Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Sybille menait une vie heureuse lorsqu'un accident de la route vint tout chambouler. Alors que la mort de son bébé lui semblait insurmontable, elle prit la décision de se lancer du haut d'un pont. Mais c'était sans compter sur une mystérieuse voix qui vint bouleverser ses plans... Cette aide inattendue sera-t-elle suffisante pour guider Sybille vers la voie du pardon, de l'amour et du lâcher prise ?
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 69
Veröffentlichungsjahr: 2020
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
C’était une de ces soirées d'octobre, lorsque le soleil n’est pas encore totalement couché et que le ciel est légèrement rosé. Lorsque le vent est frais sans, pour autant, être glacial et qu’il vous transperce les poumons, comme si chaque bouffée d'air vous faisait renaître, encore et encore. Sybille gardait les yeux fermés. Comme si cet instant allait être le dernier. Et c’est ce qu’il serait. Car elle l'avait tout simplement prévu comme ça. Ses autres sens en alerte, elle écoutait la vie qui continuait autour d'elle. Elle sentait des odeurs auxquelles elle n'avait peut-être jamais prêté attention, avant. Mais, avant quoi ? Avant que la vie ne s’arrête. Avant que ma vie ne s’arrête. Sybille avait toujours cru qu’avant la mort, elle verrait des images de sa vie défiler devant ses yeux. Peut-être faut-il que je les ouvre ? Non, le spectacle n’était pas très beau à voir. Des files de bitume, personne ne trouve ça joli. Elle préférait les garder clos. Elle pensait à Hugo. Elle ne pensait qu’à lui. Dans sa tête, c’étaient lui et ses rires, lui et ses sourires, ses gazouillis, ses petits gestes involontaires et rigolos qui laissaient parfois penser à des insultes, ces bercements qui duraient, enlacés l'un contre l'autre, ces berceuses qu’elle inventait et qu’elle lui chantait doucement à l'oreille. C’était son visage si parfait. Ses yeux bleu marine, son petit nez retroussé, sa bouche en forme de cœur et ses joues toutes rondes. C’était ce qu’elle tentait de garder à l'esprit. Car, bien souvent, c’étaient les images les plus dures qui lui venaient automatiquement. Hugo les yeux fermés, dans son siège retourné. Hugo ailleurs. Hugo parti. C’était une véritable torture mentale, torture du cœur. Sybille enjamba la rambarde, bien décidée à ne plus devoir souffrir ni subir cette vie dont elle n’a pas voulu. Quelques voitures klaxonnaient mais elle n'y prêtait pas attention. C’était sa décision, pas la leur. Elle tendit un pied pour se rendre compte du vide, se mesurer à lui, l’affronter. Ce sentiment étrange de fin, elle le ressentait jusqu’au plus profond d’elle-même. Elle se sentait à la fois petite et puissante. Le corps à moitié dans le vide, son sentiment de liberté et de paix tant désiré l'emplissait pleinement. Son âme n’était qu’à deux doigts de retrouver celle de son enfant.
-Tu ne feras pas ça.
Sybille poussa un cri et manqua de tomber. Certes, c’était son but mais, pas de cette manière. Elle préférait le faire volontairement. Elle se retourna, prête à faire face à un inconnu décidé à la sauver sans son accord, mais ne vit personne. C'est pas possible, je deviens folle. Décidément, je n'ai vraiment rien de bon à retenir de ce maudit passage sur terre.
-Bien sûr que si.
Sybille enjamba la rambarde dans l'autre sens et se rua sur le trottoir.
-Qui a dit ça ? Vous allez me foutre la paix, oui ?
La question, ou plutôt, l'ordre, resta sans réponse. La jeune femme se dirigea vers la barrière. Cette fois, elle était bien décidée à ne pas se laisser distraire. Elle leva la jambe droite lorsqu’une grosse rafale de vent la fit vaciller vers l’arrière.
-N'as-tu pas encore compris que je ne te laisserai pas faire ?
-Mais, qui a dit ça ? Où êtes-vous ?
-Je suis invisible pour l'homme. Mais, moi, je peux te voir.
-Oui, c’est ça, Messmer le magicien. J'ai autre chose à faire, pour l'instant. Laissez-moi tranquille !
-Reconnaître son impuissance face à la fatalité, c’est lâcher prise. Parfois, il faut savoir accepter ce qui vient, accepter ce qui s’en va.
Sybille, furieuse, fit quelques pas en arrière. Décidément, ce bon Samaritain semblait doué à cache-cache. Elle s'approcha d’une poubelle de rue, la seule chose susceptible de cacher un homme ici, mais à sa grande surprise, cette dernière ne contenait que du plastique et quelques résidus alimentaires.
-Comment osez-vous parler de ce que vous ne savez pas ? Accepter ce qui s’en va ? Je rêve… Jamais au grand jamais je n’accepterai la mort de mon bébé ! Vous m’entendez ? Jamais !
Sybille se laissa tomber sur le sol et éclata en sanglots. Pleurer, voilà la seule chose qu’elle ne se permettait jamais de faire en journée. Elle se contenait pour le soir, lorsqu’elle retrouvait son lit. Mais, aujourd’hui, alors qu’elle espérait rejoindre son fils, quelque chose l'en avait empêchée. Était-ce uniquement de la faute de cet homme invisible ? Sybille se releva tant bien que mal et regagna sa voiture, garée à une vingtaine de mètres du pont. Elle décida de revenir le lendemain. Les émotions ont pris le dessus, cette fois-ci.
Sur la route pour la maison, Sybille repensa à cet homme qui l'avait empêchée de passer à l'acte. Elle n'avait pas rêvé, elle était persuadée d'avoir entendu quelqu’un parler. Elle chassa ses pensées d’un revers de la main, comme si elles pouvaient physiquement disparaître. Rentrer chez elle, elle n'en n’avait aucune envie. Surtout depuis que son « chez elle » est devenu « chez maman ». Tout a changé depuis la mort d'Hugo. Stephan n'a pas su supporter cette vie et cette tristesse quotidienne aux côtés de sa compagne et est parti se réfugier dans les forêts du Canada. Sybille s’est retrouvée seule, du jour au lendemain. A pleurer la perte de son petit, à maudire la disparition de son conjoint. Elle ne s’est plus présentée à son travail d’employée de bureau pour une compagnie d’avocats véreux. Et elle a fini par perdre son boulot. N'ayant plus les moyens de payer son loyer, elle a perdu son appartement, également. Ce qui la obligée à retourner chez sa mère, Brielle. Elle ne trouvait sa place nulle part. Même sa mère, aussi aimante fût-elle, était incapable de la soulager. Mais elle n'avait pas d’autre endroit où se rendre. Prendre le volant était déjà un très gros effort. Reprendre la route après l'accident avait été une véritable épreuve. C’était revivre la scène, c’était se retourner sans cesse vers la banquette arrière avec cette angoisse de revoir son petit Hugo sans vie. Elle n'a pas eu trop le choix. Sa mère vivant en pleine campagne et, le village ne comptant que deux bus par jour, le moindre déplacement ne pouvait se faire qu'avec une voiture. Arrivée dans la rue des Arbustes, nom qu’elle avait toujours trouvé ridicule, d’autant plus qu’il n’y avait aucun arbuste, la petite Micra bleue se gara au numéro 76. Une petite maisonnette blanche aux volets foncés, décorée d’un lierre montant peu entretenu. Voire, pas du tout. C’était la maison familiale. Sybille y avait passé toute son enfance, entourée de sa mère et de sa sœur, Joséphine. Leur père étant à l’armée, il avait préféré rester vivre en Afrique, où il avait probablement rencontré une autre femme et ne communiquait avec ses filles qu’une fois semaine, par téléphone.
Brielle accueillit sa fille le plus chaleureusement possible, la serrant dans ses bras.
-Bonjour, trésor. Ta promenade t'a fait du bien ?
-Non.
-Oh… Ce soir, je prépare des tacos. Soirée mexicaine comme on les aimait avec ta sœur.
-C'est gentil, maman. Mais, je n’ai pas faim.
-Sybille, ça fait trois mois que tu ne manges plus…
-Je n’en n'ai plus l'envie. Tu peux comprendre ça, maman ? Je n’ai plus envie de manger, je n’ai plus envie de dormir, je n’ai plus envie de sourire, je n’ai plus envie de parler, je n’ai plus envie de vivre. Tu peux comprendre ça, maman ?
Brielle ne savait plus quoi répondre. Comment en vouloir à sa fille ? Elle qui vivait le pire. Et, qui, malgré tout, restait là, debout.
-Je t'aime, ma grande. Ne l'oublie jamais.
Sybille ferma les yeux et se rendit dans sa chambre. Elle aussi, elle aimait sa mère. Elle n'arrivait tout simplement plus à le lui dire. D'ailleurs, elle ne s'imaginait pas pouvoir le dire à qui que ce soit. À toi, si. Je t’aime mon ange… Elle s'installa à son bureau lorsqu’un message venu de nulle part apparut sur l’écran de son ordinateur.
Si tu savais le don de Dieu
Et ce que c’est que le ciel !
Si tu pouvais d’ici entendre le chant
Des bienheureux et me voir au milieu d'eux !
