Le Dictionnaire ludique & érudit du Confinement - Alain Zenner - E-Book

Le Dictionnaire ludique & érudit du Confinement E-Book

Alain Zenner

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Beschreibung

Black lives matter, Diplomatie du masque, Ehpadisation, Fatigue à distance, Javel, Silo, Peste noire ... Autant de mots qui sont apparus ou ont pris une nouvelle signification avec la crise du Covid-19. Comme beaucoup, Alain Zenner a voulu comprendre et a consacré son confinement à l'étude de virus, récoltant des données, recueillant des opinions, rassemblant des réflexions susceptibles de l'éclairer.Il en a couché les principales sur papier. Puis il a classé ses fragments, donnant forme à ce dictionnaire érudit. Mais son périple s'accompagnait aussi de légèreté et d'humour. Tous les jours il s'amusait d'expressions nouvelles, découvrait des vidéos virales, divertissantes, musicales, artistiques. De cela aussi il a rendu compte, en ajoutant adages, aphorismes et autres axiomes en lien avec la crise. D'où ce dictionnaire aussi ludique.

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Seitenzahl: 704

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Le Dictionnaire ludique & érudit du Confinement

Éditions Luc Pire [Renaissance SA]

Drève Richelle, 159 – 1410 Waterloo

Éditions Luc Pire

www.editionslucpire.be

Le Dictionnaire ludique & érudit du Confinement

Édition : Morgane De Wulf

Corrections : Catherine Meeùs

Couverture et mise en pages : Philippe Dieu (Extra Bold)

Impression : Structure Production

e-ISBN : 9782875422293

Dépôt légal : D/2020/12.379/12

© Éditions Luc Pire, 2020

Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ni publié sous quelque forme que ce soit, soit électronique, soit mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit et préalable de l’éditeur.

Alain Zenner

LE DICTIONNAIRE

Ludique & Érudit

du

Confinement

Un dictionnaire de plus pour l’érudit, c’est comme une femme de plus pour le libertin.

Jean Dutourd

Prologue

Il arriva chez nous un soir de décembre 2019, discret, effacé, « à bas bruit ». Ou peut-être plus tôt, nous ne le savons pas. Son bagage était léger, mais sûr son instinct de conquête : il irait loin. La famille de ce rejeton de la mondialisation était déjà montée à l’assaut de l’Asie. Lui et ses frères envahiraient l’Europe : à Rome, à Paris, à Bruxelles, à Madrid, nach Berlin et au-delà, tonnaient-ils en se dispersant, se jouant des frontières, terrassant le douanier Schengen. Ses cousins prospéreraient outre-mer. Le silence éternel des espaces infinis ne les effrayait pas. Armageddon s’était mis à nous guetter, mais personne n’avait encore détecté un souci sur l’épidémie.

Qui étaient ses ancêtres ? La lignée dont il relevait s’était illustrée dès 1965 et en était à la dix-neuvième génération, mais nul ne la connaissait encore. La rumeur attribua vite son origine à la chauve-souris (n’était-elle pas une souche à virus, d’après son anagramme ?), voire au pangolin. Mais où, et comment, son aïeul avait-il vu le jour ? Dans la ville de Wuhan, province de Hubei, au centre de la Chine, manifestement ; mais plus précisément ? Sur le marché humide de gros de fruits de mer et d’animaux vivants du district de Jianghan, situé à quelques pâtés de maisons de la gare de Hankou ? Avait-il séjourné, à quelque 250 mètres de ce marché, dans les congélateurs du laboratoire P3, dont il aurait fuité ? Ou s’agissait-il d’un bébé-éprouvette, d’une chimère conçue dans l’institut P4, un croisement de deux autres particules microscopiques infectieuses dans le but de créer un vaccin contre le sida et échappé à ses laborantins ? On se perdait en conjectures.

Ce n’est que le 5 janvier 2020 que serait séquencé son génome, identifié comme attaché à la famille des coronavirus (rien à voir avec les produits Corona qui nous étaient familiers, les bières exotiques, les assurances directes ou encore les machines à écrire), baptisée du nom de syndrome respiratoire aigu sévère. Entre-temps, les siens, vivant cachés, s’étaient répandus en exponentielle. Par la magie de leur ascension, le monde s’arrêterait de tourner et nous serions privés de liberté.

Comment était-il arrivé ici ? En prenant l’avion, tout simplement ! L’hôte de son géniteur, encore asymptomatique, s’était peut-être efforcé de séduire sa voisine en pérorant, provoquant un aérosol, et l’homoncule avait trouvé son nid. Il se savait nocher : il véhiculait la mort. Peu importe, son seul souci était de se multiplier. Il n’était du reste pas la cause de l’hécatombe : c’était la réaction de son porteur qui invitait la faucheuse. Il en payait d’ailleurs lui-même le prix, chargé comme sa victime dans la barque de Charon par au-delà du Styx.

Le temps d’un printemps, un spicule infime mit le continent à la merci de quelques postillons, et le reste de la planète suivrait. Le gros de l’humanité sombrait dans un état de catalepsie, présageant ce que pourrait être une catastrophe sanitaire ou écologique d’une autre ampleur, ou encore une coupure de l’Internet. La crise s’annonçait effroyable, et elle le fut. Un à un, les pays fermèrent leurs grilles. Les hôtels, les restaurants, les bars, les cafés baissèrent le rideau. Les écoles cloîtrèrent leurs préaux. Les commerces et les indépendants fermèrent boutique. Les artistes quittèrent la scène. Les grands-parents furent privés d’accès à leurs petits-enfants, les résidents des maisons de repos de visites de leurs proches, les croyants de culte, les mourants de présence.

Peu furent ceux, du moins dans un premier temps, qui s’en lavèrent les mains. Celles-ci ne furent plus serrées, mais les coudes levés. Ce fut la Première Peur mondiale. Les trois quarts de la population de la planète se trouvaient confinés selon la philosophie de leurs dirigeants : portes des appartements des sortants récidivistes hermétiquement scellées en Chine, signature obligatoire d’une attestation de déplacement dérogatoire en Italie, en France et en Espagne, volontariat, du moins dans un premier temps, en Allemagne et aux Pays-Bas. Sauf en Suède, au Brésil et dans quelques États républicains d’Amérique du Nord, on ne vit plus errer que de très rares passants, masqués comme pour partir à l’assaut d’une banque. Les heureux résidents secondaires fuirent la ville pour la campagne, comme en 1940.

La connectique pallia pour partie cette dislocation sociale : clavardage, enseignement en distanciel, télétravail, webinaires, Zoom et, au bout du compte... fatigue à distance. Que se serait-il passé si l’épidémie était survenue il y a cinquante ans ? Comme le constata dans son journal d’épidémie hebdomadaire l’écrivain lyonnais Marc Lambron, de l’Académie française, « la pandémie a consommé le triomphe du smartphone » !

Bernard Pivot dressa le portrait du virus sur la 5 : « Moi, j’ai l’impression de vivre avec un tueur, avec un être vivant, on écrit d’ailleurs Covid-19 avec un C majuscule : c’est un être vivant, le Covid-19 ! […] Et je trouve qu’aujourd’hui, on peut faire le portrait de ce virus : c’est un anticapitaliste, il déteste les échanges mondiaux, d’ailleurs il a dézingué les bourses ; c’est un écologiste, il n’y a plus d’avions dans le ciel, la circulation routière a décliné des trois quarts, l’air est frais, l’air est pétillant ; et puis c’est un misanthrope, il déteste les hommes et les femmes qui parlent entre eux, boivent un coup, déjeunent, rigolent, chantent ensemble. Il déteste ça, c’est un super misanthrope, même Molière n’aurait jamais imaginé un misanthrope pareil ! Et puis c’est un puritain, c’est un puritain parce qu’il déteste qu’on se touche, qu’on s’embrasse, qu’on se caresse, et je vais même vous dire : il hait le sexe, il ne s’introduit pas dans le corps par le sexe mais il le hait quand même. Et puis enfin c’est un tueur, il ne faut peut-être pas l’oublier, c’est un tueur, et un peu spécialisé, quand même, dans les personnes âgées. »

*

Pour survivre à notre hibernation, il nous a fallu esquisser un nouvel art de vivre. Je me suis quant à moi plongé dans la lecture et l’écriture.

Comme beaucoup, j’ai d’abord voulu comprendre.

J’ai cherché à me documenter. Sous le soleil du confinement, je dépouillais scrupuleusement la presse accessible et suivais les médias télévisuels et la Toile, à la recherche d’explications et de réactions. Tous les jours, je découvrais des informations ou des avis d’experts de la science médicale, de philosophes, de psychologues, de dirigeants, de politologues ou d’autres premiers de cordée éclairant les questions qu’appelait la situation, mais aussi de plus humbles citoyens, admiratifs des efforts des premiers de corvée. Je me suis mis à colliger des données, à recueillir des opinions, à rassembler des pensées qui pouvaient m’éclairer sur les questions qu’appelaient l’avènement, la gestion et les conséquences de la pandémie, sur son sens, sur notre avenir.

Certaines considérations me paraissaient mériter d’être couchées sur papier, en abrégé ou verbatim, pour pouvoir y réfléchir. Puis je me suis mis à classer mes fragments par ordre alphabétique pour m’y retrouver. Axé sur des thèmes de réflexion et des noms propres, mon dictionnaire a ainsi pris forme dans son aspect érudit, c’est-à-dire de recueil de documents accumulés autour d’une question : quelles réflexions pouvons-nous tirer de ce printemps inédit ?

Mais je découvrais aussi un aspect ludique à cet apprentissage. Tous les jours, je m’amusais de néologismes, de détournements de sens, de résurrections lexicales, d’expressions nouvelles. Je partais à la recherche du sens exact des termes que je croisais. Je découvrais des vidéos virales. Je suivais des parodies musicales. J’observais des analogies proposées entre le confinement et des œuvres d’art, comme les tableaux d’Edward Hopper, peintre de la solitude : une femme seule dans sa chambre, un homme seul à sa fenêtre, un couple qui s’ignore, une distanciation sociale, des rues désertes… Je découvrais la créativité des enfants, qui s’adaptent vite aux temps nouveaux. Je décidais aussi de glisser dans mon abécédaire les adages, aphorismes, apophtegmes, axiomes, maximes, préceptes, sentences ayant lien avec le virus, la maladie, la crise, que j’avais en mémoire ou qui me tombaient sous la main.

Et c’est ainsi que s’ébaucha, jour après jour, le spicilège qu’est ce dictionnaire – pour recourir à un mot désuet mais revenu à la vie à la faveur du confinement, comme les animaux chassés des villes et surpris d’y retrouver un terrain de jeu vierge –, autrement dit ce catalogue d’écrits divers, de notes, de documents, de fragments littéraires ou scientifiques. Lorsque la pandémie sera vaincue, si elle pouvait l’être, nous serons tentés de lui tourner le dos et de masquer ses enseignements, comme pour chaque crise. Puissent ces miscellanées nous aider à ne pas les perdre totalement de vue.

Voilà l’origine de l’ouvrage que vous tenez en main… À lire avec précautions (masque, gel hydroalcoolique et distanciation sociale préconisés).

Alain ZENNER

Historique

Saurons-nous un jour où, et dans quelles circonstances, le virus Sars-CoV-2* a franchi la barrière des espèces ? Des études sont en cours sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont le porte-parole Tarik Jasarevic a expliqué que « cette question est cruciale du point de vue de la santé publique. Les résultats de ces études seront essentiels pour prévenir une réintroduction, à partir du monde animal, du virus qui cause le Covid-19* au sein de la population humaine ». L’enquête ne s’annonce pas simple.

Le premier cas de coronavirus* infectant l’homme a été décrit en 1965, mais jusqu’à l’émergence du Sars-CoV-2, fin 2019, seuls six étaient connus pour pouvoir infecter l’homme. Quatre provoquent la plupart du temps de simples rhumes, dont 15 à 30 % leur seraient dus. Mais outre le nouveau coronavirus, seuls deux autres, apparus respectivement en 2002 (Sars-Covid, considéré comme éradiqué) et 2012 (Mers-Covid), ont été à l’origine d’épidémies* de pneumonie graves.

C’est finalement au cours du troisième trimestre de l’année 2019 que le pathogène responsable du Covid-19 (ou de la Covid-19 selon l’Académie française*) s’est manifesté concrètement.

Pour le cerner et situer les entrées de ce dictionnaire* dans leur contexte, le déroulé des faits essentiels du développement de la pandémie* mérite d’être suivi.

2019

Août

• Les autorités chinoises organisent un exercice de réponse médicale d’urgence à l’aéroport de Tianhe dans la perspective de la 7e édition des Jeux mondiaux militaires de Wuhan : « [M]édecins et officiels sont en alerte le 18 septembre : un passager tout juste atterri dans la capitale du Hubei présente des symptômes suspects. Il est aussitôt examiné et évacué vers un hôpital, où le diagnostic inquiétant tombe. L’homme est atteint d’un mystérieux nouveau type de coronavirus. Mission accomplie. Grâce à l’intervention rapide, l’épidémie* redoutée n’aura pas lieu, et les Jeux militaires mondiaux rassemblant 10000 athlètes venus d’une centaine de pays pourront se dérouler sans encombre le mois suivant. Cette opération de secours a bien eu lieu en grandeur et indique que les autorités chinoises prenaient déjà au sérieux le risque épidémique. » Troublant !

18 septembre

• Ouverture à Wuhan des Jeux militaires, qui seront clos le 27 octobre. En février 2020, la presse* chinoise fera état de cinq cas d’hospitalisation d’athlètes étrangers lors de leur séjour à Wuhan. « Zhang Dingyu, le directeur d’un grand hôpital de la ville, avait alors dû préciser qu’ils avaient fait des crises de paludisme. [Par la suite,] ce sont les témoignages de sportifs étrangers qui ressortent. Plusieurs d’entre eux se demandent s’ils n’ont pas été contaminés lors de leur séjour dans la capitale du Hubei. Pas impossible, puisque la Chine* a rétrospectivement tracé un cas remontant au 17 novembre, dont rien ne dit qu’il était le premier. » Parmi les participants, certains, dont des Français, ont contracté la maladie dans les mois suivants et soupçonné ensuite qu’il s’agissait du Covid-19, mais rien ne permettrait d’établir que c’est aux Jeux qu’ils ont été infectés, les tests sérologiques permettant de dire qu’une personne a été contaminée mais pas à quelle période. Selon l’épidémiologiste et chercheur à l’Inserm Laurent Toubiana, le virus aurait cependant circulé « à bas bruit » en France*, sans doute dès l’automne, sans être repéré.

fin Septembre

• Avec plusieurs de ses collègues, Shi Zhengli, une virologue chinoise de 55 ans parmi les plus réputées au monde en matière de coronavirus, directrice adjointe du nouveau laboratoire P4 de Wuhan dans la province du Hubei en Chine et ayant pour surnom Batwoman, tire la sonnette d’alarme en publiant dans la revue Nature une étude indiquant que des contacts entre humains et animaux sauvages ont infesté des habitants de la campagne chinoise d’un virus lié au coronavirus.

17 novembre

• Selon le South China Morning Post de Hong Kong se basant sur un rapport interne de l’État chinois resté secret, un premier cas de contamination se serait avéré ce jour-là. Le directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies a cependant affirmé par la suite qu’« il n’existe aucune preuve solide de l’existence de foyers endémiques dès le mois de novembre » et que son équipe poursuivait ses recherches « pour mieux comprendre les origines de la maladie ».

1er décembre

• Selon une étude chinoise publiée dans The Lancet, le premier cas confirmé de Covid-19 remonterait à cette date et n’aurait eu aucun contact avec le fameux marché aux poissons. D’après la BBC, il s’agirait d’un homme âgé atteint de la maladie d’Alzheimer*.

11 décembre

• Une chaîne de télévision de Shanghai consacre un reportage, que l’on retrouve sur YouTube, à un technicien du labo P4, Tian Junhua, dans lequel « on le voit escalader l’entrée de grottes sombres et terrifiantes de la province du Hubei, vêtu d’une combinaison* blanche et muni d’un filet à chauve-souris […]. Quelques semaines plus tard, dans le contexte de l’épidémie qui s’étend à Wuhan, ce petit film prend cependant une tout autre résonnance sur les réseaux sociaux chinois. Soudain, le chercheur ne paraît pas si bien protégé, avec sa mince combinaison et ses gants en latex. “Le simple contact des excréments de chauve-souris sur ma peau nue pourrait m’infecter”, reconnaît-il sans fard. Il a d’ailleurs dû, une fois, se mettre en “quarantaine*” volontaire, explique-t-il, après avoir reçu quelques gouttes d’urine d’un chiroptère. Un incident similaire aurait-il eu lieu dans ce laboratoire ? »

17 décembre

• Zhang Jixian, un médecin du Hubei Provincial Hospital of Integrated Chinese and Western Medicine, informe les autorités qu’il ne s’agit pas d’une simple pneumonie atypique, comme elles le prétendront encore dix jours plus tard, mais bien d’une forme inconnue de coronavirus.

27 décembre

• Un homme de 42 ans se présente aux urgences à Bobigny, dans la Seine-Saint-Denis en Île-de-France, avec des maux de tête et de la fièvre. « Une grippe ? La saison bat son plein. Mais les tests virologiques ne trouveront rien. L’homme est admis en soins intensifs, reçoit de l’oxygène et une antibiothérapie. Deux jours plus tard il rentre chez lui, pas encore guéri mais suffisamment remis pour ne plus avoir besoin d’une surveillance rapprochée. – Ce n’est que bien plus tard, en avril, que le diagnostic tombera : “Vous avez eu le Covid-19”, lui annonce l’hôpital. »

Fin décembre

• Le Dr Ai Fen, directrice des urgences à l’hôpital central de Wuhan qui a détecté le nouveau coronavirus, est sommée de cacher la nouvelle « même à son mari » par le chef de l’établissement, confiera-t-elle dans une interview choc publiée le 10 mars. Pékin fait taire les médecins* qui tentent de lancer l’alerte. Des traces du virus sont détectées dans le bâtiment qui abrite le marché, sans que l’on sache s’il a été excrété par des bêtes ou des humains.

30 décembre

• Le professeur Christian Drosten, directeur du département de virologie du grand Hôpital universitaire de la Charité à Berlin, l’un des plus grands spécialistes mondiaux des coronavirus, célébré pour prôner un accès libre et gratuit à la littérature scientifique, est alerté par les nouvelles venues de Chine et entreprend la mise au point d’un test de dépistage du Covid-19 (dit PCR), dont le protocole sera mis en ligne, sans copyright ni code d’accès, quinze jours plus tard, pour servir à d’autres contre la nouvelle menace. C’est manifestement grâce à sa réaction immédiate que le nombre de victimes allemandes sera aussi peu élevé par comparaison aux autres pays européens.

31 décembre

• Les autorités sanitaires chinoises informent l’OMS de quelques cas de « pneumonies atypiques » à Wuhan et dans la région, sans que la nature* de ce virus respiratoire soit connue. La Chine sera accusée par la suite non seulement d’avoir fait taire ses médecins, mais aussi d’avoir tardé à informer le monde de la transmission ­interhumaine du Covid-19.

2020

1er janvier

• Ayant prétendument établi un lien entre de nombreux cas et le marché de fruits de mer de Huanan, les autorités sanitaires de Wuhan font fermer ce marché, qui subit une désinfection approfondie, leur thèse étant qu’un virus s’est propagé chez l’homme à partir d’un animal ayant été vendu, et peut-être aussi découpé, dans ce marché. D’après le directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, quatre des cinq premiers patients infectés n’ont cependant eu aucun lien avec ce marché. Interrogé sur la question de savoir s’il considère ce marché « comme le berceau probable de la maladie ou bien comme une fausse piste, une chambre d’amplification plutôt que le foyer premier », il répond : « D’emblée, tout le monde a pensé que ce marché était à l’origine de la maladie. Aujourd’hui, je ne sais pas si c’est là que le virus est apparu, ou seulement un endroit où il a trouvé à se propager. Deux hypothèses subsistent, c’est à la science de trancher. » Les autorités chinoises donnent à entendre qu’aucun des animaux sauvages vendus sur place, dont la liste n’a cependant pas été rendue publique, n’était porteur du Sars-CoV-2.

2 janvier

• Le Conseil de sécurité nationale des États-Unis (NSC) informe par écrit de la situation Alex Azar, le ministre de la Santé, qui s’entretiendra le lendemain avec le chef de ce service.

Le Dr Li Wenliang* alerte ses proches et ses collègues des dangers d’une mystérieuse pneumonie via la messagerie Wechat, avant d’être convoqué par la police de Wuhan pour avoir répandu de « fausses rumeurs ». La Canadienne Helen Branswell, rédactrice au site d’information Statnews spécialisé en santé et lancé en 2015, experte dans les maladies infectieuses et la santé mondiale, reconnue comme la meilleure journaliste scientifique au monde, rapporte dans un tweet que de nombreux cas d’une « mystérieuse pneumonie virale » ont été détectés en Chine et qu’elle « n’aime pas ça ».

3 janvier

• Le président des États-Unis reçoit son « daily brief », comportant une synthèse d’informations du NSC au sujet du Sars-CoV-2.

5 janvier

• Premier séquençage du génome du virus par des scientifiques chinois.

6 janvier

• Le NSC recommande aux voyageurs américains d’annuler leurs voyages à destination de la région de Wuhan.

8 janvier

• Le Wall Street Journal rend publique l’existence du nouveau coronavirus.

12 janvier

• Le laboratoire de Shanghai du professeur de médecine Zhang Yong-Zhen diffuse le séquençage génomique du virus sur un site scientifique ouvert à tous, puis ce laboratoire est brutalement fermé pour « rectification » par les autorités communistes.

14 janvier

• L’OMS assure dans un tweet que « les enquêtes préliminaires menées par les autorités chinoises n’ont pas trouvé de preuve claire de transmission interhumaine ». Ce même jour se tient une réunion à l’occasion de laquelle les hauts dirigeants chinois sont mis au courant du danger sanitaire. Mais « le bureau de la santé de Wuhan écrit pourtant qu’elle “ne peut être exclue, même si le risque d’une transmission soutenue est faible” ».

20 janvier

• Les équipes chinoises déclarent officiellement avoir la preuve d’une transmission interhumaine. Shi Zhengli publie le génome du nouveau virus et « démontre qu’il est le plus proche, à 96 %, d’un virus, le RaTG13 jusqu’alors inconnu. Et pour cause : l’institut l’a enregistré au même moment, ce qui interroge sur ce que recèle son congélateur. »

21 janvier

• Un premier cas de Covid-19 est signalé dans l’État de Washington.

22 janvier

• L’OMS reconnaît finalement que le virus se transmet bien d’homme à homme.

24 janvier

• Citant The Lancet, Statnews évoque la possibilité que certaines personnes contaminées soient exemptes de symptôme, ce qui ne pourrait que compliquer la détection puis la défection* du virus.

La Chine annonce le confinement* des 11 millions d’habitants de Wuhan.

Les autorités de Pékin interdisent à l’Institut de virologie de Wuhan de livrer à l’Université du Texas des échantillons infectés par le virus.

26 janvier

• Interrogés par Helen Branswell, des experts doutent de la possibilité de contenir le Sars-CoV-2 et mettent en garde contre une propagation rapide et mondiale.

28 janvier

• En Allemagne, un premier cas est confirmé dans la périphérie de Munich, en Bavière, et la méthode prônée par le professeur Drosten est scrupuleusement appliquée : pour un malade confirmé, l’ensemble de l’entourage est testé ; à partir du 25 février, tous les patients présentant des symptômes seront obligatoirement testés par des médecins généralistes.

Fin janvier

• « Dès la fin du mois de janvier, le laboratoire P4 et Batwoman mettent la blogosphère en ébullition. Celle-ci se penche aussi sur le cas d’un autre laboratoire, appartenant au Centre de contrôle et de prévention des maladies infectieuses, situé, lui, à 280 mètres du marché aux fruits de mer de Huanan, au cœur de Wuhan, devenu le premier foyer de contamination par le Sars-CoV-2. »

• Le virus s’est installé dans 18 pays et a officiellement tué 170 personnes en Chine.

• L’Imperial College de Londres, par la voix de Neil Ferguson, avertit que « malgré les efforts énormes et admirables qui sont fait en Chine comme ailleurs dans le monde, nous devons nous préparer à ce qu’il ne soit pas possible de contenir cette épidémie ».

• L’Italie déclare l’état d’urgence et suspend toutes ses liaisons aériennes avec la Chine. Son gouvernement demande une réunion extraordinaire des ministres de la Santé européens, mais en vain : « “À Bruxelles, on nous a répondu que ce n’était pas le moment, que ça pouvait se gérer au niveau technique, qu’il ne fallait pas semer la panique” […]. De fait, au “niveau technique”, la question de l’arrivée du virus en Europe est bien examinée à intervalles réguliers, fin janvier, puis courant février, mais ne semble pas inquiéter outre mesure […] visiblement, personne ne s’affaire encore à propos du niveau de l’équipement médical pour faire face à une éventuelle pandémie. »

• Le microbiologiste Herman Goossens déclare à Piet Vanthemsche, futur coprésident du Risk Management Group en Belgique, que « tout indique que ceci deviendra une véritable pandémie ».

• « Bien qu’aucun cas n’ait encore été décelé en Belgique, ce n’est vraisemblablement qu’un répit, prévient la ministre fédérale de la Santé [de Belgique] Maggie De Block* sur VTM. Les hôpitaux sont préparés, les médecins ont été prévenus, “nous avons pris toutes nos précautions”, assure-t-elle. Mais des mesures ne sont pas nécessaires dans les aéroports. – “Il n’y a pas de raison qu’il n’y ait pas de cas en Belgique, on se demande plutôt quand ça va arriver”, confirme sur la RTBF Marius Gilbert, responsable du service d’épidémiologie de l’ULB. »

30 janvier

• L’OMS qualifie le virus d’« urgence sanitaire mondiale […] sans pour autant envisager une limitation des voyages et des échanges commerciaux internationaux ». Elle déclare une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI). Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, son directeur général, « se livre, avec une constance gênante, à des éloges sur la “transparence” et la réponse “sans précédent” […] du régime chinois, alors qu’il était déjà évident qu’il avait retardé de plusieurs semaines le partage d’informations ».

• Plusieurs compagnies aériennes, dont British Airways et Lufthansa, suspendent leurs vols vers la Chine.

31 janvier

• « Au plus haut du régime, une décision majeure a été prise : le 31 janvier est arrivé dans cette ville la major générale Chen Wei, de l’unité des risques bactériologiques au sein de l’armée. La presse nationale lui consacre des articles enthousiastes, tous écrits sur le même modèle. Dépeinte comme “une déesse de la guerre”, la major Chen Wei a investi le laboratoire P4 pour, officiellement, y mettre au point dès que possible un vaccin contre le Covid-19. La direction du Parti ne s’y serait pas prise autrement si elle avait voulu missionner pour mener l’enquête un émissaire investi de tous les pouvoirs. Les dirigeants du pays croient-ils, eux aussi, à une “fuite” dans un laboratoire de Wuhan ? »

1er février

• « Aujourd’hui, le résultat du test est positif, je suis finalement diagnostiqué », écrit, une semaine avant de décéder, le Dr Li Wenliang, le médecin de 34 ans qui a lancé l’alerte début janvier et a sans doute été contaminé par ses propres patients à l’hôpital central de Wuhan.

Le Vietnam suspend les vols avec la Chine et ferme sa frontière terrestre.

Début février

• La température des voyageurs provenant de Chine est contrôlée.

5 février

• « La revue Science se demande si le nouveau virus pourra être maîtrisé ou, au contraire, s’il annonce une pandémie. Une des questions cruciales est de savoir si les patients asymptomatiques sont contagieux. Marc Lipsitch, épidémiologiste à Harvard, penche pour une rapide et virulente propagation : “Je serais très surpris si dans les deux ou trois semaines à venir, il n’y avait pas […] des centaines de cas dans plusieurs pays sur plusieurs continents”. »

7 février

• Mort*, du Covid-19, du docteur Li Wenliang, qui devient le visage martyr de la crise*.

11 février

• « Science avertit qu’il est difficile* de savoir avec quelle rapidité le virus se propage puisqu’en Chine, les indispensables tests de dépistage viennent déjà à manquer ou ne sont pas assez performants […]. Il est donc difficile de dresser un état des lieux. »

13 février

• Réunion des vingt-sept ministres de la Santé européens, qui se bornent à appeler à une meilleure coordination des mesures nationales.

• « “La situation en Belgique et en Europe est sous contrôle”, rassure […] Maggie De Block à la Chambre. Il n’y a qu’un cas connu dans notre pays. Au même moment, les ministres européens de la Santé se réunissent et décident de passer commande de masques* en grande quantité – commande qui ne sera effective qu’une dizaine de jours plus tard. »

15 février

• « Le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies, dont le siège est à Stockholm, délivre un satisfecit au réseau de laboratoires de l’UE pour l’état de leur préparation au dépistage du Sars-CoV-2 ; il salue “une exécution rapide des diagnostics moléculaires par les réseaux de laboratoires spécialisés européens” et “une bonne couverture géographique pour les tests”. […] sur le plan sanitaire, ni l’UE, qui n’est pas structurellement équipée pour agir dans ce domaine, ni les États membres qui, hormis les premiers touchés, semblent inconscients du danger, n’ont été à la hauteur du défi. [L’Europe] a cruellement failli. »

17-24 février

• Se tient à Mulhouse un rassemblement évangélique à l’origine d’un foyer épidémique qui par la suite « a essaimé à travers la France et a enraciné le Covid-19 dans la région Grand-Est. Cet épisode de “superpropagation” a été à l’origine de nombreux cas de contamination au sein des personnels du CHU de Strasbourg à partir de la première semaine de mars ».

18 février

• « Même le quotidien Global Times, farouchement patriotique, juge “légitimes”, dans une longue enquête datée du 18 février, les interrogations sur d’éventuels coronavirus de synthèse possiblement mis au point par l’Institut de virologie de Wuhan et demande si des expériences “ont été menées sur des primates”. Lorsque le célèbre commentateur Cui Yongyuan lance, dix jours plus tard, sur Weibo (le Twitter chinois), un sondage sur l’origine du virus, 51 % des 10000 personnes qui répondent sont persuadées qu’il s’agit d’un “virus artificiel échappé par négligence”, 24 % estiment qu’il a été répandu par malveillance. Seules 12 % pensent qu’il est d’origine naturelle. »

20 février

• Les premiers cas de patients positifs au Covid-19 sont détectés dans la province de Lodi, en Lombardie, et à Vo’Euganeo, en Vénétie.

21 février

• « La veille des congés de carnaval, le site web de Brussels Airport compare le virus à une grippe et précise que “[l]e SPF Santé publique considère actuellement qu’il n’y a pas de risque pour notre pays et qu’aucune mesure spécifique supplémentaire n’est requise”. Aucune restriction, donc, aux grandes transhumances de février. Le même jour se tient un Conseil électronique des ministres […], le compte-rendu ne fait état d’aucune décision liée à cette soif de conquête que le virus ne cherche même plus à dissimuler. En Italie, par exemple, onze communes, soit une population d’environ 50000 personnes, sont mises sous cloche. Dans la foulée, nos collègues de La Dernière Heure publient le témoignage inquiétant d’une infirmière belge* qui, revenant de Venise, affirme avoir pu immédiatement reprendre son travail pour les hôpitaux bruxellois. »

24 février

• Aucun cas de coronavirus n’a encore été détecté à New York. Wall Street est encore dans l’ancien monde : la veille, le Dow Jones a atteint des sommets historiques. Mais là, l’indice s’effondre de 1000 points. Toutes les bourses dévissent face au risque de pandémie.

25 février

• « Science titre “Le coronavirus semble inarrêtable. Que devrait faire le monde maintenant ?” L’article cite des experts pour qui la première leçon apprise de la Chine est que “la vitesse (de réaction) est essentielle”. Ne pas fermer les entreprises et les écoles, ne pas interdire les rassemblements, “ça revient à dire, au fond, bon, on laisse ce virus se propager”, lâche Christopher Dye, épidémiologiste à Oxford. »

25-28 février

• « “Quand on compare à une grippe hivernale et le nombre de patients âgés qui sont généralement hospitalisés, la situation est identique”, rassure Maggie De Block dans Le Soir. Puis, estimant qu’il ne faut pas faire davantage de tests de dépistage : “On a un labo de référence et des labos de deuxième ligne auxquels on n’a pas encore dû faire appel. Il y a des endroits dans le monde où la capacité des laboratoires est moins importante. En Afrique, par exemple”. »

28 février

• Jeff Bezos, accompagné de sa nouvelle compagne Lauren Sanchez, rencontre Emmanuel* Macron à l’Élysée. Le fondateur et patron d’Amazon « sait à ce moment qu’Amazon a changé de monde. La veille, la direction du groupe a appris qu’un de ses salariés revenu de Milan a contracté le Covid-19 […]. La direction suspend immédiatement les voyages, y compris à travers les États-Unis, ce qui fait d’elle la première à prendre cette décision ».

• « Nog een dramaqueen* », c’est la réaction cinglante que Maggie De Block, la ministre fédérale de la Santé de Belgique, minimisant les événements*, consigne sur son compte Twitter après qu’un expert*, qu’elle traite de Cassandre, a, parmi d’autres, sonné l’alarme au sujet d’une épidémie alors à ses débuts en Belgique.

29 février

• Sophie Wilmès*, Première ministre de Belgique, quitte, un jour plus tôt que prévu, son lieu de vacances* pour rentrer en Belgique présider une réunion de crise où il est décidé d’activer la phase 2 du plan de gestion des risques.

1er mars

• Annonce par les autorités new-yorkaises du premier malade, une auxiliaire médicale revenue d’Iran.

« Alors que la Belgique entre dans la phase 2 de son plan de gestion des risques, les autorités font valoir que “le risque que quelqu’un soit contaminé reste faible”. Mais à Woluwe-Saint-Lambert, le bourgmestre décrète que toute personne revenant d’une zone à risque devra se maintenir à l’écart des lieux publics pendant deux semaines. “C’est une mesure disproportionnée”, réagit Maggie De Block […]. C’est justement à ce moment, qui marque en Belgique la sortie des congés de carnaval, que six Belges revenant d’Italie sont diagnostiqués positifs au Covid-19. Dans les jours qui suivent, et pour longtemps encore, c’est l’inflation* […]. Comme l’ont relevé depuis les chercheurs de la KULeuven, il ne fait plus de doute que le virus n’a plus su où donner de la tête durant ces congés de détente. »

Début mars

• La Belgique met en place un comité de concertation* interministériel, qui se réunira une fois par semaine.

3 mars

• « Bien que le virus ait déjà à ce moment frappé plus de 3000 fois dans le monde – dont 55 fois en Europe –, le ton reste rassurant : “Notre capacité en termes de tests est plus que suffisante”, répond Maggie De Block aux parlementaires qui la pressent de questions le 3 mars. »

4 mars

• Maggie de Block s’oppose à la fermeture des écoles comme cela vient d’être fait en Italie.

4-5 mars

• Le président Macron bouleverse son agenda « pour se concentrer sur la gestion de la crise ».

8 mars

• Le Nord de l’Italie est placé sous strict confinement.

9 mars

• Le gouvernement fédéral belge se borne à annoncer l’entrée en phase 2 renforcée : distanciation sociale*, annulation des rassemblements de plus de 1000 personnes en milieu clos et limitation, voire suppression, des visites en maisons de repos.

• Ursula von der Leyen, présidente de la Commission* européenne, tient une conférence* de presse pour marquer ses cent premiers jours à la tête de la Commission. Elle n’évoque pas la pandémie dans son intervention. Questionnée, elle se borne à répondre : « On suit la situation en Italie. » Comme d’autres dirigeants, elle ne voit dans l’épidémie « qu’une crise sanitaire, sans en mesurer la dimension politique ni imaginer le tsunami à venir […]. La situation, en fait, est dramatique. Ce jour-là, l’Italie compte déjà les morts par centaines, l’Espagne par dizaines, et les services des urgences hospitalières du Grand-Est commencent à voir affluer les patients ».

• La Bourse de Paris accuse sa pire chute sur une séance depuis 2008 (-8,39 %), sur fond d’effondrement des cours du pétrole après l’échec de négociations entre l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et la Russie, en pleine crise du coronavirus.

10 mars

• De son côté, Charles Michel, président du Conseil européen, organise, à la demande d’Emmanuel Macron, une réunion extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement en visioconférence.

• « L’ambassadeur italien auprès de l’UE tire le signal d’alarme dans une tribune publiée par Politico, dont le site européen est très suivi à Bruxelles. Le gouvernement de “Rome ne doit pas être laissé seul à gérer cette crise, écrit-il. Le moment est venu pour l’UE d’aller au-delà de l’engagement et des consultations, avec des mesures d’urgence concrètes, rapides et efficaces […]. Dans cette bataille, nous faisons face à deux terribles ennemis : la panique et l’égoïsme. Si nous ne nous réveillons pas immédiatement, nous courons le risque de passer à la postérité, comme les leaders de 1914 qui ont marché vers la guerre les yeux fermés comme des somnambules”. »

11 mars

• L’OMS qualifie l’épidémie de Covid-19 de pandémie : la crise sanitaire est désormais mondiale.

11-12 mars

• « Il faudra attendre quelques jours encore – près de six semaines après que l’OMS a crié à l’urgence sanitaire mondiale – pour que les mesures se fassent progressivement plus énergiques et contraignantes, l’enjeu n’est alors plus d’empêcher que le feu de forêt se transforme en incendie mais d’éviter le débordement des services de secours et de limiter, autant que possible, le nombre des victimes. »

Mi-mars

• « Plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, interdisent l’exportation de masques et de matériel médical au sein de l’UE et en privent l’Italie. Le 15 mars, l’Allemagne ferme ses frontières avec cinq de ses voisins : la France, l’Autriche, la Suisse, le Luxembourg, le Danemark. Du jamais-vu depuis la création de l’espace Schengen. À ce moment-là dix pays ont notifié dans l’urgence leur intention de fermer leurs frontières, comme les y autorise l’article 28 du code-frontières Schengen, en cas de “menace grave”. L’Espagne, la Finlande, le Portugal vont suivre. »

15-18 mars

• Instauration d’une quarantaine par la Ville de Knokke ; fermeture progressive des écoles et des commerces en Belgique.

17 mars

• Décision de fermer les frontières extérieures de l’espace Schengen ; début du confinement.

24 mars

• La Belgique passe le cap des 100 décès.

1er avril

• Un épidémiologiste de Hong Kong, sur la base d’un modèle, estime le nombre de cas en Chine à 232000 et non 82290, chiffre officiel à cette date.

13 avril

• Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, patron de l’OMS, déclare que le Covid-19 est « dix fois plus mortel que le virus responsable de la pandémie (H1N1) de 2009 ».

• Dans son allocution télévisée, le président Emmanuel Macron avance qu’il serait conseillé aux plus vulnérables de la société – les personnes à risque, dont les personnes âgées – de rester confinés davantage pour se protéger. Très vite circule le bruit, issu de son entourage, que la mesure touchera les seniors à un âge* proche de la retraite. Le professeur Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique français, avance le surlendemain le prolongement du confinement pour les seniors*, peut-être jusqu’à ce que l’on trouve un traitement ou un vaccin. Au même moment, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, propose, dans une interview au journal allemand Bild, un confinement des personnes âgées jusqu’en décembre 2020.

14 avril

• Le Washington Post publie un article affirmant que des diplomates américains avaient alerté, dès mars 2018, sur le manque de « techniciens et d’enquêteurs correctement formés pour faire fonctionner en toute sécurité ce laboratoire de haute sécurité », mais les soupçons concernant une éventuelle fuite ont d’abord circulé en Chine même. « Quatre jours [plus tard], Yuan Zhiming, directeur du laboratoire P4 et “patron” de Shi Zhengli, est monté au créneau pour assurer : “Il est impossible que le virus vienne d’ici. Nous avons des règles très précises et rigoureuses pour éviter les fuites et nous sommes sûrs de cela”. »

26 avril

• LeJournal du dimanche rapporte que de plus en plus de Français brisent le confinement. L’avant-veille, 167000 personnes ont encore été contrôlées par les seuls effectifs de la gendarmerie, et 915000 amendes ont déjà été distribuées.

27 avril

• Le Dr Yves Van Laethem, infectiologue et expert*, est nommé porte-parole interfédéral francophone du Centre de crise de Belgique, chargé de participer aux points de presse quotidiens.

9 mai

• « Le taux de chômage* américain a atteint 14,7 % en avril, tandis que 20,5 millions d’emplois ont été détruits en raison de la crise causée par le coronavirus. Le confinement généralisé a fait basculer les États-Unis du plein-emploi, avec un chômage de 3,5 % – au plus bas depuis un demi-siècle –, à la pire situation enregistrée depuis les années 1930, lorsqu’un Américain sur quatre était sans emploi. »

11 mai

• Le déconfinement* commence en France, quoique subsistent des restrictions aux déplacements et aux rassemblements, ainsi que les gestes barrières. En Belgique, toutes les entreprises, à l’exception de celles du secteur de l’horeca, peuvent reprendre leurs activités. Mais ce déconfinement s’est opéré « avec une clause de revoyure » : il reste réversible.

16 mai

• À Stuttgart, au cœur de l’une des régions les plus prospères d’Allemagne, devenue l’un des principaux foyers de protestation contre les restrictions dues à la crise sanitaire, 5000 personnes manifestent. Des rassemblements ont également lieu à Berlin, Munich, Hambourg, Leipzig…

24 mai

• Près de quinze jours après le déconfinement, les nouveaux cas sont moins nombreux en France. Certains spécialistes estiment même que l’épidémie est derrière nous, encore que les autorités appellent toujours à la prudence. Selon un épidémiologiste de l’Inserm, l’épidémie a été fulgurante mais elle aurait déjà touché tous ceux qu’elle pouvait toucher. Des chercheurs américains estiment que 40 à 60 % de la population pourrait être protégée contre le Covid-19 sans même avoir été contaminée. Cette « immunité croisée » serait due à une exposition passée à d’autres coronavirus.

26 mai

• « Plusieurs travaux, dont une étude menée auprès de soignants du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Strasbourg et prépubliée le mardi 26 mai sur le site MedXiv.org, confirment que l’infection par le Sars-CoV-2 suscite bien la production d’anticorps et que ceux-ci possèdent une action neutralisante contre ce coronavirus qui reste encore présente six semaines après l’apparition des symptômes. Il faudra attendre d’autres travaux pour savoir combien de temps dure cette protection contre une réinfection… »

Fin mai

• Shi Zhengli, la virologue chinoise qui a identifié le nouveau coronavirus, alerte une nouvelle fois la population dans une interview donnée à la télévision chinoise CCTN : « Si vous voulez prévenir de nouvelles épidémies, il faut découvrir à l’avance quels virus se cachent dans les animaux sauvages. Si vous ne les étudiez pas, il y aura de nouvelles épidémies. »

1er juin

• Réouverture du secteur de l’horeca aux Pays-Bas.

• Manhattan et le Queens, à New York, ont été la proie de pillages systématiques perpétrés par de petits groupes extrêmement efficaces de maraudeurs, appartenant à des bandes organisées et profitant de la colère infernale et des manifestations consécutives au comportement d’un policier qui, la veille du week-end, paniqué par la foule qui l’encerclait, a écrasé la pédale d’accélération de sa voiture et foncé dans les manifestants, heureusement sans faire de victimes. Un couvre-feu a été décrété.

2 juin

• Le « mardi de la délivrance » en France, celui du début de la deuxième phase du déconfinement, avec la réouverture de la restauration* et des hébergements, des musées et des monuments historiques, des salles de sport dans les zones vertes et des centres commerciaux de moins de 70000 mètres carrés.

3 juin

• Conférence de presse de la Première ministre annonçant la troisième phase du déconfinement en Belgique : désormais, c’est-à-dire à compter du 8 juin, « tout est autorisé, sauf ce qui est interdit », plutôt que « tout est interdit, sauf ce qui est autorisé », explique Sophie Wilmès. Le silo*, c’est-à-dire le nombre des personnes que l’on peut voir, est porté à dix par semaine. Les restaurants et les bars rouvrent moyennant distanciation sociale et gestes barrières, avec un maximum de dix personnes par table et la fermeture à 1 h du matin, selon un protocole propre au secteur. La date de reprise est fixée au 1er juillet pour les célébrations religieuses, les camps de jeunesse, les salles de banquet et de réception, les casinos, les plaines de jeux en intérieur, les parcs d’attraction, les cinémas, les salles de concert, les salles de spectacle et de théâtre*, les compétitions, les infrastructures sportives, les piscines et centres de bien-être. La présence est cependant limitée en nombre. Les kermesses restent interdites jusqu’au 1er août, et les boîtes de nuit et discothèques inaccessibles jusqu’au 1er septembre.

5 juin

• Le cap de 8000 morts est dépassé en Belgique, mais la première vague du confinement est terminée. La moyenne des patients Covid est de 71 ans.

6 juin

• Déconfinement en Allemagne. Tous les magasins, les hôtels et les crèches peuvent rouvrir, selon un rythme et des modalités fixés localement par les seize Länder. Les manifestations de masse restent cependant interdites jusqu’au 31 août.

7 juin

• George Floyd meurt étouffé par un policier blanc lors de son interpellation. L’indignation se répand comme une traînée de poudre aux États-Unis et dans les autres continents (voy. l’entrée Black lives matter).

8 juin

• Début de la troisième phase du déconfinement en Belgique. Quelques établissements ouvrent symboliquement leurs portes entre minuit et 1 h. Les clients répondent présents pour le premier jour de réouverture des cafés et restaurants. En soirée, la Première ministre et son mari montrent l’exemple en dînant dans un restaurant bruxellois.

• Alors que la situation en Europe s’améliore, elle s’aggrave dans le monde, déclare le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, le patron de l’OMS, lors d’une conférence de presse virtuelle à Genève. « Plus de 100000 nouveaux cas ont été recensés sur 9 des 10 derniers jours. Hier, le bilan s’est élevé à plus de 136000 nouveaux cas, le chiffre le plus élevé sur une journée », a-t-il annoncé, ajoutant que dans les pays où la situation s’améliorait, la plus grande menace était désormais le laisser-aller.

10 juin

• Parution du livre Ce virus qui rend fou, dans lequel le philosophe* Bernard Henri-Lévy dénonce la peur mondiale qui, « au nom d’un hygiénisme exacerbé, [aurait] fait imperceptiblement glisser la société du contrat social au contrat vital ». L’artiste brave les règles de distanciation sociale et serrera quelques jours plus tard la main de Laurent Ruquier et d’autres participants à l’émission télévisée On n’est pas couchés !

11 juin

• La bourse cartonne. Le confinement a entraîné une envolée spectaculaire des transactions en actions individuelles, de plus de 340 % en mars et de 200 % en avril par rapport à la moyenne mensuelle des deux dernières années. Non seulement la chute du coronavirus a été rattrapée, mais de nouveaux sommets ont été atteints, alors que l’économie mondiale est appelée à connaître des jours sombres.

13 juin

• La ville de Pékin se trouve confrontée à une nouvelle vague épidémique. Un nouveau cluster* est apparu la semaine précédente autour du marché de gros de viandes et de légumes de Xinfadi dans le quartier de Fengtai, au sud-ouest de la capitale. Les responsables de l’arrondissement annoncent des mesures « comme en temps de guerre ».

14 juin

• À l’occasion d’une quatrième allocution télévisée, le président Macron annonce la réouverture complète des bars et restaurants en Île-de-France dès le lendemain, un retour à la normale dans les écoles et les collèges le 22 juin et la poursuite du déconfinement de l’ensemble du territoire, à l’exception de Mayotte et de la Guyane où le virus circule encore activement. À l’Élysée, on s’irrite du « défaitisme » manifesté par certains intellectuels et de l’« effet ouate » créé par le confinement.

15 juin

• Ouverture des frontières en Belgique et en France.

20 juin

• Tant à Bruxelles qu’en Wallonie, la Première ministre Sophie Wilmès est plébiscitée. Elle prend la première place au hit-parade des personnalités du pays, avec 55 % des sondés qui voudraient la voir jouer un rôle important dans les prochains mois. Elle recueille 42 % en Flandre.

21 juin

• En Allemagne, près de la ville de GütersIoh, dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le plus grand abattoir d’Europe s’avère être un foyer lourd de contamination, avec plus de 1300 cas détectés. Les partisans d’un déconfinement rapide déchantent. Le retour au confinement de 650000 personnes dans deux grands arrondissements sème le doute. Au cours de la nuit précédente, de nouvelles manifestations de centaines de jeunes ont dégénéré à Stuttgart, avec des « scènes de guerre civile » et des « violences sans précédent » contre les policiers.

24 juin

• Le gouvernement belge autorise un nouvel assouplissement dans le déconfinement. Les bulles sociales sont élargies : celle des contacts personnels passe de 10 à 15 individus par semaine, celle des invitations à un banquet de mariage ou à un congrès est fixée à 50, celle des spectateurs aux compétitions sportives, au cinéma ou aux événements culturels est jaugée à 200 personnes assises en intérieur, 400 en extérieur. Le port du masque dans les magasins fait l’objet d’une « forte recommandation » mais n’est pas obligatoire, tandis qu’il l’est dans les transports en commun. Les piscines peuvent aussi rouvrir. En revanche, il n’y aura pas de reprise avant fin août pour les boîtes de nuit et discothèques, pour les festivals et, sauf décision européenne contraire, pour les voyages hors Europe.

29 juin

• L’épidémie est « loin d’être finie », et elle « s’accélère » même, déclare l’OMS.

Dictionnaire A → Z

A

À vos souhaits

« Ah… Ah… Atchoum ! », vous écriez-vous soudainement en éternuant. « À vos souhaits », vous lancera-t-on alors le plus naturellement du monde. Si vous éternuez une seconde fois, vous vous entendrez sans doute répondre : « À vos amours ». Et au troisième éternuement, la réplique d’usage veut que l’on vous dise : « Et que les tiennes durent toujours ! » Mais d’où vient cette expression populaire ?

Le journal télévisé de France 2 y a consacré le 5 mars 2020 une séquence qui a circulé sur la Toile pendant le confinement. « L’homme éternue depuis la nuit des temps, y était-il expliqué : en fait, c’est même le premier truc qu’il ait jamais fait ! Dans la tradition rabbinique, l’éternuement est le premier acte d’existence d’Adam. Dans un des récits fondateurs, il est dit : “L’Esprit éternel souffla sur son ouvrage, et le premier homme éternua […]. Le Créateur donne la vie… et l’homme éternue”. Dans la tradition, dire “À tes souhaits”, c’est remercier le Tout-Puissant d’être en vie. »

Les Grecs, pour lesquels tout était présage, craignaient que l’âme, qu’ils croyaient située dans le cerveau, s’envole lorsqu’on éternue. Les souhaits qu’ils émettaient alors tendaient à conjurer le mauvais sort. De bon ou de mauvais augure, il fallait toujours remercier les dieux pour les apaiser. Les Romains pour leur part recourraient à la formule « Que Jupiter te conserve ». D’où, plus tard, dans le monde chrétien : « Que Dieu te bénisse ». Expression dont l’usage subsiste : « God bless you » en anglais, « Jesus » en espagnol.

Depuis le port du masque imposé, ce besoin naturel s’est complexifié.

Abattis

D’aucuns ont fait face à la pandémie avec plus de détachement que d’autres en songeant à la sagesse du philosophe : Non fui ; fui ; non sum ; non curo : Je ne fus pas ; je fus ; je ne suis pas ; peu m’importe ! J’aime mieux mourir du Covid-19 qu’avoir Alzheimer ou être grabataire pendant des années, a ainsi expliqué le philosophe André Comte-Sponville. Mais chacun a dû s’organiser pour résister au virus, le gouvernement en fermant les grilles du pays et en le plongeant dans un coma artificiel (le confinement), la population en adoptant les gestes barrières.

Autrement dit, chacun a dû « numéroter ses abattis », c’est-à-dire « se préparer à une lutte comme si l’on risquait d’y perdre l’intégralité et la disposition de ses membres », comme nous l’enseigne LeRobert. L’expression est souvent employée sous forme de menace : « Tu veux te battre ? Tu peux numéroter tes abattis ! » L’image qu’elle véhicule est celle du soldat qui fait le compte de ses bras et jambes afin de pouvoir les retrouver sur le champ de bataille une fois qu’ils y auront été éparpillés. Au sens figuré, c’est se tenir prêt. Ainsi, le journal L’Équipe écrivait-il en 2006 au sujet de la course cycliste Paris-Roubaix : « À l’époque [1925], les secteurs pavés ne sont pas comptés par l’organisateur, car il y en a beaucoup, et il faut y numéroter ses abattis. » Autre exemple, extrait du Canard enchaîné du 3 mai 2017 : « Que ce soit Macron ou Le Pen, les zadistes de Notre-Dame-des-Landes peuvent numéroter leurs abattis. »

Voy. aussi l’entrée Comte-Sponville (André).

Abnégation

Celle de tous les soignants, et des autres premiers de corvée, méritait les applaudissements de 20 heures. Ils ont ainsi consacré la pertinence de ce proverbe anglais : « La chandelle éclaire en se consumant ». Les bénévoles à l’initiative de la confection des masques ont aussi mis en lumière cet autre dicton : « L’aiguille habille les autres et demeure nue ».

Voy. aussi les entrées Masque, Premiers de corvée.

Abondance

Abondance d’une part, indigence de l’autre : le confinement a cruellement éclairé le gouffre entre les deux situations.

L’abondance, cette « espèce de corne que portent les années qui ont de la veine », selon Georges-Armand Masson, est toujours tentante. D’ailleurs, « Abondance n’est pas vice », autrement dit « Abondance de biens ne nuit pas », enseigne un vieux proverbe français.

Au contraire !, pose Pindare : « Le dégoût et les soucis naquirent de l’abondance ». Apulée renchérit : « Là où il y a abondance, il y a excroissance ». « Quand on me parle d’abondance, j’écoute avec économie », disait sagement Robert Sabatier.

Bruno Hongre, dit François Brune, dressait, il y a plus de quinze ans déjà, cet amer constat : « La distorsion croissante entre la précarisation de la France d’en bas (celle du métro, justement) et les mythes de l’abondance étalés sur les affiches rend de moins en moins supportable le dévergondage publicitaire. »

Mais distinguons, avec Belinda Cannone, abondance matérielle et morale : « [Il] ne [faut] jamais craindre la profusion, la générosité des mots et des gestes, l’abondance des déclarations – dire et offrir sans frein. Abonder. » « On vit de ce que l’on obtient. On construit sa vie sur ce que l’on donne », se plaisait à rappeler Churchill.

Voy. aussi les entrées Funambule, Copie.

Abréviation

Sars-CoV-2 (pour Severe Acute Respiratory Syndrom), Cov-19 ou Covid-19 (pour Coronavirus Disease 2019), VIH (pour virus de l’immunodéficience humaine), Sida (pour syndrome immunodéficitaire acquis) sont des abréviations.

Le sigle est une forme d’abréviation composée de lettres initiales majuscules qu’on prononce séparément (SNCB ou SNCF, TGV, HLM, ADN, SMS, OMS, CIA) tandis que l’acronyme est celle dont des lettres ou syllabes, initiales ou autres, forment un ou plusieurs mots qui se prononcent normalement et non pas lettre par lettre (Sida, Covid-2, Benelux, smic, OTAN, ovni, radar, Unicef, lol). Le Goulag de triste mémoire était un acronyme désignant en russe la Direction principale des camps.

D’autres formes d’abréviation sont celles qui ne conservent du mot que ses premières ou dernières syllabes : l’apocope ou l’aphérèse.

On relèvera incidemment que le sida était jadis une plante réputée pour ses vertus médicinales.

Absence

« Quand le soleil s’éclipse, on en voit la grandeur », observait Sénèque à l’occasion d’un éloge funèbre. Tel a été le cas pour beaucoup de familles de victimes de la pandémie, encore que les restrictions sur les funérailles pendant le confinement n’aient pas toujours permis de les honorer adéquatement.

Cette approche positive de l’absence était aussi celle d’un proverbe persan : « Si tu veux être apprécié, meurs ou voyage ». Mais on connaît le vieux dicton qui proclame le contraire : « Les absents ont toujours tort ».

Absens haeres not erit : « L’absent ne sera pas héritier ». Tarde venientibus ossa : « Aux retardataires, les os ». Si les absents ont tort, c’est en l’occurrence parce qu’ils ne peuvent pas défendre leurs droits, notamment dans une succession : celui qui s’éloigne et rentre trop tard court le risque d’être frustré de ce qui lui revient.

Paul Scarron a dit que « les absents sont assassinés à coup de langue ». « On compte les défauts de celui qu’on attend », fait valoir un proverbe espagnol. Les absents sont souvent tenus pour coupables des misères du monde ; l’on ne se soucie pas de ménagements pour parler d’eux. Jean-Baptiste Gresset, un poète du XVIIIe siècle, a tourné ce constat en un vers élégant : « L’éloge des absents se fait sans flatterie ». Sans doute Winston Churchill avait-il cette maxime à l’esprit lorsqu’il déclara : « L’Histoire me sera indulgente, car j’ai bien l’intention de l’écrire. »

Absence et amour

Confinement a rimé pour beaucoup avec absence ou mort.

« Qui n’a pas connu l’absence ne sait rien de l’amour », a écrit Christian Bobin. Le thème de l’absence et de l’amour oppose optimistes et pessimistes. Parmi les premiers, Marcel Proust (« L’absence n’est-elle pas, pour qui aime, la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences ? »). Parmi les seconds, Cervantès (« Si les yeux ne voient pas, le cœur ne se fend pas »), Anatole France (« Il n’est pas d’amour qui résiste à l’absence ») et François Hertel (« L’absence finit par vaincre l’amour le plus fort et la présence occasionnelle est encore plus terrible pour l’amoureux sans espoir que la complète séparation »). Ce que le proverbe populaire traduit par « Loin des yeux, loin du cœur ».

Roger Bussy-Rabutin est pour sa part partagé : tantôt positif (« L’absence ne tue l’amour que s’il est malade au départ »), tantôt plus nuancé (« L’absence est à l’amour ce qu’est au feu le vent ; il éteint le petit, il allume le grand »). Nuancés, d’autres le sont aussi, comme François de La Rochefoucauld (« L’absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu »), Maurice Chapelan (« L’absence est un arsenic : un peu fortifie l’amour, beaucoup le tue ») ou Camille Guieau (« L’absence est à l’amour ce que le vent est à la flamme »).

La pire des absences est évidemment la mort, qu’évoque ce beau quatrain de Thomas Hardy : « Oui, enfin me voilà revenu sur les lieux que tu hantes / Pour te retrouver, j’ai traversé les années et les scènes mortes / Que trouves-tu, à présent, à dire de notre passé / Scruté au travers de l’espace obscur où tu m’as manqué ? » 

Voy. aussi l’entrée Mort.

Abstème

L’abstinent se prive de certains biens matériels (aliments, boissons) ou de certains plaisirs (notamment de la chair). L’abstème se borne à s’abstenir de vin, que ce soit par discipline ou par aversion naturelle.

D’aucuns ont profité du confinement pour faire carême : à la fois abstèmes et abstinents.

Voltaire recommandait en la matière la sagesse : « Usez, n’abusez point ; le sage ainsi l’ordonne. / Je fuis également Épictète et Pétrone. / L’abstinence ou l’excès ne fit jamais d’heureux. » Et cependant, rapportait Anatole France, « [a]nachorètes et cénobites vivaient dans l’abstinence, ne prenant de nourriture qu’après le coucher du soleil, mangeant pour tout repas leur pain avec un peu de sel et d’hysope ». L’abstinence totale est plus facile que la parfaite modération, a constaté saint Augustin.

Voy. aussi les entrées Alcool, Hydroalcoolique, Spypéro – Skyperinha.

Académie française

L’oracle de la langue française s’est prononcé sur le genre du mot « Covid-19 » et sur l’inadéquation de l’expression « distanciation sociale ».

L’Académie, que Jules Renard appelait le « commun des immortels », est, on le sait, à la fois brocardée et adulée : « Sommes-nous quarante, on se moque de nous ; / Et sommes-nous trente-neuf, on est à nos genoux », observait Fontenelle. Jean d’Ormesson nous a pour sa part rappelé les aphorismes de Jean Cocteau et de Paul Valéry : « Nous sommes immortels pour la durée de notre vie. Après nous nous changeons en fauteuil », proclamait le premier ; « L’Académie est composée des plus habiles des gens sans talent et des plus naïfs des hommes de talent », constatait le second.

Encore candidat, d’Ormesson avait raconté à la radio ou à la télévision l’histoire de deux académiciens qui se rencontrent : « Comment va notre confrère Un Tel ? », demande le premier. « Oh ! À moitié gâteux », répond l’autre : « Ah ! reprend le premier. Il va mieux ! » Et il nous rappelait aussi la réplique de Bernis, candidat à un fauteuil, au cardinal de Fleury, déjà âgé, qui l’avait reçu en grommelant que, lui vivant, jamais le candidat n’entrerait à l’Académie : « Cela ne fait rien, Monseigneur. J’attendrai », aurait répondu Bernis avec révérence.

« L’on ne fait jamais mieux l’éloge d’un mort que lorsqu’on a pris sa place », avait osé Jean Mistler.

Voy. les entrées Confinement, Covid-19 (le genre), Déconfinement, Distanciation sociale.

Accotoir

Le mot « accotoir » (avec deux c) est généralement utilisé pour désigner un appui pour les bras sur les côtés d’un siège. Le dictionnaire Lexilogos indique un sens veilli, à savoir ce qui sert d’appui à quelqu’un ou à quelque chose. Proche de ce sens veilli, l’« acotoir » (avec un c) est cité dans Néologie, ou Vocabulaire de mots nouveaux, à renouveler, ou pris dans des acceptions nouvelles de 1801 pour désigner celui sur lequel on compte : « Faire de son ami un perpétuel acotoir, c’est le mettre à une trop rude épreuve et risquer de le perdre. » Vivent les accotoirs qui ont pu « aisér » les malades !

Achard