Le Sacre - Barbara Lecompte - E-Book

Le Sacre E-Book

Barbara Lecompte

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Beschreibung

Décembre 1808, quatre ans après le sacre de Napoléon à Paris, Dominique Vivant Denon occupe le poste clef de directeur des Musées et amasse avec délectation le fabuleux butin artistique des guerres napoléoniennes. Chef de fil de sa génération, l’artiste Jacques-Louis David, imbus et torturé, est le premier peintre de l'empereur. Au Louvre, dans le bureau de Denon, sous l’œil de Benjamin Zix, jeune peintre de régiment, David et Denon s'affrontent. Les souvenirs sanglants de la Terreur les hantent encore et les divisent. Pourtant, leur participation à l'épopée impériale les rapproche. Ils sont de cette génération d’écorchés ayant vécus la chute de l’ancien régime, la révolution, le directoire, le consulat, l’empire… Fil rouge de leur discussion, le tableau du Sacre, chef d’œuvre de David. L’immense toile vient d’être présentée à l’empereur, mais la rumeur du divorce du couple impérial inquiète l’artiste. Que deviendra le Sacre si Napoléon devait se remarier ? Joséphine est au centre de la composition. Décidément, l’Histoire va trop vite pour le pinceau de David…


À PROPOS DE L'AUTEURE


Après des études d'Histoire de l'Art, Barbara Lecompte se consacre à l'écriture de romans, d'essais et de pièces de théâtre. L'univers mystérieux des artistes, le secret de leur création et la flamme de leur inspiration sont ses sujets de prédilection. Elle vit dans le Sud de la France. 

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Seitenzahl: 67

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Barbara Lecompte

Le Sacre

Théâtre

ISBN : 979-10-388-0490-6

Collection :

ISSN : 2109-8697

Dépôt légal : décembre 2022

© couverture Ex Æquo

©2022 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays

Toute modification interdite

Éditions Ex Æquo

Préfaces

On ne devient pas Premier peintre de l’Empereur par hasard. Découvrant le jeune général après ses victoires de la campagne d’Italie, Jacques-Louis David a une révélation. Comme il l’avoue ensuite à ses élèves en 1797, l’ancien grand prix de Rome se placera désormais au service du grand chef militaire : « Quelle belle tête il a ! C’est pur, c’est grand, c’est beau comme l’antique ! […] C’est un homme auquel on aurait élevé des autels sous l’Antiquité […]. Oui, mes amis, Bonaparte est mon héros. »

Lui, le régicide, un temps proche de Robespierre sous la Révolution, deviendra le chantre officiel de la geste napoléo-nienne. Finies les compositions néoclassiques tournées vers une époque rêvée : il sera le nouveau Rubens du vainqueur des batailles.

L’œuvre qui résume le mieux ce radical changement – après son Serment des Horaces qui l’a fait connaître au Salon, jusqu’aux Sabines –, c’est évidemment le Sacre. L’immense tableau, initialement inscrit dans une série de quatre toiles devant se répondre l’une l’autre (seule une seconde sera achevée, la Distribution des Aigles), permet à David de gagner ses galons d’artiste officiel.

Pourtant, rien ne sera simple. Pendant trois années, réuni avec ses disciples dans la chapelle de Cluny, il s’active sans relâche pour présenter la composition achevée au monarque. Car Napoléon se montre insistant.

Le 4 janvier 1808, l’Empereur découvre la scène. Immédiatement, il est satisfait : « Quelle vérité, ce n’est pas une peinture, on marche dans le tableau ! » Et, ayant compris que l’auto-couronnement aurait été trop martial et qu’il valait mieux l’éterniser coiffant délicatement l’impératrice d’un diadème, il se tourne vers David avec ces mots : « Vous avez lu dans mes pensées, : vous m’avez fait chevalier français ! »

Malgré sa célébrité, ce tableaun’a pas encore révélé tous ses secrets.Le passionné ignore souvent les circonstances dans lesquelles se sont déroulées les préparatifs, pourquoi les discussions avec l’administration ont été si complexes et, surtout, pourquoi Denon n’est pas représenté au milieu des deux cents autres portraits, notamment de Madame Mère absente ce 2 décembre 1804 !

Barbara Lecompte parvient, dans les pages qui suivent, à mieux nous faire comprendre comment, d’une apparente complexité, peut naître un chef-d’œuvre. Un véritable tour de force.

Dans les pages qui suivent, on retrouve trois des principaux protagonistes de cette étonnante création artistique : David, bien sûr, mais aussi Vivant Denon, écrivain de talent ayant suivi Bonaparte en Égypte, devenu premier directeur du Museum (notre musée du Louvre) et, à ce titre, ministre officieux de la Culture. La pièce révèle surtout Benjamin Zix, dernier membre du trio, évidemment le moins connu du grand public. La postérité n’a pas retenu son nom. Pourtant, on découvre combien ce Strasbourgeois, au-delà de ses propres dessins, a influé sur le sort de cette période essentielle de notre histoire. Et, s’il a été choisi pour représenter les cortèges lors du remariage de Napoléon avec Marie-Louise, cela ne relève pas non plus… du hasard.

David Chanteranne

rédacteur en chef de Napoléon 1er Revue du Souvenir Napoléonien, directeur des sites patrimoniaux de Rueil-Malmaison

La personnalité aux mille facettes de Vivant Denon ne pouvait qu’inspirer biographes et romanciers. Mais jamais l’auteur de Point de lendemain – petit conte libertin repris par Balzac, avant d’être transposé dans Les amants de Louis Malle, sujet de scandale en 1958 – ne s’était retrouvé en héros d’une pièce de théâtre. Nous devons celle-ci à Barbara Lecompte qui connait bien le Louvre et les figures qui l’ont hanté par le passé. En écoutant aux portes du bureau du premier directeur du musée, elle a saisi ses vifs échanges avec le peintre David. Rivalités et tensions émaillent les relations des deux hommes depuis que le « directeur des arts » gère les commandes aux artistes d’une main de fer. Il conteste notamment les prix exorbitants réclamés par le premier peintre de l’empereur. David s’est-il vengé de l’administrateur trop zélé en omettant sa silhouette dans Le sacre ? Absence étrange pour le personnage le plus représenté de son temps, après Napoléon s’entend. Les artistes s’empressèrent en effet de portraiturer Denon ou de le placer en évidence dans leurs grandes fresques historiques pour s’attirer ses bonnes grâces, c’est-à-dire des commandes dont ils ont cruellement besoin après la tempête de la Révolution qui a bouleversé les ateliers. Mais il n’était pas dans le caractère de David de quémander des commandes, son talent lui suffisait. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il ne figure pas dans la longue liste des portraitistes de Denon. Le projet fut pourtant évoqué. Mais c’était en 1794, quand le citoyen Denon n’était alors qu’un simple graveur dont la survie dépendait du peintre régicide. Dans cette liste, outre les autoportraits de Denon – qui ne sont pas rares…–, Benjamin Zix occupe une place à part. De même que Denon, chef d’orchestre de la propagande impériale, faisait reproduire la geste napoléonienne sur tous les supports possibles – tableaux, reliefs, tapisseries, porcelaines de Sèvres, médailles… – Zix, tel un dévoué petit reporteur, nous a gardé l’image de son patron à l’œuvre, au Louvre, mais aussi à Berlin, Vienne ou Madrid. Barbara Lecompte remet sur le devant de la scène la personnalité attachante de cet artiste encore trop méconnu. Et c’est par ses interventions ingénues que nous sont livrés ici quelques-uns des aspects de la vie si riche de Vivant Denon, lui qui affirmait au lendemain de son départ du Louvre : « Je n'ai jamais rien étudié, parce que cela m'a toujours ennuyé ; mais j'ai beaucoup observé, parce que cela m'amusait. Ceux qui en savent plus que moi me conseillent ; ce qui fait que ma vie a été remplie, et que j'ai beaucoup joui ».

Marie-Anne Dupuy-Vachey

Historienne d’Art

co-commissaire de l'exposition Vivant Denon, l'œil de Napoléon, Musée du Louvre 1999-2000, et auteure de nombreuses publications sur Denon

Personnages

VIVANT DENON : soixante et un ans, directeur général des musées. Esthète, épicurien et charmeur.

BENJAMIN ZIX : trente ans, Strasbourgeois, peintre de régiment et dessinateur au service de Denon.

JACQUES-LOUIS DAVID : soixante ans. Le plus grand peintre de sa génération. Imbu et secrètement torturé.

Décembre 1808, quatre ans après le sacre de Napoléon, Denon occupe le poste clef de directeur des Musées et amasse le fabuleux butin artistique des guerres de Coalitions. David est le premier peintre de l'empereur. Au Louvre, dans le bureau de Denon, sous l’œil de Benjamin Zix, jeune peintre de régiment, David et Denon s'affrontent. Les souvenirs sanglants de la Terreur les hantent encore et les divisent. Leur participation à l'épopée impériale les rapproche. Fil rouge de leur discussion, le tableau du Sacre, chef d’œuvre de David.  

Scène 1

(Bureau de Vivant Denon au Louvre. Au sol, posé contre le mur, le portrait de Napoléon franchissant le col du grand Saint-Bernard, par David. Au mur, un portrait de Joséphine. Partout, des archives, des cartons à dessins et des objets égyptiens. Une armoire fermée. Sur une console, un service à café en porcelaine. Zix est occupé à dessiner. Coups impatients à la porte. Zix se lève pour ouvrir. Entrée sur scène de David qui jette un regard à la ronde. Zix est impressionné.)

BENJAMIN ZIX

Monsieur David ?

JACQUES-LOUIS DAVID

Denon n'est pas là ?

BENJAMIN ZIX

Non monsieur, il n'est pas encore arrivé.

JACQUES-LOUIS DAVID

(agacé) Quel lève-tard ! Je dois absolument lui parler. Aujourd'hui, sans faute.

BENJAMIN ZIX

Voulez-vous que je...

(David regarde son tableau posé au sol. Zix croise le regard furieux de David.)

BENJAMIN ZIX 

Heu... C’est provisoire !

JACQUES-LOUIS DAVID