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C’est l’histoire mouvementée d’une jeune fille née au sein d’une famille pauvre, vivant dans un petit village, niché entre les montagnes de la région d’Amarante.
À l’âge de 16 ans elle quitte son village et “descend” dans la grande ville (Porto) pour y gagner sa vie et aider ses parents.
Ne trouvant pas de travail, elle fait l’aumône pendant un temps et finit par prendre une décision à l’encontre de son éducation et intègre un bar où elle va se prostituer pour gagner son pain.
Elle y rencontre un français qui sera l’amour de toute sa vie. L’entente entre les deux ressemble bien à un coup de foudre et Mariana finit par venir en France, après avoir accouché d’un enfant, et va habiter aux alentours de Reims où son amant — qui est marié — la visite régulièrement.
Ensemble ils entreprennent une croisière qui sera un enfer pour eux, car le navire explose en pleine mer…
Survivants, ils sont envoyés chacun de leur côté et ne savent rien l’un de l’autre. Mariana perd en plus sa mémoire et ne sais même plus qui elle est…
Elle est internée dans une maison de repos en France… où bien plus tard elle récupérera sa mémoire, son fils et enfin son amant, maintenant handicapé à vie.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Laurette Rocha est née à Porto, au Portugal, en 1947. A l’âge de vingt ans, elle est venue en France et y épousa Alphonse.
Maintenant retraitée et passionnée par le cinéma indien, elle consacre une partie de ses loisirs à l’écriture de romans et termine la saga d’une famille indienne en France dont
Un Amour Éternel est le premier et le plus court roman de cette quadrilogie qui raconte l’intégration de cette famille et l’amour impossible entre le fils aîné et la fille de la servante portugaise.
Le Destin de Maya,
Préty, l’héritière et
La Vie Continue complètent cette saga.
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Seitenzahl: 203
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Laurette ROCHA
UN AMOUR ETERNEL
LE DESTIN DE MAYA
PRETY, L’HÉRITIÈRE
Nous sommes à la moitié des années trente.
Le Portugal à l’époque était un pays pratiquement agricole, peu industrialisé, donc peu développé. En fait, plus de la moitié de la population travaillait et vivait de l’agriculture, comme le personnage principal de cette histoire. Mariana.
Mariana – tel est son prénom – naquit au sein de l’une de ces nombreuses familles pauvres, dans un village près d’Amarante et situé sur une colline.
Ils vivaient de ce qu’ils semaient dans leur jardin situé autour de la maison ; des poulets et des lapins qu’ils élevaient, et aussi des cochons qu’ils engraissaient pour avoir de la viande sur leur table.
La maison où ils habitaient était en pierre, sans confort !
La cheminée, la seule source de chauffage, servait non seulement à cuisiner, mais aussi à réchauffer ces longs, froids et tristes hivers. La maison n’avait que deux chambres, que parents et enfants se partageaient.
Lorsque Mariana eut 17 ans, elle prit une décision extrêmement importante et courageuse pour une fille de son âge : elle irait chercher sa chance dans la grande ville !
Elle n’avait d’autre choix : il lui fallait aider sa famille, leur donner une vie meilleure, la vie qu’ils méritaient !
***
La mère de Mariana – comme toute mère, face à une telle décision – s’accrocha à elle, pleurant et la priant de ne pas partir.
Elle lui demanda de ne pas abandonner le pays qui l’avait vu naître, arguant que s’ils avaient survécu jusqu’alors… ils continueraient à vivre, aidés par la grâce de Dieu !
Mais Mariana avait déjà décidé et, résignée, la mère lui donna simplement quelques conseils.
Elle savait que c’était la seule solution : sortir de la famille et suivre un nouveau chemin, même si cela lui coûtait beaucoup et causait de grandes souffrances, car elle aimait vraiment sa famille !
Ses parents et son frère étaient tout pour elle et l’amour qu’ils ressentaient les uns pour les autres lui donnait la force pour résister à la pénible séparation.
Les parents de Mariana se sentaient coupables de ne pas pouvoir offrir une meilleure vie à leurs deux enfants, mais la pauvreté dans ces régions-là était grande ce qui obligeait certains à partir au Brésil qui avait alors besoin de main d’œuvre et où l’on parlait la même langue.
***
Le jour du départ approchait, Mariana allait les quitter…
Quand l’heure vint, sa mère l’appela et, prenant son seul bien précieux – une mince chaîne en or – l’accrocha au cou de sa fille et lui dit :
⸺ Ma fille, c’est pour toi… au cas où tu en aurais besoin !
Sa voix étouffée, Mariana remercia et comprit le geste de sa mère et s’accrocha à elle en pleurant.
La séparation entre mère et fille fut douloureuse.
Ensuite elle alla dans les bras de son père qui l’aimait beaucoup, mais était moins expressif. Mais il ne réussit pas à cacher les quelques larmes qui coulaient sur son visage.
Enfin, saisissant ses quelques biens qu’elle avait placés dans la vieille valise que son grand-père lui avait laissée, elle étreignait son frère et sortit de la maison, craignant de perdre son courage.
Dans ses bagages, elle portait l’espoir et l’incertitude de son avenir.
Mais elle resta ferme dans sa détermination !
***
La route était longue et tortueuse, les chemins sinueux et en très mauvais état.
Le voyage ne serait pas facile, mais il fallait arriver à Porto jour même ! Elle y arriva en fin d’après-midi, après de longues heures de marche.
Fatiguée et affamée, elle décida de se reposer un peu sur un banc de jardin pour y manger une pomme… la seule nourriture qui lui restait de ce qu’elle avait ramené de la maison !
Mais la faim était si grande qu’elle décida d’aller dans centre de la ville en espérant trouver une âme charitable qui pourrait l’aider.
En effet, les passants regardaient cette figure mince et peut-être émus par la compassion, lui donnèrent de petites pièces, ce qui lui a permis d’acheter un pain et donc de remplir son estomac.
La nuit tombait sur Porto et la jeune fille, ne connaissant personne et n’ayant pas d’argent pour louer une chambre, décida de chercher un endroit pour y passer la nuit.
À Ribeira – endroit très touristique de Porto – existent de nombreuses ruelles étroites et peu fréquentées : ce fut dans l’une d’elles qu’elle trouva, sous une arcade, un coin pour dormir.
Elle posa sa valise qui lui servit d’oreiller et se positionna de la meilleure manière possible pour passer la nuit.
La nuit était froide et l’inconfort était maximal, mais la fatigue la surpassa et elle finit par s’endormir.
Le lendemain matin, elle se réveilla avec le bruit du mouvement de la ville et, se rappelant que les gens semblaient sympathiques et accueillants, retourna mendier, jusqu’à recueillir assez pour s’acheter un pain avec du jambon, qui serait son déjeuner.
Puis elle commença à frapper à toutes les portes dans l’espoir de trouver un emploi, mais la crise qui se faisait sentir dans tout le pays, ne lui permit pas de trouver le poste convoité, alors elle se sentit obligée de continuer à mendier et à dormir « à la belle étoile » : aujourd’hui ici, demain là, où elle pensait être à l’abri, non seulement du temps, mais aussi des regards des gens qui passaient à proximité.
De temps en temps, Mariana ressentait la nostalgie de la famille, où malgré la pauvreté, rien ne manquait, mais elle résistait à cette tentation et continuait de suivre son destin dans les rues de la capitale du Nord.
Deux ou trois jours après son arrivée à Porto, elle ressentit le besoin de se rafraîchir, ce qu’elle n’avait pas pu faire depuis son arrivée. Elle descendit jusqu’à la berge de la rivière et chercha un endroit à l’abri des regards. Elle se lava et lava aussi les vêtements qu’elle portait. Trouvant l’endroit abrité et solitaire, elle y passa la nuit.
Le lendemain elle sortit de son abri et reprit sa quête dans les rues de Porto. Cette situation de facilité lui fit oublier qu’elle était venue à Porto pour trouver un travail et se laissa vivre dans l’insouciance.
De temps en temps, quand l’aumône qu’elle recevait était un peu plus conséquente, elle envoyait quelques dizaines d’escudos à ses parents, leur disant que tout allait bien et qu’elle était contente de son travail… Elle ne voulait en aucune façon qu’ils sachent qu’elle vivait d’aumône.
Pendant deux ans, son état de mendiante lui occasionna des hauts et des bas, des joies et des peines, jusqu’au jour où courageusement elle décida de chercher vraiment un travail, quel qu’il fût, afin qu’elle puisse gagner son pain quotidien et mieux pouvoir venir en aide à sa famille.
***
Mariana passa des jours et des jours à parcourir les rues de Porto, proposant ses services dans les établissements les plus divers qu’elle croisait, mais la réponse était invariablement négative.
Un jour, à Ribeira, passant devant un bar situé dans l’une des ruelles typiques de la zone touristique de la ville, elle entra et demanda un verre d’eau, que l’employé lui servit très aimablement.
Buvant lentement, elle resta un long moment accoudée au comptoir ce qui intrigua l’employé qui vint lui demander :
⸺ Désirez-vous autre chose ?
Mariana le regarda et lui dit simplement :
⸺ Oui, un emploi.
⸺ Quel âge avez-vous ?
⸺ 19 ans, répondit-elle
⸺ Attendez une minute, je vais en parler au patron.
Le patron du bar ne tarda pas à venir vers elle. Il voulait savoir d’où elle venait et ce qu’elle faisait. Mariana lui expliqua son parcours exténuant qui la mena jusque-là.
Après l’avoir écouté attentivement, l’homme lui demanda :
⸺ Êtes-vous vraiment décidée à travailler ?
⸺ Oui, monsieur. Je ne sais pas comment je peux vous remercier, dit-elle en pleurant de joie.
⸺ Arrivez tôt, demain…
⸺ Désolée, mais je n’ai pas où dormir…
⸺ Bon ! Ce n’est pas un problème, nous vous proposons une pièce, mais seulement pour deux ou trois mois.
⸺ Je vous remercie, monsieur.
⸺ Tu peux m’appeler Paulo.
Mariana le regarda, sourit et répéta :
⸺ Je vous remercie, Monsieur Paulo.
Le patron du bar appela l’une des filles qui était là et lui dit :
⸺ Peux-tu conduire Mariana dans l’une des chambres à l’étage ?
⸺ Oui, patron.
Mais avant que la jeune fille ne monte, il lui demanda si elle voulait manger quelque chose.
⸺ Je ne dis pas non, mais je n’ai pas d’argent, M. Paulo, dit-elle d’un air penaud.
⸺ Prépare-lui quelque chose, dit Paulo se tournant vers l’employé qui était au comptoir.
Mariana se sentait maintenant protégé, mais ignorait encore quel serait son vrai travail.
Au moment où elle montait avec la fille qui allait lui montrer la chambre, Mariana lui demanda :
⸺ Quel est ton travail ici ?
⸺ Celui qui va être aussi le tien.
⸺ Peux-tu me l’expliquer ?
⸺ Notre travail ici consiste à inciter les clients à boire, nous touchons un certain pourcentage pour cela ! À prendre un verre avec eux et à leur faire plaisir. Et, je peux te dire que nous gagnons bien notre vie.
Tout à coup, la jeune fille crut comprendre ce qui se faisait dans ce bar :
⸺ Mon Dieu, où suis-je atterrie !
⸺ Tu t’y habitueras, Mariana.
⸺ Je ne sais pas, mon amie, je ne sais pas !
⸺ Sache que le patron est une personne sympathique et aimable. Tant que nous faisons ce qu’il nous demande, pas de problème, tu verras…
⸺ Quel est ton nom ? demanda Mariana.
⸺ Isabelle, et je suis ici depuis trois ans…
⸺ Tu es de Porto ?
⸺ Non, je suis d’Espinho, et toi ?
⸺ Je suis d’Amarante.
Arrivées à la chambre, elles entrèrent toutes deux. Elles parlèrent pendant un moment et Isabelle chercha à remonter le moral de Mariana qui semblait désorientée et indécise.
Quand elle se trouva seule, la pauvre Mariana se mit à pleurer. Elle imagina toutes les situations, pour donner un autre sens à sa vie, mais elle ne trouva d’autre solution que d’accepter ce travail qui lui inspirait pourtant du dégoût.
Elle eut beaucoup de mal à s’endormir dans cette chambre solitaire, où tant d’hommes avaient déjà passé des moments de plaisir avec l’une ou l’autre de celles qui étaient désormais ses collègues.
***
Sa première rencontre avec un homme ne fut pas facile.
Les mois passèrent et tout semblait aller maintenant mieux pour la pauvre fille qui ressentait encore, de temps en temps, quelques remords.
Souvent, la pensée la faisait voyager jusqu’ à Amarante. La nostalgie de ses parents et la terre où elle avait vécu en paix les seize premières années de sa vie lui hantaient l’esprit…
Avec l’aide d’une amie, elle loua un petit appartement non loin de son lieu de travail.
En dépit de l’horreur qu’elle ressentait encore pour son travail, elle commença à se rendre compte qu’elle pouvait espérer un avenir plus clair, et disait que cette façon de gagner son pain quotidien ne serait que passager.
Trois ans s’étaient écoulés depuis que Mariana avait quitté son village et sa famille à la recherche d’un avenir meilleur, mais elle continuait à ne pas s’habituer à son mode de vie. Le seul avantage qu’elle en tirait était le bon salaire qu’elle recevait.
Cependant, elle cacha bien ses sentiments, à son patron et à ses collègues.
Un jour, un homme avec un accent étranger entra dans le bar, et s’adressant à elle lui demanda si elle voulait boire un verre avec lui. Mariana accepta courtoisement, comme c’était son devoir.
Ils allèrent s’asseoir à l’une des tables du fond. Le visiteur appela le garçon et lui demanda :
⸺ Pouvez-vous nous apporter deux coupes de champagne ?
⸺ Oui, monsieur.
Peu après ils furent servis. Pendant qu’ils parlaient, Mariana regardait avec étonnement cet homme qui était devant elle : il lui parlait avec beaucoup de respect et de délicatesse. Cela lui semblait si étrange qu’elle avait du mal à y croire.
Les heures passaient, et la nuit était déjà bien avancée quand il sortit son portefeuille et mit dans sa main quelques billets. Élégamment il la lui embrassa et dit :
⸺ Je pense que cela sera suffisant pour récompenser le temps que vous avez passé avec moi. Bientôt je reviendrai vous voir.
Elle le remercia et lui demanda :
⸺ Pouvez-vous au moins me dire votre prénom ?
⸺ Bien sûr ! Mon prénom est Claude.
⸺ Merci, Claude. Bonne nuit. J’espère bien vous revoir.
Il sourit et s’éloigna lentement.
Mariana resta tout étonnée et, sur le chemin de sa maison, elle n’arrêtait pas de penser à tout ce que Claude lui avait dit et à ses manières délicates.
⸺ « Je ne sais pas qui tu es, Claude, ni d’où tu viens, tout ce que je sais c’est que tu as des affaires dans ce pays, ce qui te fait venir ici de temps en temps. Si tu veux me revoir, la seule adresse que tu as est celle du cabaret », se disait-elle en marchant.
***
Les jours passèrent et Mariana, quand elle était au cabaret, gardait les yeux sur la porte, attendant avec impatience de le voir entrer. Depuis cette première rencontre, elle pensait souvent à lui, au point d’imaginer qu’il la ferait sortir un jour de cette vie qu’elle menait par nécessité et à laquelle elle n’avait jamais totalement adhéré.
Un jour, alors qu’elle commençait à perdre espoir, il entra dans le bar et, ne la voyant pas, demanda après elle.
⸺ Elle n’est pas encore arrivée, répondit le patron. Si vous voulez, vous pouvez l’attendre dans le salon.
⸺ Quand elle arrivera, servez-nous deux coupes de champagne, s’il vous plaît.
⸺ Oui, monsieur…
Quand elle entra, le patron l’appela et lui dit :
⸺ Mariana, il y a une personne qui t’attend dans le salon.
Elle sursauta et pensa tout de suite à Claude. Avant d’aller le voir, elle alla dans la salle de bain. Son cœur battait fort. Elle essaya de se calmer et alla le rejoindre. Quand elle le vit, elle devint folle de joie. Claude vint à sa rencontre, prit sa main et la baisa.
⸺ Combien je suis heureux de vous voir…
⸺ Moi aussi, dit-elle toute souriante.
Le patron vint immédiatement leur servir les deux coupes de champagne commandées.
⸺ Nous allons trinquer à notre nouvelle rencontre, dit Claude en lui remettant la coupe.
⸺ Mais pour combien de temps ? demanda-t-elle.
⸺ Cela dépend de vous, Mariana. Je vous avais dit que je reviendrais vous voir…
⸺ Oui, vous me l’avez dit… mais…
Ils s’assirent l’un à côté de l’autre. Claude lui dit :
⸺ Je n’ai pas cessé de penser à vous.
⸺ Et moi à vous, répondit-elle avec un sourire. Vous avez été le seul homme à me parler avec respect ; jamais personne ne m’a parlé comme vous…
⸺ Voulez-vous une autre coupe de champagne ?
⸺ Non, merci.
⸺ Alors nous allons quitter cet endroit.
⸺ Et où allons-nous ? demanda-t-elle.
⸺ C’est une surprise !
Mariana alla voir son patron et le mit au courant de son départ pour la soirée.
Claude l’emmena dans l’un des meilleurs restaurants de Porto, situé à proximité de l’Avenue des Alliés. À leur arrivée Claude dit à l’employé qu’il avait réservé et ce dernier les conduisit à leur table.
⸺ Cet emplacement vous convient-il ? demanda l’employé.
⸺ Très bien – répondit Claude.
⸺ Je ne m’y attendais pas du tout, Claude.
⸺ Pour être franc avec vous, moi non plus, répondit-il d’un air amusé.
⸺ Excusez-moi, mais je ne comprends pas bien. Voulez-vous me dire que c’est la première fois que vous venez ici ?… J’ai du mal à le croire.
⸺ Non, ma crainte était que vous me disiez non.
⸺ Jusque-là, je suis d’accord avec vous, tout cela est nouveau pour moi.
Après s’être installés le serveur leur apporta le menu. Mariana demanda à Claude ce qu’il avait choisi…
⸺ Pour moi ce sera quelque chose de léger, dit-il.
⸺ Alors, ce sera léger pour moi aussi.
Il fit signe à l’employé. Après avoir dit ce qu’ils voulaient, Claude lui prit la main et lui dit :
⸺ Nous avons beaucoup à discuter.
⸺ La nuit est longue… répondit-elle.
Il sourit et demanda :
⸺ Mariana, avez-vous de la famille ici ?
⸺ Désolée, mais je préférerais ne pas en parler.
⸺ Ne vous sentez pas coupable, soyez à l’aise avec moi.
⸺ J’ai vécu avec mes parents jusqu’à l’âge de 17 ans, dans un environnement très pauvre, et vu les difficultés que ma mère avait pour nous donner à manger, j’ai alors décidé de les quitter, pour les aider, en gagnant ma vie. Les premiers mois ont été très difficiles pour moi. Cela fait déjà bien longtemps que je ne les vois plus. Mais en dépit de la misère, nous étions une famille très unie et heureuse. Jamais il ne nous a manqué ni l’affection ni l’amour de nos parents… Ils vivent loin d’ici… Je suis venue ici en espérant qu’ils ne découvriront jamais ce qu’est mon travail.
⸺ Je comprends parfaitement.
Mariana continua :
⸺ Ce fut très douloureux pour moi, de travailler dans un cabaret, mais je n’avais pas d’autre alternative. Avant d’aller au cabaret, je marchais de rue en rue à mendier pour calmer la faim.
Claude était ému. Il lui reprit la main et la porta à ses lèvres, la baisa tendrement et lui dit :
⸺ Je suis là pour vous aider.
⸺ C’est la première fois que je parle à quelqu’un de mon passé. Je suis désolée d’avoir abusé de votre patience.
⸺ N’y pensez même pas, Mariana ! Ce fut un plaisir pour moi de vous entendre.
⸺ Parlez-moi de vous maintenant, Claude.
⸺ Comme vous me l’avez dit tout à l’heure, nous avons toute la nuit pour parler.
Entre-temps, l’employé vint leur demander s’ils désiraient commander autre chose.
⸺ Mariana, désirez-vous quelque chose d’autre ? demanda Claude.
⸺ Je prendrai juste un café fort, pour pouvoir continuer à vous écouter, ce qui les fit rire.
⸺ Combien je suis heureux de vous voir rire ! s’exclama Claude.
⸺ Ma vie par rapport à la vôtre, est une vie de prince : tout m’a été donné dans la vie ; maintenant je suis responsable de l’entreprise familiale, ce qui m’oblige à venir ici de temps en temps.
Ceci dit, il lui reprit la main et lui dit :
⸺ Mariana, je veux être honnête avec vous.
⸺ Que se passe-t-il, Claude vous me semblez inquiet.
⸺ Ce n’est pas simple, ce que je dois vous dire.
⸺ Tout ceci me semblait trop beau, mais continuez…
⸺ Je suis marié et j’ai un enfant…
Mariana recula et ôta sa main de la sienne.
⸺ Désolé, je comprends parfaitement votre réaction, mais je préfère vous mettre au courant, avant de continuer, ce que je dois vous dire.
Elle n’a pas pu dire un mot, mais attentive à ce qu’il avait à lui dire, tant sa curiosité était grande, elle se rassit et l’écouta.
⸺ Mariana, dites-moi une chose, vous ne voulez pas avoir une vie meilleure ?
⸺ C’est une question que vous ne devriez même pas me poser, Claude. Bien sûr que oui, c’est ce que je désire le plus dans ma vie, mais après ce que je viens d’entendre je ne vois pas comment cela peut être possible, dit-elle tristement.
⸺ Mariana, mon travail me permet de venir ici plusieurs fois par an, si vous êtes d’accord que nous puissions continuer à nous voir, cela me ferait un immense plaisir, mais à une condition : vous devez quitter ce travail.
⸺ Je ne sais pas quoi vous répondre.
⸺ Mon intention c’est de vouloir vous aider. Je suis prêt à vous laisser l’argent suffisant pour vivre.
⸺ Claude, qu’est-ce que vous me dites ?… Avez-vous déjà pensé à ce que dira votre famille ?
⸺ Je savais que vous alliez me dire cela, mais pouvez-vous m’écouter jusqu’à la fin ?
⸺ Bien sûr, bien sûr, dit-elle.
⸺ Comme je vous l’ai dit : Je suis le responsable des affaires, j’ai le pouvoir et la possibilité de le faire sans que personne ne le sache jamais. Mon plus grand désir c’est de vous voir chaque fois que je viens ici.
Mariana avait l’air pensif. Claude continua :
⸺ Depuis le jour où nos regards se sont croisés, je ne cesse de penser à vous, et mon plus grand désir est de vous faire sortir de cet enfer, parce que je vous aime … Vous méritez mieux que de vous sacrifiez dans ce genre de vie qui ne mène à rien, sinon à la misère morale.
L’entendant parler de la sorte, avec tant de bonté et en même temps avec autorité, Mariana, submergée par l’émotion, se mit à pleurer. Claude prit un mouchoir et, avec affection, essuya ses larmes.
⸺ Ce serait un plaisir pour moi, Claude. Mais je sais que vous avez une famille. Je ne sais pas si je dois accepter… excusez-moi, j’ai besoin de prendre un peu l’air…
Et elle quitta le restaurant.
Mariana transpirait et son cœur battait rapidement. Claude alla voir l’employé, paya la note et sortit immédiatement la rejoindre. Il la trouva appuyée contre la voiture.
⸺ Que se passe-t-il, Mariana ?
⸺ Excusez-moi, cela va passer.
Avant de prendre la voiture, Claude lui demanda :
⸺ Voulez-vous marcher un peu ?
⸺ Non, je préfère rentrer chez moi.
Il ouvrit la portière, puis la referma lorsque Mariana prit place et démarra la voiture. Mariana ne dit pas un mot pendant le parcours, sauf pour lui indiquer le chemin. Une fois arrivés, la jeune femme pointa le doigt vers un appartement et lui dit :
⸺ C’est là que j’habite.
Avant de sortir de la voiture, elle lui demanda s’il voulait entrer…
⸺ Cela me ferait grand plaisir, Mariana.
Elle ouvrit la porte et lui dit :
⸺ Entrez et mettez-vous à l’aise.
Après que Claude eut enlevé sa veste, elle lui demanda :
⸺ Voulez-vous boire quelque chose ?
⸺ Je veux bien un café… et il alla s’asseoir sur le canapé.
Peu après elle revint avec le café et s’assit à côté de lui et la conversation se prolongea pendant un long moment.
À un certain moment il la tira vers lui et l’embrassa avec l’ardeur que procure le désir, convaincu qu’il avait obtenu ce qu’il voulait. Après le baiser, elle le regarda et lui dit d’un air malicieux :
⸺ Je ne vous ai pas encore dit oui…
Il remarqua qu’elle le taquinait, la prit dans ses bras et la porta dans la chambre. Ils y passèrent la nuit que tous deux attendaient, sans se l’avouer.
Mariana l’aimait, car il avait été le seul homme à la traiter avec tendresse et respect, contrairement aux autres qu’elle avait connus. Mais cela ne l’empêchait pas de penser qu’un jour il pourrait la quitter, ce qui serait pour elle une indicible souffrance. Cet amour et cette crainte la motivaient à tout faire pour ne pas lui déplaire.
Le lendemain Mariana lui prépara le petit-déjeuner et alors qu’ils étaient à table elle lui dit d’un ton sérieux et déterminé :
⸺ Je vais reprendre mes études, Claude.
⸺ Excellente idée ! Je te téléphonerai de temps à autre, d’accord ?
⸺ Quand vas-tu revenir à Porto ?
⸺ Je ne saurais pas te le dire. Ce n’est que quand j’arriverai dans mon bureau que je pourrai le savoir.
Il la serra dans ses bras et l’embrassa tendrement.
⸺ À quelle heure pars-tu ?
⸺ Aujourd’hui je reste avec toi.
⸺ Sérieusement ?
⸺ Oui !
⸺ Alors je vais prendre une douche et aller ensuite faire quelques achats…
⸺ C’est une invitation ?
Il la prit dans ses bras et la porta jusqu’à la salle de bain. Quand il la posa, il lui dit :
⸺ Mariana, si tu te conduis bien comme je l’espère, un jour je t’emmènerai en France.
⸺ Pourquoi, c’est en France que tu vis ?
⸺ Oui…
⸺ Cela me ferait un immense plaisir, Claude.
⸺ Mais, occupe-toi d’abord de tes études, surtout le français.
⸺ Bien entendu.
Après avoir été faire quelques achats, ils passèrent le reste de la journée assis dans le canapé, à parler de projets futurs.
Le lendemain, en prenant congé, il lui rappela :
⸺ Pense à ce que je t’ai dit !
⸺ Pars tranquille, mon chéri, je n’oublierai pas.
Le jour même où Claude repartit pour la France, Mariana alla parler à son patron. Elle lui expliqua sa nouvelle situation et lui dit qu’elle ne pourrait pas continuer à travailler chez lui. Paulo fut un peu surpris, mais ne s’opposa pas à son départ.
⸺ Tes arguments sont sérieux et je ne m’opposerai pas à l’accomplissement de ton rêve, même si cela me cause de la peine de te voir partir, car tu as toujours été une fille courageuse. Reprends ta liberté et sois heureuse. Je serai toujours à ta disposition si un jour tu as besoin de moi, dit Paulo en l’embrassant.
Mariana se sentait maintenant une femme heureuse et ne voulait en aucun cas déplaire à Claude.
