Le devoir en bandoulière - Lyne Debrunis - E-Book

Le devoir en bandoulière E-Book

Lyne DEBRUNIS

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Beschreibung

Ce roman a été inspiré par la rencontre d'un jeune homme écrasé par ses charges familiales et les critiques dont il faisait l'objet depuis des années. Il était dépité par le peu d'implication dans les affaires qu'il dirigeait pour ceux qui ne pensaient qu'à contester ses résultats, l'utiliser à des fins personnelles et à jouir d'une vie aisée., jusqu'à une difficile prise de conscience. Ne sommes nous pas parfois aveuglés par la montagne de tâches à remplir, réduits à ne plus voir l'essentiel et à négliger de déléguer ? Ne sommes nous pas coincés par les règles éducatives absorbées dès l'enfance et celles qui régissent les groupes dans lesquels nous évoluons Sortir du cadre dans lequel nous existons n'est pas évident , c'est un peu partir à l'aventure, en quête d'un mieux être et d'une source de bonheur.

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Seitenzahl: 358

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Sommaire

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

RECETTE FAMILIALE

Remerciements

1

A la fin du mois de février, Marguerite et Jean ont été invités par leur fils Emile et Alexandre, un de ses amis rencontré à la fac, à l’ambassade du Montenie, un petit état hors d’Europe mais non loin de ses frontières.

Lors d’un stage en Grande Bretagne, les deux hommes avaient été présentés par des amis communs. Depuis, si Emile évolue comme financier dans une multinationale, Alexandre du fait de sa naissance, est considéré comme un diplomate par son pays qui attend de lui qu’il en fasse la promotion. Il doit essayer de nouer des liens notamment commerciaux avec les états qu’il visite et les deux amis sont amenés à travailler ensemble, ce qui a renforcé leur amitié.

Marguerite est flattée de voir Alex se courber sur sa main, il y a bien longtemps que cela ne lui était pas arrivé et en France, les usages du savoir-vivre ont tendance à se perdre, ce qu’elle regrette un peu.

Elle observa Alexandre, recevoir avec l’ambassadeur les convives puis évoluer parmi la foule rassemblée. L’homme est grand et flirte avec les deux mètres. Il est souriant et à l’aise, entouré par quelques jolies filles un peu collantes, riant trop fort, inévitables dans ce genre de soirée. Il les écoute, sourit et se laisse facilement approcher. Marguerite soupira, agacée :

« Il est encore jeune et vient de divorcer. Quel appât pour ces ridicules pimprenelles qui ne recherchent que le luxe et les paillettes ! Il est probable qu’il ne restera pas seul ce soir. »

Elle constata dans la foulée que son fils se trouvait lui aussi bien entouré.

« J’espère qu’il ne fera pas d’erreur mais à leur âge, nous ne pouvons plus rien dire, à eux de vivre leur vie et s’il se trouvait malheureux un jour, il sait que nous serions là pour lui. »

Toutefois curieuse de mieux connaitre l’ami de son fils, en cherchant un peu sur internet, elle s’était aperçue que marié depuis six ans et père d’une fillette d’un peu plus de trois ans, il avait récemment divorcé d’une épouse qualifiée par certains détracteurs, « d’actrice égocentrique, plus attirée par la position sociale et l’argent que par ce qui peut constituer une vie de famille. »

Marguerite pensa que bien qu’il soit très séduisant, il devait manquer de force mentale à moins d’être tellement habitué à avoir les femmes à ses pieds, qu’il ne les considère plus que comme des consommables et ne résiste pas aux avances qu’elles lui adressent de manière effrontée. Elle avait lu que dès qu’il avait été séparé de son épouse Sofia et avant même que le divorce soit prononcé, une artiste, amie de son ex-épouse avait réussi à l’embarquer dans une liaison très vite médiatisée par la presse de son pays et dont il ne semblait pas pouvoir ou vouloir sortir.

« Comment peut-il se satisfaire de si peu ? »

La jeune femme, âgée d’une trentaine d’années est certes jolie mais parait d’après ce qu’elle a lu, faite du même bois que son ex-épouse et Alex peut-être parce qu’il ne supporte pas d’être seul, avait cédé à cette sirène et à la facilité.

« Pourvu qu’elle ne le coince pas avec un bébé ! » avait-elle pensé.

Marguerite, tout en échangeant avec des relations de son mari, observait discrètement le jeune homme et ne fut pas surprise qu’il soit autant sollicité. Il est bel homme et porte bien l’habit, blond aux yeux clairs qu’il tient de sa mère d’origine nordique, il a une stature solide même si le manque de sport et peut être quelques abus l’ont déjà un peu empâté mais encore rien de rédhibitoire avec un peu d’activité et un petit régime. Il a été gâté lui aussi et s’il aspirait à vivre autrement et être apprécié pour autre chose que ce qu’il représente, sans doute parce que c’est plus facile, il parait ne pas beaucoup lutter pour résister à ses assaillantes.

« Bien qu’il soit là ce soir, en principe pour rencontrer les hommes d’affaires invités, il est retenu par le groupe de jeunes femmes et ne fait pas mine de vouloir s’en défaire... un mauvais point pour lui qui semble avoir perdu de vue la raison de ce cocktail. » se dit-elle.

Après un moment, quelques mondanités et trois coupes de champagne, Marguerite s’apprêtait à faire signe à son mari qu’elle était prête à partir quand Alexandre et Emile vinrent à sa rencontre et lui demandèrent un rendez-vous pour le lendemain. Bien qu’étonnée, elle accepta pour quinze heures en précisant que son mari avait déjà un engagement.

- Maman, c’est toi qu’Alex veut rencontrer mais il te dira pourquoi demain.

- Très bien, ici l’ambiance est trop bruyante pour discuter tranquillement. Seras-tu présent Emile ?

- Oui, Alex viendra avec moi.

- Très bien je vous attendrai.

Les parents d’Emile repartirent.

Marguerite est songeuse et se demande ce qu’Alex peut bien avoir à lui dire ou à lui demander.

- Qu’en penses-tu Jean ?

- De quoi, de la demande d’Alex ? Je n’en sais rien, il doit avoir un service à te demander. Il n’a plus ses parents et je suppose qu’il ne doit pas savoir à qui s’adresser pour obtenir un avis sans attente de contrepartie. Fais avec lui comme avec nos enfants, tu seras de bon conseil ma chère.

Pendant ce temps, Alex et Emile rentraient eux aussi chez eux. Emile est au volant quand Alex lui dit sur un ton manifestement anxieux :

- Crois-tu qu’elle acceptera ?

- Je n’en sais rien Alex. Tu vas certainement lui poser un cas de conscience et j’ignore si au-delà de l’envie, elle pourra t’aider. Maman te dira ce qu’elle pense, sans doute sans fard et sache qu’avec elle, ça pique un peu parfois.

- Je trouve ta mère très belle malgré son âge.

- Dans la famille nous avons la prétention de penser que toutes nos femmes sont belles voire très belles, en dedans comme en dehors. Tu as raison, maman est belle et elle est bonne. Si elle décidait que ta demande est recevable, elle fera le nécessaire pour faciliter sa réalisation mais n’imagine pas que tu n’auras pas à transpirer.

- Nous verrons demain mais j’appréhende. J’en ai assez de vivre comme ça, murmure-t-il.

- Pauvre grand garçon riche… répond Emile d’un ton moqueur.

- Tu peux rire mais tu es un peu dans le même cas que moi.

- C’est vrai, ma famille est très ancienne mais désargentée depuis bon nombre d’années, même si nous n’avons jamais manqué de rien, nous sommes habitués à faire attention et si j’ai une belle et vieille histoire derrière moi, je n’ai pas à travailler pour faire vivre une dynastie moi. Bien que tu refuses l’idée de régner un jour puisque la République convient bien à ton pays, tu fais ce que tu considères être ton devoir envers le Montenie et ta famille et tu leur consacres l’essentiel de ton temps. À l’inverse de toi, je n’ai pas d’obligation envers les miens et cela me permet d’être plus serein que tu l’es…

Emile laissa son ami devant son hôtel et regagna l’appartement de trois pièces qu’il achète à crédit, en pensant à l’embarras d’Alex qui avait imaginé connaitre la femme qu’il avait épousé parce qu’elle était de la même nationalité que lui. Il lui avait conseillé de se méfier mais Alex était très attiré par cette actrice connue dans son pays, il pensait alors qu’elle l’aiderait à se rapprocher de ses anciens sujets et il l’avait fréquentée avec plus ou moins d’assiduité plusieurs années avant de lui proposer le mariage auquel elle aspirait. Dès que l’encre avait été sèche en bas de l’acte d’état civil et une grossesse vite annoncée, elle s’était hélas, révélée bien différente, peut-être encouragée par sa famille.

Alex avait rencontré des difficultés à réaliser qu’il s’était fait rouler et avec son épouse et sa foi dans l’amour qu’elle lui portait, il avait perdu toute confiance en la gent féminine. Il est intelligent et a ouvert les yeux, il ne peut pas ne pas se douter que pour Lio, l’ex-amie de sa femme avec laquelle il s’affiche depuis leur séparation, il n’est rien de plus qu’un statut social et un portefeuille garni.

« Dur pour le moral de ne pas avoir plus de considération de la part de ses compagnes. C’est pourtant un type bien qui a, et c’est dommage, attrapé de mauvaises habitudes de vie !

Son projet est un peu dingue, maman risque de grimper aux rideaux. » pensa Emile en son for intérieur.

Le lendemain, les deux amis sonnèrent au portail avant de composer le code qui déclencha son ouverture. La maison située en périphérie ouest de la capitale est cossue sans être ostentatoire. Elle est plantée au milieu d’un joli jardinet à peine suffisant pour y installer quelques chaises longues et une table mais l’été la famille migre vers la propriété familiale située plus au sud, sous des cieux plus cléments que ceux de l’Ile de France. Le jardin convient donc aux besoins des propriétaires avec ses quelques mètres carrés de gazon et ses étroites plates-bandes de fleurs afin d’habiller la clôture. Il se souvient que lorsqu’il était en 3ème, au collège, il avait planté quelques pieds de tomates qui avaient fait la joie des oiseaux du quartiers parce que les fruits avaient mûri pendant que la famille était dans le sud. Il s’était pourtant satisfait de voir apparaitre les premières fleurs et l’amorce des fruits. A leur retour, les plants étaient desséchés et il entrait au lycée.

Emile referma la porte des souvenirs pour ouvrir celle de la maison et se dirigea avec son ami vers le salon désert.

- Excusez-moi, j’étais au téléphone avec ta sœur. Je vais devoir aller m’occuper de sa fille la semaine prochaine pendant qu’elle fera sa tournée. Ce travail devient lourd avec la puce qui grandit.

- Et son père ?

- Il est toujours casse-pied et ne cesse de lui chercher des noises dès qu’il en a l’occasion, aussi ne lui demande-t-elle rien. C’est triste ces divorces, les enfants en souffrent même si les parents font attention. Allons nous installer au salon, voulez-vous boire quelque chose Alexandre ?

- Non, merci madame, et merci encore de nous recevoir si vite.

Ils s’installèrent et un silence gêné occupa l’espace.

- Qu’aviez-vous d’aussi urgent à me dire ?

- C’est très personnel et n’ayant plus de femmes de ma famille près de moi, j’ai pensé que vous pourriez peut-être m’éclairer. Emile m’a dit que vous saviez écouter et que vous pourriez être de bon conseil.

Elle acquiesça avec un doux sourire.

- Dites-moi et si je peux vous aider vous pourrez compter sur moi.

- Vous n’ignorez pas que j’ai été marié et qu’avec Sofia nous avons eu une petite fille, Lilian il y a plus de trois ans. Dans mon pays, les filles ne peuvent pas reprendre la charge dynastique, en conséquent, j’ai le devoir de procréer un fils. J’ai donc besoin d’une épouse fiable qui accepterait une FIV afin de donner un garçon à ma famille. Si nous nous entendions bien, nous pourrions continuer à vivre ensemble et à assumer la représentation de mon pays, autrement, dans un délai raisonnable de quatre ou cinq ans, nous pourrions nous séparer. La mère de mon fils devenue plus riche qu’elle l’était, pourrait éduquer le garçon jusqu’à ce qu’il aille au lycée dans un établissement international en Suisse ou en Grande Bretagne qui le préparerait à ma succession. Qu’en pensez-vous ? termine-t-il les joues rouges et mal à l’aise comme si en l’exposant à haute voix, il avait réalisé l’incongruité de sa

demande.

Marguerite est silencieuse, pensive et parait attristée. Elle réfléchit un moment et la surprise passée, refusa cette mission parce qu’elle ne connait personne susceptible d’accepter un tel marché.

- Je ne juge pas votre démarche ni les motivations qui la sous-tendent mais c’est très triste d’envisager un mariage de cette façon et il me semble que pour vous, vous devriez repréciser la notion de devoir.

- Les mariages arrangés sont encore nombreux dans le monde, y compris en France au 21ème siècle, et ne se soldent pas nécessairement par des échecs. - C’est vrai mais que faites-vous de l’amour ?

- Je pensais que Sofia m’aimait et son amour a disparu le jour où elle a porté un titre.

- Je vous parle de l’amour Alexandre, pas du désir et de la passion qui ne sont que des feux de paille. Je vous parle des grands ou des petits projets quotidiens partagés, ceux qui ne coûtent rien qu’un peu d’efforts, de contraintes parfois, qui remplissent de joies ou de désappointements quand ils ne débouchent pas. Je parle de l’amour conjugal qui ne fait pas nécessairement appel aux prouesses physiques mais réchauffe les corps et les cœurs de tendresse. Je pense aussi au respect mutuel des engagements pris en toute confiance, qui fait que la tromperie et l’infidélité sont exclues. L’amour change de couleur au cours du temps, il se fait plus amitié et tendresse que passion mais il est en fait une somme de briques d’événements partagés et compose une tour qui grandit chaque jour jusqu’à la fin de la vie. L’amour est un échange aussi et il faut que le couple en parle afin de rester ensemble sur le même chemin, autrement, les deux membres de ce duo deviennent vite des bateaux qui se croisent sur l’océan de la vie sans plus se voir et déclenchent à peine un signal radar.

A mon humble avis, vous ne pouvez pas demander à une jeune femme qui n’est pas vénale, de vous donner un bébé par FIV, pour que vous fassiez ce qui est attendu de vous, pas par votre pays mais par votre clan, qui sauf un retour sur l’histoire, pas plus que vous ne sera appelé à régner à court terme.

Et que penser du fait que vous envisagiez le divorce avant même d’être mariés ?

Il me semble que vous abordez votre problème à l’envers car vous, vous attendez beaucoup d’une femme, la maternité et vous ne proposez que de l’argent, autant passer par un organisme dans un pays qui pratique la GPA et avoir recours à une mère porteuse, cela vous coûtera moins cher qu’une épouse car sur le fond, vos propos réduisent votre offre à cela.

Cependant, vous dites en même temps, que vous ne voulez pas que la mère de votre fils disparaisse après la naissance, vous voudriez une épouse de laquelle vous seriez proche. N’étant pas idiote et éduquée, il est évident que cette jeune femme saura utiliser internet, mieux que je le fais. Que pensez-vous qu’elle pensera et comment imaginez-vous qu’elle réagira lorsqu’elle apprendra en tapant votre nom que vous avez une maitresse depuis votre séparation, bien avant votre divorce qui a pourtant été très rapide. Aucune femme de ma connaissance n’a envie de vivre ainsi et de partager son époux avec une autre et de passer aux yeux du monde pour une laissée pour compte. Souvenez-vous du sinistre couple formé par Diana et Charles, unis pour servir la couronne, et parents de deux jeunes enfants et fuyez l’idée d’un ménage à trois.

Si vous voulez un premier conseil, faites le ménage chez vous, si c’est une femme d’ici que vous voulez, venez vous installer en France quelques mois et prenez le temps de faire les choses correctement. Commencez par vous débarrasser des sangsues qui s’accrochent à vos basques et réfléchissez afin de retrouver ce qui est essentiel pour vous et approfondissez votre notion du devoir qui à première vue me semble abusive.

Nous reparlerons alors de votre projet et nous chercherons une jeune femme capable de tenir debout toute seule qui possède une bonne éducation et les codes de votre milieu et soit déjà une valeur sûre avec laquelle vous pourrez travailler sur le long terme. Vous êtes divorcé et père, elle pourrait se trouver dans une situation voisine ou identique à la vôtre, cela ferait une famille moderne recomposée mais avec des valeurs partagées et un projet commun.

- Madame, merci, vous avez mis des mots sur ce que j’avais du mal à concevoir. Pensez-vous que ce soit réalisable ?

- Oui mais commencez par virer ces filles attirées comme les mouches par un pot de miel pour de mauvaises raisons et évitez de faire un enfant à l’une d’elles, ce sera plus simple pour la suite ensuite révisez les notions de philosophie qui pourraient vous éclairer.

Je vais arrêter de vous assommer avec mes conseils en vous recommandant de méditer cette citation d’un homme que j’aime bien, un marin Olivier de Kersauson. Elle traite de la façon dont il faudrait envisager la vie. Il dit : « Vivre est un privilège. Ce n’est pas un dû. Alors on doit avoir la politesse, l’élégance, de profiter du fait d’être vivant pour que cette vie soit belle. La conscience de notre privilège doit engendrer un comportement.

Une seule question, chaque matin : comment faire en sorte que cette journée qui débute soit belle ? …

On ne doit rien faire par habitude. Toute action doit être soumise à une réflexion. En d’autres termes, le plaisir s’organise. La routine est à proscrire. Il faut comprendre ce qu’on vit et ce qu’on est. On doit être apte à choisir dans le panel des possibles. Il s’agit de piloter sa vie."

J’ajouterai, Alexandre que vos détenez le privilège de vivre et celui d’être fortuné, ce qui vous oblige davantage mais ne faites rien de manière insincère et forcée. En n’étant pas heureux, vous ne répandrez pas le bonheur, vous avez donc un équilibre à trouver.

Ils sont silencieux quelques instants après cette explication. Emile observe son ami avec un petit sourire en coin.

- Tu l’as voulu, tu l’as eu ! Je t’avais dit que ton idée était un peu tordue et que les entretiens avec maman étaient parfois piquants.

- J’ai impérativement besoin d’un fils.

- Rien ne vous empêcherait d’envisager une FIV afin d’être certain du sexe de l’embryon mais cela ferait partie d’un projet intime commun et d’une décision prise à deux qui ne résulterait pas d’un contrat marchand. L’esprit serait tout à fait différent…

- Je comprends Madame… Je vais m’installer ici et dire à Lio que je romps notre liaison. Elle va sans doute vouloir des compensations. Je vais devoir en parler avec mon avocat.

- Vous rendez-vous compte que vous dites que cette femme à qui j’imagine que vous n’avez rien promis pour les quelques mois passés occasionnellement ensemble, pourrait exiger des dédommagements financiers à cause du préjudice supposé lié à cette rupture. Dans quel monde vivezvous Alexandre ? Que votre ex-épouse, la mère de votre fille ait droit à une compensation, je peux l’entendre même si cela a déjà dû être discuté entre vos avocats mais une maitresse de courte durée...

Enfin, j’imagine que vous savez mieux que moi ce que vous avez à faire avec elle mais veillez à ce que cette femme n’interfère plus dans votre vie et qu’il ne soit pas question d’un bébé.

- Je vais m’y atteler, merci madame pour vos conseils éclairés, j’avais besoin de m’entendre dire ces choses et pour être honnête, je crois que je le savais mais je ne voulais pas voir la réalité. Me permettriez-vous de vous appeler si j’en avais besoin ? Vous me faites réfléchir.

Le chemin du retour se fit dans le silence.

- Tu viens chez moi ou tu préfères aller à l’hôtel ?

- Je peux m’arrêter chez toi, il faut que j’appelle mon avocat et que je cherche un appartement à louer dans un premier temps. Connaitrais-tu une agence ?

- Moi non mais ma sœur Amélie doit avoir ça en portefeuille, elle a des amis d’école qui ont investi dans l’immobilier et louent leurs biens. Nous l’appellerons de chez moi.

Tout à coup, un parallèle entre la situation d’Alex et celle de sa sœur s’installa dans sa réflexion et une idée surgit :

« Pourquoi pas ? »

Il eut beau s’en défendre, l’idée resta là, fichée dans sa tête. Amélie est une jolie femme, avec beaucoup de caractère qui réussit bien dans son métier mais n’a pas eu la vie facile avec son ex-époux. Alex et elle ont à peu près le même âge et pourraient bien s’entendre car son ami a besoin d’être recadré et conseillé parfois parce qu’il a toujours vécu très protégé, entouré de « conseillers ». S’ils s’y prenaient bien, Amélie et lui pourraient devenir de vrais partenaires complémentaires.

2

Le lendemain matin, prétextant une recherche d’appartement, les deux hommes invitèrent Amélie au restaurant. La jeune femme arriva souriante mais un peu pressée car elle aura un rendez-vous avec un client avant d’aller chercher sa fille à l’école. Alexandre apprécia son beau sourire et son allure dynamique car elle est grande, mince et vive. Brune aux longs cheveux, elle possède les mêmes yeux verts très expressifs, que son frère.

Alex fut surpris par son agenda minuté et elle lui expliqua que personne d’autre qu’elle ne pouvait s’occuper de sa fille et qu’elle ne s’autorisait pas de retard car les frais générés par la garde de la petite fille en dehors des heures scolaires pouvaient devenir importants en fin de mois pour un budget serré.

Alex découvrit stupéfait, les contingences auxquelles sont soumises les femmes actives seules en charge d’enfants.

- Attention Alex, en tant que cadre, je gagne bien ma vie et je ne me plains pas mais je suis tout de même obligée de faire très attention à mes dépenses. Heureusement, je suis libre de mes horaires et mon boulot et ma fille peuvent se gérer, toutefois je dois un peu courir certains jours. Bien, qu’est-ce qui a motivé votre invitation.

- Alex a des projets ici et il cherche une agence ou un particulier qui lui louerait discrètement un appart. Aurais-tu des tuyaux ?

- Quelle surface et quel budget ?

- Disons trois ou quatre pièces dans un bon quartier, je n’ai pas vraiment de problème de budget.

Amélie éclata de rire :

- C’est bien la première fois que j’entends quelqu’un me dire qu’il n’a pas de contrainte budgétaire. Ce devrait être plus facile. Tu tiens à Paris ou la proche banlieue te conviendrait aussi ?

- Je n’ai pas d’idée sur la question, je tiens à un bon quartier et j’achèterai une voiture pour aller à mes rendez-vous, ce sera plus facile.

- Je vais mettre quelques amis sur le plan, ce ne sera pas compliqué. Pour quand te le faudra-t-il ?

- Je suis à l’hôtel et je peux y rester même si je préfèrerais habiter chez moi.

- Avant d’y habiter il te faudra un minimum de meubles, je t’emmènerai dans une grande surface spécialisée, tu pourras choisir des trucs bien pour pas trop cher.

- Non, je peux m’offrir du beau mobilier.

- Peut-être mais qu’en feras-tu lorsque tu repartiras ?

- Euh, je n’ai jamais loué un appartement, qu’en fait-on dans ce cas ?

« Il se moque de moi là, d’où sort ce bonhomme ?» pensa-telle tout en éclatant de rire.

- En principe lorsque tu quittes un appartement, tu emportes tes meubles avec toi là où tu vas habiter. Si tu n’es que de passage à Paris, peut-être devraistu plutôt louer un appartement meublé. C’est plus cher mais tu n’as pas de préavis de départ de trois mois à donner, il suffit de prévenir le propriétaire un peu avant que tu repartes. Je vais devoir y aller, je vais me renseigner et te préviendrai très vite. A bientôt et merci pour l’invitation, je dois être à l’heure à mon rendez-vous et ne peux pas rester davantage. Alex, je te laisse ma carte, appelle-moi dans deux jours.

Les deux hommes la regardèrent partir, c’est une magnifique tornade qui venait de les quitter.

- C’est Amélie, la sœur dont tu me parlais tout le temps ? Pourquoi ne me l’avais-tu pas présentée avant ? C’est une femme magnifique et elle parait très efficace.

- Tu ne cherchais pas à te poser et je n’avais pas envie qu’elle soit importunée par un type à l’humeur légère qui avait pour habitude d’oublier le lendemain, la fille qu’il avait troussée la veille.

- Ouais bon… je n’ai plus vingt ans depuis longtemps.

- Et tes liaisons sont plus longues mais tu n’as toujours pas beaucoup plus de considération pour tes copines et ne te plains pas, je viens de te présenter Amélie. Entre temps, elle s’est mariée avec un imbécile qui l’a trompée dès qu’il l’a pu et encore nous ne savons pas tout. Sa petite puce n’était pas née qu’ils étaient déjà divorcés. Elle a été déçue, a pas mal souffert, a dû bosser pour assurer leur quotidien mais comme elle est très organisée, elle s’en sort bien. Elle vient d’acheter une petite résidence secondaire, rien d’extraordinaire mais suffisante pour que sa fille et elle, puissent aller respirer l’air de la campagne en fin de semaine. L’inconvénient de tout cela c’est qu’elle a du caractère et je suppose qu’elle doit faire peur à bien des hommes, pourtant elle est toujours très correcte mais il faut lui expliquer le pourquoi de ce que tu recherches ou de ce que tu fais. Ce n’est pas du contrôle, elle a simplement besoin de comprendre mais cette attitude est souvent mal interprétée.

Un conseil, si tu veux la revoir, ne lui parle pas de tes besoins et de tes projets de FIV, ce serait le moyen de la faire fuir. Prend le temps de la connaitre et approche là avec un peu d’intelligence et de finesse.

Le téléphone d’Alex sonna pour la énième fois, il avait rejeté la communication jusque-là mais il dit à Emile en serrant les dents :

- J’ai fait un texto à Lio ce matin, pour lui dire que je m’installais ici et que je rompais. Elle ne va pas accepter de me lâcher si facilement.

- Dis-lui que tu t’es lassé et que tu as ici un beau défi qui te contraint à rester quelques temps.

- Je crains qu’elle cherche à me rejoindre.

- Tu verras, si elle insiste, envoies lui ton avocat. Tu y avais déjà pensé.

- Oui mais ta mère a raison, je n’ai pas à payer pour une fille à laquelle je n’ai rien promis et qui a déjà beaucoup profité de mes largesses.

- Tu devrais t’expliquer oralement, ce serait plus correct.

- Oui, je vais sortir pour la rappeler. Attends-moi.

Alex revint quelques minutes après, livide.

- Elle prétend qu’elle vient de découvrir qu’elle est enceinte, pourtant je me suis toujours protégé et elle disait être sous pilule.

- Ce n’est peut-être pas vrai ou ce n’est pas le tien ou c’est un accident. Dis à ton avocat qu’il la prévienne que le bébé ne sera pas reconnu sans test ADN par prélèvement fœtal, analysé dans deux laboratoires indépendants hors de ton pays, déjà cela pourrait l’inquiéter et la faire renoncer. Si elle persistait et dans le cas où les analyses lui donneraient raison, tu devras lui verser une pension alimentaire pour l’enfant mais à moins que tu le veuilles vraiment, il pourrait ne pas y avoir de mariage, ainsi l’enfant ne serait pas légitimé pour une éventuelle succession. Tu as pour exemple, les contrats comme ceux établis pour les enfants nés hors mariage d’Albert de Monaco, tes avocats sauraient faire.

Sans cela, tu te condamnes à trainer un boulet pendant des années. Or si ta famille et ton pays acceptaient tes frasques jusqu’à présent, ils ne te pardonneraient pas une deuxième mésalliance et tu serais grillé pour l’essentiel du gotha et des membres du gouvernement avec lesquels tu travailles. A toi de savoir ce que tu veux et de piloter ta vie, comme dirait ma mère.

- Oui tu as raison, je veux un fils mais pas avec cette femme. C’est moche à dire mais elle n’était qu’un passe-temps… Quel sale type j’ai été avec un peu de recul ! Je m’étais déjà aperçu que je n’avais aucun sentiment amoureux pour elle parce que depuis un mois que je suis ici, elle ne m’a jamais manqué et je ne pensais pas à elle et puis ta maman m’a fait réfléchir et j’attends beaucoup plus d’une alliance.

Je voudrais la rappeler ainsi que mon avocat. Tu viendrais avec moi ?

- Si tu as besoin de soutien, je peux te suivre ou nous pouvons aller chez moi.

- Non viens à l’hôtel, je pourrais avoir besoin de mon ordinateur.

Installé dans la suite qu’il occupe, Alex appela d’abord l’avocat avec lequel il ajusta la mission que l’homme de loi devra remplir auprès de la jeune femme, puis il appela Lio, son ex-maitresse dans la foulée.

Elle s’emporta lorsqu’il mit en doute ses affirmations de grossesse et sa responsabilité puis elle refusa tout net les recherches ADN. Alex la prévint alors que son avocat la contactera rapidement mais que pour bénéficier d’une pension pour l’enfant, l’analyse de l’ADN du fœtus sera obligatoire. Elle pleura un peu et lui reprocha d’avoir profité d’elle.

« Autant que toi qui as profité de moi et des cadeaux que je t’ai offert » pensa-t-il sans rien rétorquer, il avait hâte d’en finir et de pouvoir raccrocher.

« Comment ai-je pu me contenter de si peu ? Où sont passés ma dignité et mon honneur ? Je savais qu’elle devait prévenir la presse people de nos déplacements et j’ai laissé faire. D’une certaine façon, ce qui arrive est d’abord ma faute. Je dois être plus exigeant envers moi-même si je veux être crédible auprès d’une femme avec laquelle je pourrais espérer un avenir. »

Un inconfortable sentiment de honte l’envahit en constatant le décalage entre l’image qu’il envoie aux autres et celle qu’il aimerait posséder.

La conversation se termina et Emile comme Alex, plutôt confiants, doutaient à présent de l’existence de cette grossesse, ce qui les soulageait un peu mais avant de se réjouir, il fallait attendre le compte-rendu de l’avocat.

Les deux hommes un peu tranquillisés se quittèrent car Emile avait encore du travail et devait retourner à son bureau.

Le soir, Marguerite sa maman appela Emile pour s’étonner qu’Amélie ait trouvé le temps de déjeuner avec eux.

- Techniquement, notre rendez-vous a bien eu lieu sur l’heure du déjeuner mais Amélie s’est contentée d’un café pour repartir très vite. Alex voulait la rencontrer pour profiter de son carnet d’adresses car il recherche un appartement. En les voyant discuter et sympathiser, j’ai pensé qu’ils iraient bien ensemble.

- C’est aussi ce que je m’étais dit mais ce garçon a trop de choses à régler et sa manière d’aborder ses obligations ne doit pas être acceptée par tous les membres de sa famille. En plus, je n’aimerais pas que ta sœur s’embarque à nouveau avec un homme certes mieux éduqué mais incapable de respecter la parole donnée.

- Maman il n’est pas comme cela, je crois qu’il était insatisfait et malheureux avec sa femme et il s’est séparé de sa maitresse ce matin, j’en étais témoin. Tu lui as donné la petite impulsion dont il avait besoin.

- Je ne peux rien interdire, mais s’il te plait fait attention à ta sœur, elle n’en dit rien mais elle a souffert lorsque son mari a pris le large avec une pimprenelle à son bras. Elle a beaucoup travaillé et s’occupe très bien de sa fille mais je ne suis pas sûre qu’elle soit aussi satisfaite de son sort qu’elle le dit.

- Ils vont se rencontrer pour cette histoire d’appartement et je veillerai au grain, Alex sait déjà qu’il ne peut pas s’autoriser n’importe quoi avec Amélie.

Dans la soirée du surlendemain, Alex rappela Amélie, comme convenu :

- Excuse les petits bruits mais je surveille ma fille qui joue dans son bain. Je t’ai appelé parce que j’ai une adresse à te communiquer. L’appartement serait bien, grand, meublé, au calme. Pour le visiter tu devras te présenter à la loge du concierge et dire que tu viens pour l’appartement d’André Jacques. Il est prévenu et a les clefs. L’immeuble est très bien et l’appartement est à voir, il n’est pas très cher mais c’est un ami qui loue et je lui ai dit que tu pourrais y rester quelques mois. Il est gentil et un peu snob aussi avoir quelqu’un de ta qualité lui irait bien au teint.

Ils rient puis sur une impulsion, Alex invite Amélie à diner un soir, quand elle sera libre.

- Alex, hormis un week-end par mois et je crains que ce ne soit plus aussi fréquent, et en principe la moitié des vacances scolaires, j’ai la responsabilité de ma fille et je ne peux pas la laisser seule le soir, elle est bien trop jeune.

- Tu travailles et tu t’occupes de ta fille, quand sors-tu et quand peux-tu t’occuper de toi ?

- Eh bien, ma fille et moi, nous sortons ensemble et je m’occupe de moi chez moi. Vois-tu, c’est le lot des mamans solo et il vaut mieux l’accepter.

- Je suis admiratif mais je suis déçu, j’avais espéré pouvoir te remercier pour l’appartement et mieux connaitre la sœur dont Emile m’a tant parlé. En plus, si je m’installe ici, je vais devoir étoffer ma liste de relations et j’aurais aimé commencer par toi.

- Si ça ne te fait pas peur et que tu n’as rien de mieux à faire, viens diner chez moi demain soir. Je coucherai Astrid et nous serons tranquilles après pour diner.

- Super, que veux-tu que j’apporte ?

- Rien ou du vin pour toi, ce n’est pas drôle mais par goût, je ne bois pas d’alcool et je ne m’oblige pas à le faire.

- Et c’est accepté par tes hôtes ?

- S’ils me servent, ils ne s’aperçoivent pas ensuite que le verre n’est pas bu ou ne disent rien. S’ils me connaissent, ils me servent discrètement de l’eau et puis pour être honnête, je me fiche de ce qu’ils pensent mais c’est plutôt bien accepté.

- Je me demande si dans un diner de gala tu pourrais agir ainsi.

- Dans un diner de gala, les hôtes ont d’autres chats à fouetter que de s’occuper de mon verre qui reste plein. Je t’assure que personne ne s’aperçoit de rien, à part peut-être mon voisin de droite chargé de s’en occuper.

- Tu vois en papotant j’ai appris quelque chose sur toi que j’ignorais et ce qui me plait c’est que tu ne t’excuses pas, tu assumes ta position.

- Mon frère a dû te dire que je suis particulière, on ne me fait pas faire n’importe quoi surtout si je ne comprends pas l’objectif ou que je ne suis pas d’accord. Il ne s’agit pas d’opposition mais je veux comprendre à quoi je m’engage lorsque je dois intervenir. Certains me trouvent peu souple ou rigide mais pour moi il s’agit d’autre chose. Je n’agis pas contre mes convictions pour faire plaisir et je déteste que quelqu’un cherche à me casser les pieds juste pour m’ennuyer.

- Tu arrives à éviter les conflits ?

- Tout dépend de la nature du conflit. J’ai compris que le père de ma fille cherchait à me contredire pour m’ennuyer ou rechercher la bagarre, peut-être qu’ainsi il a l’impression de vivre. Je le laisse maintenant penser et dire ce qu’il veut, grand bien lui fasse. En revanche, exprimer sa propre perception et rechercher un accord est préférable à la passivité. Avec les équipes que je gère, ma technique passe bien.

- Et lorsque tu es en colère ?

- J’essaye de ne jamais agir sous le coup d’une émotion, tout le monde est sourd aux propos tenus lorsque les sentiments ou les émotions ont envahi l’espace. Il vaut mieux respirer un grand coup et se lancer dans les explications lorsque la pression est un peu retombée.

- Donc dans une dispute, tu évites de répondre.

- Quand tu ne réponds pas, l’autre s’épuise vite d’être seul à hurler et il se calme rapidement ou s’en va. L’évitement ne le calme pas, c’est même frustrant, mais tu peux ensuite reprendre le problème et rechercher une solution plus calmement ou tu le fais faire par un tiers.

- Si j’avais eu un topo de ce genre lorsque j’étais marié, j’aurais sans doute évité bien des conflits, cependant il est probable que le résultat aurait été le même. J’ai fini par comprendre que nous n’avions pas les mêmes attentes et que pendant nos fiançailles, je n’avais pas su ou pas voulu regarder ce qu’il fallait voir.

- Ce qui amène les couples au divorce est complexe mais je pense qu’il s’agit d’une somme de petites erreurs accumulées qui deviennent une montagne insurmontable et sur laquelle la rancune, le dégoût, la haine parfois, s’installent et empêchent les deux partenaires de se séparer honorablement.

- Tu es lucide.

- J’essaye de l’être, je sais quelle est ma part d’erreurs et celles qui font partie de la personnalité de mon ex sur lesquelles je n’aurais jamais obtenu de changements.

- Tu voulais le changer ?

- Non, pas du tout mais il est de nature égocentrique, infidèle et menteur. La fidélité à une idée ou une personne est un concept qu’il ne comprend pas parce que dans toute action c’est son plaisir ou sa satisfaction qui sont les moteurs principaux. Lui étant le centre du monde devant qui tous les autres doivent céder. Si j’avais compris ça avant, je ne me serais pas mariée avec lui. Mais on ne refait pas l’histoire et j’ai ma petite merveille sur laquelle je veille et je m’efforce de l’éduquer à ne pas devenir un petit tyran.

Maintenant que nous avons refait le monde, dis-moi si mercredi soir tu veux venir diner. Ma grenouille a la peau fripée d’avoir trempé trop longtemps et je dois la sortir de l’eau.

- Je viendrai avec joie, je suis très heureux d’avoir discuté avec toi un moment, je te souhaite ainsi qu’à ta grenouille une bonne fin de soirée. Il raccroche en souriant, il a appris des choses ce soir et cette attitude d’accueil bienveillant lui fait du bien.

3

Alex est enchanté par cet appel téléphonique. Cette femme sait ce qu’elle veut et pourquoi elle le veut, c’est une battante et la difficulté ne lui fait pas peur. « Bon sang, pourquoi Emile ne l’a-t-il pas mise sur mon chemin avant ? Cependant, comme elle je pourrais dire que je n’aurais pas eu ma petite merveille. Nos deux filles s’entendraient-elles bien ? Zut, la langue les sépare, il faudra y remédier. Allons mon vieux, cesse de rêver et ne fais pas de projet, c’est bien trop tôt. »

Le lendemain, son avocat l’appela vers midi pour lui dire qu’il avait rencontré chez elle, la demoiselle Lio qui s’est avérée être une véritable comédienne. Elle lui avait joué la carte du désespoir absolu avec menace de suicide à la clef, avant de convenir qu’elle avait voulu faire pression sur Alexandre en inventant une grossesse et enfin, elle avait admis qu’il avait été généreux en lui offrant quelques voyages et en l’emmenant avec lui dans des soirées où elle avait pu rencontrer des gens qui avaient accepté son « book d’artiste ». Elle admettait qu’il y avait un gros écart dans leurs éducations respectives mais avait espéré que sa formation de comédienne aurait permis de gommer les différences, ce que Sofia lui avait suggéré.

Cette mention à Sofia fit sourciller Alex autant que son avocat.

Lio avait au bout de deux heures de discussion, accepté la rupture de mauvais gré mais elle avait signé un document par lequel elle s’engageait à ne plus parler d’Alex aux journalistes et à ne lui demander de compensation d’aucune sorte.

« Ouf ! Je suis enfin libre mais l’avertissement a été de belle taille ! La mère d’Emile avait raison, j’ai pris des risques ! Je dois organiser mon plaisir et piloter ma vie comme dirait Marguerite !»

Soulagé, il a envie de rire et de chanter. Il appelle Emile pour le prévenir et partager sa bonne humeur.

- J’en suis ravi pour toi, c’est une belle épine en moins. Il va falloir maintenant, apprendre la chasteté et l’abstinence, des concepts qui n’ont jamais fait partie de ton hygiène de vie. Dit-il sur un ton moqueur.

- Je suis conscient des lacunes de mon éducation et j’ai bien l’intention d’y remédier. Tu m’aideras si c’est nécessaire. J’ai longuement eu Amélie au téléphone hier soir. Je dois visiter un appartement meublé dont elle m’a envoyé l’adresse et en principe je dinerai demain soir chez elle, parce qu’à cause de sa fille, elle ne peut pas sortir.

- OK, c’est sympa de me prévenir mais je n’ai pas mon mot à dire. Vous êtes adultes tous les deux et je vous aime bien quoique de manière différente. Ne fais pas n’importe quoi et oublie ton projet tordu.

- Amen ! Je te laisse parce que j’ai un rendezvous maintenant. Je ne sors pas pour bosser mais je fais mes dix heures par jour et ce n’est pas toujours drôle d’être son patron !

- N’oublie pas que des gars qui bosses autant que toi il y en a plein et tous ne sont pas riches, tu es sur le dessus du panier. Alors remercie ton père d’avoir suffisamment fait prospérer ses affaires pour t’éviter d’aller passer dix heures par jour dans un bureau pour enrichir un patron comme 99% de la population occidentale.

Alex appela Amélie pour lui confirmer qu’il viendra sans vin mais avec un dessert le lendemain mais le répondeur décrocha. Déçu et contrarié, il laissa un message, c’est elle qu’il aurait aimé entendre, pas son répondeur.

Dans l’après-midi, il alla visiter l’appartement de Monsieur Jacques situé dans un immeuble Haussmannien du 17 ème arrondissement.

L’appartement est parfait et impeccable, il ne sera pas utile de perdre du temps à en visiter d’autre. Il est composé d’un grand salon-salle à manger et de deux chambres tout à fait correctes et de bonnes dimensions. Le chauffage est centralisé ainsi que l’eau chaude ce qui lui convient bien, parce qu’il n’aura rien à gérer. Il annonce au concierge qu’il le retenait et l’occuperait dès le lendemain. Le concierge lui remit quelques feuillets à remplir sur le champ afin de finaliser le contrat.

Sur le chemin du retour à l’hôtel, dans le taxi qui le transportait, sa satisfaction disparut brutalement. Comme à l’aube d’un soleil obscurci par de gros nuages noirs, son destin qui lui avait échappé se dessina à la frange de sa conscience perturbée. Loin de l’éclairer, cette sombre lumière l’aveugla et le terrifia. Il se couvrit les yeux afin de ne pas affronter l’effrayant bilan de sa décennie d’homme adulte. Il réalisa qu’il n’avait cessé de se voiler la face, il avait fermé les yeux et s’était bouché les oreilles. Il doit pourtant résister à cette amnésie volontaire et faire l’effort de se souvenir, nommer, compter, regarder chaque élément de sa vie afin de pouvoir enfin agir et construire son avenir en devenant un acteur responsable et agissant, autrement il restera un pauvre type car l’essentiel pour lui, n’est plus le portemonnaie, il vaut plus que ce qu’il a, il mérite mieux.

En rentrant à l’hôtel, décidé à l’action et plus confiant, il appela Sofia, son ex-épouse pour l’informer des changements. Il veut surtout lui dire qu’il souhaiterait aménager la garde de leur fille, son avocat la contactera assez vite pour lui faire signer sa proposition.