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Les registres paroissiaux "Baptêmes, Mariages et Sépultures " écrit par les curés recèlent de nombreuses anecdotes, chroniques ou actes inaccoutumés. À travers la lecture de ces transcriptions, c’est à un véritable voyage dans le Périgord du dix-huitième siècle, qu’ils vous invitent. L’insolite, l’émouvant, l’amusant, le terrible et bien d’autres qualificatifs encore, vont accompagner cet instructif périple. Les narrations et commentaires, tant sur les plus petits moments de la vie que les plus grands, des événements du quotidien et de l’extraordinaire, des histoires locales ou plus lointaines vont vous immiscer au cœur de la vie à cette époque. Et c’est ainsi que peu à peu et au fur et à mesure de votre lecture, vous appréhenderez les moments les plus cruciaux de la vie de vos ancêtres et que les représentations que vous en avez vont s’animer. De ce besoin qu’ont eu ces curés de déposer et laisser trace, de transcrire, au-delà des simples actes de naissance, mariage ou décès, du fil de leurs plumes et au gré de leurs réflexions et annotations, de leurs mémoires se constitue ce livre.
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Seitenzahl: 325
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Aux enfants de Jacquou.
Préface
Introduction
Colères du temps
Un si grand froid
Le grand débordement
Vers le milieu du siècle
Les années soixante
Les années soixante-dix
Deuxième grande inondation
Vers la fin du siècle
Anecdotes en Périgord
Naissances
Églises
La religion
Vie de curé
Visites Pastorales
Les animaux
Faits divers
Rectification d'état-civil
Interrogations
Chroniques en France
Dates généalogiques
Chroniques du curé Lasserre
Chroniques du curé Laborde
Gens du Périgord
Religieux
Ils ont joué un rôle dans la vie civile
Des Militaires
Fin de vie
Centenaires
Morts royales
À l'Église
Morts huguenotes
Morts violentes
Nantheuil
Famine mortelle
Morts aux États-Unis
La Révolution
Panique révolutionnaire
Droits de l'Homme et du Citoyen
La révolution chamboule tout
Prêtres réfractaires
Fin des registres BMS
Épilogue
Index des lieux
Index des personnes
Sources
Remerciements
Ce sont des passions communes qui les ont fait se rencontrer. Tout d'abord en chacun, le plaisir de la quête, dans l'investigation des traces de ce passé qui peu à peu remonte, se trame et se tisse au fil des explorations, à la recherche d'ancêtres mais aussi de la vie d'antan. Et tout pareillement, dans cette même persévérance méthodique et laborieuse, le divertissement de l'enquête, de la lecture ou plutôt du déchiffrage des vieux papiers. En tous, cette envie de partager les difficultés et les joies. Ce désir d'ensemble chercher autour de l'acte manquant ou du mot défaillant.
À l'appel à la rescousse de l'un, bien vite les autres arrivent et s'installent alors, débats et discussions autour du mot illisible, régional ou parfois disparu, jaillissent les rappels de faits historiques ou locaux et les propositions en se multipliant finissent par éclaircir ce qui jusqu'alors restait obscur. Des mains rapprochées sont devenues leur symbole car c'est cela qui les rassemble, anime et fédère ceux de
l' «Amicale Généa24», l'entraide généalogique en Dordogne.
Catherine T-F.
www.genea24.com
C'est ainsi que de, comme ils aiment se dire, randonneurs des registres curiaux, ils en sont devenus les traducteurs et transcripteurs. Tâche ardue donc que de se plonger dans cette multitude de documents, en plus ou moins bon état de conservation, aux écritures souvent très difficilement lisibles et au vocabulaire inaccoutumé d'une ancienne époque. Mais c'est en assurant les lectures et retranscriptions de toutes les chroniques de ces curés de campagne du Périgord au XVIIIe siècle que sont apparues, outre les inscriptions dans les registres de baptêmes, mariages et sépultures attendues, toute une autre foule d'annotations et observations.
Tout d'abord, la description des phénomènes météorologiques jalonnant tout le dix-huitième siècle va nous entraîner à la rencontre tout aussi bien de grandes pluies, des eaux de la Dordogne et de la Vézère en furie qu'aux inondations remarquables de Sainte-Capraise ou Bergerac. Il y sera également question de grands froids ou de saumons pêchés à la main dans les eaux chaudes de la Dordogne à Mauzac.
Étonnantes et surprenantes, surviendront ensuite toutes sortes de chroniques. Ces mentions particulières annotées par les curés de très nombreuses paroisses de notre région vont porter aussi bien sur des événements contemporains de la vie locale, nationale ou de l'Europe. Des précisions et commentaires sur des faits divers seront abordés aussi bien que des missions d'évangélisation ou les tracas subis par ceux de la religion réformée.
Après une évocation des Périgourdins célèbres de cette époque, qu'ils soient militaires, religieux ou civils, c'est le thème de la mort, dans les multiples aspects dont elle peut se parer, qui sera abordé, que ce soit par l'évocation de longévités exceptionnelles, de crimes atroces ou de grande famine.
La dernière partie, à l'image du siècle, se clôturera sur la période de la Révolution française. Y seront retracés des moments de panique, de grands bouleversements et une mention toute particulière sera faite aux prêtres réfractaires, grandes victimes de cette période.
Les textes restitués dans ce livre le sont tels qu'ils ont été à l'origine rédigés par les curés. Les rares mots aujourd'hui inusités sont expliqués entre parenthèses ou à la fin de l'acte. Pour chaque retranscription, il est indiqué la source du document consultable sur le site des Archives départementales de la Dordogne.
Quelques articles en complément, trouvent leur origine dans La Gazette hebdomadaire créé par Richelieu en 1631 et librement consultable sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France.
Les pages concernant les Périgourdins et la répression envers les curés durant la période de la terreur sont écrites à partir de livres dont les sources sont indiquées en fin de document.
À Lacropte. Photo MB.
Dessin de Didier E.
Et ses conséquences sur les cultures et les prix.
Le royaume de France plonge en plein cauchemar. À partir du 6 janvier, un froid extraordinaire s'abat sur le pays et les zones voisines.
La rigueur du froid a été si grande et le temps si mauvais par la quantité de neige qui est tombée en janvier, à tel point qu'il a produit des effets si extraordinaires qu'on ne se souvient pas d'en avoir vu de semblable.1
La plupart des rivières gelées se traversent à pied ou en chariot. Tous les canaux et les lagunes qui entourent la ville de Venise, sont gelés de manière qu'on les traverse partout sur la glace. Dans le Bade-Wurtemberg plus de mille personnes sont mortes à cause du froid.
On a enregistré -25° à Paris et -20° à Bordeaux
Début février, la pluie, le vent entraînant la fonte des neiges ont fait déborder les rivières et le Rhin en particulier.
Lorsque le dégel eut lieu en avril, le constat fut épouvantable, toutes les récoltes étaient pourries. Le 23 avril, par arrêté royal, Louis XIV autorisa à semer à nouveau chaque parcelle de terrain. Les villes et communes taxèrent les bourgeois et les «riches» mensuellement pour pouvoir parer au plus pressé: la faim et le manque de nourriture. Tout le clergé en appela à la charité et à l'aumône. Hélas la famine se faisant ressentir, des émeutes et pillages commencèrent à avoir lieu dans tout le pays et les troupes furent envoyées dans toute la France pour empêcher les vols dans les boulangeries. Les paysans les plus chanceux étaient contraints de se nourrir de pain de farine d'orge et d'une sorte de soupe populaire faite de pois, de pain émietté et de graisse animale, pour les autres, ce n'était que racines, fougères et mendicité, ce qui représentait une mort quasi assurée.
Ceux qui n'étaient pas morts de faim, ont dû subir les foudres des grandes épidémies puisque l'été revenu, tous les vagabonds, paysans et autres gens sous-alimentés et affaiblis qui étaient partis sur les chemins de France pour tenter de trouver de quoi se nourrir et travailler, contribuèrent à la propagation des grandes épidémies de dysenterie, de fièvre typhoïde ou encore de scorbut.
La France subira ainsi une crise démographique sans pareil puisqu'elle perdra plus du quart de sa population entre le premier janvier 1709 et décembre 1710 soit plus de 800000 personnes.
La première vague de froid est arrivée avec la neige dans la nuit du 8 au 9 janvier. Une accalmie du froid vers les 23 janvier, grêle, pluie et gelée alternent au début du mois de février et la fin du mois jusqu'à la mi-mars nouvelle période très froide.
Les fortes gelées de 1709 avaient anéanti les châtaigniers, les chênes et les noyers des collines, elles ont également ruiné les vignobles de Guyenne, ce qui avait provoqué une hausse considérable du prix des vins. Les propriétaires, séduits par ces prix élevés, avaient alors entrepris d'étendre leurs vignobles aux dépens des prairies et des terres à blé ce mouvement avait naturellement entraîné une abondante production et un avilissement rapide des prix.2
Janvier 1709. Source BNF.
1 Réf Gallica Gazette de France 1709 page 63.
2 Réf Gallica Bulletin n° T59 e 1932 société historique et archéologique du Périgord, page 236.
Année remarquable par le débordement des rivières de la Dordogne et de la Vézère devant Limeuil.
Au commencement de cette année 1728 c'est-à-dire vers le 14 de janvier, les deux rivières débordèrent furieusement, mais surtout la nuit du 18 au 19 elles débordèrent si fort que de mémoire d'homme on ne se souvient pas de les avoir vues si grosses, on ne trouve même aucun mémoire ni tradition qui disent qu'elles aient jamais monté si haut; voici les endroits par où l'on verra dans la suite combien le débordement de ces rivières a été si grand: premièrement l'eau est montée dans les hautes chambres de monsieur Souilhat marchand jusqu'à environ trois pieds de hauteur. Dans les chambres hautes de monsieur Narbonne de la Boissière elle a passé beaucoup au-dessus de la porte du porche, il ne s'en fallait que de deux marches qu'elle ne montât sur les planches d'en haut de la maison de la Vitrolle ; moi-même me suis embarqué dans le sol (1)de Larmargnac pour aller à la Vitrolle et suis entré par une fenêtre des appartements hauts et l'eau flottait à un pied et demi au-dessous.
J'ai cru devoir marquer ceci comme une chose inouïe et nouvelle jusqu'à présent.3
P. Anmassip,prêtre, curé de Limeuil.
1 – Sol : fond plat d'un bateau
L’eau était-elle partie le 1er février? Ce qui en tout cas n’empêchera pas:
Tous les gens de la Vitrolle de célébrer le baptême de Jacques de Senailhac né la veille, fils de Simon écuyer seigneur de la Vitrolle et de noble Françoise de Vassal.4
Enflée par de longues et fortes pluies, la Vézère s'éleva à un pied au-dessus du parapet de la terrasse du presbytère de l'archiprêtré et pénétra par conséquent dans l'église et dans le couvent.5
Les crues de la Dordogne mesurées au Fleix.
Où on peut voir l'importance de cette crue de 1728. La plus haute de toutes celles enregistrées.
Un Courau, vu dans les jardins de Limeuil. Photos JlF.
Les courpets : gabares de haute Dordogne. De construction sommaire, destinées à accomplir un unique voyage, elles étaient adaptées à la navigation sur la Dordogne pour passer sans encombre les nombreux rapides. Elles descendaient, grâce au courant, d'Argentat jusqu'à Libourne et transportaient des planches de chêne (fabrication des tonneaux) et des piquets en châtaigner (tuteurs pour les vignes).
À destination, les gabares étaient démontées et servaient de bois de chauffage. Les gabariers rejoignaient leur village à pied en empruntant les chemins de halage et les forêts.
À l'inverse :
Les couraux : gabares de moyenne et basse Dordogne. Fabriquées tout en chêne, elles étaient construites pour durer dans le temps. Elles descendaient de Souillac jusqu'au port de Bordeaux et transportaient du vin. À partir de Libourne on hissait la voile pour naviguer dans l'estuaire. À Bordeaux, les barriques de vin étaient débarquées et on chargeait essentiellement du sel, des épices, poissons… mais aussi du vin de Bordeaux.
Pour remonter, les gabariers utilisaient le vent et la marée montante, ensuite ils faisaient appel aux bouviers (conducteurs de bœufs) ou aux haleurs. Ces hommes remplaçaient les attelages de bœufs sur les chemins de halage trop étroits.
Arrivées à bon port, les marchandises étaient débarquées, puis les gabares repartaient aussitôt.
3 Réf. AD 24 Limeuil Saint Martin 5MI42201-002 BMS 1686 – 1736 page 97/185.
4 Réf. AD 24 Limeuil St Martin 5MI42201-002 BMS 1686 – 1736 page 97/185.
5 Réf. Gallica Histoire du Bugue par ML Dessalles page 112vue 116/146.
On met ici comme une chose remarquable et surprenante arrivée en l'an 1737, le 21 juillet. Il fitune chaleur à un degré si haut que l'eau de la rivière Dordogne devint aussi chaude que l'eau dont on fait le pain.
Et jusqu'à un tel point que ce jour-là il se prit dans la même rivière un nombre infini de saumons truites et barbeaux pesants quatorze livres pour les saumons, les truites de six livres à neuf livres et des barbeaux jusqu'à sept livres à neuf livres; de sorte que les saumons de douze livres à treize livres se donnèrent pour dix sols à douze sols. On les prenait avec la main sur le bord de la rivière sans filet ni outilqu'à coups de perches. Il y eu des enfants de douze à quatorze ans quien prirent beaucoup. On compte que depuis le port de Badefols jusqu'à Mauzac il se prit plus de quatre cent pièces de ces poissons. Il s'est trouvé beaucoup de morts flottant sur la rivière, il n'y eut point de maladie chose surprenante, il est vrai qu'il y eut des morts soudaines de gens replets. (1)
Il y eut aussi de fréquents orages entre autres il en fut un furieux le 26 juillet jour de Sainte-Anne qui dura grandement sur Drayaux et Mauzac d'en presta (2)tous les vins et blés d'Espagne. La grêle était de la grosseur d'un œuf de poule et parmi (eux) on y remarqua des pièces de glace de la grandeur de la limite d'une assiette ; il y eut quantité de volailles oisons dindons et autres qui furent écrasés. La récolte fut abondante en grains froments et bled d'Espagne (3) et vins.6
Jossin, curé de Mauzac.
1 – Replet: gens avec de l’embonpoint.
2 – d'en presta: dans presque.
3 – Bled d'Espagne : Maïs ou bled de Turquie, qu'on appelle bled d'Espagne dans les provinces méridionales de la France.
En fin d'année, le curé du Bugue recopie l'article complet de La Gazette de France du 11 juillet 1750.
Le tremblement de terre dont on a parlé, lequel se fit sentir à Saint-Macaire en Guyenne, la nuit du 24 au 25 de mai, se fit aussi sentir à Bordeaux le 24 à dix heures du soir ; la secousse fut assez forte mais dura trop peu pour causer du dommage ; il en fut à peu près de même à différentes heures, à douze lieues de Bordeaux vers l'ouest, au nord-ouest dans le Médoc, à Pons en Saintonge à quinze lieues de Bordeaux et beaucoup plus loin, à Toulouse, à Narbonne, à Montpellier, à Rodez ; mais ce phénomène d'autant plus surprenant qu'il est rare en France n'a nulle part été si redoutable que vers les Pyrénées. Voici ce que l'on en apprend par des lettres de Pau du 6 juin. Le 24 mai vers dix heures du soir, on entendit dans la vallée du Lavedan un grand bruit comme d'un tonnerre sourd ; il fut suivi d'une secousse violente de la terre. À cette première secousse, il en succéda plusieurs autres jusqu'au lendemain dix heures du matin, il y en eut encore quelques-unes dans le même lieu les jours suivants, ce qui donne lieu de croire que le foyer de ces événements était entre Saint-Savin et Argelès où les ébranlements furent plus forts que partout ailleurs. Une pièce de roc ensevelie dans la terre et dont il ne paraissait qu'une petite partie, fut déracinée et transportée à quelques pas de là ; l'espace qu'elle occupait fut à l'instant rempli par la terre qui s'éleva de dessous. Un ermite, habitant d'une montagne du voisinage, a rapporté qu'il avait entendu des froissements de roches, qui s'entrechoquaient avec tant de bruit, qu'il avait cru que la terre se déboitait entièrement et que les montagnes allaient être englouties. L'alarme fut si grande dans ce canton que les habitants allèrent loger sous des tentes en rase campagne. Ce fut surtout aux environs de Lourdes que l'on fut le plus alarmé. Il y a dans le château de cette ville une tour dont les murs sont d'une épaisseur immense, et qui fut lézardée d'un bout à l'autre ; la chapelle du même château s'écroula presque entièrement. Dans le village de Gonzalès [Juncatas] qui n'est pas loin de là, plusieurs maisons furent renversées et quelques personnes périrent sous les ruines. Les voûtes du monastère et de l'église de l'abbaye de Saint-Pé, de l'ordre de Saint-Benoît, furent entrouvertes. À Tarbes, depuis dix heures du soir du 24 jusqu'au lendemain dix heures du matin, il y eut quatre secousses toujours précédées de mugissements souterrains; et la voûte de la cathédrale se fendit en divers endroits. Le 26, vers une heure après minuit, on sentit dans la même ville une cinquième secousse qui renversa la moitié du mur d'une ancienne tour placée au coin de la place de Maubourguet. Il y en eut encore deux autres le même jour, entre quatre et cinq heures du matin.
La nuit du 10 au 11 juillet, les paroisses de Saint-Front, de Bourniquel et de Pontours, situées dans ce diocèse sur la rive gauche de la Dordogne, ont été ravagées par une grêle affreuse. On trouva sur les dix heures du matin des grêlons qui, malgré la diminution de leur masse depuis la nuit qu'ils étaient tombés, pesaient encore quatre à cinq livres. Tous les toits des maisons ont été brisés et plusieurs maisons entièrement renversées.
Il n'est resté sur la terre ni grain ni paille. La grêle a tout haché ; les vignes ont eu le même sort et presque tous les arbres ont été déracinés.
Des procès-verbaux de ce désastre ont été dressés par ordre de la Cour et l'Intendant de la province est actuellement occupé à chercher les moyens de faire subsister les habitants de ces trois paroisses.7
Église de Bourrou. Photo GC.
Église du Fleix. Photo LF.
6 Réf. AD 24 Mauzac-et-Grand-Castang 5MI143202-001 BMS 1673-1792 page 500/827.
7 Réf Gallica Gazette de France 1752 du 12 aout page 396 (12/12).
Cette année sera fameuse dans les annales par le long et rude hiver que nous avons éprouvé; un froid excessif avec une prodigieuse abondance de neige commença le 22 décembre 1765 et dura pendant trois semaines de la même force. La rigueur du froid parut cesser le 10 janvier mais le temps était toujours serein et le vent du nord, la glace et la neige se conservèrent jusqu'aux premiers jours de février que le froid redoubla avec la neige. C'était pour nous annoncer un dégel prochain qui en effet arriva quatre jours après et qui fut précédé la veille par deux coups de tonnerre très sensibles et qui arrivèrent l'après-midi pendant qu'il y avait encore un pied de neige sur la terre, le froid était excessif mais la nuit suivante le temps changea et le lendemain jour de Mardi gras, il ne restait pas du tout de neige à neuf heures du matin. Nous ne fûmes pas longtemps à ressentir les tristes effets de ce dégel, car le lendemain, jour des Cendres, il eut gelé si fort, que c'est avec quelque raison, malgré la rigueur du froid qui avait précédé, que nous attribuions au froid de cette nuit, la perte de presque toutes les vieilles vignes; une grande quantité de châtaigniers et quelques noyers périrent; nous perdîmes par l'effet de cette cruelle nuit tous les arbustes, plantes potagères et autres, comme ajoncs, fougères, artichauts etc. Le blé avait tellement souffert qu'à peine en paraissait-il quelque peu à Pâques et encore n'était-ce que sur la partie du sillon qui regardait le midi, la partie du nord ayant été totalement emportée. Si le printemps avait été là, la famine aurait été générale dans plusieurs provinces, mais les pluies abondantes de cette saison firent si heureusement grandir le blé qui s'était conservé et fertilisèrent si à propos les sols dont la terre se trouvait imprégnée par le grand froid qui d'ailleurs l'avait rendue très meuble, que nous eûmes quantité de blé d'Espagne, de légumes et autres menus grains. Le froment même suffit au-delà de nos espérances, il y eut peu de paille, mais la gerbe rendait prodigieusement du grain tellement les épis se trouvaient longs et bien fournis. Trait admirable de la providence!
Ce fut à l'occasion de la rigueur de l'hiver que monsieur Macheco de Prémeaux évêque de Périgueux touché de la disette qu'elle avait procurée, permis pendant le Carême de cette même année l'usage de la viande les dimanches, mardis et jeudis matin de chaque semaine jusqu'au jour des Rameaux exclusivement.8
Laborde, curé de Bourrou.
Le grand hiver de 1766 avait emporté les vieilles vignes et la gelée arrivée cette année 1767 la nuit du 17 au 18 et celle du 18 au 19 avril, jour de Pâques emporte non seulement l'espoir de la recette en vin, mais quantité de jeunes vignes qui avaient résisté au froid de l'année précédente et qui dans cette occasion furent gelées jusque dans la racine.
Ce fut une neige tombée le Samedi saint et fondit par le soleil qui la nuit suivante causa cette perte qu'on ne saurait réparer qu'à grands frais et de long temps.9
Laborde, curé de Bourrou.
On ne se souvient pas d'avoir vu une année aussi sèche que cette année 1767.Les puits, les fontaines, les ruisseaux étaient presque tous à sec ; sans les moulins à vent tous manquaient de pain. Cependant, ce qui montre combien la province est endommagée par les pluies et combien il est essentiel de dessécher les terres, la récolte des blés a été des plus abondantes, malgré le mal que dut causer la gelée qu'il fit les 16, 17 et 18 avril et le 10 mai dernier. Cette gelée emporta généralement tous les fruits rouges, pèches, poires, noix. Et du côté de Sarlat les seigles furent ravagés et les vignes surtout. De sorte que depuis Domme en descendant jusqu'à Issigeac, il n'y eut presque point de vin. Ici et dans les environs, en avançant vers le midi le mal a été moindre. Il y a eu autant de vin qu'en 1766 et il s'est vendu presque autant. Le blé a été à douze livres le sac sous le fléau il est à treize livres, le 1er janvier 1768.
Les menus grains ont tous manqué par la sécheresse; point de chanvre et très peu de blé d'Espagne. Les cochons sont hors de prix. Le blé a mal réussi dans les provinces septentrionales, il a manqué en Angleterre. Les fièvres ardentes, malignes ont été communes et funestes ; la petite vérole a couru presque partout et a fait un ravage affreux.10
Martin Lasserre, curé de Saint-Perdoux.
Cette année les blés ont été tellement gelés que les prix échangés étaient à huit, dix pouces et plus l'un de l'autre, dans (les) terres humides il n'y a pas eu la semence. Dans les autres, chaque pied a talé (1) et produit jusqu'à cinquante, soixante tiges c'est que durant le printemps, il a plu aussi régulièrement que si un homme avait tenu l'arrosoir, cependant en général, il n'y a pas eu plus de la moitié du blé, moins encore du vin mais il y a eu beaucoup de blé d'Espagne, de haricots. Le blé est à dix-sept, dix-huit livres le sac. Le vin blanc s'est vendu deux cent livres le tonneau, le noir de quinze à dix-huit pistoles. La récolte a la plus belle apparence.
Il y a beaucoup moins de pauvres que l'année dernière.
Martin Lasserre, curé de Saint-Perdoux.
La récolte a été très médiocre dans cette province et très mauvaise vers Paris. Le sac de blé vaut le 1er janvier 1769,quinze livres six sols. Les vins ont été très mauvais, fort verts, se sont mal vendus en Hollande. Ici ils sont à quinze à dix-huit livres la barrique. Les pluies ont été affreuses pour les semences, les ravines ont fait beaucoup de mal, cependant, les blés promettent après.
Le clocher de Saint-Michel à Bordeaux le plus élevé du royaume a été renversé par le vent, depuis la pointe déjà endommagée jusqu'aux galeries.11
Martin Lasserre, curé de Saint-Perdoux.
8 Réf. AD 24 BMS Bourrou 5MI03003_002 BMS 1745/1792 page 181/372.
9 Réf. AD 24 BMS Bourrou 5MI03003_002BMS 1745/1792 page 186/372.
10 Réf. AD 24 Saint-Perdoux 5MI33303 1622-1793 page 533/734.
11 Réf. AD 24 Saint-Perdoux 5MI33303 1622-1793 page551/734.
Cette année doit faire époque à plus d'un égard. Les anciens ne se rappellent pas et on n'a trouvé aucun mémoire que la disette des grains et leur cherté ayant été portées si haut, ni que les saisons ayant été si bouleversées que durant le cours de cette misérable année à compter du 1er mars jusqu'au 29 juillet 1770. Vers ce temps, le 1er mars, le blé manqua tout à coup dans plusieurs provinces voisines mais surtout dans le Limousin, une grande partie du Poitou, de l'Angoumois, dans toute la Bretagne et les deux Périgord haut et bas. Le peuple qui peut-être ne s'en est pas aperçu plus tôt, en particulier encore pour ne pas précipiter l'augmentation du prix des denrées se tut pendant qu'il lui resta quelque subsistance, mais se voyant dépourvu de tout, il ne mit point de bornes à ses cris. On n'entendait à la ville et à la campagne que les cris de la misère, les femmes surtout, la partie la plus tumultueuse et la plus bruyante de l'espèce humaine, faisaient entendre dans les villes un vacarme propre à tout bouleversement et à augmenter le mal plutôt qu'à inspirer le désir d'en prévenir les suites par des moyens concertés avec sagesse. Tout était en combustion dans les lieux qui refermaient communément plus de canailles et de gens désœuvrés que de gens vraiment utiles à la société.
Cependant la famine faisait des progrès et se répandait des villes dans la campagne avec une rapidité effrayante et aurait eu des effets bien sinistres si nous n'avions trouvé de prompts secours chez nos voisins.
Ces secours, c'est le commerce qui nous les a procurés, c'est l'industrie et l'activité des Hollandais et des Polonais et principalement celles de deux villes touristiques Danzig et Hambourg qui nous a fourni les moyens de subsister. Les prompts et abondants secours qui nous sont venus du nord de l'Europe nous ont sauvé la vie, mais il en a coûté la ruine de plusieurs familles en Périgord, surtout en Limousin et dans une partie de l'Auvergne où la disette s'est fait sentir bien plus vivement. Le blé qu'on a pu transporter dans les provinces s'y est vendu jusqu'à quarante-huit livres le sac mesure de Bergerac, le seigle et blé d'Espagne à proportion, tandis qu'en Périgord le blé du pays n'est pas monté à plus de vingt-quatre à vingt-six livres et celui qui nous venait par la voiture d'eau n'a pas valu au-delà de vingt à vingte-deux livres.
Cette disette générale a duré jusqu'au 20 juillet de cette année et c'est ici le second événement qui caractérise cette malheureuse année.
L’hiver a été si long en gelée et en pluie alternativement qu'à peine voyait-on une fleur le 20 avril, le 8 mai il n'y avait pas une feuille sur les arbres les plus précoces et le 15 mai on ne voyait pas encore une forme de raisin dans les vignes. Le jour de sainte-Croix, 3 mai, il tomba du givre en abondance suivi d'une neige qui épaissit de la hauteur d'un pouce ; rien ne souffrit pourtant excepté les fruits parce que rien encore n'avait poussé sur les arbres à fruits.
La pluie, qui n'a pour ainsi dire pas cessé pendant tout le printemps et jusqu'au 15 juillet, a prodigieusement retardé la récolte et conséquemment prolongé la cherté des vivres. L'abondance des pluies a si fort endommagé les vignes que depuis longtemps on a cru à la disette du vin.
Il est à propos de remarquer que ce qui a si fort répandu la disette dans le Limousin et le Périgord, ce fut une gelée qui arriva sur la fin de septembre 1769 et dura quatre jours. Elle emporta dans cette province le blé d'Espagne et une partie des châtaignes et dans le Limousin généralement tout le blé sarrasin et toute la châtaigne.
La récolte en blé cette année 1770 n'a pas été mauvaise, cependant on ne laisse pas de craindre pour l'année qui va venir, tellement, sans doute, on est encore frappé des effets funestes de celle qui est passée; on se rassure à peine.12.
Laborde, curé de Bourrou.
La présente année 1770. Le froment a valu le sac vingt-quatre livres. Le parlement a défendu par un arrêt aux seigneurs fermiers du Limousin et du Périgord, de porter la rente plus haute qu'au temps de son échéance; a cassé tous contrats, billets, procédures faites contre les tenanciers. La même chose fut ordonnée en 1710. Les fèves, le blé d'Espagne, les légumes, tout s'est vendu à proportion du froment. Le roi a suspendu en conséquence pour l'année 1771 et jusqu'à nouvel ordre la libre exportation des grains, la récolte a été abondante, et sans le blé noir elle eut été prodigieuse, cependant le froment se vend en décembre et janvier dix-sept livres et dix-huit livres. Il y a eu peu de vin, le tonneau a été vendu dix-huit, vingt à vingt-deux pistoles, tout le monde depuis quelques années plante des vignes, ce qui ne peut qu’affaiblir la culture des terres à blé.
Au Pont-Saint-Mamet, Aujourd’hui commune de Douville.
Le 10 juin de la présente année après un orage et une pluie des plus extraordinaires dont on n'eut jamais entendu parler dans les cantons, les eaux s'accrurent au Pont-Saint-Mamet à la hauteur de neuf pieds comme il se constata par les broussailles, l'herbe et le blé accrochés aux arbres.
Le torrent fut si violent qu'il enleva en leur entier trois maisons dans l'une desquelles se noya la femme (voir ci-après), enceinte de trois à quatre mois; une autre fut roulée dans les flots avec son enfant qui eurent le bonheur de s'accrocher à un prunier sur lequel ils se sauvèrent.
Toutes les murailles du jardin, prés, basse-cour ainsi que les étables et autres portails et contrevents du prieuré furent aussi enlevés et transportés en partie jusqu'au-delà de Montagnac (la-Crempse) ainsi que toutes les provisions de bois, vin, huile, sel, blé, linge de ménage. Une servante qui se trouva seule dans cette circonstance se sauva à une poutre du premier étage, l'eau jusqu'au menton depuis environ les sept heures du soir jusque quasi au jour.
Il périt beaucoup de bétail, toutes les maisons furent endommagées, l'eau s'en vint toute à la fois, comme un mur qui aurait traversé la plaine.13
Le 11 juin 1771, a été enterrée dans le cimetière de Saint-Mamet Marie Magne du village de la Devinie, décédée la nuit dernière au Pont-Saint-Mamet noyée et écrasée sous les ruines d'une maison, âgée d'environ 35 ans.
Boust, curé du Pont-Saint-Mamet.
Les cours du marché.
La récolte en grains a été fort médiocre; la portion du curé a été vingt et un sacs de froment, dix-neuf beaux et deux d'assez vert ; huit barriques de vin rouge; le froment a valu seize et dix-sept livres pour le fléau, la barrique de vin quarante ou cinquante livres, tout a proportion.
Une livre de graisse vingt sols, la brasse de bois treize ou quatorze livres, la livre de chandelle quatorze sols.
L’année jusqu’à la récolte n'a pas été à beaucoup près aussi mauvaise qu’on avait craint.
D'abord le froment ne s'est pas vendu au-dessus de dix-sept livres le sac au plus fort et quoiqu'il se soit trouvé, même à la campagne plusieurs personnes dans le cas d'acheter du grain. Le nombre de ceux-là, ni la disette des vivres n’est pas montée tant s’en faut au point de l’année dernière, on a trouvé dans l’intérieur du pays des grains nécessaires et au-delà. Il est vrai qu'on nous rapporte que le Haut-Limousin, l’Auvergne et une grande partie de l’Orléanais sont dans la même nécessité que les provinces éprouvèrent l’an passé. On fait journellement des envois de blés de Bergerac pour les pays malheureux.
C'est nous cette année qui les faisons subsister plus que l'étranger.
Le 10 juin 1771, à six heures et demie du soir, il y eut un orage affreux qui ne donna point de grêle mais une telle abondance de pluies pendant deux heures consécutives, que tout a été inondé ; personne ne se souvient d'avoir vu raviner de cette force mais dans certains endroits cette inondation a été un vrai désastre ; elle a entrainé et suffoqué plusieurs bestiaux ; des maisons même ont été enlevées dans le Pont-Saint-Mamet, à Monclart et ailleurs. On compte dix lieux de pays que le furieux orage a ravagé depuis les portes de Bergerac où il a commencé jusque vers Brantôme où il a cessé de faire sentir les fureurs.
Malgré les chaleurs successives qui ont endommagé la récolte de toute espèce de bled d'Espagne et la châtaigne se sont trouvés d'une qualité excellente. Cette circonstance rassure beaucoup nos campagnards qui mettent toute leur confiance dans cette denrée.14
Laborde, curé de Bourrou.
Les cours du marché.
L'an 1772 le froment sous le fléau a valu dix-huit livres et resté au même prix le reste de l'année, le blé d'Espagne douze livres l'avoine sept livres.
Le vin quinze ou dix-huit livres la barrique. La graisse et le lard vingt ou vingt-quatre sous la livre. La brasse de bois douze ou quatorze livres.
Le 27 du mois d'août, vers les neuf heures du soir, il s'éleva un ouragan extraordinaire dans la paroisse de Fleix, diocèse de Périgueux.
Les arbres les plus gros furent déracinés et jetés à des distances éloignées, les toits des maisons enlevés et brisés, les fenêtres enfoncées et l'intérieur fut bouleversé par la violence du vent ; le clocher de l'église paroissiale entraîna par sa chute la charpente et le lambris de la nef jusqu'au sanctuaire qui n'a pas été endommagé.
Les sonneurs ont heureusement échappé à la mort, à travers les débris qui s'écroulaient autour d'eux et personne n'a péri dans ce désastre.15
Le prix du blé qui n'avait à peine haussé dans nos provinces jusqu'au mois de mai, paraissait annoncer que l'année se passerait assez doucement mais, soit qu'à cette époque le grain devint plus rare, soit par avidité de la part des commerçants qui ne voulurent pas ouvrir leurs greniers, le pain vint à manquer dans plusieurs villes vers le 15 mai, ce qui occasionna une révolte presque générale de la part du peuple. Ce fut à Bordeaux vers la mi-mai, que commença l'explosion qui a fait s'embraser plusieurs villes.
Un artisan s'étant présenté devant la boutique d'un boulanger demanda du pain dont il y avait beaucoup dans la boulangerie. On lui en refusa. La femme de l'artisan pressée sans doute par la faim et extrême en tout comme le sont toutes celles de ce sexe, sauta sur quelques pains, les enleva de force et donna par ses cris l'alarme, dans tout le canton qui s'était rassemblé força la porte de la boulangerie en enleva (…?) et commis d'autres insultes bien plus punissables que l'acte de violence qu'il s'était permis pour se procurer des vivres de là le peuple se répandit dans les différents quartiers de la ville et y aurait sans doute renouvelé ses excès si la police n'avait pris le parti sage de fournir des vivres et d'en diminuer le prix pour un temps à Bordeaux. Cette fureur se répandit sur les bords de la Garonne et jusqu'à Toulouse, d'où on nous a mandé dans la (…?) qu'on y avait vu régner les mêmes désordres. La Dordogne n'en a pas été exempte et la petite ville de Bergerac fut une de celles qui se sont le plus signalées par ce genre de révolte. Le peuple au nombre de plus du (…?) hommes sans être intimidé par la présence de quelques brigades de maréchaussée, fit violence dans toutes les rues ou il croyait trouver du bled, brisa les portes du minage, enleva tout le bled qu'il n’a voulu payer qu'à son niveau et menaça de brûler la ville si on ne procurait du grain, mais le moyen d'en faire venir puisque tout cela paraissait être aussitôt enlevé et perdu en grande partie pour le propriétaire. Ces désordres allaient réduire la ville dans la plus affreuse extrémité en exposant la campagne à d'horribles incursions si ceux qui veillait à la sûreté publique, n'avait pris le parti d'envoyer promptement quelques compagnies de dragons dont la contenance et les évolutions continrent cette populace et l'intimidèrent de telle sorte que le blé soutint son prix et qu'on prit sous ses yeux ceux qu'on crut être les plus coupables et qu'on les emprisonna sans qu'il parut se former aucun nouveau trouble. On envoya ces prisonniers à Bordeaux pour y être punis mais des ordres de la cour les firent élargir ainsi finit cette bagarre qui fit craindre longtemps pour ses suites.16
Laborde, curé de Bourrou.
(…?) Quelques mots manquants en fin de ligne sur le registre à cause de sa qualité.
Le froment sous le fléau s'est vendu seize livres dix sols Il n'a plus augmenté.La récolte dans la province a été assez bonne. Vers le mois de mai, la disette s'était fait sentir et comme le blé augmentait chaque marché, quand Il fut de vingt à vingt et une livres, le peuple se mutina dans une foule d'endroits en même temps, à Bordeaux, Bergerac, Marmande, Montauban et se fit livrer le froment à douze livres, le blé d'Espagne à six livres.
Dans toutes les villes, on baissa le prix du pain et ce furent les communautés qui indemnisaient les boulangers. Partout on montait la garde et l'on craignait d'être pillé et égorgé. Il semblait que c'était un complot général dans la Guyenne et le Languedoc, car cette révolte se fit dans la même semaine, la crainte ne cessa qu'à la récolte.
Il y eut cette année beaucoup de vin, mais un peu vert et faible.
Le thermomètre n'a pas atteint les trente degré au-dessus de zéro pendant tout l'été, aussi n'y-a-t-il eu aucun orage, ni n'est tombée une grêle dans toute la province.17
Les blés cette année ont été fort endommagés par des brouillards épais, secs et puants qui parurent dès le mois de juin et durèrent jusqu'après la récolte; ils étaient pénibles toute la journée, mais surtout le matin jusqu'à neuf heures et dès les quatre heures du soir. Les vignes ont presque toutes (été) coulées par les brouillards.
Le 29 avril de cette année, il s'éleva un orage vers les cinq heures du soir qui ravagea par une grêle affreuse plusieurs paroisses du voisinage, à commencer depuis Villamblard jusqu'à Bourdeilles exclusivement. Les froments qui furent entièrement hachés repoussèrent et conduisirent leurs tiges à la hauteur ordinaire, les épis même paraissaient fournis comme s'ils n'eussent pas été endommagés, mais soit que la chaleur ait empêché le grain de se nourrir de la substance nécessaire pour être conduit à sa profusion ayant été trop abîmé par les effets de la grêle, soit qu'il ait été plus déprécié aux brouillards comme moins avancé que les autres, soit enfin l'un ou l'autre effet.
