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Nouvelle érotique et fantastique. Atmo, un pêcheur misérable, croupit sur une petite île non loin de Sumatra. Sa femme, Bambang, à la beauté exceptionnelle, attire la concupiscence des autres hommes. Atmo se sent coupable de ne pouvoir lui offrir de vie meilleure. Quant à Bambang, songerait-elle à monnayer des services indécents auprès d'un richissime Chinois ? Le sexe, l'amour et la drogue les empêchent de sombrer dans le désespoir. Pourtant Atmo, dans un livre mystérieux "Les portes d'Euphoria", a peut-être trouvé une solution qui dépasse l'imagination... Une sirène qui lui donnerait la richesse.
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Seitenzahl: 26
Veröffentlichungsjahr: 2018
Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0
Accroupi sur le ponton, mes mains, creusées par le sel de mer, démêlent les fils de chanvre à l’aide d’un gros peigne en bois. J’entends l’eau qui bat contre les piles en bois. Le soleil tape sur mes épaules bronzées, laissées découvertes par mon marcel sali par le sang des poissons. Autour de moi, l’agitation des pêcheurs règne. On s’interpelle bruyamment. On se raconte des histoires de pêches, on blague. Kusumo, mon meilleur ami, me hèle :
« Atmo, tu connais cette blague ?
— Quoi encore ?
— Allez fais pas ta mauvaise tête, écoute ça :
Un pêcheur rentre au port et raconte à ses collègues : Incroyable… Vous savez ce que j’ai rencontré ?
— Non.
— Une sirène !
— Ça alors ! Et comment nageait-elle ?
— Très mal, elle m’a fait une queue de poisson ! »
Depuis quelque temps, de noires pensées m’agitent et je souris à peine. Mes mains déconnectées de mon cerveau qui rumine commencent à tresser une nasse. J’aspire la fumée de mon joint et essaie de me détendre. Je repense à la conversation que j’ai eue hier soir avec mon beau-père. Nous l’avions invité à manger chez nous comme souvent.
« Atmo, je ne veux pas de cette vie pouilleuse pour ma fille, tu m’entends ? »
J’avais regardé autour de moi, contemplant notre salle de vie vétuste et je comprenais ce qu’il voulait dire. Certes, il avait trop bu d’alcool de riz mais il disait la vérité. Je regardais Bambang – ma femme – ses longs cheveux noirs, ses grands yeux sombres en amande, sa bouche pulpeuse, sa peau de soie, ses seins comme des fruits gourmands, ses fesses comme des bons pains. Mais par-dessus tout, j’admire son visage qui respire l’intelligence et la douceur. Et comme écrin à cette beauté, je propose une misérable barcasse. Ma femme est superbe comme une perle perdue sur une plage de sable noir au milieu de détritus ramenés par la mer. Toutes les femmes l’envient pour sa beauté et nombreux sont les hommes à la désirer avec concupiscence.
Bambang me regarda puis dit à son père :
« Arrête d’embêter Atmo, je ne suis pas une reine ni une princesse, je suis une fille de pêcheur, non ?
— Mais Bambang, tu as étudié, tu es belle comme une fleur de frangipanier, je ne veux pas te voir pourrir sur cette jonque humide ! »
Les yeux de mon beau-père injectés de sang larmoyaient. Il a perdu sa femme qu’il aimait passionnément il y a quelques années et, depuis, il reporte tout son amour sur sa fille qui n’en demande pas tant. Les rides de gaieté autour de ses yeux se sont muées en rides de tristesse.
Mes poings s’étaient serrés d’impuissance et je ne pouvais lui en vouloir, car j’étais d’accord avec lui. À la lueur de la lampe à pétrole qui se balançait doucement au rythme des vagues, nous formions une famille de pêcheurs comme il en existe tant d’autres sur l’île de Pulau Simaline, petite île perdue à l’ouest de Sumatra et tellement insignifiante qu’elle n’apparaît pas sur les cartes du monde ni même d’Asie. Déjà que Sumatra n’est pas riche, mais nos conditions de vie, ici, sont encore plus rudimentaires.
« Atmo ! Viens manger, c’est prêt ! »
