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En quittant l'Irlande à 15 ans pour reconquérir en France le rang et les libertés que l'Angleterre interdisait aux siens, Barthélemy O'Mahony songeait sûrement à suivre les traces de son cousin Daniel, le Brave de Crémone, débarqué sur notre sol soixante-douze ans plus tôt avec le roi catholique Jacques II. Le lecteur suivra son parcours d'officier supérieur dans les brigades irlandaises sous l'ancien régime, d'émigré sous la Révolution, de prisonnier de guerre sous l'Empire, et de commandant de région militaire sous la Restauration, et verra qu'il respecta toujours la devise "Toujours et partout fidèle". Son fils Arsène, "un des plus brillants écrivains de la presse royaliste sous la Restauration" troqua l'épée pour une plume tout aussi acérée pourfendant sans relâche les partisans de Louis-Philippe. Et l'Histoire de la famille se poursuit jusqu'à l'époque moderne .
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Seitenzahl: 302
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Al’occasion de la réunion des descendants de Maurice et Marthe O’Mahony, qui eut lieu à Pontbellanger les 26 et 27 août 2000 pour fêter le nouveau millénaire, notre oncle Bertrand O’Mahony avait constitué une mise à jour de l’étude remarquable qu’il avait effectuée en 1985 sous l’intitulé Arsène O’Mahony, mon grand-père et demandé au vicomte Grouvel, historien militaire spécialiste de l’Emigration, une monographie sur Barthélemy, comte O’Mahony, lieutenant général.
J’avais alors entrepris des recherches sur nos ancêtres irlandais et profité de ces publications pour ajouter une étude sur les ascendants de Barthélemy O’Mahony.
Les années ont passé depuis ce rassemblement familial et j’ai poursuivi les recherches, non seulement sur la famille O’Mahony, mais également sur les familles alliées, principalement Gouy d’Arsy, d’Amphernet de Pontbellanger et Garnier de Falletans.
A Pontbellanger, où les portes m’ont toujours été grandes ouvertes, j’ai pu consulter de nombreux documents fort intéressants, dont la généalogie produite par Barthélemy à l’occasion de sa demande de naturalisation.
J’ai également été en contact avec des "cousins" rencontrés sur internet et qui m’ont procuré portraits et documents complémentaires.
La mise à disposition en ligne, par la quasi-totalité des départements, des actes d’état civil a également été d’un grand secours.
J’ai ainsi pu annoter et compléter les travaux précédents. Le résultat a fait l’objet d’un livre de près de six cents pages, publié en 2007 en auto édition avec Lulu.com.
Les années ont passé. L’accès à des documents nouveaux a permis de répondre à des interrogations, de compléter des périodes ignorées. Toutes ces découvertes ont été mises en ligne sur le site maison.omahony.free.fr. L’incertitude du devenir de tels sites au fil des ans, et les progrès de l’auto édition permettant de réduire considérablement les coûts, m’ont conduit à faire une nouvelle version du livre.
Cette nouvelle version est en deux volumes : le premier traite les comtes O’Mahony jusqu’aux contemporains, au sens généalogique du terme, ainsi que leurs ascendants irlandais ; le second traite des familles alliées de ces comtes, à l’exception des Gouy d’Arsy qui font déjà l’objet du livre Les derniers seigneurs d’Arsy.
Dominique Barbier
Septembre 2018
Armoiries des O’Mahony On remarque la couronne de petits enfants de roi (héraldique irlandaise) et la crois de l’ordre de Malte Sur les armoiries dessinées sur la généalogie de 1785, le bras armé est dessiné dans l’autre sens.
Ch.1 – Le foyer fondateur : Barthélemy
Ch.2 – La plume du Trône et de l’Autel : Arsène
Ch.3 – Perte du patrimoine familial : Paul
Ch.4 – Pontbellanger passe aux O’Mahony : Maurice
Ch.5 – Prisonnier de guerres : Michel
Ch.6 – A suivre … Patrick
Ch.7 – Le château de Pontbellanger
Ch.8 – Les ancêtres irlandais
"Dépouillé en Irlande de la fortune de mes Pères pour la cause de mon Dieu, j'ai perdu tout ce que je possédais en France pour la cause de mon Roi".
Barthélemy au Roi
Cette miniature, qui n'est plus chez les O'Mahony, provient de la succession d'Alphonsine O'Mahony (1840-1929), petite-fille de Barthélemy et dernière vivante des enfants d'Arsène et Augustine Pasquier de Franclieu, succession recueillie par sa nièce, Madame de Jarente. Peinte sur ivoire, cette miniature de 5,5 cm de diamètre, n'est ni datée, ni signée, ni légendée. Donc rien ne permet de certifier qu'il s'agit de Barthélemy mais on peut légitimement penser que c'est la miniature "de mon grand-père en habit civil" que cite Paul O'Mahony dans un inventaire de ses biens (1871). On notera également le "nez aquilin" et le "menton petit" ainsi décrit sur un de ses passeports.
Né irlandais à Castleisland, au comté de Kerry en Irlande, fils de Michael O'Mahony et d'Hellen Holles, Bartholomew y est baptisé le 5 janvier 17481. Son parrain est Denis Mac-Mahon et sa marraine Elisabeth FitzGerald.
Il passa sans doute son enfance avec son frère aîné2 et ses trois sœurs à Knockancahagulshy3, lieu de résidence des Holles depuis plusieurs générations, où son père s’était établi après son mariage.
Vivant dans une famille victime depuis 1652 de la proscription et de la séquestration des biens, infligées au titre de rébellion armée et fidélité à la religion catholique, interdit d'éducation et de nombreuses professions, Barthélemy, comme bien d'autres jeunes irlandais ambitieux, n'a d'autre perspective que de se rendre sur le continent, ce qu'il fait dès l'âge de quinze ans. Il y est reçu à Paris, en 1763, par son oncle paternel Barthélemy Joseph de Mahony, médecin du Roi, chez lequel se trouve également celui qui devint son ami de cœur, Daniel O’Connell.
Barthélemy s'engage le 6 septembre comme cadet dans le régiment de Clare, dont le colonel propriétaire est Charles O'Brien de Clare, vicomte de Thomond, et le colonel commandant Thomas Tyrell, comte de Betagh.
Le 1er février 1765 Jean Vinflantey, exerçant l'office de roi d'armes du royaume d'Irlande, dresse signe et scelle un tableau généalogique des auteurs de Barthélemy, sur huit degrés. Le 21 février 1765 le roi d'armes du royaume d'Irlande dresse sa généalogie, scellée du sceau du dit roi d'armes, légalisée par Lord Hamilton, vice-roi d'Irlande, et le comte de Guerchy, ambassadeur du Roi près le roi d'Angleterre. Elle débute avec
Fyneen O'Mahony, sénéchal en Desmond du roi Mac Carthy Mor puis Haut Shériff du comté de Kerry par lettres de créance de la reine Elizabeth datées du 20 juin 1565.
Barthélemy est naturalisé Français par lettres données à Versailles le 26 mars 1767 :
"Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous présens et à venir, Salut. Notre amé Barthélemy O'Mahony, fils de Michel O'Mahony et d'Hélène Holles, ses père et mère, de la famille noble de Castel Island, au comté de Kerry, province de Mammony [=Munster], en Irlande, faisant profession de la religion catholique apostolique et romaine, nous a fait représenter que depuis longtemps il se destine à notre service et demeure en notre royaume, où il a fait pour toujours sa résidence, et que, pour participer aux droits, avantages et privilèges dont jouissent nos véritables sujets et régnicoles, il désirait qu'il nous plut le pourvoir de nos lettres de naturalité à ce nécéssaires, qu'il nous a très humblement fait supplier de lui octroyer. A ces causes et sur les témoignages qu'on nous a rendus de la fidélité et de l'attachement du dit S. O'Mahony, nous l'avons tenu censé et réputé et de notre grace spéciale, pleine puissance et autorité royale reconnaissons, tenons, censons et réputons par ces présentes , signées de notre main, pour notre vrai naturel sujet et régnicole, voulons et nous plait que comme tel, il lui soit permis de fixer sa demeure en telle ville de notre royaume que bon lui semblera, qu'il jouisse des privilèges, franchises, libertés, avantages et droits dont jouissent nos autres originaires sujets et régnicoles dans l'étendue de l'Ile de France et partout où il fixera son domicile ; qu'il puisse avoir et posséder tous biens, meubles et immeubles qu'il aurait acquis et pourrait acquérir dans la suite ou qui lui seraient donnés, légués ou délaissés et quelque sorte et manière que ce soit ; en jouir, ordonner et disposer par testament, ordonnance de dernière volonté, donnation entre vifs ou autrement, ainsi que de droit est permis ; et qu'après son décès, ses enfants, héritiers ou ayant cause en faveur desquels il en aura disposé puissent lui succéder, pourvu toutefois, qu'ils soient nos régnicoles, de même que si le dit Sr. O'Mahony était né dans notre royaume et sous notre obéissance, sans qu'en vertu des ordonnances et reglements d'icelui, il lui soit fait aucun trouble, ni empêchement et que nous puissions prétendre les dits biens nous appartenir par droit d'aubaine ou autrement en quelque sorte et manière que ce soit, l'ayant, quant à ce habilité et dispensé, habilitons et dispensons par ces mêmes présentes et sans qu'il soit tenu de nous payer ni à nos succeseurs Rois, aucune finance ni indemnité de laquelle, et à quelque somme qu'elle puisse monter, nous lui avons fait et faisons don par ces présentes, à la charge par le S. O'Mahony de finir ses jours dans notre royaume dont il ne pourra sortir sans notre permission expresse et par écrit, et de ne s'entremettre pour aucun étranger à peine de nullité des présentes, Ci donnons en mandement à nos amez et féaux conseillers, les gens tenans notre Chambre des comptes à Paris, Présidens, Trésoriers de France et généraux de finances en la généralité de la ville que ces présentes nos lettres de naturalité, ils ayent à faire registrer, et de leur contenu jouir et user le dit O'Mahony pleinement, paisiblement et perpétuellement, cessans et faisant cesser tous troubles et empêchemens contraires, car telle est notre plaisir; et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre sceau à ces dites présentes".
Il fait une demande en novembre pour être admis dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem (Malte). Cette première demande n'aboutira pas sans doute du fait qu’il était toujours considéré étranger. Un document autographe de l'évêque du Kerry (Nicholas Madgett), daté du 10 avril 1767, avec son sceau, dans lequel il donne l'autorisation à Barthélemy d'être initié à la première tonsure cléricale et de la recevoir d'un prêtre dûment reconnu par le Saint-Siège qu'il aura choisi, laisse supposer qu’il envisageait alors d’être chevalier profès.
Il est promu sous-lieutenant au même régiment le 25 décembre 1769 et capitaine à la suite du dit régiment, le 23 janvier 1771.
Commission de sous-lieutenant dans le régiment de Clare (23 janvier 1771)
C’est en 1770 que Barthélemy se serait vu confier la mission secrète relatée en annexe 4, sur proposition de son oncle ambassadeur d’Espagne à la cour de Vienne.
A cette époque, les régiments changeaient de cantonnement tous les ans. Le sien se rendit donc à Gravelines en mai 1763, à Philippeville en avril 1764, à Gravelines en novembre 1764, à Berghes en août 1765, à l'île de Ré en octobre 1765, à Blaye en octobre 1766, à Bayonne en juin 1767, à Marseille en octobre 1767, à Landrecies en juin 1768, à l'île d'Oléron en septembre 1769 et à Rochefort en janvier 1771. Il s'embarqua dans ce port pour passer aux îles de France (Réunion) et de Bourbon (Maurice). Rentré en France par Brest et Lorient en juillet 1772, il arrive à Béthune au mois d'octobre, puis à Rocroi en octobre 1773, à Bouchain en septembre 1774, enfin à Valenciennes en juin 1775. Ce fut là qu'on l'incorpora, par suite de l'ordonnance du 26 avril, avec le régiment de Berwick, qui forma son 2e bataillon et dont il prit le nom et les couleurs.
Le 27 juin 1774, Barthélemy est reçu au rang de chevalier non profès, de justice et de majorité, de l'Ordre de Malte en la vénérable langue Grand Prieuré de France. Par une quittance du 27 mars 1775, on sait que Barthélemy a payé 600 livres d'acompte du procès-verbal de ses preuves..
Ordre de Malte : Quittance du 10 juin 1774 d'une somme de 2325 livres "pour être reçu de majorité au rang de chevalier de justice en la vénérable langue et grand prieuré de France"
Au mois de juillet, il reçoit un Bref de Jean Dominique Mainard donnant licence à noble seigneur Barthélemy O'Mahony soldat de la vénérable langue de France, pour que l'archevêque ou l'évêque, dûment reconnu par le Saint-Siège, qu'il aura choisi puisse l'initier à la première tonsure cléricale et que ce soit valide
A cette époque, quand Barthélemy n'était pas avec son régiment, il logeait chez son oncle le docteur O'Mahony, ainsi que Daniel O'Connell, son parent et "ami de cœur".
Le 29 mars 1775, ledit oncle remet à Barthélemy un testament holographe qu'il déposera chez maître Truta, notaire à Paris, le 29 novembre suivant, lendemain du décès du docteur. Dans l'acte notarial, il est qualifié "Messire Barthélemy de Mahony, chevalier non professe de l'ordre de St Jean de Jérusalem, capitaine au régiment irlandais de Berwick, demeurant chez M. de Mahony son oncle ci-après nommé, à l'hôtel de Valois, rue de Tournon, paroisse Saint-Sulpice." On voit ainsi que Barthélemy fut effectivement incorporé au régiment de Berwick. Son oncle décédé, il dut quitter l'hôtel de Valois et déménagea alors rue du Regard.
"Mon très cher neveu, je vous remets ce papier où vous trouverez en peu de mots mes dispositions en votre faveur par lesquelles je vous déclare mon seul et unique légateur universel sans que vous soyez responsable à personne ni dans la nécessité de rendre compte à personne de tout ce que je pense avoir après ma mort. Je vous exhorte d'avoir toujours avant vos yeux l'amour et la crainte de Dieu. Soyez toujours honnête homme que l'honneur et la probité soient vos guides. En cas que je ne puisse donner à madame Missier trois mille livres avant ma mort, je vous engage de lui donner cette somme et en outre j'exige de vous de les placer sur sa tête pour lui faire une rente viagère qu'elle ajoutera aux deux cents livres de rente viagère qu'elle a de moi provenant de deux mille livres dont je lui ai fait présent et qu'elle a mise chez Maitre Bxo notaire. En outre je vous recom cette dame son lit, chaise et elle recevra de vous. Derechef je vous la recommande. Je compte sur votre sincérité. Cette déclaration en votre faveur suffira en attendant que je puisse l'écrire en meilleure forme. A Paris ce 29 mai 1775."
Armoiries de Barthélemy portant la croix de Malte
Officier du régiment de Clare
Tableau généalogique sur huit degrés, dressé en 1763
Original sur vélin des lettres de Naturalité signées du Roi et "scellées du Grand Sceau de cire verte sur lacs de soie verte et rouge." Sur le repli la signature de Phélyppeaux et un visa du Roi.
Barthélemy reçoit alors une commission de capitaine en second dans le régiment de Walsh-infanterie, compagnie de chasseurs (27 juin 1776) et est promu colonel à la suite du dit régiment, le 29 décembre 1777 (brevet expédié le 15), avec un traitement de 3 000 livres. Le régiment de Walsh, alors commandé par Georges de Kendall, se rendit à Quimper en juillet 1778. Il était tout entier à bord de la flotte du comte de Guichen pour la campagne de 1780-81 aux îles du Vent et sous le Vent, et se trouvait aux combats des 17 avril, 15 et 19 mai, entre cet amiral et Rodney. En 1781-1782, le régiment prend part à la troisième campagne de la guerre d'indépendance des Etats-Unis, sous le commandement de l'amiral de Grasse, et se distingue à la prise de l'île de Tabago. Dans les états de services de Barthélemy, seules sont citées pour cette période "les campagnes de 1780 et 1781 avec le régiment de Walsh aux Iles du Vent et dans le Vent, dans le grade de colonel"
Commission du 29 décembre 1777, signée du roi, pour le chevalier de Mahony
Don Demetrio, comte O'Mahony, lieutenant général, ambassadeur d'Espagne à Vienne, commandeur de l'Ordre de Saint-Jacques, était décédé le 26 décembre 1777, sans descendance. Sa nièce, la princesse Giustiniani est son héritère. Barthélemy perdait ainsi un important appui.
Rentré en France, Barthélemy obtient (achète ?) en 1781 la charge de gouverneur-châtelain de Câteau-Cambrésis, qu'il conservera jusqu'à la Révolution. Patrick Clarke de Dromantin signale qu'en 1781 le chevalier Barthélemy O'Mahony fut admis aux Etats du Cambrésis en fournissant une généalogie du héraut d'armes d'Irlande remontant à ses sextaïeux paternels et maternels alors que les trisaïeux étaient suffisants. Il s'agit là d'un cas unique, l'auteur n'ayant pas trouvé d'autre exemple de Jacobite étant entré dans des Etats provinciaux. Et d'ajouter : "Ce chevalier O'Mahony devait être un inquiet puisqu'en 1788, il sollicita des lettres de reconnaissance de noblesse4 ..." En fait Barthélemy n'avait fait que fournir un document qu'il possédait déjà à d'autres fins ! De même, le 19 août de la même année, il est reçu chevalier de Saint-Louis.
Uniforme porté par Barthélemy, capitaine au régiment de Walsh Tiré du livre de François Grouvel : "Barthélemy, comte O’Mahony"
Certificat de vie du chevalier de Mahony daté du 7 janvier 1780, déposé le 16 chez le notaire (MC/ET/LVIII/496). Il en existe un autre daté du 30 septembre suivant ((MC/ET/LVIII/501).
"Nous Messire Olivier Bergevin du Loscoat, conseiller du Roi, son sénéchal, premier magistrat, civil, criminel et de police au siège royal de Brest, certifions que Monsieur Barthélemy de Mahony, chevalier de Malthe et colonel d'infanterie attaché au régiment de Walsh, né à Castel islande dans le comté de Kerry en Irlande, est vivant par s'être présenté ce jour devant nous, en foy de quoi donnons le présent qu'il signe avec nous en notre hôtel de Brest, ce jour sept janvier mil sept cent quatre vingt."
Le 1er janvier 1784, Barthélemy est promu colonel (mestre de camp) en second du régiment de Berwick, le colonel propriétaire étant Jacques-Charles, 5e duc de FitzJames et le colonel commandant le chevalier de FitzJames.
Le régiment était alors aux îles de Ré et d'Oléron où il resta jusqu'en octobre 1784 date à laquelle il est cantonné à La Rochelle.
Commission de mestre-de-camp en second du régiment de Berwick
Uniforme et drapeau du régiment de Berwick, lorsque Barthélemy en était mestre de camp
Signatures des chevaliers de FitzJames et O'Mahony, Mestres de camp commandant et en second du régiment de Berwick, apposées sur le registre des mariages de Saint-Martin-de-Ré en 1787 à l'occasion du mariage d'un officier de ce régiment.
Le 18 mai 1785, le prince Charles Edouard Stuart, petit-fils du roi Jacques II, roi de Grande-Bretagne, lui accorde une attestation précisant que la famille O'Mahony est l'une des plus anciennes et illustres d'Irlande. Le 28 juillet de la même année, les pairs et membres de la Chambre des Communes du Parlement d'Irlande authentifient la généalogie entreprise par le Roi d'Armes irlandais en 1765 et complétée en 1786.
Début de la généalogie de Barthélemy O'Mahony "chevalier de Malte et colonel en second du régiment d'infanterie de Berwick" authentifiée par les pairs du parlement d'Irlande en 1786
Fin du document
En quittant l'Irlande pour reconquérir en France le rang et les libertés que l’Angleterre interdisait aux siens, Barthélemy songeait certainement à fonder un foyer tel qu'on le concevait là-bas : une famille nombreuse, unie et solidement ancrée dans son idéal.
Il n'aura pas eu cette joie avant de mourir, son fils unique Arsène ne s'étant marié que quelques mois auparavant avec Célestine de Galard de Béarn-Brassac qui devait décéder à la naissance de son premier enfant.
L'implantation d'une lignée O'Mahony en France tardait à apparaître. Et pourtant, deux cents ans plus tard, à l'aube de l'an 2000, le bilan est honnête, comme nous allons le voir : Barthélemy ne serait pas déçu ….
Certes, il s'était lui-même marié tardivement (40 ans), mais tel était le sort des Officiers des Régiments Irlandais qui, outre les campagnes lointaines outre-mer, ne cessaient d'aller de garnisons en garnisons. La monographie concernant notre aïeul en donne une idée précise.
En outre, ceux d'entre eux qui étaient issus de familles nobles irlandaises étaient soucieux de ne pas "déroger" et s'imposaient d’accéder aux grades leur permettant d’épouser des femmes d'un certain rang.
C'est ainsi que Mestre de Camp en second du Régiment de Berwick depuis plus de trois ans, il épouse le 27 mai 1787, au château de Malpierre à Rigny-la-Salle, dans la Meuse, Monique, fille du marquis de Gouy d'Arsy, veuve du comte des Salles, maréchal des camps, et mère d'une petite Aurore.
Armoiries peintes sur la généalogie de Barthélemy
La famille O'Mahony conserve ce portrait qui n'est ni daté, ni signé, ni légendé. Nous ne savons donc pas qui est le sujet représenté. On remarque cependant une ressemblance certaine au niveau du nez et de la bouche avec Arsène O'Mahony et avec Françoise-Mélanie de Salomon de Poulard…et surtout avec Louis-Marthe de Gouy d’Arsy. On peut donc imaginer qu'il s'agisse là de Monique de Gouy d'Arsy, mère d'Arsène, petite-fille de Françoise-Mélanie, et sœur de Louis-Marthe. Mais ceci n'est que pure conjecture !
Monique de Gouy d’Arsy est née le 11 novembre 1749 au Vieux-Louvre, dans l'appartement qui avait été donné par Louis XV à Madame de La Lande, sous-gouvernante des Enfants de France, son arrière-grand-mère. Elle fut ondoyée le jour même à Saint-Germain l'Auxerrois, et portée sur les fonts le 22 décembre suivant, dans la chapelle du Roi au château de Versailles, par le Dauphin Louis et par Henriette de France, sa sœur, Monseigneur Armand, cardinal de Soubise, prince évêque de Strasbourg et grand aumônier de France officiant.
Son père était Louis de Gouy, marquis d'Arsy, seigneur d'Arsy, Avrigny, Cartigny, Troussencourt, Francastel et autres terres situées en Picardie, alors brigadier, colonel commandant le régiment de la Reine, infanterie (dont la Reine est colonel en titre) et chevalier de Saint-Louis. Sa mère était Anne Yvonette de Rivié, alors dame de Mesdames, filles de Louis XV, place qu'elle quitta en 1760.
Monique fut élevée par la dame Gautier, épouse du sieur Grès, de Laissac (Aveyron), maître d'hôtel du marquis, puis éduquée dans un couvent comme les jeunes filles nobles à cette époque. Dans son testament le marquis n'oublia pas ces fidèles serviteurs : « Désirant récompenser l'attachement à toute épreuve depuis quarante six à quarante sept ans et la scrupuleuse probité du sieur Grès de Laissac, mon maître d'hôtel, désirant pareillement récompenser l'attachement depuis trente six ans de la dame Gautier sa femme qui a élevé tous mes enfants avec un soin, une probité et une décence irréprochable, je donne et lègue au dit Laissac et à sa femme etc. »
Monique avait deux frères : Louis-Marthe, plus tard député à la constituante, né le 15 juillet 1753, et François, né le 9 novembre 1755. Tous deux eurent, comme leur sœur, des membres de la famille royale comme parrains et marraines.
Elle a 11 ans quand son arrière-grand-mère Madame de La Lande (Jeanne-Françoise de Biaudos de Castéja, épouse de Jacques de Salomon, seigneur de Poulard et de La Lande), sous-gouvernante des Enfants de France, décède, le 13 avril 1761 dans son appartement au château de Versailles, âgée de 88 ans. Son seul et unique héritier est Louis de Gouy, son petit-fils, mais elle lègue à Monique 10 000 livres ainsi que ses "petites boucles d'oreilles" pour lesquelles l'enfant avait certainement montré de l'intérêt.
A vingt ans Monique épousa, le 17 avril 1769 à Paris, en la chapelle de l'hôtel du sieur Turgot, 12 rue Portefoin, dans le 3e arrondissement, Louis Antoine Gustave, comte des Salles, mestre de camp d'un régiment de cavalerie de son nom de 1749 à 1762, date à laquelle il fut promu maréchal des camps (le régiment des Salles cavalerie devint le Royal-Lorraine en 1762), gouverneur de Neufchâteau.
Le Roi et la famille royale avaient signé le contrat, passé le 30 mars chez Me Laideguive. La cession de l'appartement du Vieux Louvre, fut une condition du mariage comme l'écrira le comte en 1774, et Louis Phélypeaux de Saint-Florentin, duc de la Vrillière, secrétaire d'état à la Maison du Roi, entérina la cession par un courrier au marquis de Gouy d'Arsy daté de Versailles le 6 septembre, en ces termes :
« Je vous donne avis avec bien du plaisir, Monsieur, que le Roi a bien voulu vous accorder la permission de céder à M. le Cte des Salles, votre gendre, l'appartement que vous occupez au Louvre, et que S.M. veut bien en même temps lui en assurer la jouissance sa vie durant. »
Quand ils étaient à Paris, le marquis et la marquise de Gouy habitaient l'hôtel de Vic, situé rue Saint-Martin dans le 3e arrondissement, que le marquis s'était résolu à prendre en 1767 et qui lui revenait à plus de douze mille livres. La marquise y avait trois femmes de chambre, un cocher et deux laquais. Parmi son personnel le marquis avait un secrétaire, un valet de chambre, un cuisinier, un cocher, un laquais, un frotteur et un suisse. La marquise avait une voiture et deux chevaux, et le marquis quatre voitures et douze chevaux. Depuis la mort de son frère en 1753, la marquise de Gouy se trouvait à la tête d'une succession considérable et le marquis était devenu le maître de toutes les seigneuries réunies par Thomas Rivié au sein de la baronnie de Ressons, en Picardie et de la baronnie de Chars, dans le Vexin français. En plus du château d'Arsy, il se trouvait donc posséder ceux de Marines, Ricquebourg et La Neuville-sur-Ressons, celui de Marines ayant sa préférence puisqu'il y habita très souvent entre 1758 et 1786.
Le couple des Salles logea d'abord dans la maison du marquis de Gouy (hôtel de Vic) en attendant que l'appartement du Louvre soit en état de les recevoir.
Un incident s'y produisit le 10 mai 1769 : les deux frères de Monique allèrent à Vaugirard, qui n'était encore qu'un village de banlieue, pour se préparer à l'inoculation contre la petite vérole (variole). A cette époque le vaccin n'était pas encore découvert et la méthode employée (inoculer un peu de pus variolique prélevé sur un malade) était un grand dilemme pour les médecins et les parents : faut-il courir un risque immédiat et modéré (la petite vérole artificielle) ou un risque plus important, mais plus lointain et moins certain ? La mère imprudente avait été embrasser ses fils attaqués d'un poison, qui, pour être volontaire, n'en était pas moins dangereux dans la communication. Au retour elle ne changea point d'habits et vit Monique sans précaution. Quand il l'apprit, le marquis, dont la mère était elle-même morte, à 26 ans, de la petite vérole qu'elle avait prise de lui, qui a vu une partie de la famille de sa femme détruite par ce venin, se mit en colère et s'écria dans sa détresse : « vous avez risqué d'empoisonner votre fille ! » Et la crainte de rapporter dans sa maison l'air de la maladie, lui fit renouveler l'interdiction faite à la marquise d'aller rendre visite à ses enfants : « Je le crois bien, Madame, lui dit-il, que vous n'irez point voir vos enfants. Si vous étiez assez hardie pour y mettre les pieds, je vous déclare que vous ne rentreriez pas dans ma maison, et si vous y envoyiez quelqu'un de vos gens, celui qui s'y serait présenté s'en trouverait mal, car je le tuerais sur la place. » Cette violente altercation, pourtant bien compréhensible et qui le fera plus tard qualifier de coléreux, se produisit à une époque où, nous allons le voir, les relations entre le marquis et la marquise étaient loin d'être au beau fixe !
Monique fut présentée aux honneurs de la cour le 9 juillet 1769.
Dans une lettre datée de Paris, le 25 décembre 1769, le chevalier de L'Isle écrit au comte de Riocour, à Nancy : « J'ai soupé dernièrement avec Mme des Salles ; ma foi, cousin, celle-ci vaut bien l'autre ; vous m'en direz votre avis quand vous l'aurez vue. » "L'autre" était Marie-Louise Malet de Graville, première épouse du comte des Salles, décédée sans enfants à 22 ans, en avril 1761.
Le 13 mars 1770, la comtesse des Salles écrivait à sa mère :
« Vous voilà dans la dure nécessitée de revenir à un parti qui afflige l'amitié et révolte la nature ; j'en frémis, parce que je ne vois guère de possibilité d'en prendre un autre plus honnête et plus heureux pour vous. Sachez combien vous êtes plainte, aimée et chérie de vos enfants qui donneraient leur sang pour vous voir plus heureuse. »
En effet depuis quelque temps la discorde s'était installée chez ses parents et, contrairement à ses frères qui se tinrent à l'écart de la querelle, Monique prit ouvertement fait et cause pour son père, ce qui lui valut d'amers reproches de sa mère qui disait avoir « eu le chagrin de voir le Marquis de Gouy s'emparer de la confiance de sa fille ; elle a pour lui une tendresse que sa mère avait mérité de partager. » Ils vécurent alors chacun de leur côté, lui ayant renoncé à recevoir et elle recevant encore quelques parents et amis à souper assez souvent. Un certain temps s'écoula dans ce modus vivendi jusqu'à un nouvel esclandre survenu le 6 janvier 1771 à la suite duquel le marquis partit six mois sur ses terres picardes. Au mois de novembre 1771, la marquise se retira au couvent des Dames de l'Immaculée Conception, dit des Récollets, rue du Bac à Paris, d'où elle engagea une procédure en séparation de corps contre son mari, afin de recouvrer la jouissance de ses biens. Elle en appela même, par une lettre, au Roi en personne. Elle prit pour avocat Maitre Gerbier, « un des plus grands orateurs que la France ait produits », surnommé l'Aigle du barreau. Le marquis, qui n'en voulait à aucun prix, se fit défendre par l'avocat Linguet. Celui-ci, qui faisait ses débuts à la barre avec cette affaire, gagna sa cause au Parlement et au Châtelet, par arrêt rendu le 13 février 1773. Après cela la marquise cessa d'habiter avec son mari ; mais celui-ci lui donna un hôtel rue Cassette, loué 4 000 livres où elle avait huit domestiques, une voiture et des chevaux.
Pour des raisons qu'on ignore, mais qui sont dites "de famille" (peut-être en rapport les évènements précédents ?), le comte et la comtesse des Salles quittent Paris en 1773 et s'installent au château de Malpierre en Lorraine, après en avoir demandé la jouissance au marquis des Salles, beau-père de Monique. Ils y font pour plus de 200 000 livres de travaux pour rendre la demeure plus luxueuse et confortable. Ils aménagent notamment un théâtre dans le jardin pour recréer à Malpierre la vie mondaine qu'ils avaient à Paris. Une chapelle dédiée à l'Assomption était située au rez-de-chaussée, à côté de l'appartement de Monique. Proche de ce même appartement une salle de bain existait avec baignoire, bidet, fontaine de faïence, chauffée par un fourneau portatif. Une glacière avait été taillée dans la roche, derrière le château. Outre les cheminées, des fourneaux de faïence ou de fonte assuraient le chauffage des pièces, etc. Pour que son fils ait des revenus suffisants, le marquis des Salles lui attribue les domaines de la région de Vaucouleurs à savoir les seigneuries de Malpierre, Bulgnéville et Vaucouleurs. Ces seigneuries ne deviendront rentables qu'à partir de 1787, première année où les recettes (20 873 livres) dépassent les dépenses (18 222 livres).
Le 9 mai 1775, le marquis de Gouy acheta une maison rue de la Chaussée d'Antin, à l'angle de la rue de Provence, bâtiment, cour, jardin et autres dépendances, et un terrain situé derrière le dit jardin, joignant la maison du comte de Bezon, moyennant 88 000 livres, ainsi que le mobilier garnissant ladite maison, pour 4 000 livres. Le 24 avril 1777, il achetait 14 toises (à peu près 28 m) de terrain autour de l'hôtel. C'est dans cet hôtel qu'il décéda quinze ans plus tard, en laissant l'usufruit à sa fille Monique et la propriété à sa petite-fille Aurore des Salles. Le quartier de la Chaussée d'Antin dont l'urbanisation n'avait commencé qu'en 1760 sur un terrain cédé par les Mathurins, était devenu le quartier à la mode.
Le 1er janvier 1777 Monique souscrivit au profit du comte de Pinieux, une reconnaissance de 40 000 francs sans l'autorisation de son mari. Le même jour son frère, le comte de Gouy d'Arsy se porta caution de la dame des Salles. Mais sous la coutume de Paris, l'obligation contractée par une femme sans l'autorisation de son mari était frappée de nullité, ce que rappela le tribunal par un jugement du 14 février 1839 contre les héritiers Pinieux.
Le comte des Salles retourna à Paris début 1778 et s'installa dans sa maison située dans le quartier du Luxembourg, rue Saint-Hyacinthe. Le 1er février la Loge (maçonnique) de la Candeur fut présidée par le duc et la duchesse de Chartres. Le comte de Gouy (Louis-Marthe), alors orateur, complimenta leurs altesses. Un magnifique banquet succéda à la cérémonie. A la suite les frères et les sœurs donnèrent une représentation de l'Ami de la Maison, opéra-comique, dans lequel la comtesse des Salles, qui était sœur à la Loge d'Adoption de la Candeur, joua un des principaux rôles.
Monique était enceinte de 3 mois à la mort de son mari dans leur appartement du vieux Louvre le 26 avril 1779 à l'âge de 45 ans. Aurore des Salles, plus tard comtesse de Ludre, y naquit le 13 septembre. Son mari laissait à Monique par testament fait le 26 avril 1779, déposé chez Me Boursier, rue de la Verrerie à Paris, « tout ce qu'il pouvait me laisser suivant les coutumes des différents lieux où ses biens étaient situés, soit une rente de 8 980 livres sur des salines en Gascogne provenant de Madame de Brancas, sa mère, et un douaire de 6 000 livres de rente. » Après le décès du comte des Salles, son père le marquis des Salles, contesta la donation faite à son fils du château de Malpierre, créant un sérieux différent avec Monique. Au mois de Juin, son frère Louis-Marthe vint passer quatre jours à Malpierre avec son domestique, pendant lesquels il fit remplir et envoyer à Paris 24 caisses avec les affaires qui se trouvent dans les appartements de Monique. Mais l'héritière était Aurore. Elle passa son enfance au château de Malpierre avec probablement des séjours à Paris et à Nancy. Pour protéger les intérêts de sa fille, Monique fit effectuer un inventaire du château par Me Nicolas Georges, notaire royal à Rigny-la-Salle (et régisseur du domaine). L'inventaire commença le 9 décembre 1779 et se termina le 28 janvier suivant. C'est grâce à cet inventaire que nous avons une description précise du château aujourd’hui détruit..
Son frère, Louis-Marthe de Gouy d'Arsy, épousa le 12 juin 1780 Amable Hux de Bayeux, jeune orpheline de seize ans, appartenant à une famille de colons français qui possédaient de grands biens à Saint-Domingue. Ce mariage ne se fit pas sans heurt car, si le père de Louis-Marthe approuvait ce mariage, sa mère estimait que son fils ne pouvait donner sa main à une créole ne produisant aucun titre de noblesse et dont la fortune était des plus incertaines... attitude assez surprenante quand on connait l'origine des Rivié5 ! Monique était présente au mariage qui eut lieu de l'agrément du Roi et de la famille royale. Elle présenta à la cour le 5 octobre suivant sa belle-sœur la marquise de Gouy d'Arsy.
Peu après, le 28 août 1780, mourut le chevalier d'Arsy, âgé de 25 ans, plus jeune frère de Monique, mal soigné -contre l'avis de ses proches- par son ami Marat. Galart de Montjoie, dans son Histoire de la conjuration de Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, fait un portrait de Marat et nous apprend ainsi comment mourut François de Gouy.
« Né à Beaudry, dans le comté de Neuchâtel, en Suisse, de parents calvinistes et pauvres, l'indigence l'avait poussé à Paris qui plus qu'aucune autre capitale de l'Europe, était le rendez-vous et l'asile de tous les vauriens qui craignaient les regards et la censure de leurs compatriotes. Marat y vécût longtemps misérable ; il se mit ensuite en tête d'y faire le métier de charlatan. Il y débita au petit peuple toujours crédule, des herbes qu'il assura être des simples de son pays, et qu'il métamorphosa en remède universel. Ses succès parmi les pauvres lui donnèrent l'ambition de tenter la crédulité des riches. Il se donna pour l'inventeur d'une eau tellement spécifique, selon lui, qu'elle guérissait toutes les maladies. Il remplit de cette liqueur des milliers de petites bouteilles, et fixa le prix de chacune à deux louis. Il fit quelques dupes. Le chevalier de Gouy, frère de ce marquis de Gouy-d'Arsy qui sous le règne de la première assemblée nationale, se fit un nom par ses folies et ses niaiseries y fut attaqué d'un rhume de poitrine. Le comte de Gouy avait alors vingt-deux ans ; ses excellentes qualités donnaient à sa famille les plus belles espérances. Son rhume n'était rien. Une femme de distinction pour laquelle il avait une grande déférence, et dont Marat on ne sait comment, était parvenu à se faire une protectrice, lui amena un jour ce malheureux, et lui ordonna de se mettre entre ses mains. Le jeune de Gouy obéit, et comprenant cependant qu'il faisait une folie, il prit les plus grandes précautions pour que ses parents ignorassent les visites que lui rendait Marat. Celui-ci ne manqua pas de lui vanter les petites bouteilles dont le débit faisait toute sa fortune. Le trop complaisant de Gouy en acheta pour des sommes si considérables, qu'il employa à cette dépense tout l'argent qu'on laissait à sa disposition, et qu'il fut obligé en outre de contracter des dettes. Ce manège dura environ cinq ou six mois. La santé cependant
