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Petite, Suzanne rêvait d'une douce romance de conte de fées. Naïve et pleine d'utopie, elle se mariera avec son premier amour, celui de ses quinze ans. Issu de familles bourgeoises pratiquantes, le couple aura deux adorables petites filles, de nombreux amis, une situation professionnelle solide, une jolie maison ; tout, semble-t-il, pour être heureux. Et pourtant... Derrière cette façade aux belles apparences, une violence s'installera, perverse et insidieuse, discrète. Aveuglée malgré elle, Suzanne se laissera alors manipuler quelques années. Meurtrie loin de ses rêves d'enfant sous l'emprise d'un amour toxique, elle osera néanmoins se libérer, brisant les diktats, affrontant ses peurs et les regards. Dans ce livre, Suzanne nous raconte avec une plume profonde comment elle s'est délivrée des violences conjugales ; celles qui ne se voient pas et dont on ne parle pas ou si peu ; celles que le statut social protège de tout soupçon. Elle en profite pour rappeler les caractéristiques principales d'un manipulateur pervers narcissique et donner quelques clefs pour s'en affranchir. Un récit bouleversant doté d'une touche pratique très inspirante.
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Seitenzahl: 173
Veröffentlichungsjahr: 2020
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À mes filles À toutes les victimes du manipul’amour
« Nous sommes comme des livres ! La plupart des gens ne voient que notre couverture… Au mieux, ils lisent notre résumé ou bien se fient à la critique que d’autres en font. Mais, ce qui est certain, c’est que très peu d’entre eux connaissent vraiment notre histoire. »
Woody Allen
« Femmes, vous n’êtes pas des centres de rééducation pour hommes mal élevés. Ce n’est pas à vous de les réparer, de les changer, de les éduquer ou de les élever. Vous voulez un partenaire et non un projet. »
Julia Roberts
Manou, ma grand-mère maternelle à qui j’écrivais régulièrement des lettres dans mon enfance, me disait toujours :
— Ma chérie, tu devrais écrire un livre, c’est si agréable de te lire !
J’ai une pensée pour elle qui nous a quittés en juin 2012, après avoir souffert plusieurs années de la maladie d’Alzheimer.
Chère Manou,
Voyez, je n’ai rien oublié de ce que vous m’aviez dit ! Pourtant, j’ai longuement hésité. J’ai écrit des bribes de pages que j’ai laissées dans un coin, relues, corrigées, supprimées, et j’ai recommencé comme ça, des dizaines de fois. Je me suis demandé si j’en ferai quelque chose un jour et, finalement, j’ai laissé le temps faire son chemin…
Ce livre, il est aussi pour vous.
Tendrement.
Suzanne
Préface
: L’amour est une histoire de chaussure
Chapitre 1
: Rencontre avec le prince
Chapitre 2
: Sacrement de mariage
Chapitre 3
: Phase d’emprise
Chapitre 4
: Mon contrat de manipul’amour
Chapitre 5
: Recommandations médicales
Chapitre 6
: Aveuglement
Chapitre 7
: Ma libération
Chapitre 8
: Lettre de démission
Chapitre 9
: Aliénation parentale et conflit de loyauté
Chapitre 10
: La liberté
Chapitre 11
: La justice
Chapitre 12
: Le bonheur
Chapitre 13
: Un visage à double face
Chapitre 14
: Le manipulateur pervers narcissique
Chapitre 15
: Les liens transgénérationnels
Chapitre 16
: Un sentiment d’injustice
Chapitre 17
: Dix ans plus tard…
Chapitre 18
: Un sentiment de persécution
Chapitre 19
: Un sentiment d’insatisfaction
Chapitre 20
: Comprendre ses erreurs
Chapitre 21
: Le temps partagé comme langage d’amour
Chapitre 22
: Un sentiment de fierté
Chapitre 23
: Mon contrat d’amour tendre
Chapitre 24
: Petites clés pratiques
Epilogue
: La vérité
Remerciements
Un sage a dit :
L’amour est une histoire de chaussures. Quand on enfile une mauvaise chaussure et qu’on a mal au pied, ce n’est ni la faute de la chaussure ni celle du pied. Il faut juste accepter qu’ils ne soient pas faits pour être ensemble.
Pour pouvoir mettre une nouvelle chaussure à son pied il faut déjà enlever l’autre. Plus on garde une chaussure qui nous fait souffrir, plus notre pied sera abîmé, plus il sera difficile de guérir.
Si des chaussures nous ont écorché les pieds, quelle que soit la paire qu’on enfilera après, ce sera douloureux. Ce ne sera pas la faute des nouvelles chaussures mais celle de nos blessures. Il faut alors admettre de marcher quelque temps à l’air libre pour que nos pieds guérissent et redeviennent comme avant.
Plus on garde des chaussures qui nous font mal, plus cela devient inconfortable, plus on marche de travers. A force de dévier, on finit par quitter notre chemin de vie.
Or, le bonheur qui est le nôtre n’existe que sur notre chemin.
Retirons donc nos chaussures douloureuses, marchons pieds nus le temps de guérir, n’ayons pas peur s’il y a un peu de graviers, nous n’en apprécierons que mieux la douceur de nos souliers. Et relevons la tête car, sur notre chemin, nous attendent des chaussures parfaites.
Ainsi, pour marcher loin sur le chemin de l’amour, n’oublions pas qu’il faut respecter nos pieds et choisir des chaussures adaptées.
Mes quinze dernières années sont parfaitement résumées dans cette belle métaphore. Parce que je me suis trompée de chaussures une fois, que mes pieds ont beaucoup souffert à une époque, j’ai souhaité raconter mon histoire pour prévenir et soutenir celles et ceux qui ont avancé ou avancent encore avec des chaussures blessantes. Qu’ils sachent et comprennent que, derrière la souffrance, se cache le bonheur, un bonheur intense qui saura les attendre s’ils tentent un jour de l’atteindre !
1995. J’ai quatorze ans. Je suis collégienne en classe de troisième à Saint Joseph, un établissement catholique réputé de Reims. L’heure est aux premières amours de jeunesse. Quelques brefs baisers échangés, en toute naïveté, rien de bien sérieux. A priori, je suis une jeune fille attirante, j’ai en tout cas des facilités à plaire aux garçons. Sage et disciplinée, je ne cours cependant pas après les Don Juan en herbe. Je rêve avant tout d’une histoire tendre et romantique, d’un garçon aimable, beau et intelligent ; le cliché parfait !
Mon éducation chrétienne, et ma mère catéchiste en particulier, m’ont enseigné qu’il ne fallait pas jouer avec les sentiments, qu’il était important de respecter l’autre et de se respecter soi-même, et surtout, de ne pas offrir son corps à n’importe qui. Evidemment, on m’a déjà mise en garde et répété les formules habituelles : « on ne fait pas l’amour avant le mariage », « il est important de préserver sa virginité pour LE grand amour ». Soucieuse de respecter les mœurs familiales et les concepts religieux, je m’emploie donc à trouver le bel inconnu qui me fera chavirer, celui qui deviendra l’Homme de ma vie !
Jour X…13h30. La sonnerie du collège retentit, marquant le début des cours de l’après-midi. Je me dirige vers la salle de sport avec mes camarades pour attendre le professeur devant la porte et traverse la cour de récréation en discutant avec une amie de ma classe. Je croise, à cet instant, le regard d’un élève de seconde, un brin plus âgé que moi, portant sur son dos celle qui doit être sa petite amie. Ce garçon semble si gentil, si doux, si affectueux ! Il est si beau ! Grand, châtain aux yeux clairs, le regard séducteur et un physique agréable, impeccablement vêtu et terriblement séduisant : je suis sous le charme, conquise ! Je regarde celle qu’il porte avec envie, presque jalouse. Je ne me lasse pas de les observer. Me vient alors le désir de le revoir à tout prix.
Mais les semaines passent, les unes après les autres, sans l’ombre d’un aperçu. Ignorante et pleine de rêves, je me fabrique déjà des films. Jusqu’au jour où l’une de mes meilleures amies m’invite chez elle pour passer un après-midi. Je ne connais pas encore sa famille, mais nous sommes proches depuis plusieurs mois et partageons des confidences. Je lui ai donc raconté mon coup de cœur, cette espèce de coup de foudre pour un inconnu que je n’avais fait que croiser.
Le jour venu, je me rends donc chez elle, une maison de maître des beaux quartiers rémois, proche de la cathédrale. Je sonne à sa porte. Là, incroyable mais vrai, mon bel inconnu apparaît ! Il s’agit, en réalité, du frère aîné de mon amie, Antoine. Totalement déstabilisée et particulièrement surprise, je rougis de gêne et de timidité. J’en perds l’usage des mots !
Cette situation fait beaucoup rire mon amie qui, amusée par ce scénario improbable, envisage très bien une relation amoureuse entre son frère et moi. Dès lors, elle prend un malin plaisir à arranger les choses et, quelques mois plus tard, nous échangeons notre premier baiser. Mon petit fantasme personnel était, contre toute attente, devenu réalité !
De même milieu social, d’éducation assez similaire, empreints des valeurs qu’on nous avait apprises, nous restons ensemble plusieurs années, nous côtoyant en dehors du temps scolaire, principalement les week-ends, une heure par-ci, une autre par là. Il poursuit ses études supérieures à Lyon, puis à Madrid et à Bordeaux, avant d’obtenir son premier poste à Paris. Moi, je termine mes années lycée à Reims et pars étudier à Bruxelles. Nous nous voyons finalement très peu. La distance nous aide sans doute à entretenir notre histoire qui est probablement le fantasme d’elle-même. Elle nous évite de partager routine du quotidien et tracas journaliers, et nous permet de profiter uniquement des bons moments. Notre éloignement crée le manque, alimente et nourrit notre amour. Il génère d’immenses frustrations mais également d’intenses moments de retrouvailles qui nous donnent la force et l’envie de poursuivre notre conte. Nous nous connaissons réellement mal, mais nous vivons d’une incroyable passion qui nous porte plusieurs années. Et moi, fidèle à mes rêves d’enfant qui n’en voulait qu’un seul, je l’avais lui et n’en voulais pas d’autre !
Nous tenons ainsi dix ans, éloignés parfois de plusieurs centaines de kilomètres, avec beaucoup de hauts et quelques bas, mais rien de vraiment alarmant. Quand je le découvre jaloux, je trouve ce sentiment attachant. Quand je le surprends agressif, parfois, il sait si bien se rattraper par la suite que je ne lui en veux pas. Je ne m’entends pas avec sa mère qu’il passe son temps à protéger et avec qui il entretient une relation fusionnelle extrême, mais je me convaincs que le temps changera les choses. Et puis… je veux y croire, moi, à cette idéologie de n’avoir qu’un seul homme dans sa vie, j’y tiens tellement !
A douze ans, en fin de cinquième, pour n’être pas vêtue de marques comme les autres, j’ai vécu la violence d’un harcèlement scolaire. J’ai été victime de racket. Je n’en ai pas parlé, par peur, par honte, mais j’ai été très blessée, profondément marquée. Puis, la situation s’est inversée, sans trop savoir comment, ni pourquoi. A partir de la quatrième, je suis devenue populaire, celle que les garçons regardent, qu’ils viennent aborder. Lui, quand je l’ai connu, il était celui que les jeunes filles s’arrachaient, il en faisait rêver plus d’une. Alors, partagée entre un sentiment de dépendance affective qu’avait réveillé mon harcèlement, mon besoin inconscient d’être prise en charge par autrui et cette volonté d’être parfaite depuis ma tendre enfance, prisonnière du regard des autres, de mes principes éducatifs et de mon rang social, je me suis accrochée à ce beau prince dont la rencontre était, pour moi, une chance providentielle.
Sa demande en mariage, presque dix ans après notre premier baiser, organisée lors d’un week-end pendant lequel il m’a surprise en m’emmenant découvrir la Normandie, est alors devenue le plus beau jour de mes vingt-trois premières années !
Samedi 16 juillet 2005. J’ai vingt-quatre ans. Nous sommes au Château de Chancy sur une petite commune de Savoie qui borde le lac d’Annecy ; une propriété emblématique mise gracieusement et chaleureusement à notre disposition par son propriétaire, un parent de ma famille. Dix jours que nous scrutons la météo pour sonder l’évolution du ciel. Dix jours que le temps est radieux, que chacun prend le temps de peaufiner son bronzage au bord de l’eau. Dix jours que les préparatifs avancent, que toutes les petites mains s’activent pour que tout soit parfait. Dix jours pendant lesquels de nouveaux invités arrivent quotidiennement de toutes sortes d’horizons. L’ambiance est à la fête. Deux-cent-vingt-cinq convives sont invités pour ce jour si unique, celui de notre mariage.
Aînée de ma fratrie et de mes 24 cousins germains, je suis également la première à m’engager dans ce merveilleux chemin de la vie dont toutes les petites filles rêvent. Le mythe des Walt Disney ayant largement fait son travail de fantasmes préparatoires, l’instant est très attendu par nos familles, nos amis, nous et, surtout, par moi.
Huit heures. Le réveil sonne. Nous sommes installés avec mes parents et mes frères et sœurs dans une des annexes qui se trouve au pied du château, lui-même dissimulé dans un bois sur les hauteurs du lac. Je me lève avec Laurène, ma plus vieille amie d’enfance, avec qui je viens de partager un lit pour ma dernière nuit de demoiselle. Ensemble, nous prenons notre petit-déjeuner et profitons de cet instant de calme de lever du jour. Le reste de la maison s’éveille à son tour. Les volets s’ouvrent les uns après les autres dans chaque chambre du rezde-chaussée et du premier étage. Tous les yeux sont rivés vers le ciel, gris malheureusement, pour constater l’injustice au regard des derniers jours passés sans l’ombre d’un nuage. Les caisses de champagne viennent d’être livrées. Une tente imposante est dressée au bout du jardin pour être au plus près de la vue ; une vue féérique sur le lac, encadrée d’arbres. Le traiteur se met en place, dispose les chaises, les tables, les nappes et les serviettes en coton blanc, les couverts argentés, la vaisselle de porcelaine. Ma belle-sœur, décoratrice d’intérieur en formation, s’occupe de garnir les chandeliers d’argent qui feront office de centres de tables, et place sur chacune d’elles les menus qu’elle a soigneusement dessinés. Pendant ce temps, les hommes de la famille organisent des guirlandes de lierres pour couvrir la structure métallique du grand chapiteau crème. Chacun y va de son savoir et de ses possibilités. Tout le monde participe avec le sourire et dans la bonne humeur malgré le temps qui se gâte. Le DJ arrive lui aussi sur les lieux, teste ses enceintes, éparpillant quelques notes de musique et taquinant la grisaille d’une touche de gaieté.
Midi. L’heure est au repas. Un petit buffet froid est donné sur la terrasse sud du château confié pour l’occasion. Nos deux familles sont au complet. Je grignote quelques amuse-bouche, le ventre noué d’excitation.
Me voilà ensuite partie chez le coiffeur, accompagnée de ma mère. Animée de la volonté de rester naturelle, je demande à la coiffeuse de me faire un simple brushing bien arrangé. Je garde donc mes cheveux blonds au carré détachés, sans artifice ; une coupe chic et décontractée qui me ressemble bien, dans laquelle je retrouve ma simplicité.
Une fois coiffée, je rentre au château et m’installe, toujours en compagnie de ma mère, dans la petite chambre verte du deuxième étage ; une suite magnifique mise à mon profit pour mon habillage. C’est l’heure d’enfiler ma robe et mon jupon. Ma robe est longue, en taffetas couleur champagne, avec un décolleté dentelé à l’image du bas de la robe de la fée Clochette dans Peter Pan. Sans être bouffante, elle est cintrée à la taille, évasée autour des chevilles et arbore une traine discrète, prolongation d’une fermeture éclair soigneusement camouflée. Pour parfaire l’esthétique et habiller mon dos joliment dessiné, je l’agrémente d’une ceinture ton sur ton nouée en cocarde dans le creux de mes reins, laissant ainsi retomber deux larges pans de tissu.
A mesure que je m’habille, face au grand miroir de la chambre, je regarde ma tenue prendre forme avec une joie immense. Ce sentiment d’être la reine du jour, vers qui tous les regards se tourneront, me comble de bonheur. Ce moment en coulisses est intense, mon émotion est extrême, je sens un rayonnement puissant au fond de moi. Je savoure alors chaque minute de cet instant précieux, ayant bien conscience que le temps allait défiler trop vite. Ravie du résultat final, je me sens belle et fière de moi ! A ce moment précis, j’ai le sentiment d’être Cendrillon, prête à partir au bal retrouver son prince. La concrétisation de mon rêve de petite fille approche, seconde après seconde. Mon cœur s’emballe.
Dans la salle de bain attenante à la chambre dans laquelle je me trouve, je finalise les derniers détails de ma silhouette et me maquille. Ayant déjà le teint halé grâce aux rayons du soleil, un petit coup de blush sur les pommettes, de mascara sur les cils et de rouge sur les lèvres suffisent à donner de l’éclat à ma peau. Mes escarpins noués, ma bague de fiançailles à l’annulaire gauche et un joli ras-de-cou pour habiller mon bustier, je suis prête à prononcer le « oui » fatidique. Dans l’entrée du château, tout le monde m’attend. Chacun est sur son trente-et-un et s’impatiente.
Un dernier regard dans le miroir pour m’assurer que rien ne dépasse, une grande inspiration en guise d’élan et j’ouvre la porte ! Je m’engage alors dans l’escalier de pierres circulaire pour retrouver l’heureux élu et nos familles proches qui me guettent sur la première marche du bas.
Je surprends d’abord les yeux humides de mon futur mari qui m’embrasse du bout des lèvres. Je découvre les yeux éblouis de mon frère jumeau qui me glisse à l’oreille qu’il me trouve sublime, que je vais faire des jaloux. J’entre-aperçois ceux de mon père, ému mais réservé. J’entends un chœur d’applaudissements, quelques « bravos ! » et « félicitations ! » qui résonnent et de nombreux compliments fuser. Ma mère est attendrie, ma belle-mère sort ses mouchoirs et pleure. L’ensemble des regards sont tournés vers moi, tout autour les gens me contemplent. Ce jaillissement d’émotions positives me porte et conforte mon sentiment de fierté.
J’adresse des sourires complices à mon prince qui, pour sa part, porte un costume traditionnel : pantalon et queue de pie finement rayée en flanelle gris anthracite, chemise blanche, boutons de manchette en argent, petit gilet d’accompagnement, lavallière rouge cerise assortie aux cravates des témoins, chapeau de cérémonie. En tenue d’apparat, le visage bronzé à l’expression tendre, ses yeux clairs pétillants de bonheur et son regard doux posé sur moi, je le trouve magnifiquement beau et suis remplie de joie !
Le photographe nous accapare pour les premières photos de famille sur les terrasses du château. Par chance, le temps le permet encore. Le ciel est couvert mais il ne pleut pas. S’ensuivent celles avec nos témoins que nous réalisons dans le bois. La couleur verte et sombre des arbres, combinée au ciel morose et aux jolies tenues colorées de nos plus chers amis, confère au lieu une lumière irréelle, presque intemporelle et magique.
Après cette séance de poses, l’heure vient de se rendre sur le parvis de la mairie retrouver le reste des invités qui n’attendent plus que nous. C’est alors que retentissent encore un flot d’applaudissements, de « bravos ! », de « félicitations ! » et de nombreux compliments.
16 heures. L’assemblée prend place dans la salle des mariages. Ma mère prend la parole la première. Elle rappelle à l’assistance que le mariage consiste à prendre son envol vers la construction d’une famille, à se détacher ainsi de la famille d’origine pour en créer une nouvelle, une famille à soi.
Monsieur le Maire prononce ensuite le discours traditionnel. Surviennent alors les questions tant attendues qui lient un couple pour la vie : — Mademoiselle Suzanne Marie Lucie d’Albian, voulez-vous prendre pour époux monsieur Antoine Jean Benoît Raussart ici présent ?— Monsieur Antoine Jean Benoît Raussart, voulez-vous prendre pour épouse mademoiselle Suzanne Marie Lucie d’Albian ici présente ?
Nos deux « oui » retentissent sans hésitation. Nous sommes enfin mariés, si fiers et si heureux !
16h30. Jeunes mariés officiellement déclarés, nous sortons de la mairie et traversons la rue pour nous rendre à l’église recevoir le sacrement de mariage religieux, sous les yeux et les oreilles attentives de nos convives, majoritairement chrétiens. Une messe préparée avec le plus grand soin, pour laquelle chaque texte et chaque chant ont été choisis pour leur sens et leur message. Rien n’a été laissé au hasard, pas même le choix des fleurs, ni la couleur des livrets.
Dix ans que nous attendions ensemble ce moment. Dix ans que, en bons catholiques, nous vivions séparés, éloignés de plusieurs centaines de kilomètres pendant parfois plusieurs années dans le but d’effectuer nos études, de nous préparer à notre métier et d’envisager notre avenir d’adulte autonome et indépendant. Enfin, nous ne nous quitterions plus ! Enfin, nous vivrions à deux, ensemble chaque jour !
18 heures. Comme prévu, les secondes, les minutes et les heures se succèdent à une vitesse vertigineuse. Après la messe, le vin d’honneur est donné dans les salons du château. La pluie s’est installée et ne permet plus de profiter des somptueuses terrasses fleuries ni de la vue imprenable sur le lac. Malgré mon désir de faire découvrir ce décor de paradis à tous nos invités, peu importe qu’il fasse beau ou pas, qu’ils puissent admirer la vue ou non, rien ne me contrarie. Je suis heureuse et envahie de plénitude ! Au fil des coupes de champagne et des petits-fours, je circule dans la foule au bras de mon mari pour embrasser tout le monde et saluer ceux que nous n’avions pas encore vus.
20h30. Le dîner est servi sous le chapiteau, lui-même installé au fond du jardin de l’annexe située en contre-bas du château. Les invités se déplacent, cohorte de parapluies aux couleurs vives qui donnent à la pluie un éclat lumineux. La soirée est vite lancée et dure toute la nuit : la dégustation des mets s’enchaîne, entrecoupée des discours coutumiers, la sono donne le rythme. On valse, on danse, on boit, on mange, on rit ! L’instant est à la fête, on en profite pleinement !
