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Maïlys a été agressée par un lycéen de sa classe le soir des dernières épreuves du bac. S'il a été arrêté et condamné, elle a eu des difficultés à se remettre de cette agression et du traumatisme subi et cette épreuve a conditionné le choix de ses études .Sept ans après ce souvenir l'empêche de faire confiance aux hommes qu'elle évite autant que possible. Jusqu'au jour où son agresseur sorti de prison réapparaît, plus vindicatif que jamais. Elle sera certes protégée par ses amies mais devra vaincre ses peurs pour pouvoir aimer et enfin vivre libre.
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Seitenzahl: 314
Veröffentlichungsjahr: 2024
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AVERTISSEMENT
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
REMERCIEMENTS
Ce livre est un roman qui peut être lu par des adolescents comme des lecteurs plus âgés. Les faits sont fictifs en conséquence, toute similitude avec des événements vécus ne pourraient qu’être fortuits.
Depuis trois ans, Marine est médecin aux urgences de l’hôpital Rangueil à Toulouse. La fréquentation du service est importante et l’équipe ne chôme pas car les médecins de ville ont des consultations surchargées comme dans de nombreuses régions de France et lorsque les malades ne peuvent pas être reçus, c’est aux urgences qu’ils se rendent.
En ce jour de janvier, il est un peu plus de treize heures et elle a déjà six heures de présence dans le service, des épidémies de bronchiolite et de grippe sévissent amenant de nombreux patients mal en point. De garde depuis sept heures, elle est fatiguée et s’apprête à prendre une pause, aspirant à un café et un peu de calme car elle n’aura pas le temps de déjeuner, quand l’accueil lui demande de recevoir une fillette amenée par une institutrice.
Elle se rend dans la salle d’examen et se trouve devant une petite fille très intimidée, qui ne la regarde pas et semble perdue dans la contemplation de ses doigts aux ongles abimés.
L’institutrice restée près d’elle, explique que l’enfant âgée de cinq ans avait trébuché après le déjeuner en sortant du réfectoire et qu’elle était tombée dans une grosse flaque d’eau. Elle avait voulu lui enlever ses vêtements mouillés pour les remplacer par une tenue de dépannage dont dispose l’école mais l’enfant refusait de se laisser faire avant de céder en larmes devant l’insistance des deux adultes qui la contraignaient à se déshabiller. Avec horreur, l’institutrice avait découvert le petit corps de l’enfant couvert de longues cicatrices fines ou de traces rondes et boursoufflées de profondes brûlures plus ou moins cicatrisées. La situation leur avait paru alarmante car en changeant son sous vêtement mouillé, elles avaient aperçu aussi des marques dans sa culotte. Elles avaient donc préféré amener la fillette à l’hôpital, certaines plaies très récentes, enflammées ou purulentes semblant nécessiter des soins.
Marine frissonne, elle a l’estomac à l’envers mais ses larmes ne coulent plus, les urgences lui ont donné l’habitude du pire, cependant, rien ne lui fait plus de mal que de constater des atteintes à l’intégrité physique et mentale d’un enfant. Là c’est d’une toute petite fille qu’il s’agit, une très jolie petite poupée blonde aux grands yeux gris éteints et larmoyants, un peu maigrichonne.
- Comment t’appelles-tu ?
- Marie-Hélène, Mimi m’appelle Mylène.
- Marie-Hélène est un joli prénom mais Mylène est plus court et c’est joli aussi.
- Non ce n’est pas pour ça. Mylène pour que j’arrête de faire du cinéma.
- Du cinéma ? répond le médecin en fronçant les yeux et en touchant les cicatrices. Ah, comme une actrice qui s’appelait Mylène Demongeot. Elle était très belle et jouait bien.
- Je ne sais pas mais je ne dois plus demander ma maman et je ne dois plus pleurer.
- Autrement tu es punie ?
- Oui, pour que je me rappelle que les caprices sont interdits, après j’ai mal longtemps.
- Qui te fait ça ?
- Papa donne la fessée quelquefois mais Mimi fait mal.
- Et ton papa sait que tu as mal ?
L’enfant hoche la tête, les yeux pleins de larmes.
- Vous allez rester là, dit-elle à l’institutrice, je vais revenir. Mets ce drap sur toi ma poupée afin de ne pas avoir froid. Je serai rapide, je dois parler à une amie et je reviendrai te soigner très vite.
Marine revint peu après, accompagnée d’une jeune femme en pantalon de jean et en veste. Elle salua l’institutrice et se dirigea vers l’enfant avec un beau sourire avenant.
Elle s’accroupit près d’elle afin d’être à sa hauteur, la regarda en souriant mais se garda bien de la toucher.
- Bonjour Marie-Hélène, le docteur Marine m’a dit que tu avais mouillé ta robe en tombant. Je vais regarder les bobos que tu t’es fait pour qu’elle puisse te soigner très vite. Oh ! mais tu as les genoux bien écorchés, tu as dû te faire mal mon petit poussin, il va falloir mettre du rouge et un pansement avec des nounours, tu en as toujours docteur Marine ?
Marine hocha la tête et montra une boite en précisant à l’enfant qu’elle les choisira.
- Oh, là aussi il va falloir soigner et là et là, ton dos est plein de bobos et devant… Baisse ta culotte, houlà ! celui-là doit faire très mal et sur les fesses. Tu as de gros bobo douloureux, ajoute-t-elle, émue et la voix rauque, docteur Marine tu as du travail. Dit-elle en prenant des photos avec son téléphone.
C’est Mimi qui t’a fait ces bobos ou ton papa ?
- Mimi, papa donne la fessée quand il est fâché.
- Et il ne dit rien lorsque Mimi te fait mal ?
- Non, il est parti ou il dort. Elle crie quand il est là c’est tout.
- Mimi c’est ta maman ?
- Non, maman est partie faire les courses et Mimi est restée. Je veux ma maman mais elle ne revient pas.
Maïlys se releva et s’adressa à Marine.
- Pouvez-vous la garder en pédiatrie un jour ou deux que je trouve une solution ?
- Oui, certaines blessures sont infectées. Merci madame, nous gardons Marie-Hélène afin de la soigner et nous préviendrons ses parents. Déclara Marine à l’institutrice, maitrisant mal la colère et l’écœurement qui bouillonnent en elle.
« Comment des adultes peuvent-ils s’en prendre à une si petite enfant ? Ils sont dingues ! »
- Une infirmière très gentille va te soigner et t’emmener dans ta chambre. Elle t’expliquera où tu pourras trouver des livres et des jouets et tu verras les autres enfants.
Une jeune femme en blouse rose rentra et attendit les consignes pendant que l’institutrice soulagée, s’éloignait avec l’assistante sociale.
- C’est une gentille petite un peu effacée et plutôt silencieuse, son père nous a prévenu de la mort accidentelle de son épouse mais nous avons l’impression qu’il n’a rien dit à Marie-Hélène. Que vat-il se passer maintenant ? Demanda l’institutrice mortifiée par ce qu’elle avait pu constater.
- Ne dites rien à sa famille, ni à personne ; il vaut mieux que les autorités se chargent de prévenir ses parents et qu’il n’y ait pas de rumeur, car la petite fille a certes été blessée mais nous ignorons tout des circonstances et du ou des responsables. Je vais déclencher une enquête car il y a maltraitance avérée de l’enfant depuis plusieurs mois d’après les cicatrices. Son institutrice et vous, serez sans doute interrogées, prévenez votre collègue mais restez discrète. Je vous laisse, merci d’avoir accompagné Marie-Hélène jusqu’ici.
Maïlys, l’assistante sociale s’éloigna abattue, en colère et les yeux humides.
« J’en ai marre ! Encore un enfant qui est pris pour exutoire par ceux qui sont chargés de l’aimer et de veiller sur lui. Le monde devient fou et la justice n’est pas toujours juste ! »
Elle retourna dans son bureau et appella le commissariat de police pour signaler l’affaire. Selon les conclusions de l’enquête, l’enfant sera ou non placée dans un foyer ou une famille d’accueil.
Vers seize heures, Pauline, l’officier de police vint prendre les dépositions des deux professionnelles mais il est trop tard, Marine a quitté son service. Maïlys expliqua ce qu’elle avait constaté et montra les photos que l’officier transfèra sur son appareil en grimaçant.
- Et je suis sûre que la petite est persuadée qu’elle a mérité tout ça ! J’ai besoin du nom de son père et de son adresse. A-t-elle de la famille, grandsparents, oncles ou tantes ?
- Je l’ignore.
- A creuser. Bon maintenant à toi, comment vastu ?
- Je déteste ces affaires de violences mais je tiens le coup. J’irai voir demain matin en pédiatrie, j’obtiendrai les premiers retours comportementaux. Je devrai sans doute lui trouver un point de chute correct et ils ne courent pas les rues.
- Viendrais-tu prendre un pot vers dix-huit heures trente à côté de mon bureau ? Il y a eu des mutations et de nouvelles têtes sont arrivées, ensuite nous pourrions nous faire un ciné ou une pizza si tu préfères.
- Oui ma chère cousine, tu veilles sur moi mais je vais bien, ne t’inquiète pas. Je suis simplement en colère mais ma rogne va passer. Reconnais que ces gens ne méritent pas la responsabilité d’un enfant.
- Je pense qu’il s’agit plus d’un souci d’hygiène mentale que de mérite. Heureusement, elle est assez jeune pour pouvoir oublier si elle est placée dans de bonnes conditions. J’y vais, je suis attendue, à tout à l’heure.
La fin de journée arriva vite. Maïlys avant de partir se rendit en pédiatrie et sans se montrer regarda la petite à table avec les autres enfants.
« Elle se tient bien, écoute, observe, sourit parfois mais ne participe pas encore à la discussion sur la prestation du magicien qui avait eu lieu pendant l’après-midi. Elle s’adapte. » Une aide-soignante arriva derrière elle pour lui prendre son assiette, l’enfant sursauta et leva le bras en protection ce qui sidéra la jeune femme qui recula.
- Je t’ai fait peur, excuse-moi, j’ai pensé que tu m’avais entendu. Veux-tu du dessert ? Il y a un bon flan avec plein de caramel. Tu viens d’arriver, je ne te connais pas, quel est ton prénom ?
La petite se détendit et répondit en esquissant un sourire.
« Tu n’as rien à faire ici, elle est soignée et entre de bonnes mains, rentre chez toi, le reste attendra demain. » se dit Maïlys et en se retournant, elle se cogna à Marine.
- Oh Marine ! Je pensais que tu étais partie.
- Je suis allée faire des courses et tracassée par la petite, je suis repassée avant de rentrer chez moi.
Comment va-t-elle ?
- Difficile à dire, elle est calme et attentive à l’environnement, mais elle s’est laissé surprendre par l’aide-soignante qui apportait les desserts. Elle a eu manifestement peur et a cherché à se protéger. Il faudrait que la psy la voie.
- C’est prévu. Que fais-tu ce soir ? Je n’ai pas envie de rentrer chez moi et de ruminer même si je suis crevée.
- Viens avec moi, je dois rejoindre Pauline dans un bar près de son bureau. Il y aura de nouvelles têtes auxquelles nous aurons à faire un jour ou l’autre et ensuite nous irons manger une pizza.
- Vendu ! Tu m’emmènes, je n’ai rien qui risque dans la voiture, mes courses pourront attendre un peu pour être rangées. Rencontrer de nouvelles têtes qui ignorent tout de la médecine et auront d’autres sujets de préoccupation sera parfait pour me changer les idées.
Maïlys ferma son bureau à clef et les deux jeunes femmes quittèrent l’hôpital en plaisantant.
Elles attirent l’œil toutes les deux parce qu’elles sont grandes et ont beaucoup d’allure. Maïlys est brune aux yeux bleus, fine et ses traits sont délicats et expressifs. Elle est réservée et ne se détend qu’en présence de ses amies. Marine plus âgée de quatre ans, est grande, elle aussi, dépassant le mètre soixante-dix. Mince, aux cheveux coupés courts, elle dégage un certain aplomb et un sentiment de sécurité. Elle a choisi le métier d’urgentiste parce qu’elle se sent encore plus compétente sous la pression et lorsqu’il faut rapidement prendre des décisions. Le manque de sommeil et les journées chaotiques ont commencé à marquer son visage aux traits tirés et de fines lignes soulignent déjà ses yeux un peu cernés. Il n’empêche qu’elle aime son métier et conserve un beau sourire.
Elles arrivèrent emmitouflées, peu de temps après, en vue du commissariat central, situé le long du canal du midi et cherchèrent une place de parking puis elles parvinrent à se garer non loin du lieu de rendez-vous. La soirée est belle et la température aux alentours de dix degrés dans la journée fraichit.
Des policiers en tenue ou en civil, les saluèrent lorsqu’elles arrivèrent. Elles répondirent à ces hommes et ces femmes qui les reconnaissent alors qu’elles ne sont pas capables de tous les identifier. Pauline les aperçus et les héla.
- Maïlys, Marine, venez par-là !
Elles rejoignirent Pauline et un petit groupe :
- Les gars, je vous présente ma cousine, elle s’occupe du social à l’hôpital Rangueil et Marine, une amie urgentiste. C’est sympa de te joindre à nous, docteur.
- S’il te plait, il n’y a pas de docteur ce soir, juste Marine. J’ai besoin de ne plus penser à l’hôpital.
- OK, tu risques d’entendre parler boutique et enquête, tous les milieux ont leurs obsessions et nous ne sommes, pas épargnés nous non plus.
- Je m’en doute… Alors comme ça vous intégrez des nouveaux venus en cours de trimestre et ne le faites pas à la rentrée comme souvent ?
- Nous avons beaucoup pleuré à cause de notre sous-effectif et deux officiers supérieurs sont arrivés en renfort pour diriger les enquêtes et nous allons utiliser leurs compétences sur l’affaire de cet aprèsmidi. Je vous présente Luc et Jean-Philippe. Ces jolies filles sont Maïlys ma cousine et le docteur Marine. J’ignore si vous aviez entendu leur nom tout à l’heure. Elles ont la fillette sous le coude et c’est avec elles que vous devrez bosser, petits veinards. Plus sympa qu’elles, y’a pas… alors ne venez pas raconter que dans le sud nous ne sommes pas arrangeants et sympathiques.
Les deux hommes, une bière à la main, saluèrent les jeunes femmes, les débarrassèrent de leurs manteaux en les déposant sur un tas de vêtements empilés sur une table et discutèrent de la ville rose qu’ils auront à découvrir.
Ils ont tous les deux une trentaine d’années, un peu plus sans doute et sont très discrets sur leurs parcours, ils disent venir de Paris. Les deux affirment qu’il était temps d’obtenir des affectations plus tranquilles car ils ont été beaucoup sollicités les cinq dernières années, sans fournir plus de précisions et personne ne le leur en demande.
Maïlys, peu bavarde et légèrement en retrait, s’interrogea sur ce qu’ils avaient pu faire jusqu’alors, ils sont immenses, bien découplés et d’allure sportive mais les traits de leur visage sont un peu durs et déjà marqués. D’apparence décontractés et ouverts, leurs regards restent sérieux et sont attentifs, ils ne manquent rien de ce qui se passe autour d’eux. Elle se demande pourquoi ils sont aussi vigilants et comme ils ont un comportement identique, elle suppose qu’ils ont reçu la même formation, sans qu’elle puisse déterminer laquelle.
Marine et Maïlys discutèrent un moment puis déclarèrent qu’elles voulaient partir assez vite parce que Marine est fatiguée.
- Tu veux tout de même aller à la pizzéria avec nous ?
- Oui mais je m’endormirais debout si je trainais trop et tu devrais me porter, répond Marine.
- Tu plaisantes, j’en serais bien incapable, dit Maïlys en riant.
- Pas moi, je pourrais t’aider si cela arrivait mais pour cela il faudrait que vous acceptiez notre compagnie, déclare Jean-Philippe qui les suivait.
- Nous n’irons pas loin, la garde a été fatigante physiquement et moralement aujourd’hui et je ne pourrai pas rester longtemps.
- Pour une fois, nous rentrerons plus tôt et nous pourrons dormir, remarque Luc.
Ils se rendirent tout près, dans un établissement à l’ambiance intimiste, les tables y sont décorées de nappes à carreaux rouges et blancs et l’air fleure bon l’ail et les épices.
Finalement, après avoir dîné et rit aux plaisanteries des deux hommes et de Pauline, les deux jeunes femmes avaient chassé les nuages noirs qui obscurcissaient leur journée et rentrèrent chez elles plus tard que prévu, après avoir échangé leurs numéros de téléphone avec les deux hommes.
- Voilà deux hommes bien sympathiques, ils ont l’air bien dans leur tête et semblent supporter leur boulot sans trop de peine, remarque Maïlys en ramenant Marine au parking où l’attend sa voiture.
- Oui, il faut voir mais apparemment, ils ont des valeurs fortes. J’aurais dû prendre ma voiture afin de t’éviter de me ramener ici.
- Ne t’inquiète pas, je n’habite pas loin, ce n’est pas un détour. On se verra demain ?
- Ah non, demain je dormirai et ferai le vide !
C’est mon jour de pause. Préviens-moi tout de même s’il y avait du nouveau pour la petite poupée.
Maïlys acquiesça d’un signe de tête et repartit vers chez elle.
Elle posa ses clefs sur la tablette au-dessus du radiateur de l’entrée et abandonna ses chaussures avec bonheur avant de se diriger vers sa chambre.
Elle n’accorda même pas un regard à son petit appartement confortablement installé, pas plus qu’aux belles photos prises au cours d’escapades solitaires dans les côteaux et mises en valeur par de beaux encadrements.
Elle n’a plus à faire d’effort maintenant qu’elle est chez elle et un poids inouï lui est tombé sur les épaules dès qu’elle a été seule. Les larmes montent à ses yeux et débordent sur ses joues. L’affaire de Marie-Hélène l’a touchée plus qu’il l’aurait fallu et a fait remonter les horribles souvenirs à sa mémoire. Elle allait beaucoup mieux pourtant, avec le temps ses études puis son travail, ils avaient enfin presque occupé leur place, relégués dans le passé, mais là…
Elle sait qu’elle aura du mal à dormir.
Elle est couchée depuis une heure. Elle a essayé de lire mais elle n’y arrivait pas puisqu’elle se battait pour garder la porte des souvenirs fermée. Elle éteint, dépitée et ferme les yeux, elle sait déjà que ce soir la bataille est perdue.
Vaincue, elle se laissa envahir par les images d’un passé qu’elle n’avait pas réussi à oublier et les larmes amères incontrôlables inondèrent ses joues.
Elle se revit enfant à dix ans, coincée entre un père qui ne se remettait pas de la mort de son épouse bien aimée, enlevée trop vite à sa famille par un chauffard et Lily, une fille encore très jeune, à peine plus de vingt ans, vulgaire et déjà alcoolique qui avait espéré remplacer l’épouse trop vite partie.
Des images de son père, encore si jeune, si changé qu’elle peinait à le reconnaitre, avec une quarantaine de kilos en trop, la bedaine passant par-dessus la ceinture de son pantalon, environné d’une odeur forte de transpiration aigre mêlée aux effluves d’alcool et elle ne savait quoi de persistant, sans doute des relents de tabac. Elle avait aimé ses câlins affectueux et rassurants, disparus avec la perte de sa maman et l’arrivée de « l’autre » qui l’encourageait et l’accompagnait dans sa descente aux enfers. Lorsque Maïlys osait une remarque, le fol emportement de Lily était d’une rare violence.
Lily avait gagné en contraignant la petite fille au silence et à la consternation devant la rapide déchéance paternelle.
Au fil des mois, son « papa » devenu « son père » puis « il », avait été renvoyé de son travail à force de boire avant de perdre sa santé et d’en mourir, étouffé dans son sommeil par ses régurgitations. Son père avait renoncé à essayer de surmonter son chagrin pour s’occuper d’elle et l’avait abandonnée. Elle avait pensé que si elle ne lui avait pas inspiré assez d’amour c’était sa faute.
Restée seule avec l’enfant, Lily reçue par le notaire s’était aperçu qu’elle n’avait aucun droit sur Maïlys pas plus que sur l’appartement occupé par le père et sa fille qu’elle avait espéré vendre. Elle avait emporté ses maigres affaires le jour même, en lui disant qu’à présent qu’elle était riche, elle devait se débrouiller.
Maïlys avait douze ans et crevait de peur, livrée à ellemême, ignorant à qui demander de l’aide.
Elle avait raclé les fonds du réfrigérateur et du congélateur en faisant attention pour que les réserves durent mais sans argent, elle ne pouvait rien acheter. Elle avait chapardé quelques semaines dans un supermarché, jusqu’au jour où elle avait été surprise et que les autorités avaient dû lui trouver un point de chute et un tuteur. En mourant son père lui avait légué l’appartement acheté à crédit avec son épouse. Il avait été payé en grande partie par l’assurance du prêt consenti par la banque. Le juge avait décidé de le vendre et de placer l’argent pour qu’elle puisse faire des études plus tard. En attendant, un oncle et son épouse sans enfant avaient accepté de prendre en charge la nièce qu’ils ne connaissaient pas, moyennant une allocation mensuelle. Ils étaient occupés, froids et distants, de toute évidence mal à l’aise avec la jeune adolescente dont ils n’avaient pas vraiment envie de se rapprocher. Maïlys ne manquait de rien sauf d’affection, ce qui l’avait amenée à la rechercher auprès de sa cousine Pauline un peu plus âgée, qu’elle rencontrait de temps en temps et c’est auprès d’elle qu’elle s’épanchait et briguait des conseils lorsqu’elle avait des soucis de jeune adolescente.
Dès le lycée, parce qu’on la disait jolie, les garçons, travaillés par leurs hormones, ne cherchaient auprès d’elle qu’un moment d’intimité, qu’elle leur refusait n’étant pas vraiment tentée par la chose. Timide et vaccinée par les ébats entre Lily et son père avinés, auxquels elle avait quelques fois assisté sans le vouloir, elle n’avait aucune envie de se rapprocher d’un camarade de classe et repoussait l’idée de s’intéresser à la sexualité. Elle avait donc été affublée par les élèves d’une réputation de « fille coincée ». Elle avait pourtant eu l’impression que cette « mauvaise » réputation l’avait sortie de la cohorte des jeunes filles en quête d’un petit copain, et l’avait protégée parce que d’une certaine façon, elle était tranquille.
Depuis la disparition de son père, six ans étaient passés, compliqués et douloureux, jusqu’au jour de l’épreuve principale du bac. L’un de ses camarades de classe, Kevin, agacé d’avoir certainement rendu une mauvaise copie à son épreuve écrite, lui avait proposé d’aller rejoindre leur classe qui, pour s’aérer, organisait un barbecue sur une aire de pique-nique aménagée. Elle n’y était pas opposée, persuadée d’aller à un rassemblement de la classe comme il lui avait annoncé. Arrivés sur l’aire et garés entre l’orée du bois et la zone de repas déserte, elle avait à peine eu que le temps de réaliser qu’il n’y avait pas de barbecue parce que dès la voiture arrête, Kevin l’avait agressée, battue méchamment, trainée dans le sousbois étourdie et violée avant de repartir, la laissant seule, sonnée et meurtrie dans la nuit tombante.
Elle s’agite dans son lit et revoit les images du visage de Kevin rougi et défiguré par la colère et l’excitation. Elle sent ses poings s’écraser sur son visage qui éclate, ses mains serrer son cou et lui tordre les seins lui arrachant des hurlements de douleur. Elle entend ses cris de peur et de souffrance et ressent l’immense sentiment d’impuissance à se défendre contre ce jeune homme déchainé, transformé en un féroce et immonde prédateur.
Une fois soulagé, après avoir rajusté son pantalon, alors que blessée, elle pleurait, il lui avait donné encore quelques coups de pieds dans le ventre et la poitrine, en se moquant d’elle. Il disait qu’elle n’était pas un si bon coup mais qu’il ferait savoir aux copains qu’elle n’était plus vierge et qu’ils pouvaient s’occuper de ses restes. Il n’aurait sans doute pas son bac mais il avait été le premier quelque part et il était certain qu’elle n’oublierait jamais sa première fois.
Roulée en boule sous sa couette, les larmes coulent, elle est repartie dans son cauchemar et des semaines qui ont suivi.
Après l’agression, elle avait longtemps pleuré, meurtrie dans son corps et plus encore dans son âme. Elle se demandait ce qu’elle devait faire puis elle s’était décidée à appeler Police secours car il fallait éviter que Kevin récidive avec une autre fille trop crédule. Les policiers et les pompiers l’avaient emmenée à l’hôpital pour y subir des examens et d’autres attouchements douloureux et gênants bien que professionnels. Les policiers s’étaient chargés de retrouver Kevin contre lequel elle avait sur leurs conseils, déposé une plainte, son dossier était en béton d’après l’avocate qui se chargeait de son affaire.
Une longue plainte douloureuse s’échappe de ses lèvres, elle n’avait rien fait de mal mais elle avait été jugée coupable !
Après cette courte hospitalisation, elle avait dû ensuite subir les réflexions et les regards méprisants des gens de son village, elle était la victime mais pour eux, elle était fautive car elle ne pouvait qu’avoir provoqué par son comportement ce qui lui était arrivé. Cette affaire avait certainement déplu à son oncle et sa tante car déçus par son « manque de retenue », ils lui avaient déclaré quelques jours après, qu’étant bientôt majeure, elle devait à présent envisager de reprendre l’administration de son argent et de partir rapidement de chez eux.
Elle s’était affolée, ne sachant où aller et comment percevoir l’argent que le juge administrait depuis la mort de son père. Elle avait appelé sa cousine Pauline, seul élément de la famille dont elle se sentait le plus proche. Plus âgée de quatre ans, Pauline était en troisième année de droit et suivant son conseil, elle l’avait rejoint à Toulouse dès qu’elle avait su qu’elle avait été reçue au bac avec mention.
Le choc subi en fin d’année scolaire avait rendu difficile son adaptation à la vie citadine et estudiantine. Après une année de faculté de Lettres, elle avait préféré faire des études diplômantes de travail social, persuadée qu’elle pourrait soulager ceux qui, victimes ou non des circonstances, se retrouvaient dans la peine. Pauline avait bataillé contre cette orientation, sous prétexte qu’en soulageant les autres de leurs difficultés, c’est ellemême qu’elle cherchait à apaiser. Elle se trompait, apporter de l’aide ou du soutien aux personnes dans la peine était devenu pour elle une évidence parce qu’elle comprenait ce qu’ils vivaient et elle avait connaissance des moyens à mettre en œuvre pour essayer de faciliter leur vie et soulager leur angoisse.
Avec Pauline, persuadée qu’elle s’est trompée d’orientation et n’en démord pas, cette discussion est à ce jour, toujours ouverte.
Sa respiration se fit plus lente, le moment difficile est enfin passé.
Aujourd’hui, diplômée depuis deux ans, elle exerce en milieu hospitalier. Elle va mieux, arrive à côtoyer seule des hommes sans paniquer mais elle est retenue par une sorte de méfiance et n’arrive pas à leur accorder sa confiance. Pauline prétend qu’elle est jolie et plait aux hommes mais elle les garde à distance et envoie sans le faire exprès, des signaux qui les découragent de tenter des rapprochements. Elle passe donc de nombreuses heures, seule en compagnie de son appareil photo et partage avec lui l’admiration, la tendresse, la beauté ou la fragilité des sujets qu’elle photographie.
Maïlys n’avait jamais dit à sa cousine que la nuit des rêves l’assaillaient lorsqu’elle est fatiguée ou perturbée et qu’elle revivait son agression encore et encore malgré les sept années passées. La condamnation de Kevin qui bien que sous le coup d’une plainte et en attente de jugement, avait rapidement récidivé avec une jeune mineure, n’avait pas allégé son inquiétude. Le jour du jugement, il avait tranquillement déclaré qu’il avait découvert « un ineffable plaisir à sentir la résistance de ses victimes et à les soumettre par la force ». Il avait évoqué cette révélation comme l’atteinte de l’acmé du plaisir, sans s’apercevoir qu’il choquait ceux qui l’écoutaient. La sanction avait été à la hauteur des attendus et en plus de cinq ans d’enfermement, il était obligé de subir des soins dont il prétendait ne pas comprendre la nécessité.
Depuis, Maïlys cauchemardait régulièrement et ne s’en vantait pas.
« Comment faire accepter ces tourments par un homme même aimant. Ils sont tellement éprouvants et impossible à partager. » se dit-elle en se levant moite de transpiration pour prendre une douche.
Elle se regarda dans la glace, échevelée, des mèches brunes collées par la sueur sur un visage blafard aux yeux cernés de noir.
« Je suis affreuse et j’ai l’air d’une folle, l’homme même amoureux qui me verrait ainsi prendrait ses jambes à son cou. Il vaut donc mieux éviter les désillusions ! »
Détendue par une douche et les cheveux séchés, elle se recoucha et s’endormit d’un sommeil plus calme.
Le lendemain, vendredi, elle retrouva Marie-Hélène qui restera dans le service tant que ses plaies n’auront pas commencé à guérir. Le service de l’aide sociale à l’enfance n’a pas de place disponible pour le moment et aucune famille proche n’a été trouvée. Son père et Mimi auront des comptes à rendre au juge pour le traitement subit par la petite fille, même s’ils crient au mensonge et au scandale.
Elle règla le placement d’une personne âgée isolée dans une maison de santé pour le temps de sa convalescence et monta un dossier d’aide pour un patient qui n’a pas les moyens d’assumer le reste à charge de son hospitalisation. Elle finissait son entretien téléphonique avec l’assurance maladie quand elle fut appelée sur son téléphone personnel.
C’est Luc, un des policiers rencontrés hier, qui lui demandait s’il pouvait passer la voir. Elle répondit qu’elle traitera des dossiers et n’aura pas de rendezvous l’après-midi, il pourra donc passer à son bureau. En raccrochant, elle s’interrogea sur ce qu’il pouvait lui vouloir. Pauline avait dit que les deux hommes auraient à s’occuper du dossier de Marie-Hélène, pourraient-ils vouloir rencontrer la petite fille ? Elle avait délivré toutes les informations qu’elle détenait et ne peut rien apporter de nouveau au dossier.
« Arrête de cogiter et va déjeuner, tu te sentiras mieux après. »
Après avoir fait la queue au self, elle s’est installée seule près d’une baie vitrée qui donne sur le parking. Elle terminait avec un plaisir coupable une crème brûlée quand elle aperçut les deux officiers de police rencontrés la veille, se diriger vers l’entrée à grands pas assurés.
Elle finit d’avaler son dessert et se dirigea vers son bureau, où elle arriva en même temps que son rendez-vous.
- Je ne m’étais pas trompée, j’étais au self quand il m’a semblé vous apercevoir sur le parking. Je pensais que vous arriveriez plus tard. Voulez-vous prendre un café ?
- Nous avions pensé passer te chercher pour le déjeuner. C’est raté ! J’aurais dû te rappeler.
- Puisque vous êtes là, si le self vous dit, nous pouvons y aller, je vous invite, l’heure de pointe est un peu passée, il est probable que la foule sera moins dense.
- D’accord, à charge de revanche…
Les deux hommes, la suivent au self et font la queue pendant qu’elle gardait une table après avoir demandé à la caissière qu’elle connait, de noter les deux plateaux repas sur sa carte. En les observant s’approcher, elle constata que les deux hommes ne passaient pas inaperçus. Ils dégagent un quelque chose de viril et une assurance sans arrogance que les membres du personnel hospitalier ne possèdent pas ou qu’ils n’affichent pas de façon aussi décontractée.
Ils s’installèrent et la conversation roula doucement sur l’hôpital, le travail qu’elle y fait, sur Marine absente aujourd’hui, sa cousine Pauline à laquelle elle ne ressemble pas si l’on excepte la taille. Le temps passa vite, rassasiés, ils se levèrent pour la suivre dans son bureau.
« Peut-être me diront-ils enfin ce qui les amène ? »
Dans le bureau, qu’elle avait repeint et décoré pour le rendre moins « administratif », autant pour elle qui y passe ses journées que pour les personnes qu’elle reçoit, elle a l’impression qu’ils occupent tout l’espace, tellement ils sont grands et … envahissants. Ils bénéficient tous les deux d’une évidente présence mais curieusement elle n’est pas dérangée et ne se sent pas menacée.
« Quelle cruche ! Ils ne te menacent pas et sont très respectueux, pourquoi voudrais-tu te sentir en difficulté ? »
Elle s’aperçut que Jean-Philippe avait dit quelque chose qu’elle n’avait pas entendu, pendant qu’elle contemplait les deux hommes, notamment Luc très observateur, plissant les yeux pour détailler les sujets de ses cadres.
- Excuse-moi, j’étais dans la lune, pourrais-tu répéter ?
- Je te demandais si ta copine Marine était dans le coin.
- Non pas aujourd’hui ni demain, elle a fini sa semaine de garde de jour et la semaine prochaine elle sera de nuit. Ce ne sera pas beaucoup plus calme, le travail au service des urgences est difficile mais elle aime ce stress permanent. Marine est un super médecin, douce, efficace et sûre d’elle, les équipes apprécient de travailler avec elle parce que son calme les rassure.
- Alors c’est raté pour cette fois, nous voulions vous demander de venir visiter la vieille cité de Carcassonne avec nous.
- Je pense qu’elle sera d’accord, nous avions pensé y faire un saut. Le week-end prochain pourrait convenir si vous êtes libres.
- Ok, nous allons nous arranger, maintenant nous aimerions que tu nous parles de la petite Marie-Hélène.
- J’ai dit tout ce que je savais, je peux vous remettre l’entretien enregistré hier et j’ai envoyé les photos à Pauline.
- Sais-tu qui est cette Mimi ? Nous avons rencontré son père. Il jure ne rien savoir et prétend ne pas fumer or la gamine porte des cicatrices de brulures de cigarettes.
- J’ignore si Mimi fume, Marie-Hélène n’a parlé que de cette femme précisant qu’elle lui faisait mal lorsque son père dormait ou était parti. Comment pourrait-il ne rien savoir et n’avoir rien vu ?
Pourtant je sais que parfois, il y a des aveuglements, une sorte d’homéostasie qui fait que de manière inconsciente, l’individu préfère vivre dans un déséquilibre patent et préfère ne pas savoir plutôt que de faire le ménage et bouleverser son quotidien compliqué.
- Pour moi, c’est une sorte de lâcheté, laisser son enfant être le souffre-douleur d’une folle pour avoir la paix… Il mérite une balle entre les deux yeux. Murmure Luc.
- Non, tu es trop expéditif. Il est sans doute malade et malheureux.
- Ne joue pas à l’assistante sociale qui pardonne tout et n’importe quoi. Les types qui cognent, violent, les sadiques et les pervers de tout poil s’en tirent souvent avec une tape sur les doigts et quelques séances de thérapie et nous, nous assistons impuissants à leur récidive peu après.
- Nous sommes dans un état de droit, les magistrats évaluent et savent en principe adapter le code pénal à la gravité des faits reprochés.
Ils sont interrompus par quelqu’un qui frappe à la porte.
- Oui, entrez.
- Coucou chérie, tu ne pensais plus à moi ?
- Kevin ! Sors, tu es sous le coup d’une injonction d’éloignement, s’exclame-t-elle en se levant, les poings serrés.
- Et alors, pétasse, tu crois qu’un morceau de papier va m’arrêter ? ajouta-t-il n’ayant pas vu les deux hommes cachés par la porte qui s’ouvrit brutalement en grand, tirée par Luc.
- Nous sommes flics, veux-tu qu’on intervienne ? demanda sans la regarder, Luc à Maïlys.
A ces mots, Kevin détala. Luc referma la porte et ne quitta pas des yeux Maïlys qui s’était décomposée. Elle s’assit lourdement et prit son visage dans ses mains quand de violents sanglots secouèrent la jeune femme qui s’effondrait.
- Qui est ce type ? Calme-toi, tu ne risques rien déclara Jean-Philippe.
- Reste avec elle, je reviens.
Luc sortit du bureau, son téléphone à la main et appela Pauline qui jura comme un charretier lorsqu’il lui relata l’incident. Il posa quelques questions et comprit l’affaire.
« Typiquement ce dont on parlait au moment où il a cogné à la porte ».
- Et où crèche ce type ?
- Il demeurait à Rodez, j’imagine que les flics du coin le suivent.
- Et comment, s’il vient jusqu’ici sans souci ?
- Tu connais, les trous dans la passoire du système… Occupe-toi de ma cousine, je vais appeler les personnes idoines et elles vont m’entendre chanter !
Luc retourna au bureau et trouva Maïlys en train de pleurer dans les bras de Jean-Philippe, ce qui lui tordit le cœur, il aurait tellement préféré être à la place de son ami.
- Nous t’attendions, la journée est terminée, nous allons ramener Maïlys chez elle et elle nous expliquera tout. Avec ce gus dans le coin, il vaudrait mieux qu’elle ne reste pas seule. Pauline viendra nous relever.
Maïlys a le teint gris lorsqu’elle s’écarte de Jean-Philippe. Elle semble vaincue par l‘adversité, toute sa vivacité l’a désertée. Luc, prit la clef des mains tremblantes de la jeune femme et ferma le bureau. Se laissant entrainer, elle s’éloigna sans un mot, encadrée par les deux hommes.
« Je suis fichue, est-ce que les rêves de la nuit dernière étaient prémonitoires, aurai-je la paix un jour ?» pense-t-elle désespérée.
Maïlys arriva chez elle, sa voiture conduite par Luc, pendant que Jean-Philippe les suivait tout en appelant Marine à la rescousse.
Pauline les attendait devant la porte de l’appartement.
- Tu as fait vite, remarque Maïlys.
- Quand ma petite cousine se fait emmerder par un taré, tu n’imaginais pas que j’allais rester assise à ne rien faire ! Déjà, je vais commencer par prendre ta plainte et tu as deux témoins fiables, ils sont officiers et assermentés tous les deux.
- Pff… ça fait sept ans ! gémit-elle, pourquoi revient-il maintenant ?
- Parce qu’il a été relâché et qu’il t’en veut ou il ne t’a pas oublié ou il fait une fixette, ou juste pour t’enquiquiner parce qu’il n’a rien de mieux à faire pour tuer le temps. C’est un dingue, ne cherche pas une réflexion élaborée et des agissements rationnels. Ceux de Rodez sont dans la mouise, il ne s’est pas présenté au dernier rendez-vous de suivi et ils n’ont pas bougé.
- Bon, vous nous expliquez de quoi il retourne ?
Installés dans le sobre mais coquet petit salon de Maïlys, ils se regardèrent, la jeune femme hésitant à s’expliquer.
C’est Pauline qui prend alors la parole, interrompant le silence de sa cousine.
