La vie continue - Laurette Rocha - E-Book

La vie continue E-Book

Laurette Rocha

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Beschreibung

La vie continue est le dernier tome de la saga d’une famille indienne installée à Reims dans le commerce des vins de champagne.

Dans le dernier roman nous avons laissé Préty au seuil de son nouveau destin.

Ici, nous allons le vivre avec elle et partager son courage, son obstination et sa réussite qu’elle doit non seulement à ses grands-parents, mais surtout à elle-même par sa sagesse, sa culture et son amour pour la famille, dont elle devient la seule héritière.

Son engagement sera total et sa réussite un « feu d’artifice ».

À PROPOS DE L'AUTEURE

Laurette Rocha est née à Porto, au Portugal, en 1947. A l’âge de vingt ans, elle est venue en France et y épousa Alphonse.
Maintenant retraitée et passionnée par le cinéma indien, elle consacre une partie de ses loisirs à l’écriture de romans et termine la saga d’une famille indienne en France dont Un Amour Éternel est le premier et le plus court roman de cette quadrilogie qui raconte l’intégration de cette famille et l’amour impossible entre le fils aîné et la fille de la servante portugaise. Le Destin de Maya, Préty, l’héritière et La Vie Continue complètent cette saga.

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Seitenzahl: 601

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Laurette Rocha

ARRIVÉE À PORTO

⸺ « Mesdames et Messieurs, c’est le commandant de bord qui vous parle : dans quelques minutes nous allons atterrir à l’aéroport Sá Carneiro, à Porto. La température extérieure est de 32 degrés et au Portugal il est 16 heures et 15 minutes. Nous espérons que notre vol vers le Portugal vous a plu. Nous souhaitons à tous un agréable séjour et espérons vous retrouver lors d’un prochain vol. ».

⸺ On aperçoit déjà la ville, Papa, dit Préty.

⸺ Oui, ma chérie. Regarde à droite et tu pourras voir la ville de Porto, répondit Charles.

Et en effet, en regardant vers la droite la jeune fille put voir le panorama qui s’offrait à ses regards : toute la ville de Porto, située à l’embouchure du fleuve Douro.

⸺ Papa, j’ai hâte de la visiter !…

À ce moment-là, manœuvrant pour se présenter devant la piste d’atterrissage, l’avion s’inclina vers la gauche et Préty put apercevoir l’océan et les vagues qui venaient s’écraser sur les rochers et les autres qui venaient mourir sur le sable…

⸺ Que c’est beau ! Tu vois, Papa ! Cela me donne envie de plonger dans cette eau claire…

⸺ Reste calme, ma fille, ne plonge pas tout de suite, car nous sommes encore bien loin de l’eau, dit Charles avec humour.

Préty sourit, mais ne dit plus rien, car à ce moment-là les pneus touchèrent le sol et l’avion commença son freinage habituel pour se diriger vers la piste qui le conduirait jusqu’à l’arrêt. Tous applaudirent allègrement.

⸺ Pourquoi les gens applaudissent, Papa ? demanda Préty un peu étonnée.

⸺ Tout simplement parce que le pilote a bien réussi son atterrissage, ma chérie.

⸺ C’est vrai que tu voyages souvent et connais tous ces détails…

Peu après tous les passagers commencèrent à sortir et, par les longs couloirs, à se rendre vers la sortie.

⸺ Papa, je vais sortir mon affiche afin que Paulo nous reconnaisse…

Ils s’arrêtèrent un instant et Préty récupéra une grande feuille où elle avait écrit en gros caractères : PRÉTY.

Devant les portes par où sortaient les voyageurs, Paulo les attendait et, dès qu’il aperçut Préty et Charles, il leur fit signe. Ils se dirigèrent vers lui, se saluèrent et Paulo dit à Préty :

⸺ Puis-je t’embrasser ?

⸺ Bien sûr Paulo, avec plaisir !

Ils s’embrassèrent et partirent ensuite vers le parking où Paulo avait garé sa voiture. Charles fit remarquer qu’il faisait très chaud.

⸺ C’est vrai, Charles, il fait très chaud aujourd’hui.

⸺ Savez-vous, Paulo que Préty en voyant la mer a eu tout de suite envie de se mouiller les pieds ?

⸺ Si cela vous fait plaisir, je peux vous conduire à la plage cet après-midi…

⸺ Cela me ferait bien plaisir, Paulo et j’accepte volontiers l’invitation, dit Préty avec enthousiasme.

Peu après ils arrivèrent chez Juliette et Jean. Après les salutations habituelles, Préty dit, en s’adressant à Juliette :

⸺ Je suis heureuse d’être là, Tata !…

⸺ Et moi, heureuse de vous recevoir : soyez les bienvenus chez nous.

⸺ Merci tante Juliette, répondit Charles. Comment va l’oncle Jean ?

⸺ Très bien, Charles. Il va arriver.

⸺ J’en suis heureux…

⸺ Allons dans le salon : je vous ai préparé à manger, invita Juliette.

⸺ D’accord, merci. Mais auparavant j’aimerais téléphoner à mon beau-père pour le prévenir de notre arrivée.

⸺ Charles, le téléphone est à ta disposition… ne te gêne surtout pas. N’oublie pas de les saluer de notre part.

⸺ Tata, vous habitez dans un endroit très calme…

⸺ C’est vrai, ma chérie. La maison de ta Grand-mère est aussi dans un endroit calme. Tout à l’heure je vous y conduirai.

⸺ J’ai hâte de la voir, Tata !

⸺ Tu n’auras pas longtemps à attendre ! Veux-tu boire quelque chose de frais ?

⸺ Je veux bien, ma Tata, car il fait trop chaud.

⸺ Paulo vint de la cuisine avec un plateau de gâteaux et le mit sur la table.

⸺ Je ne sais même pas lequel choisir ! s’exclama Préty.

⸺ Alors prends celui-ci, dit Paulo en lui présentant un gâteau crémeux, typiquement portugais.

À ce moment-là Charles vint les rejoindre.

⸺ Mes beaux-parents vous saluent.

Paulo profita pour demander à Charles s’ils voulaient toujours faire un tour à la plage de Matosinhos qui était la plus proche. Avant même que son père ne réponde, Préty dit avec enthousiasme :

⸺ Oui, Paulo, nous voulons bien !

Charles la regarda, sourit et dit à Paulo, avec humour :

⸺ Je n’ai plus rien à dire, c’est elle qui commande ! Mais, j’aimerais que nous passions avant par la maison, afin d’y déposer les valises et nous changer rapidement.

⸺ Je vais avec vous, dit Juliette qui semblait heureuse de les recevoir.

⸺ Je suis contente que tu viennes, Tata !

Ils sortirent et prirent le chemin de la maison d’Angély. Quand ils arrivèrent devant celle-ci, Préty demanda un peu étonnée :

⸺ C’est notre maison ?

⸺ Oui, ma chérie, c’est la maison que ta Grand-mère vous a laissée.

⸺ Elle est belle, Tata !

Charles regardait attentivement, mais ne disait rien.

⸺ Papa, tu ouvres la porte ?

⸺ Calme-toi, chérie, il n’y a pas le feu !

Paulo et Juliette se mirent à rire.

⸺ Allez-y, dit Juliette, nous vous attendons dans la voiture.

Charles et Préty entrèrent. Ils jetèrent un rapide coup d’œil à l’intérieur. Préty ne manqua pas de faire un premier commentaire :

⸺ Papa, elle est petite, mais accueillante ! Je l’aime déjà !

⸺ Moi aussi, ma chérie, surtout sachant que ta mère l’emménagea à son goût. Nous la visiterons plus longuement ce soir. Allons-y, changeons-nous et rejoignons Juliette et Paulo qui nous attendent.

⸺ Papa, tu as remarqué que les lits sont déjà faits ?

⸺ Oui, Préty, j’ai vu…

⸺ As-tu vu ce que tante Juliette a mis dans le frigo ?

⸺ Non, chérie, je n’ai pas vu, mais de toute façon, je n’ai pas faim, maintenant, répondit-il en souriant. Je verrai cela plus tard.

⸺ C’est drôle, Papa ! répondit la jeune fille en souriant.

Ils sortirent pour rejoindre Juliette et Paulo. Celui-ci démarra et prit la direction de Matosinhos.

⸺ Excusez-nous de vous avoir fait attendre, dit Charles. Juliette, j’aimerais que vous me disiez combien je vous dois pour tout ce que vous avez mis dans le frigo…

⸺ N’y pensez même pas, Charles !

⸺ Merci, alors. C’est très sympathique de votre part. Nous avons eu juste le temps de jeter un œil, mais ce soir nous allons bien la visiter, cette petite mais belle maison.

Peu après ils arrivèrent à Matosinhos. Après s’être garés, ils traversèrent l’avenue et allèrent jusqu’au bord de la plage. Préty était radieuse.

⸺ Papa, comme il est agréable de se promener ici, tout près de la mer et de regarder ce beau panorama ! As-tu remarqué le nombre de personnes qui se promènent tout le long de l’avenue et sur la plage ?

⸺ Chérie, c’est normal : il fait un temps splendide.

Ils restèrent là pendant un long moment, regardant la mer et le roulement des vagues. Nombreuses mouettes survolaient la plage, plongeant de temps à autre dans les eaux calmes de l’océan, pour s’y procurer de la nourriture.

⸺ Et si nous allions boire une boisson ? proposa Charles, se tournant vers Paulo.

⸺ Et pourquoi pas ! Allons là, à côté, répondit celui-ci.

⸺ Papa, je vais tremper mes pieds, dit Préty, en même temps qu’elle enlevait ses chaussures.

⸺ Oui, ma fille, mais fait attention. Ne va pas trop loin…

⸺ Je vais avec elle, Charles, se proposa Juliette.

Et elles partirent vers la mer qui était encore distante, car la marée était basse. Préty semblait heureuse et courait dans tous les sens, comme pour savourer pleinement cette première visite à cette plage qui deviendra pour elle plus qu’un doux souvenir. Juliette regardait amusée sa nièce et souriait de la voir aussi heureuse.

Un long moment plus tarde elle l’appela et lui dit :

⸺ Allons les rejoindre, afin qu’ils ne nous attendent pas longtemps.

⸺ Allons-y, Tata. Je peux te dire que je resterais bien ici jusqu’au soir, ou même jusqu’à la nuit tombée…

⸺ Tu viens à peine d’arriver, chérie ! Tu auras d’autres occasions pour venir jusqu’ici, ou même à d’autres plages, car il y en a plusieurs, sur cette côte.

Arrivées près de Charles et Paulo, Préty ne manqua pas de faire ses remarques :

⸺ Papa, tu aurais dû venir avec nous ! L’eau était super : une vraie merveille ! J’aurais dû prendre mon maillot de bain…

⸺ Ce sera pour la prochaine fois, ma chérie. Voulez-vous boire quelque chose ?

⸺ Un jus d’orange, Papa.

⸺ Pour moi aussi, dit Juliette qui ne quittait pas Préty des yeux.

⸺ Merci, Tata, de m’avoir accompagnée…

⸺ Tout le plaisir a été pour moi, ma chérie !

⸺ Papa, c’est cela qui nous manque à Reims !

⸺ Préty, vous ne pouvez pas tout avoir ! Vous avez le Champagne, dit Juliette avec humour. Mais vous avez une bonne solution : venir ici plus souvent.

⸺ Et pourquoi pas. Je pense que cela va arriver, promit Charles.

Ayant fini de boire, ils sortirent tous les quatre et Paulo leur proposa :

⸺ Étant donné qu’il n’est pas encore l’heure de dîner, je vous propose une balade à Entre-os-Rios ; ensuite nous rentrerons tranquillement.

⸺ Nous sommes à ta disposition, Paulo, c’est toi le guide, dit Charles.

Ils quittèrent Matosinhos et prirent l’avenue qui longe le Douro et conduit vers le centre de Porto et plus loin encore. Il prit le soin de rouler doucement – se laissant volontiers dépasser par ceux qui étaient pressés – afin que les visiteurs puissent admirer le panorama magnifique qu’offrent les bords du fleuve. Charles et Préty étaient enchantés.

⸺ Je ne sais pas comment vous remercier pour toutes vos attentions, dit Charles.

⸺ Maintenant je comprends mieux pourquoi ma mère disait que c’était un plaisir d’être avec vous : elle avait raison !

Ils se regardèrent les uns les autres, mais ne firent aucun commentaire à cette confession spontanée de Préty. La promenade terminée, Paulo les laissa devant leur maison et rentra avec sa mère.

⸺ Pour un premier jour, ce fut un succès, dit Charles en ouvrant la porte.

⸺ C’est vrai, Papa, Maman avait raison. Maintenant, allons visiter calmement la maison, étant donné que tout à l’heure ce n’a été qu’un rapide coup d’œil.

Préty prit la main de son père et ils commencèrent la visite.

⸺ Cette maison renferme des choses d’une grande valeur, ma fille.

⸺ Surtout d’une valeur sentimentale, Papa !… Celle-ci doit être la chambre où Maman dormait, car votre photo s’y trouve. Tu vois, Papa, sur la table de chevet il y a ma photo et de l’autre côté celle de mes grands-parents. Maman était formidable : en peu de temps elle l’a aménagée à sa façon, avec beaucoup de goût et tout en respectant les objets de sa mère Angély et de sa Grand-mère Maria.

Charles semblait ému par les paroles élogieuses de sa fille.

⸺ Il faut absolument que nous venions ici plus souvent, dit Préty.

⸺ Oui, ma chérie, pendant nos vacances, je te le promets.

Ils partirent ensuite vers la salle à manger et le salon.

⸺ Tu as vu ce meuble ? La vitrine est vraiment belle, n’est-ce pas, Papa ?

⸺ Oui, Préty et je crois que l’on peut allumer…

⸺ Charles appuya sur l’interrupteur…

⸺ Que c’est mignon ! Reste ici dans le salon, je vais nous préparer une salade.

⸺ Avec quoi, ma chérie ?

⸺ Je vais voir ce qu’il y a dans le frigo.

À cet instant quelqu’un sonna. Charles alla ouvrir…

⸺ Mais entrez donc, Juliette.

⸺ Excusez-moi de vous déranger…

⸺ Mais vous ne nous dérangez pas, c’est un plaisir de vous recevoir…

⸺ Je vous apporte ceci pour le dîner…

⸺ Tata, je regardais précisément ce qu’il y avait dans le frigo… je pensais nous préparer une bonne salade…

⸺ Ceci accompagnera très bien ta salade…

⸺ Merci, ma tante, c’est très gentil à toi…

⸺ Voulez-vous boire quelque chose ?

⸺ Pas maintenant, Charles… une autre fois.

⸺ Juste avant ton arrivée, je disais à Papa qu’il nous faut venir ici plus souvent…

⸺ C’est comme si j’entendais ta mère… Excusez-moi, Charles de rappeler ces souvenirs, dit-elle en se tournant vers le neveu.

⸺ Cela ne fait rien, Juliette, je sais bien que Maya adorait cette maison, car elle me l’a dit plusieurs fois. La preuve en est, tous les souvenirs qu’elle a laissés ici.

⸺ C’est vrai ! La couverture du lit et les rideaux de votre chambre, c’est elle qui les a fait faire : elle avait beaucoup de goût et a tout aménagé à sa manière, tout en respectant ce qui appartenait à sa mère.

⸺ C’est précisément ce que nous avons dit il y a quelques instants, répondit Charles.

⸺ Passez à la maison après le dîner. Venez boire le café avec nous.

⸺ Si nous y allons, nous n’y resterons pas longtemps, car je me sens un peu fatigué, dit Charles.

⸺ Je comprends parfaitement… c’est à vous de voir…

Juliette sortit et retourna chez elle.

⸺ Chérie, pendant que tu prépares le dîner, je vais prendre une douche.

⸺ Ne tarde pas, Papa, car tout est pour ainsi dire prêt.

Charles alla dans la salle de bain pendant que Préty alla chercher une belle nappe pour mettre sur la table. Une fois la table mise elle alla s’asseoir dans le salon. Peu après son père sortit de la salle de bain et alla directement dans la cuisine et fut agréablement surpris…

⸺ Tout cela est pour moi, ma fille ?

⸺ Et pour moi aussi, Papa !

⸺ Belle présentation !

⸺ Papa, j’avais dit que j’allais m’occuper de toi pendant les vacances…

Tout d’un coup l’odeur d’un parfum attira l’attention de Charles et il se mit à regarder de tous côtés pour voir d’où il parvenait.

⸺ Je connais ce parfum !

⸺ Tu as raison, Papa, dit simplement Préty en pointant du doigt vers la cheminée.

Il regarda vers la cheminée, puis regarda sa fille, mais ne lui dit rien. Maya avait l’habitude de mettre sur la cheminée une bougie parfumée. Après le repas, Charles se leva, s’approcha de sa fille, l’embrassa et lui dit :

⸺ J’ai beaucoup apprécié ce que tu as fait, ma chérie !

Préty commença à ranger la table, mais son père lui dit :

⸺ Laisse cela pour après, Préty, allons boire le café chez ta tante. Mais, comme je lui ai dit, nous ne resterons pas longtemps…

⸺ D’accord, Papa.

Quand ils arrivèrent, la famille était encore à table. Charles et Préty les saluèrent de nouveau.

⸺ Mangez tranquillement, nous vous attendrons dans le salon, dit Charles.

⸺ Allumez au moins la télévision, répondit Juliette.

Quelques instants plus tard, ils les rejoignirent et Juliette demanda :

⸺ Voulez-vous boire quelque chose avant le café ?

⸺ Non, Juliette, simplement un café.

Puis, s’adressant à Paulo, il demanda :

⸺ En ce qui concerne les transports, comment devons-nous faire ?

⸺ Je vais vous expliquer. Sachez que vous avez un arrêt juste en face de chez vous.

⸺ Nous aimerions aller visiter les caves de Porto.

⸺ C’est une excellente idée, dit Jean. Une seule chose me chagrine : c’est de ne pas pouvoir vous accompagner, mais mon fils se fera un plaisir de vous y conduire.

⸺ Mais nous voulons aussi visiter d’autres endroits de la ville de Porto…

⸺ Quand vous voudrez visiter Porto, je peux vous y conduire, car je travaille dans le centre, proposa Paulo, avant de continuer : je vous suggère aussi une visite nocturne de la Ville : c’est tout simplement splendide !

⸺ Ce soir-là j’irai avec vous, car je veux vous emmener dans un restaurant typique de Porto, proposa Juliette.

⸺ Vous ne pensez pas avoir déjà trop fait pour nous ?

⸺ C’est un plaisir pour moi, Charles ; je n’ai que cette nièce-là…

Préty se leva et embrassa tendrement sa tante.

⸺ Paulo, puis-je te demander un service ? Peux-tu me noter sur un papier les endroits qui méritent une visite ? Cela sera plus facile pour nous, dit Charles.

⸺ Avec plaisir ! Je vais le faire tout de suite après le café.

Jean proposa un digestif à Charles, précisant qu’il avait une très bonne eau-de-vie.

⸺ Pas aujourd’hui… mais je m’en souviendrai, Jean.

Après avoir parlé pendant quelques instants encore avec leurs hôtes, Charles s’adressant à Préty lui dit en souriant :

⸺ Nous allons rentrer, ma chérie… nos yeux ont besoin de repos…

Ils prirent congé et s’en allèrent chez eux, passer leur première nuit dans la maison qui avait appartenu à Angély.

ENTRE TEMPS À REIMS…

Le lendemain, Raoul et Poja se préparaient pour aller déjeuner chez Tina, comme il avait été convenu, mais pendant le petit-déjeuner, Raoul demanda à son épouse :

⸺ Chérie, as-tu bien dormi ?

⸺ Pas spécialement, Raoul…

⸺ Poja, ne sois pas stressée, tout se passera bien…

⸺ Comme c’est curieux de t’entendre me dire cela !

⸺ Comme tu vois, je sais quand tu ne vas pas bien…

Et s’approchant d’elle, il lui dit :

⸺ Hier encore nous avons eu la preuve que Préty nous aime beaucoup !

⸺ Je sais, Raoul, mais je suis comme ça…

Le petit-déjeuner terminé, ils allèrent dans leur chambre et finirent de se préparer. Comme Raoul prenait son temps dans la salle de bain, Poja lui dit :

⸺ Ne tarde pas. Nous n’allons pas faire attendre ta sœur. Et disant cela elle descendit.

Raoul ne tarda pas à descendre à son tour. Ils sortirent et il ferma la porte. Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent chez Tina.

⸺ Bonjour à vous ! s’exclamèrent-ils en entrant.

⸺ Alors, avez-vous bien dormi ? demanda Tina aussitôt.

⸺ Moi oui, mais Poja a eu du mal… Bruno est sorti ? demanda Raoul, pour changer de conversation.

⸺ Il est dans le garage…

⸺ Alors je vais le rejoindre…

Poja en profita pour remercier sa belle-sœur :

⸺ Votre présence hier m’a fait beaucoup de bien, Tina, merci.

⸺ Il n’y a pas de quoi : ce fut pour nous un plaisir, Poja.

⸺ Charles nous a téléphoné : ils ont fait un bon voyage…

⸺ Cela va lui faire du bien de passer quelques jours avec sa fille.

Poja un peu intriguée lui demanda :

⸺ Pourquoi me dis-tu cela, Tina ?

⸺ C’est normal ! Depuis le décès de Maya, c’est bien la première fois qu’il se retrouve seul avec Préty…

⸺ Je pensais qu’il s’était passé quelque chose et que nous n’étions pas au courant…

⸺ Que voudrais-tu qu’il se passe, Poja ? demanda Tina un peu contrariée de devoir mentir.

Tina avait envers Poja une grande admiration et ne voulait en aucun cas l’attrister. Et pour en avoir le cœur net, lui demanda :

⸺ Qu’est-ce qui te fait penser ça, Poja ?

⸺ Tu n’as pas l’impression que Charles a maigri ?

⸺ Non, il ne me semble pas qu’il ait maigri…

Tina préféra continuer de mentir, car elle savait que ce n’était pas le moment de dire la vérité à sa belle-sœur, mais elle s’aperçut que celle-ci semblait un peu préoccupée, c’est pourquoi elle lui demanda :

⸺ As-tu remarqué comme Charles semblait heureux hier de partir en vacances avec sa fille ? Rassure-toi il va bien. Quand Préty reviendra, elle aura certainement beaucoup de choses à te raconter.

⸺ J’espère bien, répondit Poja.

Raoul et Bruno vinrent les rejoindre. Alors qu’ils étaient à table, leur conversation se concentra sur les préparatifs du mariage. Le déjeuner terminé, ils allèrent dans le jardin et y passèrent une partie de l’après-midi ensemble. Vers le soir, le couple prit congé :

⸺ Nous avons passé un agréable après-midi ensemble. Maintenant nous allons rentrer. À demain, petite sœur, dit Raoul avec tendresse en embrassant Tina. À demain, Bruno, et merci encore.

Celui-ci les accompagna jusqu’au portail. Quand il rentra, il appela Tina, mais elle ne répondit pas.

⸺ Chérie, je t’ai appelée…

⸺ Excuse-moi, Bruno, je pensais…

⸺ À quoi donc ?

⸺ Poja m’a posé des questions sur Charles… À mon avis elle soupçonne que quelque chose se soit passé avec lui…

⸺ Mais tu ne lui as rien dit ?

⸺ Bien sûr que non, Bruno.

⸺ Tu as bien fait. Il vaut mieux qu’elle n’en sache rien… Les problèmes qu’elle a eus lui suffisent largement…

⸺ Je suis d’accord avec toi, Bruno.

Arrivés chez eux, Raoul alla dans le salon. Poja monta dans la chambre pour se changer. Peu après elle descendit et vint s’asseoir près de Raoul et se mit à lire également. Un peu plus tard elle regarda sa montre, se leva et dit à son mari qu’elle allait préparer le dîner. Elle alla à la cuisine pour réchauffer le pot-au-feu, puis retourna au salon. N’y voyant pas Raoul, elle l’appela.

⸺ Je suis dans le bureau, répondit-il.

Elle s’approcha et demanda :

⸺ Que fais-tu, mon chéri ?

⸺ Je range quelques documents, Poja.

⸺ Nous n’allons pas tarder à passer à table…

⸺ Je n’en ai pas pour longtemps…

Le dîner terminé, Poja rangea la cuisine et vint au salon espérant y retrouver son mari. Comme il n’y était pas, elle le trouva dans le bureau.

⸺ Je pense qu’il est l’heure d’aller au lit, dit-elle.

⸺ Vas-y, je te rejoins aussitôt…

⸺ Non, Raoul, je n’y vais pas sans toi…

⸺ Mais, qu’est-ce que tu as ? Je te trouve étrange, Poja.

⸺ Je suis tout simplement fatiguée, Raoul.

⸺ Chérie, as-tu déjà tout fermé ?

⸺ Non, pas encore…

⸺ Alors, fermons porte et fenêtre et allons nous coucher.

Arrivés dans la chambre Poja alla dans la salle de bain, pendant que Raoul fermait les fenêtres. Après s’être couchés, Raoul lui dit :

⸺ Poja, depuis que Préty est partie en vacances, tu n’es plus la même ; est-ce que je me trompe ?

Elle ne répondit pas.

⸺ Si c’est pour cela que tu stresses, il n’y a pas de raison, car elle est avec son père…

Poja ne voulait pas dire la raison de ses préoccupations, car elle était convaincue que quelque chose s’était passé avec son gendre, mais, se souvenant de ce qui était arrivé à Raoul, l’autre fois, elle préféra lui faire croire que c’était à cause de leur petite-fille.

⸺ Chérie, dors tranquille ! Les journées passent vite et ils seront bientôt de retour. Pense aux belles choses qu’ils vont visiter… Souviens-toi : toi-même tu as voulu que j’y aille, Poja !

Raoul l’embrassa et éteignit la lampe. Le lendemain, Poja se leva et prépara le petit-déjeuner.

⸺ Bonjour, ma chérie, as-tu bien dormi ?

⸺ Oui, Raoul…

Le petit-déjeuner terminé, Raoul dit à Poja qu’il allait faire son petit tour habituel, mais qu’il reviendrait vite.

⸺ C’est très bien, Raoul, vas-y.

Peu après sa sortie, le téléphone sonna : c’était Tina qui voulait parler à son frère. Poja lui expliqua qu’il était sorti faire son petit tour, mais qu’elle l’aviserait dès son retour.

⸺ Je le rappellerai, Poja, car je vais être absente de mon bureau pendant un moment.

Raoul rentra peu après et Poja lui fit part du coup de fil de sa sœur.

⸺ Je vais la rappeler…

⸺ Non, Raoul, car elle m’a dit qu’elle allait s’absenter du bureau pendant un moment, mais qu’elle te rappellerait dès son retour…

⸺ Elle ne t’a pas dit ce qu’elle voulait ?

⸺ Non, Raoul.

Peu après, en effet, Tina rappela. Après les civilités habituelles, elle demanda à son frère de passer à la maison pour vérifier certains documents. Après avoir expliqué à son épouse la raison du coup de fil, Raoul alla chez sa sœur.

⸺ J’espère ne pas t’avoir dérangé, Raoul.

⸺ Mais non, Tina. J’allais lire mon journal, mais tu sais que je suis toujours prêt à t’aider.

⸺ Je t’ai appelé afin que tu regardes ces papiers, car après le mariage les choses seront différentes… tu me comprends ?

⸺ Ils sont tous là ?

⸺ Oui, Raoul, mais si tu as besoin de quelque chose d’autre, il te suffira de me le dire…

⸺ Je vais les vérifier et je te le dirai ensuite.

⸺ Merci frangin.

Raoul repartit chez lui. Bruno l’aperçut, mais ne put lui parler. Arrivé au bureau il demanda à Tina :

⸺ C’est ton frère qui vient de sortir ?

⸺ Oui, Bruno. Je l’ai appelé parce que j’avais besoin qu’il vérifie certains documents.

⸺ Bien. Je vais livrer les commandes… Ne m’attends pas pour le déjeuner.

Arrivé chez lui, Raoul dut subir les questions de Poja qui, comme toujours, avait besoin de savoir. Elle paraissait toujours angoissée, surtout depuis le départ de Préty.

⸺ Chéri, est-il arrivé quelque chose ?

⸺ Non, Poja, sois rassurée. Tina veut tout simplement que je vérifie ces papiers, car leur mariage peut avoir des conséquences sur un certain nombre de choses. Si cela ne te dérange pas, je vais dans mon bureau les regarder…

⸺ Bien sûr, mon chéri, dit Poja, semblant apaisée.

CHARLES ET PRÉTYVISITENT LES CAVES

Le lendemain Préty fut la première à se lever. Elle prépara le petit-déjeuner. Quand son père arriva dans la cuisine, il remarqua tout ce que sa fille avait préparé, il ne put pas s’empêcher de commenter :

⸺ Chérie, si tu continues à me préparer des petits-déjeuners aussi copieux, je vais grossir !

⸺ Cela ne peut que te faire du bien, Papa !

⸺ Pourquoi ? Tu trouves que j’ai maigri ?

Préty regarda fixement son père. Son regard fut si explicite que la réponse de son père le fut tout autant :

⸺ Ne dis plus rien, ma fille…

À ce moment-là quelqu’un sonna. Charles alla ouvrir : c’était Paulo.

⸺ Entre, mon ami. Quel bon vent t’amène ?

⸺ Je viens te remettre mon écrit, comme convenu…

⸺ Merci, Paulo. Veux-tu boire quelque chose ?

⸺ Non, merci, je viens de terminer mon petit-déjeuner. Qu’allez-vous faire aujourd’hui ?

⸺ Nous allons prendre l’autocar et aller à Porto…

⸺ Je peux vous y conduire, si vous voulez, proposa-t-il.

⸺ C’est dimanche, je ne vais pas gâcher ta journée…

⸺ Si je te propose, c’est parce que cela me fait plaisir… Préparez-vous je passerai vous chercher tout à l’heure.

Une heure plus tard, Paulo était de retour. Il se gara devant la maison et attendit que ses deux visiteurs viennent le rejoindre. Il les conduisit ensuite visiter les Caves Ramos Pinto, justifiant son choix par le fait que ces mêmes caves avaient été rachetées par une maison de Champagne rémoise et que les guides parlaient presque tous un bon français.

La visite des caves terminée – très appréciée par les deux visiteurs – ils sortirent et allèrent faire une promenade de l’autre côté du Douro, à Ribeira, en attendant l’heure du déjeuner. Après s’être promenés dans les petites ruelles, ils retournèrent vers la berge et Paulo les invita au restaurant. Ils s’installèrent à l’une des tables sur l’esplanade, en face du fleuve, pouvant ainsi continuer à admirer le beau panorama qui s’offrait à leurs yeux pleins d’admiration et de bonheur. Préty en profita pour faire quelques photos et demanda à Paulo de la prendre aussi, à côté de son père, ce qui remplit celui-ci de plaisir. Puis, comme s’il faisait une confidence, Paulo dit à Charles :

⸺ Maya et Poja sont venues ici. Excuse-moi, Charles si je rappelle d’anciens souvenirs…

⸺ Tu n’as pas à t’excuser, Paulo, c’est pour moi un plaisir de savoir que mon épouse est venue ici avec sa mère.

Préty, ayant remarqué que son père était ému après cette révélation, mit la main sur sa main qui était posée sur la table et lui sourit tendrement. À ce moment-là, le serveur vint leur apporter la carte. Charles regarda Paulo et lui demanda :

⸺ Que pouvons-nous manger ici ?

⸺ Le plat du jour est un met typique d’ici : Les tripes à la mode de Porto. Voulez-vous les déguster ?

⸺ Pas aujourd’hui, Paulo, car je n’ai pas trop d’appétit…

⸺ Et toi, Préty qu’as-tu choisi ?

⸺ Un bifteck avec des frites…

⸺ C’est aussi une spécialité de Porto, dit Paulo avec humour. Et ils se mirent à rire.

Après avoir passé environ deux heures sur l’esplanade de Ribeira, ils retournèrent dans la voiture et Paulo les conduisit à Matosinhos. Arrivés là, Paulo qui aimait bien taquiner Préty lui demanda :

⸺ Tu ne veux pas mouiller tes pieds ?

⸺ C’est dommage que je n’aie pas su que nous viendrions ici, car j’aurais volontiers pris mon maillot de bain.

Ils restèrent là durant un long moment et ensuite retournèrent à Ermesinde. En prenant congé de Paulo, Charles et Préty le remercièrent pour sa disponibilité et pour ses attentions délicates envers eux. Entrés chez eux, ils allèrent au salon pour regarder un peu la télévision. Mais la fatigue se faisant sentir, Charles embrassa sa fille et alla se coucher. Celle-ci resta encore un peu, mais prise aussi par le sommeil, elle préféra aller se coucher.

Le lendemain, Préty se leva tôt, alla acheter du pain et des croissants. À son retour elle prépara le petit-déjeuner. Quand Charles se leva et, après être passé par la salle de bain, il vînt s’asseoir à côté de sa fille.

⸺ Tu m’attendais, chérie ?

⸺ Oui, Papa, afin que nous prenions le petit-déjeuner ensemble…

⸺ Je me régale, ma fille ! C’est ce que tu voulais entendre, n’est-ce pas ?

Elle sourit et dit ensuite :

⸺ Je regardais les carreaux de faïence qui recouvrent les murs de la cuisine… ils sont vraiment très beaux !

⸺ C’est vrai, Préty, celle qui les a choisis avait bon goût ! Les motifs sont beaux !

⸺ Il faut dire que la maison est proportionnée et décorée avec goût : les chambres ne sont pas grandes. Je trouve que même les petites fenêtres leur donnent un aspect agréable et typique. Je parle de ce que j’ai pu admirer jusqu’à maintenant, observa Préty.

⸺ Tu as tout à fait raison !

⸺ D’autre part, lorsque l’on ouvre les fenêtres, nous sommes devant une nature très belle : des arbres couverts de fruits, des fleurs sur les murs d’enceinte et aussi dans quelques parterres… c’est vraiment agréable, continua la jeune fille qui paraissait extasiée devant tant de beauté naturelle.

⸺ Je remarque que tu es amoureuse de cette maison, et de ce qui l’entoure, Préty ! Si ta mère t’entendait, elle serait certainement heureuse.

⸺ Elle est toujours présente, Papa !

⸺ Tu as raison ! répondit Charles en l’embrassant.

Après avoir rangé les tasses et nettoyé la table, Préty annonça qu’elle allait à la salle de bain, mais avant tout elle prépara les vêtements que son père allait mettre. Charles ne s’habilla pas tout de suite, il préféra aller s’asseoir dans le jardin, où il se laissa aller aux pensées que peuvent meubler l’esprit d’un jeune veuf.

Ayant terminé sa toilette, Préty vînt rejoindre son père dans le jardin et s’assit à côté de lui.

⸺ Préty, j’étais précisément en train d’admirer toute cette beauté… L’endroit est vraiment calme : c’est ce dont j’aurais vraiment besoin !

⸺ Combien de fois Maman te l’avait fait comprendre !

⸺ Très souvent, ma chérie, c’est vrai… Mais, dis-moi : où vas-tu si bien habillée ?

⸺ As-tu oublié que nous devons aller faire quelques courses ?

⸺ J’ai au moins le temps de m’habiller ? Je ne veux pas te faire attendre, ma princesse !

⸺ Ne me fais pas rire, Papa, prends ton temps : nous sommes en vacances… Tes vêtements sont prêts, sur le lit…

⸺ Mon Dieu, je croirais entendre ta mère !

Heureux de pouvoir montrer sa tendresse envers sa fille, Charles alla dans sa chambre et se prépara calmement. Quelque temps après Préty frappa à la porte et dit à son père qu’elle allait chez Juliette, qu’il vienne la rejoindre et, tout comme sa mère elle ne put s’empêcher de lui recommander :

⸺ N’oublie pas de tout fermer !

⸺ Non, ma fille, je vais tout laisser ouvert, répondit Charles avec humour.

Préty sourit et sortit. Peu après elle frappait à la porte de Juliette.

⸺ Tu viens seule, ma chérie ?

⸺ Papa arrive, il finissait de s’habiller quand je suis sortie.

⸺ Alors, ton séjour se passe bien ? demanda la tante.

⸺ Oui, Tata, très bien. La maison me plaît beaucoup. Il y a quelques instants nous en parlions, Papa et moi. Il dit qu’elle est située dans un endroit calme et que c’est ce dont il a besoin.

⸺ Tant mieux, Préty ! C’est vrai qu’il est souvent absent et je comprends qu’il ait besoin de repos et de calme.

⸺ Tata, chaque fois que je regarde cette maison, je ne peux m’empêcher de penser aux personnes qui l’ont habitée !

⸺ C’est normal, Préty, ma sœur Maria avait beaucoup de projets pour cette maison, de même que ta Grand-mère Angély… la preuve c’est que ta mère l’a aussi aimée et aménagée à son goût. Il faut dire aussi que, grâce à ta Grand-mère Poja, en dépit de sa rivalité avec ma nièce Angély, cette petite maison a pu rester dans la famille.

⸺ C’est vrai, Tata ? Elle a été formidable !

⸺ Le fait qu’elle ait honoré les traites qui restaient à payer a permis que la maison reste dans la famille…

⸺ En faisant ce geste, ma Grand-mère a certainement voulu la remercier…

⸺ Je le crois, moi aussi, Préty, même si elle l’a fait dans des circonstances douloureuses.

⸺ Tu veux parler quand elle était malade et qu’elle est venue la chercher…

⸺ Oui, ma chérie, c’est exact. Quand ta Grand-mère Angély partit pour la France, je savais que je ne la verrais plus. J’admire et je respecte ta Grand-mère pour tout ce qu’elle a fait.

⸺ Elle est comme une mère pour moi. Quant à mon Grand-père, je l’adore ! Je me sens heureuse à leurs côtés.

⸺ Je sais que cela est réciproque, Préty. Encore heureux que tu puisses vivre avec eux…

⸺ Je sais ce que tu veux dire Tata…

⸺ J’ai l’impression que ton père a maigri, dit Juliette, comme si elle voulait changer de conversation.

⸺ C’est vrai, mais lui, il pense que non. Pendant les vacances je vais m’occuper de lui, afin qu’il récupère un peu…

⸺ Cela ne peut être que du bien ! Ton père est un homme bien et il a besoin de tendresse. Il était habitué avec ta mère à ce que rien ne lui manque, d’après ce que j’ai pu constater, quand nous y sommes allés.

⸺ C’est vrai Tata, nous étions très heureux. Puis-je te poser une question ?

⸺ Bien sûr, ma chérie.

⸺ Tu penses que Papa pourra de nouveau aimer quelqu’un ?

⸺ Bien entendu, ma chérie, pourquoi pas ?

⸺ Ce sera difficile, Tata, car l’image de ma mère est toujours présente dans son esprit…

⸺ Préty, avec le temps les choses changent, mais c’est vrai qu’il ne pourra pas oublier ta mère. Il en gardera à jamais son image dans son cœur et son souvenir ne s’estompera jamais.

⸺ J’espère bien qu’il en sera ainsi, ma Tata !

⸺ Puis-je à mon tour te poser une question, Préty ?

⸺ Je t’écoute…

⸺ Pour qui ce sera le plus difficile ? Pour lui ou pour toi ?

Préty ne répondit pas, c’est pourquoi Juliette insista :

⸺ Tu sais que tu peux me parler librement, Préty…

⸺ Parfois je le trouve pensif et l’air triste, comme si une pensée pénible le tourmentait…

⸺ C’est normal, ma chérie, il était fou de ta mère. Quand tu le trouveras dans cet état, approche-toi de lui et fais tout pour le distraire, tout en lui montrant ton amour…

⸺ C’est ce que je fais, Tata, avec beaucoup de tendresse et de plaisir.

⸺ Cela doit être déjà d’un grand réconfort pour lui, crois-moi.

⸺ Je me sens parfois coupable de ne pas réussir à l’aider davantage…

⸺ Toi, ôte cela de la tête ! Tu l’aides déjà beaucoup en lui montrant ton amour.

Juliette s’approcha de sa nièce, l’embrassa tendrement et lui dit :

⸺ Préty, un jour je vais te conduire à l’église Sainte-Rita, où ta mère est allée avec ta Grand-mère. Tu y mettras une bougie, et tu demanderas à la Sainte d’aider ton père, en ces moments difficiles…

⸺ Et tu crois que cela va servir à quelque chose ?

⸺ On dit que sainte Rita est la sainte des impossibles ! Rien ne te coute d’essayer !

Charles arriva et entendit Juliette parler à Préty d’« impossibles » et demanda aussitôt :

⸺ Quels sont ces « impossibles » dont parle Juliette ?

⸺ Papa, nous parlions de Paulo, répondit-elle d’un air sérieux. Tata me disait que son fils était capable de choses qui paraissent à première vue impossibles…

Préty regarda sa tante et lui fit un clin d’œil. Celle-ci comprit que Préty ne voulait pas montrer à son père qu’elles parlaient de lui.

⸺ Charles, voulez-vous boire quelque chose ?

⸺ Merci, Juliette, pas tout de suite, car j’ai encore dans l’estomac le copieux petit-déjeuner que ma fille m’a préparé.

Elle se mit à rire, se souvenant de ce que Préty lui avait dit peu avant.

⸺ Nous allons faire nos achats, ma fille ?

⸺ Je te signale que cela fait un moment que je t’attends, Papa, répondit-elle pour le taquiner.

⸺ Excuse-moi, chérie, mais j’avais un coup de fil important à donner…

⸺ Je croyais que tu étais en vacances !

⸺ Tu as raison, mais il fallait que je le fasse…

⸺ Charles, je vous ai déjà dit que vous pouvez utiliser notre téléphone…

⸺ Je sais et je vous en remercie, mais j’ai pris mon portable…

⸺ Tata, si tu me le permets, je vais téléphoner à mes grands-parents…

⸺ Va dans le salon, ma chérie…

Préty alla dans le salon et appela. Ce fut Raoul qui décrocha.

⸺ Bonjour, Grand-père, comment vas-tu ?

⸺ Bonjour, Préty ! Quelle joie de t’entendre ! Nous allons bien, ma chérie, et vous ? Les vacances se passent bien ? As-tu déjà fait de belles promenades ?

⸺ Oui, Grand-père, nous sommes déjà allés à la plage et visiter une cave de Porto. Nous avons aussi visité quelques monuments de Porto. Paulo nous a conduits : il est notre guide !

⸺ Excellent, chérie ! Je vais te passer ta Grand-mère, car elle piaffe d’impatience. Je te fais un gros bisou et passe le bonjour à ton père.

⸺ Je t’embrasse aussi très fort, Papi. Après je te passerai Papa, car il est là : il parle avec tante Juliette.

Raoul remit le téléphone à Poja qui voulait absolument avoir des nouvelles de sa petite-fille et de son gendre.

⸺ Alors, Préty, tu vas bien ? Tu profites bien de tes vacances ?

⸺ Je vais bien, Mamie et je profite autant que je peux de mes vacances. J’ai pris des photos que je te montrerai par la suite.

⸺ Tu es déjà allée à la plage ?

⸺ Oui, et j’ai beaucoup aimé.

⸺ Profite bien, ma chérie ! Dommage que nous ne soyons pas avec vous !

⸺ Mamie, vous pouvez venir quand vous voulez… Mais, dis-moi : comment allez-vous tous les deux ?

⸺ Nous allons bien, mon cœur, ainsi que ta tante et Bruno… Ils préparent leur mariage. Tout le monde va bien, sois-en rassurée. Je te repasse Papi. Un gros bisou pour toi et pour ton Papa.

Poja remit le téléphone à son mari, au même moment où Préty en faisant autant avec son père.

⸺ Bonjour, Papa, comment allez-vous ? demanda-t-il aussitôt.

⸺ Bonjour, mon fils, quel plaisir de t’entendre et de savoir que vous allez bien et que vos vacances se passent bien !

⸺ Papa, je comprends mieux maintenant pourquoi Maya me parlait souvent de cet endroit !

Pendant que Charles parlait à Raoul, Juliette s’adressa à sa nièce et lui dit avec un grand sourire :

⸺ Tu m’as bien fait rire à tout à l’heure, quand tu as dit à ton père que nous parlions de Paulo.

⸺ Je ne veux pas, Tata, qu’il sache que nous avons eu cette conversation…

⸺ Je l’ai bien compris, ma chérie…

Ayant terminé sa conversation avec Raoul, Charles vînt les rejoindre et dit à sa fille :

⸺ Cette fois-ci nous allons faire nos achats…

⸺ Pendant que vous allez au supermarché, je vais préparer le déjeuner, dit Juliette.

⸺ Non, Juliette, car nous avons rendez-vous avec Paulo à Porto.

Juliette n’insista pas.

***

À Reims, Raoul et Poja étaient heureux d’avoir reçu des nouvelles des vacanciers. Poja demanda à son mari :

⸺ Que t’a dit Charles ?

⸺ Tu vas rire, répondit Raoul. Il m’a dit que Préty lui préparait de bons et copieux plats. Il dit que si cela continue, il va vraiment grossir…

⸺ Cela ne peut que lui faire du bien, répondit Poja. Préty nous avait dit qu’elle allait s’occuper de son père…

⸺ Elle est une vraie perle ! s’exclama Raoul. Poja, cela te dirait d’aller manger au restaurant ?

⸺ Je vois que le coup de fil t’a donné des idées !

⸺ Ensuite nous pourrons aller voir Tina, car j’ai des papiers à lui remettre.

⸺ Je veux bien, Raoul ; laisse-moi juste le temps de me préparer…

⸺ Charles m’a fait comprendre qu’il était heureux d’être au Portugal…

⸺ Il n’est pas le seul, Raoul !

⸺ Comme c’est curieux : c’est la réponse qu’il m’a faite… Dis-moi, Poja, que veux-tu dire par là ?

⸺ Rien, Raoul, absolument rien, répondit-elle en souriant.

⸺ En es-tu sûre ?

Et comme elle ne répondait pas, Raoul insista :

⸺ Chérie, si cela ne te dit rien d’y retourner, je peux aisément le comprendre…

⸺ Raoul, j’aimerais bien y retourner, mais je ne peux pas m’empêcher de penser au passé. Souviens-toi que j’ai tout fait pour que cette petite maison reste dans la famille.

⸺ Ce qui a été pour moi une énorme surprise, Poja. Chérie, mais je ne veux pas te forcer…

⸺ Sois rassuré, Raoul, malgré cela, je peux t’affirmer que j’y ai passé des jours inoubliables avec notre fille Maya. Mais il y a eu des événements moins heureux…

⸺ Quelles « occasions moins heureuses » ? Tu peux me le dire, Poja ?

⸺ Ne remuons pas le passé, ce n’est pas la peine, Raoul. Parlons d’autre chose.

⸺ Ma chérie, j’aimerais bien savoir, insista-t-il, en la prenant dans ses bras.

Poja resta muette. Dès qu’elle se libéra des bras de son mari, elle monta et alla dans la chambre pour se préparer. Raoul resta un moment seul et une pensée lui vint : Aurait-elle souffert à cause d’Angély, lors de ses séjours au Portugal ?

Espérant en savoir un peu plus, il monta à son tour et, pour ne pas la perturber davantage, il lui demanda quels vêtements elle désirait qu’il mette, ce qu’elle fit sans aucun commentaire. Ayant terminé de s’habiller, il la reprit dans ses bras, l’embrassa et descendit ensuite dans le salon lire son journal. Peu après Poja descendit à son tour et tous les deux s’en allèrent déjeuner, place Drouet d’Erlon. Ils y mangèrent tranquillement, sans reparler de ce qui intriguait Raoul et ensuite allèrent chez Tina qui était à son bureau, quand ils arrivèrent.

⸺ Quel bon vent vous amène ? demanda-t-elle les voyant arriver.

⸺ Je viens te rendre les documents que tu m’as confiés avec les modifications qui m’ont paru utiles : tu n’auras plus qu’à signer, sœurette !

⸺ Merci, Raoul.

⸺ Regarde ! Es-tu d’accord avec ce que j’ai ajouté ?

Tina lut rapidement et répondit :

⸺ Bien sûr, Raoul.

Pendant qu’ils parlaient tous les deux, Poja alla dans la chambre de Latika. En s’approchant de la commode, elle remarqua plusieurs photos encadrées et parmi celles-ci celle de son mariage. Elle la prit pour la regarder. À ce moment-là Raoul la rejoignit.

⸺ Poja, je te cherchais…

Et s’approchant d’elle, il ajouta :

⸺ Cela faisait bien longtemps que je ne venais plus ici…

⸺ Depuis qu’elle était décédée, Raoul, précisa Poja.

⸺ Certainement, Poja, répondit-il en même temps qu’il regardait tout autour, comme s’il voulait se remémorer les années passées.

Peu après ils retournèrent chez eux. Pendant le trajet, Poja confia à son mari :

⸺ J’ai beaucoup aimé la visite de la chambre de tes parents : Tina n’a rien changé depuis le décès de ta mère.

⸺ Elle a respecté la volonté de mes parents… elle a eu raison…

Arrivés à la maison, Poja demanda à Raoul s’il avait terminé la lecture du livre qu’il avait emprunté à ses parents. Comme la question semblait l’intriguer, il lui demanda la raison.

⸺ Tout simplement parce que je veux le lire, Raoul.

⸺ Il est dans le tiroir de mon bureau. Tu peux le prendre quand tu veux. Je n’ai pas terminé, mais il te suffit de laisser le marque-page à sa place…

Poja alla dans le bureau et revînt avec le livre, s’assit à côté de son mari et commença la lecture.

CHARLES ET PRÉTY À PORTO

Comme convenu, Charles et Préty avaient, ce jour-là, rendez-vous avec Paulo dans le centre de Porto. Ils allaient manger ensemble et ensuite visiter quelques monuments de la ville.

⸺ Préty, prépare-toi, car il est bientôt l’heure de partir. Il nous faut prendre le bus pour rejoindre Paulo, sans le faire attendre.

⸺ Tu ne te prépares pas, Papa ?

⸺ J’y vais comme ça… ne suis-je pas habillé à ton goût ?

⸺ Si, Papa, tu es même très beau… répondit-elle en souriant.

Peu après ils sortirent, prirent le bus et un quart d’heure plus tard descendirent à l’arrêt qui leur avait été indiqué, Avenida dos Aliados. Paulo les y attendait. Ils se saluèrent et allèrent dans un restaurant tout près de la Mairie de Porto. Une fois installés, le serveur vint leur apporter les menus. Paulo, qui connaissait bien ce restaurant, leur dit, après avoir regardé rapidement la carte :

⸺ Aujourd’hui il y a des tripes à la mode de Porto et sardines grillées…

⸺ J’ai souvent entendu parler des tripes à la mode de Porto, alors je vais me laisser tenter… dit Charles.

⸺ Et toi, Préty ? demanda Paulo.

⸺ Comme je n’ai jamais mangé de sardines grillées à la portugaise, je vais essayer…

⸺ Je suis certain que tu vas aimer, Préty, elles sont en général très bonnes, ici…

⸺ Je te le dirai après… dit Préty avec humour.

Ils commencèrent à manger et, pendant un moment, personne ne disait plus rien. Paulo voulut savoir s’ils aimaient ce qu’ils mangeaient, et leur dit :

⸺ J’ai l’impression que vous aimez les spécialités portugaises…

⸺ C’est vrai Paulo, dit Charles, je me régale. C’est la première fois que je mange des tripes avec des haricots blancs… cela change par rapport aux tripes à la mode de Caen, en France.

⸺ Moi, je me régale avec les sardines, dit Préty à son tour. Comme tu peux le voir, je mange tout, même la tête et la queue.

Et ils se mirent à rire.

⸺ Bravo, Préty, c’est comme ça que nous les mangeons aussi, répondit Paulo.

Voyant que tout se passait très bien et qu’ils semblaient contents, il leur suggéra la visite de certains monuments situés tout près de là.

⸺ Vous pouvez visiter la Torre dos Clerigos (Tour des Clercs). Si vous allez au sommet, vous aurez une extraordinaire vue de Porto. Après vous pouvez aussi visiter l’église de la Trinité qui se trouve tout près d’ici, derrière la Mairie. C’est un beau monument religieux et riche en art sacré. Et vous pouvez aussi, si vous avez encore le temps, admirer les vitrines des magasins, Préty adorera… termina Paulo avec humour, en faisant un clin d’œil à Charles.

Le déjeuner terminé, Paulo retourna à son travail : une agence bancaire tout près d’ici où ils avaient déjeuné. Charles et Préty commencèrent leur promenade en se rendant à la Tour des Clercs, gardant l’église de la Trinité pour la fin.

En même temps qu’ils descendaient l’avenue pour se rendre à la Tour, ils regardaient les vitrines des magasins. L’une d’elles retint l’attention de Préty qui dit à son père en montrant plusieurs caisses de bouteilles de Porto.

⸺ Papa, ce serait un beau cadeau pour Grand-père, dit-elle en montrant du doigt une caisse contenant une bouteille du fameux vin et deux coupes.

⸺ Oui, ma chérie, mais c’est le genre de « souvenirs » que nous ne pouvons pas prendre dans l’avion, car c’est interdit. Il faudra choisir autre chose, ou alors acheter à l’aéroport…

⸺ C’est bien dommage… Je suis persuadée que cela lui aurait fait plaisir… mais si l’on peut acheter à l’aéroport…

Malgré cela, ils entrèrent et commencèrent à regarder les bouteilles exposées. Charles finit par choisir celle qui plaisait à Préty et une autre dont l’étiquette semblait aller de pair avec l’âge du contenu et les acheta.

Sortis du magasin ils continuèrent à monter la rue qui les menait à la Tour. Arrivés là, ils achetèrent des billets et, sans se presser, commencèrent la montée vers le sommet du monument. Arrivés tout en haut ils furent surpris par la vue qui s’offrait à leurs yeux : une grande partie de la ville se montrait à leurs regards étonnés ; le panorama était impressionnant.

⸺ Qu’elle est belle, la ville, vue d’ici ! s’exclama Préty.

⸺ Combien de monuments n’avons-nous pas à visiter, quand nous regardons la ville d’ici ! dit Charles à son tour.

Ils prirent quelques photos et descendirent calmement. Arrivés dans la rue, ils la redescendirent pour aller visiter l’église de la Trinité. Pour cela ils remontèrent de nouveau l’Avenue des Alliés. Arrivés au milieu de la grande avenue, Charles proposa à sa fille de s’arrêter un peu et de prendre une boisson fraîche dans l’un des nombreux bars. Ils en choisirent un au hasard et s’assirent à une table, sur l’esplanade. Aussitôt un garçon vint prendre leur commande qu’il leur apporta quelques instants plus tard. Ils burent tranquillement, payèrent et continuèrent leur promenade. Un moment donné, Préty prit la main de son père qui souriant lui dit :

⸺ On dirait que tu as peur que je m’en aille, dit Charles avec humour.

⸺ C’est vrai ! dit-elle tout en continuant à tenir la main de son père. Tu ne m’as pas encore dit si tu es heureux de passer des vacances avec moi…

⸺ Quelle question, ma fille ! J’en suis ravi, et toi ?

⸺ Cela faisait bien longtemps que j’attendais ce moment, Papa !

⸺ Moi aussi, ma fille !

⸺ Si je comprends bien, tu aimes le Portugal, et plus particulièrement Porto !

⸺ Oui, Papa, c’est vrai, j’en suis enchantée. Maman savait ce qu’elle faisait, car elle a tout fait pour que nous venions ici…

Entre-temps ils étaient arrivés devant l’église qu’ils voulaient visiter. Charles la regarda attentivement et ne comprit pas tout de suite pourquoi Paulo l’avait indiquée comme lieu à visiter… Ils entrèrent et, aussitôt il comprit… Peu après, Préty lui demanda une pièce de monnaie.

⸺ Pour quoi faire, ma chérie ?

⸺ Pour mettre un cierge pour Maman.

Charles lui donna la pièce et s’assit, la suivant du regard, tout en se disant : « Belle intention ! Tu me surprendras toujours, ma fille » et, presque instinctivement il s’agenouilla et commença une prière tout intérieure : « Mon Dieu, donne-moi la force et le temps pour m’occuper de ma fille, vu que tu as pris sa mère, encore si jeune. Maya fut le plus beau cadeau que j’ai reçu : elle fut une épouse extraordinaire et a fait de moi un homme heureux, en me donnant cette fille, fruit de notre amour… »

Préty s’approcha de son père, s’assit à côté de lui, sans même qu’il s’en rende compte, tellement il était absorbé par sa fervente prière. Après un long moment, elle l’interrompit, l’appelant avec tendresse.

⸺ Excuse-moi, ma chérie, je ne me suis même pas rendu compte de ton arrivée…

⸺ Cela ne fait rien, Papa. Je ne voulais pas t’interrompre… mais c’est bien la première fois que je te vois prier !

⸺ Tu as raison, ma fille. Il y a quelques années j’allais à l’église avec mes parents, mais après l’accident qui leur a coûté la vie, je n’y suis pas retourné, sauf le jour de notre mariage et celui des funérailles de ta mère… Je n’ai jamais pensé qu’elle pouvait nous quitter si vite… Combien je l’aimais !

⸺ Oui, Papa, je le sais.

L’émotion des deux était grande et ils ne purent contenir leurs larmes qui, abondantes commencèrent à couler sur leurs visages. Charles prit un mouchoir, essuya les yeux de sa fille et les siens ensuite.

⸺ Papa, tu vas bien trouver une femme qui t’aime et qui te rende heureux ! C’est bien ce que Maman t’a demandé ?

⸺ Le temps le dira, Préty, mais pour le moment je n’y pense même pas…

Ils sortirent de l’édifice religieux et allèrent rejoindre Paulo qui les attendait devant la Mairie, comme convenu.

⸺ Voulez-vous visiter encore d’autres monuments ? demanda-t-il.

⸺ Non, Paulo, assez d’émotions pour aujourd’hui.

⸺ Comment ça ? demanda Paulo un peu étonné. Vous est-il arrivé quelque chose ?

⸺ Non, Paulo, sois-en rassuré…

Ils allèrent dans la voiture et s’y installèrent. Paulo, réconforté par la réponse de Charles, voulut néanmoins en savoir un peu plus et questionna de façon indirecte :

⸺ Alors, expliquez-moi un peu ce que vous avez visité, à part le magasin de vins de Porto… je suppose que vous avez pu aller aux deux adresses que je vous avais indiquées ?

⸺ Oui, Paulo, nous avons eu le temps de les visiter et même de faire des achats, comme tu l’as remarqué…

Arrivés à Ermesinde, Paulo les conduisit chez eux et avant de prendre congé demanda :

⸺ Charles, vous ne voulez pas venir avec moi au café, prendre une boisson fraîche ?

⸺ Préty, nous reviendrons vite, dit-il à sa fille, sans l’inviter, désirant être seul avec son ami.

Paulo était convaincu que Charles avait besoin de « décompresser », de se confier à quelqu’un, de parler, tout simplement. Voilà pourquoi il lui avait suggéré de l’accompagner. Charles l’avait bien compris et, dans la voiture, il dit à Paulo :

⸺ Tu as eu une bonne idée, en m’invitant…

⸺ J’ai bien compris que vous aviez besoin de partager, de vous vider, en quelque sorte…

⸺ C’est vrai, Paulo. Quand nous sommes allés à l’église de la Trinité, j’ai ressenti une grande émotion, et nous avons pleuré tous les deux, ce que je ne souhaitais pas qu’il m’arrive devant ma fille…

⸺ J’ai compris tout de suite que quelque chose s’était passé… Allons boire quelque chose, Charles. Je vais vous présenter quelques amis qui sont de bonne compagnie…

Ils entrèrent dans le café. Paulo le présenta à ses amis et ensuite ils s’assirent et commandèrent deux bières.

⸺ C’est ici que tu viens habituellement ? demanda Charles.

⸺ Oui, c’est ici que nous nous rencontrons. Nous parlons surtout de football ou alors nous jouons une partie de billard…

⸺ C’est bien ! Chacun passe son temps selon ses habitudes… Moi, je n’ai même pas le temps pour ce genre de loisirs, car mon travail me laisse peu de temps pour cela…

Ayant terminé leurs bières, Charles dit à son ami :

⸺ J’aimerais acheter un gâteau pour Préty…

⸺ Alors, allons-y avant que la pâtisserie ne ferme…

Charles prit congé des amis de Paulo qui lui demandèrent de revenir. Charles leur dit qu’il reviendrait chaque fois que Paulo l’inviterait.

À la maison, Préty préparait le dîner, en même temps qu’elle passait en revue dans sa tête leur promenade de cette après-midi. Combien elle se sentait heureuse de s’être promenée avec son père et elle se mit à chanter sa “chanson fétiche”. Quand les deux hommes revinrent, ils l’entendirent, dès qu’ils approchèrent de la maison. Paulo, un peu surpris, dit :

⸺ J’ai déjà entendu cette chanson…

⸺ Tu as raison, Paulo, c’est la chanson fétiche d’Angély et de Raoul, que mon épouse chantait aussi…

⸺ Ça y est, je me souviens, dit-il. Asseyons-nous ici sur le banc et laissons-la terminer sa chanson. Elle la chante merveilleusement bien !

⸺ Déjà sa mère la chantait avec beaucoup d’émotion, Paulo.

Quand Préty eut fini de chanter, ils entrèrent tous le deux.

⸺ Paulo, puis-je t’offrir quelque chose à boire ?

⸺ Je veux bien, mais je ne veux pas vous retarder, car je vois que Préty a déjà mis la table.

⸺ Il n’y a pas de problème, Paulo. Veux-tu dîner avec nous ? demanda Préty.

⸺ Pas ce soir, Préty, merci. Ah ! tant que j’y pense : tu devrais penser à enregistrer ta chanson…

Elle en conclut qu’ils l’avaient entendue chanter et sourit, avant de dire :

⸺ Je t’avoue que j’y ai déjà pensé…

⸺ Chérie, tu aurais pu me le dire, dit Charles. J’ai un ami à Paris qui pourrait réaliser ton rêve.

⸺ Et ce n’est que maintenant que tu me le dis, Papa ?

⸺ Chérie, tu ne m’en as jamais parlé, je ne pouvais pas deviner… Quand nous retournerons en France, nous en reparlerons…

⸺ Si nous y arrivons, ce sera une énorme surprise pour Grand-père !

⸺ J’en suis convaincu, ma chérie.

⸺ Bon, je vais vous laisser dîner. Ma mère et mon père doivent m’attendre. À demain.

⸺ Merci pour ta disponibilité, Paulo.

Dès que Paulo sortit, Charles dit à sa fille qu’il allait prendre une douche avant de passer à table. Préty s’assit et, en attendant que son père revienne, se remémora ce qui s’était passé dans l’église de la Trinité cet après-midi et ne put s’empêcher de se dire : « Tu as dû beaucoup souffrir, mon Papa ! Je veux que tu saches que je ne t’abandonnerai jamais, même si un jour tu aimes une autre femme… Ce ne sera pas facile pour moi, certes, mais je suis convaincue qu’avec le temps les choses s’arrangeront. Je sais que tu ne peux pas vivre le reste de ta vie tout seul mais je suis aussi convaincue que ce sera le seul moyen pour que tu souffres moins ! Je t’aime ! »

Charles revînt de la salle de bain et comme il lui semblait avoir entendu parler sa fille, il lui demanda :

⸺ Voilà, je suis prêt. À qui parlais-tu, ma fille ?

⸺ À personne, Papa !

⸺ Et pourtant j’avais eu l’impression de t’entendre parler…

⸺ Je pensais encore à la chanson, répondit-elle.

⸺ Tu sais une chose, ma fille, tu ne sais pas mentir !

Elle regarda son père, sourit et lui demanda :

⸺ Papa, quand allons-nous commencer à aller à la plage pour de bon ?

⸺ Après-demain, chérie. Tu ne veux pas aller acheter une robe pour le mariage de ta tante ?

⸺ Oui, mais j’aimerais que tante Juliette vienne avec moi. Je suis certaine que cela lui fera plaisir. Cela ne te dérange pas que nous allions chez elle après manger ?

⸺ Bien sûr que non, ma chérie. Alors, mangeons !

Quand le dîner fut terminé, ils allèrent chez Juliette. Jean et Paulo étaient dans le salon quand ils sont arrivés, alors que Juliette, dans la cuisine, s’occupait de la vaisselle. Charles alla la saluer et revint dans le salon ; Préty resta avec sa tante.

⸺ Alors, avez-vous visité beaucoup de monuments ? demanda celle-ci à sa nièce.

⸺ Nous avons visité ce que Paulo nous avait conseillé : la Tour des Clercs et l’église de la Trinité, Tata. J’ai beaucoup aimé ces monuments : la vue de Porto depuis la tour est impressionnante ! Après demain nous allons commencer à aller à la plage…

⸺ Vous avez raison ; profitez tant que le temps s’y prête.

⸺ Tata, puis-je te demander un service ?

⸺ Dis-moi, chérie, que puis-je faire pour toi ?

⸺ J’aimerais que tu viennes avec moi à Porto. Je veux m’acheter une robe pour le mariage de ma tante Tina.

⸺ Et quand veux-tu y aller ?

⸺ Demain, Tata, si cela ne te dérange pas.

⸺ As-tu une idée précise de ce que tu veux acheter ?

⸺ Non, Tata… ce n’est qu’en voyant que je pourrai m’en faire une…

⸺ Bien sûr que je vais aller avec toi, ma chérie, avec plaisir !

⸺ Merci Tata ! et elle l’embrassa reconnaissante.

⸺ Tu viens quand tu veux : nous avons des bus toutes les dix minutes pour Porto.

Peu après Charles et Préty prirent congé et retournèrent chez eux.

***

À Reims, Raoul et Poja prenaient leur petit-déjeuner…