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" Mais comment ressent-on le bonheur ? " Pierre, un homme sans histoires, a une révélation le jour où il s'intéresse au classement mondial "Des pays où les gens sont les plus heureux au monde". Il se lance alors dans une quête : goûter au bonheur. Il va alors effectuer le voyage de sa vie. Il devra plonger au plus profond de ses entrailles, et bien au-delà. Jusqu'à son âme. Un cheminement à l'aide des pratiques en vogue, à la rencontre de ceux qui vendent les recettes toutes faites du bonheur. Mais est-ce un besoin légitime ou un délire obsessionnel que nous impose notre société ? Au travers d'une succession d'événements jalonnant sa quête, il se confrontera à ce que beaucoup d'entre nous refusons de voir : les secrets de familles qui hantent nos existences...
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Seitenzahl: 255
Veröffentlichungsjahr: 2020
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CHAPITRE 1 : JEUNE ET…
CHAPITRE 2 : CLASSEMENT MONDIAL DU BONHEUR
CHAPITRE 3 : LA RECHERCHE DU BONHEUR
CHAPITRE 4 : LE BIEN-ÊTRE
CHAPITRE 5 : LE CHANGEMENT, C'EST MAINTENANT
CHAPITRE 6 : RENCONTRE AVEC MON COACH
CHAPITRE 7 : LE POUVOIR DE LA VISUALISATION
CHAPITRE 8 : LA PUISSANCE DES MOTS
CHAPITRE 9 : DÉSENVOÛTEMENT
CHAPITRE 10 : RETOUR DANS UNE VIE ANTÉRIEURE
CHAPITRE 11 : LE CHERCHEUR D'OR
CHAPITRE 12 : LIENS KARMIQUES
CHAPITRE 13 : LA LOI DE L'ATTRACTION
CHAPITRE 14 : LA REVANCHE
CHAPITRE 15 : LE MONDE INTÉRIEUR
CHAPITRE 16 : J'AI PERDU LE BONHEUR
CHAPITRE 17 : RETOUR DE L'UNIVERS
CHAPITRE 18 : L'AMITIÉ
CHAPITRE 19 : LE DIKTAT DU BONHEUR
CHAPITRE 20 : LA MORT N'EXISTE PAS
CHAPITRE 21 : L'ORIGINE DU BONHEUR
CHAPITRE 22 : NOTION D'ÉQUILIBRE
CHAPITRE 23 : LA VIE L'EMPORTE TOUJOURS
Absorbé dans mon livre, j'ai été interrompu par le cliquetis de la serrure suivi du claquement de la porte.
— Papy, c'est moi, hurla Enzo.
Depuis quelque temps, mon petit-fils me rendait visite tous les dimanches. Je lui avais confié une clé afin qu'il puisse entrer comme il voulait. On ne sait jamais. En vieillissant, j'ai appris que la vie peut s'arrêter sans prévenir.
— Tu es là ! m'adressa-t-il, en traversant la pièce. Le temps de te déposer quelques courses et je te rejoins.
— Prends ton temps. Ne t'inquiète pas. Je ne vais pas m'enfuir, balbutiai-je seul. Tu n'as pas fait de folie au moins ? Tu sais qu'à mon âge, on mange juste ce qu'on peut avaler. Ni trop peu, ni en excès, l’interpellai-je dans un souffle court.
— Ne te tracasse pas ! J'ai ramené juste de quoi tenir la semaine. Et au contraire, à ton âge, tu devrais surtout te faire plaisir et profiter un maximum de tout ce que tu peux, dit-il en revenant dans le salon.
— C'est bien des paroles de jeunes. Tu es trop habitué à consommer bêtement ce que te propose la société.
— Toi, t'es bien trop sage à mon goût. Allez, laisse-moi t'embrasser.
J'ai déposé aussitôt mon livre et il m’enlaça dans ses bras immenses. Il profitait à chaque fois de pouvoir encore le faire. Je ressentais sa crainte que ce ne soit un jour la dernière fois. En retour, je l’étreignais de toutes mes forces. Je savais l'importance de savourer ces petits instants précieux.
— Je t'aime. Et je suis heureux de te voir. J'ai tellement de chance que tu passes si souvent. Mais ça fait deux mois que tu viens chaque dimanche après-midi. À ton âge, tu devrais avoir d'autres occupations. J'ai l'impression que tu me caches quelque chose ?
Surpris, Enzo relâcha peu à peu son étreinte. Il tenta de masquer son embarras dans un sourire. Puis d'un geste prompt, il se saisit d'une chaise et s'installa à mes côtés. À son attitude, je me doutais qu'il essaierait de détourner la conversation :
— Dis-moi, qu'est-ce que tu as fait de beau ce matin ? demanda-t-il, dans une diversion fort maladroite.
— Comme tu peux le constater, là je fais une pause. J'avoue que la matinée a été épuisante, lâchai-je avec facétie, et me redressant dans mon fauteuil. Depuis mon réveil, je n'arrête pas. J'étais debout dès 6 h 30. J'ai avalé un petit-déjeuner rapide. Mais copieux ! insistai-je. Ensuite, j'ai pris la voiture et filé au saut à l'élastique, avant d'enchaîner avec une descente en rafting et…
— OK ! J'ai compris, m’interrompit-il. Tu passes un dimanche tranquille, à lire.
— Exactement ! C'est un peu comme chaque dimanche après-midi. Maintenant réponds à ma question.
Il semblait bien embêté. Un truc le chiffonnait, et il n'avait pas envie de le dire. Il restait là, sans bouger. Assis, le regard dans le vague, les jambes croisées, les mains posées sur les genoux.
N'ayant aucune intention de le lâcher, je le relançai :
— Si ça peut t'encourager à parler, dis-toi que ce sont les dernières volontés de ton papy. Sois-en sûr, je ne le répéterai à personne. Tu peux te confier sans crainte.
Rien. Enzo restait sur sa chaise, torturé par ses pensées. J'ai changé mon approche et adopté un ton compatissant :
— Pourquoi je te vois autant ? Non pas que ça me déplaise. Mais il n'y a pas si longtemps, tu semblais mener une vie bien plus remplie.
— Tu as raison, marmonna-t-il enfin… Ma vie est un peu au point mort en ce moment. Je me pose tant dequestions sur ce que je dois faire ou ne pas faire. De nos jours, c'est si compliqué de choisir quelle route on doit suivre. On m'en demande tellement depuis ma naissance. Alors que je n'ai que 22 ans. En plus, tout autour de moi, il n'y a que des gens avec des problèmes. J'ai l'impression que tout va mal !
— C'est ça qui t'inquiète ? riais-je. Écoute, à ton âge, il est normal de te poser ces questions. Pour le moment, laisse-toi guider par ton intuition. Essaye avant tout de faire ce que tu aimes.
Il me regarda dans les yeux, loin d'être convaincu par mes paroles. J'étais dans l'obligation de jouer mon rôle de vieux sage :
— Il est naturel que tu cherches encore ta voie. Le meilleur moyen dans ce cas, est de faire des expériences dans ce qui t'attire. Et si ça ne fonctionne pas, tu sais quoi ? Tu n'auras qu'à repartir dans l'autre sens. La vie est faite pour qu'on tente des choses. On finit forcément par trouver ce qui nous convient, dis-je en observant sa réaction.
Il ne réagissait pas vraiment. Alors, j'ai conclu sur une note positive.
— Sache mon petit Enzo. Qu'en t'enfermant avec ton grand-père, tu ne risques pas de découvrir ce que tu cherches. Allez ! Va retrouver tes amis ou ta petite copine. Et vis ! Un point c'est tout.
J'ai terminé dans une joie bienveillante. Toutefois, mes mots ne semblaient pas produire l'effet escompté. Un mal plus profond le rongeait. Je fis mine de laisser tomber, et de reprendre ma lecture. Il restait silencieux, prostré, plongé dans ses réflexions. Ses yeux montraient qu'il était dorénavant ailleurs, voire perdu. On aurait dit un enfant de 5 ans cherchant désespérément sa mère au milieu d'un supermarché bondé.
Son état fit remonter en moi une émotion venant du passé. Je me revoyais en lui, au point qu'un chagrin immense m’envahit. Je ne pouvais supporter plus longtemps la situation :
— Dis-moi ce qui te chiffonne tant dans ta vie ?
— Je me suis toujours demandé comment tu fais pour être constamment souriant. En plus, tu vois le bien dans tout. Aussi loin que je me souvienne, tu m'as toujours donné cette impression d'être un homme heureux. Comme si chez toi, le bonheur s'est installé de manière permanente, déclara-t-il.
J'eus un mouvement de recul, m'enfonçant au fond de mon fauteuil. Ses mots me sidéraient, et faisaient ressurgir des événements d'un passé pas si lointain :
« Comment moi, je pouvais renvoyer l'image d'un bonheur perpétuel ?
Aurais-je finalement réussi ? »
Que mon petit-fils me juge ainsi, fut un choc. Qui très vite, laissa place à une sorte de satisfaction. Tout en le regardant avec tendresse, je fanfaronnai :
— C'est drôle que tu dises ça. Tu ne le sais pas, mais je n'ai pas toujours été comme ça. On peut même dire que je suis parti de loin. Alors, si tu le souhaites, n’hésite pas. Dis-moi, comment je peux t'aider à résoudre ton problème ?
— Je ne sais pas vraiment si tu pourras m'aider. Déjà, avec ma copine on s'est séparés en début de semaine. Mais bon, ça n'allait plus depuis quelque temps, déplora-t-il mélancolique. À côté de ça, mes études semblent totalement inutiles. Quand je regarde le monde dans lequel on vit, tout a l'air… Passons. Finalement, pourquoi on s'acharne dans l'existence ? Rien ne va aujourd'hui. En plus, j'ai le sentiment de constamment faire les mauvais choix.
Enzo était tourmenté. Il était Habité par une colère, mêlée à du désespoir. Ce sentiment paraissait être dans l'air du temps. Sans doute lié à l'incertitude qui régnait sur l'avenir de la nouvelle génération.
— Avant tout, je tiens à te rassurer. Pour nous non plus, l'existence n'a jamais été un long fleuve tranquille.
— Ne te moque pas de moi, je le sais. Mais j'ai…
— Je ne me moque pas. Écoute ce que j'ai à te dire avant de perdre espoir. Tu dois comprendre que les choix que nous faisons, et que tu auras à faire, font partie intégrante de la vie. Ils correspondent à notre libre-arbitre ! insistai-je par un silence lui permettant d'assimiler mes mots. En revanche, avec le temps, tu apprendras que les expériences découlant de nos choix, ne seront pas toujours ce qu'on espère. Il n'y aura pas que des situations simples à gérer. Aux côtés des instants de joies extrêmes, tu auras d'autres moments…
Je m'interrompis. Il y avait tant de souvenirs douloureux qui remontaient à la surface. Malgré l'émotion, il était de mon devoir de terminer :
— … Il y aura des moments plus compliqués. Dans tous les cas, le plus important restera pour toi d'assumer tes choix.
Je fis à nouveau une pause, le fixant. Lui contemplait ses pieds, s'enfonçant dans ses idées noires. Alors, faisant fi du chagrin, j'ai décidé de poursuivre mon explication :
— Si tes choix débouchent dans une impasse, surtout tu ne devras jamais rejeter la faute de tes actions sur les autres. Regarde-moi ! l'alpaguai-je. Ma vie n'a pas toujours été ainsi, dis-je sur un ton plus ferme.
— Je sais, se contenta-t-il de dire, avant d'enchaîner avec des mots assassins. Mais à ton époque, c'était différent…
— Alors là, non ! Je t'interdis de parler comme un jeune con, hurlai-je, mon corps entier s’était enflammé à cette phrase que j'exècre. À chaque époque ses problèmes ! Et à chaque génération de trouver les solutions qu'il faut pour les résoudre. Le temps n'est pas figé que je sache. Chaque jour de ta vie est unique. Il faut accepter de vivre l'instant et la période où l'on est né… La vie est ainsi faite, terminai-je l'esprit confus.
Devant mon état de furie, Enzo eut une réaction d'effroi, se cramponnant à sa chaise. C'était la première fois qu'il me mettait en colère.
— Je m'excuse, bégaya-t-il. Tu vois, je fais encore des conneries…
— Tu as décidé de pourrir mon dimanche ? Ou tu ne comprends pas ce que je te dis ?
Il rebaissa les yeux, honteux. Le silence dura plusieurs minutes, ou peut-être ce ne fut que quelques secondes. L'ambiance était si lourde que nous avions perdu toute notion du temps. Je pensais qu'il était venu le bon moment de lui donner ma version des faits. Je savais que mon ex-femme avait dû lui raconter une histoire mensongère de ma vie.
— À mon avis, tu te fais des idées sur moi. Probablement même, tes croyances doivent être très éloignées de la réalité. En sachant comment j'en suis arrivé là, j'espère que tu me regarderas avec plus de justesse. Et peut-être, mon expérience te servira à ne pas commettre les mêmes erreurs. En connaissant la vérité, ça t'aidera à voir le monde sous un jour nouveau. Avant de commencer, va me chercher un verre d'eau, lui ordonnai-je.
Il s'exécuta tout de suite. En revenant au salon, je lui ai conseillé de s'installer dans un fauteuil. Mon histoire était longue. Il était préférable qu'il soit confortablement assis.
Mon petit-fils, encore surpris de ma réaction, me regardait penaud. Malgré cela, je percevais dans ses yeux une attente. Son corps montrait une forme d’excitation. J'aurais cru voir un enfant au réveil du matin de Noël, se pressant au pied du sapin. Quand il admire les cadeaux encore emballés, en espérant qu'ils soient ceux de leur liste.
En transmettant à Enzo mon expérience et ma vérité sur l'histoire de notre famille ; je voulais lui épargner les secrets qui pourrissent nos existences :
— Le début de cette histoire semble si lointain. Il est possible que ma mémoire me joue des tours. Cependant, l'essentiel reste ce que la vie m'a appris. Dis-toi qu'elle ne vaut la peine d'être vécue qu'en s'attardant sur l'instant présent. Tu comprendras ces paroles dans quelques années, en espérant que ce soit le plus tôt possible. C'est un peu comme quand on conduit une voiture. On ne regarde pas tout le temps dans le rétroviseur. Même s'il est important de se souvenir d'où on vient, il te faudra accorder à chaque nouveau jour, la chance de te surprendre. Tu dois savoir que l'espoir de vouloir atteindre un but à tout prix, nous aveugle. On tient tellement à se rendre au plus vite vers ce qui ressemble à la destination de nos rêves. Tout compte fait, on se prive le plus souvent, du plaisir d’apprécier le paysage qui défile sous nos yeux. Cet état d'esprit passéiste favorise les regrets… Laissons ça. Je me souviens de mon éveil, si on peut l'appeler ainsi, il a débuté par les paroles de mon réveil…
« Il est 6 h 30 l'heure des infos… »
D'un geste résigné, j'ai stoppé le radio-réveil. La voix du présentateur me sortait de ma torpeur nocturne. Après quelques secondes de réflexion, j'ai rallumé la radio. J'avais envie d'entendre les premières infos de la journée. Au passage, cela m'évitait de me rendormir.
Allongé dans mon lit, seul sous ma couette, j'écoutais le journaliste raconter les nouvelles de la nuit. Il présentait ce qui s'était passé en France et aux quatre coins du monde. Comme souvent, il n'y avait rien d'intéressant.
Alors, mon esprit dévia lentement sur la journée qui m'attendait. Elle allait juste être routinière sans objectif précis. Il faut reconnaître qu'à cette époque, ma vie me semblait futile, presque inutile. Les yeux dans le vague, je me laissais glisser un peu plus loin, dans une sorte de bilan. En effet, c'était le jour de mon anniversaire.
« Je fêtais mes 44 ans. »
Je n'étais qu'un homme ordinaire, père de deux enfants que je voyais un week-end sur deux. J'exerçais le métier palpitant de comptable. Depuis des années, je me confondais dans une existence qui souffrait d'un ennui profond. Je n'avais plus aucun hobby et une vie sociale qui s'effilochait depuis mon divorce. Au point qu'elle approchait le néant. Pourtant, cela faisait déjà cinq ans que nous étions séparés.
Bref, une morosité généralisée qui n'encouragerait personne à vouloir se lever.
Soudain, mon attention se figea sur la radio. Il y avait une originalité dans les actualités matinales. Une information banale qui revenait chaque année. Mais ce jour-là, elle captiva mon attention.
« On venait de publier le dernier classement officiel des pays où les habitants sont les plus heureux au monde. »
La nouvelle sonnait bizarrement, tellement elle paraissait irréelle. Une fausse note au milieu des communiqués habituels où chaque jour, on nous annonce que tout va mal dans le monde. Selon les dires des spécialistes en tout genre, on doit se préparer au pire. Et Dieu sait qu'ils sont nombreux de nos jours à nous clamer que l'apocalypse est à nos portes.
« Comment se fait-il, dans un monde si imparfait, qu'il existe autant d'êtres humains qui se disent heureux ? Et pourquoi moi, je n'en fais pas partie ? »
Mine de rien, cette pensée venait troubler la vision que je me faisais de la vie. Une étrange sensation s’empara de moi, tant le bonheur résonnait comme une énigme. Il allait vite se transformer en obsession. Dès cet instant, j'ai accordé et j'accorderai toute mon attention afin d'atteindre cet objectif.
« Après tout pourquoi n'aurais-je pas droit au bonheur ? »
Je me souviens avoir bondi du lit. Tout en exécutant ma routine matinale, mon cerveau était en ébullition. Les idées jaillissaient dans tous les sens.
« C'est vrai que dans notre société, la notion du bonheur se retrouve parmi les nouveaux standards de vie. Depuis quelques décennies, être heureux faisait partie intégrante de notre désir de réussite. Il est devenu aussi fondamental que d'obtenir un travail ou acquérir une maison. Il fait partie des choses à posséder ; de la même façon que tous ces objets qui nous semblaient jusqu'à présent indispensables à l'existence.
Mais comment j'ai pu passer à côté de ce besoin ? »
J'étais stupéfait de constater, qu'il existe au niveau mondial, des organisations composées de scientifiques et de spécialistes du bonheur. Des institutions qui prennent le temps de réaliser des statistiques basées sur le ressenti. Celui que chaque personne se fait de la vie. Des chercheurs qui se livrent à un travail de fourmi en évaluant le bonheur, que ce soit sur le plan psychologique, physique et médical. Mais également sur le bien-être matériel.
On parle bien évidemment d'études sérieuses et officielles. De plus, elles sont relayées au niveau national par des enquêtes statistiques régulières. Celles-ci viennent compléter les informations internationales. Grâce à l'ensemble de ces travaux, l'ONU nous révèle chaque année dans quel pays, les gens sont les plus heureux. Cependant, la véritable prouesse des scientifiques, restait qu'ils étaient capables de dire : pourquoi certaines personnes sont heureuses, et pas les autres.
Complètement chamboulé par ma découverte, et absorbé dans mes réflexions, j'en ai perdu la notion du temps. Sans m'en rendre compte, j'étais prêt à partir de chez moi avec une vingtaine de minutes d'avance.
En prenant ma voiture pour me rendre au travail, je poursuivais inlassablement mon raisonnement.
« Pour comparer l'ensemble de la planète, ils ont dû déterminer des critères communs à tous les humains. Ce qui leur a permis de classifier nos attentes individuelles. Par conséquent, il a fallu que les chercheurs valident une sensation de bonheur universel !
C'est à ce prix qu'ils peuvent expliquer et nous démontrer, preuves à l'appui, qu'on est heureux. Ou si ce n'est pas le cas, qu'on doit le devenir.
Et moi, si je n'y arrive pas ? »
À cette dernière pensée, mon cœur s'emballa. L'angoisse monta à vitesse grand V. Me voilà saisi d'une peur panique de ne jamais éprouver le fameux bonheur universel.
J'étais assis dans ma voiture sur le parking de la société en faisant de grandes respirations. Je tentais de retrouver mon calme. Une fois mon esprit apaisé, il me restait encore un quart d'heure avant d'entrer au bureau. Je voulais penser à autre chose. Toutefois, je n'ai pas réussi à ralentir le flux de mes réflexions :
« Certes, mais qui les ont sélectionnés ces critères ? Et sont-ils véritablement objectifs ? Après tout dans la vie de chacun, il existe une époque où on s'est senti bien. Même heureux de vivre. »
En un flash, je revoyais les grandes lignes de ma vie :
« Dans mon enfance avec mes parents, et aux côtés de mon frère, j'ai vécu dans un environnement serein. Où on avait l'essentiel au sein d'une bonne ambiance familiale. Sans oublier les amis que j'avais à l'époque. Plus tard, il y a eu la rencontre avec Mathilde qui est devenue ma femme. Une période merveilleuse, qui fut suivie d'un beau mariage et de la naissance des enfants. Enfin, il fut un temps où le travail ne me semblait pas si inintéressant. »
Malheureusement, mon manque d'ambition et le peu d'évolution professionnelle m'avaient fait basculer dans la lassitude. Sans en être conscient, j'étais tombé dans la routine quotidienne. Le film de ses années et de mon mariage, se mit à défiler :
« Chaque jour, nous nous levions sans conviction. Je partais au travail. Mathilde déposait les gamins à l'école, avant d'aller à son tour travailler.
Le soir, c'était une course. Je récupérais les gosses et leur faisais faire leurs devoirs. Mathilde rentrait plus tard et préparait le dîner. Entre-temps, il y avait du rangement et le ménage à faire. Après le repas, les enfants allaient au lit. Nous les parents, regardions la télévision.
Et ainsi de suite, les jours s’enchaînaient.
Le week-end, on faisait les courses pour la semaine. On s'imposait des sorties, avec les amis ou la famille. On endurait la pression sociale qui nous dit quoi et quand, on doit faire les choses. À l'occasion, on s'accordait un extra, dans le but de briser la monotonie. Tout compte fait, les semaines passèrent, et se ressemblaient inlassablement.
Quand approchaient les grandes vacances, chaque année on se disait qu'on allait changer de lieu. Ou tout au moins, qu'on fera des activités différentes. Peine perdue, on finissait au même camping. On désirait ainsi retrouver les amis. Ceux qu'on s'était faits lors des années précédentes. Ou sinon, on se justifiait en affirmant que c'était mieux pour les enfants. Que c'était plus sécurisé. En même temps, à eux aussi ça leur permettait de retrouver leurs camarades de vacances.
Les années s'écoulaient. Elles filèrent si vite !
Puis il est arrivé un temps, où nous nous réveillions en nous disputant de plus en plus souvent. Le soir, on allait se coucher dans le même état, mais de moins en moins ensemble. Inévitablement, les doutes ont commencé. Et arriva l'heure des regrets. Ceux des rêves que nous n'avions pas réalisés.
C'est impressionnant, comment apparaissent ces personnes vous proposant de bons conseils. Comme sorti de nulle part, ces gens vous expliquent leur vécu. Leurs vérités remettent en cause votre mode de vie. Ils le jugent trop bien réglé, ou en manque d'originalité. D'un revers de main, ils balaient vos certitudes. Au point qu'on finit par croire que l'herbe serait plus verte ailleurs. En les écoutant, on ne cherche plus à faire d'effort.
Le divorce est devenu une évidence.
On s'est cru perdus, dans une vie sans âme. Nous avions finalement renoncé à nos rêves communs. Le crédit pour l'achat de la maison matérialisait l'unique concrétisation de notre couple. Un lieu démesuré qui nous faisait dire qu'on vivait heureux. Soi-disant, comme tout le monde.
Tout logiquement, on aurait dû connaître le bonheur !
Mais alors, pourquoi avait-il choisi de fuir notre couple ? »
Abandonnant mes souvenirs, j'ai repris le cours de ma vie. Cette journée si particulière de mes 44 ans me menait tout droit à mon petit bureau.
Je travaillais depuis très longtemps, presque trop, dans la même PME. C'était une entreprise de fabrication de cuves en plastique. Je n'y étais qu'un comptable quelconque, au service facturation fournisseur. Ironiquement, j'aimais le qualifier de métier passionnant, au vu des tâches m’incombant.
Mon travail consistait à enregistrer les factures. Ensuite, j'établissais un classement par ordre de priorité de paiement. Je suivais un mécanisme complexe aux yeux des néophytes. En simplifiant, c'est un rangement en fonction des escomptes à récupérer, et les dates d'échéance. Enfin, je transférais l'ensemble à la cheffe comptable. Elle n'avait plus qu'à entériner les ordres de paiement.
Ce jour avait en plus une particularité. Hasard malheureux ou cadeau de mauvais goût, j'avais droit au retour mensuel de la banque sur les différents paiements du mois précédent. Le portefeuille du rapprochement bancaire allait être plus volumineux que d'habitude. Cette tâche était longue, fastidieuse et d'un ennui mortel à souhait. De quoi rajouter une couche à mon manque d’engouement à me rendre au travail.
Durant le court trajet à pied jusqu'à mon service, j'eus le temps de m'interroger sur les conséquences de ce classement du bonheur :
« Tout bien considéré, si quelqu'un n'est pas heureux, doit-il culpabiliser ?
Après tout, est-ce de ma faute si je ne vis pas comme ces gens qui résident dans ces pays où il fait soi-disant, si bon vivre ?
Qu'ai-je fait de mal par rapport à eux ? Y a-t-il au moins un moyen d'y remédier ? Ou suis-je condamné à finir sous antidépresseurs ?
J'en connais beaucoup qui ont fait ce choix. Ils en prennent régulièrement. Ils en ont besoin, à moins que ce soit une façon simpliste d'atténuer leur angoisse permanente.
Comment ai-je pu gâcher ma vie de la sorte ? »
Avec toutes ces pensées, mon anxiété était remontée à son maximum. Je continuais mon chemin, en réfléchissant toujours. Au passage, je saluais machinalement mes collègues des services accostés au mien. En arrivant à mon bureau, j'eus une belle surprise. Tous mes collaborateurs m'attendaient. À mon entrée, ils entonnèrent la chansonnette : « Joyeux anniversaire ! » Ils m'offrirent même un cadeau. Et dans la foulée, ils m'invitèrent à déjeuner. Curieusement, ils avaient envie cette année-là, de marquer le coup.
En bonus, j'eus droit à plus de SMS qu'aux précédents anniversaires. Bien sûr, il y avait ceux venant de mes parents, mon frère et mes enfants. Et fait exceptionnel, quelques vieux amis pensèrent à moi. Une affection dont je n'étais plus habitué.
Cette situation eut une conséquence immédiate sur mon humeur. D'abord, mon stress s'évapora. Ensuite, j'ai accroché un sourire à mon visage. Il m'accompagnera toute la matinée. En m'accordant ces petites attentions, toutes ces personnes me permettaient d'éprouver une émotion particulière. Une joie intérieure ne me quittait plus et semblait rendre tout ce que je faisais plus facile. Ou en tout cas, beaucoup moins ennuyeux qu'à l'accoutumée.
La journée se déroulait sereinement. On aurait dit que mon état d'esprit tourmenté par la nouvelle du matin, me rendait heureux. À moins que ce ne soit l'inverse ? J'étais moins empreint à me sentir malheureux.
« Qu'importe, je savourais. »
En rentrant chez moi ce soir-là, j'ai pris conscience que le bonheur m'était possible. Comme si cette journée m'avait ouvert les yeux. Je ne voulais pas que la prochaine publication de ce classement, me pousse à me jeter du premier pont venu. Il n'y avait qu'une solution contre cette idée aberrante : agir.
Je devais faire vite, afin d'éviter de tomber dans la désespérance ambiante. Je refusais de me transformer en un de ces aigris maladifs. Ces personnes qui vivent en détestant tous ceux qui sont heureux.
Voilà, c'est ainsi que j'ai entamé ma recherche du bonheur.
À partir de ce jour, je me suis jeté à corps perdu dans une quête improbable. Sûr de moi, je m'imaginais déjà découvrir une connaissance ultime. Pour moi, cette trouvaille laisserait une trace de mon passage dans l'Histoire humaine. Je me voyais déjà la partageant avec mon entourage.
« Mieux encore, je pourrais proposer mes conclusions à la France entière. Je publierai un ouvrage sur une méthode de vulgarisation du bonheur. Un peu à la façon de ce qui se fait avec les modèles mathématiques.
Mais il faudrait qu'il soit accessible à tout le monde. Il était anormal de voir notre pays hors du top dix mondial des gens heureux. »
Je possédais un tel enthousiasme que cette tâche, a priori immense, me paraissait n'être qu'une simple formalité. Dans l'espoir de montrer ce qui conditionne le bonheur, j'ai logiquement voulu débuter ma recherche en trouvant sa définition. Convaincu que j'allais tomber tout de suite sur la définition du bonheur universel. Celle utilisée par les scientifiques. Pour ce faire, mon premier réflexe fut d'utiliser un dictionnaire :
« Bonheur : nom masculin ;
Bonne chance, circonstance favorable ;
État de complète satisfaction ;
Joie, plaisir lié à une circonstance. »
Déçu, par ce résultat restant trop vague, je m'installai devant mon ordinateur. J'espérais avoir plus de chance sur Internet. Assis à mon bureau, j'ai tapoté : « Le bonheur définition ».
Et là, surprise ! J'eus droit à un nombre astronomique de réponses. Il y avait tant d'approches différentes. Contrairement à ce que j'avais cru, le bonheur n'était pas un concept si simple.
Après avoir encaissé le choc des innombrables possibilités, j'ai réalisé un tri. J'ai sélectionné les pistes les plus pertinentes. Celles qui m'aideraient à comprendre ce qu'est le bonheur. Je tenais à me détacher de l'idée courante que se fait la majorité des gens. Ils le décrivent uniquement comme un état de bien-être. Une conception beaucoup trop basique qui m'incitait à voir plus loin.
Alors, je me suis intéressé aux définitions dites psychologiques. Une approche qui me mit face à une nouvelle déconvenue. J'étais devant un flou artistique. Du point de vue des psychologues, il n'y a rien de sûr. Ils disent que « Le bonheur est un ressenti, qui reste subjectif. »
En clair, ils ne se mouillent pas : « Si on croit être heureux, c'est qu'on doit l'être ».
Je m'éloignais un peu du bonheur universel. Celui des scientifiques internationaux, qui proclament qu'en France, nous ne sommes pas des gens très heureux.
J'ai décidé de m'aventurer du côté des définitions philosophiques. Là, ce fut un véritable drame, tant les différents courants de pensée sont en désaccord. Il n'y en a aucun qui conçoit le bonheur comme l'autre. Au bout de plusieurs heures de lecture, j'ai pris mon courage à deux mains, et façonné ma propre définition.
En résumé, je pouvais dire que « Le bonheur représente un état mental de bien-être, de plénitude, de joie et de plaisir de vivre constant. »
Cependant, je constatai que le concept de bien-être revenait à chaque fois. J'ai donc pris le parti de me concentrer là-dessus. D'abord, en commençant par le définir. Et une nouvelle fois, je me suis engagé dans une fastidieuse et pénible recherche d'informations. Ma quête du bonheur ressemblait à un long cheminement parsemé d’embûches. À la limite un chemin de croix.
« Que représente le bien-être ?
Dans le dictionnaire, il est écrit que c'est :
Une harmonie avec son corps,
Une sensation de plaisir,
Un épanouissement, un sentiment de plénitude,
Un état d'aisance matérielle.
En gros : c'est le bonheur. »
Je tournais en rond, ne réussissant pas à faire la différence entre l'un et l'autre. Il m'a fallu encore quelques heures, m’entraînant loin dans la nuit, avant que je décide de faire à nouveau une synthèse.
Dorénavant, le bien-être correspondrait à : « Une entière satisfaction des besoins quels qu'ils soient, physiques, mentaux et matériels. »
Épuisé de ma journée à rallonge, j'adoptai mes deux définitions. Elles me fournissaient au moins une approche à ma quête. Même si je restais persuadé qu'il me faudrait trouver des critères plus pertinents. Des éléments à la hauteur de ceux qui sont utilisés par les institutions internationales.
Je tenais à tout prix à découvrir la définition du bonheur universel.
Sachant maintenant sur quoi, il me restait à enquêter, l'étape suivante fut de réfléchir aux solutions qui s'offraient à moi. Celles qui me permettraient de devenir définitivement un homme heureux.
« Mais comment ressent-on le Bonheur ? »
Une interrogation troublante !
Cependant, ne résistant plus à la fatigue, je me suis endormi. J'éprouvais une joie intérieure, une forme de satisfaction, voire d'excitation. J'avais l'impression soudaine d'avoir trouvé un but à ma vie.
« Il est 6 h 30 l'heure des infos avec… »
Le lendemain, je me réveillai en sursaut d'une courte nuit. Après avoir éteint mon radio-réveil, je me suis posé un instant. Assis au bord de mon lit, je reprenais mes idées sur ce qui s'était passé la veille. L'occasion de me rendre compte que ce n'était pas un rêve.
Au fond de moi, j'ai ressenti l'ambition. C'était une sensation qui m'était jusque-là inconnue. J'étais résolu à tout faire pour que mon projet aboutisse.
