Le calife déchu - Alima Madina - E-Book

Le calife déchu E-Book

Alima Madina

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Beschreibung

Les différentes nouvelles que comprend ce recueil mettent un accent sur les turpitudes qui ternissent l’harmonie en société, la compassion, l’amour, socle du bien être. Dans ce sens, le calife, qui n’est autre qu’un humain sur terre, apparaît comme un être déchu dans la mesure où il n’observe pas les préceptes de la divine providence.

À PROPOS DE L'AUTEURE

Congolaise de Brazzaville, inspectrice de philosophie déléguée aux lycées de la zone 1, Alima Madina est auteure de deux recueils de poésie et d’un recueil de nouvelles publiés aux éditions L’Harmattan Congo.

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Alima Madina

Le calife déchu

Recueil

© Lys Bleu Éditions-Alima Madina

ISBN : 979-10-377-0352-1

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Ce recueil contient les nouvelles suivantes :

1- LA TABUSH DE N’FOA
1- LA REDOUTABLE COÉPOUSE
2- LE DERNIER BONHEUR
3- MOI, UN APPEL VOLONTAIRE
4- LA BELLE ET LE DJINN

Je dédie ce recueil à :

Asmaou SEDICK

Samira Gnoliwou

« On ne bâtit un bonheur que sur un fondement du désespoir. Je crois que je vais pouvoir me mettre à construire. »

Marguerite YOUCENAR

 

 

 

 

 

Une Tabush De N’foa

 

 

 

La température atteignait quarante degrés à l’ombre. La blancheur du sable fin de la plus belle avenue du quartier sénégalais de N’foa avait le parfum du désert sahélien. L’intensité des rayons du soleil incommodait la vue, superposant aux objets leurs reflets.

Les climatologues avaient tôt fait d’accuser la mauvaise pratique de déforestation et des brûlis qui entraînaient l’effet de serre. Superstitieux et polythéistes y voyaient le mécontentement des ancêtres protecteurs qui rejetaient leur cohabitation avec de nouvelles formes de croyances venues d’ailleurs, prenant de l’ampleur dans tous les arrondissements du pays.

C’est sous cette canicule qu’Ouriah avançait non sans détermination. Chaque pas ravivait en elle tant de souvenirs. Comment ne pouvait-elle pas aimer cette terre, laquelle est gravé son premier cri ? Cri de vie, d’innocence d’espérance… Là où elle avait titubé sur ce sol si sacré, jardin d’Eden. C’est là, dans ce jardin où son père et sa mère s’étaient rencontrés. Ils s’étaient aimés. Malheureusement, ce paradis perdu n’existait nulle part que dans sa tête.

L’arbre généalogique d’Ouriah était difficile à reconstituer. Il comportait plusieurs branches et tant de ramifications. Son père , originaire des berges de la N’foa et sa mère venue du Soudan Français, avec un père Amazigh1. Ses grands-parents étaient amoureux de la liberté, attirés sans doute par le goût de l’aventure qui avait guidé leur ancêtre Malamine2. De sa lignée maternelle, les contours étaient aussi complexes : du sud de la Mauritanie, passant par le Tchad et Fort-Lamy, une localité camerounaise.

Tel était le sang complexe africain qui coulait dans ses veines. L’unique repère rassurant qui avait donné sens à l’africanité des parents de Ouriah était la belle N’foa. Naître, vivre et mourir, ces moments forts de la vie, ses parents les avaient passés au cœur de ce paradis perdu de l’Afrique centrale. Alors, comment ne pas aimer cette terre qui gardait en elle les traces de sa généalogie éparse ? Cette terre natale que la providence avait choisie pour ses parents et pour elle ? Dans les centaines des tombes du cimetière des premiers habitants du centre-ville jalousement gardé figuraient celles de ses grands-parents, et de celles de ses arrières parents.

L’hospitalité légendaire, la nature verdoyante, les collines, les montagnes, les vallées, la fertilité des terres, des rivières poissonneuses… Mourir sans humer l’air frais de N’foa et déguster les fruits sucrés de ses arbres dont les feuilles si vertes étaient sa marque était une irréparable faute à tel point que certains d’autres cieux du sahel ou de la corne de l’Afrique bravaient des obstacles pour atterrir au port de Yoro, à Impila3.

Dans le centre-ville de N’foa, les désignés sénégalais n’étaient pas singulièrement les originaires du beau pays de la Téranga4 ,des marabouts sincères. Le concept désignait celui qui n’appartenait pas à la communauté Bantu. Le mot englobait pêle-mêle tous les originaires de l’Afrique de l’Est et de l’ouest qui avaient choisi N’foa comme seconde patrie.

Vers la fin des années cinquante, les premiers enfants de ces étrangers s’imposaient comme membres influents dans des administrations de N’foa. Oui, l’école coloniale ne visait que la formation des petits suppliants aux rôles insignifiants dans les administrations. Bien que les membres de la communauté dite sénégalaise furent semi-analphabètes, ils étaient heureux de voir leurs progénitures exceller dans les études. À vrai dire, c’est le désir de parfaire leur commerce qui les poussa à envoyer leurs fils à l’école des colons où l’apprentissage se faisait rigoureusement sous le poids du fouet.

Toutefois, Le plus beau cadeau que ces structures d’apprentissage offraient à la population était la parfaite manipulation de la langue du colonisateur, en dépit de leurs différents accents. Vers les années soixante, le père de Ouriah foula la belle cour de la grande école de la Mosquée. À la suite de ce cycle primaire sanctionné par l’obtention d’un certificat primaire élémentaire, et par un concours d’entrée en sixième au collège Chaminade, il obtint huit années après, le baccalauréat littéraire. Une fierté pour la famille et de toute la communauté sénégalaise.

La jeunesse de cette toute première communauté musulmane était un modèle pour tous les autres habitants de la belle cité de N’foa. Le vol, l’envie, la jalousie, la cupidité, l’hypocrisie et le mensonge n’étaient pas leurs habitudes. À côté de la scolarité, les enseignements des écoles coraniques consolidaient leurs croyances en un Dieu tout puissant, l’unique créateur des mondes.

Après les prières ,à la grande mosquée, le commerce ne désemplirait qu’à la tombée de la nuit.

La centre-ville prenait de l’ampleur du point de vue infrastructures. Au rond-point de la place de la liberté, communément appelée place de la gare, Monoprix, un super marché tenu par les français, drainait un monde. Les jeunes filles s’offraient les belles pages de « Salut, les copains » un magazine qui faisait rêver les jeunes simplement par les photos en bikini qui relataient la vie des stars occidentales de l’époque.

Les descendants de la communauté ouest-africaine se démarquaient de la vie légère que menaient les fils du terroir. À la fin de leurs cycles primaires et secondaires voire après le bac, nombreux d’entre eux s’investissaient dans les entreprises familiales. Les entreprises comme OFNACOM, OCV, OCC5, et bien d’autres usines ne les attiraient pas. Peut-être avaient-ils bien compris que depuis la nuit des temps, dans toutes ces sociétés fonctionnant suivant le modèle occidental, la production des biens matériels indispensables à la vie marchait toujours de pair avec l’exploitation de l’homme par l’homme ; que tout État était au service de la classe dominante, que la lutte contre l’exploitation de l’homme par l’homme était simplement la plus belle des utopies.

Après l’obtention de son baccalauréat, le père de Ouriah avait choisi de préférer travailler dans la boutique de son père avant de se lancer dans la vente des pagnes wax et indigo. Toutefois, il faisait la fierté de ses parents comme premier bachelier de la communauté.

Dans ces belles années de jeunesse, Baba, le père de Ouriah rencontra son âme sœur sur la grande avenue. Suivant la coutume de l’époque leur mariage eu lieu dans la première mosquée de N’foa. Paraiso, le grand photographe de la plus belle avenue de N’foa avait affiché sur le mur de son studio les photos du couple. Dieu ne leur donna un enfant qu’après six ans de vie commune. Une année exceptionnelle au cours de laquelle, les autorités administratives et politiques avaient décidé de donner la nationalité à tout enfant étranger né dans le pays sur la terre sacrée de N’foa. Ainsi Ouriah bénéficia de ce droit du sol. Ce privilège qui s’ajoutait à tant d’autres que les membres de la communauté ne cessaient de recevoir depuis leur présence remarquable dans la périlleuse mission qui avait conduit Malamine jusque sur les berges de la belle N’foa.

Ainsi, les descendants des membres de la grande communauté ouest-africaine, qui voyaient le jour sur les magnifiques berges de N’foa étaient dorénavant considérés comme un véritable pur-sang de N’foa. Concrètement, les parents des premiers nouveau-nés étaient contents de sortir de la maison commune de la mairie avec un acte de naissance en main. Un acte qui désignait la nationalité ou l’état civil de leurs enfants.

Mais pour d’autres dignitaires de la communauté, cet acte d’attribution de nationalité ne comblait pas nullement toutes leurs attentes. Au-delà de la violence et des havres de la colonisation, leur présence était là, bien chaleureuse et toute compatissante. Sous le fouet et l’humiliation, tous avaient été considérés comme sale nègre, et tous avaient construit le chemin de fer. Certes, cette période faisait partie du passé commun.

La plus belle des attentes que les membres de la communauté espéraient des originaires de N’foa était simplement la sincérité dans les rapports humains, l’amour véritable. Mais des deux côtés, les fautes étaient identiques et impardonnables. Du jour au jour, plusieurs faits prouvaient ce manque d’amour. Dans les trois cent soixante-cinq jours que comptait l’année, la communauté ne recevait que deux jours au cours desquels elle recevait des preuves d’amour de la part de leurs frères originaires de N’foa : Le jour de la fête de la fin du ramadan et celui de la fête du mouton. Cet amour puant et intéressé, identique à un cadeau empoisonné ne créait pas une véritable fratrie entre eux. Dire qu’ils partageaient un même quotidien !