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À travers de 38 lettres écrites à sa fille, l'auteur nous montre le chemin vers le bonheur dans un style simple et direct.
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Seitenzahl: 500
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Leclerc, Claude, 1945-
Le vrai bonheur n’a pas de cause : guide spirituel
Comprend des références bibliographiques et un index.
ISBN 978-2-924470-06-0 (version imprimée) ISBN 978-2-924470-07-7 (version numérique)
1. Bonheur. 2. Vie spirituelle. I. Titre.
BF575.H27L42 2015 152.4’2 C2015-940379-0
Photo et conception de la page couverture : Claude Leclerc www.levraibonheur.ca
Graphisme de la page couverture et illustrations au fusain : Lian Leclerc [email protected]
Mise en page : François Messier info@françoismessier.com
Révision linguistique : Lydia Dufresne [email protected]
Éditions du Grand Ruisseau 1355, chemin du Grand-Ruisseau, Saint-Sauveur-des-Monts, Québec, Canada J0R 1R1 1.514.247.3127 www.editionsdugrandruisseau.ca
© Copyright : Claude Leclerc
Tous droits réservés.
Il est interdit de reproduire, d’adapter ou de traduire l’ensemble ou toute partie de cet ouvrage, dans tout pays et dans toute langue, sans l’autorisation écrite de l’auteur. Dépôt légal : 2e trimestre 2015.
Introduction
La sagesse est la capacité d’être heureux de façon inconditionnelle, indépendamment des circonstances. Voici un guide pratique d’éveil à la sagesse.
Un livre qui parle de vous !
Il a été créé par un homme qui se connaît. Un homme qui vous connaît. Parce que se connaître vraiment soi-même, c’est connaître tout le monde.
Non pas, évidemment, qu’il connaît votre nom, votre date de naissance, ou même votre personnalité, vos valeurs, vos préférences. Ce sont là des aspects très superficiels de ce que vous êtes et qui n’intéressent pas l’auteur de ces lignes, du moins dans le contexte de cet ouvrage. Non. Il vous connaît dans ce que vous avez de plus intime, de plus essentiel.
Celui qui vous parle sait, par exemple, que vous souffrez d’une profonde insatisfaction avec votre vie. Cela est pour lui une certitude. Et ceci, malgré tous les succès que vous avez pu vivre dans différents domaines.
Prenez le temps de vous arrêter quelques minutes et de regarder le plus profondément possible au-dedans de vous-même. Ce qui signifie dans votre ressenti et non dans vos pensées. C’est là que vous pourrez découvrir cette insatisfaction. Prenez le temps ! Elle est là ! Et ceci, encore une fois, même si vous vous considérez de façon générale dans votre tête comme une personne heureuse.
Évidemment, si vous êtes plus ou moins malheureux, vous vivez de l’insatisfaction. Mais, contrairement à ce que vous pensez, ce sentiment de manque ne disparaîtra pas complètement le jour où vous obtiendrez tout ce dont vous croyez avoir besoin pour votre bonheur. Parce qu’il n’y a pas de lien entre la satisfaction de vos désirs et un bonheur stable.
Le vrai bonheur n’a pas de cause.
Celui qui vous parle connaît encore autre chose à propos de vous que, de toute évidence, vous ne savez pas. C’est que vous êtes assis sur un trésor, sur une caisse pleine à craquer de bonheur pur, authentique. Vous êtes un mendiant de bonheur, inconscient de votre fortune. Permettez-moi de vous raconter votre histoire. L’histoire de votre vie profonde. Une histoire qui parle de vous comme vous ne vous êtes jamais connu, mais aussi comme vous pourrez vous découvrir.
Il était une fois un petit poisson qui vivait dans l’océan. Il ne manquait de rien, mais il ne savait pas qu’il était heureux, inconscient qu’il était de son appartenance à l’océan de béatitude avec lequel il ne faisait qu’Un.
Un jour, par un mouvement brusque et imprévu des eaux, il fut projeté en dehors de son milieu et se retrouva sur la terre ferme. Le choc de la surprise passé, et ceci malgré le fait que des gens compatissants s’occupèrent de le nourrir, il commença à ressentir un profond manque à l’intérieur de lui-même. Les jours, les mois et les années passaient, tous ses besoins physiques et affectifs étaient comblés, mais chaque fois qu’il se retrouvait seul, ou dans un certain silence, il se remettait à ressentir cette profonde insatisfaction. Malgré tous les efforts qu’il déployait pour s’en divertir, il n’arrivait pas à se débarrasser de cette subtile, néanmoins lancinante angoisse existentielle.
Pour trouver ce qui lui manquait, il se mit à voyager partout sur la terre, à suivre des formations, des thérapies, à changer de partenaire, de travail, à vivre différentes expériences souvent inusitées. Rien n’y fit. En surface, il avait tout pour être heureux, mais il souffrait toujours de cette affreuse et fuyante insatisfaction.
Puis un jour, par accident, il tomba dans une flaque d’eau et vécut un éveil intérieur. Tout son être, son cœur, sa conscience, firent :
« Ah ! Ah ! »
Il sut dès lors que ce qui lui manquait avait rapport avec l’eau. Il suivit ce filon, expérimenta avec des bassins de plus en plus importants et finalement, un jour, il se fondit à l’océan de nouveau.
Tout sentiment de manque disparut complètement. Il avait retrouvé sa nature véritable, océanique. Retrouvé la profonde béatitude, la confiance et l’harmonie intérieure qu’il avait vécues autrefois du fait de son appartenance à la vastitude qui l’entourait. Mais les choses étaient radicalement différentes cette fois : non seulement il pouvait jouir d’une immense paix intérieure, mais aussi de la conscience de cette paix. Il pouvait participer avec une pleine conscience au miracle de la vie dont il faisait partie.
Ce petit poisson, c’est vous ! Et votre naissance correspond à votre atterrissage dans les douleurs de la séparation d’avec votre essence. Le trésor sur lequel vous êtes assis est cette béatitude, cette paix profonde de l’âme que vous recherchez partout à l’extérieur de vous, dans toutes sortes de travaux, de relations, de divertissements. Votre recherche compulsive de sécurité n’est rien d’autre que la recherche de votre Océan intérieur.
Ce manuel a été créé par un homme qui a retrouvé l’Océan. C’est un guide qui vous invite à faire le voyage intérieur de votre vie jusqu’au centre de votre nature essentielle. Il propose une démarche rigoureuse, passionnante, qui va vous pousser dans vos derniers retranchements, vous forcer à remettre en question vos perceptions de tous les jours et jusqu’aux croyances les plus fondatrices de votre identité.
Il prend la forme de 38 lettres écrites par l’auteur à sa fille Lian. Pourquoi cette forme ? Parce que l’information qui est transmise vient de ce qu’il y a de plus intime et s’adresse à ce qu’il y a de plus intime. Pour être valable et efficace, cette transmission ne peut se faire que dans la plus grande confiance, de cœur à cœur. Ces lettres sont d’abord et avant tout des lettres d’amour d’un homme qui veut léguer à la personne la plus chère à son cœur ce qu’il a découvert et appris de plus précieux durant ses presque 70 années d’existence.
À travers Lian, évidemment, ces lettres s’adressent à toute personne qui voudra bien lire ces écrits avec son cœur et mettre en pratique ses recommandations avec confiance, mais aussi avec l’esprit de ceux qui ne tiennent rien pour vrai à moins de l’avoir découvert eux-mêmes. Car il ne s’agit pas ici de croire, mais de traverser plutôt le miroir des croyances et d’expérimenter la collision avec le Mystère sacré qui vous attend derrière.
Ces textes ne s’adressent donc pas à l’esprit rationnel qui peut rendre bien des services dans la vie de tous les jours, mais qui devient un obstacle quand il s’agit de plonger en soi-même pour scruter les profondeurs de son âme. Les informations transmises ici ne relèvent pas de théories particulières, d’aucun système philosophique. Il ne s’agit pas non plus d’opinions ou de réflexions personnelles. Ce n’est pas un essai que vous tenez entre les mains, qui aurait pour but de susciter un débat d’idées.
Ce matériel tire sa source d’une science plusieurs fois millénaire qui a depuis longtemps fait ses preuves. Une science impersonnelle dont les percées révolutionnaires ne peuvent se réaliser, encore une fois, qu’à travers des expériences concrètes et personnelles et des compréhensions qui ne pourront se vivre que dans l’intimité de votre cœur.
Comme vous le constaterez, chaque lettre commence par une description méditative de ce que vit l’auteur au moment où il s’installe pour écrire. Il y a un message dans cette façon de faire : c’est que toute sagesse véritable ne peut que surgir du moment présent, s’enraciner dans le moment présent.
Avertissement : chacune des 38 lettres est un repas complet en soi. Une lecture intensive, linéaire, signifie une indigestion assurée. Elles ont été écrites sur une période de neuf mois à raison d’une par semaine. L’idéal serait de les lire au même rythme. La plupart requièrent une longue mastication, plusieurs relectures et digestions. Plusieurs recommandent des exercices, méditations, qui doivent être mises en pratique si vous voulez saisir l’essence du message.
Chaque lettre aborde un thème différent, mais vous percevrez sans doute une certaine redondance dans le propos. Le martèlement, sous différents angles, des mêmes vérités souvent difficiles à saisir, est utilisé ici comme un outil pédagogique indispensable. L’ensemble, encore une fois, doit être considéré comme un programme de formation visant à provoquer de profondes et transformatrices prises de conscience.
Ce matériel enfin, et ceci est important, est une version revue et augmentée d’un document qui a été mis à l’épreuve pendant deux ans dans des groupes animés par l’auteur. Les questions, commentaires et partages des participants ont permis d’améliorer la dimension pédagogique de l’entreprise. La preuve est faite : ce matériel fonctionne. Son efficacité, cependant, dépendra de votre niveau d’implication.
Ce manuel d’apprentissage de la sagesse a été conçu pour vous accompagner pendant de nombreuses années. Puissiez-vous trouver l’ouverture, la liberté d’esprit, le courage et la persévérance nécessaires pour bénéficier de ses enseignements.
Avec affection,
Claude Leclerc
Sainte-Julienne Mi-novembre
– Lettre 1 – Le trésor
Chère Lian,
Je viens de rentrer du bois pour la journée. L’air froid, piquant, m’a stimulé. Novembre, un mois habituellement pluvieux, est très sec cette année, avec plein de soleil. Une lumière oblique, crue, presque violente, qui fouette, aveugle.
Qui sait ? Novembre n’est peut-être pas fait pour le soleil…
Devant ma table de travail, Misti le chat dort, confortable sur le gros coussin beige qu’on lui a installé sur la chaise de jardin décorative rentrée pour l’hiver.
Assis devant ma feuille blanche, je m’attarde…
Puis me lève pour aider Diane à faire notre lit. Elle me dit que je résiste au changement parce que je ne veux pas tout recommencer pour intervertir deux couvertures. Bon…
Je m’assois de nouveau et contemple l’automne, en face.
Pour mieux le goûter sans doute, on dirait que je retarde ce moment très particulier : celui de t’annoncer que je commence l’écriture de ce qui sera peut-être mon dernier livre, et que ce livre sera pour toi. Trouvera-t-il un éditeur ? Je n’en sais rien. Mon intention première, mon souhait, c’est de te laisser un message qui pourra t’accompagner toute ta vie. Une sorte de testament spirituel si tu veux.
Comme tous les pères, je n’ai sans doute pas toujours été à la hauteur du rôle sacré de parent. Mais la vie est comme ça, imparfaite. C’est d’ailleurs là sa perfection. Ça n’a l’air de rien, Lian, apprendre à aimer l’imperfection est un des plus beaux cadeaux qu’on puisse se faire à soi-même. C’est l’équivalent d’apprendre à aimer la vie. D’apprendre à aimer tout court. L’abc de la sagesse.
Regarde, tu n’as que 21 ans, tu commences à peine ton voyage, et déjà tu souffres de ne pas être parfaite. Lian, le jour où tu aimeras ta vie comme elle est, avec ses zones d’ombre et de lumière, comme dans un beau tableau impressionniste, ce jour-là, le désir même de perfection perdra toute signification pour toi.
Mais nous reparlerons abondamment de tout ça… Je m’éloigne de mon propos.
Donc… Je n’ai sans doute pas toujours été le père que tu aurais voulu, et je ne sais pas non plus ce que je pourrai te laisser en termes d’héritage matériel. Mais durant cette vie qui fut la mienne (j’approche les 70 ans), j’ai découvert un trésor d’une valeur inestimable, un trésor qui vaut infiniment plus que toutes les fortunes matérielles réunies de cette planète. Et c’est ce que je veux te laisser, Lian, en héritage.
Ce trésor concerne le sens de ta vie. Et le sens de ta mort aussi. En fait, il n’y a pas de différence entre les deux. Ce trésor concerne ta capacité d’être heureuse. Malheureusement, ce n’est pas quelque chose que je peux te donner ou te transmettre directement. Comme pour tous les trésors, je ne peux que te dessiner un plan, une carte. Tu devras trouver par toi-même. C’est comme ça.
Tu te rappelles des films sur Indiana Jones qu’on a vus ensemble ? Il avait souvent avec lui une carte antique, avec des éléments manquants, qu’il utilisait pour retrouver le trésor perdu, n’hésitant pas à faire face à tous les dangers pour y parvenir. La carte que je veux tracer pour toi est un peu comme celle-là. C’est une carte très ancienne, presque aussi vieille, en fait, que l’humanité, mais elle a besoin d’être rafraîchie, traduite dans un langage que tu pourras plus facilement comprendre, avec des passages secrets, des clefs cachées et aussi des jalons manquants que tu devras découvrir par toi-même. J’ai fait ce travail moi-même avec des cartes laissées par d’autres. Je me rends compte aujourd’hui que toute ma vie n’a été rien d’autre que cette chasse au trésor. Toute ma vie, j’ai eu peur, je me suis retrouvé dans des situations difficiles. Des moments de panique ont jalonné ma route. Des moments d’extase aussi et de grande joie. Je me suis perdu à plusieurs reprises, mais toujours, comme Indiana Jones, je suis resté courageux et je n’ai pas dévié de ma quête bien longtemps.
Tu ne le sais peut-être pas, mais toi aussi tu cherches un trésor. Comme tout le monde, tu cherches le bonheur…
À force de fouiller, de plonger à l’intérieur de moi, j’ai trouvé, Lian, quelque chose d’impossible à imaginer. Alors, n’essaie pas de l’imaginer. J’ai découvert quelque chose de beaucoup plus beau que le secret de la vie éternelle, que le secret du bonheur. J’ai trouvé l’éternité elle-même, le cœur vibrant du bonheur lui-même. Mille fois plus éclaté que ce qu’Indiana Jones a pu découvrir, mille fois plus simple aussi.
Peut-être es-tu en train de penser : « Oups ! Mon père a vraiment pris un coup de vieux ! »
Je sais Lian, je sais ! C’est la réaction que toute personne dite « sensée » aura naturellement en lisant ces lignes. Mais le gros bon sens, Lian, est à la source de toutes les querelles de couple, où chacun revendique justement d’être du côté du bon sens. Le bon sens est à l’origine de toutes les guerres, de toutes les atrocités, parce que dans tous les conflits, les deux côtés sont toujours convaincus d’avoir raison. Donc, s’il te plaît, laisse le bon sens et le soi-disant esprit rationnel de côté si tu veux pouvoir me suivre et surtout, si tu veux trouver le bonheur. Utilise la raison pour gérer les aléas de ta vie quotidienne, mais si tu veux trouver le trésor dont je te parle, tu devras ouvrir très grand ton esprit et ton cœur et ce, directement sur l’inconnu.
En fait, ce n’est pas un coup de vieux que j’ai pris, c’est plutôt un « coup de jeune ». Pour trouver le bonheur, il faut faire face à la mort. Et quand on fait face à la mort, on ne se raconte pas d’histoire, et on n’en raconte pas aux autres non plus. Tout ce que j’affirme dans ces pages, Lian, je l’ai vécu. Et, dans mon cœur, je rajeunis plutôt que de vieillir.
Fais-moi confiance. J’ai besoin de transmettre cette carte à au moins une personne avant de partir. Ce trésor est trop précieux.
Ce livre que je m’apprête à te laisser, une série de lettres en fait comme celle-ci, contient ce qu’il y a de meilleur en moi, de plus lumineux, de plus sage. Le moins bon, tu n’en as pas vraiment besoin. C’est à moi que sert cet aspect plus sombre, pour me garder dans l’humilité, dans la fraîcheur du moment présent.
Bon…
Aujourd’hui Lian, le bonheur, c’est ce que je suis la plupart du temps. C’est ce que tu es aussi, mais tu ne le sais pas. En fait, tout dépend de la profondeur à laquelle tu vis. En surface, je suis comme tout le monde avec mes hauts et mes bas, mes déceptions, mes joies quotidiennes. Mais je ne suis que peu affecté par ces turbulences, même les plus grandes, parce que j’habite là où il y a toujours la paix et la sérénité. Tu sais quand tu voyages en avion et qu’il y a des turbulences ? Tu as l’habitude et tu sais très bien que les soubresauts de l’avion ne sont pas vraiment dangereux. Ils font partie du périple pour ainsi dire et n’affectent pas ton humeur pour la peine. Les hauts et les bas de la vie ont à peu près le même effet sur moi. En fait, plus le temps passe et plus l’écart entre les hauts et les bas s’atténue. Et plus les soubresauts sont de courte durée. Tout tend à se résorber dans une sérénité bien enracinée dans les profondeurs de l’Être où j’ai découvert le trésor dont je te parle.
La plupart des gens ne connaissent malheureusement pas la profondeur de leur être. Ils vivent en surface et sont constamment ballottés par les courants contraires, les tempêtes et les remous de toutes sortes. En un mot, même s’ils connaissent parfois des moments d’accalmie qu’ils nomment à tort « bonheur », ils souffrent la plupart du temps, d’une façon ou d’une autre. Souvent même sans s’en rendre compte.
C’est parti ! Le travail est déjà commencé. Il est important de te rappeler : le trésor n’est pas dans la carte. Le bonheur n’est pas dans le mot « bonheur ». Ne te contente pas d’une compréhension intellectuelle de ce que je t’apporte. Chaque fois qu’une phrase, une image, te touche, laisse-la macérer dans la limpidité de ta conscience, dans la chaleur de ton cœur, jusqu’à ce que le message devienne vivant pour toi. Parce que le périple auquel je te convie est un voyage vertical. Il ne consiste pas à te remplir la tête de connaissances, mais à te dépouiller au contraire, de plus en plus. Pour te permettre de sombrer jusqu’au tréfonds de ton être. Ce trésor est ce qu’il y a de plus pur, de plus innocent, de plus transparent. Pour le découvrir, tu devras perdre tous tes bagages, le sens même de l’orientation et l’adresse de tous les hôtels.
Je te montrerai comment.
Car, dans ce pays du fond de toi, tu n’es ni jeune ni vieille, ni grande ni petite, ni belle ni laide. Dans ce pays, plus profond que la profondeur même, il n’y a plus aucune saison, aucune maison, aucune rue, aucune naissance, aucune mort. Il n’y a plus que le cœur du cœur, éclairé par la lune du cœur. C’est une terre de pure joie et de liberté absolue.
Garde précieusement ces lettres près de toi toute ta vie, ou du moins jusqu’à ce que tu trouves le trésor. Après, tu pourras tracer ta propre carte pour d’autres. Garde-les, même si par périodes tu n’as pas envie d’y jeter le moindre regard. Reviens-y sans cesse, dans les moments difficiles comme dans les plus faciles. Étudie cette carte, mets-la en pratique. D’une lecture à l’autre, ta compréhension s’approfondira. Lis et relis chaque lettre avec les oreilles de ton cœur. Écoute… Entre les lignes de ces pages, l’eau de ma rivière parle à tes petits enfants. L’écho de l’Éternel cherche à éveiller ton âme.
Écoute… Et sens à l’intérieur de toi la brise qui souffle derrière les mots. Laisse-toi porter par sa musique jusqu’au plus intime de toi-même. Et là, écoute encore… Et abandonne-toi à ce pays si proche en vérité, dissimulé derrière chaque instant qui passe. Abandonne-toi, comme je m’applique à le faire chaque jour, à ce vibrant Silence, ce mystérieux et lumineux Silence qui prie derrière et à travers tout ce qui existe.
***
À la fin de chaque lettre, je te laisserai avec une ou plusieurs citations de mes amis spirituels qui m’ont accompagné, éclairé, nourri, éveillé, durant mon voyage. Extraits qui feront référence au thème principal de la lettre.
Voici donc Jean-Yves Leloup, un guide spirituel français de tradition chrétienne qui commente une parole de Jésus qui parle du Secret, avec un « S » majuscule, en référence au trésor dont je te parle :
« L’Être, ou l’Amour, ou le Dieu qui habite les profondeurs de l’homme, est un secret et c’est à partir de ce lieu caché de nous-mêmes que nous pouvons penser, parler, agir, en vraie liberté. »1*
Et Andrew Cohen, un guide spirituel américain qui s’inscrit, lui, dans la tradition hindoue de l’Advaita :
« L’illumination est un secret que très peu connaissent. Pourquoi est-ce un secret ? Parce que l’illumination n’existe pas dans le temps. C’est la réalisation de ce que vous êtes quand il n’y a pas de mental et pas de temps. »2
***
Mes pensées t’accompagnent
Je t’aime,
Ton père et ange gardien
* Voir : Notes bibliographiques à la fin du livre.
Sainte-Julienne Fin novembre
– Lettre 2 – La Quatrième dimension
Chère Lian,
La chaise de Misti est vide ce matin. Parti bambocher. Pas mal pour un p’tit vieux. Ses courses autour de la rivière le gardent en forme, faut croire.
Fêté les 90 ans de mon père hier. Comme cadeau, on lui a remis un écran numérique de photos. À l’ouverture de la boîte, il regardait l’objet un peu comme un martien sans doute examinerait une bouteille de Coca-Cola. N’avait jamais vu ça ! N’avait aucune idée ! Sa grimace donnait la mesure de l’écart qui existe entre la technologie moderne et la nature qu’il a connue enfant. Lui, fils de fermier du temps que l’odeur de la terre avait encore une place centrale dans le cœur des hommes, doit se sentir de plus en plus étranger au monde bizarre qui l’entoure, même s’il s’est bien adapté à la vie de gadgets qui est la nôtre.
Aujourd’hui, Lian, je veux te parler du déracinement radical qui est notre lot à tous, êtres humains. Un déracinement beaucoup plus essentiel que celui du fils de fermier de la première moitié du XXe siècle qui se retrouve noyé dans un univers de bidules électroniques. Déracinement qui est à la source de notre mal-être existentiel à tous. À la source, en fait, de toutes nos souffrances.
Je vais mettre la table, situer le décor pour cette chasse au trésor dont je t’ai parlé dans ma première lettre. Pour commencer, je vais te demander d’avoir recours à ton imagination.
Imagine que tu voyages dans un pays inconnu et que tu arrives dans un village où les gens passent leur temps à se lamenter, à s’apitoyer sur leur sort quand ce n’est pas à pleurer de douleur ou de désespoir. Plusieurs sont handicapés, ont des membres brisés, le visage tuméfié, et la majorité des hommes et des femmes rencontrés projettent l’image de personnes très stressées.
Pour comprendre ce qui se passe, tu questionnes quatre ou cinq passants – Ah oui… tu parles leur langue. Plusieurs sont très agressifs avec toi et t’accusent, « toi et les autres », d’être responsables de leur malheur. D’autres se voient comme des victimes de la vie et sont déprimés. Ils ne sont pas tous affectés également, mais tous vivent au minimum une profonde insatisfaction.
En les observant de plus près, tu réalises qu’à cause d’une maladie quelconque ou d’une déficience héréditaire – en fait, tu ne sais pas – ils ne perçoivent pas la troisième dimension, la profondeur. Ils trébuchent fréquemment, se cognent sur les meubles, les uns sur les autres. La grande majorité semble même avoir très peur de marcher, d’avancer. Peur, en fait, d’aller, de venir, de vivre leur vie.
Devant une telle constatation, qu’est-ce que tu fais ? Tu es en pays inconnu et ne possèdes rien d’autre que la force de ta parole pour agir.
Plusieurs avenues s’offrent à toi. D’abord, tu peux te sauver à toutes jambes craignant d’être tombée dans une sorte d’enfer.
Tu peux aussi réagir spontanément sous le coup de l’émotion et essayer d’expliquer aux gens qu’ils se blessent constamment parce qu’il y a une dimension qu’ils ne voient pas, la profondeur. En un tel cas cependant, tu risquerais fort de te faire ostraciser toi, l’étrangère, qui vient leur dire comment vivre. On te répondrait sans doute agressivement que si une telle dimension existait, ils la percevraient. Que tout le monde ne peut pas se tromper. Tu risquerais de passer pour une illuminée, déconnectée des vrais problèmes de la communauté. Et tu devrais probablement quitter les lieux parce que tu représenterais une trop grande menace pour ces gens et leur conception du monde.
Tu pourrais enfin, par compassion, ou parce que tu ne peux supporter de les voir souffrir inutilement, décider de te taire et de rester avec eux en cherchant à découvrir quelques citoyens de ce village un peu plus conscients que les autres avec qui tu pourrais plus facilement aborder la question. Des hommes et des femmes moins effrayés de ce qu’ils ne connaissent pas, moins craintifs de remettre en question leur conception du monde. Essayant de leur réapprendre à marcher, tout en espérant qu’un jour ou l’autre leurs yeux s’ouvrent sur la troisième dimension. En y allant lentement, progressivement, pour ne pas trop les déstabiliser. Et tout ça, sans aucune garantie de réussite. N’ayant, pour les apprivoiser, que ta propre conscience et liberté par rapport à la souffrance qui les afflige.
Alors, tu choisis quoi ?
Quand j’ai fait cet exercice dans mes groupes de méditation, peu de personnes choisissaient cette dernière alternative, soit parce qu’ils n’y croyaient pas ou parce qu’ils se voyaient devoir y passer le reste de leur vie sans même savoir s’ils n’allaient pas dépenser leurs énergies en vain. Car, comment parler de la troisième dimension à des gens qui n’en ont jamais entendu parler ? Les mots n’ont de sens que s’ils peuvent être associés à une expérience passée. Comment expliquer la couleur bleue à quelqu’un qui n’a jamais perçu aucune couleur ? Tu ne peux que tourner autour du pot en espérant qu’un jour ses yeux s’ouvrent et que la personne puisse voir par elle-même.
Qui peut avoir cette patience et cette dévotion ?
Ce village, Lian, dont je viens de parler, c’est la planète, le village global. Et la personne qui se trouve dans la situation que je viens de décrire, c’est moi, parmi plusieurs milliers d’autres éparpillés ici et là sur la grosse boule. Et ce n’est pas la troisième dimension qui n’est pas perçue par tous ces gens autour de moi, c’est une Quatrième dimension infiniment plus importante que les trois premières, parce que c’est elle qui donne la mesure véritable des trois autres. Sans cette Quatrième dimension, Lian, les trois premières nous induisent totalement en erreur sur la nature véritable de la réalité. Ne pas percevoir cette dimension est infiniment plus dommageable que de ne pas percevoir la troisième comme dans l’exercice que je viens de te suggérer. C’est comme ne pas faire la différence entre un film vu au cinéma et notre réalité quotidienne.
Ouvrir les yeux à cette dimension essentielle est l’équivalent de trouver le trésor dont je t’ai parlé dans ma première lettre.
En fait, parler d’une Quatrième dimension n’est pas vraiment exact. Mais rien ne peut être vraiment exact ici parce qu’on parle d’une réalité qui existe au-delà du langage. Aucun mot ou expression ne peut en rendre compte clairement. On s’en approche un peu plus peut-être si on parle d’un Quatrième monde, ou état de la conscience. Ou comme un Quatrième niveau de connaissance. Certains le nomment simplement « le Quatrième » sans spécifier davantage parce que, dès qu’on le nomme, on en trahit la nature.
La tradition hindoue, par exemple, parle des trois états, puis du « Quatrième ». Le premier étant celui du sommeil profond, sans rêve ; le deuxième concerne le monde de nos rêves nocturnes ; et le troisième, l’état de veille dans lequel nous vivons le jour. Nous avons appris à considérer ce « troisième monde » comme celui de la réalité objective que nous prenons comme référence pour définir qui nous sommes. Ce monde est pour nous le seul réel, le seul dans lequel nous pouvons poser notre pied en toute sécurité.
Cependant, vu du Quatrième niveau, ce monde perd toute sa solidité. Il apparaît également comme un univers rêvé, assez semblable à notre réalité onirique nocturne. Nous rêvons simplement des choses différentes et d’une façon un peu plus cohérente, organisée. Ces rêves diurnes ne sont pas plus vrais évidemment que les autres, et le fait qu’on les méprenne pour la réalité objective nous cause beaucoup de souffrance.
L’illusion la plus grave, Lian, celle qui est à l’origine de l’enfer que tu peux observer partout sur notre planète, autant au niveau international que dans l’intimité des couples, des familles, dans le secret des cœurs de toutes ces personnes qui se sentent seules, l’illusion la plus dévastatrice est cette idée que nous sommes tous des personnes séparées les unes des autres, séparées aussi de l’environnement, de l’univers qui nous entoure.
La vérité que nous révèle la Quatrième dimension, c’est qu’il n’y a qu’un seul Être dans tout l’univers, que rien n’existe de façon séparée, que tout est Un. La même énergie, la même conscience, le même Mystère qui se reflète dans la multitude des formes que nous sommes. Nous avons tous le même Cœur, Lian !
Quand on perçoit cette dimension de l’Unité, tous nos conflits, avec nous-mêmes ou avec les autres, notre besoin de prouver notre valeur, notre insécurité même, tout cela perd son sens. C’est un peu comme réaliser que tu n’es pas une cellule isolée et en compétition avec les autres, mais que tu appartiens à un grand corps où tout fonctionne en harmonie pour supporter ce phénomène merveilleux qu’est la vie. Que tu n’existes que par et pour ce corps, et que ton fonctionnement même est régi par l’intelligence générale de celui-ci. Toute anxiété s’évanouit nécessairement ! Terminé le combat pour la vie ! Tu n’as plus qu’à t’abandonner et à profiter du voyage.
Rappelle-toi, Lian, je ne parle que de ce que je connais. Je ne suis pas en train d’halluciner. Le « trip » psychédélique, il est dans notre rêve quotidien. Les choses ne sont vraiment pas ce qu’elles paraissent être. Nous vivons de rêves et de croyances. Nous croyons vivre dans un monde objectif, alors que tout est subjectif. Nous croyons exister « à l’intérieur » de l’univers. Nous nous méprenons : c’est l’univers qui est en nous. Nous nous croyons séparés les uns des autres, alors que nous sommes une seule et même Âme. Et de façon générale, nous rêvons la vie plutôt que d’être la vie, nous rêvons l’amour plutôt que de vivre l’amour, etc. Tout est inventé, « onirique », et particulièrement ce qui t’apparaît comme des problèmes douloureux. Nos souffrances ne sont pas nécessaires et ne sont le résultat que du fait qu’on prend au sérieux ce qui ne devrait pas l’être.
Je n’en dirai pas plus pour aujourd’hui. C’est le temps pour toi de relire, d’aller à l’intérieur et de méditer. Parce que tu dois réaliser ces choses par toi-même pour qu’elles aient un impact sur ta vie. Tous ces mots n’auront de signification véritable pour toi que le jour où ton esprit s’ouvrira à ce Quatrième monde. Je pourrais te parler de la couleur bleue pendant des années, tu ne sauras de quoi je parle que lorsque tu verras du bleu.
Je ne m’attends pas à ce que tes yeux s’ouvrent demain matin, quoique tout est possible. Toutes ces lettres qui suivront portent un seul espoir : qu’elles préparent ton âme à cet éveil.
Toutes les souffrances vécues sur cette planète, Lian, y compris les tiennes, de la simple angoisse existentielle au cauchemar le plus infernal, trouvent leur source dans cette incapacité de percevoir cette dimension de l’Unité dont je te parle, dimension qui est liée à notre Être véritable à tous. Déracinés de notre âme, de notre Océan intérieur, nous souffrons du « mal du pays », mal qui couve derrière tous nos petits et gros malaises quotidiens.
Pourquoi l’immense majorité des humains ne perçoit-elle pas cette Quatrième dimension ? Parce que c’est comme ça, Lian. Une question d’évolution sans doute. Parce que la plupart des gens ne s’intéressent pas à ces choses pourtant essentielles. Nos frères et sœurs humains ne sont pas préoccupés par ce qu’ils sont vraiment. Ils ne sont pas curieux, ne se posent pas de questions sur la nature profonde des choses. Et, par conséquent, ils n’obtiennent pas de réponses.
Mais il y a toujours eu dans l’histoire un petit pourcentage de chercheurs de vérité, moins apeurés que la moyenne de s’ouvrir à l’inconnu. C’est à eux, à toi j’en suis certain, que ce livre s’adresse. Dans ma prochaine lettre, je te parlerai de ma propre recherche et des expériences qui m’ont ouvert les yeux.
***
Avant de te quitter, voici une petite citation d’Osho Rajneesh (aussi appelé Bagwan Shree Rajneesh) à propos de ce qu’il nomme Turiya, le quatrième « état » :
« Il y a aussi un quatrième état, et tant que vous ne l’avez pas atteint, vous n’êtes pas arrivés à la maison. Le quatrième, c’est votre foyer. Il est à la fois intérieur et extérieur. Il transcende les deux. C’est l’état primal, l’état basique, fondamental, d’où surgissent les trois autres. Les trois mondes sont les branches, le quatrième est la racine. »3
Et puis une autre, percutante, de Christiane Singer, une mystique française :
« Le seul péché, c’est la séparation de l’être de sa profondeur. »4
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Je t’embrasse
Ton père et ange gardien
Sainte-Julienne Début décembre
– Lettre 3 – Ma véritable histoire
Chère Lian,
C’est sous le charme angélique d’un concert de harpe que je t’écris ce matin. Une jolie aubade de Sarajane Williams, psychologue américaine et professeur de harpe qui utilise les sonorités célestes de son instrument dans son travail de guérisseuse. Musique qui adoucit ce début d’hiver qui semble déprimer les cèdres dehors.
Diane s’affaire dans ses installations de Noël… Le poêle à bois brûle son bois. La lessiveuse lessive. Quant à moi, j’espère trouver les bons mots aujourd’hui. Parce que je dois te parler de moi et que parler de soi sans tomber dans les pièges de l’image, de l’ego, est toujours un peu hasardeux. Mais c’est important ! Tu dois savoir d’où je viens et surtout d’où sort ce déluge de mots à travers lesquels je tente bien maladroitement d’exprimer l’inexprimable.
Bon… Je m’installe comme je peux dans mon cœur, dans Le Cœur et je m’abandonne. Je t’avertis : cette lettre sera beaucoup plus longue que les autres car il y a beaucoup de choses. Attends d’avoir un bon moment devant toi pour lire et méditer son contenu.
Je veux te raconter ma véritable histoire, celle que personne ne connaît. Officiellement, je suis né dans l’est de Montréal d’une famille ouvrière, et la vie m’a souvent poussé dans des directions surprenantes, pas nécessairement cohérentes avec mes origines. Par exemple, contre toute attente et grâce à l’intervention de mon prof de sixième année, j’ai fait des études classiques et universitaires qui m’ont conduit, sans même que je le cherche, à un poste de professeur d’université. Quatre ans plus tard à peine, je quittais, non sans anxiété, le prestige et la sécurité de l’université pour plonger littéralement dans l’inconnu en me laissant guider toujours par le cœur et l’intuition plutôt que par la raison. J’ai vécu seul, en groupe et dans plusieurs relations de couple différentes. Fait plusieurs allers-retours entre la ville et la campagne, le Québec, l’Europe, l’Inde, la Californie, etc. Passé du métier de psychologue à celui de massothérapeute à celui de professeur de méditation.
Tout ça cependant n’est pas ma véritable histoire. Ma vraie histoire, ce ne sont pas non plus les innombrables hauts et bas qui ont ponctué ces nombreux détours. Ce n’est pas l’histoire de ma vie affective. Tout ce que je viens d’évoquer a simplement servi de contexte, de décor aux découvertes et aux apprentissages qui ont constitué la véritable trame de ma vie.
Laisse-moi te suggérer, Lian, qu’on ne vit pas pour travailler, pour trouver un(e) partenaire et faire des enfants. On ne vit pas non plus pour devenir quelqu’un de bien ou d’important, pour faire du sport ou même écrire des livres. Et on ne vit surtout pas pour s’acheter des choses dont on n’a pas besoin avec, trop souvent, de l’argent qu’on n’a pas.
On vit pour apprendre. Tout le reste peut être nécessaire bien sûr, mais seulement comme matière pour l’apprentissage. Quand tu vis pour apprendre, il n’y a plus de succès ni d’échec, que des apprentissages. Tu es toujours gagnant parce que tu apprends toujours quoi qu’il arrive. Et je ne parle pas seulement évidemment d’apprendre à lire et à compter, ou jouer au tennis. On vit pour découvrir la vie, pour prendre conscience de ce que nous sommes. On vit pour s’ouvrir au mystère incroyable de l’existence. Voilà pourquoi j’ai vécu, Lian : pour la passion et la jouissance infinie de découvrir, de connaître. Et ma véritable histoire, c’est à ce niveau qu’elle se trouve.
Et comme la nature a planté en moi un incroyable désir de profondeur, ma vie réelle s’est tissée dans les grands fonds de mon âme, dans mon rapport avec le Sacré, avec l’Éternel, avec l’Infini. Dans des recoins secrets où, malheureusement, peu d’humains s’aventurent.
Mon premier livre commençait par cette phrase : « Je suis né dans une maison qui n’existe plus dans une rue qui n’existe plus ». Je pourrais poursuivre aujourd’hui : « Dans ma vie, j’ai traversé de multiples pays qui n’existaient que dans mon esprit. J’ai joui et peiné dans un corps imaginaire qui ne m’appartient pas ».
Si je te demandais, Lian : « Qui étais-tu avant la naissance de ta mère et de moi ? » Et si tu relaxais dans l’absence de réponse concrète qui s’ensuivrait, tu pourrais peut-être sentir où j’habite vraiment.
Ma vraie histoire est des plus mystérieuses.
Mais le Mystère dont je parle n’est pas une image poétique ou un concept philosophique. C’est une expérience vivante qui se déploie au creux de chaque instant, en dehors complètement du temps et de l’espace.
Depuis que j’ai conscience d’exister, ma vie réelle, telle que je peux la voir aujourd’hui, ne fut rien d’autre qu’un cheminement toujours renouvelé de l’intime au plus intime, et au plus intime encore de l’existence.
Si je mets des majuscules à tous ces mots depuis ma première lettre, c’est pour souligner, tenter d’exprimer le sentiment de Grandeur Sacrée qui habite au fond de moi et qui illumine mon quotidien. Pour essayer de nommer l’innommable beauté qui se cache au creux de la laideur elle-même. Ma véritable histoire est l’histoire de ma relation avec cette beauté divine, avec l’incroyable, avec l’impossible.
Ma première collision consciente avec l’Infini, avec la Beauté, est survenue quand j’avais à peine 4 ou 5 ans. En entrant dans le salon – qui était aussi la chambre de mes parents –, j’ai vu, rencontré mon premier sapin de Noël, tout illuminé. Ce fut beaucoup plus qu’une belle expérience. Un Choc ! Une sorte de traumatisme positif. Ce jour-là, le merveilleux est entré dans ma vie. Aujourd’hui, à 69 ans, je m’en souviens comme si c’était il y a cinq minutes. À ce moment-là, mon cœur ordinaire s’est arrêté et un autre cœur, spirituel celui-là, s’est mis à battre. Je suis entré dans une autre dimension, vaste et lumineuse, dans l’Autre dimension que je n’ai vraiment quittée depuis que temporairement, superficiellement.
Durant toute mon enfance, j’avais une connexion particulière avec ce que j’appelais Dieu. Une relation enfantine : je demandais souvent des faveurs qui m’étaient presque toujours accordées. Cela me paraissait naturel. Mais ces demandes ne se réduisaient pas à une simple prière mentale. J’entrais vraiment dans un autre état de conscience. Quelque chose de très vivant et de transcendant. Aujourd’hui, je nommerais cet état une « transe lumineuse sans pensée ».
Jusqu’à l’adolescence, le surnaturel faisait partie de ma vie. De temps en temps, une énergie plus grande et plus forte que moi intervenait, faisait les choses à ma place. Par exemple, autour de 13-14 ans, pendant une partie de hockey sur glace, j’ai compté un but en lançant du centre de la patinoire jusque dans le haut du filet. Avec l’impression très nette qu’une énergie autre que la mienne s’était emparée de mon bras pour tirer à ma place. Moi qui en temps normal avais de la peine à soulever la rondelle ! Nettement, j’ai vécu l’évènement (ce fut mon seul but à vie) en spectateur. Encore aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, j’en reste impressionné. Pas de l’exploit accompli, mais de cette présence surnaturelle.
À l’adolescence (15 ans), ma relation avec ce qu’on appelait Dieu se transforma. L’obsession des curés pour le péché (surtout sexuel) et l’enfer me révoltait profondément. Je ne pouvais accepter qu’un Dieu en théorie infiniment bon condamne à l’enfer pour l’éternité un type comme moi simplement parce qu’il avait eu une pensée sexuelle. Durant cette période, je clamais bien haut mon athéisme, mais continuais à me questionner sur l’amour et la liberté authentiques, ce qu’on nommait amour autour de moi m’apparaissant comme de la supercherie.
À 18-19 ans, je vécus une expérience qui me fit reconnecter avec un espace de transcendance. Dans un travail de sciences religieuses où l’on me demandait de parler de ma conception de Dieu, je développai un argumentaire basé sur le fait que nous avons tous à l’intérieur de nous un vide sans fond – c’était mon expérience – dans lequel nous avons peur de tomber et qui pousse les gens, pour se rassurer, à inventer un fond (à ce vide) qu’ils nomment Dieu. Je croyais ainsi démontrer la non-existence du vieux bonhomme et faire un pied de nez à mon prof. Mais quand je relus mon texte – après avoir reçu, à ma grande surprise, une excellente note –, je fus profondément troublé pendant un moment. Quand j’arrivai au passage sur le vide, une petite voix à l’intérieur disait : « Mon vieux, tu viens juste de réaliser l’existence de Dieu ». Sur le coup, je ne sus trop quoi faire de cette révélation, n’étant pas prêt à assumer une aussi flagrante contradiction avec moi-même. Par contre, l’intense émotion que je ressentis avait ouvert une porte qui ne s’est jamais complètement refermée.
Je peux voir aujourd’hui que ce vide dont je parlais était très proche du vide primordial, à l’origine de toute chose, que mentionnent plusieurs traditions spirituelles. Mais, évidemment, je n’en avais jamais entendu parler jusqu’alors.
À partir de ce moment, je renouai avec ce que j’appelais maintenant le Sacré, une énergie transcendante que je ressentais comme mystérieuse, indéfinissable, mais qui certainement n’avait rien à voir avec le Dieu personnel terroriste que les curés essayaient de nous vendre.
Quand j’ai commencé à méditer (à 28 ans), j’ai retrouvé l’espace vivant et magique que j’avais connu enfant lorsque je priais. Je me suis abandonné depuis à cette pratique et à un puissant appel intérieur pour me connaître en profondeur et découvrir la véritable nature des choses.
Mon histoire réelle, Lian, celle qui importe, n’est qu’une longue suite de découvertes et d’éveils spirituels qui ont complètement révolutionné mes perceptions et mon rapport avec ce qu’on nomme en général « la réalité ». Ce serait trop long et probablement inutile de tout décrire. Je ne vais parler que des évènements les plus transformateurs.
Très vite, je sentis que j’avais un lien secret avec le reste de l’univers, lien que je voulais ausculter, palper, vivre pleinement.
Vers l’âge de 30 ans, je me retirai en forêt avec l’objectif de percer le mystère d’un texte de Houeï-Nêng – le sixième patriarche zen – dans lequel il affirmait que « le vide constitue notre vraie nature ». Ce vide dont il parlait me fascinait, m’intriguait. Je n’étais pas conscient à ce moment-là du lien avec ce texte écrit à 18-19 ans que je viens de mentionner.
Je décidai de jeûner (faire le vide dans mon corps), de m’isoler (faire le vide psychologique) et de méditer (faire le vide mental), espérant ainsi décrypter cette phrase énigmatique du patriarche. Avec pour tout bagage un sac de couchage, une cruche d’eau et mon livre sur Houeï-Nêng, je m’installai au fond de ma terre, dans une cabane, face à un petit lac. Du lever du soleil à son coucher, je méditais, assis inconfortablement sur une chaise rudimentaire, ne m’arrêtant que pour lire un passage de mon livre ou pour sortir dehors contempler la nature.
Le troisième jour de ma réclusion, une porte s’ouvrit : j’ai vécu un éveil significatif. Soudainement, j’eus la vision claire que ce flot de sensations physiques et de pensées que je ressentais habituellement comme étant moi-même n’était qu’à la surface de mon être. Il y avait autre chose derrière, comme une transparence lumineuse. Machinalement, je posai le regard sur le lac en face et, à ma grande surprise, je ressentis le lac de la même façon, comme s’il était à l’intérieur de moi et aussi comme s’il n’était qu’une image sensorielle de surface avec « en dessous » cette même transparence lumineuse. Et je compris : cette transparence était ma conscience, cette même conscience qui se trouvait à la fois derrière mes sensations et derrière le lac. Ma première réaction : un sentiment mixte, un mélange d’étrangeté et d’émerveillement. Puis, la lumière se fit dans mon esprit.
Une grande joie traversa mon cœur : pour la première fois de ma vie, j’avais une expérience claire de ce dont tous les maîtres spirituels parlent depuis toujours, l’unité intrinsèque de toute chose. Comme si tout était uni par une sorte de vide conscient, le vide sans doute, me disais-je, dont parle Houeï-Nêng. Une chose était certaine : la matière venait de perdre une bonne partie de sa solidité.
La découverte ne s’arrêta pas là. De retour à la maison, un peu plus tard en essuyant la vaisselle, un éveil supplémentaire vint me surprendre : je réalisai clairement que ma conscience et ma pensée sont deux réalités distinctes. Encore une fois, une grande excitation s’empara de moi. Oui !... Mes pensées traversent ma conscience, ce n’est pas moi qui les pense. Ce que je suis vraiment est beaucoup plus lié à ma conscience qu’à mes pensées. C’était la réalisation pour moi de ce qu’on appelle le Témoin. Je t’en reparlerai dans une autre lettre.
Durant ces trois jours, ma perception du monde et de moi-même a subi une profonde transformation. Mais d’autres éveils plus profonds encore allaient venir détruire complètement toute solidité que je pouvais encore ressentir dans mon rapport avec la réalité.
Je sais que tout ça peut te sembler bien abstrait, Lian, mais je t’en prie, garde ton esprit ouvert, même si tu ne comprends pas. Des graines sont semées actuellement qui produiront des fruits plus tard dans ta conscience.
Trois ou quatre mois plus tard, un évènement très important se produisit à l’ashram d’Osho Rajneesh en Inde : un éveil profond ! Durant une retraite intensive de groupe sur le thème « Qui suis-je ? », à force de vider mon mental de son contenu à mesure qu’il se présentait, celui-ci a cessé de fonctionner le temps d’une respiration. Pendant ce court laps de temps, Claude Leclerc a totalement cessé d’exister. Le « je », ce sentiment d’être une personne a disparu. Et, avec lui, tout ce que j’ai toujours connu comme étant « moi ». Plus personne ! Et à la place… le Cosmos ! Mais pas le cosmos matériel dont parlent les physiciens…
En fait, l’apparence extérieure des choses n’avait pas changé. C’est plutôt la nature même de la matière qui se révélait comme essentiellement psychique, spirituelle. La matière solide qui nous apparaît à tous comme « matérielle » n’était qu’une illusion. Je n’étais plus Claude Leclerc, mais cette Conscience cosmique qui animait littéralement tous ces phénomènes spirituels que nous sommes tous et que sont les « mille et une choses ». En somme, la différence entre la matière et l’esprit venait de disparaître.
Cette expérience confirma et surtout clarifia profondément le premier éveil vécu en forêt durant mes trois jours de jeûne-méditation. C’était maintenant limpide : la Conscience est la substance même de tout ce qui existe. Rien n’est solide, tout est de la nature du rêve. Non seulement rien n’existe par soi-même de façon séparée, mais tout, absolument tout, y compris ce que j’ai toujours appelé moi-même, est une simple projection de ce Mental cosmique et impersonnel.
J’en parle avec un certain détachement aujourd’hui, mais cela me prit beaucoup de temps pour « digérer » cette expérience qui fut un énorme choc pour moi. Je n’étais pas prêt à disparaître aussi radicalement.
Je finis par me rendre à l’évidence : je n’étais qu’une pensée virtuelle qui masquait Cela, cette Présence sacrée, divine. Toute la pertinence et la profondeur du célèbre conseil de Socrate, « Connais-toi toi-même », venait de prendre tout son sens. Se connaître soi-même signifie traverser cet écran de pensées auxquelles nous nous identifions, traverser le miroir en somme et découvrir la vérité : l’entité Claude Leclerc, les autres personnes et les mille et une choses « matérielles » autour, ne sont que des vagues à la surface d’un océan. L’Être réel de tout ce beau monde est cet océan. Un océan de mystère. Un océan divin. Et, comme j’allais le découvrir plus tard, un océan d’amour !
Cette impression qu’une énergie sacrée habitait au fond de moi et qui colorait ma conscience d’adolescent venait de là, de ce cœur divin qui cherchait à me parler. Et ce cœur est aussi là à l’intérieur de toi, Lian ! Sois à l’affût. Cherche. Écoute. Ressens !
Six mois plus tard, un autre éveil brutal vint me secouer. Je méditais depuis plusieurs heures dans ma chambre quand soudain j’ouvris les yeux et vis très clairement que la scène devant moi, un rideau volant au vent devant ma porte, les arbres verts qui apparaissaient et disparaissaient derrière, tout ça n’était qu’une projection de mon esprit. Vraiment, je me sentis comme une sorte de projecteur. Les images que je voyais « m’appartenaient ». Et là où auparavant il y avait une réalité qui semblait « physique », il n’y avait plus maintenant qu’une fine pellicule de rêve, transparente, sur un vide infini. Encore une fois, d’une façon différente, je prenais conscience que je rêvais le monde et que je ne pouvais pas me fier à mes cinq sens pour me donner la mesure de ce qui est réel ou pas.
Comme pour les éveils précédents, cette expérience m’ébranla jusque dans mes bases. Pendant plusieurs secondes, une grande peur fit presque exploser mon cœur : le tapis de ce que je percevais comme la réalité venait d’être tiré sous mes pieds. Ce n’est pas rien ! Ce qu’il me restait d’illusion de la solidité de la matière venait de disparaître.
J’entends déjà des « psys » de toutes sortes, Lian, crier à la crise psychotique pour « expliquer » ces épisodes. Rassure-toi, il ne s’agit pas de cela. Le psychotique, à travers ses décrochages, s’enferme dans un monde infernal qui le fait souffrir énormément. Ces expériences spirituelles sont au contraire profondément libératrices. Elles te libèrent de toi-même et de tout le fardeau que tu portes sur tes épaules. Le psychotique vit emprisonné dans des zones inférieures au mental rationnel, le mystique vit au-delà du mental, dans une zone de pure Liberté, d’Amour.
Et puis, je suis loin d’être le seul à vivre ces ouvertures spirituelles. Des milliers de personnes sur la planète actuellement et dans l’histoire ont fait les mêmes découvertes et en ont parlé dans des centaines de livres dont les contenus se rejoignent. Ce sont tous mes amis spirituels dont je t’ai parlé. Cette connaissance a un caractère scientifique dans la mesure où elle est vérifiable, mais seulement si tu es prête à y consacrer ta vie.
Revenons à mon parcours. Ces dernières expériences, malgré leurs conséquences révolutionnaires sur ma compréhension, ne sont pas la fin du voyage, même si je l’ai longtemps cru. Résumons un peu : après tous ces évènements, les choses ne sont vraiment plus ce qu’elles avaient été. L’identité personnelle a disparu, l’univers physique a perdu sa solidité, il n’est plus qu’une projection mentale d’une Conscience cosmique. Mais une dualité demeure entre cette Conscience et son contenu, le monde phénoménal. En un mot, ce n’est pas encore vraiment l’Unité.
L’étape suivante s’est produite tout doucement après une rencontre avec un maître spirituel de Montréal qui m’a fait voir que je m’étais arrêté en route pour ainsi dire. Ce fut, et c’est toujours, la réalisation à chaque instant que la Source même de l’univers est une sorte de vide infini, inconnaissable, à la fois radieux et mystérieux, d’où surgissent et disparaissent simultanément tous les phénomènes que la Conscience se donne à expérimenter à elle-même. Parmi ces phénomènes, il y a toi et moi Lian !
À chaque instant, l’univers au complet disparaît dans le Mystère et réapparaît dans la dimension spatio-temporelle selon que la Conscience se projette ou se ravale elle-même dans une sorte de pur potentiel de créativité.
Au niveau le plus intime Lian, nous sommes le cœur intemporel de tout ce déploiement. Chaque instant est totalement neuf, frais. Au sortir du Vide, la première énergie qui se crée dans ce festival cosmique, la première manifestation, c’est l’Amour, la Joie sacrée, qui engendre ensuite tous les autres mondes. Tout ce qui existe, y compris toi Lian, est enfanté par cette énergie primordiale de l’Amour, cette Lumière divine et jubilatoire, la plus haute vibration qui reste toujours disponible au cœur de ton cœur. « Lian », cette petite bonne femme dans ta tête n’est qu’un phénomène transitoire (mortel), qu’une vague éphémère de cet Océan d’Amour. En profondeur, tu es cette énergie jubilatoire. À tout moment, si tu trouves le chemin, tu peux y relaxer ! Tu peux même arriver à parler et agir à partir de cet espace qui est ton centre véritable.
Voilà le Trésor ! Et voilà le Bonheur qui est ta Source sacrée à laquelle tu peux boire en tout temps si tu établis et surtout si tu gardes le contact. Le Bonheur qui n’a pas de cause ! Le seul et authentique bonheur !
Quand je n’oublie pas, Lian, c’est ce que je suis : ce Bonheur sans fond, ce Mystère infini, sacré. Mais tu peux seulement être ce Bonheur, tu ne peux pas l’avoir. C’est là le secret. Tu dois d’abord disparaître. Tu ne peux même pas l’attraper avec un mot au passage. Dès que tu le nommes, tu le perds. Tout ce que je viens d’en dire n’en est qu’un vague écho poétique. Aucun concept ne peut l’enfermer. Tu ne peux que t’y fondre complètement, disparaître avec l’Amour et réapparaître avec lui à l’infini.
Il ne s’agit donc pas d’être heureux, mais d’être le Bonheur. Il ne s’agit pas d’aimer, mais d’être l’Amour. Il s’agit de retrouver notre Source et de s’en rappeler continuellement. Et ce travail de rappel est un tout autre voyage. Car nous sommes programmés si puissamment que l’oublier est la chose la plus facile au monde. Cela se produit chaque fois que nous perdons la vigilance.
Quand j’oublie, je redeviens pour quelques secondes ou quelques minutes ce que la pensée ou l’émotion du moment suggère. Et puis, je me souviens et redeviens Liberté, Lumière, Amour, Joie, Paix sereine.
Mon travail consiste donc à me garder centré à chaque instant, à me rappeler que je ne suis pas les pensées, les émotions, ou même le corps physique. Tout ça n’est qu’un spectacle pour moi, un spectacle fascinant, mais quand même un rêve. C’est comme ça que j’apprends à vivre, en apprenant à mourir à moi-même continuellement.
Mais… Je ne fais rien. La Vie fait tout… Tourlou tou tou…
Quand je m’endors, c’est la Vie qui s’endort. Quand je m’éveille, c’est la Vie qui s’éveille. Quand il y a douleur, quand il y a plaisir, c’est la Vie qui se déploie. La Vie qui écoute quand j’écoute le bruissement d’une brise d’été dans le feuillage du vieux chêne devant la maison. La Vie à qui je m’abandonne. La Vie qui me vit. La Vie que je suis.
C’est quoi ma véritable histoire ? Au niveau le plus profond, il n’y a plus de temps donc plus d’histoire, plus de moi, plus de toi. Et même la Joie, l’Amour, la Béatitude, ne sont pas le fin fond du Mystère. La Source de tout ça se perd dans un vide sans fond, plus mystérieux encore, infini, inconnaissable. Un Vide plein de toute cette magie de l’Existence qui explose en dehors du temps, qui crée le temps et l’espace et la Lumière et l’Amour, et qui force un émerveillement sans fin de la Conscience devant sa propre Source, ses propres créations. Un émerveillement divin, inexprimable.
Voilà Lian, tout ça ne sont sans doute que des mots pour toi. Ou une petite fenêtre s’est-elle ouverte dans ton cœur ? Voilà le chemin que j’ai suivi. Tu peux t’en inspirer, mais n’essaie pas de le copier. Tu dois marcher ton propre parcours qui se creusera lentement, jour après jour au fond de toi, à partir de tes propres questionnements et des aventures et découvertes que la vie te réserve. À l’arrivée, par contre, le goût du Trésor est le même pour tout le monde. Le goût du bonheur véritable est identique non seulement pour toi et moi, mais pour toute l’existence. Comme dit Osho : « L’océan a le même goût salé, quel que soit le rivage où tu y goûtes ».
Tous mes efforts dans les prochaines lettres auront pour but de faciliter ta route vers la Source de ce que tu es. Question surtout de t’aider à ne pas te perdre trop longtemps dans des directions sans issue.
***
Cette citation de Houeï-Nêng est vieille de plusieurs siècles. La Vérité est éternelle.
« Le Vide illimité de l’univers est capable de contenir des myriades de choses de texture et de formes variées, telles que le soleil, la lune, les fleuves, les mondes, les forêts, les hommes bons comme les hommes mauvais, les dieux, les enfers et les vastes océans. L’espace contient tout cela et il en est de même du Vide de notre nature. »5
Par contre, ces paroles de Christiane Singer, murmurées peu de temps avant sa mort, datent de quelques années à peine.
« Lorsque je ne rêve pas, j’entre dans une phase d’un bonheur sans limite dans un inconnu sans fin. »6
***
Je t’embrasse très fort,
Ton père et ange gardien
Sainte-Julienne Début d’hiver ?
– Lettre 4 – Une carte pour nulle part
Chère Lian,
Brrr !… Je rentre à peine de ma promenade quotidienne autour du lac. L’hiver a l’air de vouloir s’installer ! C’est les doigts raidis par le froid, les joues et les oreilles bien rouges que je t’écris.
Chaque année, les chênes me surprennent. Ils sont vraiment particuliers. Pendant que tous les autres feuillus sont nus comme des vers, les chênes, eux, les jeunes en particulier, retiennent leurs feuilles une bonne partie de l’hiver. Elles sont desséchées, brunies par le froid et le manque de lumière, mais elles s’accrochent, résistent au vent et à la neige.
La rivière elle, en bas, s’en fout du froid et de la neige. Elle coule, imperturbable, ne laissant de son passage que des plaques de glace transparente sur les roches arrondies.
