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Chroniques historiques de la bataille des Ardennes
Si la ville de Bastogne et le fameux Nuts de McAuliffe symbolisent la résistance américaine lors de l’offensive allemande dans les Ardennes en décembre 1944, on ne peut oublier les combats acharnés livrés par les troupes américaines à Stavelot et dans la vallée de l’Amblève contre la fameuse 1re SS Panzer Division Leibstandarte Adolf Hitler (LAH) qui s’était vu confier la mission d’atteindre la première la Meuse. L’ouvrage relate les événements survenus tout au long de la progression de la division blindée de Stadtkyll en Allemagne jusqu’à Stoumont dans la vallée de l’Amblève. Il s’attache à décrire et à essayer d’expliquer les manquements et les erreurs commises lors de la conduite des opérations par certains états-majors et commandants d’unités tant du côté américain que du côté allemand. Il rappelle aussi les crimes horribles commis par les hommes de la LAH.
L'auteur nous livre dans cet ouvrage de référence, un travail richement documenté sur l'histoire militaire belge de la Seconde Guerre mondiale.
A PROPOS DE L'AUTEUR
Henri Castor fut officier de renseignements de l'armée belge à la fin des années 1940 et au début des années 1950. Sa carrière militaire l'amène à devenir en 1991 attaché du cabinet du Ministère de la Défense nationale. Henri Castor a un intérêt prononcé pour la Seconde Guerre mondiale, et en particulier pour la bataille des Ardennes.
EXTRAIT
Si, sur la ligne de front, les lignes téléphoniques et les radios souffrirent énormément des bombardements allemands à l'aube du 16 décembre, les unités se trouvant légèrement à l'arrière disposaient encore de leurs moyens de communication, de téléphones civils, de radios, d'estafettes ; de plus, il devait leur sembler, au vu des troupes qui se repliaient, des réfugiés qui s'enfuyaient, que des événements graves se déroulaient sur la ligne de front.
La lenteur de la réaction de l'état-major de la Ière armée du général Hodges, installé à Spa, à quelques kilomètres des villes de Malmedy et de Stavelot, reste inexplicable alors qu'on y avait déjà appris le massacre des prisonniers américains à Baugné le 17 décembre à 14 heures et, quelques minutes plus tard, la fuite du général Timberlake de Ligneuville devant les blindés allemands.
Malgré cela, c'est dans la nuit du 17 au 18 décembre, à la veille du troisième jour d'offensive, qu'une faible force américaine fut enfin dirigée sur Stavelot qu'elle atteignit à 4 heures. En pleine obscurité et méconnaissant la région, une partie de cette troupe sera expédiée sur la rive sud de l'Amblève déjà occupée par les Allemands : preuve de l'ignorance de la situation au niveau supérieur de la Ière armée.
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Seitenzahl: 265
Veröffentlichungsjahr: 2014
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Avertissement
Cet ouvrage a fait l’objet d’une réadaptation et d’un complément d’information du livre La route des massacres, publié aux éditions de Krijger en 2005.
À mon épouse, pour sa patience et… son soutien.
Pour l’illustration du livre, mes sincères remerciements à Freddy Lemaire, Louis Linet, Gérard Grégoire, Jean Jacob, Claude Pousseur, Jean-Louis Roba, Peter Taghon et Hubert Laby.
L’auteur reconnaît que certaines photos, n’ayant pu être localisées ou appartenant à un autre secteur, ont, malgré tout, été utilisées pour illustrer le texte.
Si la ville de Bastogne et le fameux Nuts de McAuliffe symbolisent la résistance américaine lors de l’offensive allemande dans les Ardennes en décembre 1944, on ne peut oublier les combats acharnés livrés par les troupes américaines à Stavelot et dans la vallée de l’Amblève contre la fameuse 1re SS Panzer Division Leibstandarte Adolf Hitler (LAH) qui s’était vu confier la mission d’atteindre la première la Meuse.
L’ouvrage relate les événements survenus tout au long de la progression de la division blindée de Stadtkyll en Allemagne jusqu’à Stoumont dans la vallée de l’Amblève. Il s’attache à décrire et à essayer d’expliquer les manquements et les erreurs commises lors de la conduite des opérations par certains états-majors et commandants d’unités tant du côté américain que du côté allemand. Il rappelle aussi les crimes horribles commis par les hommes de la LAH.
Si, sur la ligne de front, les lignes téléphoniques et les radios souffrirent énormément des bombardements allemands à l’aube du 16 décembre, les unités se trouvant légèrement à l’arrière disposaient encore de leurs moyens de communication, de téléphones civils, de radios, d’estafettes ; de plus il devait leur sembler, au vu des troupes qui se repliaient, des réfugiés qui s’enfuyaient, que des événements graves se déroulaient sur la ligne de front.
La lenteur de la réaction de l’état-major de la Ire armée du général Hodges, installé à Spa, à quelques kilomètres des villes de Malmedy et de Stavelot, reste inexplicable alors qu’on y avait déjà appris le massacre des prisonniers américains à Baugné le 17 décembre à 14 heures et, quelques minutes plus tard, la fuite du général Timberlake de Ligneuville devant les blindés allemands.
Malgré cela, c’est dans la nuit du 17 au 18 décembre, à la veille du troisième jour d’offensive, qu’une faible force américaine fut enfin dirigée sur Stavelot qu’elle atteignit à 4 heures. En pleine obscurité et méconnaissant la région, une partie de cette troupe sera expédiée sur la rive sud de l’Amblève déjà occupée par les Allemands : preuve de l’ignorance de la situation au niveau supérieur de la Ire armée.
Heureusement, au Haut Commandement allié – Supreme allied Commander – installé à Fontainebleau, les généraux Eisenhower et Bradley, mis au fait d’infiltrations dans le front, réagirent déjà le 16 décembre en fin d’après-midi, enjoignant à la 7e division blindée du général Hasbrouck de faire mouvement pour aller prendre position à Saint-Vith. Sans oublier un éventail de décisions immédiates prises par certains commandants de division dans le secteur nord du front pour renforcer la plate-forme d’Elsenborn.
Seul pont de la région capable de supporter la charge des chars lourds allemands, personne n’envisagea sa démolition alors que le 17 décembre tous les moyens logistiques du génie étaient sur place. Rien ne démontre que Peiper eût jamais franchi l’Amblève si le pont avait sauté et que de vies civiles et militaires auraient pu ainsi être épargnées.
Dès que les tirs des fantassins américains en interdirent l’accès dans la soirée du 18 décembre et, a fortiori, lorsqu’il fut détruit le soir du 19, il devenait évident que le Kampfgruppe (KG) Peiper, fer de lance de la 1re SS Panzer Division n’irait plus très loin, privé comme il l’était de carburant, de munitions et de tout renfort de chars.
Une fois les sorties de Werbomont, de Stoumont et de Spa bloquées le 19 décembre par la 30e division d’infanterie, fallait-il provoquer les combats féroces pour annihiler la poche allemande de La Gleize-Stoumont alors que l’artillerie et l’aviation pouvaient se charger de la réduire ? Ayant compris la précarité de sa position, Peiper ne s’est pas laissé enfermer très longtemps puisque la veille du jour de Noël, il s’échappait avec ses hommes de la fournaise de La Gleize et parvenait à rejoindre ses lignes.
Basé sur la vitesse d’exécution des unités panzers, le plan du Führer visant à atteindre, à n’importe quel prix, la Meuse entre Huy et Liège, ne fut pas respecté. Dès le début de l’offensive allemande, de graves lacunes étaient apparues dans son élaboration. Elles devaient conduire inévitablement au ralentissement général de l’offensive. De leur côté, Peiper et le commandement allemand commirent également des erreurs dans la conduite des opérations.
Les conséquences du bombardement aérien allié du lundi 18 décembre furent largement sous-estimées. En effet, de 15 à 17 heures, les chasseurs-bombardiers P-47 Thunderbolt immobilisèrent la colonne allemande, permettant aux sapeurs du génie de faire sauter le pont sur La Lienne à Neufmoulin dans la montée vers Werbomont, interdisant la progression vers l’ouest. Sur la route de Stavelot à Trois-Ponts, les bombes creusèrent un profond cratère qui empêcha les Tiger du major von Westernhagen et les véhicules légers du major Knittel d’atteindre La Gleize avant le milieu de la nuit du 18 au 19 décembre. Le bombardement de la route à Lodomez généra un trou énorme dans la colonne. Cet arrêt, avant le passage du pont, permit aux fantassins américains du 117e régiment de prendre position dans la ville.
La VIe armée SS fut constituée à Paderborn durant l’automne 1944 au moyen de cadres fournis par des unités aguerries au combat, la plupart des hommes qui constituaient les unités de pointe de la 1re SS Panzer Division avaient de 16 à 20 ans et leurs officiers étaient à peine plus âgés qu’eux car on y trouvait des commandants de compagnie de moins de 25 ans. Ces jeunes ayant appartenu à la Hitlerjugend, furent éduqués dans un esprit de discipline et de dévouement total à leur chef. Dépourvus du sens des valeurs morales, du respect des biens et de la vie, ils partaient pour la grande aventure, à la conquête du monde avec un cœur empli de haine, d’esprit de revanche.
Ces jeunes soldats s’engageaient dans une guerre d’audace et de ruse en appliquant l’ordre de répandre la terreur sur leur passage ce qu’ils firent d’ailleurs avec une cruauté et une brutalité épouvantables comme s’ils en éprouvaient du plaisir. Les chefs, dépassés ou complices ont laissé faire.
Le fait d’évoquer les crimes odieux commis sur des civils innocents et de citer leurs noms dans le corps de ce volume risque de ressusciter de pénibles souvenirs chez nombre de familles concernées. Je les prie de m’en excuser mais se souvenir d’eux est une sorte d’hommage et de devoir à leur mémoire. Si j’ai cru bon de rappeler ces faits horribles, c’est pour qu’ils ne puissent être oubliés et que soient portés à la connaissance des générations actuelles et futures les actes odieux que des hommes sont capables de commettre.
*
Fin août, soit deux mois et demi après le débarquement des Alliés à l’aube du 6 juin (opération Overlord), on peut considérer qu’il n’y a plus de troupes allemandes en Normandie. Toutefois, de solides garnisons, retranchées dans quelques ports français, empêchent toujours l’utilisation de ces derniers, état de choses qui disperse les efforts des Alliés.
Le 13 septembre, le territoire de la Belgique est libéré.
À bout de souffle, les troupes alliées s’arrêtent sur les canaux du nord et au pied du West Wall ou ligne Siegfried à l’est.
Il faut réorganiser les unités, pourvoir au ravitaillement en essence et compléter les effectifs. Les lignes de communications étant devenues démesurées depuis la Normandie, il faut dégager au plus vite le port d’Anvers dont les installations portuaires sont tombées intactes le 4 septembre aux mains des Alliés. L’opération de dégagement des bouches de l’Escaut commence le 6 octobre et est menée par les Britanniques et les Canadiens. Après des combats meurtriers, le premier bateau entre à Anvers le 27 novembre. Les unités ravitaillées sont maintenant à même d’attaquer en direction de Cologne et du Rhin.
Suite à la terrible défaite subie en Normandie, des fortes pertes en hommes, de la destruction des usines de production, les Alliés estiment l’ennemi incapable de bouger actuellement et de s’opposer à la puissance alliée. Les Américains sont tellement persuadés que l’Allemagne est vaincue et la capitulation imminente qu’Eisenhower, pour renforcer ses divisions prêtes à envahir l’Allemagne, assume le risque de faire garder le front d’Ardenne et du Luxembourg (de Montjoie à Echternach), soit une distance de 120 à 135 km, par six divisions. Trois d’entre-elles (les 2e, 4e et 28e divisions d’infanterie) sont des troupes aguerries mais les trois autres (la 9e division blindée et les 99e et 106e divisions d’infanterie) sont novices et viennent d’arriver en Europe. Toutes ces grandes unités appartiennent à la Ire armée du général Hodges dont le QG (Quartier général) se trouve à Spa, ville d’eau qui est également le principal centre de repos et de détente des troupes américaines de ce front.
Pourtant, en face, si les Allemands semblent ne montrer aucun signe de grande activité depuis deux mois, que tout paraît calme et paisible, quelques sérieux avertissements ont déjà été donnés aux Alliés. Pendant cet automne 1944, les soldats allemands se sont défendus avec opiniâtreté sur tout le front. Il est patent qu’ils tiennent à défendre chèrement leur peau et ils l’ont prouvé lors du dégagement des bouches de l’Escaut, durant l’opération Market Garden en Hollande, soldée par un cuisant échec des troupes aéroportées alliées, et enfin lors des combats sanglants de la forêt de Huertgen, au sud d’Aix-la-Chapelle qui ont éreinté plusieurs divisions d’infanterie américaine.
*
Dès le 16 septembre, Hitler manifeste son intention de frapper fort dans les Ardennes et les préparatifs du plan commencent le jour même. Il croit qu’en obtenant un succès rapide sur le front occidental en cette fin d’année 1944, l’alliance des Alliés volera en éclats. Tout doit être subordonné à la surprise et à la vitesse d’exécution qui engendreront la panique et provoqueront l’effondrement de la défense américaine.
De son côté, Goebbels développe un sentiment de haine farouche chez les jeunes qui ont été élevés dans le national-socialisme et qui en sont intoxiqués en leur rappelant qu’ils doivent venger leurs familles écrasées sous les bombes alliées. Ils savent qu’Anglais et Américains veulent démanteler tout l’équipement industriel pour réduire les Allemands en un peuple pastoral et agricole.
À Bad-Nauheim, le 12 décembre 1944, s’adressant à ses généraux, Hitler parle d’une guerre sans vergogne et sans pitié dans laquelle l’Allemagne joue son existence ; une vague d’épouvante doit précéder l’offensive ; toute résistance doit être brisée par la terreur. Le jour précédant l’attaque, ces paroles sont rapportées à la troupe que chaque commandant d’unité commentera à sa façon. Ces jeunes combattront de façon farouche et sans pitié aucune. Le plan de base et les buts de l’attaque qui sont l’œuvre de Hitler en personne consistent à percer le front américain dans les Ardennes belges et le Luxembourg avec trois armées (5e, 6e et 7e), de traverser la Meuse aux environs de Huy–Amay en enveloppant le 21e groupe d’armées britannique et canadien ainsi que la IXe armée américaine et filer vers le nord pour capturer le port d’Anvers.
L’effort principal en revient à la VIe armée Panzer de Dietrich et particulièrement à la 1re SS Panzer Division, la Leibstandarte Adolf Hitler (LAH), du général Mohnke, qui appartient au 1er SS Pz Korps du général Priess. La LAH couvre le secteur sud de la VIe armée Panzer et borde donc celui de la Ve armée Panzer de von Manteuffel.
Le 1er SS Pz Korps se compose également de la 12e SS Pz Div, la Hitlerjugend du général Kraas, qui attaquera au nord de la 1re SS Pz et avancera sur l’axe général : Mürringen–Büllingen– Bütgenbach–Malmedy–Spa-Remouchamps-Esneux– La Meuse à l’est de Huy.
Le 1er SS Pz Korps compte en plus de ces unités la 12e division Volksgrenadier du général Engel et la 3e division parachutiste du général Wedehn qui ont pour mission d’ouvrir la voie aux deux divisions Panzer SS dans la région de Losheimergraben–Manderfeld.
Pour augmenter l’effet de surprise, Hitler a conçu deux opérations spéciales parallèles. La première du nom code Stösser est commandée par le colonel von der Heydte. Avec une force aéroportée de huit cents hommes partant de Paderborn, le colonel doit sauter de nuit dans les Fagnes pour s’emparer du carrefour de la Baraque Michel et couper les voies aux renforts qui descendraient du nord.
La deuxième opération spéciale appelée Greif (Griffon) est commandée par le lieutenant-colonel Skorzeny, à la tête de la 150e Panzer brigade forte de 3 300 hommes, tous volontaires. Cette brigade se compose de deux groupes distincts ayant des missions différentes :
• Le premier, constitué d’équipes de 3 à 4 hommes montés à bord de jeeps, revêtus d’uniformes américains, parlant anglais et utilisant du matériel et de l’équipement américains, doit s’infiltrer au plus vite derrière les lignes ennemies pour y semer le trouble, la confusion sous forme de coupure de lignes téléphoniques, de diffusion de faux ordres, de changement de tableaux de signalisation pour les unités de soutien logistique mais aussi pour recueillir des renseignements. Ces équipes ne doivent utiliser leurs armes qu’en cas d’absolue nécessité et encore à condition d’être revêtus, à ce moment-là, du seul uniforme allemand.
• Le second groupe, beaucoup plus puissant, constitué de trois Kampfgruppen équipés de véhicules blindés capturés ou maquillés, profitera de la trouée créée par les deux divisions SS Pz pour pénétrer dans le dispositif ennemi. Il filera alors, en fer de lance, et s’emparera des ponts de Huy, Amay et Engis sur la Meuse, les conservant intacts jusqu’à l’arrivée des blindés qui fonceront ensuite sur Anvers. Jusqu’à la Meuse, officiers et soldats porteront l’uniforme américain ; mais une fois sur la Meuse, ils combattront sous l’uniforme allemand.
La préparation de la 150e brigade ne s’effectue pas telle qu’elle a été conçue car parmi les volontaires, dix seulement parlent couramment l’anglais, quarante assez bien, cent cinquante sont capables de se faire comprendre, deux cents baragouinent et deux cents peuvent tout juste répondre Yes ou No.
La 150e brigade comprend finalement 2 000 hommes. Les meilleurs anglophones sont retenus pour la compagnie commando du capitaine Stielau. Les trois puissants groupes de combat X, Y, Z sont commandés respectivement par le capitaine Scherff, le lieutenant-colonel Wolf de l’armée et le lieutenant-colonel SS Hardieck. Du 15 au 16 décembre, le PC de la brigade est à Schmidtheim.
*
• Les déplacements et la mise en place des unités des trois armées allemandes en face des Américains se sont faits dans le plus grand secret. Au vu des circonstances dans lesquelles elles ont été accomplies, c’est une réussite complète pour l’état-major allemand.
• L’offensive qui doit être menée dans une vague de terreur et d’épouvante surprendra les faibles unités américaines établies sur un front de papier de soie (dixit le général Omar Bradley dans son livre Histoire d’un soldat) et l’exécution d’une pénétration rapide ne permettra pas l’envoi de renforts alliés avant que les troupes n’atteignent la Meuse.
• L’effet psychologique d’une attaque de grande envergure remontera le moral des militaires et du peuple allemand dont les villes sont ravagées par l’aviation alliée.
• L’espoir d’une désorganisation et d’un retournement stratégique chez les Alliés demeure toujours vif chez les Allemands.
*
1 – La lenteur de la formation de la colonne de la 1re SS Panzer Division dont les Kampfgruppen sont cantonnés dans les petits villages à l’est de Stadtkyll.
2 – Un ralentissement dû à l’obligation d’emprunter des routes étroites et boueuses qui rendent les dépassements difficiles en cas de panne de véhicules, les champs gorgés d’eau empêchant les blindés de s’y engager.
3 – Les deux divisions d’infanterie, à pied, seront-elles capables de créer rapidement une brèche dans les défenses alliées ? Leur artillerie hippomobile ne va-t-elle pas gêner l’avant-garde du Kampfgruppe de tête lorsque celui-ci la rejoindra d’où risque d’un piège à matériel ?
4 – Au cas où certains ponts seraient détruits, la montée des eaux et la vitesse du courant risquent de rendre les rivières infranchissables aux endroits guéables.
5 – L’amélioration des conditions climatiques permettrait l’intervention de l’aviation alliée.
En résumé, le succès de l’offensive allemande dépend avant tout de la rapidité de pénétration des Kampfgruppen de tête des 12e et 1re SS Panzer Division en vue d’occuper les points de franchissement sur l’Amblève, la Salm et l’Ourthe avant leur destruction par le génie américain et l’arrivée des renforts alliés.
*
La 12e division Volksgrenadier du général Engel possède seulement six canons blindés de 75 mm type Stu G. Sa mission est de s’emparer de Losheim et Losheimergraben, d’avancer ensuite le long de la N 32 et de la ligne de chemin de fer pour capturer Büllingen.
La 3e division parachutiste du général Wedehn constituée en majorité de personnel de la Luftwaffe ne possède aucun véhicule blindé. Sa mission est de s’emparer de Krewinkel,
Lanzerath, Manderfeld, Holzheim. Les deux divisions sont cantonnées dans les petits villages et dans les bois derrière la ligne Siegfried.
La 1re SS Pz Div est une unité dotée d’un esprit et d’une réputation à nuls autres pareils, qui a développé sa propre philosophie : ses hommes aiment le combat, comme s’ils le glorifiaient. Ils ont peu de considération pour leur propre vie comme pour celle des autres. Les jeunes qui viennent de compléter les effectifs veulent être dignes de leurs chefs qui ont combattu en 1939 en Pologne, en 1940 en France et ensuite durant plusieurs années en Russie.
Le général Mohnke a scindé sa division en quatre Kampfgruppen :
I – Le plus puissant est celui du lieutenant-colonel Peiper. Le KG Peiper aligne 72 chars commandés par le major Poetschke dont deux compagnies de Panther (36) et deux compagnies de Mark IV (36) auxquels on adjoint les 45 Köningstiger du 501e bataillon de chars lourds sous les ordres du major von Westernhagen venant du 1er SS Pz Korps. Ces chars sont bien protégés par une forte artillerie antiaérienne. Comme infanterie, Peiper dispose du 3e bataillon SS Panzer-Grenadier transporté sur SPW (Schützenpanzerwagen). Le bataillon est commandé par le major Diefenthal venant du 2e régiment SS Pz-Gren du lieutenant-colonel Sandig. Si Peiper possède tous les engins et le matériel nécessaires pour mener à bien sa mission, il lui manque toutefois un composant vital, il n’a pas d’éléments de pontage lourds pour ses chars. Il dispose seulement de quelques ponts d’assaut pour son infanterie car, comptant sur la surprise et la rapidité de progression de ses divisions SS, le haut-commandement a estimé que les ponts existants seraient capturés intacts et a donc jugé inutile d’ajouter des éléments lourds de pontage à la colonne mobile. Avec ses 117 chars, 149 semi-chenillés SPW, 18 canons de 105 mm, 6 canons de 150 mm, près de 40 pièces antiaériennes, 4 800 officiers et hommes de troupe, le KG totalise plus de 800 véhicules, Peiper se sent capable d’atteindre la Meuse dans les deux ou trois jours. Les unités du KG sont dispersées dans les petits villages et les bois autour de Blankenheim, à l’est de Stadtkyll. L’axe de progression planifié pour Peiper est le suivant : Losheim– Losheimergraben–Büllingen–Möderscheid–Ondenval– Ligneuville–Stavelot–Trois-Ponts–Werbomont–Hamoir– Tinlot–La Meuse à Huy et Ombret.
II – Le Kampfgruppe du lieutenant-colonel Sandig, KG Sandig, comprend le 2e régiment SS Pz-Gren (amputé du 3e bataillon du major Diefenthal, déjà fourni à Peiper). Avec ses deux bataillons SS de Pz-Gren sur camions plus ses compagnies antiaériennes de génie, la colonne de Sandig doit suivre celle de Peiper. Elle comprend 3 000 hommes et 400 véhicules.
III – Le troisième Kampfgruppe commandé par le lieutenant-colonel SS Hansen1 , KG Hansen, comprend le 1er régiment SS Pz-Gren à trois bataillons. Chaque bataillon a quatre compagnies transportées en camions.
Pour appuyer son infanterie, Hansen a reçu le 1er bataillon SS Panzerjäger avec 21 Jagdpanzer IV/70. Il dispose également de la 13e compagnie SS Panzer d’infanterie lourde avec cinq Bison plus la 14e compagnie SS Panzer antiaérienne avec 12 canons de 20 mm et la 15e compagnie SS du génie avec des ponts légers pour fantassins et canons d’assaut. Il possède encore une batterie tractée de 105 mm, le 1er bataillon de mortiers et 24 lance-fusées lourds (Nebelwerfer). Le KG Hansen possède plus de 4 500 hommes et 750 véhicules. L’itinéraire qui lui a été fixé passe par Krewinkel–Amel–Recht– Vielsalm–Lierneux–Werbomont.
IV – Le quatrième Kampfgruppe est le 1er bataillon blindé SS de reconnaissance du major Knittel, KG Knittel, appelé aussi le Schnelle Gruppe (groupe rapide). Il suit le KG Hansen mais lorsque la brèche sera faite au sein des lignes ennemies, le groupe peut le dépasser et foncer vers les ponts de la Meuse. L’adjoint de Knittel est le sous-lieutenant Stieve. Knittel a remplacé sa 1re compagnie par la compagnie QG du lieutenant Goltz. La 2e compagnie du lieutenant Coblenz est composée des quatre pelotons des sous-officiers Hilbert, Farny, Siebert et Jakob, équipés de SPW 251. La 3e compagnie du lieutenant Leidreiter dispose de 44 Schwimmwagen (voiture amphibie) et de 6 Puma (véhicule blindé à huit roues) avec un canon de 50 mm et une mitrailleuse de 7,95 mm. Le Puma est un véhicule rapide au diesel avec deux chauffeurs qui peut rouler aussi rapidement en avant qu’en arrière. Il peut atteindre les 80 km/heure. Il utilise du diesel. La 4e compagnie du lieutenant Wagner a quatre mortiers de 120 mm, 3 canons de 150 mm et 3 SPW ATK de 75 mm. Le KG Knittel a été renforcé par la 5e batterie SS tractée de 6xl05 mm du lieutenant Butschek et par la 2e compagnie SS de génie du lieutenant Unglaube transportée en camions. La colonne est composée de plus ou moins 1 500 hommes et de 150 véhicules.
Le général Mohnke conserve son 1er régiment d’artillerie avec 16 canons de 150 mm et 4 canons de 100 mm à longue portée plus son 1er bataillon Flak et les éléments logistiques divisionnaires prêts à intervenir auprès des différents Kampfgruppen. L’ensemble constitue environ 6 000 hommes et 1 000 véhicules. Le front d’attaque de la 1re SS Pz Div couvre la région entre Büllingen et Saint-Vith.
Forces américaines dans le secteur d’attaque de la 1re SS Panzer Division du nord au sud :
La 99e division d’infanterie du général Lauer forme l’aile droite du 5e corps du général Gerow dont le QG est à l’institut militaire d’éducation physique à Eupen. La 99e défend un front de 25 kilomètres de Montjoie à Losheim et son QG est à Bütgenbach. C’est dans cette localité que Marlène Dietrich doit donner un spectacle le 15 décembre au soir, ce qui prouve bien que l’on ne craint rien dans cette région. L’unité qui couvre la partie sud de la division est le 394e régiment du colonel Riley. Il est déployé de Neuhof jusqu’au nord de Losheim en plein sur la route du KG Peiper. Son 1er bataillon, celui du lieutenant-colonel Douglas, est à Losheimergraben. Le 2e bataillon du lieutenant-colonel Wertheimer est sur sa gauche tandis que le 3e bataillon du major Moore est tenu en réserve à la gare de Buchholz avec deux canons de 75 mm du 801e bataillon Tank Destroyer (TD), neuf autres canons sont déployés autour du centre de repos régimentaire de Honsfeld occupé par plus de cent hommes. Le régiment est appuyé par trois bataillons d’artillerie de 105 mm et un bataillon de 155 mm.
Tout au sud du secteur divisionnaire, se trouve le peloton reconnaissance du lieutenant Bouck en position sur une hauteur à la sortie ouest du village de Lanzerath. Il y retrouve le lieutenant Arculeer à la tête du peloton reconnaissance du 820e bataillon TD avec quatre TD tractés en renfort au 14e groupe de cavalerie du colonel Devine.
Avec son seul 18e escadron de 450 hommes en ligne, le colonel Devine est chargé de tenir un front d’une largeur de dix kilomètres entre la 99e division d’infanterie du 5e corps et la 106e division d’infanterie du général Jones couvrant la partie nord du 8e corps du général Middleton dont le quartier-général est à Bastogne. Les troupes du 18e escadron de cavalerie sont éparpillées de Lanzerath à Kobscheid dans les villages de Manderfeld, Merlscheid, Berterath, Afst, Krewinkel, Weckerath, Roth et Kobscheid.
L’escadron est équipé de M8 Greyhound, véhicules blindés à roues, et de M3 Stuart, chars légers, équipés d’un canon de 37 mm, renforcé par 12 TD tractés de la compagnie A du capitaine Nash du 820e bataillon TD, plus 18 obusiers autopropulsés de 105 mm du 275e bataillon d’artillerie établis à quatre kilomètres à l’ouest de Manderfeld. Le 18e escadron avec ses renforts et ses armes en appui se trouve directement sur le chemin de la 3e division de parachutistes allemands qui ouvre la voie à la 1re SS Pz Division.
Au sud de ce secteur divisionnaire, on trouve la 106e division d’infanterie qui occupe un front de vingt kilomètres jusqu’à la pointe nord du Grand-Duché de Luxembourg.
Légèrement derrière ces unités, dans la partie nord, on trouve un peloton de TD du 801e bataillon TD à Büllingen et le puissant groupement blindé B du général Hoge de la 9e division blindée au sud de Faymonville. À la sortie sud-ouest de Büllingen bivouaque le 254e bataillon génie du 5e corps à proximité de deux pistes d’atterrissage possédant chacune une douzaine de Stinson L5 Sentinel, petits avions d’observation des 2e et 99e divisions d’infanterie. À Büllingen, se trouvent également les unités administratives et de soutien de ces deux divisions.
À partir du 20 novembre 1944, la population liégeoise ainsi que celle de ses arrondissements (Liège, Huy, Verviers, Waremme) va vivre d’affilée trois cents heures de cauchemar, de terreurs, de ruines et de deuils.
Ce sont des bombes volantes, appelées robots, qui vont semer la panique parmi la population. Le jour, on les voit arriver pétaradant comme une moto et traînant une flamme à leur derrière, ce qui permet de les repérer la nuit, et quand le moteur s’arrête, elles tombent provoquant de gigantesques cratères ou des dégâts énormes aux habitations.
Un peu plus à l’arrière, le 3e peloton du 47e hôpital de campagne est installé à l’école de Bütgenbach et le 1er peloton à Waimes.
À Ligneuville, la 49e brigade antiaérienne du général Timberlake a pour mission d’abattre les bombes volantes V1 visant les dépôts situés à l’ouest.
Les unités encore disponibles dans la région sont des bataillons de génie de combat du 1111e groupe commandé par le colonel Anderson qui dépend directement de la Ire armée à Spa. Anderson a établi son QG à l’hôtel Crismer à Trois-Ponts. Le 1111e groupe rassemble quatre bataillons qui sont installés dans la zone de la Ire armée. Chaque bataillon compte environ 450 hommes qui, en plus de leur formation génie, ont reçu une solide instruction de fantassin. Le 51e bataillon du lieutenant-colonel Frazer, avec le major Yates comme commandant en second, est à Marche, le 296e à Sourbrodt et le 300e à Pont-de-Bonne près de Modave. Plus près du QG d’Anderson se trouve le 291e bataillon du lieutenant-colonel Pergrin dont le QG est installé au château Godin à Haute-Bodeux à quelques kilomètres au nord de Trois-Ponts. Les compagnies de Pergrin sont dispersées comme suit : la B est à Malmedy, la C occupe le château de Froidcour entre La Gleize et Stoumont et la A est en partie à Werbomont avec un peloton à Grand-Halleux et deux pelotons à Born au groupement blindé B de la 9e division blindée. Dépend également du colonel Anderson la compagnie C du lieutenant Chinlund du 202e bataillon qui vient d’être transféré de la IIIe armée et qui est au repos à Stavelot. Les compagnies communiquent entre elles grâce au poste SCR-300 dont la portée est d’environ de 3 à 5 kilomètres suivant le terrain. La liaison avec le bataillon se fait en phonie par le poste SCR-284 sur une distance d’une quinzaine de kilomètres. À Bütgenbach, se trouve encore la 269e compagnie de génie et à Malmedy la 962e compagnie de maintenance avec le 44e hôpital de compagne.
D’autres unités sont également à Stavelot comme le dépôt de cartes de la Ire armée, la 897e compagnie de maintenance de poids lourds et un détachement du 518e bataillon Military Police (MP). De gros dépôts de carburant sont installés au nord de Stavelot dans les bois le long de la route de Francorchamps et au sud de Spa. Ils sont gardés par les hommes du 5e bataillon de fusiliers belges sous les ordres du capitaine Burniat.
De toutes les unités présentes, seul le groupement blindé B de la 9e division blindée peut s’opposer aux panzers. Si les conditions météorologiques s’améliorent, l’aviation peut ralentir la progression ennemie. Reste la démolition des ponts par les unités du génie. Le premier point de franchissement important est le pont de pierre sur l’Amblève à Stavelot que les Allemands n’ont pas fait sauter lors de leur retraite en septembre 1944.
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1. Dans ce récit des massacres opérés lors de la percée de Peiper dans les Ardennes, on va trouver trois personnages portant le même patronyme il s’agit : du lieutenant-colonel SS Hansen commandant le Kampfgruppe Hansen (KG Hansen), du lieutenant-colonel Hansen commandant une Task Force (TF) américaine et du lieutenant Hansen de la compagnie B du 743e bataillon Tk.
Dans les villages, les habitants et les militaires américains dorment paisiblement, quelques sentinelles veillent.
En Allemagne, l’aérodrome de Paderborn est en pleine effervescence. L’opération Stösser est déclenchée aux petites heures. Quelques 40 Junkers
