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Enfin un livre sérieux !
Indépendamment de sa rigueur historique,
Le cul à travers les âges, vaste fresque fessière des origines à nos jours, est aussi l’étude documentée d’une science divinatoire nouvelle.
Ce « cul » se lit comme un roman, et puis se relit avec une délectation accrue.
Léo Campion a écrit là une oeuvre maîtresse, une oeuvre qui fera date. Elle a sa place, une place de choix, dans la bibliothèque de l’honnête homme. Comme dans celle de l’honnête femme. Ou de l’honnête hermaphrodite.
Léon Campion, dit Léo Campion, né le 24 mars 1905 à Paris et mort le 6 mars 1992 dans la même ville, est un personnage aux multiples facettes : chansonnier, acteur, humoriste et caricaturiste, Régent de l’Institut de Pataphysique et Grand Maître de la Confrérie des Chevaliers du Taste Fesses, mais aussi franc-maçon, libre-penseur, objecteur de conscience, pacifiste, antimilitariste, libertaire et historien de l’anarchisme.
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Seitenzahl: 119
Veröffentlichungsjahr: 2020
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© Éditions Jourdan
Paris
http://www.editionsjourdan.com
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ISBN : 978-2-39009-420-3 – EAN : 9782390094203
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
Léo Campion
Le cul à travers les âges
À la mémoire de ma compagne Jeanno Campion,
Cheffesse du Protocule de la Confrérie du Taste-Fesses.
Je ne sais que montrer mon cul, mais c’est enfantillage et non insolence, croyez-moi.
Albertine Sarrazin
Nana, qui est, dit-on, la plus belle femme de Rome, se met nue comme un plat d’argent, comme un mur d’église, comme un discours d’académicien, et montre son cul à la société.
Théophile Gautier
J’aurais préféré que la Joconde nous montre son cul. Quand on pense que des millions de gens ont rêvé devant le sourire de la Joconde, qu’est-ce que ça aurait été pour son cul !
Cardinal Dubois
Première partie
Primauté du Cul
Beau fessier vaut mieux que vertu.
Armand Silvestre.
S’il est des seins qui n’ont servi qu’à l’amour, le cul, lui, est nécessairement à plusieurs usages.
La pygologie nous enseigne qu’indépendamment de son admirable esthétique et de son indéniable attrait érotique, le postérieur est primordial pour l’homme dans la mesure où il lui sert à s’asseoir, mais aussi à se tenir et à se mouvoir debout. C’est en grande partie à ses fesses que l’homme doit sa supériorité sur les autres primates.
Dans son livre African Genesis, l’anthropologue Robert Ardrey l’explique pertinemment : le développement très particulier de la masse musculaire concentrée dans les fesses humaines permet l’agilité : vous pouvez, en position verticale, tourner, virer sur vous-même, vous élancer, sans perdre l’équilibre. Si le cerveau coordonne notre activité nerveuse, les fesses jouent le même rôle à l’égard de notre activité musculaire. Aucun singe ne peut se vanter d’une aussi étonnante masse de muscles, et c’est pour l’espèce simiesque une déficience plus importante que son insuffisance de développement cérébral.
Ainsi, c’est davantage à son cul qu’à son intelligence que l’homme est redevable de sa suprématie.
Nos fesses obligent.
Mais quand, dépassant son importance musculaire, on voit la place qu’occupe le cul dans l’histoire, dans les arts, ou dans les mœurs, on constate qu’il est dans l’ordre de la nature que le croupion mène le monde. Anus Dei.
***
À notre humble avis le Créateur (si créateur il y a) est un humoriste ou un libertin. Avoir donné une telle importance au cul, en contradiction avec les religions qui se réclament de lui, est son chef-d’œuvre. Peut-être a-t-il voulu se venger ainsi du discrédit dont il est redevable à leur puritanisme affligeant. Mais cela le regarde et nous ne pouvons que constater. Constat qui remonte à il y a belle lurette.
La fesse se perd dans la nuit des temps (Henri Tort). Elle est à la base (c’est le terme qui convient) du péché originel. Un bien bon péché, odieusement calomnié, et que nous avons mérité à défendre, n’aimant la pomme que sous forme de calvados.
Vénéré par les Anciens, le postérieur est très antérieur à toutes les ligues de moralité publique abusivement préoccupées du moral de l’arrière. L’histoire (ou plus exactement la petite histoire, qui fait la grande) n’est faite que d’histoires de fesses.
La fesse est universelle. Comme la science, elle n’a pas de patrie. Elle a inspiré la sculpture gréco-romaine et les estampes japonaises, les bas-reliefs callipyges de l’art hindou et les peintures murales de Pompéi.
Tenu de donner le prix à une des trois déesses : Athéna, qui avait une belle âme ; Héra, qui avait un grand cœur ; Aphrodite, qui avait un beau cul ; Pâris (qui ne manquait pas de Jugement) décerna la pomme à la dernière. De nombreux temples furent alors élevés à la gloire d’Aphrodite aux Belles Fesses.
En Grèce, on montrait son cul lors des érotides. À Rome, on montrait son cul au cours des bacchanales, des lupercales et des saturnales.
Quand Paris s’appelait encore Lutèce, le géographe Strabon traduisait, selon Rabelais, Lutèce par Blanchette, pour les blanches fesses des dames dudit lieu.
Au Moyen-Âge, on montrait son cul pendant le carnaval, en Allemagne, en Italie, en Provence. Et lors de la Fête des Fous, en Bourgogne, en Ile-de-France, en Picardie, en Champagne.
À Venise, la procession du Rosaire se composait de belles jeunes filles (représentant les Saintes) et de jeunes garçons (représentant les Saints et les anges) à qui revenait l’office sacré de montrer leur derrière.
***
Que ce soit en vers ou en prose, toujours on a chanté la prose :
La fesse, la fesse, les fesses, fesses, les belles fesses, les petites fesses. Bon Dieu, les fesses ! (Léandre Cochetel.)
Qui dira les croupes charnues
Des belles dames inconnues
Que l’on voit passer dans les rues !
Blaise Petiveau.
Il idolâtrait le cul pour le moins avec autant d’ardeur que l’évêque (Marquis de Sade).
Ô fesse amène
Amène tes fesses
Amen.
Noël Arnaud.
***
Le cul a, de tout temps, inspiré les peintres et les sculpteurs.
Il y a les culs à cellulite de Rubens et de Rembrandt, les culs piriformes et pleureurs de Cranach, les culs parallélépipédiques des Picasso de l’époque cubiste, ceux longs et souples de Modigliani, les culs coquins de Fragonard, les culs lourds et sans grâce de Courbet, les culs morbides du Signorelli de la Résurrection, ceux patelins et vicelards de tonton Ingres, les culs somptueux du Tintoret, suggérés de Poussin, épanouis de Renoir, étriqués de Buffet, nerveux de Goya, aigus de Holbein, ratatinés de Brueghel, lyriques de Chassériau, et tous ces culs glorieux, anonymes ou apocryphes (Pierre Rey).
***
Le cul inspire mêmement les photographes.
J’aurais aimé la photographier sous son meilleur angle, hélas ! elle est assise dessus (Frank Gitty).
***
Le pastiche, lui aussi, peut glorifier le cul. Pastichons donc :
Ballade des Fesses du Temps Jadis
(d’après Villon)
La nache blanche comme lis
Qui chantoit à voix de seraine,
Berte au gros cul, pyges d’Alis,
Haremburge et ses mirontaines
Et Jehanne aux miches lorraines
Qu’Englois brûlerent à Rouan,
Où sont ilz, Croupe souveraine ?
Mais où sont les fesses d’antan ?
Stances à la marquise
(d’après Corneille)
Marquise, si mon visage
Sans nez vous semble un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge
Le vôtre ne vaudra mieux.
Ne dure pas la jeunesse,
Le temps toujours a vaincu ;
Il saura faner vos fesses
Comme il a ridé mon cul.
Ma grand-mère
(d’après Béranger)
Combien je regrette
Mon cul si dodu,
Ma fesse bien faite
Et le temps perdu.
***
Portent témoignage, elles aussi, les rues du Vieux Paris.
Située en pleine Truanderie, la rue du Poil au Cul est connue depuis 1306. Elle portait encore son nom au XVIe siècle (Paris, par René Sédillot, Fayard). Une pudibonde déformation a fait de la rue du Poil au Cul la rue du Pélican.
Il reste heureusement aux habitants de la rue du Pélican toute latitude d’indiquer sur leurs en-têtes de papier à lettres et sur leurs cartes de visite la mention complémentaire : « anciennement rue du Poil au Cul ».
Non loin de l’Hôtel de Ville, et débouchant sur l’horrible Centre Pompidou, est la rue Brisemiche.
La légende attribue sa dénomination aux chanoines de Saint-Merry (dont l’église est à proximité) qui pratiquaient la sodomie.
Au cœur du Quartier latin, une partie de l’actuelle rue des Poitevins s’appelait en 1396 rue du Pet, en 1560 rue du Petit Pet, et en 1636 rue du Gros Pet (Guide historique des rues de Paris, Hachette).
La rue des Vertus, à l’entour de l’ancienne Commanderie du Temple, portait déjà son nom en 1546.
Selon certains historiens, elle fut ainsi baptisée par raillerie des filles de mauvaise vie qui la fréquentaient. Mais plus probablement en hommage à leurs vertus, vertus prises ici comme synonyme de culs (voir Appendice).
Dans le deuxième arrondissement de Paris est sise la rue de la Lune. Ouverte au début du XVIIe siècle, sur la butte de Villeneuve-sur-Gravois, elle est attestée dès 1622 (Archives nationales, S4722).
La rue de la Lune tire vraisemblablement son nom de ce que les ribaudes y montraient leur cul pour attirer le chaland. Dans ses écrits, Jean Galtier-Boissière fait allusion à un bordel de la rue de la Lune.
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« Subsidia Pataphysica » du 13 palotin 101 a reproduit, page 78, cet extrait de La Cosmographie universelle de Sébastien Munster (Bâle, 1556) :
Il y a d’autres Indois qui ont une autre coutume : à savoir, quand les pères ne peuvent marier leurs filles à cause de leur pauvreté, ilz les produisent en plein marché en la fleur de leur âge avec les trompettes & clairons. Lors le peuple s’assemble, & la fille qui est là produite, découvre devant tous les assistants premièrement son derrière jusques aux reins, & puis après le devant. Et si elle plait à quelqu’un, il la prend en mariage.
Le dessin d’époque qui illustre ces lignes représente une fille, vue de dos, qui retrousse sa jupe et montre son cul.
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Le vertugadin, importé d’Italie par Catherine de Médicis, laissait les fesses nues.
Romi, dans son Histoire pittoresque du pantalon féminin (Jacques Grancher, éditeur, 1979), cite ces vers de la « Complainte de M. le Cul contre les inventeurs de vertugales » :
Ces vertugales ouvertes
Laissent les fesses découvertes.
***
À la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle, des femmes mariées de l’aristocratie française s’en allaient, de concert, en carrosse, rejoindre leurs galants, et les rencontres se terminaient par des Concours de Culs.
Comme quoi, en instaurant les élections de Dame Pile, les modernes Chevaliers du Taste-Fesses n’ont fait que perpétuer une vieille et noble tradition.
Ainsi puisses-tu être appelé le Prince des Culs (Charles Sorel, La vraie Histoire comique de Francion, 1623).
***
Mais quittons un prince pour une princesse. Charlotte-Élizabeth de Bavière, Princesse palatine, dans Une princesse allemande à la cour de Louis XIV (1681), narre cette anecdote.
Le fils du Chevalier de Lorraine, interne d’un collège de jésuites, se livrait à toutes sortes d’espiègleries. Les pères le menacèrent, s’il récidivait, de le fouetter d’importance. Le gamin se fit alors peindre un saint sur chaque fesse : saint Ignace sur la fesse droite et saint François de Xavière sur la fesse gauche. Puis il remit ses hauts-de-chausse et recommença ses excentricités. Les pères s’en saisirent pour le fouetter comme promis. L’escholier, tout en se débattant, implora à haute voix les saints Ignace et Xavière. Les pères (fouettards) n’en eurent cure et baissèrent sa culotte. Mais apercevant les deux saints, ils s’écrièrent : « Miracle ! Nous le pensions fripon et c’est un saint ! » Puis, se jetant à genoux, ils couvrirent de baisers le postérieur miraculé.
Le fait rapporté par la Princesse palatine est parfaitement vraisemblable.
Si les graffiti, le plus souvent, sont dessinés et griffonnés sur les murs, les monuments et dans les pissotières, ils le peuvent être sur les fesses.
Ce fut le cas de La Négresse blonde, de Georges Fourest :
Sur ses fesses bariolées,
on écrivit en violet
deux sonnets sibyllins rimés
par le poète Mallarmé.
Et de même qu’il advient que des effigies de grands hommes ou de chefs d’État soient reproduites sur les pagnes qui moulent les fesses africaines, on a toujours loisir de se faire tatouer à même le cul tout ce que l’on veut : le texte des Dix Commandements, des gidouilles, la prise de la Smala du duc d’Aumale par Abd-el-Kader, des hiéroglyphes précolombiens, ou le plan de la ville de Punta Arenas.
Le docteur Lacassagne cite le cas d’une fille de maison qui se faisait payer uniquement pour laisser contempler les tatouages de ses fesses. Sur chacune d’elles, un zouave en grande tenue croisait la baïonnette, illustrant cette martiale inscription : « On ne passe pas ! »
Ajoutons que le tatouage, ayant la propriété d’être indélébile, résiste impunément à l’éponge à cul.
Enfin, pour en terminer avec le graphisme sur fesses, contons un souvenir vécu. En 1974, le dessinateur Moisan, du Canard enchaîné, Haut Fessier de la Confrérie des Chevaliers du Taste-Fesses, lors d’un banquet d’icelle, esquissa au crayon-feutre, dans une crise de civisme, la caricature du président de la République. Et ce sur l’appétissant derrière dénudé de Denise Dax, Paire supérieure. Cette improvisation artistique souleva chez les convives un grand enthousiasme patriotique. De retour chez elle, un peu éméchée (on avait arrosé cela), Denise Dax se coucha aussitôt. Comme elle dormit nue et sur le dos, le lendemain matin, la gueule du chef de l’État avait, décalquant l’hommage, déteint sur le drap de lit.
Si les desseins de Dieu sont impénétrables, les dessins de Moisan ne le sont pas.
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Le cul peut être le truchement de divertissements de tous ordres.
En 1722, le Cardinal Dubois, Premier ministre, fut fort étonné d’apprendre le nombre impressionnant de lavements pris par les prisonniers de la Bastille. Comme il en exprimait sa surprise à Philippe d’Orléans, le Régent lui dit : « C’est leur seule distraction, ne la leur ôtons point... ».
Dans un esprit parallèle, Pierre Dac, 250 ans plus tard, se demandera : pourquoi, dans les pharmacies, on ne trouve pas de suppositoires au goût rectal du client, c’est-à-dire à la vanille, au café, au chocolat, etc. ?
***
Parmi les danseuses de l’Opéra qui connurent une grande vogue sous le règne de Louis XV, nous nous devons de citer La Camargo (1710-1770). Le succès de ses entrechats était d’autant plus vif qu’elle ne portait point de caleçon et que, de ce fait, quand elle sautait, on voyait son cul.
***
Le marquis de Sade (1740-1814) était très porté sur le cul. Plus probante encore que son œuvre, parce que plus intime, sa correspondance conjugale en fait foi. Prenons au hasard de ce qui en est parvenu jusqu’à nous durant le seul été 1783.
En juin, du donjon de Vincennes où il était incarcéré, il écrivait à madame de Sade :
Vous avez un fort beau contresens, du maniement, de l’étroit dans le contresens et de la chaleur dans le rectum, ce qui fait que je m’accorde fort bien avec vous.
Le 25 du même mois, il utilisait cette formule de politesse :
Je vous baise bien les fesses.
Enfin le 19 septembre, de sa cellule toujours et à propos de cul toujours, il confiait à la marquise :
Je ne hais pas cette partie-là.
Spécifiant :
C’est plus charnu que le reste.
Et ajoutant, éclectique :
N’importe le sexe, je n’y regarde pas de si près.
***
Un bien pratique Almanach des Adresses des Demoiselles de Paris paraissait sous la Révolution. Dans celui de 1791, on pouvait lire :
Mademoiselle Coulon, danseuse à l’Opéra. Peau satinée, jolie chute de reins et deux pommes assez gentilles. Pour un souper et ce qui s’en suit : 5 louis.
