Les anges déchus ne reviendront pas pour toi - Laetitia Cury - E-Book

Les anges déchus ne reviendront pas pour toi E-Book

Laetitia Cury

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Beschreibung

« — Faites-le taire ! Tout ce que cet homme dira ne sera que mensonge et garnison !
— Garni… Vous voulez dire trahison ?
— Trahison, ce n’est pas le mot qu’on utilise quand on guérit d’une maladie ? »
Séphora, habitante du monde d’en haut, recherche la vérité sur la disparition de son père. Est-il mort ? Exilé ? L’a-t-il abandonnée ? Elle cherche désespérément des réponses que personne, pas même sa mère, ne veut lui donner. Dans cet univers décalé dicté par les Dix Commandements, où chacun s’amuse à détourner les règles pour en tirer profit, il lui est difficile de trouver des réponses. Sont-elles dans le monde d’en bas, auprès de ceux qui ont transgressé les Commandements ? En quête de vérité, elle sera prête à tout pour découvrir ce qu’il s’est passé. Elle ne se doute pas de ce que ce véritable voyage initiatique va provoquer.Dans cette pièce, le mot y est roi. La parole est créatrice, punitive, on en joue, on la déjoue. Loin d’être satirique ou caricaturale, la pièce dépeint avec humour et légèreté un monde dans lequel tout serait pris « au mot ».14 personnages
Genre comique
5 actes, 5 lieux
Environ 75 minutes


À PROPOS DE L'AUTEURELaëtitia Cury, née en 1993, est professeure certifiée de français. Elle obtient une licence de. Lettres Modernes à l’USMB de Chambéry. Elle enseigne ensuite l’équitation sur l’île de la Réunion. Après trois ans, elle arrête et obtient un Master MEEF à l’université de la Réunion ainsi que son CAPES.

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Seitenzahl: 87

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Laëtitia Cury

Les Anges déchusne reviendront pas pour toi

Théâtre

ISBN : 979-10-388-0573-6

Collection : Entr’Actes

ISSN : 2109-8697

Dépôt légal : février 2023

© couverture ExÆquo

©2023 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays

Toute modification interdite

Éditions Ex Æquo

Personnages

Séphora

La mère : mère de Séphora

Les voisins

Rébecca : fille du prêtre et amie de Séphora

Le prêtre

Aaron : père de Séphora

Un coursier

Naomie : secrétaire d’en bas

Samuel : guide d’en bas

Acte I

Scène première

Séphora, La mère

(La mère cuisine, Séphora entre dans la pièce. On entend l’habituel haut-parleur qui, comme chaque matin, énonce les commandements aux habitants.)

HAUT-PARLEUR

Chers habitants exceptionnels d’en haut, bonjour ! Au nom de votre grand Patron qui est au-dessus de vous, je vous souhaite une bonne et pure journée parmi nous ! Afin que tout se passe pour le mieux, nous vous rappelons les règles de sécurité à suivre :

« Tu adoreras le Patron seul et tu l’aimeras plus que tout.

Tu ne prononceras le nom du Patron qu’avec respect.

Tu sanctifieras le jour du Patron.

Tu honoreras ton père et ta mère.

Tu ne tueras pas.

Tu ne commettras pas d’impureté.

Tu ne voleras pas.

Tu ne mentiras pas.

Tu n’auras pas de désirs impurs volontaires.

Tu ne désireras pas injustement le bien des autres. »

Nous souhaitons rappeler à nos aimables habitants que toute infraction à ces commandements entraîne une expulsion immédiate de ces lieux paradisiaques pour le monde d’en bas, et ce, de façon immédiate, irrévocable, impardonnable, inadmissible et inflexible.

La sanction est définitive et sans appel. Avec nos salutations les plus sincères, bien cordialement, le grand Patron et son équipe.

SÉPHORA

C’est bien aujourd’hui que l’on honore feu mon père bien-aimé ?

LA MÈRE

C’est exact ma chère fille. Aujourd’hui est l’anniversaire de sa disparition, et selon le quatrième commandement, nous devons honorer son père et sa mère. Alors ce jour, tu honoreras le tien.

SÉPHORA

Je suis obligée de faire toute la procédure habituelle ? C’est que je n’aime pas trop, quand même.

LA MÈRE

Ce sont les commandements. Si tu désobéis, tu iras en bas, tu le sais. Tu dois honorer ton père. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est comme ça. Allons, ce n’est qu’une journée par an.

SÉPHORA

Mais c’est que ça me rend malade à chaque fois.

LA MÈRE

Assez ! Tu dois aussi honorer ta mère. Je suis ta mère, tu fais ce que je te dis.

SÉPHORA

Mais mam...

LA MÈRE

(Séphora s’assoit à table, dépitée. Sa mère lui pose devant elle un plat de tripes et un grand verre d’Armagnac.)

LA MÈRE

Maintenant, mange et bois ! Pour ton père !

SÉPHORA

Je n’ai que 15 ans, l’Armagnac, c’est obligé aussi ?

LA MÈRE

Évidemment ! Pour honorer ton père, tu dois, une fois par an, et manger et boire, et son plat et sa boisson préférée ! Ton âge n’est pas la question !

SÉPHORA

Mais à chaque fois je vomis…

LA MÈRE

Tu n’as pas le choix ! Réjouis-toi de n’avoir que ça à manger, le père de la voisine, il aimait la Pina Colada. Alors que sa fille est allergique aux ananas. Elle finit aux urgences tous les ans, elle !

(Dépitée, Séphora prend une bouchée de tripes, une gorgée d’Armagnac, déglutit avec peine, tousse un peu.)

SÉPHORA

Je peux avoir de l’eau pour m’aider à faire passer ça ?

LA MÈRE

(Scandalisée.)

De l’eau ?! Le jour de la commémoration de ton père ! Quelle idée ! Ah non ! Feu ton père mon cher mari n’aimait pas l’eau ! Je devais le forcer à en boire tous les jours. Ça serait un grand déshonneur de boire de l’eau le jour de sa commémoration ! (se calme un peu, prend une voix plus maternelle et douce) Allez, finis ton assiette maintenant ma chérie, s’il te plaît.

SÉPHORA

(Au bord des larmes, chuchote, pour elle-même.)

Papa, je t’aime et tu me manques tous les jours, mais t’étais obligé d’aimer les tripes ? Et je ne parle pas de la boisson… (Tout haut, après de longues minutes de bataille contre une nausée terrible.) J’ai terminé maman.

LA MÈRE

Je suis si fière de toi ! Mon père adorait les hamburgers, j’avoue que j’ai de la chance. Je l’honore plusieurs fois par an du coup. Sacré papounet.

SÉPHORA

(Pensive.)

Mais maman, tu ne m’as toujours pas dit où il était papa. Si je dois l’honorer, c’est qu’il est mort ?

LA MÈRE

Il a disparu, je te l’ai déjà dit. Et honorer tes parents, tu dois le faire, qu’ils soient vivants ou morts, la question ne se pose pas.

SÉPHORA

Maman, le huitième commandement c’est « tu ne mentiras pas ». Alors, dis-moi où est papa ?

LA MÈRE

Je connais les commandements, jeune fille ! Et je ne te mentirai pas.

SÉPHORA

Alors, dis-moi la vérité.

LA MÈRE

Alors je vais te dire la vérité. Tu es prête ?

SÉPHORA

Je suis prête ! (Elle ajoute, en hésitant.) Sans mentir ?

LA MÈRE

(Elle met la main sur son cœur.)

Sans mentir.

SÉPHORA

Alors, comment papa a disparu ? Où est-il ?

LA MERE

(Avec un air solennel.)

Où est ton père ? (Elle prend une grande inspiration.) Je n’ai pas envie de le dire.

SÉPHORA

Quoi ? Mais tu m’as dit que tu me dirais la vérité !

LA MÈRE

Et c’est ce que je fais !

SÉPHORA

Non !

LA MÈRE

Si !

SÉPHORA

Tu avais promis !

LA MÈRE

Et je tiens ma promesse.

SÉPHORA

C’est pas vrai !

LA MÈRE

Ce n’est pas parce que je ne te dis pas la vérité que je te mens.

SÉPHORA

Mais tu dois dire la vérité !

LA MÈRE

(Elle lève les yeux au ciel.)

Mais puisque je te dis que c’est la vérité là, que je te dis là, à l’instant ! Ne pas vouloir dire la vérité, c’est aussi ne pas mentir !

SÉPHORA

C’est jouer avec les mots !

LA MÈRE

Ça non plus, ce n’est pas interdit !

SÉPHORA

Mais tu n’as pas le droit ! Je veux savoir !

LA MÈRE

Bien sûr que si j’ai le droit. Je suis dans la loi. Je suis honnête avec toi. Tiens, je vais te la redire la pure vérité : je n’ai aucune envie de te la dire.

SÉPHORA

Quoi ?!

LA MÈRE

Oui, parfaitement ! Je n’ai PAS envie !

SÉPHORA

Mais pourquoi ?

LA MÈRE

Arrête avec tes questions ! Je n’en ai pas envie parce que c’est comme ça !

SÉPHORA

Mais… Et le commandement ?

LA MÈRE

Le commandement parle de mensonge ! Et ceci n’en est pas un ! Et le commandement ce n’est pas « Tu devras répondre sans détour à toutes les questions intrusives de ta fille » ? Eh bien non ! Je ne te dois pas la vérité, pas de réponses. Seulement ne pas te mentir. Ce que je suis en train de faire entièrement ! (Fière d’elle, elle bombe le torse.) Je suis une parfaite citoyenne qui respecte nos commandements à la lettre ma fille.

SÉPHORA

Mais c’est injuste…

LA MÈRE

Ce n’est pas la question non plus ! Je respecte les commandements. C’est mon droit. Maintenant, oust, c’est l’heure de ma sieste.

(Séphora quitte la cuisine.)

Scène deuxième

Séphora

(Dans sa chambre. Elle fait les cent pas, furieuse.)

SÉPHORA

Arg, qu’elle m’agace ! Quelle injustice ! Quelle infamie ! Quelle… Quelle… Quelle tout !! Tout me tend et tout m’énerve. Je suis tendue et je n’y peux rien. Je n’y peux rien, car elle a raison ! Ce sont les commandements ! Ils régissent tout et moi, rien du tout. Ils sont tout et moi je ne suis rien. Voilà. Mais qui aussi a eu cette idée de..?! (Elle s’arrête, apeurée, regarde autour d’elle, attend, ne voit personne, n’entend rien, souffle, se détend, soulagée.) Rien du tout ! Je n’ai rien dit ! (La voix se veut pleine d’assurance pour couvrir une peur profonde.) Je suis d’accord avec tous les commandements et son créateur ! (Elle regarde en haut comme si on l’entendait, et parle plus fort.) On ne pourra pas me reprocher de ne pas honorer le deuxième commandement, je ne prononcerai le nom du Patron qu’avec respect ! (Puis regardant en bas.) Je ne voudrais pas terminer en bas, pour manquement aux commandements, quand même… (Puis s’arrêtant de nouveau, en pleine réflexion.) Mais en fait, je ne sais même pas comment c’est, en bas. Et si c’était pas si mal, finalement ? Ou c’est peut-être horrible. Ou peut-être que les gens sont pas si mal là-bas. C’est peut-être pour ça que tous ceux partis ne sont jamais revenus. Parce que c’est trop bien. Peut-être que je ferai même des super rencontres. Entre anges déchus. (Elle ouvre grand les yeux subitement, le sourire aux lèvres.) Peut-être même que mon père y est, en fait ! Ma mère veut pas me le dire, mais ça se trouve il est là-bas et il est tellement bien qu’il veut plus rentrer ! (Elle devient subitement triste.) Tellement bien que même pour moi il voudrait plus rentrer ? (Elle regarde l’heure.) Quand maman aura fini sa sieste, je lui poserai une question. Elle sera tellement bien tournée, qu’elle sera

obligée de me répondre correctement. Et sans jouer avec les mots cette fois-ci. Je vais finir par savoir où est mon père ! (Quelqu’un sonne à la porte.) Ah. Je vais aller voir qui est là.

Scène troisième

Séphora, Les voisins

SÉPHORA