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Je n'ai alors que 18 ans lorsque je rencontre Julien, l'homme de mes rêves. Mais lorsque son masque tombe, c'est un tout autre visage qui apparaît. Manipulée, maltraitée et complètement sous l'emprise d'un monstre, comment trouver le courage de fuir ? Le désespoir prend sa place mais, contre toute attente, ma volonté de vivre semble plus forte que tout.
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Seitenzahl: 111
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Je me devais d’écrire. Tout d’abord pour moi, pour me permettre d’avancer, pour m’enlever un poids lourd de douleur qui me restait dans le fond de mon âme. Mais, aussi pour vous. Pour toutes ces femmes qui vivent dans l’angoisse, dans la peur de ne pas pouvoir s’imaginer un lendemain. Je me devais d’écrire pour dénoncer. Dénoncer l’enfer de la violence conjugale. L’enfer d’un monde qui choque, qui intimide. Un monde tabou et pourtant…
Tous les mois, six femmes meurent de violence conjugale. À un souffle près, j’étais l’une d’entre elles.
Partie 1
Partie 2
Partie 3
Cinq ans après.
C’est un matin de novembre. Il fait encore sombre, quelques vieux lampadaires crépitent et éclairent le quai vide. Les rails sont recouverts de glace, ce qui explique sans doute pourquoi mon train ajoute déjà dix minutes à son retard. Il fait particulièrement froid et, comme à mon habitude, je n’ai pas mis de gants. J’ai toujours trouvé ça inutile, car mes doigts finissent toujours par geler aussi vite que le bout de mon nez. Du bout des lèvres, j’attrape une clope dans mon paquet de Gauloises. Mon briquet fait mine de me lâcher, mais je saisis juste à temps la petite flamme violette. Une bouffée de douceur et de réconfort envahit mes poumons et je profite de cet intense silence pour reposer mon esprit. Ce fut de courte durée. Derrière moi la neige se craque sous des pas lourds.
— Puis-je t’emprunter ton feu ?
La cigarette à la bouche, un jeune homme d’une vingtaine d’années me tend ses mains. Elles tremblent. Lui non plus n’a pas de mis de gants.
Il sourit en me rendant mon petit briquet rose à fleurs. Je suis directement mal à l’aise quant à la vue de sa dentition déplorable. Ses dents se superposent à certains endroits, d’autres sont même carrément absentes. Une mâchoire carrée, sévère qui semble ne pas pouvoir se fermer totalement.
Encore un bagarreur…
Tandis qu’il me raconte la dure journée de travail qui l’attend, je remarque une grosse tache noire sur son cou. Il tire longuement une dernière bouffée sur sa cigarette et j’en profite pour inspecter discrètement. Un tatouage tribal, pas fort droit. Un prénom, Léo. Le sien ?
— Au fait, moi c’est Julien. Je te raconte mes soucis de boulot avant même de me présenter, quel con je suis, me dit-il en riant.
— Moi, c’est Albane. Tu fais quoi exactement ?
Il m’explique qu’il est peintre, dans le bâtiment. Il doit se lever tôt, car il a énormément de travail sur un chantier dont il est seul à s’occuper. Il fait de longues journées et saute ainsi beaucoup de repas. Ce qui explique sans doute qu’il ne soit pas bien épais. Un courageux.
— Je rentre tard et je n’ai pas beaucoup de temps pour mon fils, malheureusement. Léo, il a 11 mois, me dit-il en me montrant fièrement une photo du bambin. Un beau petit blond bouclé aux grands yeux bleus. Il arbore un large sourire, laissant apparaître quatre petites dents bien blanches.
— Il est adorable. Vous devez être fiers, toi et ta compagne !
Oui, c’est tout moi ça. Curiosité mal placée.
Son visage se déforme alors et je lis dans ses yeux beaucoup de colère. Mince, j’aurais mieux fait de me taire.
— Si tu savais… Cette idiote ne fait rien pour lui. Nous sommes séparés depuis la naissance du petit. À vrai dire, déjà pendant sa grossesse, ça n’allait plus. Elle n’a d’yeux que pour son mec. Quand Léo revient de chez elle, je le retrouve avec des bleus, il hurle, ne veut pas dormir. Si j’apprends que son connard touche à mon fils…
Il serre les dents et ferme les yeux. Puis il enchaîne :
— Bref, je préfère quand il est chez moi. Je vis chez ma mère, donc quand je ne suis pas là, c’est elle qui s’en occupe. Au moins, je suis rassuré, car il est entre de bonnes mains.
Il vient de toucher un point sensible. Je comprends évidemment cette colère qui se dégage de lui, mais ce que je ne comprends pas c’est qu’une maman puisse ainsi dénigrer son petit. L’image que je me fais de ce bébé plein de contusions m’horripile. Quelque chose tout de même cloche dans son récit. Pourquoi ne pas faire appel aux services de protection de l’enfance ? Ou pourquoi ne pas simplement prévenir la police ? Mais, par crainte de l’énerver davantage, je ne lui pose pas plus de questions. Il y a sûrement déjà pensé, une procédure en justice est peut-être en cours.
Le train arrive enfin. Cinquante minutes de retard. Je m’assois sur la première banquette de libre et Julien me rejoint. Nous discutons de nos activités quotidiennes et échangeons nos numéros de téléphone. Le jeune homme quitte le train au prochain arrêt. De mon côté, j’en ai encore pour trente minutes.
Je suis élève en deuxième année de puériculture. Une formation de trois ans permettant d’obtenir son diplôme grâce à une étude théorique sérieuse et de nombreux stages en crèches et en classes maternelles. J’ai un très bon niveau scolaire et j’apprécie énormément ce que je fais. Ma bienveillance naturelle m’a toujours attiré l’amour des enfants et la confiance de mon entourage aussi bien scolaire que familial. Bref, je suis le cliché parfait de la blondinette populaire de son école, aimée et aimante. À un détail près, j’ai les cheveux châtain foncé.
Je rejoins mes amies au Coup’Tifs, petite devanture de salon de coiffure qui nous sert de siège, de table, de bar, mais aussi d’abri pour la pluie. Ce qui ne plaît pas toujours à la gérante, aussitôt son salon ouvert.
— Ah ! La voilà enfin ! lance Brigitte, attirant ainsi toute l’attention dans ma direction.
Je salue le petit comité et m’incruste dans la conversation. Brigitte est la plus âgée de nous cinq. Toujours enjouée, sotte et imprévisible, elle est de loin ma préférée. Soyez son ami et il faudra lui passer sur le corps avant qu’on ne puisse vous atteindre. Mais soyez son ennemi et je vous conseille deux ou trois petits cours de kick-boxing, sait-on jamais, elle a la claque facile. Aujourd’hui, nous entamons le premier jour de la dernière semaine de l’année. Je me rends compte alors que le temps passe à une vitesse folle et j’ai hâte de démarrer l’année nouvelle, l’année 2013. Je la sens merveilleuse. Malheureusement, je me trompe totalement.
2013 sera mon cauchemar.
21 novembre 2012.
Il est cinq heures du matin et je suis claquée. Quelques semaines de congé me feront du bien. J’erre dans la maison tel un zombie et me dirige vers la cuisine. Dans la pénombre, je me prends le petit orteil dans une chaise. Merde ! Je pousse un cri. Ces soi-disant détecteurs de meubles, tu parles. Mon radar à moi il doit être HS. Une tasse de Nesquick et on y pense plus. Zip zip ! Mon téléphone en mode silencieux me prévient d’un message. C’est Julien, le jeune homme du train que j’avais rencontré deux jours plus tôt. Il me propose de m’accompagner en voiture. L’idée du chauffage réconfortant d’une voiture et d’une bonne compagnie avec qui papoter me plaît bien, mais je suis tellement fatiguée que je préfère prendre le train et m’y reposer. Seule, avec mes écouteurs. Comme tous ces ados solitaires, bloqués dans leur bulle imaginaire. Je décline l’invitation bien poliment et je file à la salle de bains.
Aujourd’hui je retrouve mes bambins. Tous âgés entre quatre et onze mois. Je suis enchantée de les retrouver chaque semaine, eux et leurs sourires, leurs gazouillis, leur innocence que j’envie, parfois. Ces petits êtres qui embellissent mes journées, mais qui me les remplissent bien aussi.
La journée passe étonnamment vite et touche déjà à sa fin. Dehors, le parking aux petits cailloux gris est recouvert d’un doux drap blanc. Je souris, car je suis la première à y laisser mes empreintes en le quittant. J’allume une cigarette et me dirige vers la petite gare du village qui se trouve à plus ou moins un kilomètre et demi. Il est déjà 17 heures passée. Mon train arrive dans 45 minutes. Je marche lentement et j’en profite pour admirer ces épais tapis blancs qui m’entourent. Des champs à perte de vue. La campagne, le silence de la nature, la paix.
Je viens d’une grande ville. Bruxelles, la capitale de la Belgique. Lorsque j’ai eu 5 ans, mes parents se sont brutalement séparés. Ma petite sœur, Loïs, âgée d’un an à l’époque, et moi avons donc emménagé une petite maison à la campagne avec notre maman. Bien loin de tous nos repères, mais très proche de notre grand-mère maternelle. Ce fut très dur de s’habituer à cette vie bien différente de la vie citadine, mais au final très rapide pour des gosses. Il en était certainement autrement pour ma mère, mais j’étais sans doute trop jeune pour le comprendre vraiment. À présent, je me fonds sans difficulté dans cette masse de villageois, d’hommes des terres, de femmes à tout faire…
Le ciel s’assombrit rapidement et je ne suis pas vraiment rassurée, seule, sur ce petit quai sans gare. Il y a un bien un petit abri à ma gauche, mais une forte odeur d’urine me convainc de ne pas y entrer. Comme si ce n’était pas assez pénible, la jolie voie robotique du microphone m’annonce alors que le train n’arrivera pas en gare, suite à un problème de glace sur la voie ferrée.
Toujours pareil avec eux…
Je saisis mon smartphone et je contacte ma maman, mais celle-ci ne sait pas venir me chercher avant une bonne heure. Merde, j’ai les orteils qui gèlent et j’ai la goutte au nez. Soudain, je repense à la proposition de Julien, ce matin. Espérant qu’il ait déjà quitté son chantier, je lui envoie un message. Il me répond dans la seconde même. Il arrive dans vingt minutes.
Deux cigarettes plus tard, une petite Mercedes noire, toutes vitres teintées, s’arrête à mon niveau.
L’air chaud et apaisant du chauffage dégèle rapidement mes orteils et mes doigts. Julien est en T-shirt, ce qui me laisse entrevoir un second tatouage sur son avant-bras droit. Il sent bon et ses cheveux sont correctement coiffés. De toute évidence, il ne revient pas de son boulot.
— J’étais chez moi quand tu m’as envoyé un message. Je ne travaillais pas aujourd’hui. J’ai sauté vite fait dans mes habits et je suis arrivé ici en un quart d’heure, me dit-il, fier comme un coq.
Je souris en le regardant. Quelque chose chez lui m’intrigue. Il n’est pas très beau, c’est vrai. Mais, j’arrive à lui trouver quelque chose. Peut-être est-ce son assurance qui m’impressionne, ou encore son histoire qui me touche plus qu’elle ne devrait. Julien manie comme un professionnel son auto sur la neige. Je me sens en sécurité. Je me mets alors à rêvasser et me laisse emporter par un tube de Francis Cabrel qui passe à la radio.
Julien viendra me chercher plusieurs jours de suite. On se racontera nos journées, nos envies, nos projets. On se confiera des secrets, de beaux souvenirs bien gardés ou de beaux souvenirs tout court. Et petit à petit, nous tomberons amoureux. Il m’embrassera un soir de décembre, sur le seuil de la porte. Et je serai heureuse. Pour un temps.
Un mois plus tard, il m’avouera qu’il n’a, en réalité, pas de permis et que la Mercedes appartient à sa mère. Premier mensonge. Je serai choquée, mais ma garde baissera lorsqu’il me racontera que tout est question de simples formalités administratives. Après tout, il roulait très bien. Que pouvait-il nous arriver ?
24 Mars 2013.
Plusieurs mois se sont écoulés. Léo est attablé au salon, devant ses dessins animés. Il grignote une tranche de pain à la confiture de fraises. Il semble si heureux, je l’envie beaucoup. Mon monde à moi s’est obscurci il y a trois mois maintenant. Le 19 décembre 2012. Une date gravée dans ma mémoire, celle du décès de ma grand-mère. Je n’arrive pas à m’en remettre, en fait, je ne m’en rends pas encore bien compte. Ce fut brutal, personne ne s’y attendait. Ma grand-mère n’avait pas de maladie particulière. Cependant, elle souffrait d’un sérieux alcoolisme depuis de longues années. Dotée d’une excellente culture générale et d’un amour pour les lettres, elle grimpait facilement les échelons de sa carrière, celle-ci était d’ailleurs très fleurissante. Ce qui n’était pas le cas de son mariage. Son couple battait de l’aile et finit par se briser par le suicide de son époux, laissant alors derrière lui une femme dépassée par les événements et deux enfants absolument malheureux. Ma mère, Jill, avait 5 ans lors du drame et mon oncle, Noé, 2 ans. La chute fut alors vertigineuse. Une vie gâchée par l’ivresse, le tabac, la mauvaise humeur, l’égoïsme d’une mère qui ne pensait plus qu’à elle. Les deux enfants durent alors se tenir les coudes, ramassant les claques de colère de leur mère, supportant les crises d’alcool, les crises de nerfs. Supportant aussi le regard des autres. Une vie dont on se passerait volontiers. Néanmoins, elle continua sa vie de son côté et ses enfants du leur. Malgré tout, l’entente était restée au beau fixe entre eux trois.
