Lamparos de la mémoire - Fabienne Marié Liger - E-Book

Lamparos de la mémoire E-Book

Fabienne Marié Liger

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Beschreibung

Cet ouvrage se compose de pensées fragmentées, de souvenirs s'inscrivant au fil d'une déambulation. Les photographies révèlent ces instants de conscience.

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Seitenzahl: 41

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Sommaire

CARTES À JOUER

Tour d’ivoire

ABOLIR LE TEMPS

CARTES À JOUER

On n’a pas tous les mêmes cartes…

Louis Aragon

Je n’ai jamais voulu vivre dans une ville

Car j’aime les forêts les chênes et les hêtres

La maison d’où l’on voit la mer par les fenêtres

Loin du commerce et des réjouissances viles

Mot ambigu, « manège » désigne aussi bien la carrière où l’on fait évoluer de vrais chevaux, que la plate-forme tournante des chevaux de bois. Plus noble, « carrousel » s’emploie pour évoquer ces manèges à l’ancienne, ornés d’une frise de tableautins un peu naïfs représentant des paysages ou des personnages bien connus. Plus poétique, « Merry go round », par le jeu de ses « r » et de ses accents toniques, suggère le joyeux mouvement tournant. Quel que soit le manège cependant -populaire ou plus aristocratique (décorant la place de la Comédie à Montpellier, le bout de la promenade à Arcachon…) - il évoque pour les adultes l’élan de la vie, plus exactement ses à-coups (on ne fait que des « tours de manège »), ses accélérations sous l’effet des passions - de l’amour par exemple, comme le dit une chanson (« Tu me fais tourner/ la tête/ Mon manège à moi/ c’est toi… »). Pour le lecteur de Proust, il peut aussi être l’emblème des différents moi habités par nous au cours de notre vie (changement ayant pour effet d’arracher à la routine, c’est-à-dire à une forme d’immobilité).

Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?

Il doit avoir deux cents ans. C’est un bahut provençal en chêne massif, couleur de miel, à deux portes et deux tiroirs. On l’avait acheté dans une salle des ventes. Longtemps, on y rangea du linge et une foule de choses, dans l’appartement de vacances. Récupéré un jour, il devint meuble de cuisine à Bordeaux, puis dans la campagne landaise ; meuble de bureau dans une maison au bord de l’Adour, dans un appartement du centre de Montpellier. Aujourd’hui, ennobli en quelque sorte, il trône dans une salle à manger, à Castries. Il a retrouvé sa destination première (on y range de la vaisselle), après avoir traversé lieux et époques sans paraître vieillir. Moi, quand je le contemple, un tourbillon de souvenirs, de sentiments et de pensées, m’emporte… C’est mon âme qu’il contient.

Le dimanche matin, ma mère, qui ne fréquentait guère l’église, en m’envoyant à la messe, me donnait quelque monnaie pour la quête. Je ne tardai pas à me mettre de compte à demi avec le curé (sans qu’il le sache), pour m’offrir un beau stylo à plume noir orné sur un côté d’un petit levier doré servant au remplissage. Un lundi de vacances, alors que j’avais réuni la somme la veille, mes parents décidèrent un pique-nique près du Grau-du-roi, au lieu-dit « La lône », cet endroit où, face aux dunes, s’étendait alors un haut-fond. On pouvait y ramasser des tellines, des palourdes, des clovisses et des couteaux. A un moment, tandis que je creusais le sable, je perdis pied. Je ne savais pas encore nager, mon père me tira de ce mauvais pas. Bientôt fut venue l’heure de rentrer. Pendant tout le trajet, je priai pour que la petite papeterie située près de l’église n’ait pas fermé. Je pus acheter le stylo convoité, et m’en servis longtemps.

Durant tout le trajet, j’avais lu un illustré à la gloire des grands boxeurs d’antan (Sugar Ray Robinson, Jack La Motta, Joe Louis…). Je le posai quand nous passâmes entre les grands battants d’un portail, décorés de pointes dorées. Une allée, sous d’épaisses frondaisons, conduisait à un manoir flanqué, sur sa gauche, d’un énorme platane.

On déjeuna à l’ombre de cet arbre. Puis Cécile m’emmena à la découverte du parc. Nous n’avions fait que longer celui-ci. Par un étroit chemin, elle me conduisit jusqu’à une source dont l’eau pure coulait dans un réservoir de pierre entouré de halliers. On pouvait y observer des vairons et de minuscules grenouilles vertes. Plus loin, se trouvait l’étang, dont nous mîmes un bon moment à faire le tour. L’eau y avait des reflets sombres, à cause des hêtres et des bouleaux qui se pressaient sur ses bords. Cécile m’expliqua que son père l’avait fait peupler de blanchaille et de perches. Puis nous allâmes sans but, jouissant de la fraîcheur, inhabituelle par un après-midi de juillet, en empruntant des sentiers qui ne menaient à aucun endroit précis, se recoupaient en un réseau invitant à la promenade.