Le passé au présent - Sandra Mamboury - E-Book

Le passé au présent E-Book

Sandra Mamboury

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Beschreibung

Sandra Mamboury se passionne pour la vie de son arrière-arrière-grand-mère, la cantatrice et compositrice Pauline Viardot, une des plus célèbres artistes lyriques du XIXe siècle. À chacun de ses passages à Paris, elle fleurit sa tombe au cimetière de Montmartre. Mais lorsqu’elle arrive avec un bouquet de roses pour célébrer les 200 ans de son ancêtre, elle se trouve face à cette grande dame en tenue d’époque. Elles font connaissance. Sandra décide alors d’emmener Pauline à Genève pour enregistrer sa voix jusque-là méconnue, le phonographe n’existant pas lorsqu’elle chantait. Le début d’un voyage incroyable où le présent côtoie le passé, où le réel flirte avec l’imaginaire.


À PROPOS DE L'AUTEURE


Journaliste,  Sandra Mamboury a travaillé au quotidien  La Suisse et à la  Radio Suisse Romande. En 1990, elle crée l’« Encre bleue » à la Tribune de Genève, billet quotidien qu’elle rédigera pendant vingt ans sous le pseudonyme de Julie. Elle a écrit et joué deux one woman shows, au P’tit Music’Hohl en 2007 et au Palais Mascotte en 2011. Aujourd’hui romancière, elle signe ici son quatrième ouvrage. 

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Seitenzahl: 101

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Conception graphique de la couverture et mise en page Marquis Interscript, Québec (Québec)

Photo de l’auteure en couverture: Studio Diane Bouchet, Genève

Les Éditions du Chien Jaune

©CoJPresse, 1255 Veyrier (Genève-Suisse)

Tous droits réservés pour tous pays.

Informations et contact:

www.corinnejaquet.ch

ISBN 978-2-9701487-2-2 pour la version imprimée

Cet ouvrage existe en format numérique:

ISBN 978-2-9701487-3-9

À ma mère qui m’a tant parlé de Pauline…

Table des matières

Préface

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Épilogue

Merci à…

Références

Cahier de photos

Préface

«Quiconque se sent pénétré d’un amour vrai pour son art ne peut rien craindre.»

Ces mots sont ceux de George Sand dans son roman Consuelo, inspiré et dédié à Pauline Garcia Viardot. Cet ouvrage reflète ce que fut l’existence d’une des plus grandes musiciennes de tous les temps.

Pianiste, cantatrice, compositrice, elle affirma maintes fois que la musique fut le langage premier de toute sa vie. Deux cents ans après sa naissance, il est urgent de rendre hommage à celle qui reste un exemple. Dans un moment où nous nous penchons enfin sur la place de la femme dans la société et où nous envisageons une relecture nécessaire de l’histoire des femmes dans la création.

Pauline tout au long de sa vie de musicienne, d’éditrice, de pédagogue, de mentor, de dessinatrice, de costumière, d’épistolaire, nous rappelle l’importance de la culture, celle affirmée par Stéphane Zweig en 1932. Il disait alors que si dans l’histoire des guerres les peuples ne sont présentés que comme des ennemis, dans l’histoire de la culture ils apparaissent comme des frères.

Cette Parisienne née rue de Richelieu, décédée boulevard Saint-Germain, ayant habité une bonne partie de sa vie rue de Douai, avec de fortes racines espagnoles, deviendra une des femmes les plus cosmopolites et essentielles de l’histoire de l’Europe. Grâce à elle, un pont s’établira entre l’Occident et la Russie; grâce à elle, la continuité d’une généalogie vocale initiée par son père Manuel Garcia et poursuivie par son frère Manuel, deviendra, jusqu’à nos jours, synonyme d’excellence, ayant inspiré les chanteurs européens et américains et depuis peu, également les Asiatiques.

Pauline composera des mélodies en cinq langues. Elle en parlait six, ayant même élargi à d’autres idiomes comme le serbe ou le vieux toscan, à un moment où l’ethnomusicologie n’était pas encore une vraie discipline, Pauline recueillera des chants berrichons lors de ses promenades avec son amie George Sand à Nohant, et harmonisera des chants populaires, des chants traditionnels espagnols ou russes ou serbes.

En mettant à l’honneur Pauline Viardot pour le 200e anniversaire de sa naissance, la France et l’Europe célèbrent donc main dans la main l’une des grandes figures de notre histoire millénaire. Le Panthéon européen, fruit de notre héritage culturel commun, ouvre ses portes à une femme d’exception qui n’a cessé de transcender les frontières et de nourrir l’idée d’une conscience transnationale et fraternelle, avec toujours la musique pour identité et l’Europe comme horizon.

Aujourd’hui, le Centre européen de musique veut perpétuer cet exemple à Bougival, là où elle a vécu de 1874 à 1883, là où elle réunissait également tous les grands esprits européens et même d’ailleurs. Car Henry James, l’immense écrivain américain, était lui aussi à Bougival. Elle est donc devenue cette figure tutélaire de notre projet.

Ma généalogie vocale n’est pas comparable à celle de Madame Mamboury, l’arrière-arrière-petite fille de cette grande dame. Il est bon de croire aujourd’hui que lumière soit faite sur l’exemple de votre famille, Madame. Un exemple de cette consécration à la musique, à l’art, aux lettres qui furent vos ancêtres. Sachez que jusqu’à mon dernier souffle, l’exemple de Pauline, l’exemple de Louis Viardot, l’exemple d’Ivan Tourgueniev, l’exemple de Georges Bizet seront perpétués dans le Centre européen de musique.

Jorge Chaminé

Extrait du discours de Jorge Chaminé, baryton, fondateur et président du Centre européen de Musique, lors de l’inauguration du Jardin Pauline Garcia Viardot dans le 9e arrondissement de Paris le 15 juillet 2021.

1

Cimetière de Montmartre, un après-midi d’automne. Arrivée de Genève quelques heures plus tôt, j’arpente l’avenue de la Croix. Les arbres sont aussi nus que les vers six pieds sous terre. Seules quelques feuilles persistantes colorent d’ambre et de rouille cette défunte nature. À deux enjambées de la division 28, je ralentis. Mon pouls s’accélère. Dans un instant, je me recueillerai sur la tombe de mon arrière-arrière-grand-mère. La compositrice et cantatrice Pauline Viardot, née Michelle Ferdinande Pauline Garcia à Paris le 18 juillet 1821, décédée dans la capitale le 18 mai 1910. J’apprenais, il y a quelque temps, qu’elle reposait ici et profitais de sauts de puce à Paris pour lui offrir des fleurs.

Un passage caillouteux longe les sépultures accolées les unes aux autres. Ainsi serrés, les défunts se sentent moins seuls. La voilà, la stèle pyramidale en granit gris de mon ancêtre, sa demeure depuis que la faucheuse l’obligea à abandonner son appartement du boulevard Saint-Germain. Son mari, Louis Viardot, partage son carré de terre orné d’un aucuba vert tendre.

La diva n’attire certainement pas autant de fans que Dalida à l’entrée nord du cimetière. Aujourd’hui, pourtant, je ne suis pas seule à rendre hommage à mon aïeule. Cheveux blancs relevés en chignon, robe de dentelle noire, une dame sans âge est adossée à la pierre, regard dans le vague. Une parente? Une admiratrice? Une musicienne?

Je la salue poliment: «Bonjour Madame.»

— À qui ai-je l’honneur? me répond-elle aimablement.

— Je me prénomme Sandra, je suis l’arrière-arrière-petite fille de Pauline Viardot.

Elle me dévisage, comme si je tombais d’une planète inconnue. Puis, le souffle court:

— Incroyable! Quel bonheur de te rencontrer Sandra. Je me présente, Pauline Viardot, oui, Pauline Viardot.

Éberluée, je bafouille.

— Enchantée euh… Ma… Madame Viardot.

— Pauline, s’il te plaît! Pas de cérémonies entre nous. Je suis ton arrière-arrière-grand-mère, ma fille.

Aussi surprises l’une que l’autre, nous faisons connaissance. Elle me bombarde de questions: «Quel âge as-tu? Où vis-tu? Quelle est ta profession? Es-tu mariée? As-tu des enfants?»

— Et vous, Madame Viardot, vous ne vous ennuyez pas trop en ces lieux?

— Ah, chère Sandra, le quartier de Saint-Germain où je vivais auparavant était autrement plus vivant. Heureusement, La Goulue repose à la 31e division, juste un peu plus bas, de l’autre côté de l’avenue. Une gaie luronne, La Goulue, de son vrai nom Louise Weber. À La Belle Époque, danseuse, elle travaillait au Moulin Rouge. Alors, les soirs de pleine lune, nous nous rejoignons dans l’allée centrale du cimetière et faisons tourbillonner nos jupes à volants dans des french cancans déchaînés.

— Je vous ai apporté quelques roses blanches pour célébrer le bicentenaire de votre naissance.

— Je t’en remercie. Assez de ces chrysanthèmes qui exhalent la mort et endeuillent nos monuments! Les roses blanches, j’adore. Lorsqu’Alfred me courtisait, il m’en offrait régulièrement.

— Alfred?

— Alfred de Musset. Ne le cherche pas alentour, il repose au Père Lachaise. Fou amoureux de moi, il demanda ma main. Mais je l’appréciais peu. De surcroît, incertaine de sa moralité, ma mère l’envoya au diable. Vexé comme un pou, il m’en voulut pendant longtemps. Sur les conseils de mon amie George Sand, j’ai épousé Louis Viardot, alors directeur de l’Opéra italien de Paris, de vingt ans mon aîné.

— Un canon, paraît-il.

— Un très bel homme! D’ailleurs, je me demande encore aujourd’hui comment il a pu s’éprendre d’une femme au physique aussi ingrat que le mien.

— «Une irrésistible laide», disait de vous Saint-Saëns. Il ajoutait: «Elle n’est pas belle, elle est pire.»

— Camille avait le sens de la formule!

Ma chère arrière-arrière-grand-mère! Visage ridé de bonté. Des prunelles noir ébène, le plus délicieux des sourires. Une bouche d’où s’envolent de si jolis sons ne peut être que dessinée par les anges. Du charme, du charme, du charme. Si la laideur se conjugue ainsi, je veux et j’exige d’être laide. Peut-être le suis-je?

— Tu ne peux renier tes origines, Sandra. Tu as hérité de mes yeux proéminents et de mes paupières pesantes. Au fait, en quel honneur, cette visite?

— L’envie d’être à vos côtés, Madame Viardot.

— Pauline! Dois-je te le répéter? Appelle-moi Pauline!

— Ma mère, votre arrière-petite-fille donc, m’a tant parlé de vous dans les dernières années de sa vie. Elle est née neuf ans après votre disparition. Mais tout ce qui avait trait à vous la concernait. Elle admirait l’artiste, elle adulait la femme.

— Et tu as suivi.

— Oh non, pas tout de suite! Sans vous offenser, une aïeule chantante me passionnait infiniment moins, alors, que les roucoulements de la gent masculine. Après le décès de Maman, j’ai cherché à comprendre pourquoi vous la fasciniez tant. Je me suis tout d’abord intéressée à vous afin de rester en contact avec elle. Votre fantôme planait sur nos chuchotements nocturnes. Vous étiez notre lien, notre cordon ombilical post mortem. Et puis, je vous ai découverte à travers maints écrits. Vous. Vous seule, sans elle. Votre parcours et votre incomparable don. Franz Liszt les résumait ainsi: «Avec Pauline, le monde avait trouvé une compositrice de génie.»

— Adulée au XIXe siècle, ma petite, mais oubliée par la suite. Qui connait le nom de Pauline Viardot aujourd’hui à part quelques musicologues avisés?

— Il faut dire qu’on ignore les intonations de votre voix. Vous ne chantiez plus quand le phonographe d’Edison arriva en France à l’occasion de l’Exposition universelle en 1889. Pas d’enregistrement! C’est la littérature qui nous éclaira sur votre timbre mezzo-soprano. Selon Saint-Saëns, il s’apparentait «au goût des oranges amères».

— Drôle de comparaison, ne trouves-tu pas?

— J’aimerais tant que vous me fredonniez quelques notes, Pauline.

— Je ne peux rien refuser à mon arrière-arrière-petite-fille.

Les vocalises de La Viardot s’élèvent alors dans le silence glacé du cimetière de Montmartre. Légères, vibrantes, bouleversantes.

Je suis triste, je m’inquiète,Je ne sais plus que devenir.Mon bon ami devait venir,Et je l’attends ici seulette,Hai luli, hai luliQu’il fait donc triste sans mon ami!

Hai luli! Le ciel rosit, les oiseaux se taisent, les arbres frémissent, les chats suspendent leurs errances. Les morts retiennent leur souffle.

J’ai la chair de poule.

— Le public doit absolument découvrir votre fabuleux talent. Je vis à Genève. Je vous y emmène. Nous enregistrerons vos œuvres afin que votre voix figure enfin au patrimoine lyrique, qu’elle survive dans la mémoire collective. Partante?

— Tant d’années dans l’anonymat, Sandra, pourquoi sortir de l’ombre?

— Vous êtes une immense star. Juste quelques jours…

— Au fait, la Suisse, n’est-ce pas le pays du chocolat? Mon péché mignon. J’en ai été privée de mon vivant car il sécrète des substances qui encombrent les cordes vocales. Mais maintenant que je suis morte, plus de privation!

— Genève, ses pralinés à s’évanouir… De surcroît, vos compositions servies jusqu’ici par d’autres divas, telles Dame Felicity Lott et Cécilia Bartoli, seraient enfin interprétées par vous-même. Alors, acceptez, je vous prie.

2

Le regard de Pauline se perd dans les dédales du cimetière.

— Que sont mes enfants devenus? s’inquiète-t-elle. Et mes petits-enfants?

— Je sais que votre première fille, Louise Héritte-Viardot, est décédée à Heidelberg en 1918. Son fils, Louis Héritte de la Tour, publia en 1922 un livre sur les souvenirs de sa maman: Une famille de grands musiciens. Bien sûr, vous y figurez. Mais vous n’étiez plus là pour consulter l’ouvrage. Je vous l’offrirai lorsque nous arriverons à Genève.