Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendre.
La nostalgie est mauvaise conseillère. Mais comment ne pas percevoir, derrière le Laos actuel et la frénésie d’investissements chinois dans ce pays enclavé d’Asie du Sud-Est, l’ombre de l’ancienne Indochine française ? Puiser aux racines de l’histoire pour saisir les nuances du présent. Se laisser conquérir par la sérénité bouddhique de Luang Prabang, l’ancienne capitale aujourd’hui menacée par le tourisme de masse.
Raconter les convulsions qui transformèrent ce pays, de la décolonisation française à la guerre du Vietnam, en un champ de bataille de montagnes et de jungle. Dire l’interminable conflit oublié entre les montagnards, enrôlés naguère par les États-Unis et le pouvoir de Vientiane. Chaque chapitre de cet ouvrage nous livre un pan de ce Laos méconnu, toujours politiquement verrouillé, où se pressent désormais les enfants et petits-enfants de la diaspora.
Ce petit livre n’est pas un guide. Il nous permet de lever une partie de l’énigme laotienne. Parce que seul un séjour sur place, ce récit en main, peut vous permettre de la résoudre.
Un grand récit suivi d’entretiens avec Soren Ivarsson (Le Laos colonial et le Laos d'aujourd'hui partagent la même grammaire) et De Mattie Do (Les Laotiens du Laos sont ravis que les émigrés reviennent, vraiment).
Un voyage au gré de personnages forts et de lieux marquants, pour mieux connaître les passions laotiennes. Et donc mieux les comprendre.
EXTRAIT
Le Laos est, tout entier, tel qu’il existe dans ces formes actuelles, le résultat de la colonisation française, à la fin du dix-neuvième siècle, qui donna ses frontières à ce pays alors démembré et vassalisé. Il était dès lors naturel qu’une partie importante de cet ouvrage raconte cette histoire franco-laotienne, et se plonge dans les relations complexes et parfois sanglantes qu’entretinrent jadis les royaumes du Laos et du Siam (l’ancien nom de la Thaïlande). Des relations disséquées en fin de volume par l’historien Soren Ivarson, spécialiste du Laos sous le protectorat français.
L’histoire, encore : les guerres du Vietnam, la française comme l’américaine, ont laissé leurs marques indélébiles sur le Laos d’aujourd’hui. Cruciale périphérie du grand théâtre d’opérations militaires, son territoire ne manqua pas d’être exploité par les belligérants.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
- "(...) Belle et utile collection petit format chez Nevicata, dont chaque opuscule est dédié à un pays en particulier. Non pas un guide de voyage classique, mais, comme le dit le père de la collection, un «décodeur» des mentalités profondes et de la culture. Des journalistes, excellents connaisseurs des lieux, ont été sollicités (...). A chaque fois, un récit personnel et cultivé du pays suivi de trois entretiens avec des experts locaux. -
Le Temps
- "Comment se familiariser avec "l'âme" d'un pays pour dépasser les clichés et déceler ce qu'il y a de juste dans les images, l'héritage historique, les traditions ? Une démarche d'enquête journalistique au service d'un authentique récit de voyage : le livre-compagnon idéal des guides factuels, le roman-vrai des pays et des villes que l'on s'apprête à découvrir." -
Librairie Sciences Po
À PROPOS DE L'AUTEUR
Bruno Philip est le correspondant du
Monde en Asie du Sud-Est, basé à Bangkok (Thaïlande). Vétéran du continent asiatique, il a vécu en Inde et en Chine. Il est l’auteur de
Aung San Suu Kyi, l’icône fracassée (Équateurs).
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 96
Veröffentlichungsjahr: 2018
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
L’ÂME DES PEUPLES
Une collection dirigée par Richard Werly
Signés par des journalistes écrivains de renom, fins connaisseurs des pays, des métropoles et des régions sur lesquels ils ont choisi d’écrire, les livres de la collection L’âme des peuples ouvrent grandes les portes de l’histoire, des cultures, des religions et des réalités socio-économiques que les guides touristiques ne font qu’entrouvrir.
Écrits avec soin et ponctués d’entretiens avec de grands intellectuels rencontrés sur place, ces riches récits de voyage se veulent le compagnon idéal du lecteur désireux de dépasser les clichés et de se faire une idée juste des destinations visitées.
Une rencontre littéraire intime, enrichissante et remplie d’informations inédites. Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendre.
Richard Werly est le correspondant pour la France et les affaires européennes du quotidien suisse Le Temps. Précédemment basé à Bruxelles, Genève, Tokyo et Bangkok, il s’est lancé dans l’aventure éditoriale de L’âme des peuples après avoir réalisé combien, en Europe et dans le monde, la compréhension mutuelle et la connaissance des racines culturelles et religieuses ne cessent de reculer sous la pression d’une économie toujours plus globalisée et de crises nouvelles et parfois brutales.
AVANT-PROPOS
La jeune femme est penchée sur le siège de son scooter, dos tourné au Mékong, téléphone portable à l’oreille. Sa silhouette se découpe avec netteté sur le ciel aux couleurs enflammées par le soir qui dégringole. Sous ces latitudes, la nuit tombe comme un rideau que l’on tire, rapide et brutale. La jeune fille au téléphone ne sait sans doute pas qu’elle s’est garée sur le quai en pente où, durant le protectorat français, accostait la chaloupe en partance pour Savannakhet, plus au sud. Un temps lointain et oublié : pour les Laotiens, désormais, c’est surtout le présent qui compte.
Thakhek, ville moyenne du moyen Laos, un soir de mousson. Le décor accumule les images de paradis tropical à l’exotisme presque caricatural : le Mékong, fleuve couleur chocolat traversé au couchant par le ferry un peu rouillé qui halète lentement vers l’autre rive, – celle de la Thaïlande – avec l’émouvante ténacité des vieux rafiots ; soleil déclinant dans le ciel incendié, empilement de nuages mauves sur l’horizon de la plaine siamoise.
Il reste à cette heure quelque chose de la torpeur de l’après-midi. Plus pour longtemps. Quand la nuit s’installera, on fera ripaille sur le square central de Thakhek, encerclé de maisons coloniales aux façades vermoulues : poulets grillés, laap1 de porc, beer lao qui, en d’autres temps, s’appelait « bière lao ». Pour l’instant, il est encore un peu tôt pour que la foire commence. Et ce soir-là, depuis le rempart qui surplombe la pente aux pavés disjoints où la jeune fille s’est discrètement garée, j’ai le sentiment que se fige, pour un court moment, une carte postale de la tranquillité. Laos, pays du temps suspendu ? Ou n’est-ce là qu’une illusion de plus, un nouveau piège tendu sous les pas du voyageur en mal de nostalgie postcoloniale ? Peut-être.
Le Laos est, tout entier, tel qu’il existe dans ces formes actuelles, le résultat de la colonisation française, à la fin du dix-neuvième siècle, qui donna ses frontières à ce pays alors démembré et vassalisé. Il était dès lors naturel qu’une partie importante de cet ouvrage raconte cette histoire franco-laotienne, et se plonge dans les relations complexes et parfois sanglantes qu’entretinrent jadis les royaumes du Laos et du Siam (l’ancien nom de la Thaïlande). Des relations disséquées en fin de volume par l’historien Soren Ivarson, spécialiste du Laos sous le protectorat français.
L’histoire, encore : les guerres du Vietnam, la française comme l’américaine, ont laissé leurs marques indélébiles sur le Laos d’aujourd’hui. Cruciale périphérie du grand théâtre d’opérations militaires, son territoire ne manqua pas d’être exploité par les belligérants. Le Laos devint, pour les uns et les autres, un espace stratégique incontournable. La « guerre secrète » menée par les États-Unis amena leurs bombardiers à déverser sur le malheureux Laos plus de bombes que durant la Seconde Guerre mondiale ! De quoi bouleverser profondément le pays le plus faible, le moins développé et le moins peuplé du « trio » indochinois qu’il compose aux côtés de ses voisins, le Vietnam et le Cambodge.
L’un des autres fils rouges de ce livre, outre la guerre et l’histoire, est l’importance de la spiritualité et de la religion bouddhiste dans cet univers où tout – temples-monastères, processions rituelles des moines en robe safran – rappelle que le chemin du bouddha est celui d’une majorité de Laotiens. Mais l’âme du Laos est aussi celle d’une population diverse, multiethnique – et parfois non bouddhiste. Un défi social et politique pour le pouvoir communiste installé, depuis 1975, à la tête de ce pays longtemps isolé et replié sur lui-même.
Fruit d’un passé singulier, le Laos se conjugue enfin aujourd’hui au rythme d’une relation tout à la fois indépassable et dangereuse avec son grand voisin chinois, alors que les signes extérieurs d’évolution rapide se multiplient dans les villes. Richesse des paradoxes, beauté en péril et mirage d’une tranquillité charriée par les flots boueux du fleuve Mékong, le Laos mérite plus qu’un détour. Il offre au visiteur certains des chemins les plus déroutants – et les plus secrets – de l’Asie en marche.
1 Sorte de hachis de porc ou poulet que l’on consomme avec du riz gluant. Plat très répandu au Laos et dans le Nord et le Nord-Est de la Thaïlande.
Les dirigeants chinois et laotiens ont célébré à l’hiver 2016, dans la banlieue de Vientiane, l’inauguration d’un train à grande vitesse qui devrait relier, aux alentours de 2021 et à une vitesse moyenne dépassant les 150 km/h, la province chinoise du Yunnan aux rives du Mékong. Le train s’arrêtera non loin de la frontière thaïlandaise après avoir traversé tout le Haut Laos, cette région de pains de sucre, de montagnes biscornues et de plaines encaissées qui caractérisent la splendeur septentrionale du pays. L’arrivée du train dans l’« enclave » laotienne est le puissant symbole des transformations en cours.
À Vientiane, les grues se dressent sur l’horizon encore assez bas d’une capitale longtemps qualifiée d’« endormie » et dont la vie nocturne était encore comparable, au milieu des années 1990, à celle d’une sous-préfecture française au mois de novembre. Ce temps est révolu : Vientiane est en plein boom, architectural et commercial. La société laotienne remue aussi. Les évolutions sont saisissantes : des gratte-ciel commencent à s’élever dans l’immédiate périphérie de la ville. Des centres commerciaux ont ouvert. Un cinéma multiplex propose des films qui viennent juste de sortir à New York et Paris.
Le Laos est sorti définitivement de la grande torpeur de ses années communistes. Il continue toutefois de suivre la voie dictée par l’allié et « patron » vietnamien, dont l’influence reste déterminante depuis la défaite américaine en Indochine : « libéralisons l’économie en maintenant le contrôle politique ! » C’est ce qu’a décrété, en substance, dès le milieu des années 1980, le Parti révolutionnaire du peuple lao (PRPL). Ce « nouveau mécanisme économique » a permis au régime de lancer le pays sur la voie d’un certain développement, permettant aujourd’hui à une élite « postcommuniste » de s’enrichir, et à une partie de la population de profiter d’une hausse du niveau de vie – phénomène surtout sensible dans les grandes villes et les centres touristiques.
Mais si le Laos se modernise, il reste figé dans une doxa idéologique héritée de la guerre : politiquement parlant, il est le pays le plus fermé, le plus répressif de toute l’Asie du Sud-Est. Tous les dissidents sont en prison, ou en exil. Ceux qui ne sont pas d’accord se taisent. Le reste des Laotiens, la plupart en fait, semblent se moquer de la politique. Pour eux, les décisions gouvernementales ne sont souvent que des bruits diffus dont les échos parviennent très assourdis dans leurs villages des plaines et des montagnes. La population était encore, en 2017, à 78 % paysanne. Plus de 20 % des quelque 6,5 millions de Laotiens vivent sous le seuil de pauvreté. Sur un millier de bébés, 51 meurent avant leur premier anniversaire.
À l’échelle du Laos, l’évolution de Vientiane est impressionnante : au début des années 2000, la tradition voulait que la première beer lao du soir se déguste dans la capitale sur la berge du Mékong, une colline herbeuse en surplomb sur le grand fleuve. De là on jouissait d’une vue imprenable sur la rive thaïlandaise. Désormais court à la place de l’ancien promontoire une promenade asphaltée, voie express destinée à désengorger une circulation qui s’est fortement intensifiée sur les grandes rues de la ville. Si les vieilles bâtisses coloniales du temps de la colonisation française n’ont pas complètement disparu, nombre de ces gracieuses demeures des années de la première moitié du siècle dernier ont fait les frais de la modernisation – et de l’inévitable spéculation immobilière.
Le Vientiane de l’après-guerre d’Indochine est peu à peu en train de disparaître. Anecdote : dans les années 1990, alors que le pays s’ouvrait à peine, on mangeait des rillettes et de la choucroute dans un restaurant à moitié vide, au décor à l’avenant, tables avec nappes à carreaux blancs et rouges compris. L’estaminet le plus fameux de cette capitale endormie était tenu par un Corse, vieux monsieur à bretelles et pas causant, dont les mauvaises langues disaient que son épouse vietnamienne avait été tenancière de bordel, à Saïgon. Aujourd’hui, un jeune Laotien de l’exil, né à Toulouse, sert un cassoulet « franco-lao » allégé dans son restaurant branché près du monastère Wat Mixaï.
Restent, dans certains coins de ce pays enclavé, les effluves d’une sorte d’antique insouciance qui refuse de périr. Un soir de 2013, à Savannakhet, l’une des grandes villes du Sud, marchant dans les rues désertes entre un alignement de vieilles maisons coloniales au décor presque théâtral, j’avais le sentiment que le claquement de mes talons sur le macadam surchauffé réveillait les bruits d’une époque couleur sépia au sein de la ville assoupie.
À nouveau, j’eus l’impression d’un temps immobile et le sentiment de flâner dans le royaume de la langueur. Bo pen yang – pas de souci –, formule typiquement laotienne lâchée à tout bout de champ, serait-il le credo d’une population encline à l’hédonisme, et qui ne se « prend pas la tête » ?
Mais cette phrase clichée que les étrangers aiment eux aussi à répéter, comme si elle résumait l’esprit tout entier du pays, cache des réalités bien plus complexes. Par bien des côtés, le Laos reste une sorte d’énigme dans cet Extrême-Orient tropical qui n’en manque pas. Sans doute parce que, outre sa diversité ethnique et les paradoxes de son histoire, il est l’étrange et somme toute récent produit d’une reconstruction politique, géographique et identitaire engagée par le colonisateur français. Avant que ce dernier n’y débarque, le Laos avait, en quelque sorte, cessé d’exister.
Les historiens sont d’accord sur un point : sans la conquête française de l’Indochine, dont le Laos fut le parent pauvre, ce dernier n’existerait pas aujourd’hui, en tant qu’État. Cette affirmation, qui ne justifie certes pas la légitimité de l’impérialisme français, est tout bonnement une réalité historique. Pour des raisons liées aux impératifs de sa « mission colonisatrice », la troisième république avait eu besoin, à la fin du dix-neuvième siècle, de faire à nouveau exister le Laos, à l’époque démembré et divisé en plusieurs royaumes.
