Les nuits de Georges de La Tour - Barbara Lecompte - E-Book

Les nuits de Georges de La Tour E-Book

Barbara Lecompte

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Beschreibung

Au XVIIème siècle, au cœur de la Lorraine ravagée par les guerres, une jeune femme vient poser pour le peintre Georges de La Tour. S'il nous reste quelques toiles du maître des Nuits, une grande partie de sa vie appartient au mystère. Qui est cette femme assise dans la pénombre, éclairée par la flamme d'une bougie ? Elle incarne pour lui sainte Marie-Madeleine.

Lorsque les soldats ravagent Lunéville et que son atelier brûle pour la seconde fois, La Tour part à Paris où il devient peintre du roi Louis XIII. Pourtant, il abandonnera vite cette carrière prestigieuse pour revenir dans sa Lorraine natale, sur ses terres... Nous voici à l'intérieur de l'atelier, où se dévoilent les secrets des chefs-d’œuvre du maître. Anne, sa jeune modèle est effrontée, mais La Tour, au caractère difficile, a besoin d'elle.

Encore et toujours, nuit après nuit, il lui faut suivre cet intime chemin de peinture, ses nombreuses toiles consacrées à Marie-Madeleine. Protectrice des lieux, la sainte ermite et muse de l'artiste, veille d'ailleurs sur le peintre et son modèle...

Pièce de théâtre en 8 tableaux.

Unité de lieu : L'atelier du peintre.

3 personnages / durée 1h30


À PROPOS DE L'AUTEURE


Après des études d'Histoire de l'Art, Barbara Lecompte se consacre à l'écriture de romans, d'essais et de pièces de théâtre. L'univers mystérieux des artistes, le secret de leur création et la flamme de leur inspiration sont ses sujets de prédilection. Elle vit dans le Sud de la France.  

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Seitenzahl: 62

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Barbara Lecompte

Les Nuits de Georges de La Tour

Théâtre

ISBN : 979-10-388-0373-2

Collection : Entr’Actes

ISSN : 2109-8697

Dépôt légal : juin 2022

© couverture Ex Æquo

©2020 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays

Toute modification interdite

Éditions Ex Æquo

Préface

Georges de La Tour, peintre mystérieux de la Lumière nous accueille dans un univers intimiste où règnent à la fois Sérénité et Doute… Une profondeur de la vie en « Clair-Obscur » presque entêtante. La Solitude, le Temps silencieux, la Réflexion, l’Intimité résonnent en contrepoint à la Vitesse, l’Emballement, l’Absurdité de notre époque. Dans l’atelier de La Tour, le rythme s’égrène au fil des heures du Jour et de la Nuit, au fil des pensées… En complète contradiction avec notre vie moderne, « cette presque tranquillité » m’a interpellée, cette solitude animée de doutes et d’exigence…

Dans cet atelier, le Mystère règne en maître, nous interroge… Vers quel chemin allons-nous ? Quelle est cette voix qui nous parle, nous oriente dans nos réflexions les plus intimes, les plus profondes ? Jusqu’où le dépouillement doit-il aller pour nous faire retrouver l’essentiel de notre Humanité ?

L’Introspection ne peut se concevoir que par l’échange, l’acceptation des autres, leurs différences et le dialogue : dialogue avec une simple jeune fille, Anne, qui, en apprenant, en découvrant, en se cultivant s’élève à la Lumière et entraîne avec elle ce vieux peintre, bougon, taiseux et égoïste. Dialogue avec l’Esprit de Marie-Madeleine, Guide doux et exigeant

Nous vivons, nous passons… Notre richesse est faite de moments de solitude et de rencontres importantes… Il nous faut prendre le temps de voir, d’écouter sans superficialité et avec respect le monde qui nous accueille et nous transcende.

Merci à Barbara Lecompte d’avoir décrit avec la richesse des couleurs, le mystère des lumières vives et sombres du peintre Georges de La Tour. Merci de nous avoir laissé peindre de nos ambiances théâtrales « l’éternel questionnement du cheminement de nos vies ».

Marie-Line Grima

Metteuse en scène

Personnages

Georges de La Tour : peintre

Anne : sa jeune modèle

Madeleine : Sainte Marie-Madeleine âgée.

Scène 1

(Début du Prélude de la 1ère Suite pour violoncelle solo de J.S. Bach. La Tour est dans son atelier. Le décor est sobre. Une table avec un beau miroir et un chandelier, dans l’esprit de LaMadeleine aux deux flammes — conservée à New York. Le chevalet de l’artiste. Un coffre. Un paravent. Une petite table avec le matériel du peintre. Lumière de fin de journée par la fenêtre. La Tour prépare sa palette et positionne son chevalet. La fille entre.)

ANNE

C’est moi. Anne.

(Il l’inspecte, la renifle.)

LA TOUR

Es-tu propre ?

ANNE

Votre dame m’a dit de me laver. Elle m’a même aidé à rincer mes cheveux.

LA TOUR

Retire ton chignon. (Anne dénoue ses cheveux. La Tour passe sa main dans la chevelure brune. Geste équivoque, mais Anne serre les dents et se laisse faire. La Tour lui montre le paravent). Derrière, il y a des vêtements pour toi. Ne les abîme pas. C’est pour la pose. (Anne le regarde un instant, puis elle hausse les épaules et passe derrière le paravent. On l’entend manger.) Que fais-tu ? (Elle ressort, penaude, avec un bout de pain.)

ANNE

Si maître, mais j’avais pas soupé depuis jeudi... Elle m’a dit d’emporter un peu de pain. Et j’ai faim, moi !

LA TOUR

Mange. (Elle grignote son pain.) Va t’habiller maintenant. Et ne froisse pas la chemise !

(Anne ressort revêtue des beaux vêtements correspondant à La Madeleine aux deux flammes. Elle est souriante, ravie.)

ANNE

J’ai jamais rien porté d’aussi beau ! C’est quoi mon personnage ? Une princesse ?

LA TOUR

Tais-toi. (Il lui fait signe d’approcher, lui met le collier, les bracelets... Anne tripote les bijoux, émerveillée. Il l’installe face au miroir. Il va chercher palette et pinceaux. Pendant ce temps, Anne se contemple, étonnée et sourit à son reflet. Elle montre le miroir.) Qu’y a-t-il ?

ANNE

Je suis belle !

LA TOUR

Crois-tu que je t’aurais demandé de venir sinon ?

(Elle regarde les bracelets, minaude et pose devant le miroir.)

ANNE

Alors je suis qui ? La reine de Saba ? Salomé ? (Soupir agacé de La Tour.) C’est ça, je suis Salomé ?

LA TOUR

Non (Il brandit un gros peigne et elle lève le bras croyant qu’il va la battre.) Qu’as-tu donc, nigaude ?

ANNE

Je croyais...

LA TOUR

Idiote.

ANNE

C’est qu’on dit que vous êtes brutal !

LA TOUR

Je te fais peur ?

ANNE

Non !

LA TOUR

Menteuse.

(La Tour peigne les cheveux d’Anne, avec application.)

ANNE

Je ne mens pas. Si j’avais peur, je ne serai pas venue ! À Lunéville, les gens disent que vous êtes bien méchant. Que vous rossez vos gens !

LA TOUR

Tais-toi. Tu parles trop. Lève la tête. Tourne ton visage. Encore. Là. Ne bouge plus.

(La Tour allume une bougie dans le chandelier devant Anne et installe le miroir. Il s’assoit à son chevalet, hésite, mais ne peint pas. Il se lève et va fouiller dans un coffre et rapporte un crâne qu’il pose sur les genoux d’Anne.)

ANNE

LA TOUR

À ton avis ?

ANNE

Non, c’est horrible ! (Anne repousse le crâne sur la table. La Tour le replace.) Ça porte malheur, maître !

LA TOUR

Qu’en sais-tu ? Tu es donc sorcière ?

ANNE

C’est une sorcière ? Mon personnage, c’est pas une sorcière quand même !

LA TOUR

Non. (La Tour sourit.) Mais ne te plains pas, si c’était Salomé, c’est la tête toute sanglante de Jean le Baptiste que j’aurais déposé devant toi ! (Air dégoûté d’Anne. La Tour sourit. Il corrige une mèche de cheveux et il réinstalle Anne.) Croise tes mains et pose-les sur le crâne. Voilà, comme ça. (Il retourne s’asseoir. Silence. La Tour se relève.) Ça ne va pas.

(Il lui retire les bijoux.)

ANNE

Oh, non... (La Tour les dispose par terre.) C’est idiot... Pourquoi elle laisserait ses bijoux par terre ?

LA TOUR

Tais-toi.

ANNE

Je voudrais bien savoir quelle femme laisserait comme ça, ses perles et ses boucles à terre !

LA TOUR

Elle.

ANNE

Elle ?

LA TOUR

Elle l’a fait.

ANNE

C’est qui cette folle ? (La Tour lève le bras. Anne se recroqueville. Il arrête son geste à temps, mais tape un grand coup sur la table. Anne redresse le visage pour le regarder fièrement.) C’est bien vrai que vous êtes brutal !

LA TOUR

Mais tais-toi donc !