Ce spectacle fut salué comme un classique et fut mon plus grand succès critique. Je me voyais fréquemment comparé à Chamfort, voire à La Rochefoucauld. Bernard Kouchner se déclara « personnellement écœuré » par le spectacle, ce qui me permit de terminer à guichets fermés. Mais je commençais à avoir marre de tout ça. Je ne parvenais plus à supporter le rire, le rire en lui-même. Si l’homme rit, s’il est le seul, parmi le règne animal, à exhiber cette atroce déformation faciale, c’est qu’il est le seul à avoir atteint le stade infernal et suprême de la cruauté.
Les trois semaines de représentation furent un calvaire permanent. Chaque soir, avant de monter sur scène, j’avalais une plaquette entière de Xanax. Je détournais le regard pour ne pas voir ces gueules, ces centaines de gueules animées de soubresauts, agitées par la haine.
Ce passage de la narration de Daniel1 est sans doute le plus difficile à comprendre. Étant génétiquement issu de Daniel1, j’ai les mêmes traits, le même visage. Cette subite distorsion expressive, accompagnée de gloussements caractéristiques, qu’il appelait le rire, il m’est impossible de l’imiter ni d’en imaginer le mécanisme. Plusieurs travaux s’accordent à reconnaître que la disparition du rire chez les néo-humains fut rapide. Une évolution analogue, quoique plus lente, a pu être observée pour les larmes. Ces deux sentiments, la cruauté et la compassion, n’ont évidemment plus grand sens dans les conditions d’absolue solitude où se déroulent nos vies.
