Christmas - Tim Corey - E-Book

Christmas E-Book

Tim Corey

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Beschreibung

Pour patienter jusqu'au 25 décembre, voici un calendrier de l'Avent particulier...composé d'histoires fantastiques !

Tim Corey vous convie dans ce recueil à feuilleter un calendrier de l'Avent tout spécialement concocté pour vous : 24 histoires fantastiques d'hiver et de Noël, pour patienter jusqu'au 25 décembre en frissonnant...

Découvrez vingt quatre histoires d'hiver et de Noël pour ressentir la magie des fêtes !

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Seitenzahl: 312

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon, sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Du même auteur

The complete Tales from the Otherlands- vol. 1

(Nouvelles adultes)

The complete Tales from the Otherlands – Vol. 2

(Nouvelles adultes)

The complete tales from the Otherlands – vol.3

(Nouvelles adultes - à paraître)

Le monde de Marie –

A la recherche de la Véraline

(roman jeunesse à partir de 8 ans)

Série Le Cercle et l'Ombre

L'Aube de L'Ombre – tome 1

(roman adolescents)

Diversion – tome 2

(roman adolescents)

Série Otherworlds

Dissidents – tone 1

(roman adolescents)

Série Le Cercle : Temporel

Chroniques Victoriennes

(Nouvelles adultes - à paraître)

Tim Corey

J'ai voulu dans ce recueil vous présenter vingt quatre nouvelles, vingt quatre histoires d'hiver et de Noël, comme une sorte de calendrier de l'Avent pour vous faire patienter jusqu'au 25 décembre. A vous de voir si vous voulez en découvrir une chaque soir avant de dormir, ou si vous préférez les enchaîner les unes après les autres, impatient de ressentir la magie des fêtes s'emparer de vous...

Joyeux et horrifique Noël à tous

Tim Corey

Un Noël en famille

J’avançais comme je le pouvais sur cette petite route perdue, tandis que les bourrasques de vent menaçaient de me faire quitter le chemin. La voie était glissante, la neige qui s'était remise à tomber gênait la visibilité. Je n'y voyais pas à plus de deux mètres, et je roulais quasiment au pas. Je maudissais intérieurement le GPS qui m'avait indiqué un autre trajet, loin des axes principaux, embouteillés en cette veille de Noël. Si j'avais cru à une bonne idée au départ, je réalisais à présent que c'était pour moi un cauchemar. Je jetai un rapide coup d’œil sur l'horloge du tableau de bord ; celle-ci indiquait 18 h 12. A cette heure-là, j'aurais déjà dû avoir rejoint mes amis, dans le chalet que nous avions loué tous ensemble pour fêter ce réveillon. J'étais encore au moins à deux cents kilomètres du lieu de rendez-vous. Autant dire que je n'y serais pas rendu à 19 h, et que j'arriverais donc bien en retard. J'aurais sûrement raté les amuse-gueule, et même sans doute le foie gras, les huîtres, et autres entrées classiques d'un repas de Noël. De toute manière les éléments semblaient s'être ligués contre moi, et, entre le vent qui menaçait de me pousser dans une congère sur le bord de la route, et la neige qui obstruait mon champ de vision, je n'y pouvais pas grand chose.

Alors que je croyais avoir atteint le pic des emmerdements, le voyant lumineux de la jauge d'essence se mit à clignoter. J'avais pourtant fait le plein avant de partir, mais les détours orchestrés par le GPS, et le fait que j'avance au ralenti, avaient dû pomper un peu plus de carburant que d'habitude. Je pestai et croisai les doigts pour tomber miraculeusement sur une station essence, perdue en plein champs, afin d'éviter de me retrouver coincé dans ma voiture un 24 décembre, en pleine tempête de neige.

Si cela devait se produire, je ne mourrais pas de faim, puisque c'est moi qui étais chargé d’apporter le dessert. J'avais dans le coffre une belle bûche pâtissière pomme/caramel pour huit personnes. Le plein de glucides pour tenir la nuit ici s'il le fallait vraiment.

Comme pour me donner raison, la voiture cahota et finit par s'arrêter totalement. Étonnamment, je ne pestai pas contre le sort qui me jouait ce tour, m'étant plus ou moins résigné depuis que j'avais compris que m'embarquer sur cette petite voie secondaire n'avait pas été la meilleure idée. Ne manquerait plus qu'un sadique ou un tueur surgisse sur le bord de la route et je disparaîtrais comme cela sans avoir pu donner de mes nouvelles ! Je chassai bien vite ces pensées morbides de mon esprit, et cherchai sur le siège passager mon téléphone portable. L'ayant trouvé, je tentai d'appeler un de mes amis pour lui signaler que j'aurais, à priori, un peu (voire beaucoup) de retard. Je ne désespérais pas de trouver une solution, quitte à appeler une dépanneuse, me trouver un petit hôtel sur le coin et repartir demain matin. Je pourrais toujours profiter de la fin du séjour.

La fin du séjour. Je n'étais pas à quelques jours près : je venais de perdre mon travail, je n'avais donc pas à m'en faire pour ma reprise du boulot. A peine quinze jours après ma rupture avec Vanessa, cela faisait un peu beaucoup pour un seul homme. Je subodore d'ailleurs que ma perte d'emploi fut la conséquence directe de la fin de mon couple. Quoi qu'il en soit, je n'avais pas grand chose qui m'attendait, du moins pas dans l'urgence. Je tapotai sur mon téléphone, tentant d'appeler Eric, mon meilleur ami, qui devait déjà avoir fait une ou deux descentes de piste, vu qu'il était normalement arrivé en début d'après-midi à la location. Je constatai avec désespoir (mais cela ne m'étonnait pas plus que cela, après tout) que je n'avais aucun réseau, et que j'étais donc coincé dans le véhicule, en plein milieu des plus grosses chutes de neige que l'on ait dû voir ici depuis des années.

Je soufflai longtemps pour me calmer. Ok. De toute manière, il n'y avait rien à faire. Simplement attendre. Je tentai plusieurs fois de rappeler mes amis, mais à aucun moment je ne réussis à capter un semblant de réseau téléphonique. La nuit était tombée, l'intérieur de la voiture commençait déjà à se refroidir. J'allais sortir pour récupérer la bouteille de champagne, la bûche et une couverture de survie que j'avais dans le coffre, quand j'aperçus des lumières à quelques distances de la route, perdues parmi les sapins.

J'enfilai ma parka comme je le pouvais en me tortillant dans tous les sens, et je pris la décision de sortir malgré la tempête qui s'abattait sur le coin. Je ne distinguais pas grand chose, mais il me suffisait de suivre les lumières, et j'espérais tomber sur une maison d'où je pourrais appeler un garagiste ou une dépanneuse. J’avançais lentement, un bras devant mes yeux pour empêcher la neige de complètement bloquer ma visibilité. Bien que les lumières ne me paraissent pas être si éloignées que cela, j'eus la sensation de mettre des heures à arriver près de la maison.

Une grande et magnifique cabane en bois, que dis-je, un chalet de belle taille, perdu au milieu des arbres, semblait tout droit sorti d'un conte de fée. Les fenêtres dispensaient vers l'extérieur une douce et chaude lumière, et la cheminée sur le toit fumait abondamment. Je m'approchai doucement, me secouai pour avoir l'air présentable, et cherchai la sonnette. Il n'y en avait pas. Alors je frappai, mais mes mains gelées ne me permirent pas d'y aller franchement, et je doutais que les habitants m'aient entendu. Je toquai une deuxième fois, y mettant cette fois-ci tout mon cœur, à défaut d'utiliser mes mains correctement.

La porte s'ouvrit lentement, juste pour laisser passer un demi visage. Je m'excusai et expliquai la situation. Devant ma mine déconfite, la porte s'ouvrit un peu plus, et on me pria d'entrer. Je faisais sûrement pitié, avec ma parka alourdie de neige et mon air de chien battu.

Je les remerciai en essayant de ne pas trop salir leur vestibule, en ne me secouant pas trop pour ne pas mettre de neige sur le parquet de l'entrée.

— Mon pauvre, me dit alors une femme sortie du salon. Débarrassez-vous et venez au salon vous réchauffer près de la cheminée.

La voix était agréable, et très douce. Je défis ma parka et l'accrochai à une patère suspendue au mur, puis je relevai la tête. Je stoppai net en regardant la dame en face de moi.

— Maman... murmurai-je sans pouvoir me retenir.

— Pardon ? demanda la femme âgée en me souriant.

— Ma... euh.. désolé, dis-je alors en tentant de calmer mon cœur qui battait la chamade. J'avais... l'esprit ailleurs.

— Ne restez pas là, entrez, dit-elle en accompagnant son invitation d'un geste de la main.

J'hésitais à avancer. Je la suivis, lentement, découvrant l'intérieur charmant de la maison. Je n'osais relever la tête, et j'attendais d'être au centre de la pièce pour la fixer de nouveau. Un nouveau choc me prit, me coupant la respiration. Je n'avais pas rêvé. La gentille dame qui se trouvait en face de moi ressemblait trait pour trait à ma mère. C'était impossible... Un sosie parfait. Cela me fit immédiatement monter les larmes aux yeux.

— Est-ce que ça va ? demanda-t-elle en s'approchant. Vous n'avez pas l'air bien.

— Je... C'est tout ça... La voiture en panne, la tempête de neige... Mes amis qui doivent m'attendre...

— Je comprends. Généralement, peu de véhicules passent par ici, vous savez. Vous vous étiez perdu ?

— J'ai suivi mon GPS.

— Ah, la technique ! dit-elle en riant. Asseyez-vous.

— Je ne veux pas vous déranger. J'ai tenté d'appeler mes amis, ou un dépanneur, mais je n'ai pas de réseau.

— Qu'est-ce que je vous disais ! La technique ! renchérit-elle en riant de nouveau.

— Peut-être pourrais-je utiliser votre téléphone ?

— Ça aurait été avec plaisir, jeune homme… si ce n'est... qu'avec la tempête, il ne fonctionne plus. Une ligne a dû tomber au sol comme il y a quelques années. Il va nous falloir attendre que tout cela soit réparé.

— Mais... je dois repartir. Mes amis doivent s'inquiéter.

— Je sais bien, mais il n'y a rien à faire, malheureusement. Robert pourra peut-être essayer de vous emmener en ville demain, si les routes sont assez dégagées pour rouler.

— Demain ? Mais...

— Vous allez rester ici cette nuit.

— Je ne veux pas vous déranger. Je suis arrivé comme cela...

— Vous ne nous dérangez pas. C'est Noël, après tout !

Je tremblais malgré moi. C'est tout à fait ce que ma mère aurait pu faire si un individu perdu était venu sonner à la porte le soir du réveillon. Pourtant ce n'était pas ma mère. Mais la ressemblance était frappante. Et cette voix ! C'était SA voix !

Des pas en provenance du couloir me firent tourner la tête. Je vis apparaître un homme, son époux, sans aucun doute, qui revenait une bouteille de vin à la main. Je sursautai une nouvelle fois.

— Papa...

La vieille dame tourna le regard vers moi et fronça les sourcils. Je la regardai, gêné. Mon cœur battait la chamade, j'étais sur le point de me sentir mal. La coïncidence était de trop. Que cette femme ressemblât trait pour trait à ma mère, passait encore. Mais que son mari soit le portrait craché de mon père, et qu'il porte le même prénom ! Robert ! C'était trop pour moi.

— Je suis désolé, dis-je en me levant. Je ne vais pas vous embêter. Je vais passer la nuit dans ma voiture et je reprendrai la route demain matin.

— Mais ne soyez pas bête, voyons ! Vous avez vu ce qui tombe ? Vous allez mourir de froid dehors !

— Bien sûr, mon garçon, renchérit le vieux monsieur. Vous pouvez tout à fait rester ici ; cela fait des années que nous n'avons pas eu d'invité pour le réveillon. Il y a bien assez à manger pour trois, n'est-ce pas, Martha ?

Je m'effondrai sur le canapé. Martha. Le prénom de ma mère. C'était impossible. Je vivais un cauchemar. Mes parents se trouvaient en face de moi. Du moins des personnes totalement identiques à eux. Mais cela ne pouvait être vrai. Mes parents étaient décédés deux ans plus tôt, dans un accident de voiture, avec ma sœur. Tous trois étaient morts sur le coup.

J'éclatai en sanglots. Martha s'approcha de moi et me prit dans ses bras.

— Il ne faut pas vous mettre dans cet état, jeune homme. Quel est votre prénom ?

— Xavier, prononçai-je entre deux reniflements.

— Enchanté, Xavier. Comme vous avez dû le comprendre, je m'appelle Martha, et voici mon époux, Robert.

Pour toute réponse, je tentai de sourire en remuant la tête. Ma gorge était nouée, et je ne pouvais prononcer un mot.

— Ne vous en faites pas pour votre voiture. Elle ne bougera pas d'ici, renchérit le vieux monsieur.

— Et pour vos amis... j'espère que cela ne va pas leur gâcher leur réveillon.

Je ne pensais déjà plus à eux, tellement mon esprit était accaparé par d'autres événements. Ma voiture était le cadet de mes soucis.

— Allez. Déchaussez-vous. Robert va vous passer une paire de pantoufles. Retirez votre veste et mettez vous à l'aise. On devrait passer à table d'ici une petite demi-heure. En attendant, postez-vous devant la cheminée, cela va vous détendre et vous faire du bien.

Je leur obéis, enfilai les chaussons prêtés par Robert et m'approchai du feu. Petit à petit, il réchauffa mon corps transi et mes tremblements se calmèrent. Je ne comprenais toujours pas la situation, mais puisque le destin m'avait poussé par ici, je voulais profiter du moment autant que possible.

— Un petit cognac ? me demanda alors Robert.

Le cognac, la boisson préférée de mon père.

— Oh, désolé, je ne suis pas très cognac.

— Un whisky alors ?

— Ah je veux bien.

Je le regardai de loin. Il avait les mêmes manières que mon père, la même façon de faire tourner la boisson dans le verre avant de la boire. Je n'arrivais pas à m'en remettre. Nous nous assîmes dans des fauteuils confortables et je détaillai la pièce. Rien ne m'était familier de ce côté-là. Les ressemblances s'arrêtaient aux deux personnes qui habitaient ce charmant chalet. Robert me questionna alors sur ma vie, et je lui racontai tout dans les grandes lignes. C'était étrange pour moi de devoir raconter cela, alors qu'en le regardant, j'avais l'impression de parler à mon père, qui connaissait donc déjà tous les détails de mon existence. Il parut très intéressé, sans se montrer toutefois trop indiscret. Je lui demandai s'il travaillait toujours, et il m'avoua être à la retraite, de même que son épouse. Les métiers qu'ils avaient effectués n'étaient pas les mêmes que ceux de mes parents. Nul doute que ce n'étaient pas eux. Comment aurait-il pu en être autrement d'ailleurs ?

Martha revint au salon et son époux lui servit un verre. Avant qu'il ne débouche la bouteille, je pensais intérieurement « Tiens, ton petit génépi, qui va bien t'ouvrir l'appétit ». C'était toujours ce que répétait mon père à ma mère en lui servant cet alcool en apéritif.

— Et hop, un doigt de génépi, lança alors Robert.

Je sursautai. La phrase n'était pas la même, mais l'alcool que Martha buvait était celui de ma maman aussi. Mon menton tremblota de nouveau.

— Ça va t'ouvrir l'appétit, conclut-il en lui apportant le verre.

Ils rirent tous deux, tandis que Martha se retournait vers moi.

— A votre santé !

— A votre santé, répétai-je, incrédule.

Nous vidâmes nos verres, et Robert nous en resservit un deuxième. L'alcool, mêlé à la fatigue du voyage, me fit vite tourner la tête. Je me lançai :

— Vous êtes souvent seuls pour le réveillon ?

— Oh... commença Martha. Il y avait encore quelques années, notre fille faisait le chemin pour le passer avec nous. Mais depuis son remariage, elle préfère aller voir sa belle famille.

— Votre fille... murmurai-je. Patricia...

— Pardon ? sursauta-t-elle. Comment connaissez-vous son prénom ?

Je n'osai lui dire que c'était le prénom de ma sœur. J'avais dit tout haut ce qui m'était passé par la tête.

— Je n'en sais rien. J'ai dit cela par hasard.

— Eh bien, quelle coïncidence ! conclut Robert en riant. L'alcool vous donne de super pouvoirs, Xavier.

C'était la première fois qu'il m'appelait par mon prénom. L'intonation de sa voix était la même que celle de mon père. Je retins une nouvelle fois mes larmes.

— Vous paraissez fatigué, me souffla Martha.

— Oui, un peu. Ma vie... a été chamboulée dernièrement. Je me suis séparé de mon amie, et je viens de perdre mon travail. Ce petit intermède prévu avec mes amis tombait à pic.

— J'espère que vous passerez quand même un bon moment ce soir avec des antiquités telles que nous ! lança Robert en riant.

— Parle pour toi, vieux machin ! lui répondit Martha dans un éclat de rire.

Je me mis à rire aussi, en les voyant aussi complices que pouvaient l'être mes parents.

Nous passâmes à table, et le repas fut excellent. Martha était aussi bonne cuisinière que le fut ma mère, et elle avait préparé beaucoup trop. Il en resterait pour le lendemain midi. Nous passâmes un très bon moment. Je retrouvais dans la discussion les longues conversations passionnées que l'on avait avec mon père. Martha nous laissa après le plat principal, et débarrassa la table tandis que nous débattions avec son époux.

Cela nous permit de faire une pause, car je sentais que j'avais trop mangé. Je sursautai d'un seul coup. Je quittai la table brusquement, et me dirigeai vers le couloir.

— Pouvez-vous m'attendre ? Je n'en ai pas pour longtemps.

— Où allez-vous ? demanda Robert en me voyant enfiler mes chaussures et ma parka.

— Je reviens.

La neige s'était arrêtée de tomber, et je filai aussi vite que possible vers ma voiture. Maintenant que la tempête ne soufflait plus, je pouvais voir que mon véhicule n'était qu'à une trentaine de mètres de la maison. Je courus comme un dératé, pris le sac qui contenait mes affaires de rechange, et me saisis de deux ou trois petites choses supplémentaires.

Je revins au chalet les bras chargés, et fus obligé de toquer à la porte pour que l'on vienne m'ouvrir.

— Mais...

— Je suis allé chercher mes affaires, annonçai-je.

Je posai le tout au sol, défis mes chaussures et ma parka, et me saisis de ce que j'avais apporté.

— Une bûche pâtissière pomme/caramel !

Les deux retraités me regardèrent, les yeux écarquillés.

— C'était à moi d'apporter le dessert, mais comme je ne pourrai pas rejoindre mes amis... On ne va pas la laisser se perdre !

— Vous êtes certain que demain elle ne sera plus bonne ?

— Demain, ce ne sera plus le réveillon !

Nous passâmes dans le salon, et je posai la bûche sur la table. Je filai dans le couloir et extirpai de mon sac deux bouteilles de champagne et une grosse boîte de chocolats belges.

— Et voilà de quoi accompagner notre fin de repas.

— Mais, vous pouvez les conserver pour vos amis !

— Eh bien, ce soir je suis en excellente compagnie. Vous m'avez accueilli, et proposé de partager votre repas de réveillon. Je ne pouvais rêver mieux. J'ai eu l'impression d'être de nouveau... en famille, dis-je en sentant les larmes me monter aux yeux.

— Oh, cela nous a fait plaisir aussi. Si nous avions eu un fils, nous aurions aimé qu'il soit comme vous.

Je souris, et je ne pus retenir mes larmes. J'aurais tant aimé pouvoir leur dire...

a

Robert m'emmena à la ville chercher de l'essence, et nous revînmes ensemble au chalet. Je les remerciai chaleureusement pour tout, je rassemblai mes affaires et les fourrai en vrac dans mon sac.

Martha me serra dans ses bras, et je ne pus m'empêcher de sentir son parfum. Ce parfum que je connaissais par cœur.

— Fais attention à toi, fiston, me dit alors Robert en me serrant la main.

— Je le ferai. Prenez soin de vous aussi.

— Promis.

Je m'éloignai dans la neige, sentant monter en moi une boule qui me serra la gorge. Mes yeux s'humidifièrent tandis que j'avançais vers ma voiture. Je me retournai, et les regardai qui me disaient au revoir.

Je posai mon sac dans la neige, fis demi-tour et revins vers eux en courant.

— Tu as oublié quelque chose, fiston ?

— Non... je... je me demandais... si... je ne pouvais pas venir vous rendre visite de temps en temps... Je ne remplacerai pas Patricia, mais...

— Avec plaisir, me répondit Robert, les yeux brillant d'émotion.

— Reviens quand tu veux, mon petit. Quand tu veux, ajouta Martha.

Je pleurai sans me retenir. Je les embrassai, puis repartis dans l'autre sens. Je ramassai mon sac et rejoignis ma voiture. Je montai à l'intérieur, attendis quelques secondes que mes sanglots se calment. Je les regardai une dernière fois, puis démarrai le moteur.

Je mis en marche le GPS. Regardant la carte qui s'affichait sur mon tableau de bord, je m'adressai à la voix synthétique qui me disait de rejoindre la route en surbrillance.

— Merci. Merci pour tout...

La nuit du 5 décembre

— Campus ! affirma Stefano. Elle a dit « Campus » avant d'être emmenée par les ambulanciers.

— Campus ? demanda l'inspecteur Vallandier, plus pour lui-même que pour attendre une véritable explication de la part de son collègue.

— C'est clair pour moi. Clair comme de l'eau de Rochas !

— De roche.

— Hein ?

— De roche. On dit clair comme de l'eau de roche. Rochas, c'est une marque de parfum, balança Vallandier, l'esprit dans le vague. Qu'est-ce que ça veut dire ?

— Bah, ça veut dire que ça me paraît évident !

— Non, Stefano, je ne te demande pas ce que signifie cette expression. Je m'interroge sur la signification de ce mot.

— Il faut rechercher un campus dans le coin. Elle connaissait son agresseur, c'est un étudiant qui ne doit pas être loin. Peut-être même dans le quartier !

— On ne va quand même pas partir comme ça à l'aveuglette et frapper à toutes les portes pour demander s'il y a un universitaire dans la maison. Non. En plus il fait froid.

— Ah, ça, il caille, inspecteur. J'aurais dû mettre un bonnet, ça me gèle les neurones.

Vallandier tourna la tête vers son agent. Celui-ci lui souriait bêtement. Il constata sans grande surprise que le froid semblait avoir déjà bien attaqué le cerveau du pauvre homme.

— Je rentre au commissariat. Si on n’a pas d'autres indices que cela, on ne va pas aller loin.

— Vous voulez que j'aille à l’hôpital pour prendre des nouvelles de la morte ? demanda subitement Stefano.

— Premièrement, elle n'est pas morte. Sinon ça ne servirait à rien de prendre de ses nouvelles. Deuxièmement, je préfère y aller moi-même un peu plus tard, si ça ne te dérange pas trop.

— Comme vous voulez, inspecteur.

— Passe au bureau, et avec Pérétin vous me cherchez les campus du coin. Nous n'avons que deux universités, on ne devrait pas en avoir tant que ça.

— Ok, patron. On vous tient au courant. Vous voulez ça pour quand ?

— Hier.

— Mais euh... c'est pas trop possible.

Sans répondre, Vallandier fixa son collègue et haussa les épaules.

— C'était une blague, inspecteur ? C'est ça, c'était une blague ?

Vallandier tourna les talons et reprit sa voiture. Direction : le commissariat.

a

— Inspecteur ? On en a deux dans le coin, annonça Stefano en entrant dans le bureau de son supérieur, sans frapper comme à son habitude.

— C'est bien ce que je pensais.

— Vous voulez que j'aille interroger les campus ?

— Interroger les campus ? Tu sais ce que c'est qu'un campus, quand même ?

— Oui. C'est comme une grande maison où des étudiants vivent ensemble. Genre une grosse colocation.

— Grosse... très grosse...

— Mais on fait quoi, alors ?

— Vous cherchez dans les archives si il y a déjà eu ce genre de cas. Ensuite, chacun de votre côté, vous vous rendez auprès du responsable. Il doit bien y avoir un concierge, ou une sorte de syndic, je ne sais pas. N'en faites pas trop, vous demandez juste s'ils ont eu connaissance de certains dérapages chez les étudiants. Des plaintes, ou des besoin de recadrage de leur part.

— Ok. On fait ça tout de suite.

— De mon côté je file à l’hôpital voir cette brave dame. J'aimerais en apprendre un peu plus.

a

L'inspecteur Vallandier était assis à côté de la jeune femme, qui avait été soignée et paraissait choquée. Son bras avait été entouré de bandes et son visage portait de grandes estafilades. Son œil droit avait échappé de peu à l'attaque. Elle semblait dans les vapes, car on avait dû lui donner des médicaments pour la calmer, mais Vallandier avait eu l'autorisation de la voir — quelques minutes seulement pour ne pas trop la fatiguer.

— Madame Werner ?

— Hum, murmura-t-elle en ouvrant les yeux.

— Bonsoir, madame Werner. Je suis l'inspecteur Vallandier, c'est moi qui suis chargé de l'enquête sur votre agression.

— Guten Abend Herr Inspektor1.

— Vous ne parlez qu'allemand ? demanda Vallandier qui espérait sincèrement que la réponse fût négative.

— Nein2. Non. Excusez-moi, inspecteur, un réflexe. Tout cela m'a tellement fait peur.

— Je comprends. Je ne vais pas vous embêter très longtemps, vous avez besoin de vous reposer. J'aimerais savoir ce qui s'est passé.

— Je marchais tranquillement, je revenais du centre ville. Il faisait bon malgré le froid. J'avançais prudemment pour ne pas glisser sur le trottoir. C'est en passant près du petit bois, au fond de l'impasse, Kleine Schwarzwald, comme on l'appelle chez nous. La petite forêt noire.

— Pourquoi cela ?

— Oh, rien à voir avec notre Forêt Noire. Mais ces bois sont trop touffus. On y va rarement, et on n’aime pas voir nos enfants y jouer.

— Je comprends. Votre agresseur se tenait dans ces bois ?

— Oui. Je ne l'ai pas vu avant qu'il soit sur moi. J'ai eu tellement peur que je lui ai jeté mon cabas au visage, et dans la panique je me suis effondrée au sol ; il en a profité pour se jeter sur moi et déchiqueter mon bras. Si je ne l'avais pas remonté au niveau de mon visage, j'aurais perdu mon œil !

— Déchiqueté ? Il avait un couteau ?

— Non ! Non ! Ses griffes !

— Quelles griffes ? C'est une bête qui vous a fait ça ?

— Oui ! Une bête immonde et féroce.

— Vous saurez nous la décrire ?

— Elle est connue. Chez nous en Allemagne, on l'appelle Krampus.

a

Vallandier dégaina son téléphone et appela Stefano.

— Stefano ? Laisse tomber.

— Mais pourquoi ? J'ai déjà eu des renseignements et je suis sur une piste.

— Elle n'a pas dit « Campus ».

— Ah si, elle a dit « Campus », j'ai très bien entendu.

— Elle est d'origine allemande. Elle a dit  « Krampus ».

— Et alors ? Ça ne veut pas dire campus ?

— Non, pas du tout. Passe chercher Pérétin et retournez au commissariat. On a du pain sur la planche.

a

Vallandier n'avait pas perdu de temps. A peine rentré, il avait sauté sur son ordinateur et avait recherché quelques infos sur ce personnage. Krampus.

— Issu du folklore germanique... mi-chèvre, mi-démon... attrape les enfants qui n'ont pas été sages... regain de popularité depuis quelques années...

L'inspecteur marmonnait dans sa barbe en parcourant les notes qu'il avait rassemblées devant lui. Les feuilles imprimées ne lui donnaient pas d'autre vision que celle d'une créature mythologique. Il y avait donc un homme sous cette affaire.

— Donc c'était pas campus, lança Pérétin en pénétrant dans le bureau de son supérieur. Sans frapper, comme Stéfano et lui le faisaient au quotidien.

— Non. Krampus. Un monstre de folklore.

— Ah non ! Ça va pas recommencer !

— De quoi, Stefano ?

— Les enquêtes bizarres ! C'est toujours pour nous !

— Chacun son fardeau, mon pauvre Stefano.

— A croire qu'on les attire, ajouta Pérétin.

— Mais... pourquoi elle ?

— Aucune idée. Elle rentrait de faire ses courses. Elle n'est pas riche, rien ne lui a été dérobé. On l'a agressée, gratuitement.

— Vous avez mis un garde devant sa porte ?

— Non. Pourquoi ?

— On ne sait jamais.

— Elle est à l’hôpital, il y a constamment du monde. Je ne pense pas qu'un démon à cornes sur des pattes de chèvre passerait inaperçu dans les couloirs.

— C'est vraiment un démon à pattes de chèvre qui a fait le coup ? avança Stéfano, peu rassuré.

— Bien sûr, répondit l'inspecteur en le fixant droit dans les yeux. Évidemment.

— Ah ben... moi je vous laisse l'affaire, inspecteur.

— Mais non. C'est un homme déguisé ! Il faut juste qu'on comprenne pourquoi il a agi, ce qu'il voulait, et qui il est. Pour l'arrêter avant qu'il ne passe à l'attaque une nouvelle fois.

La sonnerie du téléphone interrompit la discussion.

— Oui ? dit Vallandier en décrochant. Non ! Ce n'est pas vrai !

L'inspecteur raccrocha le combiné et sauta sur sa gabardine qu'il enfila en sortant de son bureau.

— On arrête l'enquête pour ce soir ? Vous ne vouliez pas l'empêcher d'attaquer une autre personne ?

— C'est trop tard. Et cette fois-ci, sa victime n'a pas eu la même chance que madame Werner !

a

Les ambulanciers étaient déjà en train de charger le cadavre quand ils arrivèrent. Autour du véhicule, les voisins curieux s'étaient massés, et il dut les écarter pour rejoindre le médecin qu'il connaissait bien.

— Forteau ? Comment ça se fait que vous soyez déjà là ?

— On m'a appelé. Elle était déjà morte avant que j'arrive.

— Comment ?

— Multiples lacérations, très profondes. Je ne sais pas encore quelle arme a pu faire ça, mais ce fut d'une rare violence.

— Vous pensez à un couteau, ou quelque chose comme ça ?

— Je ne vois pas autre chose qui aurait pu trancher les chairs de cette manière.

— Des... griffes ? hésita l'inspecteur.

— Des griffes ? Des griffes de quoi ?

— Les griffes de Krampus, leur affirma une voix qui venait de leur dos.

— Krampus ?

— Bonsoir. Kurt Lieber, lui dit le nouvel arrivant en leur tendant la main. Je suis ethnologue. Madame Hermann était... une voisine, dit-il en regardant le corps de la victime monter dans l'ambulance.

— Et l'étude des crypto-monstres fait partie de vos spécialités ? lui demanda le policier.

— Ça peut.

— Inspecteur Vallandier, dit-il alors, en lui tendant la main.

— Enchanté, répondit-il avant de développer : une société n'est pas composée que d'êtres vivants, elle est faite de tout ce qui entoure ces êtres, tout ce qui les construit. Étant Allemand, j'ai commencé par étudier mes concitoyens. Le folklore est une chose qui sculpte les hommes depuis la nuit des temps.

— Mais Krampus est une légende ?

— Si l'on veut. Cependant toutes les légendes ont bien une part de réalité à la base, non ? Vous n'êtes pas d'accord, inspecteur ?

— Dans un certain sens... Mais qui est-il, dans notre cas ? Un imitateur ? Un cinglé ?

— Krampus a été fêté depuis des siècles, en Allemagne et en Autriche. L'église catholique a, pendant un certain temps, interdit les célébrations autour de Krampus, pour éviter la panique que cela pouvait engendrer. Plus près de nous, le parti fasciste, en Italie, voyait dans le personnage une tradition qu'ils associaient aux sociaux démocrates et ont donc interdit toute manifestation autour du personnage. Mais depuis quelques dizaines d'années il refait surface. Krampus est de retour en Allemagne, et encore plus en Autriche, où on le célèbre durant la nuit du 5 décembre.

— C'est aujourd'hui.

— Oui. Et cela ne me semble pas être une coïncidence. On parle de la « Krampuslauf », la pluie de Krampus. Les gens font la fête, s’enivrent, et se déguisent en Krampus pour courir après les personnes qu'ils croisent. Certains costumes sont particulièrement effrayants.

— Ce serait donc ça ?

— Il s'agit juste de faire peur, non de tuer. Krampus est aussi devenu le symbole des « anti-Noël ». Ceux qui, pour une raison ou une autre, détestent les fêtes de fin d'année.

— Et donc ? On aurait quelqu'un qui a décidé de trucider des gens parce qu'ils ont accroché des guirlandes lumineuses sur le toit de leurs maisons ?

— La déduction est un peu rapide, mais c'est une piste à suivre.

— Monsieur Lieber, puis-je prendre vos coordonnées ? Juste au cas où j'aurais d'autres questions.

a

Vallandier revint au commissariat et y retrouva ses deux compères, assis devant leurs écrans qu'ils ne quittaient pas des yeux.

— Alors, demanda-t-il en rentrant dans leur bureau. Vous avez trouvé quelque chose ?

— Il est effrayant votre karpuss.

— Krampus.

— C'est la même chose. Venez voir.

L'inspecteur se pencha sur l'ordinateur de Pérétin et observa les gravures d'époque. Elles représentaient toutes plus ou moins un homme monté sur des pattes de chèvre, avec une tête humaine surmontée de deux énormes cornes de bouc. Ça aurait pu, tout aussi bien, être une illustration du Diable que ça n'aurait pas étonné Vallandier.

— On dirait Pan, murmura-t-il plus pour lui-même que pour ses collègues.

— Pan-pan ? C'est un lapin, inspecteur, vous devez confondre.

— Pas Pan-pan, juste Pan. C'est un dieu grec, protecteur des bergers et des troupeaux. Il ressemble à notre Krampus.

— Vous voulez dire que c'est un dieu qui a fait le coup ?

— Essaye de suivre, Stefano. Je dis juste que les illustrations me font penser à ça. C'est une sorte de satyre.

— On a affaire à un satyre ?! hurla Pérétin.

Vallandier le fixa de ses yeux noirs ; il allait répliquer, mais devant la difficulté de la tâche qui l'attendait s'il commençait à entrer dans les détails, il abandonna. Il haussa les épaules et quitta la pièce. Les deux agents se levèrent et le suivirent.

— Qu'est-ce qu'on fait, inspecteur ?

— Je viens juste me prendre un thermos de café, et je retourne là-bas.

— Pourquoi ? Vous pensez qu'il va attaquer de nouveau ?

— Je n'en sais rien. Une intuition. Je me fie à ce qu'un des habitants du quartier m'a raconté.

— Il a vu la scène ?

— Non. Mais c'est un quartier où se sont rassemblées beaucoup de familles d'origine allemande. Lui-même est de cette nationalité. Il est ethnologue, et m'a donc donné quelques pistes à suivre. Malheureusement, je ne vois pas comment débuter l'enquête, ni du côté des fêtards déguisés, ni de celui des anti-Noël.

— On a du mal à vous suivre, inspecteur.

— Normal. Mais quelque chose m'a fait tiquer. J'ai l'esprit bien plus ouvert maintenant, depuis que l'on a mené ces quelques enquêtes qui en auraient fait passer plus d'un pour fou. Alors je m'attache peut-être aux informations qui pourraient sembler des détails, mais pour moi... Bref, enfilez vos vestes, prenez une voiture. Qui est présent ce soir ?

— Alonzo et Lantard.

— Très bien. Dites-leur qu'ils vous suivent. On se poste discrètement dans la rue, et on attend.

— On attend quoi ?

— Que le monstre se montre à nouveau.

a

Vallandier avait installé Pérétin et Stefano dans une voiture banalisée à l'entrée de la rue. Lui-même s'était garé le long d'une maison illuminée, qu'il préférait garder à l’œil, si jamais l'hypothèse des anti-Noël s'avérait exacte. Au fond de l'allée, juste devant ce que les habitants appelaient « Le bois noir », une voiture de police tentait de se fondre dans le décor. A l'intérieur, Alonzo et Lantard surveillaient les environs.

Le silence s'était imposé dans la rue, les événements tragiques de la journée semblaient avoir été balayés d'un coup de vent. La neige s'était remise à tomber en flocons légers, elle parsemait déjà le sol froid de quelques nappes blanches. Vallandier aurait préféré que les deux agents qu'il avait pris en renfort viennent dans une voiture civile, mais lorsqu'il les avait vus débarquer, il était trop tard pour leur dire de faire demi-tour. Il espérait juste que le cinglé, s'il avait prévu de se montrer une fois de plus, ne serait pas alerté par la voiture qui dépassait d'une allée.

Une voix résonna dans les véhicules de Vallandier et des agents Alonzo et Lantard.

— Inspecteur ? Ici Pérétin. Quelqu'un vient de pénétrer dans la rue, de notre côté.

— Je ne le vois pas encore. Quel est le type de véhicule ?

— Il est à pied.

— Homme ou femme ?

— Je dirais homme.

— Très bien, surveillez-le de loin. Je devrais le voir d'ici peu, à moins qu'il ne s'arrête dans une maison avant d'atteindre ma voiture.

— Il me paraît suspect.

— Pourquoi ?

— Il a un grand sac sur le dos...

— Il a le droit.

— Il a l'air d'un satyre, comme vous avez dit, annonça Stefano en prenant la parole.

— Ce n'était pas ce genre de sat... Oh, laissez tomber.

Le silence revint dans les véhicules. Vallandier plissait les yeux pour mieux distinguer les moindres mouvements. Il eut enfin l'homme dans son angle de vue. Celui-ci marchait dans la neige, avec un sac sur le dos. Mais rien qui en fasse un monstre. Plusieurs fois il dérapa sur le sol glissant. Il finit par s'étaler, les quatre fers en l'air. Il laissa tomber le sac sur le trottoir, et celui-ci s'ouvrit, répandant son contenu dans la neige. Vallandier aperçut quelques boîtes colorées, et haussa les épaules. Le satyre de Stefano transportait à priori des cadeaux emballés. Peut-être s'entraînait-il pour tenir le rôle du Père Noël dans quelques jours.

Il se releva difficilement, rattrapa ses paquets éparpillés, et reprit son chemin. Vallandier aurait bien voulu l'aider, mais il se devait de rester discret, et il se contenta donc de le regarder passer devant sa voiture et continuer son trajet vers le fond de l'impasse.

— Alonzo ? Lantard ? Il se dirige vers vous.

— Très bien, nous surveillons les alentours.

— Il a effectivement un grand sac, mais il vient de se casser la gueule devant moi, à priori ce sont des cadeaux qu'il transporte.

— Ce n'est pas notre homme, du coup ?

— On n’en sait rien. Restez prudents.

— Ok.

Les secondes filèrent, devenant des minutes. Notre suspect marchait toujours. Il semblait se rendre dans les dernières demeures de la rue. Chacun tentait de garder les yeux grands ouverts pour ne rien rater de son avancée. Il avait chuté une nouvelle fois, mais s'était retrouvé assis sur son sac, écrasant sûrement le contenu de son poids.

— Lantard !

— Hum ?

— Là ! Qu'est-ce que c'est que ça ?

— De quoi ?

— Une ombre qui sort du bois. Tu vois ?

— Merde ! Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

Alonzo se saisit de sa radio et appela Vallandier.

— Inspecteur ? Ça bouge à l'orée du bois.

— Comment ça ?

— Quelque chose d'énorme vient de sortir de sous les arbres.

— Un homme ?

— Eh bien... ça se tient debout, mais... vous ne me croiriez pas...

— Il a des cornes sur la tête.

— Comment avez-vous deviné ?

— C'est notre homme ! J'arrive.