Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Tout le monde ne semble pas être ce qu'il prétend et Thibault rique d'en subir les conséquences...
Le château Fronsac détruit, Marc et Anthony tués, et Adrien, son meilleur ami, envoyé en Angleterre... Thibault se sent bien seul dans les nouveaux locaux du Cercle.
Les derniers événements tragiques tournent encore dans son esprit, et il ne sent pas au mieux de sa forme. Ses pouvoirs de Visionnaire semblent se montrer capricieux, et les membres du Conseil doutent de plus en plus de lui. Alors quand il vient annoncer que ses visions lui ont montré la prochaine attaque du quartier du Cercle Espagnol par des créatures de l'Ombre, il se précipite pour en parler à Ben, son nouveau tuteur. Hélas les faits qu'il rapporte sont contraires à ce qui s'est passé deux jours auparavant. Thibault est mis au ban du Cercle, rabaissé, et il perd peu à peu confiance en lui. Il semble même que certains complotent autour de lui. Heureusement ses amis sont capables de tout, et vont se lancer dans une enquête dangereuse pour le sauver.
Mais Thibault peut-il encore avoir confiance en quelqu'un au sein de l'organisation ?
Deuxième tome de la série
Le Cercle et l'Ombre,
Diversion vous emmène une nouvelle fois au combat, contre les forces maléfiques qui cherchent à dominer le monde des humains...
Vous dévorerez ce second tome d'une série de quatre volumes pleins de rebondissements !
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Je suis bien rentré dans l'histoire, avec les petits nouveaux [...] ou ses amis qui vont l'aider à comprendre ses visions, celles qui décrivent les attaques par des créatures liguées et dirigées par une mystérieuse ombre... Mais un danger court aussi au sein même de l'organisation. -
dariodo, Babelio
À PROPOS DE L'AUTEUR
Ancien libraire,
Tim Corey a commencé par écrire des romans pour enfants avant de se tourner vers la science-fiction et le fantastique.
Il a travaillé en tant que chroniqueur de séries télé pendant plusieurs années.
Il habite depuis quelques années en France, près de Paris.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 436
Veröffentlichungsjahr: 2020
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Les romans restent la propriété de Otherlands, et de leurs auteurs respectifs. Tous les textes sont inédits, sauf mention contraire.
Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L. 122-5, 2è et 3è a, d’une part, que les « copies ou reproduction strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective », et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon, sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Dans la collection Kindergarten
Série Le Cercle et l'Ombre
L'Aube de L'Ombre – tome 1
Tim Corey
Diversion – tome 2
Tim Corey
Le roi de la colline – tome 3
Jean Bury
Terre des loups – tome 4
Jean Bury
Le monde de Marie –
A la recherche de la Véraline
Tim Corey
Le Cercle et l'Ombre
Tome 2
Tim Corey
Diversion
Sergio Léoni releva la tête. Perché au sommet d'une tour de pierre qui servait à surveiller les alentours, il fixait l'horizon au travers de ses lunettes à vision nocturne. Le ciel, ce soir, était orageux et menaçait d'exploser à tout moment, mais ce n'était pas le danger d'un prochain déluge qui l'inquiétait. Ce qui le tourmentait était d'une toute autre nature. Ce qu'il distinguait à quelques centaines, voire quelques dizaines de mètres, faisait bondir son cœur au travers de sa cage thoracique.
Pourtant, le jeune lieutenant, malgré son âge, en avait vu bien d'autres. Il avait sûrement dû se frotter à bien plus d’événements étranges qu'un humain ordinaire n'aurait à affronter au cours de toute sa vie. Ancien Visionnaire, il avait mis ses dons pendant des années au service de forces spéciales qui combattaient les puissances du mal disséminées à travers le monde. Et quand on parlait de puissances du mal, on n’évoquait malheureusement pas les terroristes de tous poils qui se chargeaient de faire régner la terreur au sein des populations, ni ces meurtriers récidivistes dont les portraits remplissaient les journaux à sensation... La menace que le lieutenant Léoni affrontait maintenant depuis quelques années était bien plus pernicieuse, bien plus discrète, mais non moins effrayante. Elle savait se glisser entre les mailles des filets, nageait à contre-courant et se montrait rarement en pleine lumière. Car elle préférait les ténèbres avant tout. Son domaine était la nuit. Pas seulement la nuit telle qu'on l'entend, qui apparaît chaque soir pour s'évanouir au petit matin. La nuit au sens large du terme, sombre, cachée, celle que les monstres ancestraux attendent pour se livrer à leurs activités. C'est cette menace-là qui se montrait une nouvelle fois ce soir. L'Ombre.
A force de combats et de missions réussies, le lieutenant s'était vu attribuer un rôle d'encadrant au sein des équipes madrilènes du Cercle.
Le Cercle. Cette organisation non gouver-nementale, dont les racines plongeaient au cœur du temps, œuvrait dans le silence (autant que possible) contre les forces de l'Ombre. Des forces cachées pour le commun des mortels, mais que le Cercle connaissait presque sur le bout des ongles. Depuis des siècles, cette organisation combattait les démons de toutes sortes, ainsi que les diverses créatures de la nuit qui menaçaient l'humanité. Combien de fois avaient-ils évité un carnage, sauvant des vies qui ne se sont jamais doutées de la réalité des choses ? Combien d'enfants particuliers avaient été sauvés par le Cercle ? Car pour combattre ces ennemis spécifiques, la force brute et ordinaire ne suffisait pas. L'armée, la police, bien que possédant de quoi maîtriser pas mal de situations délicates, ne pouvaient rien face à l'extraordinaire. Depuis des siècles le Cercle avait amassé des connaissances ancestrales, analysé et tiré des leçons de ces écrits, pour trouver des moyens de parer aux attaques mortelles des ennemis surgis des ténèbres : ils se servaient d'armes que bien des militaires auraient souhaité avoir à disposition. Mais leur plus grande force était composée d'enfants. Des enfants « différents ». Des enfants qui, bien souvent, étaient mis de côté dans la vie, justement parce qu'ils ne rentraient pas dans le moule de la société, parce que leurs agissements paraissaient désordonnés et incompréhensibles. Pour les médecins et les familles, sûrement. Pas pour le Cercle. Ainsi, l'organisation se chargeait de les retirer du système, de les éduquer afin qu'ils tirent le meilleur parti de leurs spécificités. On les appelait les enfants psys. Ils avaient des dons. Certains contrôlaient la matière, d'autres déclenchaient le feu. Certains lisaient dans les esprits, d'autres avaient des visions.
Sergio Léoni avait été un de ceux-là. Depuis sa plus tendre enfance on l'avait considéré comme un enfant malade, parce qu'il faisait souvent des crises qui l'avaient longtemps fait passer pour un gamin chétif et faible. Certains avaient même usé du mot « fou » pour le désigner. Mais lui savait. Il savait qu'il n'était pas cinglé, que tout ce qu'il avait dans la tête était vrai. Il en avait eu la confirmation lorsque le Cercle était venu voir ses parents. Et qu'il était reparti avec l’organisation. Cela faisait maintenant plus de 12 ans qu'il n'avait plus revu son entourage. Il avait disparu de la circulation, pour mieux renaître au sein d'un groupe qu'il considérait désormais comme sa véritable famille. Il avait pu exercer ses dons de Visionnaire sans que les reproches tombent, et, au contraire, on l'avait même encouragé à améliorer ses talents, à les travailler, pour en tirer le meilleur. Bien souvent il avait aidé les agents du Cercle, grâce à ses visions. Et puis, en grandissant, comme tous les enfants psys, il avait, petit à petit, perdu ses pouvoirs. Ceux-ci l'avaient définitivement quitté vers l'âge de 17 ans. Alors il avait eu le choix, soit quitter cette organisation qui l'avait accueilli et tenter de reprendre une vie normale, soit y rester et y trouver sa place, sans pouvoirs, mais avec une connaissance et une force qui servirait de toute manière contre l'Ombre.
Il avait choisi de rester. Et il était là, aujourd'hui, perché sur ce promontoire, d'où il pouvait apercevoir la vallée qui s'étendait aux pieds du QG du Cercle de Madrid.
Ce qu'il s'apprêtait à affronter ce soir lui paraissait être la plus agressive de toutes les forces du mal qu'il avait eu à combattre. Il avait entendu des histoires, notamment en provenance d'autres quartiers du Cercle situés à l'étranger, des récits terrifiants d'attaques de monstres, de démons ; mais lui n'avait, jusqu'à présent, eu affaire qu'à quelques créatures des ténèbres, quelques fantômes et esprits malins, qu'il avait, avec l'aide de ses collègues, réussi à maîtriser sans grosses difficultés. Mais ce qu'il voyait au travers de ses lunettes à vision nocturne le stupéfiait.
Privé de ses pouvoirs, il devait user de matériel sophistiqué pour analyser et combattre tous maléfices et toutes créatures liées aux ténèbres. Il fit le point en actionnant la molette située sur le côté de ses lunettes, afin de mieux définir leurs agresseurs, et la vision devint plus nette encore. L'aura blanchâtre qui entourait les ombres en mouvement ne laissait aucun doute sur l'identité des assaillants.
— Des vampires ! hurla-t-il à ses hommes, restés au sol.
— Oui, j'en ai bien peur, lui répondit un jeune gars habillé en tenue de camouflage.
— Balles à ultra-violet !
— Ultra-violet ! répéta le garçon en se retournant vers les autres combattants, qui se tenaient prêts à affronter l'ennemi.
Les armes claquèrent alors qu'on les chargeait avec les munitions correspondantes. En cinq secondes, tout fut prêt pour le combat. Chacun banda ses muscles, se mit en position et attendit l'ordre final. Il ne fallait pas se précipiter. L'ennemi était désormais connu, et chacun savait ce qu'il avait à faire. Presque tous les soldats du Cercle présents ce soir avait déjà eu affaire à des vampires. Même ceux qui n'en avaient jamais croisé (et ils étaient rares) connaissaient parfaitement les règles à appliquer en face de tel ou tel assaillant. Pour les vampires, la meilleure défense, contrairement à ce que la croyance populaire pensait, n'était ni le collier de gousses d'ail porté autour du cou, ni le pieu enfoncé en plein cœur ; pour ces deux remèdes de grands-mères, qui avaient un résultat proche du zéro, il aurait fallu être quasiment au corps à corps avec le vampire. Et presque lui faire avaler la gousse d'ail ! Autant dire qu'avant que la créature n'ingurgite votre collier de plantes aromatiques, vous aviez dix fois le temps de succomber sous ses canines. Idem pour le pieu, il fallait le lui enfoncer en plein cœur lorsqu'il dormait, n'en déplaise à Buffy qui s'en servait en plein combat. Et il était rare qu'un vampire en train de se battre se mette à faire une petite sieste improvisée juste sous vos yeux. En somme, ces deux armes, que l'on présentait depuis des siècles comme les seules défenses possibles face aux vampires, étaient totalement inefficaces. Non, la seule solution devant ces créatures de la nuit, celle qui avait fait ses preuves depuis des années, c'était la balle à ultra-violet.
La balle à ultra-violet ne se contentait pas de pénétrer le corps du vampire, cela n'aurait servi à rien, il se serait relevé juste après avoir encaissé le choc. Ce projectile un peu particulier agissait directement de l'intérieur, produisant, grâce aux ultra-violets qu'elle dégageait, l'effet d'une exposition au soleil. Chose délicate pour un vampire ! (ah oui, ça c'est vrai, ces créatures étaient sensibles à la lumière du jour. Tout ne peut pas toujours être faux dans les contes et les légendes !).
Le lieutenant Léoni secoua la tête pour reprendre ses esprits. Ce n'était pas le moment de se laisser envahir par les réminiscences de ses cours sur les créatures de la nuit.
À quelques centaines de mètres, la horde sauvage avançait à toute vitesse. Des dizaines d'individus, mus par la même envie, couraient à perdre haleine vers l'institut, immense bâtisse située un peu à l'écart de Madrid, où le Cercle pouvait garder en toute sécurité ses forces vives, ses agents mais aussi ses enfants psys, ainsi qu'une partie des secrets qui lui permettaient de continuer le combat contre ces menaces sourdes qui venaient d'un monde inconnu du grand public.
Le lieutenant Léoni releva la tête et ajusta ses lunettes à vision nocturne. Devant lui, un immense nuage de fumée se soulevait au contact des pas de course des vampires qui galopaient vers eux.
— Mon lieutenant ?
— Oui ?
— C'est anormal, mon lieutenant.
— Quoi donc ?
— Les vampires. Ce sont des êtres solitaires. Or j'en dénombre près d'une centaine.
Léoni fronça les sourcils. Son sergent avait raison. Très rarement dans l'histoire on avait recensé une attaque groupée de vampires. Autant certaines populations de créatures de l'Ombre vivaient en groupe ou en communauté, autant les vampires, une fois passés de l'autre côté, n'obéissaient plus à aucune règle civilisée : ils étaient totalement indépendants, avaient du mal à côtoyer un des leurs sans avoir envie de le mordre ou de le tuer, et lorsque leurs instincts de chasseur se calmaient, ils étaient rarement plus de trois ou quatre dans chaque groupe. Le fait qu'ils n'aient pas à se reproduire, du moins pas comme la plupart des êtres vivants de cette planète, avait renforcé cette capacité à vivre seul, n'ayant besoin de personne pour assurer leur survie, ou même engendrer de nouveaux vampires : il suffisait de mordre, ce qui, étant donné leurs forces quasi-surnaturelles, n'était pas d'une réelle difficulté. Ainsi se perpétuait cette « race » de créatures de la nuit, qui s'étendait actuellement sous les yeux du lieutenant Léoni. Cette menace qui se profilait au-devant du bâtiment était donc totalement inédite et incompréhensible. Pourtant ils étaient bien là, et ils avançaient à toute vitesse.
Les soldats, en position, n'espéraient qu'un ordre de leur chef pour tirer. Chacun gardait l’œil dans le viseur, s'attendant à tout moment à voir débarquer l'ennemi au plus près. Il ne fallait pas douter, à ce moment-là, mais tirer et faire mouche. Si le groupe qui leur fonçait dessus était composé d'une centaine de vampires, ils auraient fort à faire car eux n'étaient pas aussi nombreux. Heureusement ils disposaient d'armes très efficaces face à ce genre d'individus. Ils n'avaient donc pas peur, ou moins qu'un simple humain qui se serait retrouvé face à un vampire. Et pourtant, les cœurs battaient en ce moment même à l'unisson, mélange d'impatience, d'excitation et d'effroi. Mais aucun des soldats présents n'aurait pensé à abandonner sa place. Ils étaient la première ligne de défense, la plus importante, celle qui devait stopper l'ennemi avant qu'il n'atteigne le bâtiment, ainsi que les enfants psys et les civils qu'il contenait. Ils étaient l'espoir. Ils l'avaient déjà fait. Ils allaient le refaire aujourd'hui, sans aucun doute. Même si la menace était nouvelle.
Le lieutenant fit le point une fois encore avec ses lunettes et observa la horde qui arrivait. Le même halo blanc entourait chaque silhouette, signe caractéristique du vampire vu au travers de lunettes à vision nocturne.
— Étrange, en effet. Pour oser s'attaquer à l'institut, il faut être assez nombreux. Peut-être l'ont-ils compris, au fil des années. Mais aucun doute là-dessus, ce sont bien des vampires.
— On devrait les avoir bientôt dans les viseurs, mon lieutenant ?
— Oui. Ils approchent. On leur réserve une petite surprise qu'ils ne vont pas forcément apprécier, dit-il en redescendant de la tourelle pour venir se placer lui aussi avec ses hommes, l'arme à l'épaule.
Il se retourna vers ses subordonnés et leur hurla l'ordre de se tenir prêts. La tension était quasiment palpable, chacun se concentrait sur ce qui arrivait en face. Dès que les attaquants seraient à portée de tir, les hommes devraient décharger leurs fusils sur les cibles. Ils ne risquaient rien. Après des années d'étude et d'essai sur le terrain, on savait que les balles à ultra-violet étaient d'une efficacité redoutable. A chaque monstre son arme. Vampire : ultra-violet.
— Mon lieutenant, la tour de garde nous informe qu'une seconde vague se tient à l'arrière. Ils sont immobiles, par contre.
Mauvaise nouvelle, pensa Léoni. Si du moins on considérait que le premier groupe pouvait en être une bonne.
— Des vampires ?
— Ils sont plus loin, mais à priori, non. Aucun halo.
« Ils se préparent en cas d'échec, pensa Léoni. La seconde lame passe avant que le poil ne se rétracte... ». Cette analogie avec une ancienne publicité pour un rasoir le fit sourire, bien que le moment fût mal choisi. Il analysa la situation et ordonna à ses hommes de se tenir sur leurs gardes. Il se pourrait que sitôt le premier assaut remporté, il faille faire face à un deuxième, peut-être encore plus dangereux. Différent, en tout cas, d'après ce que l'on pouvait voir d'aussi loin. Ce qui signifiait nouvelles créatures, et donc changement d'armes. Ils n'auraient peut-être pas le temps de se remettre des premiers combats, il leur faudrait immédiatement attaquer les monstres qui se présenteraient juste après. En espérant avoir déjà sous la main de quoi les accueillir, ce qui n'était pas certain du tout !
Une telle préparation semblait étonnante, les créatures et les démons de l'Ombre étant davantage enclins à attaquer quand bon leur semblait. Certes, il y avait eu dans l'histoire des actions qui tenaient immanquablement d'une réflexion, car elles avaient été plus structurées, mais elles avaient toutes été contrôlées, avec plus ou moins d’efficacité et de pertes du côté humain. Cependant une telle organisation paraissait étonnante. D'où l'inquiétude du lieutenant, qu'il sentait monter de seconde en seconde. Il avait beau avoir une confiance sans borne dans ses hommes et dans le matériel fourni par le Cercle, il n'était pas aussi rassuré qu'il voulait bien le laisser paraître.
— Mon lieutenant, on les a dans le viseur.
— Tenez-vous prêts ! hurla Léoni. Encore quelques mètres et nous...
Le lieutenant ne termina pas sa phrase et ordonna de tirer immédiatement.
— Feu !
Les balles à ultra-violet fusèrent droit devant, les hommes visant le torse des créatures qui s'approchaient. Il leur fallait faire vite, car le ratio entre les soldats et les vampires était favorable à ces derniers, et il allait falloir que chaque soldat s'occupe de plusieurs vampires. Ils étaient la première ligne de défense avant l'institut, et ne s'étaient placés qu'à quelques dizaines de mètres devant le bâtiment. Ils constituaient donc le premier et seul rempart avant d'accéder au Cercle, et personne ne devait franchir ce mur humain.
Les vampires n'étaient plus qu'à quelques mètres de la bâtisse, mais c'était largement suffisant aux hommes de Léoni pour se défaire de cette attaque organisée.
Le crépitement résonna aux oreilles des soldats, alors que les armes mitraillaient sans discontinuer devant eux, tentant de toucher un maximum d'assaillants, aussi rapidement que possible : il ne fallait pas leur laisser le temps de réagir, de réfléchir, de changer leur plan. Mais apparemment tel n'était pas leur but. Il semblait que la meute qui se dirigeait vers eux avait reçu l'ordre de foncer droit devant, sans s'arrêter, sans se laisser décourager par les projectiles qui ne manqueraient pas de les atteindre. Quel assaillant ne ferait pas demi-tour en voyant que la force de frappe en face de lui était supérieure à ce qu'ils avaient escompté ? Cela ne semblait pas être la cas des vampires, qui continuaient à déferler, tandis que les soldats vidaient leurs chargeurs, tentant d'abattre un maximum d'ennemis avant que ceux-ci ne fussent arrivés près de leur ligne de défense.
Léoni, toujours derrière ses lunettes de vision nocturne, observait la scène tout en vidant son chargeur. Il tendit le bras en l'air et fit un signe de la main pour encourager ses hommes à continuer à se battre. Peut-être avait-il sous-estimé le nombre de vampires, car il semblait y en avoir encore et encore, malgré les projectiles qui fusaient dans les airs. Il ne fallait pas se décourager. La meute semblait énorme, mais il n'y avait pas de raison de perdre confiance : les balles à ultra-violet avaient fait leurs preuves, il était certain qu'ils viendraient à bout des assaillants très prochainement. Ce qui l'inquiétait un peu plus, c'était cette deuxième ligne signalée par les observateurs et qui semblait jusqu'à présent totalement immobile. Qui étaient-ils ? Qu'attendaient-ils ? Pourquoi ne bougeaient-ils pas et restaient-ils patiemment un peu plus loin ?
Léoni n'eut pas le temps de s'attarder sur ces questions, car un vampire, un peu plus téméraire et peut-être plus agile que les autres, avait réussi à passer au travers de la pluie de balles à ultra-violet qui s'abattait depuis quelques minutes sur eux. Léoni hurla quand celui-ci ne fut plus qu'à quelques mètres de lui, et déchargea son arme sur la créature qui tressauta sous les impacts. Il savait qu'une balle correctement tirée suffisait normalement à tuer un vampire, mais l'adrénaline, couplée à la peur ressentie en voyant débouler la créature, lui fit appuyer sur la gâchette plus longtemps qu'il ne l'aurait voulu. Il se reprit rapidement lorsque le vampire fut au sol, regrettant d'avoir gâché un nombre important de balles à ultra-violet, alors qu'il restait encore pas mal d'assaillants qui continuaient d'arriver en face de lui, et qui allaient sans aucun doute demander leur part de projectiles eux aussi.
Autour de lui, ses compagnons d'armes continuaient à arroser tout ce qui se présentait en face d'eux, et si la plupart des balles à ultra-violet se perdaient dans la nature, quelques unes se fichaient sans aucun doute dans le corps des vampires, explosant comme des mini soleils au cœur de leurs entrailles.
Les projectiles touchaient les créatures, mais étonnamment celles-ci semblaient plus résistantes qu'aucun vampire ne l'avait jamais été auparavant ; il fallait souvent que plusieurs balles atteignent le corps glabre des monstres qui continuaient d'avancer pour que ceux-ci s'effondrent au sol. Cependant il ne fallait pas baisser les bras pour autant : quel que fût le stratagème qu'ils utilisaient pour se montrer plus résistants que d'habitude, ils finiraient bien par les avoir tous. Les soldats disposaient d'autant de munitions qu'ils pourraient en avoir besoin, et même si les vampires semblaient dix fois plus nombreux qu'eux, ils tiraient dans le tas, sans forcément viser, sûrs qu'au bout d'un moment toutes les créatures finiraient au sol, mortes.
Léoni continuait à canarder, il faisait mouche plus d'une fois sur deux ; les balles s'enfonçaient dans le corps des assaillants, et la déflagration qui suivait lançait de petits éclairs bleutés, signe que celle-ci avait explosé, libérant la fameuse dose d'ultra-violet, dose mortelle pour les vampires. Effectivement, ces derniers tombaient comme des mouches, s'entassant sur le sol devant les militaires, qui ne baissaient cependant pas leur garde. Ils continuaient à tirer, encore et encore, espérant en finir très bientôt avec cette attaque, prêts à prendre le relais pour combattre ce qui se tenait à l'arrière, peut-être une menace plus dangereuse encore, mais qui restait pour l'instant un mystère, car aucun indice ne permettait de deviner ce qui constituait cette arrière-garde de l'horreur.
Le lieutenant Sergi Léoni fronça les sourcils. Seuls une dizaine de vampires, plus agiles que les autres, continuaient à zigzaguer au milieu des balles à ultra-violet, mais ce n'était qu'une question de secondes avant que leur sort ne soit réglé. Et pourtant quelque chose le tracassait. Il arrêta de tirer et ajusta, grâce à la molette située sur le côté de ses lunettes, la vision des ces dernières : il passa en vue rapprochée, quittant le mode longue distance pour se concentrer sur les cadavres qui jonchaient le sol. Pourquoi avait-il un mauvais pressentiment ? Toutes les cellules de son corps vibraient, il aurait pu jurer que quelque chose n'allait pas. Malheureusement il ne disposait plus de son don de Visionnaire, celui qui l'avait sauvé plusieurs fois quand il était jeune. Il ne pouvait plus entr'apercevoir l'avenir, savoir avec quelques minutes, quelques heures, quelques jours ou semaines, même, ce qui allait se passer. Il sentait qu'un événement allait se produire, et il n'aimait pas cela. Il regarda une nouvelle fois autour de lui, alors que ses camarades tentaient d'abattre les derniers vampires qui essayaient d'échapper aux balles qui fusaient encore. Qu'est-ce qui pouvait bien clocher ? Pourquoi avait-il l'impression que...
— Merde ! hurla-t-il, plus pour lui-même que pour les autres gars qui l'entouraient.
Les plus proches de lui se retournèrent, stoppant leurs tirs. Ils attendaient que leur supérieur les informe de ce qui n'allait pas, mais le lieutenant Léoni ne savait pas vraiment quoi leur dire. Il venait juste de faire un constat qui allait à l'encontre de ce qu'il connaissait sur les vampires. Dans ses lunettes à vision nocturne, il pouvait voir l'étendue des cadavres, en face d'eux. Il avait cru déceler quelques mouvements parmi ces derniers. Cela pouvait arriver, les nerfs jouant sans doute encore quelques secondes après le décès, et certains n'étaient peut-être que blessés, mais il s’aperçut que la vague de mouvements était générale. Non pas un vampire, mais tous. Tous semblaient bouger encore, malgré les perforations et les explosions des balles à ultra-violet dans leurs corps. Et puis il eut le déclic. La preuve que quelque chose n'allait pas dans le bon sens. Le halo blanc. Ce fameux halo qui était le signe distinctif des vampires, dans la nuit, ne pouvait être détecté en les regardant en face. Mais ces lunettes — non pas de simples lunettes à vision nocturne telles que l'armée pouvait utiliser, mais des lunettes adaptées pour un usage plus que particulier — permettaient de voir et de mettre en avant certains détails, inutiles pour le commun des mortels, mais indispensables aux équipes combattantes du Cercle. Et ces lunettes, dans le cas des vampires, trahissaient leur véritable nature en les enveloppant d'un halo blanc. Un halo censé disparaître une fois que la créature était morte. Alors oui, que certains vampires ne soient que blessés et que le halo perdure, OK, il était prêt à l'admettre, même si la puissance de ce dernier aurait dû diminuer avec la vie qui quittait leur hôte. Mais que tous les vampires abattus dégagent encore ce même halo semblait être une coïncidence plus qu'étrange.
Léoni ne savait que faire. Comment cela était-il possible ? Avaient-ils trouvé le moyen de contrer les balles à ultra-violet ? C'était la seule arme véritablement efficace dans ce cas précis, et si cela ne marchait plus, ils allaient avoir de très sérieux problèmes.
Les hommes avaient arrêté de tirer. Les vampires étaient tous tombés au sol, un silence pesant s'était répandu dans les jardins qui entouraient les bâtiments du Cercle. On pouvait distinguer au loin des formes grisâtres, celles qui composaient la deuxième garde de l'ennemi, mais celle-ci semblait totalement immobile. Le cœur des soldats battait d'une même mesure, ils se demandaient ce qui allait se passer maintenant, s'ils pouvaient se considérer comme vainqueurs ou s'il fallait s'attendre à ce que de nouveaux assaillants déboulent à toute vitesse. Le silence environnant ajoutait de l'angoisse à leur attente. Ils se tournèrent tous vers leur supérieur, espérant un mot de sa part, un ordre, une décision. Mais Léoni semblait perdu. Il fixait droit devant les cadavres étalés au sol, scrutant leur moindre mouvement, observant chaque respiration qui pourrait survenir, surveillant de près les halos blancs qui continuaient à les entourer sans avoir perdu de leur intensité. C'était anormal.
— Qu'est-ce qu'on fait, mon lieutenant ? osa un des soldats.
— On se tient prêts, répondit Léoni sans toutefois tourner la tête.
— Prêts pour quoi ? Vous avez eu des infos ?
— …
— Ceux qui sont là-bas sont en train d'arriver, c'est ça ? demanda-t-il en désignant la horde qui se tenait à quelques centaines de mètres devant eux. Qui sont-ils ? D'autres vampires ?
— Non. Non, pas eux. Je le sens mal. Ce n'est pas normal, finit par avouer le lieutenant, sans toutefois relever la tête. Gardez vos armes en position !
— On change de munitions, mon lieutenant ?
Léoni ne répondit pas tout de suite. Il avait remarqué un mouvement plus net en face de lui. Un mouvement qu'il aurait préféré ne pas voir. Juste sous ses yeux, un vampire semblait reprendre connaissance. Il avait pourtant été touché plusieurs fois, car les impacts étaient clairement visibles, mais il commençait à se relever.
— Chargez vos munitions ! ordonna-t-il à ses soldats.
— Mais...
— Ne discutez pas, chargez vos munitions. Balles à ultra-violet !
Les soldats firent le plein de projectiles et mirent en joue.
— Ils se relèvent ! Ils ne sont pas morts ! Je ne sais pas comment c'est possible, mais ils sont encore vivants ! Alors on ne baisse pas sa garde et on les achève ! Maintenant !
Il n'eut pas le temps d’ajouter un seul mot qu'un des vampires se jetait en avant, prêt à bondir sur la première ligne de défense. Les munitions crépitèrent une nouvelle fois, se concentrant sur cette créature qui semblait tout droit revenue de l'enfer. Elle s'effondra au sol en quelques secondes, touchée en de multiples endroits. Mais son halo blanc ne disparut pas pour autant. Léoni frissonna. C'était impossible. Carrément impossible. Les balles à ultra-violet avaient fait leurs preuves depuis bien longtemps. Un vampire touché pouvait effectivement, avec un peu de chance, se relever, s'il avait été frappé sur une jambe ou un bras, mais il finissait par s'effondrer de toute manière. Or ici ils ne semblaient pas être au courant de l’efficacité de ces armes dédiées. Vampires : balles à ultra-violet. Cela ne faisait pas un pli... En temps normal.
— On continue, il faut avoir ces saloperies !
Devant leurs yeux ébahis, les cadavres reprirent vie. Les vampires se relevèrent les uns après les autres, comme si les projectiles n'avaient fait que les assommer provisoirement, et qu'ils avaient juste pris un peu de temps pour s'en remettre. Une fois debout ils se jetaient de nouveau en avant, s'élançant vers les militaires dont les armes continuaient à vomir des centaines de balles censées être particulièrement efficaces dans ce genre de situation. Ce qui semblait ne pas être le cas cette fois-ci.
— Tirez ! cria Léoni, plus pour doper ses hommes que pour leur donner un véritable ordre.
Les soldats vidaient leurs chargeurs, mais cela ne semblait pas agir comme il l'aurait fallu. Les créatures tombaient au sol de nouveau, mais elles se relevaient presque aussitôt, comme si les balles qui les atteignaient ne faisait que les ralentir, sans pouvoir les stopper réellement. C'était la première fois que les armes adaptées du Cercle se montraient inefficaces en face d'un ennemi pourtant connu et ordinairement maîtrisé.
Léoni pouvait apercevoir dans ses lunettes le fameux halo qui, lui, ne disparaissait pas. Tout cela était anormal. Un grésillement se fit entendre dans son oreillette.
— Lieutenant Léoni, que se passe-t-il ?
— Je pense que vous le voyez sur vos écrans de surveillance. Les vampires ne réagissent pas comme d'habitude à nos balles à ultra-violet. Ils sont pourtant tous touchés, plusieurs fois d'ailleurs, mais cela ne semble pas les tuer.
— Êtes-vous sûr d'utiliser les bons projectiles ?
Léoni se retint de répliquer. Ces bureaucrates, tout juste bons à être derrière un écran et à signer des papiers, ne connaissaient rien du terrain, et se permettaient des remarques déplacées quant au savoir- faire de ceux qui luttaient au quotidien face à face avec les forces de l'Ombre. Il ravala sa fierté et finit par répondre, en restant le plus calme possible :
— Oui, bien sûr. Nous savons ce que nous faisons. Mais pour une raison que j'ignore, cela ne fonctionne pas comme d'habitude.
— Il faut les arrêter.
— Fermez les portes ! hurla Léoni dans son micro intégré. Fermez les portes !
— Mais vous êtes notre première ligne de défense ! Vous allez finir par les avoir !
— Condamnez ces putains de portes ! cria-t-il une nouvelle fois, alors que le son de sa voix était couvert par le bruit des armes qui crépitaient.
— Si nous fermons ces portes, nous vous abandonnons, lieutenant. Vous et vos hommes.
— Si vous ne les fermez pas, vous perdrez tous ceux qui se trouvent dans le bâtiment ! renchérit Léoni sans baisser le ton de sa voix. Nous sommes des soldats, ne l'oubliez pas ! Fermez ces portes !
Le silence se fit à l'autre bout. Quelques secondes qui lui parurent une éternité. Il savait qu'il avait raison. Lui et ses hommes étaient restés au Cercle. Ils auraient pu quitter l'organisation, une fois leurs pouvoirs disparus, mais ils avaient choisi de demeurer, pour être utiles, encore, tant qu'ils le pouvaient. Comment retrouver une vie normale après avoir vécu auprès des créatures extraordinaires, des pouvoirs psychiques et des armes incroyables ? Ils savaient des secrets que nul être humain ne partagerait jamais. C'était leur vie, et ils en connaissaient les risques. Leur rôle, en ce moment, était de défendre coûte que coûte les installations du Cercle de Madrid. Ils devaient protéger le personnel, surtout les enfants. Car c'étaient eux la véritable force du Cercle. Sans eux, tout un pan de la sécurité du monde s'effondrait. Alors ils n'avaient pas le choix, quitte à y laisser leur vie.
— Nous fermons les portes.
— OK.
Ces simples mots signifiaient qu'ils allaient être seuls, une poignée d'homme livrés à eux-même face à une horde de bêtes sauvages, toutes plus agressives les unes que les autres. Mais il fallait en passer par là.
— Nous vous faisons confiance, lieutenant. Nous croyons en vos hommes. A tout à l'heure.
Il ne répondit pas au dernier message qu'on venait de lui adresser. Non par impolitesse, mais parce qu'il pensait de plus en plus qu'il n'y aurait pas de « tout à l'heure ». Les vampires se relevaient tous les uns après les autres, même après avoir été touchés de multiples fois par les balles qui auraient dû les arrêter dès le début.
— Ils sont à vingt mètres, mon lieutenant !
Léoni fit signe à ses hommes qu'il allait tenter quelque chose. Il ouvrit la poche de son gilet et en sortit une petite boule métallique surmontée d'un Annaau. Il la saisit en main, dégoupilla et la jeta le plus loin possible devant lui. Une grenade à ultra-violet. Aux grands maux les grands remèdes. A ses côtés, trois de ses hommes firent de même et jetèrent les armes vers les vampires. Puis ils se mirent à couvert, et attendirent quelques secondes.
La déflagration fut terrible et les secoua tous. Une grenade faisait déjà pas mal de bruit, mais quatre jetées en même temps, c'était encore pire. Le souffle des explosions renversa trois militaires, qui se remirent en position aussi rapidement que possible. Devant eux le sol était creusé et quatre cratères de plusieurs mètres de diamètres s'étaient formés en quelques secondes. Tout autour, des vampires étaient éparpillés, leurs cris de souffrance résonnaient à travers le jardin dévasté. Nul doute cette fois-ci que beaucoup avaient péri, car contrairement aux balles, les grenades déchiquetaient les corps. Léoni put voir effectivement que certains assaillants avaient été tout bonnement découpés ou démembrés. C'était donc la bonne solution.
Mais combien restaient encore debout ? Le halo blanc était partout présent, et ceux qui n'avaient pas été touchés par la déflagration se lancèrent immédiatement à l'assaut des soldats. Ceux-ci rechargèrent leurs armes et vidèrent leurs munitions sur les vampires qui approchaient rapidement. Ces derniers avaient adopté une autre tactique : pour éviter les prochaines grenades qui risquaient d'être lancées, ils s'étaient séparés et avançaient en rangs dispersés, de telle sorte qu'il était plus difficile de les avoir en grappe. Les balles se perdaient plus souvent qu'elles ne les atteignaient, et les jets de grenade devenaient eux aussi moins efficaces. Léoni dégoupilla et en lança une nouvelle, mais les créatures étaient trop éparpillées sur le terrain pour qu’elle eût un véritable effet sur elles. L'explosion forma un nouveau cratère dans le terrain, mais sans blesser un seul des ennemis. Et ceux-ci fondaient à toute vitesse sur les soldats.
Vergamo hurla sur la gauche, tandis qu'un vampire se jetait sur lui. Il bascula en arrière, voulut relever le bras pour viser, mais la créature fut plus rapide et le désarma en envoyant valser son fusil mitrailleur loin derrière lui. Le soldat se débattait tant qu'il pouvait en criant, cependant le vampire semblait bien plus puissant que lui, et ce malgré les nombreuses balles qui lui avaient perforé le corps. Léoni visa et tira mais les projectiles pour la plupart, ratèrent la cible. Il s'aperçut qu'il tremblait. Il tremblait. La peur s'était emparée de lui. Pour la première fois de sa vie, il sentait le goût de la mort, son corps refusait de lui obéir. Il devait reprendre possession de ses moyens, il devait tirer et viser la tête, il devait...
Le lieutenant Léoni se tut. Le bruit caractéristique d'une nuque qui se brise lui parvint malgré les tirs qui fusaient encore tout autour de lui. Il savait que c'était impossible, qu'il n'avait pu l'entendre, mais pour lui cela avait été aussi clair que s'il avait été au côté de son camarade. Le vampire se redressa, tenant le cadavre de Vergamo à bout de bras. La créature semblait énorme maintenant qu'elle était toute proche. Et toujours ce halo blanc qui la rendait encore plus mystérieuse. D'un geste du bras elle balança le corps du soldat, qui vint s'effondrer au milieu des restes de ses semblables. Puis elle tourna la tête vers Léoni. Celui-ci sentit un frisson lui remonter l'échine. Voilà. C'était son tour. Il mit en joue et tira, tira encore, vida son chargeur sur le monstre qui s'avançait. Les balles pénétraient son corps mais cela ne semblait absolument pas le ralentir. C'était impossible. Sans se retourner, le lieutenant entendit Rosario hurler, dans son dos, et comprit que c'était la fin pour lui aussi. Il fut saisit d'une peur panique. Pour la première fois de sa vie il ne sut que faire. La mort se jouait de lui, alors que le vampire se rapprochait, lentement. Pourquoi ne lui sautait-il pas dessus ? Pourquoi n'en finissait-il pas immédiatement ? Les vampires avaient-ils une conscience, savaient-ils réfléchir ou analyser les événements ? Était-ce vraiment le moment de se poser ces questions ? Et pourtant il ne pouvait s'empêcher de chercher à comprendre. Ses soldats étaient en train d'être tués les uns après les autres, à ses côtés, et il entendait de moins en moins de bruits de tirs. Cela signifiait que la fin était proche. Mais pourquoi son ennemi se tenait-il là en face de lui ? Pourquoi avançait-il aussi lentement en le fixant de ses yeux rouges ? Savait-il qu'il était le chef de cette troupe ? Savait-il qu'il avait donné l'ordre de tuer les siens ? Lui en voulait-il personnellement ? Il n'avait fait que se défendre d'une attaque de la part des forces de l'Ombre. Voulait-il garder celui qui avait donné les ordres pour le coup final ? Comme une sorte de message ?
Léoni se secoua vivement. Le vampire n'était plus qu'à quelques mètres de lui. Il sentit soudainement une force l'envahir, monter du plus profond de ses tripes. Non, il ne voulait pas mourir. Pas aujourd'hui. Il devait partager son expérience avec les hautes instances du Cercle. S'il ne devait en rester qu'un, il serait celui-là. Quelque chose n'avait pas fonctionné, et il devait pouvoir témoigner, pour que cette erreur ne se reproduise plus. Alors il bondit. Il bondit sur ses jambes, se remit debout, tout en gardant les yeux bien fixés sur le vampire qui se tenait en face de lui. Celui-ci s'était arrêté et semblait le regarder. Pourquoi n'agissait-il pas ? Pourquoi n'en finissait-il pas ? Voulait-il le laisser en vie pour qu'un témoin dispense les leçons de cette bataille ? Leur faire savoir que désormais les vampires étaient plus forts que jamais ?
Léoni fit un pas puis, constatant que le vampire ne bougeait pas, il se dirigea vers la porte principale. Il avait dû se blesser sans s'en rendre compte car sa jambe le faisait souffrir à chaque nouveau pas qu'il faisait. Mais il allait vivre. Il en avait le sentiment. Derrière lui les derniers cris de ses collègues s'éteignirent et il sut que c'en était fini d'eux tous.
En revanche lui, il pouvait y arriver. Il se mit à courir comme il le pouvait, alors que le vampire, lui, commença à marcher, lentement, dans sa direction. Marcher. Pourquoi ? Peu importait. Il lui laissait le temps de se sauver. Il ne voulait pas le tuer. Il lui fallait en laisser un en vie, un seul, pour témoigner.
Léoni arriva à la porte blindée, puis ouvrit le capot qui fermait la serrure. Il fouilla dans ses poches à la recherche de son badge. Les activations palmaires et oculaires avaient été abandonnées dans bon nombre de sections du Cercle suite à l'affaire qui avait secoué la branche française quelques mois auparavant. On était revenus à de bonnes vieilles méthodes, mais c'était moins pratique lorsque l'on paniquait et qu'un vampire se tenait juste quelques mètres derrière vous.
Il finit par le trouver, puis le plaqua contre la cellule de lecture. Le voyant passa au vert, puis il dut prononcer son nom. Il bafouilla, tourna la tête pour s'apercevoir que le vampire arrivait, lentement, presque au ralenti. Bien qu'il soit sûr que la créature ne pouvait sourire, il crut pourtant distinguer un certain rictus sur son visage. Il arriva à prononcer son nom de famille, mais oublia son prénom. La porte refusa de s'ouvrir. Il recommença, ne comprenant pas pourquoi cela ne fonctionnait pas. Puis il eut un sursaut. Bien sûr. Prénom, et nom.
— Sergio Léoni, cria-t-il dans le micro.
La porte coulissa lentement, et dès qu'elle se fut assez ouverte pour lui laisser un passage, il s'engouffra dedans. Il lui fallait agir vite et refermer cette dernière. Il se faufilait dans l'espace étroit, sans attendre que la porte s'ouvre entièrement, quand il se sentit tiré vers l'extérieur. Quelque chose venait de l'agripper, et il se retrouva hors du bâtiment en une fraction de seconde. Il n'eut pas le temps de crier, juste un instant pour fixer le vampire qui se tenait devant lui et qui lui avait saisi le bras. De son autre main, il attrapa la tête du malheureux soldat, et d'un seul mouvement lui brisa la nuque. Il laissa retomber le corps du lieutenant Léoni sur le sol, et tourna la tête vers la porte.
Celle-ci terminait de s'ouvrir dans un chuintement, lui laissant le passage libre, ainsi qu'aux autres créatures de la meute.
*
Le silence retomba aussi soudainement que la fureur s'était déclenchée. Le lieutenant Sergio Léoni n'avait pas eu le temps de faire plus d'un mètre dans le couloir qui menait au sas de protection avant qu'une des créatures ne lui tombe dessus : le vampire avait fait un saut en avant et avait atterri sur le soldat qui tentait juste de se mettre à l'abri. Plaqué au sol, le souffle coupé, Léoni n'avait pas eu le temps de réagir. Il avait senti les deux mains griffues de son agresseur se plaquer autour de sa tête, recouvrir ses oreilles, et appuyer fortement sur les os. « C'est la fin », avait-il pensé, juste avant que son cou ne craque et que sa tête ne se retrouve à former un angle improbable avec le reste de son corps. La créature s'était relevée, humant l'air, comme si elle cherchait à détecter les pièges qui pourraient lui être tendus. Ou les hommes, qui ne manqueraient pas de lui tomber dessus très prochainement. Puis le vampire sembla renifler et avisa, par la porte entrouverte, ses semblables qui attendaient avant de pénétrer dans le bâtiment. D'un seul mouvement du bras, il les invita à le suivre, et la meute s'enfonça dans le couloir. Ce fut un déferlement de haine et de cris qui se déchaîna dans la bâtisse, alors que des dizaines et des dizaines de vampires s'engouffraient les uns derrière les autres.
Un peu plus haut, dans les étages, les hommes de la sécurité, réunis autour du Conseil du Cercle madrilène regardaient la scène sur des écrans de surveillance. Alors que les militaires étaient prêts à tout, les membres du Conseil, plus administratifs qu'hommes de terrain, semblaient tétanisés par ce qu'ils voyaient. Eux qui étaient si prompts à prendre des décisions, à donner des ordres qui paraissaient parfois aller contre le bon sens, paraissaient, devant l'adversité, avoir perdu tous leurs moyens.
Ce fut le capitaine Garcia qui donna le premier ordre.
— Envoyez une équipe à leur rencontre. Je veux des hommes armés et prêts à tout. Prenez des balles et des grenades à ultra-violet. Mais prenez aussi des armes classiques. Cela peut servir, car il semblerait que nos amis à longues dents aient trouvé le moyen de résister à nos défenses habituelles.
— Bien, mon capitaine.
— Prenez une dizaine d'hommes et tenez-vous prêts. Ils sont pour l'instant dans le bâtiment, retenus par la vitre blindée. Mais qui sait si elle résistera à leur offensive. Pas de quartier, n'hésitez pas, tirez dans le tas. J'aimerais pouvoir en interroger un, mais si ce n'est pas possible, cela ne me pose aucun problème. Ce qu'il faut absolument, c'est protéger les gamins, OK ?
— Compris, mon capitaine.
Dans le dos du militaire, un murmure s'était fait entendre. Bien sûr qu'il fallait protéger les enfants psys, tout comme les petits tambours, mais il ne fallait pas oublier que la tête pensante de l'organisation était importante. Il fallait aussi qu'ils s'en sortent. Quitte à subir des pertes dans les soldats qui les accompagnaient. Encore une fois les membres du Cercle se plaçaient au-dessus de tout le monde, ce qui finirait bien un jour par les mener à leur fin.
Au rez-de-chaussée, les hommes de Garcia prirent position.
— Lopez et Almeida, vous prenez position de l'autre côté. Nous couvrons cette partie-là.
Les deux militaires traversèrent le couloir, et se mirent donc à découvert par rapport aux ennemis qui se trouvaient de l'autre côté de la paroi de verre. Ceux-ci, en les voyant, se mirent à pousser un cri lugubre, inhabituel pour des vampires, qui monta dans les couloirs et fut entendu dans les étages. Ils semblaient dynamisés par l'apparition des militaires, comme si cela constituait une provocation, alors que les soldats ne faisaient que prendre position pour défendre leurs biens.
Les vampires commencèrent à se jeter sur la paroi, qui trembla mais ne céda pas. Derrière elle, les hommes de Garcia mirent en joue. Le mur transparent tenait bon, mais ils étaient de plus en plus nombreux à se projeter sur ce dernier, et les vibrations se faisaient ressentir jusque dans le sol. Il était fait pour résister aux balles, aux armes, et aux coups frappés par des humains. Il pouvait même encaisser le choc d'un véhicule, mais qu'en serait-il face à une horde de créatures malfaisantes toutes plus puissantes les unes que les autres ?
Plazza abaissa ses lunettes à vision nocturne. Les lumières de sécurité s'étaient allumées et diffusaient faiblement leurs cercles jaunes contre les murs du couloir, ce qui diminuait légèrement l'efficacité des lunettes. Cependant il pouvait toujours distinguer, autour des assaillants, le fameux halo blanc si caractéristique des vampires. Juste pour vérifier, car il ne doutait pas des informations transmises par le lieutenant Léoni. Il baissa la tête et aperçut le corps de ce dernier, quelques mètres en arrière, dans une position grotesque, les fesses remontées, et le cou faisant un angle improbable avec ses épaules. Il frissonna, se promettant de faire payer à ces fils de putes ce qu'ils avaient fait au lieutenant, ainsi qu'à toute son équipe qui avait été décimée à l'extérieur du bâtiment.
Un nouveau coup sur la vitre fit trembler les murs, et tous relevèrent la tête. Il leur semblait que le verre avait bougé, bien plus qu'il ne l'aurait dû.
— Tenez-vous prêts ! hurla-t-il à ses hommes.
Tous ajustèrent leurs armes et se mirent en position. La masse grouillante était trop volumineuse pour qu'ils puissent viser en prenant chacun une cible particulière, donc il faudrait tirer dans le tas, en espérant en toucher et en abattre un maximum afin de les empêcher de pénétrer dans le sanctuaire. Et peut-être ne passeraient-ils pas, après tout, et qu'ils se lasseraient et finiraient par partir. Cette pensée ne le rassura même pas, car il savait qu'il n'en serait rien, et que les créatures qui continuaient à s'élancer et à frapper la paroi de verre finiraient, si elles arrivaient à passer, par les déborder, lui et ses hommes. Il faudrait faire vite, les tuer avant qu'ils ne franchissent le dernier rempart que les soldats constituaient ici. Un nouvel assaut plus violent fit trembler les vitres. Une première fêlure apparut sur le côté droit. C'était impossible. Il s'agissait d'un verre blindé ! Que ces créatures étaient puissantes ! Plazza avait déjà eu l'occasion de se confronter à un vampire, mais celui-ci semblait plus frêle et plus fragile. Il l'avait eu d'ailleurs avec les moyens habituels, à savoir les fameuses balles à ultra-violet. Pourquoi cette fois-ci cela n'avait pas fonctionné ? Qu'est-ce qui avait changé dans leur façon d'agir ?
Il fut interrompu dans ses réflexions par l'alarme qui se déclencha, résonnant dans l'ensemble du bâtiment. Il tourna la tête pour apercevoir les portes des premières salles s'ouvrir, et les petits tambours qui s'y étaient réfugiés jusqu'à présent en sortir, accompagnés des enfants psys dont ils avaient la charge. Il fallait évacuer le rez-de-chaussée car si les vampires passaient, il ne devait pas y avoir d'enfants psys ici.
Plazza tourna la tête lorsqu'un craquement sinistre se fit entendre. Le verre blindé était en train de se fendiller sous les assauts répétés des vampires. Automatiquement, ses hommes réajustèrent leurs armes, prêts à faire feu. Les lumières des couloirs avaient été allumées suite au déclenchement de l'alarme, aussi n'avaient-ils plus besoin de leurs lunettes à vision nocturne pour distinguer les ennemis. De toute manière, ils allaient devoir arroser les assaillants, les noyant sous un flot ininterrompu de balles à ultra-violet jusqu'à ce qu'ils soient tous au sol. Le craquement se fit plus prononcé, et Plazza vit avec horreur les premiers éclats de verre qui allaient céder d'une minute à l'autre. Une fois le premier pet de verre amorcé, l'ensemble de la vitre céderait en quelques secondes. Il leur faudrait donc agir aussi rapidement que possible et tuer les vampires, tous, très rapidement. Aucune créature ne devait passer.
Soudain ce fut l'horreur : le verre éclata, projetant des milliers de morceaux minuscules à travers la pièce, sur des mètres et des mètres. Mais les hommes n'en avaient que faire : ils virent aussitôt la meute de vampires se jeter en avant, se piétinant les uns les autres pour être les premiers à sauter sur les militaires qui se tenaient en face d'eux. Alors les balles fusèrent. Personne ne visait vraiment, il fallait tirer, tirer dans le tas, car vu le nombre des assaillants, de toute manière ils les toucheraient. Effectivement, les vampires tombaient au sol les uns après les autres. Un d'entre eux, plus résistant ou plus vaillant, s'approcha de Lopez qui hurla. Il relevait son arme, prêt à lui balancer une nouvelle salve en pleine tête, lorsque le vampire lui arracha le fusil mitrailleur d'un seul coup de main. Lopez cria de plus belle, et ce fut Almeida qui retourna son arme et tira dans la créature. Celle-ci recula de quelques centimètres, alors que la balle venait de pénétrer dans son corps. Almeida en fut le premier surpris. C'était impossible. Il aurait dû s'écrouler immédiatement. Ahuri, il ne fit pas attention lorsque le vampire se jeta sur lui et lui tordit le cou d'une seule main. Un craquement sinistre se répercuta dans son crâne, ce fut la dernière chose que le soldat entendit. Il s'écroula au sol, tandis que l'immonde monstre se tournait de nouveau vers Lopez. Celui-ci mit en joue et vida son chargeur. Le vampire s'écroula au sol, juste devant lui. Lopez sentait son cœur battre à tout rompre, il avait la respiration haletante et du mal à reprendre son souffle. Il venait de voir, juste sous ses yeux, un de ses meilleurs amis se faire tuer par une créature de l'Ombre. Il sentit monter en lui une colère immense, une rage irrépressible. Il se leva rapidement, fixa deux secondes les vampires qui tremblaient en face de lui sous les balles qui s’enfonçaient dans leurs corps, et hurla en se jetant dans la masse.
— Lopez ! Non ! lui intima Plazza.
Mais il n'y avait rien à faire. Le soldat était comme devenu fou, il sentait monter en lui cette haine, il fallait qu'il la laisse exploser, il fallait qu'il venge son camarade, et pour cela il était prêt à y laisser sa vie. Il allait leur faire payer leurs crimes ! Il s'élança, vidant son chargeur sur les créatures qui tombaient au sol, jusqu'à ce qu'un clic suspect résonne à ses oreilles. Son fusil mitrailleur était vide. Il n'eut pas le temps de le recharger, leva le regard juste pour voir le monstre de la nuit lui tomber dessus, hurla une dernière fois avant de s'effondrer au sol, une plaie béante au niveau du thorax découvrant ses côtes offertes à la vue de tous. Cela sembla exciter les bêtes qui se mirent à pousser ce lugubre cri, encore une fois, et elles se jetèrent en avant vers les hommes qui restaient encore. Quelques balles furent tirées, et les quatre derniers vampires s'effondrèrent au sol.
Plazza ne comprenait pas pourquoi cela avait été aussi difficile. Comment des soldats entraînés, avec du matériel de pointe qui avait fait ses preuves, avaient eu autant de mal à se débarrasser de ces envahisseurs, même s'ils avaient été très nombreux ?
Il fixa les deux hommes qui y avaient laissé la vie, et regarda les nombreux cadavres de vampires étalés sur le sol. Puis lui vint une pensée.
— Pouvez-vous éteindre la lumière ? demanda-t-il dans le micro intégré à son casque.
— Pourquoi ? lui rétorqua un des mecs de la surveillance.
— Je veux juste vérifier quelque chose. Et pouvez-vous en profiter pour arrêter cette alarme ?
La sirène stoppa net. Puis les lumières de sécurité s'éteignirent les unes après les autres. Bientôt la pénombre envahit de nouveau le sas. Plazza rabaissa les lunettes de vision nocturne sur son nez. Il ajusta la luminosité, et ne put s'empêcher de jurer. Sur le sol, partout, des dizaines de créatures étaient allongées. Tout autour d'elles, un halo blanc scintillait. Encore.
Puis il vit un mouvement sur sa droite. Avant même qu'il ait pu réagir, la créature était sur lui. Les hommes, surpris, mirent en joue et tirèrent. Mais le monstre fut plus rapide. Il saisit Plazza par le torse, puis le souleva comme si ce n'était qu'un fétu de paille et le positionna juste devant lui. Les soldats hurlèrent et stoppèrent net leurs tirs, mais c'était trop tard. Des dizaines de balles criblaient le torse du caporal Plazza, et les yeux grands ouverts de ce dernier fixaient, de son regard mort, ses compatriotes, semblant leur demander « pourquoi ».
Cet instant de doute et de surprise fut fatal aux soldats. Il ne leur fallut que quelques secondes pour se remettre de cette vision, mais les vampires furent plus rapides : un grand nombre s'étaient déjà relevés et s'étaient jetés sur les grenadiers qui n'avaient pas eu le temps de réagir. Le carnage fut rapide, et les quelques balles qui furent tirées ne servirent pas à grand chose. Les sept hommes restants furent bientôt tous à terre, déchiquetés, le corps labouré, le regard vide.
Puis les vampires se ruèrent dans le couloir. Des hurlements de peur se firent entendre immédiatement. Les salles n'avaient pas eu le temps d'être complètement évacuées, et il restait des petits tambours, des tuteurs et des enfants psys. Ces derniers devaient être protégés avant tout. Les petits tambours et les tuteurs portaient des armes, mais avec des munitions traditionnelles. Que pouvaient-ils faire contre des vampires ? Cependant les vampires tombaient au sol, même s'ils bougeaient encore, et cela fut suffisant pour évacuer quelques enfants vers le dortoir.
— Paula ! Viens, dépêche-toi ! hurla une des femmes qui venait de quitter un bureau.
