Le Nil : l’illustre fleuve africain - Leon Metchnikoff - E-Book

Le Nil : l’illustre fleuve africain E-Book

Leon Metchnikoff

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Beschreibung

Le Nil, le grand fleuve d’Afrique, le fleuve mystérieux, a de tout temps attiré l’attention des voyageurs… 
C’est lorsque le regard du voyageur s’est longtemps arrêté sur divers tableaux qu’offre la vallée du Nil, que sa pensée se reporte aux destinées du Nil et à la série de travaux par lesquels l’histoire de ce fleuve se rattache aux annales de l’humanité. En parcourant cette vallée, on conçoit qu’elle dut être le berceau des sociétés, parce qu’elle leur offrit d’abord la retraite la plus sûre et l’établissement le plus facile…
Si notre connaissance des origines du Nil n’est pas complète aujourd’hui, nous savons du moins que les deux fleuves géants de l’énorme continent africain, le Nil et le Congo, partent de sources distinctes, mais assez rapprochées….

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Veröffentlichungsjahr: 2025

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Le Nil

Le Nil : l’illustre fleuve africain

Le Nil, le grand fleuve d’Afrique, le fleuve mystérieux, a de tout temps attiré l’attention des voyageurs.

« Les particularités singulières qui le distinguent des autres cours d’eau du globe sont bien faites, en effet, pour éveiller la curiosité. Alors que tous les fleuves, pendant la chaleur de l’été, deviennent des ruisseaux, seul le Nil coule à grands flots, déborde, inonde les plaines de la basse Égypte, dépôt alluvionnaire qui lui doit sa naissance. Immense et majestueux, il coule ou plutôt il glisse lentement sur une faible pente sans que l’absorption des sables altérés du désert, sans que l’évaporation, sous ce climat torride, semblent diminuer la masse de ses eaux. »

(G. Marcel, Les sources du Nil).

Le Nil : Le fleuve de l’histoire et de la barbarie{1}

Au cœur même de l’Afrique, les pluies torrentielles de l’Équateur, en tombant dru sur la surface imperméable de l’une de ces terrasses qui sont la caractéristique du Continent noir, délimite à une région géographique très remarquable dont l’exploration, non encore tout à fait complète, date d’une quarantaine d’années. Ce que nous en connaissons aujourd’hui montre que les géographes du XVIe siècle possédaient déjà sur cette contrée des renseignements bien plus exacts qu’on ne le supposait naguère. D’après ces auteurs, en effet, les deux plus grands fleuves du monde africain, l’illustre Nil et l’obscur Congo, le Zairé des Portugais, prenaient leur source dans une même mer intérieure, Atché Lounda, censée occuper tout l’espace où se trouvent les puissantes nappes d’eau, Nyassa (Maravi), Bangouelo, Moero Okata, Tanganîka, Kéréoué ou Victoria Nyanza, cette dernière ayant quelque droit à l’appellation de mer, puisqu’elle dépasse en étendue le lac dit mer d’Aral. Les espaces intermédiaires à ces grands lacs, dont les tributaires et les émissaires divergent en tous sens, sont en maints endroits de vastes lagunes, des marécages aux contours incertains ; aussi la région tout entière a-t-elle pu produire l’impression d’une mer sur des voyageurs qui la côtoyaient sans la parcourir. Les renseignements des Portugais leur venaient des pombeiros, conducteurs noirs des caravanes qui, tous les ans, partent du Bihé, sur les frontières du Benguela, pour la région des grands lacs et du bas Zambèse; naguère encore ces notions étaient générales parmi les Arabes et les Zanzibariens qui, de temps immémorial, commercent avec l’intérieur par la voie des stations situées à l’est du Tanganîka et sur le haut Congo. Après avoir lu la description de l’Afrique centrale dans un ouvrage espagnol datant de la première moitié du XVIIe siècle et publié à Madrid sous ce titre : Relacion de la Mission Evangelica en el reyno de Congo de la serafica corporacion de los Capuchinos, on peut s’expliquer facilement que le célèbre Bruce, une fois parvenu aux sources du fleuve Bleu ou Bahr-el-Azrak, ait cru et fait croire à quelques savants contemporains avoir définitivement résolu le problème presque cent fois séculaire du Caput Nili, problème qui, depuis la plus haute antiquité, a passionné tant d’hommes éminents et coûté la vie à tant d’explorateurs !

Déjà, dans la dernière moitié du IIe siècle après Jésus-Christ, Claude Ptolémée savait que le fleuve mystérieux arrive de l’hémisphère austral, des montagnes de la Lune ; et en effet, Ou-nyamouézi, le nom de la contrée au sud du lac Victoria, est composé de trois mots bantou : ou (pays), nya (particule de relation), mouzi (lune). D’après le grand géographe alexandrin, le Nil surgit à l’ouest d’un autre fleuve, le Rhaptus ou Rhapta, nom qui — Livingstone le faisait remarquer dans son Dernier Journal – n’est pas sans consonance avec celui du Rovouma.

De plus, et ceci semble prouver que Ptolémée ne cherchait pas ses renseignements dans les nombreuses légendes et les récits fantaisistes du temps, il fait passer les six rivières qui, suivant lui, formaient le Caput Nili, par deux grands lacs situés au couchant et au levant l’un de l’autre (le Tanganîka et le Victoria-Nyanza). En somme, la notion qu’il nous a laissée du grand fleuve n’était guère moins éloignée de la vérité que celle de Speke et de Grant, lorsque, il y a plus de vingt-cinq ans, ils dissuadèrent Mlle Tinné de continuer son voyage, car, disaient-ils, ils s’étaient assuré, de visu, que le Nil prend sa source dans le grand Nyanza. Toutefois les brillantes découvertes de ces deux officiers suffisaient pour résoudre la question des versants africains, et c’est en vain que Livingstone poursuivait ses recherches des origines du Nil dans ces dépressions lacustres du Bangouéolo qui appartiennent au bassin du Congo, ainsi que Stanley devait bientôt après.

En regard des idées à peu près vraies de Ptolémée, voyons quel était, aux derniers temps de l’empire pharaonique, le résumé de la sagesse égyptienne au sujet du grand mystère de la « Tête du Nil ». D’après Hérodote, le voile n’était levé que pour un seul homme, le scribe sacré du temple de la déesse Neit (Athéné, Minerve) à Naïs. Comment le voyageur grec est-il parvenu à surprendre cet auguste secret ? On l’ignore, mais il nous le livre sans réserve : « Ce sont, dit-il, deux montagnes aux sommets pointus, Krophi et Mophi, situées entre la ville de Syène (Assouan) dans le domaine thébain, et la ville d’Éléphantine (Abou). »

On voit par là que, pour les anciens Égyptiens, les sources du Nil s’identifiaient avec la limite extrême de ses inondations bienfaisantes : ni eux, ni Hérodote qui, dans les chapitres XXIX, XXX, XXXI, donne l’itinéraire exact d’Éléphantine à Méroé par Tachompso, et plus loin, au pays des Automoles, n’étaient pas sans savoir que le fleuve existe bien au-delà de ses prétendues origines. Mais aux yeux de ces peuples, vivent seulement des inondations périodiques du Nil, de la substance même du divin Hapi, ce fleuve ne présentait plus d’intérêt, dès que, encaissé entre les hautes murailles de sa prison nubienne, il ne pouvait sortir de son lit, abandonnant ainsi au souffle empoisonné du désert, à son antagoniste Set-Typhon, le pays qu’il traverse sans le féconder. Il nous semble plus extraordinaire que cette origine fût regardée comme un mystère redoutable, puisque le plus infime des pêcheurs et des bateliers, ces corporations abjectes de l’Égypte ancienne, pouvait de son œil sacrilège profaner la sainteté de ces lieux.

Néron, passionné comme tous les césars des premiers temps de l’Empire pour la question de la « Tête du Nil » envoya deux centurions à la recherche des véritables sources du grand fleuve : ils avaient réussi à le remonter plus haut que son confluent avec la rivière des Arabes, plus loin que n’importe lequel de nos voyageurs européens d’il y a cinquante ans, lorsqu’ils furent arrêtés par les sedd ou seudd, ces amas d’herbes flottantes auxquels on peut appliquer le nom d’« embarras », dans le sens qu’attribuent à ce mot les créoles de la Louisiane.

Ces émissaires avaient surpris sans doute le secret gardé par le trésorier hiérophante de la sagesse divine de Saïs, et, si impressionnés furent-ils par cette bizarre conception égyptienne d’un fleuve ayant ses sources à quelque 1500 kilomètres en aval du lieu jusqu’où ils l’avaient remonté, que, à leur retour, ils rapportèrent à l’empereur avoir réellement vu le Nil surgir d’entre les deux collines Krophi et Mophi, aux fontaines insondables. Une moitié des eaux du gouffre, disaient-ils, se dirige vers le nord et forme le Nil Hapi des Égyptiens ; l’autre s’écoule vers l’Éthiopie et s’y perd en des marais infranchissables.

Pour Ptolémée, comme pour nos explorateurs modernes, le problème des sources du Nil n’était donc qu’une simple question de géographie ; pour les Égyptiens même longtemps après la chute de leur empire, elle restait dans le domaine sacré des mystères de la religion, domaine où la solution la moins compatible avec les lois naturelles les mieux établies est précisément celle que le croyant embrasse avec le plus de ferveur… On n’avait jamais vu de rivière sourdre du milieu, voire même près de la fin de son cours ; mais, quel autre fleuve pouvait se comparer au Nil, au divin Hapi ? À mon avis, la simple juxtaposition des deux réponses au problème du Caput Nili, celle du géographe macédonien d’Alexandrie et celle des prêtres de Saïs, permet d’apprécier, d’un coup d’œil, la différence entre l’esprit de la civilisation méditerranéenne et l’esprit de l’ancienne Égypte ; les résultats militaires de l’expédition de Ptolémée Philadelphe amenaient le Grec Ératosthène, cité par Strabon, à conclure que le Nil à son origine dans les grands lacs de l’Afrique équatoriale, tandis que les ministres de Neit, de la Suprême Sagesse égyptienne, se transmettaient encore, comme un mystère vénérable et sacré, la fable de Krophi et de Mophi.

Si notre connaissance des origines du Nil n’est pas complète aujourd’hui, nous savons du moins que les deux fleuves géants de l’énorme continent africain, le Nil et le Congo, partent de sources distinctes, mais assez rapprochées. Le Tanganîka, qui se rattache au Congo par le Loukouga, et le Victoria-Nyanza, d’où sort le Nil, appartiennent à deux bassins différents. Il est vrai que de ce côté le faîte de séparation du Nil et du Congo se hérisse de pics élevés, de nature probablement volcanique, tels que le Ganbaragara, au nord-est du lac figurant sur nos cartes sous le nom de Louta-Nzighé, et le M’foumbiro, entre ce même lac et le plus fort des tributaires du Kéréoué-Nyanza, le Tangouré, provisoirement Nil Alexandra. Mais ces pics ne se relient par rameaux continus, ni aux massifs gigantesques des monts Kenya et Kilima-Njaro, ni à la rangée dite chaîne des Explorateurs, qui borde, à l’ouest, le M’voutan-Nzighé (Albert-Nyanza) ; plus au nord, la ligne de démarcation entre les bassins énormes du Nil et du Ouellé, le grand affluent du Congo, est généralement indiquée par de petits accidents de terrain ou même par des plaines à pente indécise ; à la saison des pluies, il est possible qu’une des mares ou lagunes si nombreuses de cette région mêle ses eaux à celles de ses deux grands voisins, et serve ainsi de trait d’union temporaire entre le Tanganika et le Kéréoné-Nyanza, entre le Congo et le Nil. Cependant, des origines de l’Ouellé, affluent du Congo, aux sources présumées des tributaires les plus méridionaux du Nil, on voit assez distinctement la ligne de démarcation courir du nord-ouest au sud-est. Prolongeons-la jusqu’aux limites du continent africain, nous obtenons un axe idéal se dirigeant du cap Spartel vers la mer de Zanzibar : si, maintenant, à partir de l’extrémité méridionale du Soulaiman-dagh, nous tirons, à travers l’Asie et l’Europe, une droite parallèle à la diagonale de l’Afrique par les sources du Nil, nous déterminons ainsi deux grands blocs continentaux de dimension et surtout d’importance historique très inégale, ayant chacun son fleuve géant né dans un commun berceau, la région des grands lacs de l’Afrique équatoriale. À droite de l’axe, le bloc « nilotique » nous présente bien quelques déserts, des espaces restreints où domine la barbarie, mais aussi, nous y voyons les territoires de toutes les grandes civilisations qui ont brillé dans les annales de l’Occident, de la plus haute antiquité aux temps modernes : l’Égypte avec l’Éthiopie ; les provinces méditerranéennes de l’Afrique : l’Asie antérieure, du delta de l’Indus au Caucase et à la Syrie ; l’Asie Mineure ; toute l’Europe centrale et occidentale avec les îles Britanniques, sans en exclure la Scandinavie méridionale et une partie de la Russie. Le bloc laissé à gauche comprend le reste de l’Afrique, c’est-à-dire le vrai continent Noir qui s’est montré, jusqu’à ce jour, si réfractaire à la civilisation et à l’histoire !