Le Prince de ce Monde - Nahema-Nephthys - E-Book

Le Prince de ce Monde E-Book

Nahema-Nephthys

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Beschreibung


Qui est vraiment le Diable ?

Le Diable connaît, à l’heure actuelle, un regain d’intérêt qui va de la fascination à l’inquiétude, de la curiosité à une certaine terreur. Car celui que le nouveau Testament nomme « Le Prince de ce Monde » semble être plus présent que jamais. Pour comprendre et appréhender ce phénomène, pour savoir vraiment ce qui est en cause et de quoi - ou de qui - l’on parle, un ouvrage sérieux manquait cruellement. Il fallait un livre parfaitement documenté, le plus complet possible, capable de déchiffrer et clarifier le discours démonologique.

À côté d’une analyse approfondie axée sur l’existence des démons, leur histoire et le danger à les invoquer, en passant par la signification des pactes, des envoûtements et des messes noires, cet ouvrage nous entraîne dans l’univers des entités démoniaques. Un dictionnaire exhaustif les répertorie toutes, décrivant leur apparence, leurs fonctions, leurs prescriptions magiques et les dangers inhérents à leur éventuelle activation. Pour cette deuxième édition, les auteurs ont considérablement enrichi le dictionnaire et posé un regard critique indispensable sur les dérives et aberrations idéologiques d’un satanisme étriqué dans ses finalités.

Outil indispensable pour les uns, lecture passionnante et pittoresque pour les autres, ce livre, écrit par deux grands érudits qui ont longtemps enseigné les multiples facettes de la magie ou de la sorcellerie, est indispensable pour tous ceux et celles qui s’intéressent, de près ou de loin, aux sciences occultes.

Un ouvrage complet et richement documenté pour vous plonger dans l'univers des entités démoniaques à travers les âges.

EXTRAIT

Le Monde est méchant. Point n’est besoin de philosophie ni de religion et encore moins de morale, pour constater ce fait. La Nature elle-même, tant admirée pour son équilibre, ne survit que par le cycle horrible de la naissance et de la mort. Mis à part les végétaux – et encore, certaines espèces sont carnivores ! – les animaux et les Hommes tuent sans vergogne pour se nourrir, détruisent la vie pour survivre. L’écosystème ne subsiste que par le crime, tout à coup légitimé par la Nature.




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Seitenzahl: 453

Veröffentlichungsjahr: 2015

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Le Prince de ce Monde

Nahema-Nephthys et Anubis

PRÉFACE À LA DEUXIÈME ÉDITION

Par Nahéma-Nephthys

En 1993, paraissait la première édition de cet ouvrage. Elle fut immédiatement considérée comme étant celle d’un ouvrage essentiel qui comblait des lacunes importantes dans l’étude des Sciences Occultes, particulièrement dans son approche démonologique.

Cette édition est aujourd’hui épuisée et seuls quelques rares bouquinistes en possèdent encore quelques exemplaires qu’ils mettent de côté pour les réserver à des clients passionnés de magie.

Il faut dire que ce livre a été conçu, au départ, pour permettre aux sorciers de détenir une documentation exhaustive qu’ils auraient dû chercher dans une multitude d’ouvrages, le plus souvent parcellaires, truffés parfois d’erreurs et de commentaires dénigrants. Il eût fallu une bibliothèque gigantesque, un budget conséquent et une patience de fourmi pour réunir tous les paramètres inhérents à la réalisation de leur travail magique et pour enfin trouver le renseignement qui leur manquait pour obtenir la réussite de leur œuvre.

Il existe, bien sûr, d’autres dictionnaires démonologiques, mais aucun ne donne des précisions rituelles, ni de conseils pertinents à ceux qui pratiquent la magie démoniaque. Nous voulions que ce fût un manuel à l’usage des sorciers et des mages, mais aussi des exorcistes et des érudits.

Nous n’avons pas voulu, par contre, éditer les rituels eux-mêmes, car la pratique magique ne doit être réservée qu’aux spécialistes, compte tenu de sa dangerosité, de sa complexité et des différences entre les multiples magies qui utilisent des entités.

Si, au départ, cette idée prévalait, très vite, nous nous rendîmes compte que ce livre avait également une vocation didactique et couvrait beaucoup plus de domaines d’intérêt, parfois bien loin du propos initial (psychologie, théologie, histoire, etc.)

Il fallait donc rééditer cet ouvrage. Mais il n’était pas question, simplement, de le proposer tel qu’il fut à l’origine, car Anubis et moi, nous avions encore une multitude de précisions à y apporter, tant dans la partie générale traitant de la démonologie, que dans le dictionnaire proprement dit, puisque de nouveaux démons avaient été épinglés par nos soins dans divers ouvrages et grimoires anciens.

Jusqu’à sa mort en 2006, Anubis travaillait avec moi sur cette deuxième édition, bien plus vaste et enrichie d’entités qui ne figuraient pas dans l’édition d’origine. J’ai personnellement revu les parties démonologiques qui encadraient le dictionnaire afin qu’elles fussent plus complètes et plus précises, afin, notamment, de dissiper tout malentendu quant à la compréhension du contenu.

En effet, dès la première parution, des individus que je n’oserais qualifier, se sont imaginé bien des sottises à notre égard, nous collant l’étiquette de « satanistes » qui perpétraient ou cautionnaient les pires débauches, jusqu’aux crimes d’enfants ! C’est dans ce contexte-là que, lors de l’affaire Dutroux, notre Institut fut l’objet d’une perquisition, le 21 décembre 1996, largement médiatisée.

L’Institut Abrasax avait été fondé par Anubis et moi en 1991 et se consacrait à l’étude, l’enseignement et à l’expérimentation des sciences occultes. Le Satanisme faisait partie de nos cours qui étudiaient toutes les magies et les sorcelleries, certes, mais il n’avait jamais été mis en exergue, car il n’était qu’une partie de notre enseignement, beaucoup plus vaste. Alors que nous ne prônions aucune philosophie ni aucune croyance, considérant que le sorcier devait pouvoir œuvrer dans toutes les disciplines magiques et que ses convictions philosophiques ou religieuses ne pouvaient pas entrer en ligne de compte dans les travaux qu’il menait, nous fûmes assimilés à tort à la mouvance satanique. Une machination, ourdie par des gendarmes, sur base de faux documents, et doublée d’enquêteurs hallucinés et crédules, eut raison de notre honorabilité, d’autant plus que les médias ne se firent pas prier pour déverser quantité d’informations mensongères et mâtinées de fantasmes à notre égard. Heureusement, le bon sens et l’enquête démontrèrent que toutes les suppositions, voire les accusations, étaient infondées. Nous fûmes blanchis de toute appartenance à cette triste affaire, ainsi que d’un quelconque caractère sectaire et satanique, étiquettes abusives qui ne nous appartenaient pas.

Aujourd’hui, l’Institut n’existe plus. Il a été dissous en 2006, quelque temps avant la mort d’Anubis. Cette deuxième édition est, dans mon chef, un hommage rendu à cet homme d’exception, érudit et passionné, sans qui notre ouvrage n’aurait jamais vu le jour.

Donc, qu’on le sache une fois pour toutes, les auteurs de ce livre ne sont ni satanistes, ni partisans d’une idéologie quelconque : ce sont des sorciers qui ont voulu, à ce titre, faire profiter à d’autres un peu de leur expérience et de leur savoir. Ils ont voulu également briser les tabous et tordre le cou au dénigrement systématique de l’univers démonologique en rendant celui-ci plus accessible et surtout plus proche des traditions authentiques, loin des fantasmes et des idées erronées, véhiculées par la plupart des gens. Nous avons dû, à l’évidence, accepter le fait que les bûchers n’étaient pas tout à fait éteints et que la chasse aux sorcières existait encore dans les méandres malsains de certains cerveaux malades pour qui la religion restait, consciemment ou inconsciemment, une référence génocidaire.

Au-delà de ces considérations communes qui s’avèrent inquiétantes, car elles nourrissent le fanatisme et l’intolérance, mais aussi témoignent de l’ignorance et de la bêtise humaine, je pense que cet ouvrage est salutaire parce que didactique et technique, loin des clichés innombrables d’une société encore persuadée que la magie est œuvre du Diable.

Il y a, bien sûr, des gens qui considèrent la sorcellerie comme un relent d’une époque révolue, d’un remugle sentant le charlatanisme et non le soufre. Mais nous ne faisons aucune apologie de cet Art multimillénaire, car notre démarche, ici, n’est pas de prouver l’efficacité, ni le bien-fondé de celui-ci. Nous ne désirons qu’informer nos lecteurs, en toute impartialité, en faisant œuvre d’érudition et d’éthologie, d’une réalité toujours contemporaine et qui ne mérite pas, à part de rares exceptions, les qualificatifs qu’on lui prête communément : charlatanisme et escroquerie, voire immoralité et perversité.

Quant à l’accusation de secte, qu’on sache une fois pour toutes que le sorcier travaille le plus souvent seul, comme l’alchimiste, et qu’il ne se commet pas avec des groupes fanatiques prônant une quelconque idéologie, religieuse ou non, nuisible à la dignité et à l’intégrité humaine. Les groupes sorciers sont avant tout des écoles et non des lieux de cultes infernaux. Le mage véritable est un technicien qui se contente d’œuvrer dans son Art, le plus souvent en solitaire, loin des religions à l’envers ou à l’endroit, même s’il adhère à une quelconque croyance qui lui est propre, car tout cela n’a aucun rapport avec les travaux qu’il effectue. Ne seriez-vous pas étonnés si votre médecin vous soignait au nom du Christ, si votre avocat vous défendait au nom de la Vierge, si votre boulanger bénissait votre pain ou si votre boucher fermait son magasin lors du carême ? Leur confession religieuse, s’ils en ont une, n’interfère jamais dans leur labeur. Le sorcier est dans la même situation.

Vous me direz : « mais, dans les rituels, on fait appel à Dieu ou au Diable ! » Parfois, oui. Cependant, ce ne sont, à mes yeux que des formules magiques qui n’impliquent aucune croyance. Vous me direz aussi : « mais, si vous travaillez en magie, c’est que vous croyez aux démons ou aux anges ! » Non. Pas nécessairement : aussi curieux que cela paraisse, il n’est pas nécessaire d’y croire pour obtenir un résultat. Je peux vous l’attester, car ni Anubis, en son temps, ni moi, depuis toujours, nous n’avons eu de croyance en telle ou telle Entité et nous avons œuvré en magie avec bonheur pendant de très nombreuses années. Nos maîtres mots sont « ne pas nuire », « porter remède » et « ne pas enlever la vie, d’où qu’elle vienne et quelle qu’elle soit ». Il n’y a là aucune connotation religieuse. Et beaucoup de sorciers suivent ces préceptes que nous avons voulu mettre en exergue tout au long de notre enseignement.

Le sorcier est un individualiste, au sens noble du terme, mettant son savoir et son expérience à la disposition des gens qui cherchent à mieux vivre, loin de toute adversité, dans le respect de tout un chacun. Il ne fait pas le Mal (il y en a bien assez, sur Terre, pas besoin d’en rajouter !), il ne fait qu’aider ses semblables à mieux profiter de la vie, sans nuire à autrui.

C’est étonnant, n’est-ce pas ?

Cette deuxième édition est dédiée à Francis Desmedt alias « ANUBIS », décédé le 27 novembre 2006.

« Je suis Yahweh, il n’y en a point d’autre. Hors Moi, il n’y a pas de Dieu. Sans que tu Me connaisses, Je te fais prendre les armes, pour qu’on sache, du levant jusqu’au couchant, que tout est néant sauf Moi. Je suis Yahweh, sans égal. Je façonne la Lumière et Je produis les Ténèbres, Je fais le Bonheur et Je produis le Malheur. Tout cela, c’est Moi, Yahweh, qui le fais. »

Ancien Testament, Isaïe 45,5

« Pour croire en Dieu, il faut avoir la foi. Pour croire au Diable, il n’y a qu’à ouvrir les yeux. »

Vladimir Volkoff

« Nous sommes corps et biens assujettis au Diable, et des étrangers, des hôtes dans le Monde dont le Diable est le prince et le dieu. Le pain que nous mangeons, le breuvage que nous buvons, les vêtements dont nous nous servons, bien plus l’air que nous respirons et tout ce qui appartient à notre vie

INTRODUCTION

Le Monde est méchant. Point n’est besoin de philosophie ni de religion et encore moins de morale, pour constater ce fait. La Nature elle-même, tant admirée pour son équilibre, ne survit que par le cycle horrible de la naissance et de la mort. Mis à part les végétaux – et encore, certaines espèces sont carnivores ! – les animaux et les Hommes tuent sans vergogne pour se nourrir, détruisent la vie pour survivre. L’écosystème ne subsiste que par le crime, tout à coup légitimé par la Nature.

Le Monde est méchant. L’Homme – cette créature criminelle qui a sophistiqué ses moyens meurtriers – ne cesse d’inventer des excuses à son comportement et manifestement, les messages d’amour ne passent pas. Depuis deux mille ans, un certain Jésus-Christ tire sur ses clous de désespoir en voyant comment on applique ses conseils admirables qui, de toute évidence, ne conviennent pas aux appels impérieux d’une nature assassine.

On a l’outrecuidance de parler d’amour dans un monde où seule la haine domine. « L’Histoire nous apprend que nous n’avons rien appris » a dit un sage et la Morale frissonne d’angoisse lorsqu’on se rend compte que le « Bien » ne serait finalement qu’un moindre « Mal »…

Nous sommes tous des prédateurs et nous avons tous nos prédateurs ; la vie n’existe que par sa destruction et son pouvoir de se régénérer. En fait, le Monde ne subsiste que par la mort qu’il porte sans cesse.

Et Dieu, dans tout cela ?

Si le Dieu créateur a créé le Mal qui sévit sur Terre, Il est mauvais. Si ce n’est pas Lui, alors pourquoi dit-Il qu’il est le seul Dieu ? Si, n’ayant pas créé le Mal, Il n’a pas pu l’empêcher, alors Il est impuissant. S’Il n’a pas voulu l’empêcher, alors Il est méchant. Et s’Il a, comme la Religion l’enseigne, donné le Libre Arbitre aux Hommes, Il nie son omniscience par une telle erreur de jugement qui précipite sa Création dans une dégradation effroyable. La Perfection ne peut qu’engendrer la Perfection. Pourquoi, dès lors, un Dieu Parfait peut-Il créer cette terrible imperfection qu’est le Monde ? Si nous sommes à l’image de Dieu, ce dernier doit être foncièrement méchant et indigne de l’idée que nous nous faisons de la Divinité.

Le Mal… Qu’est-ce donc que le Mal ? Si nous tentions une définition ? …

Le Mal, tout d’abord, est lié au concept de « Conscience ». La Conscience est malheureusement fluctuante ; elle varie selon les époques, les lieux, les cultures, les religions, voire même selon les individus. Les Consciences évoluent ; ce qui était « mal » hier devient parfois « bien » aujourd’hui, et vice versa. On peut même faire beaucoup de mal en voulant le bien de quelqu’un.

Le Mal, ensuite, peut se lier à un concept absolu, du type divin ; le « Bien », c’est Dieu. Tout ce qui est contraire à Dieu, c’est « Mal ». Corollaire obligé : comment savoir comment Dieu conçoit son Bien ? Comment connaître les desseins de Dieu qui sont, d’après les rumeurs, « impénétrables » ? C’est pourtant facile : le Bien de Dieu est connu par son « Message » contenu dans les Livres Sacrés des Religions dites « révélées » ! C’est en tout cas ce que prétendent les Hommes qui y adhèrent et qui manifestement se servent de telles doctrines pour asseoir de réels pouvoirs temporels, sous le couvert d’une révélation divine.

Ces religions ont malheureusement prouvé le contraire ! L’Histoire nous apprend que les messages de Dieu se sont traduits par une intolérance effroyable, un fanatisme meurtrier et des attitudes belliqueuses. Le « Peuple Elu » a exterminé bon nombre de gens en arrivant sur la Terre Promise et Yahweh lui-même aurait dit qu’il fallait renverser les autels « païens » et tuer leurs adorateurs, hommes, femmes, enfants, vieillards ; il avait dit aussi : « Tu ne tueras point »…

L’Ancien Testament est jonché de cadavres… Les Chrétiens ont organisé des « guerres saintes », les Croisades et la « Sainte » Inquisition. Quant aux Musulmans, ils ont même fait de la « Guerre sainte » un devoir !

Dieu s’exprime hélas par une intolérance fanatique. Car s’il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a qu’une seule Vérité. Ceux qui nient la « Révélation » sont nécessairement dans l’erreur : ils doivent se convertir ou… mourir, telle est la Loi Divine.

Le Mal serait-il donc la négation de ces Lois Divines (donc humaines, puisque « révélées ») ? Le Mal serait alors toute forme de contestation, toute révolte, toute hérésie, toute apostasie, toute contradiction, tout désaccord avec les Lois, les Pouvoirs en place, l’Autorité religieuse ou politique. Car la plupart des religions ont patiemment mis au point un pouvoir politique qui s’est peu ou prou laïcisé selon les tendances sociales et économiques. Notre bonne vieille Justice est sans aucun doute le rejeton de la Justice dite « Divine ». C’est d’autant plus vrai que lorsque le « Mal » renverse le « Bien », il devient la nouvelle référence du « Bien ». Ainsi, le terroriste dont la cause a été légitimée devient un « résistant » que l’on décore. Le soldat qui tue un ennemi n’est pas un assassin, mais un héros. Combien de guerres ont-elles été bénies par Dieu ? Et combien d’entre elles se sont faites en Son Nom ? La notion de « Mal » provient sans nul doute de l’intolérance à prétendre que l’on procède du Bien.

Anarchie, Rébellion, Révolte contre des Lois collectives qui, nécessairement, sont antagonistes au fonds individuel : le Mal ressemble étrangement à l’affirmation de la Liberté individuelle ! Il serait le refus de tout grégarisme, de tout collectivisme, de toute lobotomie sociale. Finalement, du « Mal » au « Malin », il n’y a qu’un pas : un pas que l’on franchit très facilement en liant la Bonté à la Bêtise et la Méchanceté à l’Intelligence.

Comme on le voit, définir le Mal ouvre des perspectives nouvelles. Le Mal Absolu, c’est la Création : le « Bon » Dieu a créé le « Mauvais » Monde, avec son cortège de souffrances, de maladies et de morts. Le Mal serait alors la dégradation d’une certaine idée du Bien, comme tout mouvement est dégradation de l’équilibre. Quant au mal, dirions-nous, « relatif », il dépend des concepts légitimés. On comprend mieux l’étymologie de Satan, (Shatan, en hébreu : l’Adversaire). Le Mal est tout ce qui est « contre » tout pouvoir en place, il prône la Liberté individuelle contre la collectivité abrutissante, l’éthique personnelle contre la morale nécessairement sociale, le droit à se comporter autrement que selon ce que les lois exigent. Ce qui était « mal » jadis peut être « bien » aujourd’hui et vice-versa. Donc, ce Mal-là est fonction des époques, des lieux, des peuples, des cultures, des religions. Le « Diable » est opportuniste !

Ne vaudrait-il pas mieux considérer le Bien et le Mal comme de pures conventions humaines, fluctuantes et caduques, plutôt qu’immuables et absolues ?

Vient ici se greffer la magie. Toutes les magies. Car, sans exception, elles veulent contrarier le cours normal des événements, c’est-à-dire, peut-être, les « desseins de Dieu ». Toute magie a dès lors une odeur de soufre, même la plus « blanche », dans la mesure où elle influerait sur la destinée de chacun, qu’elle attaquerait le libre arbitre, qu’elle modifierait le cours de l’existence.

Voilà pourquoi la magie a toujours été poursuivie par le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, bien que ces trois religions eussent, en quelque sorte, leur propre « magie »… légale, cette fois… Mettre à mort les sorciers et les sorcières fut pratique courante pendant des siècles. Dieu lui-même l’exige dans les Textes Sacrés. Toute espèce de religion étrangère est également assimilée à l’adoration des démons. La démonologie nous montre ainsi que beaucoup d’anciens dieux, qu’ils fussent celtes, hellénistiques ou autres, devinrent d’horribles démons. Le culte de Diane a sans doute servi de modèle à la création des Sabbats. Les dieux cornus ont inspiré la représentation iconographique du Diable. Et quand on sait que Satan offrirait ici et maintenant les Richesses, la Gloire, l’Amour, la Jeunesse et la Santé, on peut se demander pourquoi on s’obstine à le considérer si mal, face à un Dieu destructeur, jaloux et intolérant qui aime la souffrance de ses créatures – au point d’imposer celle-ci à son propre fils ! – et qui se réjouit du malheur en promettant un au-delà de félicité sous condition, faisant ainsi un terrible chantage moral basé sur le Péché. Et sans doute serait-ce le pire des péchés, le pire des crimes, que de détourner les desseins sordides, criminels et sadiques d’un Dieu avide de Puissance et de Souffrance humaine ! Un Dieu d’Amour, de Bien, de Pardon ? Où ça ?

Cet ouvrage développera essentiellement divers aspects de la démonologie occidentale sans s’intéresser de trop près à d’autres, plus exotiques (indo-asiatique, africaine, vaudou, macumba, etc.) qui, bien que fort intéressantes et souvent efficaces, n’en demeurent pas moins éloignées, et du propos de ce livre, et des forces telluriques spécifiques qui portent en elles l’essence même de la magie. Ce tellurisme, base de toute action magique, est l’une des composantes essentielles des mécanismes magiques. Force nous est de constater que les sorcelleries « déracinées » de leur propre terre sont affaiblies, voire parfois inopérantes. C’est pour cette raison que les sorciers émigrés emportent avec eux un peu de la terre de leurs ancêtres.

Et, finalement, pourquoi chercher ailleurs ce que l’on a chez soi ? La mode actuelle veut des « mages » qui auraient puisé leur savoir en Inde (c’était surtout vrai dans les années soixante-dix) ou dans les initiations vaudou, macumba ; ou encore dans d’illustres et indécises techniques et folklores colorés d’un terroir mystérieux ; ou enfin dans ce qu’ils appellent abusivement du « chamanisme » et qui n’est qu’un fourre-tout de diverses origines qui permettrait de converser avec la Nature grâce à des transes et des psychotropes… On va même jusqu’à prétendre que de telles magies seraient « supérieures » à la nôtre.

Or, il n’y a pas de magie meilleure que d’autres, il n’y a que des bons ou des mauvais mages. Et il y a chez nous bon nombre de sorciers, au profil de « beau ténébreux », noyant leur incapacité magique dans des rites plus folkloriques qu’efficaces, alliant des pseudo-initiations lointaines, secrètes, voire imaginaires, à des rituels hauts en couleur puisés dans quelque bazar d’épouvante. Mais il y existe aussi des mages compétents, hélas fort rares, qui ont été réellement initiés et qui possèdent un véritable Savoir.

La magie existe. Le profane qui se dit « rationnel » a intégré le mage dans le long cortège des charlatans ou des farceurs, des escrocs ou des mythomanes, considérant à juste titre l’énorme proportion de fumistes qui peuplent ce domaine. Mais devons-nous pour autant condamner la magie tout entière, sous prétexte que quatre-vingts pour cent – sinon plus – des mages ne sont que des charlatans mercantiles ? …

D’abord, sur quoi repose la « magie » ? Sur des superstitions imbéciles ? Sur des illusions ou des hallucinations ? Ou bien a-t-elle des supports authentiques que la Science, si elle s’en donnait les moyens, pourrait éventuellement mettre en exergue ? Dans les temps anciens, la magie se confondait avec la Science et la Religion. Bon nombre de principes magiques sont devenus principes scientifiques et notre médecine, notre physique, notre chimie et même nos mathématiques proviennent de thèses magiques provenant de l’Antiquité. La magie actuelle serait le reliquat non encore « rationalisé » par une Science qui n’aurait pas pu se débarrasser encore de certains dogmes tenaces qui enferment l’esprit scientifique dans des domaines fort étriqués : nous y reviendrons.

C’est au 19e siècle que, poussés par un scientisme « panacée », des « occultistes » célèbres ont tenté d’expliciter cette magie qu’ils appelèrent « Haute Science », « Occultisme », « Haute magie »… Se dégageant le plus possible de la religion qui, jusqu’alors, avait servi de base de raisonnement pour motiver les valeurs magiques, ces « scientifiques » de l’Occulte ont cherché par tous les moyens à légitimer leur « science », à coups de Kabbale hébraïque (la seule base sacrée pour eux) et d’expériences empiriques. Tâtonnements, errances, impasses, se sont ainsi succédé chez ces pionniers, avec parfois des réussites aussi essentielles que vouées au silence des Autorités Scientifiques de l’époque. Pourtant, nous leur devons l’amorce d’une réhabilitation de la magie ; Stanislas de Guaïta, le Dr Encausse (dit Papus), Georges Lancelin, Henri et Hector Durville, le Colonel de Rochas et bien d’autres encore ont manifestement sorti la magie de sa gangue sulfureuse de superstitions diaboliques.

Le vrai problème, pourtant, ne pourra se résoudre que lorsque la Science cessera de vouloir à toute force « reproduire » et « répéter » ce qui manifestement est aléatoire. On ne pourra jamais mettre un démon en éprouvette, ni reproduire des phénomènes magiques de façon constante et répétitive. Cet écueil de taille marque encore le fossé profond qui continue à séparer la Science officielle et la magie. Les scientifiques qui se disent « ouverts » à ce genre de phénomènes, qui se parent eux-mêmes du titre ronflant de « parapsychologues », s’obstinent à ne voir dans la magie que des effets psychologiques marginaux en réduisant, par exemple, l’envoûtement à une influence à distance et la voyance à des sensations télépathiques. Pire encore, en soumettant des médiums authentiques à des expériences répétitives, nos parapsychologues ont poussé leurs « cobayes » à tricher : en leur demandant de reproduire des phénomènes aléatoires dans des lieux scientifiques soumis à des influences électromagnétiques constantes, on ne pouvait que les inciter à tricher sous peine d’être considérés comme des charlatans ! On va même inviter des mages à la télévision, les mettant au défi de produire des phénomènes curieux au milieu des câbles et des circuits électriques… Or, les ondes magiques ont besoin d’un environnement équilibré pour produire des effets. Il est clair que nos parapsychologues font parfois beaucoup de tort à la magie en fixant unilatéralement des lois qui vont à l’encontre de l’environnement et de la technique magiques.

Si l’on admet du bout des lèvres la télépathie, l’hypnose, l’influence à distance, l’état médiumnique, certains phénomènes de hantise et de poltergeist, ainsi que certaines médecines dites « alternatives » ou « parallèles », on se refuse obstinément à parler d’envoûtements et de démons autrement qu’en se référant à d’hypothétiques pouvoirs psychiques, dada de nos parapsychologues hardis, lorsqu’ils ne vont pas jusqu’à parler, comme la plupart des scientifiques bon teint, des méandres paranoïaques de notre imagination. On apporte très vite des explications psychiatriques quand on ne parle pas carrément d’impostures déclarées.

J’ai moi-même proposé, il y a quelques années, à un « parapsychologue » de venir mesurer certains effets physiques lors de travaux magiques, comme une élévation de la température ou son abaissement, une modification de la pression atmosphérique ou une augmentation de l’humidité, phénomènes constatés parfois dans les cercles magiques et non au-dehors. J’avais stipulé que je désirais absolument fixer un protocole où il serait convenu d’accepter le principe de l’aléatoire et de ne pas conclure, faute de preuve tangible, à l’inexistence de tels effets, quitte à multiplier les expériences chez moi et non en laboratoire. Hélas, notre cher homme de science se récusa habilement, en prétextant un manque de temps à consacrer à tout cela…

Comble d’ironie, les « rationalistes » nous reprochent maintenant d’utiliser leur vocabulaire lorsque nous parlons d’« ondes », d’« énergie », de « vibrations » ! Domaine réservé ?

Le pire n’est pas là : si la Science nous combat avec les meilleures des intentions, la Religion ne s’est certes pas endormie et les antiques bûchers fument encore sous leurs braises apparemment éteintes. Voici maintenant le DIABLE, à croire qu’il ne fut inventé que pour les sorciers et les mages. Le public se sent quelque peu soulagé lorsqu’on lui parle de magie « blanche », avec ses prières, ses neuvaines, ses images saintes et sa Vierge protectrice. Naïvement, il cautionne tout cela, ne se rendant pas compte qu’il ne s’agit que d’un leurre. On peut nuire à autrui en effectuant une Neuvaine ! Quant à l’autre magie, la démoniaque, la « noire », il la considère comme dangereuse, uniquement motivée par le Mal que l’on veut faire à autrui. Il est quand même étonnant de constater que ce sont les peuples les plus religieux qui ont le plus souvent recours à la magie, blanche ou noire, d’ailleurs !

Ce Livre, pourtant, a la ferme intention de parler de cette magie « démoniaque » ; c’est d’ailleurs son unique propos. Nous allons entrer dans un domaine étrange, qualifié de « diabolique », où les anciennes divinités antiques se fondent avec d’horribles démons. Dans la première partie de cet ouvrage, nous allons tenter d’expliciter le plus complètement possible ce que représente vraiment un DÉMON, nous allons pénétrer dans l’univers de l’envoûtement, du Satanisme, du Luciférisme, des Messes Noires et des autres cérémonies rituelles. Bien sûr, tout cela a déjà été fait, direz-vous. Mais si peu : les ouvrages qui traitent de tels sujets sont souvent le fruit d’érudits, de folkloristes ou de sociologues, mais rarement de véritables sorciers. En fait, la grande majorité de ces écrivains n’ont jamais œuvré en magie ; seuls quelques livres ont été rédigés par des mages, mais ils sont bien trop limités aux techniques magiques qui leur sont propres.

Le propos de cet ouvrage est justement d’être un véritable précis de démonologie, aussi complet que possible. Cependant, nous avons également choisi le parti de taire les rituels eux-mêmes, afin d’éviter que des profanes s’amusassent à jouer avec les démons, ce qui leur occasionnerait bien des déboires. Par contre, le sorcier et le mage initiés trouveront dans ce livre toutes les indications nécessaires à leur art.

La deuxième partie de ce Livre est un dictionnaire des principales entités démoniaques de notre magie occidentale. Cela aussi, direz-vous, a déjà été fait ; la différence entre de tels ouvrages, au demeurant fort intéressants et dans lesquels nous avons abondamment puisé ce qui nous semblait valable, c’est qu’ils ont le plus souvent été rédigés par des gens qui ne pratiquaient aucune magie !

Notre Dictionnaire se veut exhaustif. Y figurent donc des indications rituelles qu’on ne trouvera nulle part ailleurs. Sachez que tous les dictionnaires s’inspirent nécessairement de leurs prédécesseurs, ce qui est, somme toute, logique. Ce qui est, par contre, totalement neuf, c’est le dictionnaire des fonctions démoniaques, dans lequel on pourra ainsi découvrir à la rubrique de son choix quels démons on peut appeler. Ceci constitue un outil de grande valeur pour tous les mages.

Et maintenant, place au… DIABLE !

PREMIÈRE PARTIE

UN PEU D’HISTOIRE…

Le mot « démon » est relativement récent dans le sens communément utilisé, c’est-à-dire péjoratif. En fait, c’est un mot d’origine grecque, « daïmôn », qui signifie « esprit », sorte d’entité subtile sans aucune connotation négative. Les Grecs, d’ailleurs, distinguaient les « bons » et les « mauvais » daïmônes (respectivement agathodaïmonês et cacodaïmonês). C’est manifestement le Judéo-christianisme qui a pris ce terme pour qualifier exclusivement les « mauvais Esprits ».

Mais les « mauvais Esprits », eux, existaient certainement depuis l’aube de l’Humanité, dans toutes les cultures. Ce sont des êtres terrifiants qui interfèrent dans la destinée, charriant avec eux les maladies, les épidémies, les catastrophes naturelles et la mort.

Chez les Assyro-babyloniens (actuel Iraq et Nord de la Syrie, l’ancienne Mésopotamie), ces créatures étaient déjà innombrables et terrifiaient les populations. Bon nombre de textes sont de véritables incantations d’exorcismes où l’on faisait appel à des divinités bienveillantes pour chasser ces Esprits méchants. Certains de ceux-ci hantaient les champs, les vallées, les ruines ; d’autres les sépultures ; d’autres encore accompagnaient les vents destructeurs et apportaient la famine et la maladie. Ils étaient partout ; les hommes tremblaient devant eux. Certains avaient une apparence mi-humaine, mi-animale, vestiges présumés d’un totémisme animiste. Les textes parlent souvent de sept démons terribles, parfois décrits comme le Vent du Sud, un dragon à la gueule largement ouverte, un léopard, un serpent, une bête furieuse, un être rampant et une tempête dévastatrice. Notre dictionnaire définira certaines de ces créatures ainsi que les SEPT* et PAZUZU*, un des plus terribles, dont on possède une représentation du 7e siècle avant Jésus-Christ, au Musée du Louvre.

Les Hébreux ont été fort marqués par ces croyances, à tel point qu’ils les ont parfois adoptées. Eux aussi, comme les Arabes d’ailleurs, croyaient en des Esprits terrifiants qui hantaient les déserts et les ruines, les plaines, les vallées et les gouffres, tels les MAZZIKIN* ou les SEIRIM*, ou encore les SHEDIMS*, de même que les DJINNS* chez les Arabes.

L’Ancien Testament nous offre d’emblée une belle fournée de démons et non des moindres ! L’Éternel avoue à Job qu’il a créé lui-même des créatures comme LEVIATHAN* et BEHEMOTH* ! On y voit aussi déjà SHATAN* et le MASHKHITH*, l’Ange Exterminateur. Mais les Hébreux, fervents monothéistes, ne se contentèrent pas d’adapter les croyances assyro-babyloniennes et égyptiennes : les dieux des autres peuples devenaient alors tout naturellement d’odieux démons, usurpant la légitimité de l’Éternel. Cette mentalité servira de base à la démonologie occidentale qui va, dans un mouvement monolithique, précipiter tous les anciens dieux dans les fournaises de l’Enfer : NERGAL*, ALLATOU*, DAGON*, TYPHON-SETH*, HECATE*, PAN*, PLUTON*, PERSEPHONE*, CERNUNNOS*, HABUNDIA*, DIANE*… et tant d’autres divinités antiques de toutes cultures confondues.

La Tradition hébraïque plus récente (1er siècle avant Jésus-Christ pour le Livre des Jubilés et environ –150 pour le Livre d’Hénoch) nous offre bonne matière. Il s’agit du mythe des Anges Rebelles (pour les Chrétiens : les Anges « Déchus ») qui développe à satiété et, avec une belle imagination, un petit passage de la Genèse dans lequel les « Fils de Dieu » s’accouplèrent avec les « Filles des Hommes » et créèrent ainsi la Race des Géants, cause probable du Déluge. On y voit des anges révéler aux hommes des secrets interdits par l’Eternel, puis on assiste à leur Chute, leurs tourments et leurs châtiments ; le Chef des Rebelles, ce Prométhée hébraïque, s’appelle SEMIAZAS* (Hénoch) ou MASTEMA* (Jubilés). Ce dernier, d’ailleurs, obtint de Dieu de conserver un dixième de ses anges pour pouvoir continuer son œuvre de perversion… Curieux, non ? Bien entendu, tous ces « anges » deviendront des démons très convenables. Nous avons cru bon d’insérer le nom des principaux d’entre eux dans le Dictionnaire, d’autant plus qu’on parle volontiers, actuellement, des « 72 Anges Rebelles (ou Déchus) », face aux « 72 Anges Gardiens »… et des « 72 démons »… (Voir plus loin le tableau comparatif).

Plus tard, le Judéo-christianisme reprit à son compte ce mythe essentiel et confondit Sémiazas, ou Mastema, avec LUCIFER* de manière à combattre peut-être certains Gnostiques qui accolaient volontiers le titre de Lucifer (« Porteur de Lumière ») à Jésus-Christ. Les Anges Rebelles seraient la semence mâle immortelle dans un réceptacle femelle mortel (les « filles des hommes ») et ils auraient ainsi produit les NEPHILIMS*, « l’Esprit-Souffle » des Géants, qui deviendra une énergie de dépravation et de mal : les démons.

Dans le Nouveau Testament, Jésus fut impliqué plusieurs fois dans des apparitions ou des possessions démoniaques ; SATAN* y est nommé « Le Prince de ce Monde » par Paul de Tarse. Il n’est plus vraiment le SHATAN* des Hébreux, dans l’Ancien Testament, qui reste un auxiliaire de choix pour l’Éternel quand celui-ci veut punir les hommes sans se salir les mains. Il est devenu le Mal personnifié, il règne sur la Terre (et non plus tellement dans les Enfers, où sévissent bien d’autres créatures, comme les divinités infernales), et il possède toutes les richesses du monde. Il les propose d’ailleurs à Jésus, qui les refuse, naturellement.

Prince de ce Monde, Satan ressemble à s’y méprendre, pour les Gnostiques, au Mauvais Démiurge usurpateur, Yaldabaôth. Les influences gnostiques joueront un grand rôle dans la suite des événements qui constitueront notre future démonologie. Une de ces « religions », le Manichéisme, héritière du Mazdéisme, culte ancien qui postulait un combat sans relâche du Bien et du Mal, donne une description haute en couleurs des abîmes infernaux, où le Dieu du Mal règne en maître et dirige le Monde. Bien que violemment combattu par le Christianisme, le Manichéisme influença considérablement la vision dualiste du Bien et du Mal, du Paradis et de l’Enfer.

Tout était enfin en place : l’Empire Infernal était précisé : il restait à y mettre nos diables. On les recruta donc parmi les divinités antiques et païennes, chez les démons déjà cités dans les Écritures Saintes et parmi les Esprits mauvais des Mésopotamiens et des Cananéens ; on prit au passage les Anges Rebelles (ou « Déchus »), ainsi que certaines divinités gnostiques pour mieux étoffer l’ensemble ; on y ajouta un zeste d’hellénisme avec les « daïmônes » grecs et les entités innombrables, vampires, goules, succubes et incubes…

Mais au-delà du matériau qui aurait pu n’être que le résultat bipolaire d’une réalité naturelle, l’Église chrétienne amplifia les concepts et cela, paradoxalement, pour étayer ses thèses. Le millénarisme aidant, la fin du monde redoutée pour l’An Mil, la foi chrétienne devint encore plus intolérante et percluse de dogmes étriqués. Cette Église se mit à menacer ses ouailles des pires tourments infernaux si quelque tentation « païenne » les effleurait. Fait presque unique dans toute l’Histoire des civilisations, le Christianisme, dès son avènement légalisé dans l’Empire Romain, se mit en devoir d’accuser les autres courants religieux des pires turpitudes. Les cultes anciens furent interdits, les païens furent convertis de force ou exterminés, les déviances philosophiques combattues avec violence. Lentement s’insinua dans la pensée chrétienne l’idée d’un « Diable » qui inspirerait les mécréants, diable prenant la forme et les thèses des religions anciennes vouées désormais à l’enseignement de « l’Autre ».

C’est à la fin du Moyen Âge que l’Église créa véritablement le Diable, le Jugement Dernier, l’Enfer et le Paradis. Il fallait trouver une réponse aux guerres, aux épidémies, aux disettes, aux famines et aux hérésies naissantes. Le Diable convenait à merveille, véritable épouvantail qui donnera un peu plus tard la légitimité à la société de poursuivre ses « suppôts », c’est-à-dire les sorciers et les sorcières, mais aussi les hérétiques de tout poil.

On présente encore de nos jours ces pauvres Chrétiens tout à fait inoffensifs, martyrs de leur foi, persécutés par les Romains et ne parlant que d’amour universel. On oublie que Rome, toute puissante, autorisait tous les cultes étrangers, à l’exception de ceux qui conspiraient contre l’Empire et qui refusaient l’autorité de l’Empereur divinisé, ceux qui constituaient des foyers de troubles contre la sécurité et l’ordre moral. Il est quand même curieux que les Chrétiens fussent ainsi poursuivis avec tant d’âpreté, alors qu’on nous les présente toujours comme d’innocents agneaux débordants d’amour ! On a évidemment falsifié l’Histoire et l’on a présenté la secte qui, manifestement, était, à l’époque, un ramassis d’agitateurs politiques et de terroristes, comme étant une angélique association mystique. Notamment, l’incendie de Rome ne serait pas du tout le fait de Néron, mais bien de la petite communauté judéo-chrétienne de la ville. La preuve en est que l’Empereur Néron, absent au moment des faits, revint dare-dare à Rome pour lutter contre les flammes et ouvrir ses jardins à la population en danger ; que les judéo-chrétiens qui furent arrêtés furent exécutés comme incendiaires, (crucifiés et brûlés sur une croix – qui n’a rien à voir avec celle du Christ ! –) et que les communautés en dehors de Rome ne furent nullement inquiétées. Dès que cette secte fut arrivée au pouvoir, elle ne cessa de persécuter les autres religions, d’interdire leurs cultes et, lorsque cela se révéla impossible ou utile, d’adapter leurs croyances à des fêtes chrétiennes.

C’est dans un tel climat que surgira, au Moyen Âge, le personnage du Diable, véritable promoteur de la damnation. Le Dieu de Colère médiéval qui envoyait les pires calamités aux hommes ne pouvait qu’agir ainsi, parce que les populations étaient devenues impies ! Le Diable combattait l’Éternel : les païens, les apostats et les hérétiques partagèrent leurs bûchers avec ceux des sorciers, des sorcières et des grands esprits progressistes de l’époque. Et l’on vit dans toute l’Europe, surtout à la Renaissance, s’embraser des milliers de bûchers qui voulaient exclusivement combattre Satan et ses serviteurs. Toute personne non dévote devait nécessairement avoir commerce avec le Diable et cela dura des siècles et des siècles… Satan était diablement puissant… Il sévissait même dans les couvents, viciait les prêtres, perdait, par ses tentations abjectes, les plus dignes d’entre eux, mais surtout,… Satan aimait la femme…

L’Église considérait la femme comme responsable du péché originel ; d’ailleurs, Satan aurait été créé le sixième jour, en même temps qu’Eve !… Cette créature, dont la Tradition rabbinique rapporte qu’elle commerça avec le Diable (puisqu’elle aurait laissé le Serpent s’insinuer en son ventre et la mordre dans sa chair : ce serait l’origine des menstrues !). Elle n’a pas d’âme. Elle ne peut donc bénéficier que de celle de son mari, à la condition qu’elle lui soit soumise et qu’elle ne cède à aucun péché. N’oublions pas la condition scandaleuse de la femme en ce Moyen Âge (et même plus tard…). Elle était écartée de la vie sociale, elle était tout juste bonne à être enceinte, à s’occuper des enfants et à préparer la nourriture de l’homme. Sa sexualité était opprobre ; c’était la marque du démon, sauf si l’acte charnel était effectué dans les liens du mariage ; mais la femme ne pouvait en aucun cas connaître de jouissance…

Lentement aurait pris naissance un étrange culte secret, libérant la femme de ses carcans sociaux, exaltant sa sexualité et son corps. Ce culte était nourri, bien sûr, par d’antiques croyances païennes que l’Église n’avait jamais pu détruire, comme celui de Diane ou des dieux de la Fertilité.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Satan a bien servi l’Église. Le pouvoir chrétien édifia sa puissance grâce aux notions de « péché » et de « tentation », principales armes de l’Adversaire présumé. Il est conceptuellement impossible de « sauver les âmes » sans que celles-ci ne soient « perverties », à tel point qu’il paraît difficile d’imaginer un Paradis sans un Enfer. Aussi Satan devient-il très rapidement le « Sauveur » a contrario et, en bout de course, le meilleur ambassadeur de la foi chrétienne ! L’Antéchrist du livre de l’Apocalypse attribué à Jean n’est là que pour permettre l’avènement définitif du Rédempteur. Il est là aussi pour justifier un monde manifestement mauvais, donc pour répondre à une nécessité impérieuse qui met sans cesse en exergue une contradiction gênante : l’existence d’un Dieu Bon et d’un Monde méchant.

Dans les premiers siècles du Christianisme, le Diable n’était autre que l’agglomérat de divinités païennes liées aux antiques religions à Mystères. Au Moyen Âge, il représentait un repoussoir qui sévissait à la fois chez les hérétiques et chez les gens épris d’hédonisme, alors que l’Église prônait un ascétisme forcené. Mais ce n’est qu’à partir du 14e siècle qu’il devint vraiment le dieu syncrétique des sorciers, mélange de divinités païennes et de cultes miraculeusement conservés depuis l’Antiquité. La femme y retrouvait des droits que l’Autorité ecclésiastique lui déniait. La magie, interdite et abhorrée, vestige dégradé des antiques rites théurgiques (dédiés aux divinités célestes) et goétiques (dédiées aux divinités infernales), rejoignait un culte voué aux ténèbres et au secret. Ces ténèbres, tant vantées par un certain Satanisme, pourraient d’ailleurs tout simplement provenir de la nécessité de célébrer ces rites durant la nuit, dans des lieux déserts où le bon Chrétien ne se hasardait pas, comme dans les ruines et les cimetières, ainsi que de l’opposition dualiste d’un Dieu de Lumière combattu par un Dieu de Ténèbres. Mais ce dernier point de vue, comme toute spéculation théologique ou philosophique, n’était partagé que par une élite de gens lettrés. Issu du peuple, le culte ténébreux, puisant ses sources dans une Goétie antique et s’appuyant sur des évidences prosaïques qui mettaient les gens en porte-à-faux avec les sermons spécieux des églises, allait s’orienter presque intuitivement vers une libération des mœurs et une « religion à l’envers ».

Les réunions nocturnes de la pleine Lune terrifiaient les bons Chrétiens qui inventèrent pour elles les pires turpitudes et les damnations éternelles. On les appellera « Sabbats » par dérision, comparant ainsi cette infamie avec les rites du Peuple juif, réputé déicide, à qui l’on vouait une haine féroce – vieille et triste habitude historique.

Et pendant ce temps-là, l’Enfer se peupla de divinités païennes et de démons innombrables, sur le modèle qu’avaient proposé les Manichéens, lieu de perdition et d’atroces tortures éternelles. L’Enfer s’enrichira sans cesse, nourri par l’imagination populaire et érudite née des fantasmes humains.

Pendant des siècles, la foi judéo-chrétienne fut soutenue par les multiples punitions post mortem et par un régime de terreur qu’envieraient certains systèmes politiques actuels qui, malgré leurs efforts désespérés pour asseoir une terreur officielle, ne pourraient pas vraiment rivaliser avec le génie du Vatican.

Bref, tout était une fois de plus en place pour que s’installât une « religion à l’envers » basée sur la transgression, le blasphème et sur les vices exaltés. En fait, cette future « religion » avait un atout majeur : le sexe, qu’elle brandissait victorieuse, puisque la Nature elle-même, dénuée de tout vice et de toute perversion, en faisait son seul moteur de survie.

Il fallut encore quelques siècles pour que l’on vît apparaître un culte relativement organisé, à vocation magique, la MESSE NOIRE.

La Messe Noire ne fit son apparition historique que lors de l’affaire des Poisons, sous le règne de Louis XIV. Un prêtre renégat, l’Abbé Guibourg (mais il y en eut d’autres, comme les abbés Mariette, Lemaignan et Davot) célébra sans doute les premières Messes Noires de l’Histoire. Nous sommes à l’époque des courtisanes, des plaisirs d’alcôve et des « poudres de succession »1. Certains prêtres, poussés par le désir de s’enrichir et par la nécessité de motiver leurs écarts sexuels, se mirent en devoir d’offrir aux courtisans et aux courtisanes en disgrâce ou en quête d’avantages, des cérémonies terribles qui étaient censées favoriser les ambitions d’une noblesse désœuvrée, par le biais d’une magie qui n’avait rien de sacré mais qui puisait son efficacité dans la fabrication des philtres et des poisons. Ainsi naquit sans doute le culte satanique, réduit apparemment à la Messe Noire où l’on renversait les crucifix en blasphémant à foison, mais où l’on poignardait apparemment aussi un nouveau-né, au-dessus du corps étendu d’une dame de noblesse entièrement nue qui servait d’Autel. Il ne faudrait pas s’y tromper : de telles cérémonies, aussi horribles fussent-elles, étaient avant tout rentables pour ceux et celles qui les organisaient ! Le Roy ordonna une enquête : ce fut un des plus grands scandales de l’époque. « La Chambre Ardente » condamna à mort la sorcière La Voisin ainsi que bien d’autres personnes indignes ; une vague de décès par poison avait saisi la Cour de Versailles ; le monarque lui-même, dit-on, faillit y succomber.

Il est fort peu probable que ce genre de culte eût existé avant cette affaire ; par contre, celle-ci inspira des écrivains et des lettrés, notamment au cours du 19e siècle où fleurit l’Occultisme.

Le Satanisme a toujours été une réaction socioculturelle basée sur la transgression. Au 19e siècle, l’industrialisation et le scientisme côtoyaient une bourgeoisie puritaine et bigote. Les poètes se mettaient à rêver que Satan se réconcilierait enfin avec Dieu, puisque le Pardon était acquis depuis la mort de Christ. Lord Byron, l’Abbé Constant (dit « Eliphas Levi Zahed ») et bien d’autres, prônèrent cette étrange réconciliation, avec un Diable contrit et pleurant sur son sort.

D’un autre côté, on parlait plutôt de revanche : Satan se dressait, plus révolté que jamais, bien décidé à renverser les Cieux ! C’est dans ce climat que la Messe Noire réapparut, écrite, éditée, diffusée. Huysmans la décrit littérairement dans son roman « Là-Bas ». Il paraît manifeste que certains intellectuels n’hésitèrent pas, non seulement, à codifier le rite, mais à le célébrer de façon très littéraire, théâtrale et romantique. Satan devenait lettré ! Les milieux culturels s’étiolaient dans la drogue, le sexe débridé, l’exotisme et la suave décadence. Il était alors de bon ton de fréquenter certains cercles « occultistes », où la Messe Noire s’étirait en longs psaumes poétiques enrobés d’un romantisme morbide. On doit voir là la véritable origine du Satanisme et, aujourd’hui encore, beaucoup de Messes Noires s’inspirent des textes du 19e siècle ou les utilisent entièrement. Évidemment, il n’était plus question d’immoler qui que ce soit !

La déliquescence des mœurs se répandit au 20e siècle ; on y voit à ce moment le retour en force de la magie, alors qu’au siècle précédent, Satan n’était qu’un sujet littéraire et décadent. En ce siècle commençant, la magie s’en empara et le Satanisme devint non seulement un culte, mais un ensemble de techniques sorcières souvent amorales et cyniques. Avec Aleister Crowley commença une nouvelle ère, plus magique, mais gardant tout de même cette décadence perverse où « orgie » rimerait avec « magie ».

À l’heure où nous écrivons, nous serions bien en peine de définir le Satanisme, car il existe dans le monde un bon nombre de cénacles qui se nomment plus ou moins ouvertement « satanistes », mais qui diffèrent largement les uns des autres, depuis un étrange nazisme nostalgique et imbécile, jusqu’aux groupes sadomasochistes en quête de fantasmes ritualisés, en passant par des skinheads en mal de sensations fortes et de provocations et, enfin par des officines sorcières ou des cultes plus ou moins rigoureux. Reflet de notre temps, il est logique que le Satanisme prenne divers visages. On le découvre dans des groupes « Hard Rock », dans des maisons closes aux partouzes très lucratives où il sert uniquement de décor suggestif, mais aussi chez des individualistes revanchards au profil de raté, qui ne voient, dans la transgression et le vice, qu’un moyen de cracher sur une Église abhorrée ou sur une Société dont les valeurs sont contestées et honnies.

Mais au-delà de toutes ces aberrations inévitables dans un siècle aussi instable, il existe quand même un Satanisme véritable, alliant de façon compétente une magie efficace et un substrat « orthodoxe ». Il est navrant de constater que les médias et le public ne s’attachent qu’aux formes aberrantes du culte, réduisant ainsi le Satanisme à des schémas stéréotypés : simples partouzes et orgies des plus perverses où toutes les turpitudes sont possibles ; sociétés secrètes d’extrême droite ; méfaits de malades mentaux friands de meurtres rituels, le plus souvent simulés, ou perpétrés – hélas ! – sur des animaux ; ou encore sectes qui s’enrichissent aux dépens de leurs membres lobotomisés et qui, nécessairement, agiraient au mépris des lois en se livrant à des trafics illégaux, tels que la drogue ou la prostitution, agrémentés de crimes en tous genres.

Ceux qui condamnent ce qu’ils croient être du Satanisme sont, manifestement, aussi pervers que ceux qu’ils combattent, car, le plus souvent, ils se nourrissent de leurs propres fantasmes.

Or, tous ces clichés n’ont strictement rien à voir avec une « Église » Satanique cohérente qui œuvrerait en toute légalité, ne pratiquerait aucun sacrifice sanglant d’hommes ou d’animaux, ne se livrerait jamais aux drogues, ne fomenterait aucune orgie et ne rêverait pas à quelque Reich nouveau. Certaines institutions satanistes ont pignon sur rue, comme celle de feu Anton La Vey aux États-Unis. Elles ne sont nullement criminelles. Il est certain que ce genre de culte commence à prospérer, peut-être à cause de l’agonie d’un catholicisme en perte de vitesse.

Cependant, que penser vraiment de cette « religion » qui ne se résumerait qu’à prendre le contre-pied de l’Église chrétienne en parodiant ses rites de façon le plus souvent grotesque ? Ne serait-ce pas tout simplement le refuge de gens mal dans leur peau ? Plus qu’une « contre-religion », le Satanisme serait alors, peut-être, une sorte de thérapie pour libérer l’humain des carcans moraux d’une civilisation judéo-chrétienne abusive ? À condition évidemment, de ne pas verser dans l’illégalité et les psychopathies… Il faudrait alors la limiter dans le temps, comme toute thérapie, car, plus que toute autre, elle risque, à la longue, de s’égarer dans les pires aberrations.

La prétendue « libération » accomplie devrait déboucher sur autre chose de plus consistant que les pitreries de transgression : une philosophie où l’individu s’exprimerait en tant que tel, sans aucune appartenance à un quelconque mouvement déjanté qui ne propose, en fait, que de simplement « changer de chapelle »… Car il n’y a là que clapotage dans une eau putride et aucune évolution spirituelle digne de ce nom.

Ceux et celles qui y passent devraient se hâter de s’en détacher lorsqu’ils se rendraient compte que, finalement, la « théologie » sataniste est fort limitée et simpliste, si elle n’est que le rejeton contestataire d’un Christianisme agonisant.

Ajoutons quand même que la philosophie sataniste, quand elle est bien comprise, prône un individualisme patent, un idéal libertaire, un respect de toute vie, ne cherchant, ni à nuire à autrui, ni à se comporter comme un être redoutable et méchant. Elle rejette alors tout grégarisme, tout groupe établi, toute pensée commune. Elle parle de liberté individuelle et ne cautionne jamais une Église ni une secte. Quel paradoxe, comparé avec les clichés répandus dans l’opinion publique !

Cependant, à côté de ce culte des Ténèbres, il existe une véritable magie, redoutable et compétente. Mais cette magie n’est pas essentiellement « sataniste » : elle allie des éléments de Kabbale, de Gnose, de magie chrétienne et de principes satanistes. Nous verrons plus loin comment tout cela fonctionne.

Il faut, en tout cas, faire déjà une nette distinction entre les cultes religieux quels qu’ils soient et la magie (sous toutes ses formes) qui est un ensemble de techniques ayant pour but de modifier le cours des événements et qui ne nécessite aucune croyance y afférente. Il existe, d’ailleurs, des sorciers… athées !

1. On nommait « poudres de succession » les poisons qui, entraînant la mort d’un mari ou d’un père, permettaient au « bénéficiaire » de recueillir la succession de la victime.

SATAN ET LUCIFER

Dans sa condamnation des Gnostiques, l’Église catholique fit, dès le 4e siècle, un amalgame entre le nom de Lucifer et celui du Diable. Or, étymologiquement, le mot « lucifer », en latin, – « phôsphoros » en grec – signifie « porteur de lumière, salutaire » et se vit accolé parfois par les Gnostiques au nom de Christ. Cet adjectif, « lucifer » émane de l’Antiquité et s’utilisait pour définir les divinités initiatrices télétarques1. Symbolisé par un ou plusieurs flambeaux, il est la marque du triomphe de la connaissance sur l’ignorance.

Petit à petit, le mot « lucifer » devint un substantif et représenta l’Aeon-Christ, le « Christ apportant la Lumière », dans certains systèmes gnostiques. Les Chrétiens s’empressèrent de le confondre avec le chef des Anges Rebelles des Livres d’Hénoch et des Jubilés. Puis, il devint tout simplement le Diable, mais avec un statut d’Archange révolté. Cette erreur conceptuelle provient d’une mauvaise traduction de l’Ancien Testament, effectuée par la Vulgate (en latin) où l’astre brillant, Vénus, « l’étoile du matin » (Lucifer) – en fait, le roi de Babylone – tombe du ciel (Isaïe 14 ; 12). C’est ainsi que Lucifer fut confondu avec l’Ange déchu, alors qu’il n’avait, au départ, aucun rapport avec celui-ci. Encore maintenant, pour le grand public, Satan et Lucifer sont synonymes. Or, il s’agit là d’une erreur d’autant plus fâcheuse que le Luciférisme n’a strictement rien à voir avec le Satanisme.

Héritier des Gnostiques, Lucifer représente la Connaissance intuitive du Divin, le « Dieu En Soi », la présence divine qui est en chacun de nous.

Le Luciférisme se situe très loin des Messes Noires, des blasphèmes et des profanations ; il n’est pas du tout un Christianisme à l’envers. C’est d’autant plus vrai que beaucoup de Lucifériens n’aiment guère les satanistes, tout d’abord parce qu’ils sont obligés de lutter contre la confusion Satan-Lucifer, mais aussi parce qu’ils veulent dénier au Satanisme toute espèce de véritable démarche initiatique. Se servant parfois des préjugés classiques qui présentent le Satanisme de façon négative, ils tentent de donner au public et aux médias une image d’eux-mêmes plus honorable et plus adaptée à notre société.

La sorcellerie, qu’elle procède de Satan ou de Lucifer, est cependant toujours la même. Les techniques d’envoûtement sont analogues et certains traits de la philosophie sorcière se retrouvent même dans les deux courants de pensée : rendre trois fois un méfait ou un bienfait ; être cause et non effet ; ne pas nuire ; porter remède…