La première pierre - Alba Del Sol - E-Book

La première pierre E-Book

Alba Del Sol

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Beschreibung

Ce récit est un voyage initiatique. Il retrace mon premier voyage seule dans le nord de la Thaïlande, chez les Akhas, un peuple montagnard qui vit à l'abris des regards et qui essaie de maintenir la pérennité de son identité. Nos chemins se sont croisés dans les montagnes thaïlandaises, sur leur terre d'accueil devenue la mienne pour un temps. Nos histoires se sont croisées sur le chemin d'une quête identitaire commune. Il retrace également un voyage intérieur, mon expérience et mon évolution personnelle. Je partage les merveilleuses rencontres que j'ai faite sur ce chemin et surtout la rencontre avec moi-même. C'est l'histoire d'un voyage arpenté sur un chemin sinueux, escarpé et en dents de scie, d'un chemin douloureux et lumineux. D'une expérience humaine riche et épanouissante. Ce voyage est ma première pierre à l'édifice.

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Seitenzahl: 136

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Je remercie du plus profond de mon cœur mes parents d’avoir cru en moi et de m’avoir toujours soutenu dans mes choix, bien qu’ils aient été un peu farfelus parfois, et sans qui rien de tout ça n’aurait été possible. Ainsi que toutes les personnes qui m’ont marquées par leurs mots et leurs présences et ont rendu ce voyage si beau, mais aussi toutes les personnes rencontrées durant mes voyages et celles qui ont toujours été là et qui m’ont accompagné sur ce chemin et qui me font grandir chaque jour un peu plus. À travers ce texte et ces mots choisis avec minutie je me suis attachée à décrire au mieux un moment de vie qui ne s’explique pourtant pas avec des mots. J’ai donc tenté de traduire à travers le langage tout ce qui m’avait traversé au cours de cette expérience puissante.

Sommaire

Première partie

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Deuxième partie

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Épilogue

Bibliographie

Première partie

Le véritable voyage, ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure.1

Marseille, mars 2022,

J’ai commencé à écrire ce texte en 2016. Aujourd’hui, en 2022, après les nombreux épisodes de confinements, les incalculables conflits, les guerres de pouvoirs, l’état critique du climat et les prises de consciences qui se jouent à l’échelle mondiale, j’ai enfin le courage de partager cette expérience intime et puissante qui a bouleversée ma vie. Je m’y autorise enfin parce que je sens qu’elle sera comprise et accueillie avec bienveillance et que je ne me sentirais pas jugée. Par nécessité de transmettre une expérience humaine riche et inspirante et par un souci d’honnêteté et d’authenticité envers moi-même et envers les autres, j’accepte aujourd’hui de me mettre à nue, de me montrer vulnérable, en espérant en toute humilité, que cela puisse inspirer d’autres personnes à partir à la recherche d’eux-mêmes et à se montrer tels qu’ils sont vraiment. Mon chemin vers le développement personnel et le recul m’auront également permis de trouver les mots pour analyser cette étape importante de transition vers une meilleure compréhension de la vie et de tout ce qu’elle a à nous offrir.

Chapitre 1

Paris, mars 2020,

Il m’aura fallu repartir, arpenter la Jordanie et l’Iran puis reprendre mes études en anthropologie pour me sentir enfin légitime à rouvrir le carnet de mon premier voyage et accepter de dévoiler ma naïveté passée. J’avais 24 ans en 2016. Mais peu importe le temps que ça prend, du moment que ça bouge, que la machine avance. De toute façon, les astres disent que mon âge d’Or se situe quelque part entre mes 35 et mes 40 ans. Alors je prends le temps qu’il faut et j’accepte la lenteur qui me constitue. Je retrace le chemin. Quatre années seulement et pourtant un long chemin nous sépare elle et moi.

Paris, avril 2016,

J’ai patiné le pavé de cette ville toute ma vie durant, sans savoir en apprécier le goût, sans m’apercevoir que les années avaient fuient devant moi. Lassée de ses balades statiques sans buts, de ses conversations redondantes, de ses regards gris et embrumés, de cette peur quotidienne imposée par cet état d’urgence. Paris. Il était grand temps de lâcher les amarres et de poursuivre mon rêve le plus cher.

Je la regarderai une dernière fois à travers le hublot, sans regrets de la quitter. Le voyage comme ultime espoir de renaitre à moi.

Voyager seule en tant que femme c’est une prise de risques plus grande que pour un homme. Un homme qui voyage seul est respecté, on l’imagine aisément arpentant des contrées lointaines, vivre une aventure palpitante, enrichissante, se laisser porter sans grand risques, s’autoriser à dormir chez des inconnus, être confiant. Une femme elle, doit prendre ses précautions, bien choisir ses vêtements, prévoir des protections hygiéniques et toutes autres formes de protections d’ailleurs, se préparer à toute éventualité, rester méfiante. Je trouve ça injuste. Je suis en colère quand on me parle de courage sans cesse, qu’on me rappelle ma condition de femme en me demandant si je n’ai pas « peur », si les hommes ne sont pas « dangereux » là où je vais. Quant à l’inverse on félicitera un homme de partir seul, qu’on trouvera ça normal, voir banal et que son intégrité restera intact.

Mais je ne le ressens pas comme une preuve de courage à ce moment-là, comme on a pu me le dire, je le vois plutôt comme une forme d’égoïsme. Homme ou femme, on le fait pour soi, dans une volonté de s’affronter, de se faire face. Je veux me rencontrer. L’inconnu, celui dont on ignore l’identité et l’inconnu, celui dont on n’a jamais fait l’expérience, seront mes alliés dans cette recherche de vérité, d’authenticité que je ne sais nommer. Cette volonté je la ressens comme une force invisible, puissante, qui enveloppe tout mon être et me tracte, me fait avancer sans que j’en n’ai vraiment conscience, pas à pas, vers ce but ultime, rencontrer les akhas, en étant ce moi délesté de tous mes boucliers que je porte à bout de bras. Je veux retrouver l’enfant en moi, sa naïveté et sa faculté d’émerveillement. Je veux retrouver la légèreté. Je veux retrouver ma vérité. Soif d’ailleurs, faim de nouvelles couleurs, besoin de respirer d’autres formes, de toucher d’autres odeurs. Partir, c’est fuir aussi. On dit que c’est partir pour mieux revenir. Je le comprendrai plus tard. Partir c’est aussi marquer les autres par son absence.

Je devais laisser derrière moi ce quotidien qui m’oppressait, cette insécurité permanente dont je me sentais esclave. À Paris je ne sais pas être qui je suis. Je ne sais même pas qui je veux être en vérité. Doit-on le savoir ? Si je ne partais pas j’allais finir par devenir quelqu’un d’autre que moi-même, par prendre un autre chemin que celui que je devais prendre. J’étais désaxée, arrachée à moi-même. Quelque chose m'appelait là-bas, dans ce lointain pays, sans comprendre pourquoi. J’avais besoin de perdre mes habitudes. Le changement me faisait trop souffrir, sortir de ma zone de confort me terrorisait, je ne me sentais à la hauteur de rien, il fallait que ça cesse. Je devais apprendre à accepter les bouleversements et pour ça je devais partir, fuir cette routine et mon mutisme. Je voulais ressentir à nouveau les sensations dans mon corps. J’étais vide sans savoir comment me remplir. Je m’ennuyais terriblement et pourtant tout semblait être là. Le confort c’était pour moi le début de l’ennuie. L!ennuie c!était le début de la mort. Je ne voulais pas mourir.

À une semaine de mon départ vers cet inconnu qui m’obsédait tant sans que je comprenne vraiment pourquoi, une douleur m’est apparue dans la poitrine et s’est nichée dans mon plexus solaire pour le broyer. Je comptais les heures qui passaient. 168 heures, J-7. J’allais partir toute seule, moi qui adorais m’en remettre aux autres et me laisser porter. Il y a eu l’excitation, je me sentais l’âme d’une amazone prête à tout combattre, puis la peur, elle s’est propagée, s’est mise à occuper tout l’espace de mon corps jusqu’à me paralyser. Et enfin l’adrénaline est venue me sauver et m’a remise d’aplomb, j’ai repris du poil de la bête, je sentais l’énergie circuler à nouveau jusqu’à retrouver un souffle convenable. Là c’est mon rythme cardiaque qui s’est accéléré. C’était la joie, qui tout à coup me donnait la sensation de décoller du sol, de ne plus appartenir à cette réalité pesante. J’étais submergée par une avalanche d’émotions entremêlées, de peur, d’excitation et d’émotions ineffables. Ce voyage allait-il vraiment changer quelque chose ? Je ne savais même pas ce que je cherchais. L’intuition, s’écouter. Ça tournait en boucle. Je n’arrivais plus à rationaliser. Qu’est-ce que ça signifiait ? Je pensais en boucle à ce que certaines personnes m’avaient dit quand j’avais annoncé que je quittais tout pour mieux revenir. Tu dois grandir. Tu n'as pas besoin d'aller à l'autre bout du monde pour t’émanciper, trouves toi un boulot et prends un appartement comme tout le monde, c’est ça la liberté. Pour moi ça voulait dire Suis le troupeau, fais semblant d’être heureuse dans ce quotidien qui ne t’appartient pas et surtout persuades-toi fort, tu finiras par y croire.

Paris, le Jour J,

Le grand jour était enfin arrivé. Décampement. Évasion. Exode. Échappatoire. Fugue. Un nuage d’idées et de mots qui se bousculent. Quel titre donner à ce grand jour ? Laisser Paris derrière moi, Paris et tout ce que cette ville représente pour moi. Ma famille, mes amis, mes amours, mes réussites, mes responsabilités, mes peurs, mon passé, mon futur embrumé, mes échecs, mes déceptions, mes emmerdes et tout ce que je voulais fuir. - À l’inverse de Mona Chollet 2 que j’ai découvert en 2020 pendant le confinement et qui explique très justement ce plaisir du retour à la maison après les vacances quand elle était gamine, moi j’ai toujours eu la phobie du retour. L’angoisse de retrouver la grisaille parisienne, les murs gris et les visages mornes. J’ai toujours rêvé qu’on m’oublie en vacances, pour rester dans cet ailleurs, n’importe lequel mais ne plus jamais revenir dans cette vie qui ne m’appartient pas. - Je repense à cette réplique qui m’avait marqué dans Un thé au Sahara de Bertolucci : On n’est pas des touristes, on est des voyageurs. Le touriste ne pense qu’à rentrer chez lui. Alors que le voyageur ne reviendra peut-être jamais. Deux manières d’expérimenter le départ vers le lointain. Le tourisme est une sorte de douce envolée éphémère, confortable, dont le plaisir est au centre de chaque décision. Le voyage lui est plutôt de l’ordre de la quête d’initiation, la recherche d’une immersion qui dépayse, qui nous ferait presque oublier qui l’on est. C’est la nécessité de vivre une expérience qui peut parfois être douloureuse, où le désir de se confronter à l’adversité prend le dessus sur tout type de rationalité. On voudrait que ça nous laisse des traces, que ça nous marque, on voudrait être brusqué, arraché à nos petites vies bien ordonnées et confortables. Moi je choisi l’option qui fait mal. Et je veux la vivre seule. Je comprendrais plus tard que l’on n’est jamais seul, surtout quand on est avec soi. Chacun-e essaie de trouver sa place et un sens à sa vie. Je dois me rencontrer et pour ça je n’ai pas d’autre issue que de partir. Seule.

1 Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince, 1943

2 Mona Chollet, Chez soi. Une odyssée de l'espace domestique, Paris, Zones, 2015

Chapitre 2

Longtemps, on rampe sur cette terre comme une chenille, dans l’attente du papillon splendide et diaphane que l’on porte en soi.3

Sanjolon Kao, est un village akha caché dans les montagnes du nord de la Thaïlande, niché à quelques kilomètres de la frontière birmane. Les akhas n'ont pas d'histoire écrite, tout leur savoir est conservé à travers des vers de poésie qui se transmettent oralement par les «Pimas», les chefs spirituels. Ces vers retracent l'histoire d'un voyage, une longue migration à partir de leur patrie ancestrale. Il y a bien longtemps, l’esprit qui créa les nuages avait doté les akhas d'un alphabet inscrit sur une peau de buffle. Quand la famine les menaça ils durent manger cette peau de buffle pour survivre et ils firent disparaître leur alphabet. Mais une fois digérées les lettres se transmuèrent en une excellente mémoire verbale. La plupart des habitants sont des enfants et petits enfants d’immigrés. La famille de John a fui la Birmanie et ils n’ont pas la nationalité thaïlandaise ni aucun droit juridique sur les terres qu'ils occupent. Ils demeurent à l’écart, sur les hauteurs des montagnes où ils trouvent une satisfaction dans l’isolement qui leur permet de préserver ce qui leur reste de leur identité akha.

Thaïlande, 16 Mai 2016,

Après deux vols et trois bus, presque vingt-quatre heures plus tard j’arrive enfin à Mae Suai. Je suis la seule à descendre du bus. Un gars très mince est posté contre son scooteur, il attend en fumant une cigarette, une bière à la main. Je jette un œil autour de moi. Il n’y a que lui. En cinq secondes je l’ai passé au radar à vicieux. Attends mais qu’est-ce que je fais là déjà ? Il s’avance vers moi et me salue puis il porte mon backpack jusqu'à son petit 50 cm cube. Il le cale à l’avant entre ses jambes et je m’assieds derrière lui. Je m’installe bien haut et je m’accroche à l’arrière dans une posture peu confortable pour éviter le contact. How long it takes ? 20 minutes. Sur la route je me rends compte que les vitesses ne s'affichent pas sur le cadran, on ne porte pas de casque et je remarque que personne n’en porte. Ils montent à cinq, les parents et les trois enfants entassés les uns sur les autres. On sort de la ville de Mae Suai, en passant devant un marché couvert puis on suit un grand virage et on commence une ascension, à travers champs, puis au-dessus des collines face aux montagnes. On est de plus en plus haut, on surplombe la vallée à présent et la ville de Mae Suai me semble tout à coup si petite au milieu de cette étendue couleur terre. On s’en éloigne de plus en plus. C’est beau. J’ai peur. Je voudrais arrêter de penser, j’essaie de me concentrer sur le vent qui fouette mon visage, sur le soleil qui me réchauffe le dos et sur cette vue. Apocalypse Now, Francis Ford Coppola. Nature luxuriante, juste avant de s’enflammer dans des brasiers orange puis disparaitre dans un épais nuage noir. Pensée magique et utopique qui se transforme en vision apocalyptique. J’ai du mal à profiter pleinement du moment, tiraillée entre la puissance de cet instant hors du temps et la peur. Où m’emmène-t-il ? Après de longues minutes à observer la ville s’éloigner jusqu’à devenir insignifiante nous slalomons entre les montagnes puis nous quittons la route goudronnée pour une route comme oubliée au milieu de la forêt, comme pour entrer dans un monde secret. La terre est rouge et contraste avec la verdure environnante et enrobante. Après une dizaine de minute nous arrivons sur une petite place goudronnée. C’est Sanjolon Kao, un village isolé. La dernière ligne droite est très abrupte et vallonnée, John manie le scooter comme un cavalier qui fait bondir son cheval avec agilité au-dessus des obstacles. Ralentissement un peu plus fort, dernière accélération et nous basculons comme si le cheval s’était levé sur ses pattes arrière. Nous passons sous une grande porte en bois encadrée d’arbres et d’hibiscus rouges avec le nom de la guesthouse inscrit en grand à la peinture. Nous entrons dans la cour de la maison, le cheval retombe sur ses pattes avant. J’ai réussi, je l’ai fait, j’y suis.

Je jette un rapide coup d’œil aux environs et j’aperçois les femmes de la famille, Mana la mère de mon guide John et Lia sa femme. On s’observe scrupuleusement tout en montrant une certaine impassibilité. Je me rends compte que je suis peut-être aussi mystérieuse pour elles qu’elles le sont pour moi. Être accueillie dans un lieu si secret et intime me fait me sentir maladroite et gênée, presque au point de vouloir disparaitre. Je me demande si je vais être à la hauteur de cette expérience humaine. Est-ce que je vais parvenir à les comprendre ? Est-ce que je ne vais pas faire ou dire des choses déplacées, mal interprétées, interdites dans leurs traditions et croyances ?