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Alex a une faculté très particulière, un pouvoir, celui de voir les âmes des êtres vivants autour de lui. Il va tenter d'utiliser ce don pour aider à retrouver une personne disparue...
« Je m'appelle Alex, j'ai 14 ans et je vois les âmes. Attention ! Je ne parle pas de fantômes. Je vois les âmes des êtres vivants autour de moi. Nul ne le sait. Nul ne me croit. Un jour, pourtant, on me demande d'utiliser ce don pour retrouver une personne disparue. Je suis loin de me douter de l'aventure qui se prépare, ni des rencontres, belles ou inattendues, que ce drôle de jeu implique. Je vais garder le sens de l'humour, ça me sauvera peut-être... »
Le lecteur d'âmes est une histoire palpitante que l'on peut dévorer dès 12 ans mais sans aucune autre limite d'âge. En effet, ses différents niveaux de lecture en font un ouvrage également fort apprécié des adultes. Refusant de se cantonner à un genre en particulier, il mêle habilement le suspense, le fantastique, le policier et l'humour. Écrit en grande partie au présent et à la première personne, il se lit très facilement grâce à ses chapitres courts et dynamiques.
Lauréat d'un prix des Lycéens, « Premières a(r)mes » est le premier tome d'une trilogie qui se poursuit avec « L'ombre du sept ».
Un roman fantastique palpitant, plein d'aventures, d'humour et de rencontres, que l'on peut dévorer dès 12 ans mais sans aucune autre limite d'âge !
EXTRAIT
De toute façon, c’est elle.
Malgré tout ce que j’ai lu sur le sujet, j’ai vraiment l’impression que la transmission est purement aléatoire. Quand j’aurai le temps, j’approfondirai cette théorie.
Bouge-toi, Alex ! Arrêt demandé !
Nous sommes cinq à descendre. Je laisse passer deux personnes entre elle et moi. Elle tourne à gauche entre deux immeubles, s’approche d’un troisième. Ouvre-porte à code numérique. Elle entre. Elle prend son courrier en passant. J’observe. Quatrième boîte aux lettres de la deuxième ligne. Elle disparaît au fond du hall.
J’attends.
Un petit caniche promenant une mamie aussi frisée que lui s’approche de l’entrée. Je saisis l’occasion.
La promenée tape laborieusement ses quatre chiffres.
Je m’approche, lui offre mon sourire « gentil garçon bien élevé » et lui tiens la porte. Les grands-mères à toutou adorent ça.
Je suis dans la place.
Pas de carnet, mon agenda le remplacera.
Un stylo. Je note : F. Varèse, J. Colas. Deux noms sur la boîte. Concubinage ou enfant à charge ?
Soudain, je sursaute. On vient de me taper sur l’épaule.
— Salut ! Tu es nouveau ici ? Tu habites l’immeuble ?
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Ça sonne juste d’un bout à l’autre, je n’ai relevé aucune fausse note, aucune lourdeur. C’est une chose suffisamment rare dans les premiers romans [...], preuve d’un réel talent de l’auteur et du sérieux de l’éditeur. - Blog Lecturepassion
À PROPOS DE L'AUTEUR
Alain Manuelle est pianiste, chanteur et compositeur. À la naissance de ses filles, il écrit des contes qu'il présente avec succès dans les écoles de métropole et d'outre-mer. De la chanson au conte et du conte au roman, il n'y a que deux pas, franchis allégrement par cet artiste aux multiples talents.
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Seitenzahl: 189
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Table des matières
Résumé
Prologue
Onze ans auparavant
Livre I
1. Fin des cours et filature
2. Rencontre irisée
3. Même jour, même heure, autre lieu
4. Sport et sueur
5. Retour au bercail
6. Neuf ans auparavant
7. Rendez-vous
8. Tact et contact
9. Déjeuner
10. Au secours
11. Quatre ans auparavant
12. Pompiers 18, Police 17
13. Les coups et les douleurs
14. Longs cours et courte visite
15. Sans coup férir
16. Bip et paf
17. Trois ans auparavant
18. L’art de détourner les questions
19. Rapport de police, agent Sophie Bringer
20. Cours d’eau et court dodo
21. Enfin !
22. Test attesté et contesté
23. Autosatisfaction
24. Testament
25. Confiance et confidences
26. Notes d’enquête, agent Sophie Bringer
27. Images et ménage
28. Flou de notaire
29. Aspirateur et soupirant
30. Rapport de police, agent Sophie Bringer
Livre II
1. Départ breveté
2. Père en mer
3. Rossignol du matin
4. Message et mensonge
5. Fée au logis
6. Voyage
7. Extrapolation
8. Points d’interrogations
9. Autre point d’interrogation
10. Voyage, voyage
11. Journal de Christine Garnel (extrait)
12. Équidés et mauvaise idée
13. Encore un point d’interrogation
14. Voyage, voyage, voyage
15. Contrôle hippique
16. Arrêt au port
17. Coup de fil
18. Palefrenier d’un jour
19. Mise en boîte
20. L’image et leçons
21. Expectative
22. Images et émotions
23. Extinction des feux
24. Silence on retourne
Livre III
1. Maux et animaux
2. Cachet de la poste et Facteur Cheval
3. Intrigues
4. Informatique-tac-tic-tac…
5. Marié ?
6. Mariée ?
Livre IV
1. Assurance vie
2. En voiture
3. En voiture aussi
4. Tartiflette et voix mielleuse
5. Troll ou yéti
6. Vous êtes arrivés à destination
7. Poulette mouillée
8. La belle au chalet dormant
9. Lumineux alibi
10. Chaleur d’hiver
11. Boum, boum, badaboum
12. Saint-Bernard4
13. Pales et pâleur
14. Envolée
Épilogue
Dans la même collection
À paraître prochainement
« Je m'appelle Alex, j'ai 14 ans et je vois les âmes. Attention ! Je ne parle pas de fantômes. Je vois les âmes des êtres vivants autour de moi. Nul ne le sait. Nul ne me croit. Un jour, pourtant, on me demande d'utiliser ce don pour retrouver une personne disparue. Je suis loin de me douter de l'aventure qui se prépare, ni des rencontres, belles ou inattendues, que ce drôle de jeu implique. Je vais garder le sens de l'humour, ça me sauvera peut-être... »
« Le lecteur d'âmes » est une histoire palpitante que l'on peut dévorer dès 12 ans mais sans aucune autre limite d'âge. En effet, ses différents niveaux de lecture en font un ouvrage également fort apprécié des adultes. Refusant de se cantonner à un genre en particulier, il mêle habilement le suspense, le fantastique, le policier et l'humour. Écrit en grande partie au présent et à la première personne, il se lit très facilement grâce à ses chapitres courts et dynamiques.
Lauréat d'un prix des Lycéens, « Premières a(r)mes » est le premier tome d'une trilogie qui se poursuit avec « L'ombre du sept »
Alain Manuelle est pianiste, chanteur et compositeur. À la naissance de ses filles, il écrit des contes qu'il présente avec succès dans les écoles de métropole et d'outre-mer. De la chanson au conte et du conte au roman, il n'y a que deux pas, franchis allégrement par cet artiste aux multiples talents.
Alain Manuelle
Le Lecteur d’âmes
Tome 1 : Premières a(r)mes
Roman fantastique
ISBN : 9782378736521
Collection : Aventures
ISSN : 2104-9696
Dépôt légal : avril 2019
© Couverture Annabel Peyrard pour Ex Æquo
© 2019 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays
Toute modification interdite
Éditions Ex Æquo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières Les Bains
Journal de Christine Garnel (extrait)
25 décembre
Alexis a fêté son premier Noël d’enfant scolarisé. Pierrick et moi avions souhaité un réveillon magique pour notre fils.
Mon beau-frère s’était proposé pour jouer le « bonhomme rouge ». Contrairement aux panoplies à quatre sous des grandes surfaces, le déguisement de location était parfait, des bottes au capuchon, en passant par le faux ventre, la grosse ceinture, les petites lunettes rondes et la barbe bouclée.
Alexis a marqué un temps d’arrêt devant notre visiteur. Je lui ai demandé s’il avait peur. Il m’a répondu :
— Non, mais je ne savais pas que le père Noël c’était tonton Jérôme.
— Pourquoi dis-tu ça ?
— Parce que je le reconnais. Il est déguisé, mais il a quand même ses couleurs autour de lui.
***
Trois mois à chercher sans rien trouver. Et là, juste à la sortie du collège, je tombe sur elle.
Aucun doute possible, évidemment.
Elle quitte le centre-ville en longeant le Doubs, la rivière qui donne son nom à notre département et décrit l’une de ses plus jolies boucles dans ma ville, la préfecture aux sept collines. Je lui emboîte le pas. Pour l’instant, j’ai simplement l’air d’un garçon de quatorze ans qui rentre chez lui. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Je me dirige à l’exact opposé de mon domicile et j’ai pris en filature une parfaite inconnue. J’espère qu’elle va continuer à pied. Si je la perds maintenant, je ne retrouverai peut-être pas sa trace avant six mois.
Des voitures en stationnement sur la droite. Elle ralentit le pas, fouille dans son sac. Si elle sort des clés de bagnole, c’est foutu.
Sa main réapparaît. Je n’arrive pas à voir ce qu’elle tient.
Si ! Ouf, pas de trousseau, mais un paquet de cigarettes. Mauvaise habitude. Il serait bien qu’elle songe à s’arrêter.
Je commence à avoir mal aux épaules. Comme par hasard, ça tombe un mardi, le jour où mon cartable est le plus lourd. Ah ! Elle ralentit.
Pas prévu non plus l’arrêt de bus.
J’inspecte mes poches.
Pas de ticket. Pas la moindre monnaie. Pas mon style de frauder, mais pas vraiment le choix.
Crissement de freins. Elle jette sa clope. Notre taxi-cinquante-places aux couleurs de la Société de Transport Bisontine stoppe dans une odeur de gas-oil. Étrange pour un véhicule qui clame en lettres capitales : « Je roule au gaz naturel ! » Un staccato de pot d’échappement attire mon oreille. Mon regard suit et je découvre la véritable arme de pollution massive. Une antique camionnette qui ne passera probablement pas le prochain contrôle technique.
Le transport aux vertus écologiques ouvre ses portes. J’entre en essayant de la jouer façon « j’ai ma carte ». Je trouve un siège pas trop près de ma cible, mais d’où je peux enfin la détailler plus tranquillement.
Je lui donne entre trente et trente-cinq ans. Difficile à dire, son maquillage n’étant pas spécialement flatteur. Elle pourrait certainement être jolie si elle tentait moins d’expériences picturales pour se rendre belle.
De toute façon, c’est elle.
Malgré tout ce que j’ai lu sur le sujet, j’ai vraiment l’impression que la transmission est purement aléatoire. Quand j’aurai le temps, j’approfondirai cette théorie.
Bouge-toi, Alex ! Arrêt demandé !
Nous sommes cinq à descendre. Je laisse passer deux personnes entre elle et moi. Elle tourne à gauche entre deux immeubles, s’approche d’un troisième. Ouvre-porte à code numérique. Elle entre. Elle prend son courrier en passant. J’observe. Quatrième boîte aux lettres de la deuxième ligne. Elle disparaît au fond du hall.
J’attends.
Un petit caniche promenant une mamie aussi frisée que lui s’approche de l’entrée. Je saisis l’occasion.
La promenée tape laborieusement ses quatre chiffres.
Je m’approche, lui offre mon sourire « gentil garçon bien élevé » et lui tiens la porte. Les grands-mères à toutou adorent ça.
Je suis dans la place.
Pas de carnet, mon agenda le remplacera.
Un stylo. Je note : F. Varèse, J. Colas. Deux noms sur la boîte. Concubinage ou enfant à charge ?
Soudain, je sursaute. On vient de me taper sur l’épaule.
— Salut ! Tu es nouveau ici ? Tu habites l’immeuble ?
***
Dans ma vie, j’en ai vu de toutes les couleurs. Au sens propre du terme. Mais là, c’est carrément exceptionnel.
Imaginez le rendez-vous d’une aurore boréale et d’un arc-en-ciel et vous serez encore largement en dessous de l’effet produit.
Je contemple le spectacle et perds la notion du temps.
— Tu as le droit de fermer la bouche ! Tu peux aussi dire bonjour. Moi, c’est Johanna.
— Euh… Alexis. Mais tout le monde m’appelle Alex.
Un énorme effort de concentration me permet de la regarder comme le ferait quelqu’un de normal.
Les cheveux sont châtain clair, coupés au carré, les yeux noisette.
Un cartable qui aurait pu être le mien, abstraction faite du petit cœur en tissu pendu à la fermeture de la poche latérale.
Collégienne aussi, mais probablement en cinquième ou quatrième.
Habillée plutôt cool et pas trop fifille. Jeans et baskets. Pas des fringues de marque, mais bien choisies et bien portées.
Elle interrompt mon examen :
— J’appelle l’ascenseur. Tu montes à quel étage ?
— Euh… En fait, je viens d’emménager dans le quartier et je me suis trompé d’immeuble. Je dois y aller. À plus.
Je sors sans me retourner.
Génial Alex. « Je me suis trompé d’immeuble ». Déjà l’air débile en découvrant ses couleurs, et maintenant l’excuse la plus nulle que j’aie jamais entendue. Elle doit me prendre pour le roi des demeurés.
***
Paris. Bureau de Jack Fischer
— Enfin Clotilde ! Ça n’a aucun sens. Mon oncle est mort le 2 mars, nous sommes le 3 juin, je suis son seul héritier et son imbécile de notaire ne veut rien me dire.
La secrétaire particulière aux ongles manucurés minauda.
— Je suis désolée. Apparemment, c’est une clause additionnelle qui retarde l’ouverture du testament. Maître Duclos a promis de vous tenir au courant personnellement. Il vous a simplement conseillé de patienter un peu.
Jack tempêta en cognant du poing sur le bureau d’acajou massif.
— Je n’ai pas les moyens d’attendre !
Il réprima une grimace de douleur. Avec tous ses problèmes actuels, il ne lui manquait plus qu’une phalange cassée.
Il rajusta sa cravate sur sa chemise à fines rayures et empocha les clés de la Mercedes.
— Si on me demande, je ne suis pas joignable. Prenez les messages.
Jack Fischer se prénommait en réalité Jean-Jacques, mais il admirait les financiers américains, presque autant que les voitures allemandes.
Trente-huit ans, plutôt bel homme, un physique entretenu par la fréquentation régulière d’une salle de gymnastique avec coach privé, il collectionnait tout ce qui pouvait impressionner ses compatriotes. Il aimait le luxe et changeait de girl-friend — petite-amie sonnait trop français — aussi souvent que de véhicule.
— Bonjour Monsieur. Vous avez rendez-vous ?
Jack bascula immédiatement en mode « sourire commercial personnalisé ».
— Pour tout vous dire, Mademoiselle, avant de passer cette porte, j’espérais rencontrer maître Duclos. Mais je viens à l’instant de changer d’avis. Êtes-vous libre pour dîner ?
Manœuvre d’approche, alternance d’humour et de sérieux. Déstabilisant et efficace.
— Je plaisantais, bien sûr !
Il nota avec plaisir une très légère déception sur le visage de la jeune femme. Il poursuivit :
— En fait, je voulais vous inviter à déjeuner demain midi. Ne répondez pas tout de suite. Je vous laisse ma carte. Je vous rappelle dans la matinée.
Sur un dernier sourire « cinquante-quatre dents », il tourna les talons et quitta le bâtiment.
***
Malgré leur entraînement, les deux hommes transpiraient à grosses gouttes. L’aquarium dépourvu d’eau dans lequel ils évoluaient semblait fragile au vu de leur masse respective. Chaque coup porté ajoutait une marque sur le mur et parfois sur l’une des trois parois de plexiglas.
Chacun tentait de mettre son adversaire en difficulté.
L’espace dévolu à leur combat était clos. Un ring sans cordes. Un dojo sans tatami. Une arène sans sable chaud.
Un cours de squash.
Les deux hommes frappaient la balle de caoutchouc avec plus de force que de technique. Ce n’étaient pas des professionnels de ce sport, mais ils s’y adonnaient avec une belle ardeur. Le plus grand asséna à la petite sphère une claque monumentale qui la fit rebondir sur le mur frontal, puis successivement sur la paroi de gauche et sur la vitre arrière. Ce dernier rebond la mit hors de portée de l’autre joueur qui effectua un plongeon désespéré pour l’atteindre.
En vain.
Cette inutile figure acrobatique eut pour conséquence une exclamation victorieuse de son adversaire.
— J’ai gagné, Éric. Ce soir, c’est toi qui m’invites, et la pizza sera énorme.
— Pas de problème, Pierrot. Mais tu me dois une revanche.
Ils rejoignirent les vestiaires en commentant les points les plus spectaculaires du match qu’ils venaient de disputer. Ils sortirent chacun d’un casier verrouillé leur sac de sport contenant serviette et autre gel douche. Quelques minutes plus tard, propres et secs, ils rallumaient d’un même geste leur téléphone portable. Ils se serrèrent virilement la main à la façon de certains sportifs : la main haute, pouce vers l’arrière, et les avant-bras à angle droit.
— Salut Pierrot. À ce soir.
— Dommage de devoir bosser cette nuit, on ne pourra même pas arroser la pizza au Chianti.
— Ne t’inquiète pas, on picolera une autre fois. Quand je t’aurai battu et que ce sera ton tour de payer.
***
Marche à pied et quelques foulées au pas de course pour rentrer. À chaque secousse, la lanière de mon cartable me scie l’épaule. Je suis en retard, mais j’ai la chance d’avoir des parents qui me laissent une certaine liberté, tant que mes résultats scolaires sont satisfaisants.
Je passe dans l’ordre : la porte d’entrée, la tête dans le bureau de ma mère « Je suis là ! », et la main dans les cheveux de ma petite sœur « Salut Grenouille ! ».
Tout le monde est occupé.
J’attrape le téléphone, extirpe une carte de visite légèrement cornée de mon portefeuille et compose un numéro.
On décroche. Je me présente.
— Alexis Garnel. Je ne vous dérange pas ?
— Non, je sors d’un squash avec un collègue.
— Vous avez gagné, au moins ?
— Bien sûr, mais de justesse, cette fois-ci. Il progresse, l’animal !
Cet échange de politesse terminé, j’en viens au but de mon appel.
— Je l’ai trouvée.
— Bonne nouvelle ! Tu peux passer demain ?
— Même endroit ?
— Même endroit. 11 heures 30 ?
—Pas de problème.
Je raccroche.
— Tu vas où demain ?
— Combattre un dragon qui crache du feu.
— Même pas vrai.
— Tu as raison. Mais maintenant, je pars à la chasse à la grenouille.
La petite chipie tente de se sauver. Je l’attrape, la jette sur le canapé et me lance dans une opération chatouille.
Assez grande pour ses huit ans, Armelle est d’une curiosité insatiable. Seule une séance de rigolade peut chasser de son esprit la question qu’elle vient de poser. Elle adore les histoires de princesses et de sorcières, de grenouilles qui se transforment en princes charmants. Je ne me souviens plus de la dernière fois où je l’ai appelée par son prénom.
— C’est ton jour de chance, Rainette, ce soir c’est moi qui t’aide pour tes devoirs.
***
Journal de Christine Garnel (extrait)
4 mai
Je ne crois pas à la voyance. Je ne crois pas non plus aux prémonitions. Je n’apprécie le paranormal que dans les romans, à condition que les ficelles ne soient pas trop grosses.
Mais, ce matin, sur le chemin de l’école, mon fils de cinq ans m’a demandé :
— Maman, le bébé que tu as dans le ventre, c’est un petit frère ou une petite sœur ?
La question n’avait rien en soi d’exceptionnel. Tous les enfants sont susceptibles de la poser un jour. Mais en l’occurrence, je n’ai que quatre jours de retard de règles, et je n’en ai même pas encore parlé à mon mari.
***
Mercredi, 11 h 25
Je pousse la porte du petit café. L’enseigne proclame « Chez Colette », et c’est Ludivine qui essuie les verres derrière le comptoir. Lorsqu’on lui demande qui était Colette, elle répond que, déjà à l’école, elle était nulle en histoire.
Je commande une boisson américaine à la composition ultrasecrète. Quatre consonnes, quatre voyelles, séparées au milieu par un tiret. J’emporte le liquide gazeux et vais m’asseoir à une table au fond du bar. Je pense à mon prof de sciences qui trouverait certainement paradoxale l’expression « liquide gazeux », protestant que les deux états sont difficilement compatibles.
J’en suis là de mes réflexions scolaires lorsque la silhouette d’Hagrid obstrue la porte d’entrée. Il s’appelle en réalité Pierre, mais je me sens tellement petit à côté de lui que je n’ai pas pu m’empêcher de l’affubler de ce surnom.
Il demande un expresso, remercie Ludivine, et escamote sous sa masse de muscles une chaise qui ne s’imaginait sans doute pas conçue pour un tel exercice. Il plante ses yeux dans les miens :
— Alors Alex, tu l’as vraiment repérée ?
***
Mercredi, 11 h 30
Jack s’examina une dernière fois dans la glace, redressa de quelques millimètres son nœud de cravate et consulta la Rolex qui brillait à son poignet. La jeune clerc de Maître Duclos avait, comme prévu, accepté son invitation. Le restaurant où il avait réservé pratiquait des tarifs indécents, mais le prix à payer n’était rien comparé à la valeur du renseignement qu’il espérait obtenir de la belle.
***
Je bois une gorgée de coca avant de répondre à Pierre-Hagrid :
— Non seulement je l’ai repérée, mais je sais où elle habite.
Je lui tends la feuille arrachée à mon agenda et ajoute :
— Apparemment, elle ne vit pas seule, il y a deux noms sur la boîte.
— Si tu n’as rien de prévu cet après-midi, on peut se retrouver devant ton collège et lui rendre une petite visite.
— Et on lui dit quoi ?
— Rien pour l’instant, on prend contact. J’ai ma carte professionnelle, on se présente comme réalisant une étude sur la sécurité.
— Et moi ?
— Tu prépares un exposé sur ce sujet dans ton collège. Et tu suis ton gentil tonton dans son travail.
Je finis mon verre et acquiesce :
— OK ça se tient. 14 heures devant le bahut ?
— Plutôt 16 heures. J’ai promis à ma mère de manger avec elle et la cérémonie du café peut durer un moment.
Je souris intérieurement en imaginant cette montagne humaine rendant visite à sa maman.
Je sors mon portefeuille.
Il m’arrête d’un geste :
— Laisse, c’est pour moi ! S’il était encore parmi nous, le patron serait très fier de toi.
— Si votre patron était encore vivant, il n’aurait pas besoin d’être fier de moi.
Son large visage s’éclaire.
— Tu as raison ! Bon, je dois appeler le notaire avant qu’il ne quitte son étude. Rentre chez toi. Bon appétit et à tout à l’heure.
Je sors du bar sur un dernier signe de la main. Il a déjà l’oreille collée à son portable.
***
Le restaurant était plein, mais l’espace entre les tables, l’éclairage tamisé, ainsi que la discrétion de l’armée de serveurs, sommeliers, chefs de rang et autres maîtres d’hôtel, incitaient aux confidences.
Jack Fischer ne dévoilait jamais rien de lui. Il dissimulait sa véritable personnalité derrière un paravent de faux souvenirs d’enfance, empruntés à des camarades de collège et de lycée. Il puisait dans ce réservoir d’anecdotes pour amuser ou émouvoir son auditoire, jonglant adroitement entre les petits malheurs et la fragile insouciance d’une vie romancée selon la personnalité de ceux ou celles qu’il souhaitait charmer.
— Parlez-moi plutôt de vous. Par quel miracle croise-t-on une aussi jolie jeune femme dans un austère cabinet notarial ?
— La jolie jeune femme traite d’austères affaires notariales, après avoir suivi d’austères études notariales !
Il baissa les yeux dans une parfaite imitation de gentleman pris en flagrant délit de machisme.
— Pardonnez-moi, je réalise seulement ce que ma question peut avoir de sexiste. Je ne doute pas de votre intelligence ni de votre volonté de réussir dans votre métier. J’essayais juste, maladroitement j’en conviens, de rendre hommage à votre beauté.
D’attendrissantes histoires de gamins. Une erreur calculée. Des excuses immédiates et vibrantes de sincérité. Jack maîtrisait parfaitement son rôle. Il vit son invitée se détendre et comprit qu’en se montrant habile, il pouvait à présent orienter la conversation vers le seul sujet qui l’intéressait vraiment : le testament de son oncle.
***
Le bon gros géant (merci Roald Dahl) m’attend devant la grille du collège. Il m’ouvre la portière passager de son Patrol GR. Je lui ai déjà servi le couplet sur les quatre-quatre pollueurs, il m’a rétorqué que ce sont les seules voitures qui supportent son poids. En clignant malicieusement de l’œil, je le questionne :
— Spaghettis Bolognaise chez maman ?
— Pourquoi dis-tu ça ?
— La tache de sauce tomate sur le poignet de votre chemise.
Il éclate d’un rire monumental.
— Bravo gamin. J’ai bien cru qu’en plus de ton autre talent tu étais devenu devin !
Sept minutes nous suffisent pour couvrir le trajet qui m’en avait demandé presque vingt la veille.
Pierre trouve une place de parking pas trop loin de l’entrée. En claquant la portière, je jette un regard aux alentours. Une petite boule s’est formée au creux de mon estomac. Aucune trace de la fille d’hier. Je suis à la fois soulagé et déçu.
Lorsque le doigt du colosse s’approche de l’interphone, je me demande sur combien de boutons il va appuyer en même temps. Il réussit à n’en enfoncer qu’un. Nous attendons. Nous sommes presque prêts à tourner les talons lorsque nous percevons un grésillement, suivi d’une voix quasiment inaudible :
— S’il vous plaît ! Aidez-moi !
Un déclic dans la serrure automatique nous signale qu’elle est déverrouillée. Mon compagnon prend la direction des opérations.
— Deuxième étage ! On ira plus vite par l’escalier !
Je peine à le suivre dans son ascension et arrive essoufflé devant l’appartement. La porte est fermée, mais ne résiste pas au coup d’épaule d’Hagrid. Sur la droite, à environ un mètre du chambranle, j’aperçois la femme que je filais il y a à peine vingt-quatre heures étendue sans connaissance.
Elle a dû puiser dans ses dernières forces pour répondre à notre coup de sonnette.
— Alex ! Tu appelles les pompiers ! Je vérifie qu’elle est vivante.
J’attrape le téléphone et compose le dix-huit. Je donne l’adresse en précisant :
— Elle est enceinte, il y a aussi un bébé à sauver.
En prononçant cette phrase, je me tourne machinalement vers la porte d’entrée. Elle se tient debout sur le seuil. Le contraste entre ses couleurs sidérantes et la colère que je lis dans ses yeux me frappe comme un direct à l’estomac. Johanna me fixe et son regard est tout sauf amical :
— Un bébé ? Quel bébé ? Qui vous a laissé entrer ? Où est ma mère ?
***
Journal de Christine Garnel (extrait)
17 juin
