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Le vent de la résilience ne raconte pas une histoire mais plutôt une réflexion s’étalant sur une vie. L’auteure présente sa vision concernant l’adoption, l’expérience du cancer et principalement la résilience à travers les épreuves. Son attention s’élabore sur une vision positive à prendre lors de notre parcours sur notre planète. Elle aborde en toute simplicité les changements de direction qu’elle a dû prendre depuis sa jeunesse.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Marie-Claude Boudreau est une auteure québécoise native de Price. Elle est enseignante et adore la lecture et l’écriture afin de laisser des traces écrites sur ses engagements de femme et de mère.
Elle milite dans différentes causes reliées aux femmes. Son but est le partage de ses réflexions sur la vie. Ce projet de livre a débuté en 2004, à 32 ans suite à de grands bouleversements dans sa vie. Aujourd’hui, elle concrétise son projet d’écriture qui fait partie de ses nombreux projets.
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Seitenzahl: 222
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Première partie
Avant propos
Je me présente
L’attente
Mes antécédents médicaux
La biopsie
Le diagnostic
L’annonce
C’est quoi le cancer ?
L’opération
Une source de stress supplémentaire
La chimiothérapie
Entre les traitements
Au cœur de cette épreuve,
La radiothérapie
Renaître à la vie
Deuxième partie
Pourquoi moi ?
Le soutien
L’amour
Récolter la semence
L’image du corps
Les habitudes de vie
Regard dans le miroir
Les seins
Les assurances
Les problèmes
Et le bonheur?
Le plaisir
À l’écoute de soi
Le travail
Le courage
Les gens pessimistes
La peur de mourir
Comment aider?
Mes nouveaux rêves
Et après
Troisième partie
Le temps passe et les leçons de vie continuent
Nouvelle vie
2017
Octobre 2018
Février 2021
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Titre: Le vent de la résilience / Marie-France Boudreau.
Noms: Boudreau, Marie-France, auteur.
Identifiants: Canadiana 20210057645 | ISBN 9782898091292
Vedettes-matière: RVM: Boudreau, Marie-France—Santé. | RVM: Sein—Cancer—Patientes—Québec (Province)—Biographies. | RVM: Résilience (Trait de personnalité) | RVMGF: Autobiographies.
Classification: LCC RC280.B8 B657 2021 | CDD 616.99/449—dc23
Tous droits réservés.
Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement des Auteurs, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle.
Auteure :Marie-Claude BOUDREAU
Titre: Le vent de la résilience
©2021 Éditions du Tullinois
www.editionsdutullinois.ca
ISBN version papier : 978-2-89809-129-2
ISBN version E-Pdf : 978-2-89809-130-8
ISBN version E-Pub : 978-2-89809-131-5
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives du Canada
Dépôt légal papier: 3e trimestre 2021
Dépôt légal E-Pdf: 3e trimestre 2021
Dépôt légal E-Pub: 3e trimestre 2021
Illustration de la couverture :Mario ARSENAULTTendance EIM
Imprimé au Canada
Première impression : Août 2021
Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) du soutien accordé à notre programme de publication.
SODEC - QUÉBEC
Deux saisons
de
grands vents…
« Les saisons apportent l’espoir.
Elles apportent l’espérance en de jours meilleurs »
Marie-Claude
« La résilience est cette capacité de faire face aux épreuves et de transformer la souffrance en un vent fort et positif qui peut changer le destin… »
Marie-Claude
« On ne peut contrôler le vent
mais on peut orienter nos voiles à tout moment… »
James Dean
Je portais dans mon sac à dos à l’effigie de JMJ, de nombreuses demandes : un amoureux pour une amie, un bébé pour une collègue, une adoption pour un couple, de la santé pour un membre de ma famille. Bien d’autres quêtes m’accompagnaient. Je ne demandais rien pour moi. C’était à l’été 2002. Par contre, j’y étais pour remercier. J’y étais pour réfléchir, pour méditer, pour apprécier la vie.
Les Journées Mondiales de la Jeunesse de Toronto : quelle belle opportunité pour moi qui est en santé, jeune maman, enseignante de vocation…
Je suis une fille qui sent les choses, qui apprécie, qui remercie, qui a confiance.
J’étais accompagnatrice dans un groupe de jeunes du Bas St-Laurent.
Traînant péniblement mes souliers sur un sol enflammé, je réfléchissais à ma vie. Au bonheur d’être là, tout simplement. Je pensais à la beauté de mon existence. Je me sentais privilégiée d’être ce que je suis.
Accompagnée de quatorze pèlerins, je suis allée à la rencontre du Pape en visite au Canada lors des Journées Mondiales de la Jeunesse. ll est passé à quelques mètres de moi, je sentais sa présence. Nous étions près de 500 000 jeunes de tous les pays du monde avec, en commun, une foi en Dieu. Chaque pèlerin avait ses motifs, ses intentions. Faire un pèlerinage, c’est assez spécial pour une fille de mon âge.
Ce voyage à Toronto, à l’aube des années 2000, m’a permis d’intérioriser mes valeurs. J’ai réalisé que pour vivre pleinement, il fallait croire en quelque chose. Je crois en Dieu, d’autres croient en eux… L’important, c’est d’avoir confiance, d’avoir la foi, de croire en la vie. De retour à la maison, huit jours plus tard, mes fleurs avaient manqué d’eau et de soin, elles étaient sèches et sans vie. Moi qui aime les fleurs…
-o0o-
Dix-sept ans plus tard, je comprends mieux le sens de cette rencontre avec mon moi intérieur… Alors que j’avais à peine 30 ans. Dans les moments les plus sombres de notre existence, il est possible, grâce à cette foi en la beauté de la vie, de s’accrocher, de continuer, d’espérer. En fait, quand on croit, on n’est jamais seul… Dans les épreuves, on est guidé, parfois porté par l’espoir.
« La paix de l’arbre n’est pas dans ses feuilles qui tombent. Il faut descendre à la racine pour voir où elle est produite. »
Pierre Trépanier
Je suis née au Centre hospitalier de Rimouski en octobre 1971. J’ai été abandonnée à la naissance. Ma mère biologique ne voulait pas d’enfant provoquant ainsi un abandon et une période de six mois dans un centre pour enfants laissés en adoption. Six mois sans père ni mère. Six mois à attendre une famille pour m’aimer. Sans doute qu’on m’a bercée, soignée, lavée, cajolée. J’ose espérer que les premiers mois de ma vie, sans parent, furent tout de même une période douce pour moi.
J’ai eu la chance d’être adoptée par de bons parents de Price, dans le Bas du fleuve. Un village tout près de Mont-Joli. Des gens généreux, très vaillants, aimants. Des parents dont la bonté se démarque. J’ai donc grandi entourée de bons soins. Ma mère, qui a été religieuse durant quelques années avant de décider de quitter Jésus pour la vie civile, m’a transmise la foi et des valeurs miséricordieuses. La miséricorde ! L’histoire de ma vie. Misère et discorde… Affectivement parlant. Dans notre petite maison de la rue Gagnon, il y avait des dizaines d’enfants puisque ma mère était responsable d’un centre à la petite enfance. On mangeait à la douzaine et plusieurs adolescents sont également passés dans nos vies puisque mes parents étaient également famille d’accueil pour le Centre jeunesse.
La famille a toujours été pour moi un idéal de vie, une valeur primordiale. J’entretiens peu de liens avec mon frère et ma sœur d’adoption. Ils n’habitent pas très loin de moi. Je me sens bien souvent à des milliers de kilomètres émotionnels d’eux. Ils sont tous les deux très différents de moi. Tout compte fait, je me sens vraiment seule dans cette fratrie. Malgré ce réel besoin de liens familiaux.
J’aurais aimé être mieux comprise dans cette famille. Avec le temps, j’ai appris à me détacher un peu. À me centrer sur ma vie familiale avec mes fils. La déception m’accompagnait trop souvent. J’ai compris que je ne pouvais m’approprier les problèmes des autres ou souffrir pour eux. Victime me direz-vous? Non. Pas moi une victime. C’est comme ça, voilà tout! Ma famille c’est aussi l’école, le milieu de vie où je m’épanouis le plus. Ma famille, je l’ai choisie à travers des amitiés fidèles, durables et qui me font grandir.
J’ai quitté le nid familial, ma chambre bleue au sous-sol, à dix-sept ans afin d’entreprendre des études post-secondaires. Je me suis d’abord inscrite dans un programme collégial ne me croyant pas assez brillante pour des études universitaires. On m’avait dit que mon intelligence était moyenne et que j’avais une aptitude particulière pour la vente et la restauration. Alors… J'avais des rêves moyens… J’habitais à Rivière-du-Loup avec des filles que je ne con-naissais pas, je me sentais très seule lors de cette première année en dehors du nid. J’ai vite trouvé un autre nid avec mon premier grand amour.
Ce moment passé au Cégep m’a permis de réaliser que j’avais du potentiel intellectuel. Je n’avais que très peu de stimulation autour de moi pour me pousser à poursuivre mes études mais moi, je voulais accomplir de belles choses. Mes parents étaient des gens très vaillants mais peu scolarisés. Cependant, à la maison, il y avait une belle bibliothèque garnie de livres que je dévorais le soir dans mon lit. Mes parents étaient de bons lecteurs. Cela m’a sans doute motivée à développer ma soif d’apprendre. J’aurais souhaitée devenir psychologue. Indirectement, je le suis par ma capacité d’écoute et de soutien pour mon entourage. Grâce aux paroles généreuses d’une enseignante, j’ai pris le risque de m’inscrire à l’Université Laval au baccalauréat en enseignement. J’ai appris, au fil du temps et de mes réussites, à développer mon estime de moi. À croire que tout est possible.
Des gens passent dans notre vie et nous disent tellement de paroles qui nous marquent! Des paroles qui s’incrustent dans notre subconscient et qui nous blessent au plus profond de notre âme. J’ai écouté ma soif de connaissance et j’ai foncé vers de plus grandes études. On pourrait sans doute m’accorder une médaille de la persévérance scolaire. Du moins, je me l’offre à moi-même.
J’étais une étudiante responsable. Je n’étais pas une première de classe. Je devais travailler durement. J’ai reçu mon premier diplôme universitaire en 1993. J’ai complété par la suite un autre baccalauréat pluridisciplinaire. Pour une fille avec une intelligence moyenne, j’ai su croire en moi. En mon potentiel intellectuel également. Heureusement…
J’ai développé une grande autonomie dès la fin de mon adolescence. Je travaillais à temps partiel pour payer mes études. J’avais déjà des placements à dix-sept ans. Je comptais presque mes sous noirs pour économiser. Je vendais des bouteilles vides, je découpais des coupons, j’épluchais les circulaires. Je n’ai jamais manqué d’argent.
Je suis fière d’avoir bûché si dur et sacrifié des heures de loisirs m’amenant ainsi vers une plus grande maturité. Je crois maintenant que cette rigueur me permet de faire face aux coups durs de la vie. Je me suis également impliquée dans divers groupes sociaux. Le Mouvement retrouvailles, la Maison des femmes, la Maison des naissances, la Maison des familles. J’adore le bénévolat et le sentiment d’être utile à la société.
J’ai commencé à fréquenter celui qui est devenu mon mari à quatorze ans. J’étais jeune. Très jeune pour construire une union, une vie de couple. Mais, c’est comme ça. J’aurais aimé avoir d’autres amoureux. Cependant, mon cœur battait pour celui-là et pas d’autres. Nous étions des amoureux de l’adolescence ayant vécu dans le même village. Que je l’aimais! Je le trouvais si beau et je souhaitais passer le reste de ma vie avec lui. J’allais tellement l’aimer qu’il deviendrait celui qu’il n’était pas…
À vingt et un an, encore aux études, je me sentais prête pour la maternité. Je croyais avec conviction qu’il serait un bon père pour mes enfants. En 1993, il y a eu la célébration de notre mariage et Pierre-Maxime est né quelques mois plus tard. Quelques jours avant le mariage, une petite voix m’a parlé. Je ne l’ai pas écoutée…
À cette époque, nous habitions à Québec. À la fin de mes études, nous avons choisi de revenir aux sources, dans notre région d’origine. Nous avons habité la maison de mes parents. Maison achetée en 1994. Une maison chaude et accueillante, remplie de beaux souvenirs. Un foyer à mon image. Une belle petite maison, pas trop luxueuse, mais chaleureuse.
Je me suis mariée à un homme très différent de moi. Mais ce mari n’était pas toujours commode ; il m’amenait à faire des concessions. Avec ce compagnon de vie, j’ai appris sur moi-même. J’ai piqué parfois de grandes colères. Je suis celle qui gérait la maisonnée, qui voyait à ce que tout soit bien. Qu’on ne manque de rien. J’étais responsable de tout, le chef de famille. On ne manquait de rien, croyez-moi! Je portais la famille à bout de bras.
Ce n’était pas vraiment avec mon mari que je pouvais exposer ma vision de la vie et du bonheur. Il avait peu de mots pour parler de la vie. Donc, je ne pouvais m’asseoir avec lui pour dialoguer, communiquer, voir le monde autrement. Peu de dialogue, peu de mots, peu de discussions constructives. Pour philosopher sur la vie, j’avais de bonnes amies pour ça. Je crois que c’est bien ainsi d’avoir un équilibre entre un conjoint, les enfants et les amis. J’ai vite compris que l’amour ne m’apportait pas tout. Je me suis construite un réseau d’amis répondant à mes besoins.
J’aime parler, discuter. La communication est essentielle dans ma vie. J’apprends quelque peu au fil de ma relation, avec l’homme qui aura partagé ma vie durant dix-neuf ans, à s’ouvrir et à communiquer. Je suis une adepte du dialogue et de la tolérance. Celui-ci avait de la difficulté à communiquer, mais il faisait des efforts pour y arriver.
J’ai accepté que mon amoureux soit différent de moi. Cette grande différence entre lui et moi m’a attirée. Il était considéré comme un « Bad boy » du village. Cette contradiction avec l’éducation que j’avais eue a amené parfois des confrontations pénibles. Il y avait certaines zones intolérantes entre nous. On en discutait. On arrivait à faire des compromis. On se parlait, on négociait. Parfois sans arriver à se comprendre. L’important, dans toute relation, c’est qu’on demeure soi-même. Cet homme a eu, de par son gros caractère, certaines maladresses que j’ai été capable de lui pardonner.
Bizarrement, je me sentais tout à fait libre avec lui. Un peu comme des colocs plutôt que des amoureux. Libre de fréquenter les gens de mon choix. Libre de réaliser mes rêves. Quelques projets que je partageais avec lui et d’autres que je vivais pour moi. Je n’étais pas attirée par d’autres hommes. J’étais fidèle mais éteinte affectivement parlant…
J’ai eu le grand privilège de vivre la maternité, d’avoir deux fils épatants. Deux petits hommes sensibles. Deux garçons avec de bonnes habiletés sociales. Nous sommes très proches les uns des autres. Souvent, je leur permets de dormir avec moi. J’ai grandement besoin de présence dans mon lit. Je ne veux pas être seule. Mon mari et moi n’avons que très peu dormi ensemble. Deux ou trois fois seulement durant toute notre vie à deux. Il préfère dormir seul. Moi, non. Quelle contradiction. Heureusement, j’ai les enfants. Ils sont très présents. Je les chatouille, les embrasse, les masse, les berce. On se touche beaucoup. Les câlins et les bisous sont importants chez nous. Nous vivons une relation mère-enfants privilégiée. Je suis impressionnée par leur spontanéité à donner de la tendresse. Ce sont de belles qualités humaines pour des garçons… Ils ont comblé mon besoin de tendresse…
Depuis que je suis toute petite, je souhaitais avoir des enfants avant 25 ans. Enceinte à 21 ans, je désirais me marier. Juillet 1993. Nous avons célébré notre dixième anniversaire de mariage en 2003. Je souhaitais enseigner. J’enseigne depuis l’âge de 21 ans. J’avais le désir de voyager. J’ai maintenant visité trois pays : les États-Unis, le Mexique et Cuba.
Je me considère privilégiée d’avoir réalisé la plupart de mes rêves de jeune fille. Un plan de vie bien tracé depuis l’enfance. J’ai eu beaucoup de chance dans la vie. J’ai vécu une vie bien remplie. J’ai donné plein d’amour et je me sens aussi aimée des gens. Je vois du positif partout, partout, partout. Heureusement…
Je n’avais pas prévu un cancer à 32 ans. Pas aussi jeune que ça. Avec une famille à élever et un travail à poursuivre. C’est un ouragan qui passe sur mon corps.
Un cancer? Pas possible! C’est pour les autres… pas pour moi. Peut-on changer ça? Non. J’accepte ce nouveau changement dans ma vie et oriente mes voiles dans le bon sens. Je dois me construire de nouveaux rêves, de nouveaux pro-jets. Petits et grands.
Pourrais-je les réaliser? Aurais-je le privilège de voir grandir mes enfants? Je ne sais pas, je ne sais plus. Il n’y a que 20% des femmes qui meurent du cancer du sein. Je veux faire partie du 80% qui s’en sortent.
« L’angoisse est toujours le visage de notre peur et le seul moyen de juguler cette peur est l’espoir. »
Martin Gray
2003. Un matin de décembre en m’habillant, je sens une petite bosse particulière sur mon sein gauche. Une toute petite zone palpable à peine de la grosseur d’un raisin. Bien dure, indolore. Je me demande depuis combien de temps j’ai cette bosse. Je ne me tâte pas les seins à tous les jours. Est-ce un symptôme de menstruations? Une bosse de chair? Je ne sais pas trop. Et puis l’auto-examen des seins, je n’y pense pas vraiment…
Je me rends au travail. Je n’y pense plus. Presque plus. Je garde mon sourire comme à l’habitude. Je suis capable de faire abstraction de ma vie personnelle et de ma vie professionnelle. Je suis encore plus tolérante avec mes élèves dans mes moments ombrageux. À la récréation, je touche mon sein, encore la bosse… Je la sens. L’inquiétude s’installe.
Au retour, ce soir-là, j’apprécie le paysage entre Ste-Angèle et Mont-Joli, lieu de ma résidence. Sur ma route, j’observe les montagnes, la rivière Métis, les arbres, les couleurs qui changent. Je médite. Je dis toujours bonjour à l’orme niché près de la rivière. Un orme poilu, bien particulier. Un arbre qui a poussé au milieu d’un champ. Il est vieux cet arbre, il est gracieux. Un arbre unique et différent. J’adore les différences.
C’est agréable de voir défiler les saisons aux portes de la Matapédia. Il y a de la neige ici et là dans les champs. C’est beau l’hiver quand on regarde les yeux ouverts! Je touche encore mon sein, elle est là, cette bosse, bien dure.
En soirée, je demande à mon conjoint de tâter mon sein gauche. Il constate lui aussi la présence d'une toute petite bosse. Il me presse de prendre rendez-vous dès le lendemain à la clinique de Mont-Joli. Il est beaucoup plus sérieux que moi dans ces choses-là. Il est à l’écoute de son corps. Le moindre petit bobo l’inquiète. Il me presse vraiment de faire vérifier cette petite boule dure. Pour le moment, je ne m’inquiète pas trop. J’irai demain.
Mais cette nuit-là, tout bascule dans ma tête. J’ai de la difficulté à dormir. Me voilà en train d’imaginer le pire. Des scénarios émouvants, angoissants, affligeants, qui remplissent mes yeux de larmes.
Maintenant, je suis inquiète, très inquiète. C’est le début de l’attente. Je me sens seule avec mes souffrances, mes angoisses, mes pensées noires. Je ne veux pas en parler.
Le 2 décembre, je me rends à la clinique médicale sans rendez-vous pour rencontrer un médecin. Je n’ai pas de médecin de famille, car j’ai l’habitude de me tenir loin des hôpitaux. En fait, je suis rarement malade. Je n’ai pas de numéro de dossier médical et j’ai égaré ma carte d’hôpital. N’allez pas penser que je néglige ma santé. Je suis en pleine forme, voilà tout. Je ne connais ni la maladie, ni la souffrance physique. À peine si j’ai gobé un flacon de d’acétaminophène depuis ma naissance. Ni même de produits naturels. Chez moi, il n’y a que peu de médicaments dans la pharmacie.
Je ne possède pas d’expérience au niveau médical. J’ai séjourné à l’hôpital pour la naissance de Pierre-Maxime et j’ai accouché dans une maison de naissance avec l’aide d’une sage-femme pour ma deuxième grossesse. Deux grossesses merveilleuses, d’ailleurs.
Après avoir tâté mes seins, touché mes ganglions, le médecin en service m’annonce que je dois passer une mammographie. Sur mon billet médical, il ajoute : urgent. Ce mot résonne dans ma tête. Nécessité de faire vite, d’être soigné sans délai. Ce mot m’angoisse. Quelque peu paniquant, il me révèle que quelque chose se prépare.
Une semaine plus tard, je passe une mammographie. C’est mon premier rendez-vous d’une longue série. Je cherche l’endroit. Je suis seule et je me sens comme une petite fille perdue. Pour un simple test, voilà que mon stress dépasse les limites de l’acceptable.
J’ai de grandes difficultés à respirer lors de ce premier examen. On dirait que mon corps panique. Je tremble des pieds à la tête. J’ai froid. Je ne veux pas pleurer devant la technicienne. Je passe un simple test, ce n'est rien du tout…
J’y suis allée seule. Habituellement, je suis indépendante et capable de répondre à mes besoins. Du moins, je le croyais… Mon conjoint m’a écrit un message, je l’ai dans ma poche : « Bonne chance pour ton examen ! »
La dame qui place mon sein dans la machine à «écraser» travaille avec douceur. Je crois qu’elle sent mon malaise à me faire manipuler les seins. J’ai froid, je tremble. Je me trouve assez ridicule dans une jaquette bleue, usée. Je me sens vulnérable, les seins aplatis comme des crêpes. Je suis coincée dans une machine froide, où l’on manipule mes seins, les tourne, les palpe, les regarde. Je les trouve trop gros mes seins. Aujourd’hui, je ne les aime plus.
J’ai des questions à poser. La technicienne ne peut me répondre. Son travail consiste à prendre des photos. Pas à les interpréter. Je dois attendre les résultats.
Quand? Bientôt. D’ici une semaine ou deux. Quoi ? Je devrai attendre si longtemps? Ce n'est pas possible! Comment vais-je dormir maintenant?
La technicienne prend quelques minutes pour me rassurer et me dire que la plupart du temps, soit dans 90% des cas, il s’agit d’un kyste et que c’est bénin. Elle me remet des brochures d’informations sur les examens complémentaires et un dépliant sur le cancer du sein. J’aurais préféré ne pas avoir cette brochure qui traîne encore sur ma table de chevet et que je relis sans cesse. Un simple écrit qui empoisonne ma conscience.
Lors de mon retour à la maison, je pleure. Je suis fâchée de revenir sans résultat. Et déçue aussi. Je suis souvent déçue dans la vie…
Est-ce que je peux en parler à mon entourage? Ai-je le droit d’inquiéter les gens avec mes angoisses? Ce n’est probablement pas un cancer. Intérieurement, je crois que oui. Cette première mammographie a sonné l’alarme et déclenché des examens plus approfondis.
Ça ne va pas, je sais maintenant que j’ai une bosse. Elle grossit de jour en jour. Elle passe de quelques millimètres à près de 3 cm. Elle a maintenant la grosseur d’un œuf. Je ne ressens aucune douleur, ce n’est pas bon signe. J’ai entendu dire que quand c’est une tumeur cancéreuse, la bosse ne fait pas mal.
Un matin de la mi-décembre, mon médecin m’informe par téléphone que les examens révèlent « certaines ressemblances » avec une tumeur cancéreuse. On va me rappeler pour des examens complémentaires à passer le 21 décembre 2003. Je manquerai alors la dernière journée d’école avec mes élèves. La journée où l’on fête Noël, où l’on célèbre un temps joyeux. J’en parle un peu à mes proches. Les gens essaient de me rassurer : « Ce n’est pas le cancer, voyons Marie-Claude, tu vas voir, ça va aller. » Joyeux Noël et bonne année !
Voilà c’est décidé! Je me ferai dorénavant accompagner. Seule, je n’y arriverai pas.
21 décembre, deuxième mammographie. Mon chum me fait rire dans la salle d’attente. Je dois avouer que je ris, mais je ris jaune. J’essaie de continuer à sourire malgré mes craintes. Je suis entourée de femmes assez âgées. Elles me regardent. J’ai l’impression qu’elles se disent : « Pauvre petite. » Effectivement, je me sens si petite. Si vulnérable aujourd’hui.
Devant moi, il y a un grand poster sur le cancer du sein. À gauche, il y a un présentoir avec des informations sur le cancer du sein. Cancer, cancer, j’entends et vois ce vilain mot partout. Je suis dans la salle du cancer, du cancer du sein. Je suis à l’endroit où la tumeur sort de son sac, se dévoile, se montre sous son vrai jour. Un jour bien triste.
Je suis dans une salle de procès, une salle de verdict. Une salle d’urgence, urgence d’être soignée. Enfin soignée!
Je passe cette mammographie complémentaire, toujours vêtue de ma jaquette bleue, ouverte au dos. Je déteste cette jaquette. Je me sens moins stressée que la première fois. J’ai maintenant de l’expérience… On me garde après la mammographie. Pourquoi? J’attends dans la petite salle. Sylvain est à mes côtés. Je tremble, j’ai peur. Il fait noir dans ma tête.
La technicienne m’explique que je dois patienter pour d’autres tests. Patienter. La patience fait partie de ma vie depuis quelques temps.
On m’amène passer une échographie. Je sais que cela ne tourne pas rond. J’angoisse. Je ne sais pas ce qui va m’arriver. La radiologue qui lit mon échographie m’informe de la présence d’une bosse d’environ 2,5 cm. Dans la bosse, on voit du liquide. On n’en sait pas plus. Je devrai passer d’autres tests après Noël.
Je pleure, couchée sur ce lit étroit dans une minuscule pièce. Le médecin en service, une dame de Montréal, m’offre des mouchoirs et me dit que ce n’est probablement pas une tumeur maligne. D’une manière ou d’une autre, je devrai me faire opérer pour enlever cette horrible chose. Cette femme prend le temps de me parler. Elle me demande si dans ma famille proche, il y a des femmes atteintes du cancer du sein. Je ne sais pas quoi répondre, je pleure encore. Je suis adoptée. Ce n’est pas juste!
En traversant les couloirs pour quitter l’hôpital, je repense à des moments heureux, où le mot échographie a signifié pour moi l’annonce d’une bonne nouvelle. Cette fois-ci, je n’ai pas le goût d’apporter une cassette-vidéo pour le souvenir, ni même de prendre une photo. Déjà, j’ai eu le bonheur de vivre de belles échographies de grossesse…
Mon mari est abasourdi par les délais des examens. Il aimerait bien se plaindre. À qui s’adresser pour implorer des examens au plus vite?
Je fais la file pour prendre rendez-vous pour ma biopsie. « Désolez madame, on ne prend plus de rendez-vous. Il faudra rappeler en janvier. » En janvier! Mais ils sont fous! Ma bosse grossit et on me demande d’attendre. On me demande de ne plus penser à cela. On me dit d’être patiente, encore patiente.
Je retourne à la maison en passant par les magasins pour les derniers préparatifs de Noël. J’ai peur que ce soit le dernier. Je n’ose pas m’acheter de nouveaux vêtements. Pourrais-je les porter?
Je ne peux le dire à personne pour le moment, mais je suis paralysée par la peur de mourir. Les enfants… Non, pas moi !
Le vingt-trois décembre, je ne fais pas de pâté à la viande comme à l’habitude. Je ne m’empresse pas de me mettre dans l’ambiance de Noël. Je rédige mon testament et je vérifie mes documents d’assurances. Mes assurances. J’ai peu d’assurances. L’attente m’épuise, mais je dois continuer d’espérer.
