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Johanna, 15 ans, a fait la rencontre l'an dernier d'Alexis, le "Lecteur d'âmes". Voilà que sa vie est bouleversée, d'autant plus qu'elle reçoit d'étranges messages sur son ordinateur...
« Je m'appelle Johanna et j'ai 15 ans. Ma rencontre l'année dernière avec Alexis, le « Lecteur d'âmes » a bouleversé mon existence. Aujourd'hui, je vis chez ma grand-mère avec mon petit frère Lilian. Nous pourrions nous sentir enfin protégés s'il n'y avait ces messages reçus sur mon ordinateur. Qui essaie de m'influencer ? Qui se donne le droit de jouer avec mes émotions ? Si j'en informe Alex, saura-t-il me conseiller ? Quelle est cette école où l'on veut m'envoyer, et où le chiffre sept revient sans cesse ?»
Le lecteur d'âmes est une histoire palpitante que l'on peut dévorer dès 12 ans mais sans aucune autre limite d'âge. En effet, ses différents niveaux de lecture en font un ouvrage également fort apprécié des adultes. Refusant de se cantonner à un genre en particulier, il mêle habilement le suspense, le fantastique, le policier et l'humour. Écrit en grande partie au présent et à la première personne, il se lit très facilement grâce à ses chapitres courts et dynamiques.
L'ombre du sept est le deuxième tome de la trilogie débutée avec Premières a(r)mes.
Quelle est cette mystérieuse école où l'on veut envoyer Johanna et où le chiffre sept revient sans cesse ?
Le second tome d'une trilogie fantastique palpitante, pleine d'aventures, d'humour et de rencontres, que l'on peut dévorer dès 12 ans mais sans aucune autre limite d'âge !
EXTRAIT
Tiens ! Justement ! Une nouvelle demande !
Et là, je reste scotchée. Ma main tremble sur la souris comme une souris sous la patte d’un chat. Mon index droit est pétrifié à quelques millimètres au-dessus du clic gauche.
Je lis :
FloV souhaite rejoindre votre groupe d’amis.
Un message personnel accompagne la demande :
— Bonsoir, Johlianna !
Johlianna est le surnom que me donnait ma mère quand j’étais petite. Personne d’autre ne m’a jamais appelée ainsi. Si c’est une blague, elle est d’un goût douteux. Je réfléchis aux quelques personnes qui pourraient être au courant de ce détail.
Mamy ? Elle est allergique à l’informatique.
Papa ? Pas le genre à prendre des chemins détournés pour me parler.
Reste Alex. Je lui ai toujours tout dit. J’ai certainement mentionné cet affectueux diminutif. Est-il capable de chercher à me contacter en se faisant passer pour le fantôme de maman ? Avec lui, rien n’est impossible.
Je clique sur le pseudo. Bien sûr, aucune information disponible. Pas de journal, pas d’amis communs, pas de photos ni de vidéos. Même la page est une page fantôme. La seule solution pour en avoir le cœur net est d’accepter la demande. Clic.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE - À propos du tome 1 :
Ça sonne juste d’un bout à l’autre, je n’ai relevé aucune fausse note, aucune lourdeur. C’est une chose suffisamment rare dans les premiers romans [...], preuve d’un réel talent de l’auteur et du sérieux de l’éditeur. - Blog Lecturepassion
À PROPOS DE L'AUTEUR
Alain Manuelle est pianiste, chanteur et compositeur. À la naissance de ses filles, il écrit des contes qu'il présente avec succès dans les écoles de métropole et d'outre-mer. De la chanson au conte et du conte au roman, il n'y a que deux pas, franchis allégrement par cet artiste aux multiples talents.
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Seitenzahl: 222
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Table des matières
Résumé
Prologue
Johanna
Onze mois plus tôt....
1. Le début des haricots
2. Demande d’amitié
3. Tombée de dent
4. Esprit es-tu là ?
5. Tombés dans les pommes
6. Aller-geek
7. Ramener sa fraise
8. Ramener ses fraises
9. Rêve-Heure
Alexis
10. Voiture à pédales
11. Réflexe et réflexion
12. Telle est vision
13. Fâchée, Lama
14. Apprendre de ses échecs
15. Conception
16. Palpitations
17. Arriver en fumée
18. Partir en fumée
19. Text'ho !
20. Compte à rebours
21. Décollage imminent
22. Fusée
23. Redécollage
24. Pars, cœur !
25. Pas si simple
26. Soutien de famille
Johanna
27. Gare
28. Regard
29. Re-gare
30. Égards
31. Jugée, partie
32. Décision éclair
Alexis
33. Au poste
34. Troublant
Johanna
35. Sept fois...
36. Suivez le guide
37. Sept à dire
38. Preuve par sept
39. Mal aux mollets
40. Face au profil
Alexis
41. Braves de comptoir
42. La beauté est dans l’œil de celui qui regarde
43. Batracien, animal à sang froid
44. Conscience
45. Encore au poste
46. Pat Poker
Johanna
47. Esprit critique
48. Éhontée
49. Cour intérieure
50. Cours intérieur
51. Déchiffrage
52. Repas chaud
53. Du nouveau
Alexis
54. Photos de voyage
55. Projet de voyage
56. Cadeau de voyage
57. Vie amoureuse !?
58. Sept huitres
59. Encore du nouveau
Johanna
60. Évaluation
61. Des vies et des visages
62. Ami calmant
63. Fiables fables ?
Alexis
64. Expédition, explications, excuses
65. Pourquoi ?
66. Médiateur
67. Mère amère
68. D’homme à homme
Johanna
69. Point d’appui
70. Mur mûr
71. Multiplications
72. L’ombre du sept !
73. Son et lumière
74. Le corbeau et le pinson
75. Chanter et déchanter
76. Le croassement de la corneille
Alexis
77. Physionomie de l’âme
78. Appât
79. Honteux et confus ?
80. Le croassement croît
Johanna
81. Bonnes pousses et mauvaises herbes
82. Sept professeurs, discours
83. Combien de temps ?
Alexis
85. Inquiétude
86. Qui, où et quand ?
87. Pas du gâteau !
88. Salade de fruits
89. Binaire
90. Les sept dernières minutes
91. Une pour sept…
Épilogue
Johanna
Remerciements
Du même auteur
Dans la même collection
« Je m'appelle Johanna et j'ai 15 ans. Ma rencontre l'année dernière avec Alexis, le « Lecteur d'âmes » a bouleversé mon existence. Aujourd'hui, je vis chez ma grand-mère avec mon petit frère Lilian. Nous pourrions nous sentir enfin protégés s'il n'y avait ces messages reçus sur mon ordinateur. Qui essaie de m'influencer ? Qui se donne le droit de jouer avec mes émotions ? Si j'en informe Alex, saura-t-il me conseiller ? Quelle est cette école où l'on veut m'envoyer, et où le chiffre sept revient sans cesse ?»
« Le lecteur d'âmes » est une histoire palpitante que l'on peut dévorer dès 12 ans mais sans aucune autre limite d'âge. En effet, ses différents niveaux de lecture en font un ouvrage également fort apprécié des adultes. Refusant de se cantonner à un genre en particulier, il mêle habilement le suspense, le fantastique, le policier et l'humour. Écrit en grande partie au présent et à la première personne, il se lit très facilement grâce à ses chapitres courts et dynamiques.
« L'ombre du sept » est le deuxième tome de la trilogie débutée avec « Premières a(r)mes »
Alain Manuelle est pianiste, chanteur et compositeur. À la naissance de ses filles, il écrit des contes qu'il présente avec succès dans les écoles de métropole et d'outre-mer. De la chanson au conte et du conte au roman, il n'y a que deux pas, franchis allégrement par cet artiste aux multiples talents.
Alain Manuelle
Le Lecteur d’âmes
Tome 2 : L’Ombre du sept
Roman fantastique
ISBN : 9782378736569
Collection : Aventures
ISSN : 2104-9696
Dépôt légal : avril 2019
© Couverture Annabel Peyrard pour Ex Æquo
© 2019 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays
Toute modification interdite
Éditions Ex Æquo
6 rue des Sybilles
Journal G7 07/07
Mon prénom commence par la septième lettre de l’alphabet et comporte sept lettres. Mon anniversaire tombe le septième jour du septième mois de l’année. Ma mère accoucha prématurément, à sept mois de grossesse. Mes parents sont morts dans un accident de voiture lorsque j’avais sept ans.
Ce drame a eu lieu il y a quarante-deux ans.
Je fête ce soir mon quarante-neuvième anniversaire. Sept fois sept, le carré parfait.
L’enfant me fait face, souriant.
Le couteau est dans ma main...
***
Je range mon VTT contre le mur de la maisonnette. Le gravier n’a que légèrement crissé sous mes roues, mais je sais que ma grand-mère à l’ouïe fine. « La vue basse, mais l’oreille haute ! » aime-t-elle à répéter à qui veut l’entendre. Je sais aussi que, mon pied à peine posé sur les tomettes de l’entrée, je me verrai confier une tâche ou l’autre. J’entends déjà la phrase : « Johanna, tu peux m’aider à suspendre le linge ? » « Johanna, tu veux bien éplucher quelques carottes ? » « Johanna, la vaisselle doit être sèche, ce serait gentil de la ranger. »
— Johanna, on mange des haricots verts du jardin ce soir. Ils ne demandent qu’à être effilés.
Tiens, celle-là c’est une première.
— Tu veux dire quoi par «effilés » ?
— Enlever les fils ! Et les bouts aussi.
— Jamais fait ça. Tu me montres ?
Elle me garde volontairement constamment occupée pour que je ne puisse pas ruminer mon chagrin. Je suis consciente de son entrain forcé. Elle me sourit à longueur de journée. Jamais un mot plus haut que l’autre. Jamais triste. Du moins en apparence. J’en arrive presque à oublier qu’elle a perdu sa fille le jour où j’ai perdu ma mère.
— Na !
Le premier mot de Lilian, mon petit frère. Je sais ce qu’il veut dire et corrige :
— Jo-han-na ! Comment il va le bébé ?
— Na !
Question conversation, c’est encore un peu limité. Je vais persévérer. Objectif : deux syllabes.
Je prends vite le coup de main. Entailler un bout du haricot sans le couper complètement, le tirer délicatement vers l’autre extrémité en essayant de ne pas casser le fil qui suit le mouvement, et ensuite répéter l’opération de l’autre côté du long légume vert. Lilian suit nos gestes du regard avec beaucoup d’attention. Du haut de sa chaise d’arbitre de tennis il tourne la tête à droite ou à gauche selon qui de mamy ou moi vient d’attraper le prochain coupable. Coupable qui, comme chacun le sait signifie : que l’on peut couper. J’aurais pu dire guillotinable ou décapitable mais ces deux adjectifs n’existent pas.
Et voilà, je me surprends à nouveau en flagrant délit de jeu de mots débile. Et, comme chaque fois, je repense à Alex. Il ne faut pas. Je ne veux pas. Je dois rester en colère contre lui. Même s’il n’a jamais voulu ce drame, il est coupable d’avoir joué avec la vie des autres. Et là, coupable prend tout son sens.
L’assombrissement de mes réflexions doit se lire sur mon visage, car super-mamy s’empresse de me détourner de mes funestes pensées.
— Joh ! Tu devrais essayer de lui donner un morceau de haricot. Juste pour voir ce qu’il va en faire.
— Comme ça ? Ils ne sont même pas cuits.
— Tu n’as jamais goûté un haricot vert fraîchement cueilli et croquant à souhait ?
— Jamais cru.
— Teste. Tu m’en diras des nouvelles.
Je plonge mes doigts dans le tas de mikados effilés reflétant nos efforts et en retire deux. Dès que je lui tends le sien, Lilian s’empresse de le porter à sa bouche. Je l’imite plus timidement. Le goût n’est pas désagréable. J’irais jusqu’à dire que je le préfère cru à cuit. J’en informe ma grand-mère qui me répond :
— Ta maman les mangeait comme ça aussi. Il fallait l’arrêter si l’on voulait qu’il en reste pour le dîner.
Le silence mélancolique qui suit cette déclaration est soudain rompu par un bruit de mastication. Même avec trois dents au compteur, Lilian déchiquette méthodiquement le pauvre légumineux. Nous voyant sourire à son manège, il se met à gazouiller en mâchonnant de plus belle. Vu de l’extérieur, nous donnons certainement l’image de deux enfants venus passer l’été chez grand-maman. Comme j’aimerais qu’il en soit ainsi. Que les vacances finies nous retournions vers nos parents, si heureux de nous revoir que leurs étreintes nous étoufferaient.
***
Mamy est au lit, Lilian aussi. J’ai regagné ma chambre. Pas de lumière allumée. L’obscurité est à peine atténuée par le halo de l’écran de mon ordinateur. Je suis sur Facebook. Plus par habitude que par envie. J’y ai peu d’amis. Peut-être parce que je n’accepte comme amis virtuels que mes amis réels.
Le réseau social de Mark Zuckerberg me sert avant tout à rester en contact avec les ex-élèves de ma classe de troisième. Je ne suis d’ailleurs plus vraiment le fil d’actualisation de leur journal, vu qu’il a tendance à tourner en boucle sur des sujets people, futiles et insipides.
J’ai régulièrement des demandes d’ajout, envoyées par des amis d’amis. Elles sont en général motivées par le besoin compulsif d’augmenter leur cheptel. Plus j’ai de noms sur ma liste d’amis, plus je suis quelqu’un d’important... Quand je pense qu’il y en a qui y croient vraiment !
On devrait chercher un terme nouveau pour désigner les individus avec qui l’on correspond sur les réseaux sociaux. Cela permettrait de rendre sa véritable valeur au mot « ami ». Un ami, c’est quelqu’un sur qui on peut compter, qui vous soutient lorsque votre moral vise plus le carrelage que les nuages et qui parvient à vous faire rire quand vos canaux lacrymaux sont pourtant prêts à déborder.
Essayez de demander ça à un ami d’ami sur Facebook.
Tiens ! Justement ! Une nouvelle demande !
Et là, je reste scotchée. Ma main tremble sur la souris comme une souris sous la patte d’un chat. Mon index droit est pétrifié à quelques millimètres au-dessus du clic gauche.
Je lis :
FloV souhaite rejoindre votre groupe d’amis.
Un message personnel accompagne la demande :
— Bonsoir, Johlianna !
Johlianna est le surnom que me donnait ma mère quand j’étais petite. Personne d’autre ne m’a jamais appelée ainsi. Si c’est une blague, elle est d’un goût douteux. Je réfléchis aux quelques personnes qui pourraient être au courant de ce détail.
Mamy ? Elle est allergique à l’informatique.
Papa ? Pas le genre à prendre des chemins détournés pour me parler.
Reste Alex. Je lui ai toujours tout dit. J’ai certainement mentionné cet affectueux diminutif. Est-il capable de chercher à me contacter en se faisant passer pour le fantôme de maman ? Avec lui, rien n’est impossible.
Je clique sur le pseudo. Bien sûr, aucune information disponible. Pas de journal, pas d’amis communs, pas de photos ni de vidéos. Même la page est une page fantôme. La seule solution pour en avoir le cœur net est d’accepter la demande. Clic. Plus qu’à attendre le prochain message. Je vais avoir un peu de mal à m’endormir. J’éteins l’ordinateur pour ne pas être tentée de le consulter toutes les cinq minutes et vais me coucher. À demain...
***
Six heures du matin et mes yeux refusent de rester fermés. Adolescente en vacances réveillée aux aurores, je suis en passe d’entrer dans le livre des records. Déjà dix fois que je me retourne sur mon matelas. Les draps chiffonnés ressemblent à un accordéon. Le soleil de l’aube parvient à glisser un rayon à travers le volet vieillissant. Un petit trait de lumière qui vient comme par hasard se poser sur l’écran de mon PC.
J’essaie de trouver de raisonnables raisons de ne pas bouger. Il était tard quand j’ai accepté la demande. Il est tôt. Les chances pour qu’il y ait du nouveau sont minces. Allez ! Dans une heure, je me lève.
Trente secondes plus tard, je suis devant l’ordinateur qui prend son temps pour démarrer. Le logo de Microsoft, la page d’accueil, Facebook.
Nouveau message de FloV.
Clic.
Claque.
— Bonjour, ma Johlianna. Tu m’as manqué. N’aie pas peur. Je suis là pour t’aider.
Mes yeux glissent vers l’onglet des discussions instantanées. Le petit rond vert en face de FloV m’indique que mon fantôme est connecté. À la fois curieuse et nerveuse, je tape mon texte :
— Alex, si c’est toi, ce n’est pas drôle du tout.
En face du pseudo de mon correspondant, trois points de suspension m’indiquent qu’il est en train d’écrire.
Je fixe ces petits caractères, comme si l’intensité de mon regard pouvait accélérer le processus. Raté. Pseudo et pointillés, tout a disparu. Mon interlocuteur a dû renoncer.
Ah non ! Réapparition des sept signes hypnotiques. De longues secondes, puis soudain, une phrase :
— C’est vrai qu’il n’y a rien de drôle. Je ne suis pas Alex. Tu sais qui je suis. À ta première chute de vélo, c’est moi qui ai soigné ton genou.
Là j’avoue que je commence à douter.
Douter d’être vraiment éveillée.
Si je le suis, douter de ce que je lis.
Si je lis ce que je crois lire, douter d’avoir toute ma raison.
Mais, après tout, tous les enfants ont chuté à vélo, et le pourcentage de genoux griffés à cette occasion doit être élevé. J’écris :
— Heureusement qu’il n’y a eu que mon genou et mon amour-propre de blessés ce jour-là !
Retour des points de suspension. Énervants au possible.
— Tu oublies ta dent de lait tombée en même temps que toi. Tu as insisté pour que je la cherche dans le gravier du chemin de peur que la petite souris ne passe pas si tu ne la glissais pas sous ton oreiller.
Je contemple ces quelques lignes en me remémorant la scène. Tout au moins ce dont je me souviens. Les roulettes du vélo fraîchement démontées gisant sur la moquette du coffre de la voiture, le cadre rose et le guidon assorti, le petit chemin tranquille et plat choisi par maman, les premiers tours de pédales hésitants, les suivants plus toniques, l’équilibre enfin trouvé... puis perdu. Je ne sais plus pourquoi ni comment je suis tombée. En revanche, les souvenirs du goût du sang dans ma bouche et de ma panique de petite fille me reviennent rapidement. Ma langue cherchant la dent qui bougeait depuis quelques jours et découvrant un espace vide à la place. Maman me serrant dans ses bras et prenant très au sérieux l’obligation de retrouver l’incisive égarée.
Revenant au présent, je peine à trouver une réponse appropriée à ce message qui m’a désarçonnée. J’hésite entre les mots d’amour qui débordent de mon petit cœur blessé et l’envie de provoquer ce fantôme pour voir ce qu’il a dans le ventre. À l’instant où j’opte pour la deuxième méthode, je remarque que mon spectre s’est déconnecté. Plus de discussion instantanée. Tant pis ! Tant mieux ! Ça me donnera le temps d’y réfléchir posément.
***
Trois jours entiers sans le moindre contact. Si je n’avais pas nos précédents échanges à relire, je douterais de leur réalité. J’ai pourtant envoyé un message dans lequel j’ai savamment dosé mes espoirs et mes doutes. J’y assénais les « comment ? », les « pourquoi ? », les « qu’attends-tu de moi ? ».
Pas de réponse. Même pas la certitude que mon appel a été entendu.
Aujourd’hui, je change d’angle d’attaque. Je joue sur la corde sensible. Je lui parle de Lilian.
— Si tu es bien la personne que tu sembles être, cela me surprend que tu n’aies pas demandé de nouvelles de ton fils. Il ne parle pas encore, mais il est au point pour les monosyllabes. Seule la fin du mot semble l’intéresser. Il m’appelle « Na », et sa grand-mère « My ». Il mange des haricots verts crus et adore les chatouilles. Parfois, je l’envie de ne pas t’avoir connue. À lui, tu ne manques pas.
Je poste avant de relire. Je sais que sinon, je réécrirai jusqu’à gommer le moindre sentiment. Même si ce dialogue est fou, je dois arrêter de me mentir en prétendant ne pas vouloir y croire.
En attendant la réponse, je tape « fantôme Facebook » sur Google et tombe instantanément sur un article consacré aux utilisateurs décédés. Apparemment le réseau social n’est pas très rapide pour supprimer les pages de ses adhérents. Il est plus facile de quitter son corps que de quitter la toile. Pauvres moucherons que nous sommes, prisonniers d’arachnides qui se nourrissent de nos données personnelles et nous enveloppent de cocons douillets pour nous donner une impression de chaleur et d’amour. Quand on pense à tout ce qu’ils arrivent à savoir sur chacun de nous, ils ne me feront pas gober que notre mort leur échappe.
Pour ma mère, c’est différent, elle n’a jamais eu de compte Facebook de son vivant. Je me pose donc légitimement la question : pourquoi choisir ce moyen de me contacter ? Toute autre apparition spectrale aurait fait l’affaire. Un bon ectoplasme, des objets qui se déplacent tout seuls, la possession d’un corps innocent au regard révulsé ou même des lettres de sang dégoulinant sur la tapisserie de ma chambre.
J’en suis là de mes réflexions lorsque le message arrive :
— Toi, je t’ai donné la vie ! Lui, il me l’a prise !
Je m’attendais à tout sauf à ça. Je dois répondre quelque chose, mais mon cerveau s’est mis en pause. Comment peut-elle parler ainsi ? Le bébé n’y est pour rien. De rage, je ferme l’onglet, le navigateur, l’ordinateur, mes yeux et mon cœur.
Je descends en courant les escaliers grinçants et me précipite dans la cuisine où mon petit frère est en train de manger son dessert lacté de quatre heures. Au mépris des taches que risque mon T-shirt, je le prends dans mes bras et le serre fort. Déjà mon visage se mouille. Larmes ou bavouille, je m’en moque. C’est de l’amour liquide.
Je le repose dans sa chaise haute et m’enfuis dans le jardin sous les yeux étonnés de ma grand-mère qui n’a pas dit un mot ni esquissé le moindre geste pendant ma démonstration d’affection. Je sais qu’elle attendra ce soir, lorsque Lilian sera couché, pour me demander ce qui m’arrive.
J’empoigne mon vélo et l’enfourche. Direction n’importe où, pourvu que l’effort physique me permette d’oublier la teneur de ce message et ce qu’il implique.
J’ai beau appuyer sur les pédales à m’en brûler les mollets, je ne parviens pas à me vider la tête. Comment ma mère peut-elle dire ça de son enfant ? Comment peut-elle simplement le penser ? Que veut-elle et qu’attend-elle de moi ?
Les doutes reviennent. Qui peut connaître tant de détails sur ma vie ? Je passe en revue ce qui reste de ma famille proche et ne trouve personne qui corresponde au profil.
Je rectifie en me remémorant Guillaume, cousin au deuxième degré croisé à l’enterrement de ma mère, à la fois fan d’histoires ésotériques et geek extrémiste. Sa religion, c’est l’informatique, et il n’a guère apprécié mon absence d’admiration devant ses prouesses numériques. Avec du recul, j’ai même le sentiment qu’il s’agissait de sa part d’une (très) maladroite tentative de séduction lorsqu’il m’a invitée à venir voir sa config gonflée de RAM et de CG et illuminée de LED multicolores. Quand il a été obligé de me dire que CG voulait dire carte graphique, que la RAM empêchait l’ordinateur de ramer et que les LED c’était pour faire joli, il a dû me prendre pour une technophobe. Mais le clou a été quand je lui ai dit que je connaissais les LED, que c’était de la lumière intelligente et qu’il n’y avait aucune relation entre le fait d’être intelligente et celui d’être LED. Il en a certainement conclu que j’étais a.) folle b.) ironique c.) ni intéressante, ni intéressée. Je crois qu’il n’a rayé aucune mention inutile.
Il avait oublié qu’en ce jour j’étais surtout terriblement triste.
J’ai un suspect. Reste à savoir s’il tient la route.
Mobile : vengeance.
Arme : informatique.
Opportunité : côtoie des personnes qui me connaissent bien, a donc accès à de multiples informations.
De retour à la maison, ma détresse s’est transformée en détermination. Je grimpe dans ma chambre et rallume l’ordinateur. Comment savoir si mon fantôme et mon petit cousin ne font qu’un ? Par Facebook bien entendu, mais anonymement. Première étape, créer un autre compte.
Ça m’aurait étonnée que ce soit aussi facile. On ne peut pas créer de deuxième compte Facebook. Direction les forums de discussion pour trouver comment contourner le problème.
J’ouvre la première page de résultats. Comme d’habitude les champions de la toile se moquent des novices qui osent poser ce genre de question. Pas grave, il n’y a qu’à penser à tout ce qu’on sait dans d’autres domaines et qu’eux ignorent. Comme d’habitude, la réponse est évidente, il suffit de créer une nouvelle adresse mail et le tour est joué.
Une fois cette étape franchie avec un pseudo qui ne risque pas de mettre la puce à l’oreille de mon petit cousin, je le cherche sur le réseau social. Je tique à nouveau sur le terme « demander comme ami ». Invitation envoyée, je n’ai plus qu’à attendre. Avec ce genre de techno-addict, ça ne devrait pas être très long. Je prends intérieurement le pari qu’il lui faudra moins d’une heure pour répondre. J’attrape le roman que j’ai commencé avant-hier, les chapitres sont courts, je décide d’en lire trois avant de retourner sur mon ordinateur.
Cinq minutes par chapitre, je suis donc de retour en un quart d’heure. Et, sans surprise, je trouve un message sur mon nouveau profil Facebook.
— Slt cousine. :-) de voir que tu m’as pas oublié.
Le smiley :-) doit vouloir dire « content ». J’aurais dû me méfier des superpouvoirs de mon cousin geek, mon incognito n’a pas duré longtemps. Je décide d’y aller franco :
— Salut cousin. Qu’est-ce que tu sais des fantômes d’internet ?
— Tu parles des photos de fantômes ou des gens qui surfent sans laisser de traces ? pas comme toi ;-)
Je laisse passer le sarcasme, il est mérité.
— Je parle des morts qui viennent te demander comme ami sur Facebook.
— Ta mère t’a demandée comme amie ?
— Elle ou un salaud qui se fait passer pour elle.
— Et tu as pensé que c’était moi :-( Pas cool !
Là il marque un point. Il est plus subtil que je ne le pensais. Ma coquetterie féminine m’incite à m’imaginer que, face à face, je l’intimidais, et que derrière son écran il redevient lui-même. Je joue la flatterie :
— J’ai seulement cherché, dans ma famille, le plus fort en informatique.
— Tu dis ça sérieux, ou tu as juste un truc à me demander ?
— Les deux. Déjà la question qui tue : c’est toi ou pas ?
— Non ! Si j’avais voulu te pourrir la vie sur le net tu serais en train de pleurer la mort de ton PC :'(
— Je te crois. Et on peut retrouver qui c’est ?
— S’il est aussi doué que toi, trop facile !
— OK. Tu veux bien essayer ?
— J’y gagne koi ?
— Mon éternelle admiration.
— Je m’en contenterai...
***
— Nana !
Le miracle est arrivé. La deuxième syllabe a enfin été prononcée. Le petit diablotin profite de ma stupéfaction pour me prendre des mains la cuillère de compote que je m’apprêtais à lui coller dans le bec et jouer au chef d’orchestre avec. La baguette improvisée reste dans la main du bambin, mais, en vertu de lois physiques qui ne sont plus à démontrer, le contenu fruité semi-liquide s’envole... en direction de mon visage.
Comme stupéfaction est souvent synonyme de bouche bée, je goûte involontairement la mixture. La saveur n’a pas le côté industriel auquel je m’attendais. Le petit pot en verre est pourtant siglé d’une grande marque de nourriture pour bébé. Un texte presque effacé attire mes yeux qui s’écarquillent d’effroi.
— Mamy ! Il faut appeler les pompiers ou le SAMU !
Ma grand-mère accourt de son jardin, affolée. Elle respire en voyant Lilian tout sourire brandir sa cuillère vide.
— Pourquoi veux-tu que j’appelle les pompiers, tout a l’air d’aller pour vous deux ?
— Tu as vu la date sur son petit pot ? Elle est périmée depuis plus de 10 ans ta compote !
Mamy sourit. Mamy pouffe. Mamy éclate de rire. Je reste muette devant son hilarité. Quand enfin elle s’arrête en enlevant ses lunettes pour essuyer ses yeux qui pleurent de rire, je lui demande :
— Tu comptes m’expliquer, qu’on puisse rigoler ensemble ?
— C’est à cause de toi, le petit pot de compote.
— En plus ça va être ma faute !
— Non. Tu ne comprends pas. Quand tu étais petite, tu ne voulais jamais manger les compotes de fruits que je mijotais pourtant avec amour.
— Et... ?
— J’en ai acheté au supermarché et tu les as dévorées.
— Je ne vois toujours pas le rapport avec les petits pots périmés.
— Les petits pots achetés étaient en verre. Je les ai lavés, stérilisés à l’eau bouillante et remplis avec ma délicieuse compote maison.
— Et j’ai tout mangé sans me douter de rien ?
— Exactement.
— Si je te suis bien, le pot d’aujourd’hui...
— Tu as mangé dedans il y a plus de dix ans. Le contenant a une date de péremption largement dépassée, mais le contenu a été cuisiné hier. Et ton petit frère à l’air d’adorer ça.
Tout à notre discussion, nous n’avons pas vu Lilian essayer de manger tout seul et tapisser le carrelage de bonne compote maison cuisinée avec amour.
Ma grand-mère empoigne une éponge et un torchon pour nettoyer pendant que je prends mon petit frère dans mes bras. Je lui débarbouille la frimousse avec sa bavette en jouant à lui attraper le nez. Sa tâche terminée, mamy recoiffe son chapeau de paille.
— Je retourne au jardin, tu m’appelles s’il y a un vrai problème !
— Promis ! Tu peux regarder s’il y a encore des fraises mûres ?
— Tu ne m’en laisseras pas pour mes confitures !
— Eh non, elles sont trop bonnes !
L’enfant dans les bras, je monte dans ma chambre. Je l’assieds sur mes genoux le temps de vérifier sur l’ordinateur si mon extra-terrestre de cousin a pu résoudre mon problème.
Gagné ! Mon allié alien est connecté.
— Salut cousin. Du neuf ?
— Ton fantôme est un pro. Aucun moyen de le tracer. J’ai ton accord pour demander de l’aide à un pote ?
— Meilleur que toi, ça existe ?
— On trouve toujours meilleur que soi ;-)
— Si c’est un pro, ça peut pas être ma mère.
— Sauf si le fait d’être un fantôme lui a donné des superpouvoirs.
— Tu regardes trop de séries ! Ton pote, il est fiable ?
— Autant que moi :-p
— Ironie acceptée. OK pour ton pote. Je coupe, j’ai un problème.
Je déconnecte le réseau social et me penche sur le problème que je viens d’évoquer : mon petit frère a une tête bizarre. On dirait que ses lèvres ont doublé de volume. Au moment où je le regarde, il me sourit et l’effet n’en est que plus étrange.
— Mamy !
Je me précipite à la fenêtre en criant.
— Mamy ! C’est pas une blague ! Viens vite !
***
Le médecin, jeune et plutôt mignon, range la seringue qui a piqué mon petit frère et se fend d’un cours sur les allergies.
