Le G.I Face à la 5e armée Panzer - Henri Castor - E-Book

Le G.I Face à la 5e armée Panzer E-Book

Henri Castor

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Beschreibung

Chroniques historiques de la bataille des Ardennes

En ce jour de Noël 1944, les combats seront particulièrement durs dans certains secteurs du front. Au nord-ouest de Bastogne, c’est avant le lever du jour que le général Kokott, craignant les chasseurs-bombardiers, lance une des plus fortes attaques qu’ait eu à contenir la 101e division depuis son encerclement. Kokott souhaiterait offrir la ville en cadeau de Noël à Hitler !

Dans ce deuxième tome, le commandant Castor raconte en détail les terribles journées qui vont suivre Noël 1944 et donne des réponses argumentées aux questions posées par les nombreux chroniqueurs et historiens. Était-ce une utopie de croire la Wehrmacht encore capable de franchir la Meuse ? De la voir reprendre Anvers en ce glacial mois de décembre ? Fallait-il prendre Bastogne à tout prix ? Qui sont les véritables vainqueurs de la bataille des Ardennes ?

L'auteur nous livre dans cet ouvrage de référence, un travail richement documenté sur l'histoire militaire belge de la Seconde Guerre mondiale.

A PROPOS DE L'AUTEUR 

Henri Castor fut officier de renseignements de l'armée belge à la fin des années 1940 et au début des années 1950. Sa carrière militaire l'amène à devenir en 1991 attaché du cabinet du Ministère de la Défense nationale. Henri Castor a un intérêt prononcé pour la Seconde Guerre mondiale, et en particulier pour la bataille des Ardennes.

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Seitenzahl: 243

Veröffentlichungsjahr: 2014

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Avertissement Cet ouvrage a fait l’objet d’une réadaptation du livre Le GI face à la Ve armée Panzer de la rivière Our à Dinant, publié aux éditions De Krijger en 2003.

À mon épouse, pour sa patience et… son soutien.

Pour l'illustration du livre, mes sincères remerciements à Peter Taghon, Louis Linet, Robert Fergloute, Claude Pousseur, Jean-Paul Henrotin, Christian Limbree, Florent Lambert et Laurent Halleux.

L'auteur reconnaît que certaines photos, n'ayant pu être localisées ou appartenant à un autre secteur, ont, malgré tout, été utilisées pour illustrer le texte.

Rappel des événements du 24 décembre 1944

À la 1re SS Panzer division

Dans la nuit du 23 au 24 décembre 1944, Peiper et les rescapés de ses différents Kampfgruppe évacuent La Gleize et, à travers bois, entament leur marche sur la rive gauche de l’Amblève et de la Salm en vue de rejoindre les lignes allemandes sur les hauteurs au sud de Stavelot.

Le carrefour de Manhay tombe aux mains des Allemands.

À la V e armée Panzer

La 2e Panzer du général von Lauchert, arrivée aux portes de Dinant, est attaquée par la 2e division blindée américaine du général Harmon.

Sous la pression allemande de la Panzer Lehr du général Bayerlein, les Américains sont obligés de se retirer de Rochefort.

À l’est de l’Ourthe, la 116e Panzer du général von Waldenburg qui bordait la route Hotton-Érezée a été relevée par la 560eVolksgrenadier qui reprend le secteur et couvre le rassemblement de la 2e Panzer SS du général Lammerding qui arrive de la Baraque Fraiture.

À l’ouest de l’Ourthe, la 116e Panzer arrive à proximité de la route Marche-Hotton et s’empare de Verdenne.

La 4e division blindée américaine du général Gaffey remonte lentement la route Martelange-Bastogne. Son groupement blindé R du colonel Blanchard est dirigé pendant la nuit par la route Fauvillers-Neufchâteau vers Bercheux au sud-ouest de Vaux-sur-Sûre.

Ce 24 décembre, veille de Noël, est une journée faste pour l’aviation alliée. Le soleil brille, le ciel est clair. Tout mouvement d’unité ou rassemblement devient pratiquement impossible pendant le jour pour les forces allemandes. À Bastogne, l’état-major de la 101e Airborne en profite pour revoir ses positions et renforcer les secteurs les plus sensibles.

L’après-midi, les C-47 parachutent plusieurs tonnes de matériel.

Pendant la nuit, les avions allemands vont bombarder Bastogne à trois reprises, détruisant un poste de secours américain. De nombreux tués et blessés sont à déplorer. La ville est sérieusement endommagée.

À Bande, c’est le massacre de trente-quatre jeunes hommes du village et de la région.

Journée du lundi 25 décembre

En ce jour de Noël 1944, les combats seront particulièrement durs dans certains secteurs du front.

Au nord-ouest de Bastogne, c’est avant le lever du jour que le général Kokott, craignant les chasseurs-bombardiers, lance une des plus fortes attaques qu’ait eu à contenir la 101e division depuis son encerclement. Kokott souhaiterait offrir la ville en cadeau de Noël à Hitler.

Dans le nord du saillant, la 2e Panzer et la Panzer Lehr vont être matraquées sans arrêt par l’aviation alliée et les attaques de la 2e division blindée et de la 84e division d’infanterie américaine. Les deux divisions allemandes sont clouées au sol. Elles vont subir de telles pertes que cette journée mettra fin à leur espoir d’atteindre la Meuse.

Dans le sud, sur la route Martelange-Bastogne, la 5e division parachutiste allemande se défend pied à pied et occasionne de fortes pertes à la 4e division blindée américaine dont le groupement blindé R qui a déboîté vers Bercheux/Vaux-lez-Rosières (aujourd’hui Vaux-sur-Sûre) s’apprête à lancer son attaque le long de l’axe Neufchâteau-Bastogne.

Secteur Bastogne

Le général Kokott a préparé une puissante attaque au nord de Bastogne. Il a reçu en renfort la 15e division Panzergrenadierdu général Deckert qui est venue s’installer dans les villages de Flamierge et Flamisoul d’où partira l’attaque principale. Les premiers éléments sont arrivés en fin de soirée le jour précédent et le reste des unités pendant la nuit. Les hommes sont fatigués et frigorifiés. Ils n’ont pas disposé du temps nécessaire pour se reposer et s’alimenter. C’est dans ces conditions qu’ils vont devoir monter à l’attaque dans quelques heures seulement. La 15ePanzergrenadier est loin de présenter les effectifs sur lesquels Kokott comptait. La division se compose du 115e régiment de Panzergrenadier du colonel Maucke comprenant seulement deux de ses trois bataillons de grenadiers, deux bataillons d’artillerie autotractée, une compagnie de chasseurs de chars et dix-huit Pz IV et Panther du 115e bataillon de Panzer, plus une compagnie de pionniers. L’effort principal de l’attaque sera porté à partir du nord-ouest.

Deux raisons :

la région qui s’étend de Flamisoul/Mande-Saint-Étienne à la route Champs-Bastogne convient très bien aux panzers. C’est une zone comportant une succession de prairies ondulées au sol gelé, sans bois, sans village et sans aucun obstacle pour les panzers mais, comme on s’en rendra compte plus tard, n’offrant aucun abri, aucune protection contre les éclats d’obus et les attaques aériennes pour les grenadiers d’accompagnement. pour Kokott, c’est la région du front qui présente les défenses américaines les plus faibles.

Le commandant de la 26eVolksgrenadier compte attaquer en trois endroits :

– à Champs, à cinq kilomètres à peine au nord-ouest de Bastogne, avec son 77e régiment de grenadiers ;

– entre Flamisoul et la grand-route de Marche en direction de Hemroulle avec les éléments de la 15ePanzergrenadier;

– en partant de Senonchamps avec son bataillon de reconnaissance pour percer la position américaine à Isle-la-Hesse.

L’appui-feu sera fourni par les unités d’artillerie des 26eVolksgrenadier et 15ePanzergrenadier stationnées à Givry et à Flamisoul.

Dispositif de défense au nord-ouest de Bastogne

Le 3e bataillon du 327e régiment aéroporté tient le secteur allant de la grand-route de Marche au village de Hemroulle, en arrière du chemin menant de Mande-Saint-Étienne à Champs. Son commandant, le lieutenant-colonel Allen, a établi son poste de commandement dans une ferme à la sortie de Hemroulle vers Champs. La ferme voisine est occupée par le lieutenant-colonel Cooper, commandant le 463e bataillon d’artillerie. Le 3e bataillon du 327e régiment est déployé comme suit de la gauche vers la droite :

– la compagnie A du lieutenant Bowles est échelonnée par peloton d’un point situé à quelque deux cents mètres au sud du mamelon 493 dominant Mande-Saint-Étienne jusqu’à un autre petit sommet à quelque cent mètres à l’est de l’intersection des routes de Flamisoul et de Mande-Saint-Étienne.

Bowles a installé des nids de mitrailleuses pour balayer le front devant lui et la route reliant les deux villages ;

– la compagnie B du capitaine Mc Donald à la droite de la compagnie A est installée un peu au-delà de la route Mande-Saint-Étienne/Champs avec plusieurs mitrailleuses. 50 et. 30 plus deux chasseurs de chars. Elle assure la liaison avec la compagnie A du 1er bataillon du 502e régiment au nord-ouest de Champs ;

– la compagnie C du capitaine Towns se tient en réserve près du poste de commandement du bataillon à la sortie de Hemroulle. À l’arrière du 3e bataillon, il y a deux fois deux chasseurs de chars du 705e bataillon distants de deux cents mètres les uns des autres. À la droite du 3e bataillon du 327e régiment se trouve le 1er bataillon du 502e régiment du major Hanlon.

À l’ouest et au nord de Champs est déployée la compagnie A du capitaine Swanson du 502e régiment soutenu par deux chasseurs de chars et par le Team Anderson avec deux canons d’assaut et un chasseur de chars. La compagnie B s’est placée en arc de cercle un peu plus en retrait sur la côte 475 derrière les bois de Champs, à cheval sur la route menant à Hemroulle. Elle dispose également de deux chasseurs de chars. La compagnie C du capitaine Cody est tenue en réserve régimentaire aux lisières nord de Hemroulle prête à porter secours de quelque côté que ce soit. Elle est renforcée de deux chasseurs de chars. Le 1er bataillon du major Hanlon assure la jonction vers la droite avec le 2e bataillon du 502e régiment du lieutenant-colonel Sutliffe, installé entre Champs et Longchamps. Au château de Rollé au sud-est de Champs est installé le poste de commandement du lieutenant-colonel Chappuis qui commande le 502e régiment para.

Les villages de Senonchamps, Mande-Saint-Étienne, Flamisoul, Flamierge et Givry sont aux mains des Allemands. Les Américains occupent Champs, environné de toutes parts par l’ennemi. Ce dernier, de nuit, partant de Rouette (au nord de Champs) envoie des patrouilles qui se faufilent entre les postes des parachutistes et viennent fouiller les quelques maisons au nord du village. Quelques Allemands, munis d’un poste émetteur, y ont été capturés dans le fenil d’une ferme. À Rouette et Fays, au nord de Champs, occupés par les Allemands, des centaines de grenadiers viennent gonfler les effectifs ennemis déjà installés dans les deux hameaux. Il en est de même sur toute la ligne courant de Senonchamps à Rouette. Ce sont les hommes du 115e régiment du colonel Maucke et de deux bataillons du 77e régiment de la 26e division Volksgrenadier. Le plan consiste, en un premier temps, à attaquer du nord au sud en enveloppant Champs avec la masse des grenadiers. Peu après, les chars fonceront de l’ouest dans la partie de terrain dénudée en direction de Hemroulle entre Mande-Saint-Étienne et Champs. Une autre attaque partira de la grand-route de Marche en direction d’Isle-la-Hesse et de Hemroulle avec le bataillon reconnaissance de la 26eVolksgrenadier. Le général Kokott a décidé d’attaquer à 3 h. Il envisage la prise de Bastogne pour 8 h, avant l’arrivée des chasseurs-bombardiers alliés.

L’attaque

Vers 3 h, quelques avions allemands lâchent des bombes sur les positions du 502e régiment autour du château de Rollé. Quelques minutes plus tard, c’est l’artillerie de la 26eVolksgrenadier et les mortiers des unités qui arrosent les positions américaines à Champs. À 4 h, l’attaque du 77e régiment de grenadiers débute. Sous la lune et le sol recouvert de neige, les parachutistes de la compagnie A du capitaine Swanson (1er bataillon) distinguent les silhouettes de dizaines de grenadiers s’avançant vers eux. Aucun panzer ne les accompagne. Bien cachés et protégés dans leurs trous, les parachutistes les laissent s’approcher et, lorsque les premiers grenadiers montent à l’assaut du village, le feu croisé des mitrailleuses les clouent au sol et, aux quatre coins du village, toutes les armes automatiques se mettent à cracher la mort. Mais les Allemands sont de plus en plus nombreux et pénètrent dans le village, occupant maison après maison dans des combats au corps à corps d’une extrême vigueur. Les habitants réfugiés dans les caves s’effraient de la violence des combats et de nombreux blessés les rejoignent. Les Allemands dépassent l’église et l’école mais sont définitivement stoppés à hauteur de la route de Longchamps. Sachant ses parachutistes en danger à Champs, et vu le fait que, le risque de s’entretuer existe, le major Hanlon prend la décision de faire avancer sa compagnie B qui se trouve en retrait vers la crête au sud du village et à l’ouest du château de Rollé en vue d’aider ou de recueillir la compagnie A. Le lieutenant-colonel Chappuis, tenu au courant de l’attaque, avertit la compagnie C en réserve régimentaire à Hemroulle de se porter vers Champs. La compagnie B arrive rapidement aux lisières sud du village et à 6 h, les parachutistes contre-attaquent. C’est la lutte à l’arme blanche et les parachutistes reconquièrent maison par maison. À 8 h, le village est complètement nettoyé. Le haut du village est jonché de cadavres. De nombreux blessés sortent des caves et sont faits prisonniers, mais pas un civil n’a été tué.

Vers 6 h 30, lorsque les combats font rage dans Champs, dix-huit Pz.IV, bien groupés et chargés de grenadiers, partent de la zone entre Mande-Saint-Étienne et Flamisoul. Ils foncent vers les positions défendues par les compagnies A et B du 3e bataillon du 327e régiment qu’ils dépassent (sans savoir, semble-t-il, qu’ils viennent de franchir la première ligne de défense américaine) et se dirigent vers Hemroulle. Ils sont suivis à quelque distance par des dizaines d’autres grenadiers. Pendant le franchissement des panzers sur les trous de fusiliers de la compagnie A qui ne compte que 77 hommes, quatre sont tués, probablement écrasés, et cinq autres blessés. Le reste des hommes tirent à bout portant sur les grenadiers qui suivent les panzers. Ceux-ci sont fauchés et restent au sol. Dans l’obscurité, plusieurs panzers traversent même des positions de batterie du 755e bataillon (obusiers de 155 mm). Les hommes de la compagnie C du 3e bataillon du 327e régiment, en réserve devant Hemroulle stoppent les grenadiers qui subissent de lourdes pertes. Vu cette résistance, l’unité du lieutenant-colonel Allen, commandant le 327e régiment, héritera du surnom de Bataillon DOM DIE, ce qui est l’équivalent de Tiens ou crève.

En approchant de Hemroulle, la formation de panzers se scinde en deux groupes. L’un, composé de sept panzers, vire vers la gauche pour prendre à revers les défenseurs de Champs. Les chars se rapprochent de la route menant au village en grimpant à travers champs vers la côte 475 quand ils sont pris à partie par un peloton de la compagnie B laissé en réserve à l’orée du bois qui va de la route à l’étang du grand Vivier. Les fusiliers tirent sur les grenadiers perchés sur les superstructures des panzers. Ils parviennent même à mettre un panzer hors de combat avec leurs bazookas. Deux chasseurs de chars, pris à revers, qui essaient de gagner le château de Rollé, sont détruits. La colonne de panzers, arrivant à la route, tourne vers la gauche pour l’emprunter en direction de Champs. Les panzers présentent leurs flancs aux deux chasseurs de chars accompagnant la compagnie C, réserve du 502e régiment détachée de Hemroulle par le lieutenant-colonel Chappuis. Elle vient juste de dépasser le bois entre les deux villages. Les deux chasseurs de chars détruisent, coup sur coup, trois panzers. Les trois autres qui sont en tête de colonne poursuivent en direction du château de Rollé. Tout le personnel du poste de commandement du lieutenant-colonel Chappuis, qui a été mis en ligne, est obligé de s’enfuir dans le bois à l’arrière du château et derrière les gros arbres de la drève. Quelques hommes stoppent un panzer au bazooka. Les deux derniers panzers et les grenadiers qui sont parvenus à franchir le rideau de feu des parachutistes se rapprochent du château lorsque la compagnie C du capitaine Cody arrive et élimine toute l’infanterie d’accompagnement des panzers. À la merci des bazookas, un des panzers restant fonce vers Champs où il est démoli, et le septième et dernier panzer fait demi-tour vers Hemroulle en vue de rejoindre l’autre groupe qui doit s’emparer du village.

Vers 9 h, Champs est libéré. Le haut du village est recouvert de cadavres. 98 Allemands jonchent le sol, 92 prisonniers dont deux officiers sont aux mains des Américains. Le 77e régiment allemand a lourdement payé son attaque. C’est aussi vers 9 h qu’un instant de panique s’empare du village. Venant de la direction de Hemroulle, un panzer pénètre dans Champs remontant la rue principale, faisant feu de son canon et de ses mitrailleuses. C’est probablement le dernier panzer que l’on croyait détruit et qui, voyant la déroute des siens à Hemroulle, a tenté de s’échapper en prenant la direction du nord. Il est stoppé à la sortie du village par le tir d’un bazooka et un canon de 57 mm de la compagnie A. Il prend feu avec trois de ses occupants. Avant midi, les Américains donnent l’ordre à tous les habitants de Champs d’évacuer leur village. Celui-ci restera définitivement aux mains des Américains.

Les habitants seront autorisés à y rentrer à la mi-janvier. L’instituteur du village découvrira ce message écrit sur le tableau de l’école :

Que jamais plus le monde ne vive une semblable nuit de Noël ! Mourir par les armes, loin de ses enfants, de sa femme et de sa mère, rien de plus cruel. Ravir un fils à sa mère, un mari à sa femme, un père à ses enfants, est-ce digne d’un être humain ? La vie ne peut être donnée et acceptée que pour s’aimer et se respecter. C’est du tableau des ruines, du sang et de la mort que naîtra sans doute la fraternité universelle.

Signé : un officier allemand.

À Rouette, au nord de Champs, pendant des heures, le hameau voit défiler des dizaines de blessés et des groupes décimés refluant à l’abri des maisons. En début d’après-midi, le hameau est attaqué par des chasseurs-bombardiers qui mettent le feu à la plupart des maisons et des fermes. Les habitants se retrouvent sans rien. Nombreux sont ceux qui évacuent vers Ménil-Fays, puis Engreux plus au nord-est, et les autres se terrent dans leurs caves. Les bêtes, parmi lesquelles de nombreux chevaux allemands, enchaînés à leur mangeoire, meurent dans des mugissements et des hennissements épouvantables. Vu la violence des flammes, il est impossible de s’approcher et de les libérer. L’évacuation totale des habitants de Rouette est ordonnée dans la nuit du 7 au 8 janvier 1945. Les Américains reprennent le village quelques jours plus tard. Lorsqu’ils se replient définitivement, les Allemands piègent les portes, les meubles de certaines maisons dans plusieurs villages qu’ils quittent.

À la mi-janvier et début février, lorsque les occupants reviendront, plusieurs seront tués en rentrant dans leurs maisons. Pendant leur progression vers Hemroulle, on a vu que la formation composée de dix-huit panzers et de grenadiers s’est scindée en deux groupes, sept panzers ont pris la direction de Champs tandis que les onze autres se dirigent vers Hemroulle. Ce groupe arrive rapidement à la hauteur des premières maisons et les lieutenants-colonels Allen et Cooper sont obligés de s’enfuir à l’arrière du village. C’est à ce moment que se déclenche un violent tir croisé de toutes les pièces qui se trouvent à Hemroulle et environs : quatre chasseurs de chars du 705e bataillon, des Sherman de l’équipe Roberts, l’artillerie du 463e bataillon parachutiste et des bazookas. C’est un véritable coup de massue qui s’abat sur les panzers. Un seul parvient à franchir le réseau de feu et est retrouvé intact au centre du village. Il est environ 8 h. On dénombre déjà 65 Allemands tués et 98 prisonniers sont dirigés vers l’arrière. L’artillerie et les mortiers dirigent maintenant leur tir sur les grenadiers des 1er et 2e bataillons du colonel Maucke. Les hommes essaient de se retrancher dans les prairies à l’ouest de Hemroulle, mais le sol gelé ne leur permet pas de creuser le moindre trou. Ils sont là perdus dans la campagne enneigée. Alors pour eux survient le pire, car le jour s’est levé et ils deviennent la proie des chasseurs-bombardiers alliés qui les mitraillent et les bombardent dans cette zone complètement découverte. Bien peu parviendront à s’en sortir. En fin de matinée, on peut déclarer que l’attaque allemande a complètement échoué. Au cours de ces combats, le Kampfgruppe Maucke a enregistré de lourdes pertes : plus de deux cents tués ou prisonniers et dix-huit panzers détruits.

La troisième attaque menée depuis Senonchamps par le bataillon de reconnaissance de la 26eVolksgrenadier fait long feu. Il a à peine quitté sa ligne de départ qu’il est figé au sol par le tir de plusieurs unités d’artillerie et est obligé de se retirer. Pour fait d’armes lors de cet assaut qui devait sonner le glas de Bastogne, le lieutenant-colonel Chappuis, commandant le 502e régiment parachutiste, recevra la Distinguished Service Cross le 30 décembre des mains du général Patton. Du côté allemand, le lieutenant Schauwecker (qui commande la 7e compagnie du 15e régiment de grenadiers) recevra la Ritterkreuz.

À la suite du bombardement de la nuit et craignant la destruction prochaine de toute la ville, de nombreux Bastognards décident encore de quitter leurs caves. Mais la ville est encerclée et les Allemands en sont bien proches. Où aller ? Il n’existe vraiment plus beaucoup de possibilités. Au nord, vers Hemroulle, le canon tonne. Il ne reste que les abords de la route de Marche. C’est ainsi qu’au château d’Isle-la-Hesse, la baronne Greindl voit arriver de nombreux réfugiés terrifiés. Mais les caves sont déjà remplies de civils et de militaires. C’est un surplus de personnes que le château ne peut absorber et le danger approche pas à pas. Les Allemands ne sont plus qu’à quelques centaines de mètres. Vers 19 h 30, le colonel Barnes (qui commande un bataillon d’artillerie tout proche) fait savoir à la baronne qu’elle doit demander aux civils de rentrer chez eux, car le risque est trop grand de rester au château. Il faut beaucoup de patience et de persuasion à la baronne pour leur faire entendre raison. C’est à bord d’un camion américain que les civils réintègrent leurs caves à Bastogne. Il est 23 h. Les patrouilles allemandes s’aventurent jusqu’aux abords du château. Elles sont repoussées par les parachutistes et les quatre Sherman qui protègent l’habitation. Plusieurs Allemands, gelés et recouverts de neige, seront retrouvés après la bataille.

À Bastogne, la garnison regorge de soldats blessés dont beaucoup sont gravement atteints. Le major Wisely, chef du service médical, négocie un échange de blessés en proposant de remettre deux Allemands blessés pour un blessé américain. Les Allemands refusent, car leurs moyens en personnel médical et médicaments ne suffisent même pas à soigner leurs propres blessés.

En fin de journée, un Piper-Cub amène le major Serrel, chirurgien à la IIIe armée, qui apporte des médicaments, pansements, sang, plasma, pénicilline et morphine. Quand il dénombre les blessés à opérer, le major Serrel estime que la priorité doit être accordée aux blessés qui ont le plus de chance d’être sauvés au lieu de se livrer à de longues interventions individuelles sur les blessés graves.

La même journée un P-38 Lightning parachute un conteneur de cartes d’état-major, bien nécessaires pour les commandants d’unité.

Nord du saillant

La 2e division Panzer

Le jour se lève clair et brillant. Journée idéale pour les chasseurs-bombardiers alliés qui vont attaquer tout ce qui bouge dans le secteur. Comment la 2e Panzer va-t-elle réagir ?

Le 25 au matin, le bataillon de reconnaissance du major von Böhm se trouve à Foy-Notre-Dame et à la ferme de Mahenne un peu à l’est où il a bivouaqué. Le matin, le lieutenant Siebert reçoit l’ordre d’attaquer vers la Meuse et de s’emparer du pont de Dinant. À 10 h 30, il donne le signal de départ, mais à peine a-t-il fait deux cents mètres que son unité est prise à partie par des chars postés en bordure des bois de Sorinnes. Les tirs sont tellement violents que cinq panzers sont aussitôt en feu. Siebert se retire sur Foy et, peu après, sur Boisselles où il retrouve le commandant de son bataillon. À 14 h 30, ils subissent la puissante attaque américaine et, à 16 h, tout le détachement est anéanti. Il ne reste plus qu’à faire sauter les derniers véhicules et se sauver à pied.

Au Kampfgruppe 304, une partie du groupe est arrivée au village de Celles et le reste de la colonne reste caché dans les bois de Conjoux à quatre kilomètres en arrière. Ces troupes se trouvent dans une situation périlleuse, les réservoirs des véhicules sont pratiquement à sec et les munitions manquent. Elles doivent donc être renforcées et ravitaillées au plus tôt. Le général Meinrad von Lauchert, commandant la division, connaît la situation, mais les ordres reçus sont d’utiliser le reste de la division pour protéger le flanc droit du 47e corps Panzer dans le secteur de Marche jusqu’à l’arrivée de la 9e division Panzer qui est en route.

Jugeant la situation intenable pour ses troupes arrivées à quelques kilomètres de Dinant, von Lauchert propose que la masse principale de sa division qui est face à Marche soit relevée de sa mission de sécurité pour venir renforcer les unités de tête tandis que la Panzer Lehr attaquera vers Marche pour rouvrir la route principale de la 2e Panzer en attendant l’arrivée imminente de la 9e Panzer. Von Lüttwitz fait la sourde oreille, sachant vraisemblablement que ce plan n’a aucune chance d’aboutir du fait de la supériorité aérienne des Alliés et, par conséquent, que les mouvements de jour sont à proscrire.

En début d’après-midi, von Manteuffel rend visite à von Lüttwitz commandant le 47e corps Panzer qui propose une fois de plus que les échelons avancés de la 2e Panzer puissent reculer pour se regrouper, mais le commandant de la V e armée Panzer refuse. Toutefois, il autorise von Lauchert à envisager un repli lorsque la 9e division Panzer sera arrivée et seulement lorsque celle-ci sera en état de relever la 2e division Panzer en face de Marche. Au moment où le commandant de la 2e Panzer reçoit cet ordre, il apprend que toute liaison radio avec son bataillon de reconnaissance, encerclé à Foy-Notre-Dame, vient de cesser.

Pendant toute la journée, les unités d’avant-garde encerclées à Foy sont pilonnées par l’artillerie. De leur côté, les chasseurs-bombardiers des 370eFighter Group américain et 83e groupe britannique attaquent sans répit, mitraillant et bombardant tout ce qu’ils repèrent.

Le jour précédent, le général Harmon, commandant la 2e division blindée américaine, a décidé d’attaquer le matin du 25 décembre. Les Allemands sont réfugiés et camouflés au mieux dans les villages et les bois de la région de Celles, Foy-Notre-Dame, Conneux et Conjoux. Partant du sud de Ciney, l’attaque est lancée à 8 h par le groupement blindé B du général White qui a divisé son groupement en deux détachements : le détachement A du lieutenant-colonel Hillyard qui, traversant Achêne, Liroux et Geauvelant, a pour mission d’occuper les hauteurs au nord-ouest de Celles ; le détachement B du major Bakchelder qui, par Barsenal, Conneux et Conjoux, doit isoler Celles par le sud-ouest. Les deux colonnes s’avancent vers l’ouest sur des routes parallèles sans jamais s’écarter de plus de trois kilomètres. Le 82e bataillon blindé de reconnaissance de la 2e division blindée américaine va faire écran sur le flanc droit du groupement jusqu’à la Lesse. Le groupement blindé B est soutenu par toute l’artillerie de la 2e division blindée à l’ouest de Ciney et les chasseurs-bombardiers alliés.

L’avance des deux détachements se fait sans rencontrer de grande résistance. Quelques panzers sont détruits près de Foy, Boisselles et Conjoux. Les Américains perdent quelques half-tracks. Au milieu de l’après-midi, le détachement A atteint les hauteurs de Celles, bloquant les routes vers l’ouest et le sudouest tandis que le détachement B arrive sur la crête au sud-est de Celles. Le Kampfgruppe von Cochenhausen est à présent pris au piège. Les commandants des deux détachements américains envoient quelques chars à Celles. Ils y entrent sans rencontrer de grande résistance. Le village leur paraît vide et ils trouvent les habitants réunis dans l’église. À Celles et environs proches, deux cents Allemands démoralisés se rendent. Ils sont regroupés sur la place du village, mains sur la nuque. Les GI’s les séparent rapidement en deux groupes. Près du monument aux morts de 14-18, on rassemble ceux qui sont en tenue allemande intégrale. Les autres, plus nombreux portant des pièces d’équipements américains : bottes fourrées, gants, pulls kaki, bérets en laine, sont mis un peu à l’écart. Lorsqu’un half-track muni de mitrailleuses vient se poster entre les deux groupes, ces derniers sont pris de panique, croyant sans doute être abattus. Ils supplient en montrant leur alliance, en invoquant leurs familles qu’ils voudraient tant retrouver. Certains, dans le froid, enlèvent spontanément tout ce qui est américain. Ce spectacle qui inspire la pitié ne tournera pas au drame mais les Américains obligeront ces prisonniers allemands à rejoindre Dinant les pieds nus.

À Hubaille, village proche au nord-est de Celles où les Allemands sont arrivés le mardi 22 au soir, les habitants, voyant le déluge de feu se déverser tout autour d’eux, décident de partir le lendemain 26 décembre vers le Trou Mairiat où se trouve une grotte naturelle dissimulée dans le remblai et les broussailles ; ils ignorent que l’état-major allemand du Kampfgruppe s’y est installé. Ils partent sur le chemin forestier du bois Coreux. Ils sont surpris d’y voir des câbles et des soldats circuler dans les deux sens. La distance n’est pas longue jusqu’au trou Mairiat (1,5 km) et ils y arrivent rapidement, mais on les repousse sans ménagement vers le bois de sapins en contrebas. Impossible de rester à cet endroit, tant il est martelé par l’artillerie et l’aviation. Les civils veulent retourner à Hubaille, mais les Allemands les en empêchent. Ce n’est qu’à la tombée du jour qu’ils parviennent à échapper à leurs gardiens et à regagner le hameau toujours occupé par les Allemands où de nombreux blessés sont allongés dans les caves.

C’est le mercredi 27 que la poche de Hubaille sera réduite. 218 prisonniers y seront faits. Parmi eux, l’Alsacien Jean Marchal, incorporé de force dans l’armée allemande et qui tenait les habitants au courant de la situation. (Il reviendra visiter la population de Hubaille à la Noël 1991).

Au cours de l’opération menée par la 2e division blindée américaine, le 82e bataillon de reconnaissance, dans sa mission de protection de flanc droit du groupement B, est entré en contact avec le bataillon de reconnaissance de la 2e Panzer à Foy-Notre-Dame. Il y est accueilli par un tir de canons antichars et de quatre Panther en position sur les hauteurs au sud du village près de la ferme de Mahenne. Ceux-ci sont alors pris à partie par les chars du 3e régiment royal de la 29e brigade blindée britannique qui garde les ponts de Namur à Givet et qui a reçu pour mission d’aider le détachement spécial A du lieutenant-colonel Hillyard en bloquant les itinéraires menant à Dinant. Les chars et l’artillerie britanniques, aidés par des chasseurs-bombardiers Lightning, détruisent les quatre Panther et d’autres véhicules dans la région de Sorinne, Foy-Notre-Dame et Boisselles. Cet affrontement marque pratiquement la fin des unités du bataillon de reconnaissance de la 2e Panzer se trouvant à Foy-Notre-Dame. Son commandant, le major von Böhm et 147 hommes seront capturés avec une grosse partie de leur équipement. Seule, une poignée de grenadiers réussira à s’enfuir en espérant rejoindre la force principale de von Cochenhausen concentrée dans les bois au nord-est de Celles. La région de Celles, Foy-Notre-Dame, Conneux et Conjoux va bientôt devenir un vaste cimetière de véhicules. Le Kampfgruppe von Cochenhausen est enveloppé. En fin de journée, le général Harmon, commandant la 2e blindée américaine, sachant que les Allemands qui se trouvent retranchés dans les bois entre Celles et Conjoux sont encerclés, ordonne à ses troupes de se retirer sur les hauteurs qu’elles viennent d’occuper et de se préparer à détruire les forces allemandes dès le lendemain matin.

La division Panzer Lehr