Le couvent des envies - Jean-Baptiste Messier - E-Book

Le couvent des envies E-Book

Jean-Baptiste Messier

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Beschreibung

Mini-roman libertin, interdit aux moins de 18 ans. Lecture susceptible de choquer les croyants. Frère Paul a l'intention de partager sa conception de la vie avec ses disciples. De jeunes gens soumis devant l'autorité qu'il incarne au sein du pensionnat, des novices qui boivent littéralement ses paroles. Cependant, une jeune femme détourne son attention. Virginia est différente des autres. Elle doute de presque tout sauf de son amour, un amour inconditionnel qui la conduira au coeur d'expériences interdites par l'Église, à plus forte raison au temps de l'inquisition.

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Seitenzahl: 58

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Le couvent des envies

TitreIIIIIIIVVVIVIIVIIIIXXXIPage de copyright

Titre

LE COUVENT DES ENVIES

Jean-Baptiste Messier

I

I

J’ouvre les yeux et regarde le Christ au corps tordu de souffrance sur sa croix en face de moi. Les draps rêches sur mon corps nu et mon sexe en érection. La croix en fer forgé sur le mur blanc. Je soupire. An 1346, quarantième anniversaire. L’occasion de récapituler. Je me lève et prends un broc d’eau pour me baigner.

Je revêts ma robe en bure ceinturée d’une corde grossière, je fais jouer les boules du chapelet entre mes doigts. Je repense au moment où l’on m’a confié ce rosaire et tondu la chevelure, le jour de ma conversion devant mon père spirituel.

« Paul, contrairement à beaucoup de tes frères ici qui sont puceaux de la vie, tu as vécu, et tu as commis des crimes, tu t’es sincèrement repenti, tu as prouvé par de durs travaux dans notre monastère que ta rédemption était entière. Tu monteras sur la chaire et prêcheras la bonne parole à nos novices. »

Me voici arrivé au cloître. J’observe une jeune novice. Après son baptême, elle deviendra religieuse, vivra des années dans un couvent quelconque à prier, communier, cultiver le potager et finira par nourrir les pissenlits, comme beaucoup d’autres avant elle, et beaucoup d’autres après elle.

Mes mains burinées par le travail s’arrêtent d’égrener le chapelet, j’observe plus attentivement. C’est la jeune femme qui s’assied au premier rang à tous mes sermons, les yeux brillants et les lèvres humides. Je me demande si c’est le feu de Dieu qui l’inspire. J’ai connu les femmes.

La cloche retentit, il est temps de faire mon sermon. Derrière moi, j’entends les pas précipités des impétrants et impétrantes. 

II

II

Cette chapelle est ma maison. Je m’y sens bien. La lumière qui fuse à travers les vitraux colorés m’inonde d’amour et je n’ai qu’une envie, partager cet amour avec le frère qui fait son sermon devant nous. Ma bible ouverte pour cacher ma gêne, je caresse les pages y cherchant un passage.

«1 Corinthiens 14:34 Que vos femmes se taisent dans les Églises, parce qu’il ne leur est pas permis d’y parler ; et qu’elles soient soumises, comme la loi le dit aussi.»

Je me soumettrais volontiers à cet homme qui a vécu ce que je ne me suis jamais permis, toutefois, mon amour pour le Seigneur m’interdit de telles pensées. Je devrai me punir plus tard, lorsque je me recueillerai dans ma chambre. Être sœur est une vocation sérieuse et qui se mérite, j’en suis bien consciente. Parfois, je ne sais plus quel désir est plus puissant, celui de servir Dieu ou celui de satisfaire cet instinct primaire que j’étouffe au fond de moi. Depuis que je suis toute petite, on m’a dit que le sexe est mal. Les rapprochements ne servent qu’à peupler la terre et non à propager le plaisir. Mes compagnes boivent aussi les paroles du frère Paul avec ferveur, mais je sens qu’un lien intangible nous unit. Lorsqu’il parle, il plonge son regard dans le mien, il sonde mes pensées et sait ce qui m’habite.

Dans ma chambre, je fais glisser ma robe sur mes épaules frissonnantes. J’imagine la bouche de l’homme d’Église qui les baise gentiment. Le fouet dans la main, avide de souffrance pour expier mes péchés, je frappe mon dos avec force. Rien n’est plus douloureux, en ce moment précis, que l’idée d’avoir à refuserl’amour charnel pour l’éternité. Que le Seigneur me préserve de commettre une faute, j’ai besoin de sa grandeur pour mon salut.

III

La chaleur est étouffante en ce coin de Calabre, certainement ce monastère compte parmi les plus chauds d’Italie. Une fournaise, une chaleur d’enfer. Le soleil a passé le zénith, mais continue de darder ses rayons. Dans la salle attenante au confessionnal, j’attends mes clients, pauvres hères sans personnalité qui errent à la recherche de chimères. Le visage tourmenté, un jeune homme est venu m’avouer qu’il avait volé une botte de carottes dans le potager. S’il savait…

Un bruit léger de pas dans le couloir, Virginia la jeune femme au regard de feu se dirige vers moi, le pas décidé. Va-t-elle me parler de poireaux ou de carottes ?

« Mon père, j’ai besoin de me confesser. »

Nous entrons dans le confessionnal. Séparés par la mince paroi en bois, je vois ses lèvres et la pointe délicate de son nez. A-t-elle deviné mon envie ? Elle rabat sa capuche et libère ses cheveux châtains dont le parfum titille agréablement mes narines.

« Qu’est-ce qui vous amène ici ma sœur ? 

   — Vous… enfin je veux dire, vous savez, j’ai des rêves qui m’inquiètent beaucoup. Je me demande si le malin est entré en moi.

    — Calmez-vous ma fille, ce n’est certainement pas si grave. Racontez-moi.

Le front blanc se plisse, les paupières se tendent et expriment la passion.

    — Un homme ici me trouble, j’ai des désirs qui agitent ma chair. Mon sexe devient humide quand je le vois et j’ai des envies dont je ne sais que faire mon père !

    — Tout cela me semble bien naturel ma sœur, vous êtes jeune !

    — Oui… Mais comment faire ? Je crains de devenir folle !

Je repense à toutes ces années dans ce maudit monastère où je guettais l’occasion d’enfin baiser une jouvencelle au lieu de quoi je gémissais tout seul sur mon lit de paille et exhalais ma jouissance entre mes mains. Pas plus tard qu’hier, j’étais allé observer les jeunes femmes qui se baignaient dans la rivière en contrebas. À l’ombre des branches des chênes, elles trempaient, nues, dans une joyeuse intimité. J’ai décalotté mon gland et honteux d’en arriver là, j’ai joui en un râle maudit. Dieu m’avait-il entendu en m’envoyant cette charmante ouaille ?

    — Ma fille, j’ai peut-être une solution pour vous, faute de mieux si vous voyez ce que je veux dire…

    — Mon père, je vous écoute.

    — Un voyageur venant d’Asie à ce qu’il me racontait, m’a donné en échange d’un service rendu un chapelet réduit à deux grosses boules de métal.

    — Mon père. je ne vois pas en quoi la taille des boules pourrait résoudre mon problème ?

   — Attendez un peu. Ce voyageur me révéla que les femmes en Asie inséraient ces boules dans leur grotte soyeuse et que marcher avec elles les mettait dans un état d’extase insoupçonnable.

    — Oh !… Oh ! Et vous avez ce chapelet ici ?

  — Oui, je m’en sers comme chapelet quand de grands tourments m’assaillent, il m’est agréable de sentir les boules entre mes doigts. Le métal est bien poli, très agréable au toucher. Si vous voulez, mon enfant, venez le prendre quand l’après-midi se termine et que j’ai fini mon office.

    — Je ne sais trop mon père, je ne m’attendais pas à pareille proposition…

   — Soit ! Je serai dans ma chambre et vous viendrez si vous avez assez d’audace. Sachez ma fille que vous êtes bien trop jeune pour éteindre les feux de la chair. »

Virginia se recouvre la tête de sa capuche, se rajuste et sort du confessionnal la démarche hésitante, me semble-t-il.