Le destin de Maya - Laurette Rocha - E-Book

Le destin de Maya E-Book

Laurette Rocha

0,0

Beschreibung

Laurette Rocha, après nous avoir offert la première partie de cet Amour éternel, a décidé — et elle a eu certainement raison! — de donner une suite logique à cette histoire d’amour presque impossible : elle va nous raconter maintenant le destin particulier de Maya Angély, la fille de Raoul et d’Angély.

Cet amour éternel s’est transmis à Maya, comme s’il avait été héréditaire et, c’est de cette hérédité que l’auteur va maintenant nous entretenir.

Suspens garanti !

À PROPOS DE L'AUTEURE

Laurette Rocha est née à Porto, au Portugal, en 1947. A l’âge de vingt ans, elle est venue en France et y épousa Alphonse.
Maintenant retraitée et passionnée par le cinéma indien, elle consacre une partie de ses loisirs à l’écriture de romans et termine la saga d’une famille indienne en France dont Un Amour Éternel est le premier et le plus court roman de cette quadrilogie qui raconte l’intégration de cette famille et l’amour impossible entre le fils aîné et la fille de la servante portugaise. Le Destin de Maya, Préty, l’héritière et La Vie Continue complètent cette saga.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 382

Veröffentlichungsjahr: 2021

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Laurette ROCHA

PRÉFACE

Laurette Rocha, après nous avoir offert la première partie de cet Amour éternel, a décidé – et elle a eu bien raison ! – de donner une suite logique à cette histoire d’amour presque impossible : elle va nous raconter maintenant le destin de cet enfant qui a été le fruit – certes par simple hasard – de l’amour qu’unissait si fortement Raoul et Angély ; je veux parler de Maya Angély.

Nous avons assisté, à la fin de la première partie, au mariage de Maya et un peu plus loin à la mort prématurée d’Angély, en pleine fête, laquelle rendit son dernier soupir dans les bras de Raoul.

Nous savons que celui-ci est le fils d’une famille aisée, ayant des intérêts non négligeables dans le commerce des vins de Champagne et qu’Angély vivait dans la ville de Reims.

Après quelques années d’études, aussi bien en France qu’en Angleterre, Raoul obtint avec brio son diplôme d’avocat. Peu après son installation, il était aimé de tous ses confrères, au point que ceux-ci avaient tout fait pour qu’il reçoive la médaille du mérite, récompense offerte, en général, aux membres les plus éminents de cette corporation.

Ce fut justement au cours de cette cérémonie et peu après avoir reçu cette distinction des mains même d’Angély, que celle-ci décéda dans les bras du seul homme qu’elle avait toujours aimé.

Laurette Rocha termine son roman en disant qu’« après la cérémonie funèbre, Raoul, Poja et Maya rentrèrent chez eux et leur bonheur n’eut jamais de fin. – Ils vécurent heureux et, de nos jours encore, à Reims, dans le voisinage de la maison qui fut la leur, on parle de cet amour éternel ! »

Et cela est bien vrai !

Mais plus vrai encore parce que cet amour s’est transmis à Maya, comme s’il avait été héréditaire et, c’est de cette hérédité que l’auteur va maintenant nous entretenir.

Suspens garanti !

Nous souhaitons à cette deuxième partie le même succès, sinon plus encore, qu’a pu avoir la première.

A. R.

CETTE PETITE MAISON-LÀ…

Maya, fruit de l’amour de Raoul et de la belle Angély fut toujours une fille simple et attentionnée envers ses parents, avant de connaître la vérité sur sa naissance : sa vraie mère était Angély et non point Poja.

Mais, comme elle-même le disait, cela ne changerait rien, car c’était bien Poja qui lui avait donné de l’amour durant ces vingt années écoulées.

Quant à Raoul, après la mort tragique et inattendue d’Angély – l’amour de sa vie ! – il se sentait souvent triste et n’avait pas de mots pour expliquer sa peine, tout ce qu’il ressentait encore et toujours tout au fond de son cœur, mais, malgré cela il trouvait encore le courage de dire, de temps à autre :

⸺ Merci, mon Dieu, de m’avoir accordé l’occasion de la tenir dans mes bras dans les derniers instants de sa vie !

Puis, comme pour se donner du courage, il murmurait encore :

⸺ Ce fut pour moi un soulagement, même si douloureux, de l’avoir dans mes bras, elle qui avait tant attendu ce moment, tout en sachant que c’était là ses derniers instants. Je n’ai eu que le temps de lui dire : « Ma chère Angély, va, va en paix. Rappelle-toi que tu me laisses le fruit de notre amour ! »

Je pense qu’en lui disant cela, je lui ai fait plaisir, car son dernier regard et son dernier sourire furent pour moi. Alors je l’ai embrassée avec passion pour la dernière fois, lui disant : « Ma chérie, adieu, adieu, mon amour ; tu resteras à jamais dans mon cœur. »

***

Poja, quant à elle, savait ce qui allait arriver, car elle connaissait la maladie qui minait Angély ; elle savait que sa rivale ne vivrait plus longtemps, voilà pourquoi – peut-être – elle se montrait courageuse et toujours prête à aider Angély.

En effet, si elle avait la joie d’être mère, elle le devait à Angély : elle avait porté sa fille Maya et lui avait permis toutes ces années de bonheur aux côtés de Raoul et de sa fille. Maintenant, elle ne se sentait pas le droit d’empêcher que son mari accompagne Angély à l’hôpital. Puis, se parlant à elle-même, elle disait : « c’était la meilleure chose que je pouvais faire pour elle, elle qui a tant souffert. C’est vrai que quand je les ai vus agrippés l’un à l’autre, ou mieux, enlacés, cela m’a fait mal, mais je savais bien que c’étaient là les derniers instants d’Angély. »

Poja, malgré ces problèmes qui exacerbaient sa jalousie, faisait tout pour son mari qu’elle aimait sincèrement d’un amour fort et possessif.

Maya, quant à elle, pensait, avec un certain humour, qu’il lui avait été nécessaire de se marier pour être enfin informée de cette situation étrange et finir par connaître sa vraie mère.

⸺ Il a fallu que je me marie, se disait-elle, pour pouvoir connaître ma vraie mère ; dommage que cela se soit produit seulement à la fin de sa vie.

Cette histoire l’interpellait et les questions arrivaient nombreuses dans ses pensées, mais jamais elle ne se plaignait auprès de Poja, qu’elle aimait profondément, comme si elle avait été sa vraie mère.

⸺ J’ai beaucoup de peine d’avoir connu ma mère si tard ! Je sais qu’elle a beaucoup souffert toute sa vie : « Tu as été obligée de partir, mais tu es tout de même morte dans les bras de papa, toi qui a tant attendu l’homme que tu as toujours aimé, le seul amour de ta vie ! » Votre amour fut vraiment un amour éternel !…

Puis, comme pour prouver à Poja son amour et sa gratitude, Maya lui dit :

⸺ Maman chérie, je ne veux pas te voir triste : toi seule as compté pour moi pendant ces vingt années : je veux être envers vous ce que j’étais jusqu’ici ; car c’est vous, toi et papa, qui toutes ces années durant m’avez tant aimée. Maman, l’amour qui nous unit, personne ne pourra jamais le briser, personne ne pourra jamais nous séparer.

Une fois encore Maya se laissait submerger par la vague des souvenirs et tendrement rendait hommage à Poja, sa mère adoptive.

⸺ Angély je ne l’ai connue que peu de temps, mais, Poja, je la connais depuis vingt ans. Elle a été pour moi une vraie mère. Néanmoins, je ne pourrai jamais oublier celle qui m’a donné la vie et qui a tant souffert, ce fut son destin : c’était écrit, et le destin de mon père que j’aime tant.

Maya, fille cultivée et intelligente, souhaitant approfondir davantage la découverte du secret familial, eut une idée brillante. Elle la confia à sa vraie mère, comme s’il s’agissait d’une prière :

⸺ Ma petite maman, se dit-elle à elle-même, je vais faire quelque chose pour toi. Celle qui fut la cause de votre séparation, c’est ma grand-mère ; je vais donc aller la trouver et lui demander de m’offrir la petite maison au fond du jardin, là où tu as habité avec ta maman, quand elle est venue travailler chez mes grands-parents et où vous avez vécu heureuses.

Avant de mettre en pratique son idée et, se souvenant de cette grand-mère qu’elle n’a pas pu connaître, Maya se lamenta :

⸺ Combien je suis peinée de ne pas l’avoir connue ! Je pense qu’elle a dû beaucoup souffrir, quand on l’obligea à partir, alors que tout le monde l’aimait. Je sais aussi qu’elle s’était consacrée corps et âme à notre famille. Mais, ma grand-mère ne l’a pas entendu ainsi et a tout fait pour vous séparer et vous envoyer loin de mon père.

⸺ Encore heureux que ma tante Tina me parle souvent de toi, mamy Maria ; elle m’a même dit que tu as été pour elle comme une seconde mère ; comme tu devais être bonne ; quel dommage, mon Dieu, que je ne t’ai pas connue !

⸺ Ma tante me dit aussi que tu étais une grande Dame, et je sais ce que cela signifie !

Et, comme si elle voulait englober toute la famille dans cet éloge, elle ajouta encore :

⸺ Mon papa ne parle pas beaucoup de toi, mais je sais qu’il avait beaucoup d’estime et de respect pour toi, voilà pourquoi l’idée m’est venue de récupérer la petite maison au fond du jardin.

Ne voulant pas perdre de temps dans la réalisation de son projet, Maya alla rencontrer sa grand-mère pour lui exposer son souhait.

⸺ Mamy, je veux te demander quelque chose…

⸺ Dis-moi ce que tu veux, chérie. Si je peux le faire, ce sera avec plaisir.

⸺ J’aimerais que tu m’offres la petite maison qui est dans le fond du jardin, j’ai un projet pour elle.

⸺ Mais, ma chérie, qu’est-ce que tu veux en faire ? Raconte-moi ton projet. Tu sais qu’il y a des employés qui l’habitent, qu’elle n’est pas en très bon état et a besoin de quelques réparations.

⸺ Grand-mère, cela importe peu ; les travaux qu’il y a lieu de faire, je m’en occuperai, répondit Maya avec assurance, avant de continuer. Je veux aller à Porto et ramener de là-bas tout ce qui appartenait à ma mère et à ma grand-mère maternelle ; je veux tout placer dans cette petite maison qu’elles ont habitée et où elles ont été heureuses.

Et, comme si elle voulait forcer la main à sa grand-mère et la pousser à accéder à sa demande, elle lui dit :

⸺ Je crois que tu peux faire ça pour elles, car c’est toi qui les as obligées à partir au loin.

En disant cela à sa grand-mère, Maya avait aux lèvres un sourire malicieux qui n’était pas passé inaperçu à Latika.

⸺ Tu as déjà bien réfléchi à ce que tu me demandes ? As-tu déjà pensé à ce que tu veux faire de cette petite maison ? On dirait que tu veux en faire un musée ! Tes parents sont-ils au courant de ta démarche et de ton projet ? Ne vont-ils pas se fâcher avec toi ?

⸺ Non, grand-mère, sois tranquille. Je vais parler à maman ; je reste persuadée qu’elle ne va pas s’opposer à mon projet. Quant à papa, nous verrons plus tard.

⸺ Je vais en parler à ton grand-père, et savoir ce qu’il pense de ton idée… S’il est d’accord… Je ne m’opposerai pas, même si je pense que ce n’est pas une bonne idée, chérie.

Maya, presque certaine d’obtenir ce qu’elle voulait, décida d’aller voir sa tante. En chemin, comme si elle parlait à quelqu’un qui marchait à côté d’elle, dit :

⸺ Et toi, de là-haut, maman, que penses-tu de mon idée ? Je fais tout cela pour toi, tout en sachant que cela puisse déplaire un peu à ma mère Poja. Mais je vais lui expliquer le pourquoi de mon projet et je pense qu’après avoir entendu mes explications elle ne s’y opposera pas, d’autant plus qu’elle sait très bien que je l’aime tendrement. Elle m’a élevée et m’a donné tant de tendresse, comme si elle avait été ma vraie mère.

Pendant ce temps, Latika, la grand-mère de Maya était allée voir Amitabh, son mari qui se trouvait dans son bureau, lisant le journal.

Après lui avoir expliqué la demande de Maya et lui avoir donné son propre avis, elle lui demanda :

⸺ Que penses-tu de tout cela ? Ne te semble-t-il pas que cette idée puisse causer des problèmes dans la famille ? Qu’allons-nous faire ?

⸺ Mais cette gamine est tombée sur la tête ! s’exclama Amitabh, levant la tête et retirant ses lunettes. As-tu déjà remarqué que pour lui faire plaisir nous devons congédier les personnes qui habitent la petite maison ?

⸺ C’est vrai, répondit Latika. Je ne sais pas comment faire. Je pense que nous devons en parler à Poja et savoir ce qu’elle pense elle-même de l’idée de sa fille et, aussi, trouver une solution pour les employés qui habitent la maisonnette. Je vais lui en parler, dit-elle encore à son mari, et ensuite nous prendrons notre décision, selon ce qu’elle nous dira.

Et sans autres explications elle sortit du bureau de son mari, téléphona à Poja et lui expliqua le projet de Maya.

⸺ Je suis vaguement au courant de ce que ma fille veut faire dans la petite maison, répondit Poja. Elle ne m’a pas tout expliqué, certainement, mais son enthousiasme était si grand que je n’ai pas eu d’autre alternative que l’autoriser à s’y consacrer, si toutefois vous-mêmes, vous y consentez.

Mais la voix de Poja laissait transparaître une certaine nervosité ; Latika s’en aperçut et comprit que l’idée de Maya n’était pas tout à fait du goût de sa belle-fille.

Après avoir posé le téléphone, la mère de Raoul retourna vers le bureau de son mari qui lisait toujours son journal et lui dit :

⸺ Que va-t-il se passer si notre fils y entre un jour ? Quelle va être sa réaction en y trouvant tout ce qui a appartenu à Angély et même à Maria ? Cette idée ne paraît pas enchanter Poja. Elle ne me l’a pas dit, mais d’après sa voix, quand je l’ai eue au téléphone, elle semblait un peu contrariée.

⸺ Mais, ma chérie, que pouvons-nous y faire, si sa mère est d’accord ?… Nous pourrions refuser, c’est vrai, mais, ne crois-tu pas que nous avons déjà fait assez de mal ? Il faut que nous lui parlions encore, dit Amitabh se frottant les yeux et se levant de sa chaise.

Ils savaient que Maya était là, en conversation avec sa tante ; Latika l’appela.

Toute joyeuse, comme à son habitude, Maya ne fit pas attendre sa grand-mère.

⸺ Dis, dis, Mamy, que se passe-t-il ? Me voici !

⸺ Ma chérie, commença Latika, ton grand-père à une proposition à te faire. Écoute-le bien, car c’est très important.

Maya regarda son grand-père, un peu étonnée, car elle ne pensait pas que son projet fut traité avec autant de célérité et demanda :

⸺ Je t’écoute, Papy, je suis impatiente de connaître ce que tu as à me dire.

⸺ Maya, je veux te parler au sujet de l’affaire que tu as exposée à ta grand-mère. Tu veux que je te donne la maisonnette qui est au fond du jardin pour y faire une sorte de musée.

⸺ Oui, oui, Papy chéri, c’est cela même, interrompit Maya comprenant que son idée allait certainement se réaliser.

⸺ Du calme, du calme, fillette, ne précipite pas les choses et écoute, car je n’ai pas encore terminé ce que j’avais à te dire. Après avoir discuté entre nous et avoir demandé l’avis de ta maman, et même si nous pensons que ce n’est pas là une excellente idée, nous allons t’offrir la maisonnette du fond du jardin, mais nous y mettons une condition : il est hors de question que ton père y entre un jour. Je pense que tu es assez intelligente pour comprendre que ce serait un choc pour lui et que cela nous causerait beaucoup de peine.

⸺ Je comprends que cela vous préoccupe, dit Maya nerveusement, étant donné que ce fut Mamy la cause de toute cette embrouille, mais vous devez penser également que si vous avez une petite-fille c’est bien grâce à Angély.

En entendant ces mots, Latika frémit et ses yeux se remplirent de larmes : elle avait maintenant des regrets de tout ce qu’elle avait fait pour séparer les deux êtres qui s’aimaient.

⸺ Je sais, Maya, je sais que j’ai été la cause de tout ce qui est arrivé, voilà pourquoi, maintenant, nous allons, en quelque sorte, essayer de réparer les torts causés il y a tant d’années déjà.

⸺ Mais, ma chérie, continua Latika avec tendresse, as-tu bien expliqué à Poja ce que tu vas vraiment faire dans cette petite maison ? Sait-elle exactement que tu y vas exposer des objets et autres souvenirs – peut-être même des lettres – ayant appartenu à Angély ?

⸺ Pour dire vrai, Mamy, j’en ai parlé à maman, sans lui donner beaucoup de détails sur ce que je veux vraiment faire. Je pense qu’elle a compris, mais je vous promets de lui expliquer avec force détails, ce que je veux vraiment faire, afin d’éviter tout malentendu fâcheux.

Maya avait raison de vouloir tout expliquer à sa mère, car Poja, depuis le moment où elle avait pris connaissance du projet de sa fille et, après l’intervention de sa belle-mère, ne se sentait pas bien et commençait même à avoir des soupçons sur les vraies intentions de sa fille. En effet, même si Maya ne lui avait pas expliqué dans le détail ses vraies intentions, elle avait bien compris qu’il s’agissait d’y exposer les souvenirs qu’elle pourrait récupérer et ayant appartenu à Angély et à Maria, la mère de celle-ci.

⸺ Tu as raison, ma chérie, ta mère a besoin d’une bonne explication de ta part. Allez, va la voir et explique-lui tout, conseilla Latika. Ta mère a besoin que tu la tranquillises par une bonne explication claire et détaillée. Allez, vas-y et embrasse-la de notre part.

⸺ Oui, Mamy, j’y vais tout de suite. Merci.

Mais, avant de partir chez elle, Maya s’approcha de ses grands-parents et les embrassa tendrement.

Rapidement elle arriva chez ses parents. Quand elle y parvînt, Poja était dans la cuisine : elle préparait son café habituel.

⸺ Veux-tu, ma fille, boire un café avec moi ?

⸺ Je veux bien, maman. Nous allons le boire ensemble et nous causerons en même temps, j’ai quelque chose à te dire, une chose importante dont je t’ai déjà parlé, mais sans vraiment bien te l’expliquer.

⸺ Dis-moi tout, chérie. Tu m’as déjà parlé, en effet, mais sans entrer dans le détail, allez, raconte, raconte, ma fille.

⸺ Tu le sais déjà : j’ai demandé aux grands-parents la maisonnette qui est dans le fond de leur jardin ?

⸺ Oui, ma chérie, répondit Poja avec une certaine réticence. Ils m’ont appelé pour me demander mon avis.

⸺ Écoute, maman, j’ai l’intention d’aller à Porto chercher tout ce qui a appartenu à ma mère et à ma grand-mère et de tout exposer dans la petite maison. Je ne sais pas si cela te plaît, mais je sens que je dois le faire. Puis-je compter sur ton appui, maman ? Je veux et je tiens à ce que tu saches que je ne veux en aucun cas te faire du mal. Tu sais bien que je t’aime et que je te considère comme ma vraie mère, mais…

⸺ Et pourquoi tu ne le ferais pas, ma fille ? interrogea Poja. Tu as raison.

Mais, en même temps elle se demandait : « Comment Raoul pourra un jour oublier Angély, si même sa fille, bien involontairement, c’est vrai, fait tout pour qu’il ne l’oublie pas ? » Mais Poja avait un grand cœur : le bonheur de sa fille passait avant tout, même dans des circonstances aussi étranges.

⸺ Tu as raison de le faire, ma chérie !

Maya, en entendant ces mots qu’elle prit comme des encouragements, serra fortement sa mère entre ses bras et l’embrassa.

⸺ Tu es vraiment une bonne mère. Je fais tout cela, non seulement pour Angély, mais aussi pour Maria : elles ont tellement souffert ! Mais je ne veux pas, maman chérie, que tu sois triste : tu es ma petite maman chérie et je t’ai toujours dans mon cœur, et tu y seras pour toujours !

Puis, comme pour rassurer sa mère, elle lui dit :

⸺ Tu peux être tranquille : moi seule aurai la clef de la maison ; personne d’autre n’y pourra entrer.

Maya dit cela parce qu’elle se rendait compte que les yeux de Poja étaient pleins de larmes. Après ces mots de sa fille, elle sembla plus tranquille, et la promesse qu’elle venait de lui faire lui apporta une certaine sérénité, car elle craignait justement qu’un jour son mari entre dans la maison et se trouve face à tant de souvenirs du passé, un passé que Poja préférait qu’il oublie.

Puis, tendrement, tenant dans les siennes les mains de sa mère, Maya, lui dit :

⸺ Maman, ne prends pas ombrage de ce que je veux faire pour elles, et rappelle-toi que ce fut Angély qui t’a procuré la joie de m’avoir à côté de toi, moi la fille que tu n’attendais plus. Nous allons continuer d’être heureux et nous aimer comme une famille unie que rien ni personne ne peut détruire.

Maya semblait plus empressée que jamais de montrer son amour envers Poja ; ses paroles étaient sincères et touchèrent profondément le cœur de sa mère.

⸺ Je t’aime, ma petite maman, comme j’aime papa aussi. Tiens, en parlant de lui, il va bientôt arriver : tu ne veux pas que je lui en parle ?

⸺ Non, Maya, je vais lui en parler, c’est préférable que ce soit moi, comprends-tu ?

⸺ D’accord, maman, comme tu voudras ! À demain.

Maya sortit rapidement, le cœur en joie : elle avait bien défendu son projet et réussi son entretien avec sa mère.

Quant à Poja, une fois seule, ses yeux se remplirent à nouveau de larmes et elle s’interrogeait : « Comment vais-je raconter cela à Raoul ? Il va falloir que je lui parle une fois encore d’Angély, que je lui rappelle de vieux souvenirs, alors que je préférerais qu’il les oublie. Mon Dieu !… »

Mais il le fallait : Poja aimait tendrement Maya et lui avait promis de parler à Raoul au sujet de son projet, même si cela allait provoquer un autre problème presque inévitable : éveiller la curiosité de son mari.

Raoul, qui allait bientôt bénéficier de sa retraite, arriva à la maison ; il semblait en pleine forme et même joyeux. Il alla s’asseoir à côté de Poja et l’embrassa tendrement.

⸺ Veux-tu boire quelque chose ? demanda Poja.

⸺ Oui… un Porto, s’il te plaît.

⸺ Ah ! Ah ! Cela tombe bien que tu veuilles boire un Porto…

⸺ Ah ! Bon ! Et pourquoi, ma chérie ?

⸺ Parce que j’ai quelque chose à te dire au sujet de notre fille et qui a aussi à voir avec Porto.

⸺ Et pourquoi donc ? Elle aussi s’est mise à boire du Porto ? Ce n’est pas son habitude, mais… il y a toujours une première fois !

Cet échange de phrases banales eut le mérite de créer une atmosphère joyeuse et propice à ce que Poja voulait raconter à son mari.

⸺ Mais non ! Tu sais très bien qu’elle ne boit pas. Je voulais parler de la ville de Porto, au Portugal et non pas de son vin.

⸺ Me voilà rassuré ; je préfère que notre fille ne commence pas à boire : un buveur par famille suffit…

Raoul semblait en effet joyeux et taquin. Il dit à Poja :

⸺ Excuse-moi, chérie, j’ai eu une excellente journée et j’ai envie de boire un petit verre et de te taquiner un peu, mais, trêve de plaisanteries, dis-moi ce qui se passe entre la ville de Porto et notre fille.

Poja regarda Raoul et se mit à rire. Elle était heureuse de voir son mari aussi joyeux et plein de verve, puis elle lui dit :

⸺ Maya veut faire quelque chose de très particulier pour sa mère et sa grand-mère maternelle.

Raoul en entendant ces paroles devint sérieux, regarda fixement son épouse et lui dit :

⸺ Je vois que c’est du sérieux et quelque chose qui m’intéresse vraiment. Raconte, je ne t’interromprai plus.

⸺ Oui, Raoul, poursuivit Poja, notre fille a demandé à tes parents la maisonnette qui est au fond de leur jardin, là où ont habité Maria et Angély.

Raoul n’en croyait pas ses oreilles, c’est pourquoi il interrompit Poja et lui demanda :

⸺ Répète, répète ; qu’a-t-elle demandé à mes parents ?

⸺ Elle leur a demandé la petite maison qui est au fond de leur jardin : elle veut y faire quelque chose de très particulier, poursuivit Poja.

⸺ Mais, ma chérie, cette maison est habitée par les employés de mes parents ; ce n’est pas possible, mes parents ne vont pas les congédier…

⸺ Elle souhaite qu’ils soient logés ailleurs, car elle veut cette maisonnette, Raoul.

⸺ Mais, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Maya est tombée sur la tête ! Et que veut-elle y faire ? Allez, Poja, explique-moi, je veux comprendre, car là, c’est le brouillard complet.

⸺ C’est simple, reprit celle-ci, tu vas voir : notre fille veut aller à Porto et ramener de là-bas tout ce qui a appartenu à Maria et à Angély, tout ce qu’elle ramènera de Porto, elle veut l’exposer dans cette petite maison, comme s’il s’agissait d’un musée. Comprends-tu, maintenant ?

Raoul ne savait pas quoi dire. Il se prit la tête entre ses mains et resta ainsi pendant quelques instants. Puis, regardant Poja, il lui demanda avec une certaine curiosité :

⸺ Et toi, qu’as-tu dit ? Tu acceptes que Maya fasse cela pour sa mère et sa grand-mère ?

⸺ Mais, mon chéri, tu sais très bien que Maya a toujours d’excellents arguments : elle dit qu’ainsi elle pourra connaître beaucoup d’autres choses sur sa mère et sa grand-mère. Que voulais-tu que je lui dise ? J’ai accepté son idée, surtout après qu’elle m’ait dit que c’était la seule chose qu’elle pouvait faire pour perpétuer leur mémoire.

Raoul sembla un peu perturbé et incrédule. Il demanda à son épouse :

⸺ Et mes parents sont d’accord ?

⸺ Je peux te le confirmer, car j’ai eu ta mère au téléphone cet après-midi.

Raoul se leva, se frotta les yeux comme s’il venait de se réveiller après un long sommeil, puis regardant Poja il lui dit avec un air de doute :

⸺ Mes parents m’étonnent !… Ils ont vraiment dit oui, qu’ils étaient d’accord pour lui donner la petite maison ?

⸺ C’est comme je te le dis : ta mère m’a téléphoné après avoir parlé avec Maya et avec ton père.

⸺ Et toi, ma chérie, toi aussi tu as quelque chose à dire : que penses-tu de ce projet inattendu et même très particulier ? Dis-moi, dis-moi, chérie.

⸺ J’ai déjà parlé avec Maya à ce sujet, répondit Poja, et si cela lui fait plaisir, pourquoi pas… Reste seulement à savoir ce que dira Charles, son mari. Et toi, chéri, qu’en dis-tu ?

Raoul ne répondit pas aux interrogations de son épouse, mais alla jusqu’à la fenêtre et, regardant au-dehors s’interrogeait :

⸺ Comment pourrai-je oublier ma bien-aimée ? Même ma fille, certes sans le faire exprès, fait tout pour que je ne l’oublie pas !

Et, comme s’il parlait à Angély, il se dit encore :

⸺ Comment pourrait-elle oublier celle qui lui a donné la vie ? Angély, comme tu vois, tu es toujours présente dans ma vie.

Poja n’avait pas quitté le canapé où elle était assise : elle comprit que pour son mari, cette nouvelle était comme un renouvellement de souvenirs, des souvenirs qu’elle aurait préféré ne pas réveiller. Mais, l’amour pour sa fille l’emportait sur la jalousie naturelle que pouvait engendrer une telle situation. Elle préférait faire plaisir à Maya et souffrir en silence au fond de son cœur. Elle savait très bien qu’il ne s’agissait pas, de la part de sa fille, d’un caprice d’enfant gâté, mais d’une envie sincère de perpétuer la mémoire de sa mère.

Posté devant la fenêtre, Raoul ne bougeait pas et sa pensée continuait de parler pour lui :

⸺ Je suis vraiment étonné de ce que veut faire notre fille… aller chercher tout ce qui t’a appartenu et le ramener ici pour tout exposer dans cette petite maison où toi et ta mère avez vécu, où tant de fois nous nous sommes rencontrés ! J’admire notre fille : elle est vraiment merveilleuse, comme toi, mon amour. Je suis content qu’elle veuille faire cela pour toi, tu as toujours été une femme admirable et admirée de tous, la preuve en est que notre fille fait tout pour qu’on ne t’oublie pas. Tu as toujours démontré que j’étais le seul amour de ta vie et, moi, ma chérie, je n’ai jamais cessé de t’aimer. Combien de fois je m’interrogeais et me disais : où es-tu, m’as-tu déjà oublié, as-tu un autre amour ? Et je suis resté longtemps dans cette incertitude sans savoir ce que tu étais devenue, sans avoir la moindre nouvelle de toi. Oh ! Angély, amour de ma vie, combien je regrette d’avoir prêté l’oreille à ce que me disaient alors mes parents, combien je regrette, maintenant, de ne pas t’avoir cherchée partout alors qu’il en était encore temps ! Si tu savais – et tu le sais certainement – combien de fois je me sens triste. Mais, pourquoi te dis-je tout cela maintenant, Angély ? Je te demande que, là où tu es, tu me pardonnes.

Dans le salon régnait le plus grand silence. Raoul continuait debout, devant la fenêtre et Poja, pleurant intérieurement, assise sur le canapé.

Mais, cette voix intérieure qui taraudait Raoul et occupait sa pensée, continuait à faire défiler devant ses yeux les images heureuses du passé.

⸺ Angély, il est bien vrai que notre rencontre le jour du mariage de notre fille fut, pour nous deux, une immense surprise ; en tout cas pour moi qui n’étais au courant de rien. Quelle joie et quel bonheur pour moi de te retrouver toujours aussi belle !… Tu étais toujours celle que j’ai tant admirée et aimée.

⸺ Cela fut pour toi, je le pense, une grande joie de retrouver ta fille que tu ne voyais plus depuis le jour de sa naissance, car ensuite tu l’as confiée à Poja, dans la clinique où elle est née.

⸺ Je me souviens, comme si c’était aujourd’hui, que moi, j’attendais près de la porte qu’elle ressorte avec le bébé. Oh ! si j’avais su que tu étais dans cette chambre, je serais volontiers entré. Après ce jour-là, tu ne l’avais jamais revue. Combien grande fut ton émotion en découvrant que ce bébé était notre fille, en découvrant que j’en étais le père !… Ma joie, ma chérie, ne peut se décrire, quand j’ai appris que tu étais la mère de ma fille, que tu étais la mère de Maya !…

Poja se leva sans faire de bruit et allait sortir du salon. Comme s’il venait de se réveiller d’un long et interminable rêve, Raoul se retourna – ses yeux étaient rouges, car grande était son émotion – et alla près de son épouse, la prit dans ses bras avec beaucoup de tendresse et la serra contre lui.

⸺ Pardon, chérie… tout cela a fait ressurgir tant de souvenirs du passé. Mais, tu es mon héroïne, car si tant de belles choses se sont réalisées, c’est bien grâce à toi.

Poja ne répondit rien, mais, posant la tête sur l’épaule de Raoul, elle enroula ses bras autour de lui.

⸺ Tu es vraiment une femme exceptionnelle, continua Raoul. Ce fut grâce à ta bonne volonté et à ta compréhension que tout cela a pu arriver : la venue d’Angély au mariage de Maya ; sa venue aussi quand j’ai reçu la médaille de ses mains et qu’elle est morte dans mes bras. Tout cela est toujours présent dans mon esprit, avoua-t-il, malgré tous les efforts que je fais pour l’oublier. Peux-tu comprendre cela ?

Poja regarda son mari, sourit et d’un geste de la tête lui fit savoir qu’elle comprenait bien ; puis, sans brusquerie, elle se détacha de lui et partit dans la cuisine.

Resté seul dans le salon, Raoul retourna à ses rêves et à cette vision qui se présentait de nouveau à son regard intérieur.

⸺ C’est grâce à Poja que tu as pu venir au mariage de notre fille, disait Raoul dans son for intérieur, comme pour se justifier de l’aveu qu’il venait de faire à son épouse. Mais la pression exercée sur lui par tant de souvenirs continuait. Raoul, comme s’il parlait vraiment à quelqu’un, se disait encore :

⸺ Quelle joie j’ai pu lire dans tes yeux ce jour-là… ce fut un jour mémorable pour toi… et pour moi aussi, crois-le bien ! Souviens-toi que ce fut ce jour que Maya s’est exclamée, en parlant de nous : “Mais ils se connaissent !” Et, se tournant interrogative vers sa mère, elle reçut, d’un geste, la confirmation de ce qu’elle venait de découvrir. Puis Poja lui dit encore que tu étais la jeune femme dont je parlais souvent. Combien j’aurais aimé que ce jour-là ne finisse jamais !

Tous ces souvenirs du passé, passaient et repassaient dans la pensée de Raoul, comme des chevaux au galop lors d’une grande course, ne lui laissant aucun moment de répit.

Puis, comme s’il cherchait à ralentir cette chevauchée fantastique, il expliqua à sa confidente invisible :

⸺ Quant à mon épouse, Poja, elle a toujours été très attentionnée envers moi ; elle a toujours tout mis en œuvre pour que je me sente bien et heureux, que je ne souffre la moindre peine, la moindre contrariété. Peux-tu comprendre cela, Angély ? Elle en a fait de même pour notre fille Maya, afin qu’elle soit heureuse et s’épanouisse, qu’elle ait toujours ce dont elle avait besoin… toi-même en as eu la preuve et tu peux en témoigner… Poja a toujours aimé Maya comme si elle avait été sa propre fille…

Raoul, pourrait paraître quelqu’un de fragile, taraudé par les remords, mais il n’en est rien : ces images du passé venaient sans qu’il les appelle ou les provoque ; très souvent cela arrivait quand certaines conversations avaient comme cadre le passé de la famille ou qu’une petite phrase rappelait l’un de ces mêmes souvenirs.

Raoul aimait tendrement Poja et se sentait heureux avec elle et, nous pouvons dire qu’ils vivaient heureux.

MAYA AU PORTUGAL

Comme elle l’avait projeté, Maya décida d’aller à Porto, mais pour ne pas y aller toute seule, alla voir sa mère et lui dit :

⸺ Maman, comme tu le sais déjà, j’ai décidé d’aller à Porto pour chercher tout ce qui appartenait à Angély et à Maria, sa mère, mais j’aimerais que tu viennes avec moi, car tu y es déjà allée.

⸺ Mais, chérie, pourquoi pas, répondit Poja. Je vais en parler à ton père. Cela n’a pas un caractère urgent, je suppose ; tu peux bien attendre un ou deux jours ?

⸺ Bien entendu, maman… il n’y a aucune raison de nous presser… De toute façon je n’ai pas encore réservé les billets d’avion.

Dès que Raoul arriva à la maison, Poja lui fit part de la demande de Maya. Souriant, il dit à Poja :

⸺ Et pourquoi pas, Poja ? Si l’idée d’accompagner ta fille te séduit, ne te prive pas… ainsi tu visiteras une nouvelle fois le Portugal.

Poja avait envie d’accompagner sa fille à Porto, non seulement à cause de la démarche de celle-ci, mais aussi pour revoir la famille d’Angély qu’elle ne voyait plus depuis un certain temps.

⸺ Tu sais bien que pour moi c’est un grand plaisir d’accompagner notre fille, d’autant plus que nous allons nous retrouver en tête à tête comme avant, répondit Poja.

Puis, comme si elle avait du remords de laisser seul son mari, elle lui dit, en souriant :

⸺ Mais toi, mon chéri, tu vas être tout seul.

⸺ Non, ma chérie, répondit Raoul, j’irai aider Tina, car je sais qu’elle a beaucoup de travail en ce moment.

⸺ Tu as raison, reprit Poja avec un certain enthousiasme, et cela lui rendra bien service, surtout que tes parents ne vont pas très bien, et ne l’aident donc que très peu.

⸺ Ce que tu veux c’est te débarrasser de moi, je sais ! s’exclama Raoul dans un éclat de rire.

⸺ Petit fou… même pas en pensée ! Fais bien attention pendant mon absence. !

⸺ Ne te fais pas de soucis, ma chérie : ce sera de la maison au travail et du travail à la maison, sauf quand j’irai chez Tina. Et j’attendrai avec impatience tes coups de fil… Et j’en veux tous les jours, compris ?

Poja regarda son mari, sourit et lui dit :

⸺ N’aie pas le moindre doute : je te téléphonerai tous les jours, cela me tranquillisera. Ce n’est pas que je doute de toi, mais…

⸺ Mais non, tu ne doutes pas… C’est bien vrai ce mensonge ? J’ai du mal à le croire, ma chérie, dit Raoul avec humour.

Puis, s’approchant l’un de l’autre, ils s’embrassèrent longuement.

***

Maya avait téléphoné à l’agence de voyages et réservé deux billets pour Porto. Le départ était fixé à Orly et le voyage allait durer près de deux heures.

Le jour prévu, Raoul, afin que le voyage fut plus direct jusqu’à Orly et afin que les deux femmes n’aient pas à transporter les valises et les sacs, les conduisit jusqu’à l’aéroport parisien.

Dès leur arrivée, ils s’occupèrent immédiatement de l’enregistrement des bagages et ensuite, les trois allèrent s’asseoir à une table de l’un des bars de la zone d’embarquement.

Pendant qu’ils buvaient calmement, Raoul dit à son épouse et à sa fille :

⸺ J’espère pouvoir un jour visiter le Portugal. J’espère que bientôt ce sera mon tour.

⸺ Je l’espère bien, moi aussi, chéri, dit Poja avec tendresse. Il faudra que nous deux nous fassions le voyage au Portugal. Porto est une très belle ville et le nord du Portugal est digne d’une visite, tu peux me croire.

⸺ Et voilà que tu me mets l’eau à la bouche. Je sais que tu connais bien Porto, ce n’est pas la peine que tu t’étendes là-dessus seulement pour montrer tes connaissances, dit Raoul d’un air malicieux.

⸺ Mais non, ce n’est pas ça… j’aime beaucoup le Portugal parce que c’est un pays accueillant. Il faudra que nous y allions une fois tous les deux… seuls…

⸺ Tiens ! Tiens ! Ils veulent se payer un nouveau voyage de noces, commenta Maya toute joyeuse.

⸺ Et pourquoi pas ? Nous sommes toujours jeunes, puisque nous nous aimons, expliqua Raoul avec beaucoup de conviction. L’amour n’a pas d’âge…

⸺ On dirait un poète, dit Poja en souriant. Si tu continues de la sorte, je crains de rater le vol, rien que pour t’entendre.

⸺ Papa, louper l’avion c’est hors de question… quand nous reviendrons, tu réciteras tes poèmes à maman… D’ici là, tu vas avoir l’occasion de trouver toute ton inspiration. Ah ! Ah ! Ah !…

Raoul regarda sa fille et se mit à rire aussi.

⸺ Le pire c’est si l’inspiration ne vient pas…d’autant plus que je n’aurai pas à côté de moi les deux personnes que j’aime le plus, dit Raoul.

À ce moment-là une voix dans les haut-parleurs demanda aux passagers de s’approcher des portes d’embarquement ; la leur était la porte D.

Poja se leva, prit son sac à main et dit à Maya :

⸺ Ma chérie, l’heure du départ est arrivée ; approchons-nous de la porte D, par laquelle nous allons accéder à l’avion.

⸺ Oui, maman ! Si seulement nous étions déjà arrivées au Portugal !

⸺ Sois patiente, ma fille, sois patiente ; nous y serons bientôt, dit Poja amusée de l’impatience de sa fille.

⸺ Allons, allons-y, maman, l’embarquement est commencé, allons…

Raoul appela l’employé et paya la note, puis accompagna son épouse et sa fille jusqu’à la porte d’embarquement.

Avant qu’elles n’entrent dans le couloir qui les mènerait à l’avion, Poja embrassa tendrement son mari et lui dit à l’oreille :

⸺ Ne m’oublie pas : je t’aime beaucoup, tu sais… ne m’oublie pas, mon amour !

Raoul ne dit rien, mais son regard fut plus explicite que tous les mots qu’il aurait pu dire alors, plus clair qu’un long discours.

Maya s’approcha de son père, le prit dans ses bras et l’embrassa avec tendresse.

⸺ À bientôt, papa, nous allons téléphoner tous les jours, sois tranquille, je t’aime, papa !

Et, toute joyeuse, comme un oiseau qui sort de sa cage, Maya s’en alla, suivie de Poja et bientôt les deux disparurent du regard de Raoul qui, une dernière fois, fit un signe de la main, lors de la dernière fois qu’elles se retournèrent. Puis, il descendit dans les sous-sols pour récupérer sa voiture et de là, prit la direction de Paris, puis celle de Reims.

Quant aux deux femmes, arrivées dans l’avion, elles prirent leurs places, s’installèrent confortablement et commencèrent à parler du sujet qui les amenait à Porto : les affaires d’Angély et de Maria. Elles se posaient bien la question de savoir comment elles pourraient ramener tout cela, une fois qu’elles auraient fait le tri.

Le fait d’arriver à Porto et de se trouver face à une famille qu’elle ne connaissait pas encore causait une certaine appréhension à Maya. Poja qui s’en était aperçue chercha à tranquilliser sa fille, en lui expliquant calmement :

⸺ La tante de ta mère est une dame très sympathique et je suis persuadée qu’elle va bien nous accueillir, surtout qu’elle sait que tu es sa nièce, Maya. Je dois te dire que je lui ai téléphoné pour la prévenir de notre voyage et je suis persuadée qu’elle va nous attendre à l’aéroport de Porto.

⸺ Mais, maman, si elle est la tante de ma mère, elle est donc la sœur de ma grand-mère Maria. Elle doit avoir un bel âge, maintenant.

⸺ Oui, ma chérie, elle n’est plus toute jeune… Je l’ai eue au téléphone plusieurs fois et je lui ai demandé de garder certaines choses qui ont appartenu à ta mère. Mais je n’ai jamais pensé que tu aurais eu l’idée de venir les récupérer.

⸺ Maman, tu es vraiment incroyable : tu penses à tout !… Mais dis-moi une chose : comment allons-nous communiquer avec elle ? Je ne connais que certains mots en portugais, mais cela ne suffit pas pour soutenir une conversation… Et toi, maman, tu sais parler portugais ?

⸺ Quelques mots, le nécessaire pour me faire comprendre.

⸺ À peu près comme moi, quoi, interrompit Maya.

⸺ Mais, ma chérie, cela n’est même pas un problème, car la sœur de ta grand-mère a vécu longtemps en France et elle sait certainement encore parler notre langue.

⸺ Coquine ! Tu es vraiment coquine ! Pourquoi ne me l’as-tu pas dit tout de suite ? Tu m’as bien eue !

Et Maya riait, toute heureuse de savoir qu’elle allait pouvoir parler librement à sa tante, sans avoir besoin de recourir à un interprète de fortune.

⸺ Nous irons aussi visiter les amies de ta mère, celles avec lesquelles elle a travaillé à l’agence de voyages ; nous avons beaucoup à visiter et beaucoup à faire, dit Poja.

⸺ Et ces personnes-là, elles savent aussi parler français ? demanda Maya. J’espère bien qu’elles le parlent, car j’ai beaucoup de choses à leur demander.

⸺ Oui, ma chérie, elles aussi parlent français. Il est bon que tu saches que la langue française est obligatoire dans les lycées du Portugal, voilà pourquoi beaucoup de Portugais parlent et comprennent le français. Puis, il y a aussi ceux qui ont vécu en France et qui vivent maintenant de nouveau au Portugal, et ils sont nombreux…

⸺ Bonne nouvelle, maman !

Le commandant de bord demanda aux passagers d’attacher leur ceinture. L’avion allait bientôt atterrir, car on pouvait déjà voir, par le hublot, la ville de Porto et plus loin l’océan.

⸺ Maman, comme je suis contente que tu sois venue avec moi ! Merci, maman, merci !

⸺ Mais, ma chérie, pour moi c’est un vrai plaisir de t’accompagner, d’être là à côté de toi, être toute seule avec toi pendant quelques jours, tu peux me croire, chérie.

Et Poja embrassa tendrement sa fille qui se montrait très heureuse et impatiente de se trouver sur le sol ferme.

Il était environ 10 heures et 30 minutes. Quand l’avion se posa sur l’aéroport international Sá Carneiro, situé à quelques kilomètres à peine de Porto.

Le temps se montrait accueillant : un splendide soleil brillait, l’azur du ciel était limpide et l’atmosphère invitait aux plaisirs de la plage toute proche.

Dès qu’elles eurent récupéré leurs bagages, les deux femmes se dirigèrent vers le hall des arrivées où quelques centaines de personnes, collées les unes aux autres, attendaient les familiers et amis qui venaient d’arriver par le vol en provenance de Paris.

Poja parcourut du regard cette foule de gens, espérant reconnaître Juliette ou quelqu’un d’autre de la famille qui puisse les prendre et les conduire à Ermesinde, où habitait la sœur de Maria.

Enfin, elle finit par reconnaître la silhouette de Juliette qui semblait, elle aussi, chercher de tous les côtés.

Poja parcourut calmement les quelques mètres qui les séparaient, puis, comme si elle la prenait par surprise, s’écria presque :

⸺ Oh ! Juliette, comment allez-vous ?

Juliette regarda Poja tendrement et lui dit :

⸺ Madame, comme une vieille, comme une vieille de presque soixante-dix ans. Et vous, comment allez-vous ? Avez-vous fait un bon voyage ?

Et sans attendre la réponse à ses questions, se tourna vers Maya et ajouta :

⸺ C’est mademoiselle Maya, n’est-ce pas ? Mais, que tu es belle, ma chérie ; tu ressembles vraiment à ta mère, que Dieu nous a prise…

Comme poussée par une force invisible, Maya s’approcha de Juliette et, ouvrant les bras, la serra contre elle avec beaucoup de tendresse : c’était la première fois qu’elle voyait Juliette qui était non seulement sa tante, mais surtout la sœur de sa grand-mère. En l’embrassant de la sorte elle se sentait embrasser également sa grand-mère qu’elle n’avait pas connue, mais qu’elle aimait tendrement.

⸺ Mais, tu vas m’écraser, dit Juliette en souriant. Mais, pourquoi pleures-tu, ma chérie ? demanda-t-elle à Maya.

⸺ Mais, tata, c’est de joie, de joie tout simplement ! Et elle souriait, souriait à sa tante comme si en réalité elle avait devant elle sa grand-mère qu’elle aurait tant aimé connaître.

⸺ Mes petits amours, nous n’allons pas prendre racine à l’aéroport. Jean, viens là, dis bonjour à madame Poja et à mademoiselle Maya. Tu ne connais pas la jeune demoiselle – je n’arrive pas à l’appeler madame ! –, mais tu connais sa mère, viens, ne sois pas aussi timide.

Jean, qui était resté un peu en arrière vint saluer les deux visiteuses :

⸺ Bonjour, madame. Avez-vous fait un bon voyage ? Tout s’est bien passé pour vous ?

⸺ Un vrai bonheur, Jean, pas le moindre problème et le personnel de bord très sympathique et attentif, répondit Poja. Je vous présente ma fille Maya.

⸺ Enchanté, mademoiselle ! Comment vont vos maris ?

⸺ Très bien, monsieur Jean.