Les mystères de la police - Auguste Vermorel - E-Book

Les mystères de la police E-Book

Auguste Vermorel

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RÉSUMÉ : "Les mystères de la police" d'Auguste Vermorel nous plonge dans les arcanes de la police française, depuis l'époque de Louis XIV jusqu'à la Révolution de 1789. Cet ouvrage explore les rouages d'une institution en constante évolution, révélant les méthodes et les stratégies employées pour maintenir l'ordre dans un contexte historique tumultueux. En s'appuyant sur des dossiers classifiés et des archives rarement consultées, Vermorel dresse un tableau fascinant des enjeux politiques et sociaux qui ont façonné la police française. Le livre met en lumière les figures emblématiques de cette époque, des chefs de police aux espions, en passant par les informateurs. Chaque chapitre est une immersion dans une période clé, où la police joue un rôle déterminant dans le contrôle des masses et la prévention des complots. L'auteur nous guide à travers les innovations techniques et les défis administratifs rencontrés par la police, tout en soulignant l'impact des événements historiques sur ses pratiques. Ce récit captivant offre une perspective unique sur la manière dont la police a contribué à façonner la société française, tout en s'adaptant aux changements politiques et sociaux. L'analyse de Vermorel, riche en détails et en anecdotes, nous invite à réfléchir sur le rôle de la police dans la construction de l'État moderne. L'AUTEUR : Auguste Vermorel, journaliste et écrivain du XIXe siècle, est connu pour ses analyses perspicaces des institutions françaises. Né en 1841, Vermorel s'est d'abord fait un nom dans le journalisme politique, s'intéressant particulièrement aux mécanismes du pouvoir et à leur impact sur la société. Son intérêt pour la police découle de son engagement à comprendre les structures de contrôle social et politique. Bien que peu d'informations soient disponibles sur sa vie personnelle, Vermorel s'est distingué par sa capacité à aborder des sujets complexes avec rigueur et clarté. Ses travaux, souvent basés sur des recherches approfondies dans les archives, témoignent de son souci du détail et de son désir de rendre l'histoire accessible au grand public. "Les mystères de la police" est un exemple de son approche méthodique et analytique, qui a marqué ses écrits. En dépit d'une carrière relativement discrète, Vermorel a laissé une empreinte durable dans le paysage littéraire français grâce à ses contributions à l'histoire des institutions. .

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Sommaire

CHAPITRE PREMIER : Les Lieutenants généraux de Police

CHAPITRE II : Enlèvements d’Enfants

CHAPITRE III : Jansénistes et Convulsionnaires

CHAPITRE IV : Les Drames de la police

CHAPITRE V : Les Poisons et les Empoisonnements

CHAPITRE VI : Une autre histoire de poison

CHAPITRE VII : La Police et les mœurs

CHAPITRE VIII : Une petite maison

CHAPITRE IX : Le Police de la Librairie

CHAPITRE X : Fragment d’un Rapport sur Robespierre

CHAPITRE PREMIER

Les Lieutenants généraux de Police

Un édit du mois de décembre 1666 créa des lieutenants de police, dont les fonctions, jusqu’alors, avaient été remplies par le prévôt de Paris, et ensuite, et même concurremment, par le lieutenant civil et le lieutenant criminel du Châtelet.

Cet édit fixa les droits, les prérogatives et les attributions des nouveaux magistrats.

Ils devaient maintenir l’ordre, la propreté et la sécurité dans la ville, et juger en dernier ressort, mais assistés de sept grands officiers du Châtelet, les mendiants, les vagabonds, les gens sans aveu.

Par édit du mois de mars 1667, Louis XIV régla les attributions du lieutenant de police: «Il connaît de la sûreté de la ville, prévôté et vicomte de Paris, du port d’armes prohibées par les ordonnances, du nettoiement des rues et places publiques, circonstances et dépendances; c’est lui qui donne les ordres nécessaires en cas d’incendie et inondation: il connaît pareillement de toutes les provisions nécessaires pour la subsistance de la ville, amas et magasins qui en peuvent être faits, de leurs taux et prix, de l’envoi des commissaires et autres personnes nécessaires sur les rivières pour le fait des amas de foin, batelage, conduite et arrivée à Paris. Il règle les étaux des boucheries et leur adjudication; il a la visite des halles, foires et marchés; des hôtelleries, auberges, maisons garnies, brelans, tabacs et lieux mal famés; il connaît aussi des assemblées illicites, tumultes, séditions et désordres qui arrivent à cette occasion; des manufactures et dépendances; des élections des maîtres et des gardes des six corps de marchands; des brevets d’apprentissages, réception des maîtres; de la réception des rapports, des visites faites par les gardes des marchands et artisans; de l’exécution des statuts et règlements; des renvois des jugements ou avis du procureur du roi du Chàtelet sur les faits des arts et métiers: il a le droit d’étalonner tous les poids et balances de toutes les communautés de la ville et faubourgs de Paris, à l’exclusion de tous autres juges; il connaît des contraventions commises aux ordonnances, statuts et règlements qui concernent l’imprimerie, soit par les imprimeurs, en l’impression des livres et libelles défendus, soit par les colporteurs qui les distribuent; les chirurgiens sont tenus de lui déclarer les noms et qualités des blessés; il peut connaître aussi de tous les délinquants trouvés en flagrant délit en fait de police, faire leur procès sommairement et les juger seul, à moins qu’il n’y ait lieu à peine afflictive, auquel cas il en fait son rapport au présidial; enfin, c’est à lui qu’appartient l’exécution de toutes les ordonnances, arrêts et règlements concernant la police.»

Au mois de mars 1674, le roi créa et un nouveau Châtelet et un second office de lieutenant de police: mais les inconvénients de ce double office s’étant fait sentir, une ordonnance du 18 avril suivant, les réunit enfin pour être exercés sous le titre de lieutenant général de police.

Un quatrième édit de 1700, et un cinquième de 1707, ainsi que les déclarations du 23 mars 1728, du 18 juillet 1729, du 25 août 1737, et du 16 mars 1755, placèrent encore dans ses attributions la connaissance du commerce des blés et autres grains dans l’étendue de la prévôté et vicomté de Paris, et même dans les huit lieues aux environs de la ville; la vente et le commerce des vins amenés par terre; la vente et le débit des huîtres; l’emploi des bois de merrain et de charronnage; l’inspection sur les charrons, les teinturiers et dégraisseurs; les porteurs d’eau; les cérémonies publiques; les recommandaresses et nourrices de la ville et des faubourgs; les fabricants de baïonnettes à ressort; l’inspection et la juridiction à l’occasion des bâtiments menaçant ruine; la connaissance du port d’armes, du racolage et des engagements forcés; des contestations pour la vente des bestiaux dans les marchés de Sceaux et de Poissy; des difficultés publiques entre particuliers, d’où résulte un emprisonnement de peu de durée, et de tout ce qui concerne les femmes et les filles débauchées.

Les appellations de ses sentences se relevaient au parlement, et s’exécutaient provisoirement, nonobstant opposition ou appellation.

«Le procureur du roi du Chàtelet a une chambre particulière, où il connaît de tout ce qui concerne les corps des marchands, arts et métiers, maîtrises, réception des maîtres et jurandes; il donne ses jugements, qu’il qualifie d’avis, parce qu’ils ne sont exécutoires qu’après avoir été confirmés par sentence du lieutenant général de police, qui a le pouvoir de confirmer; mais s’il y a appel d’un avis, il faut relever l’appel au parlement.

» Le lieutenant général de police est commissaire du roi pour la capitation et autres impositions des corps d’arts et métiers, et il fait, en cette partie, comme dans bien d’autres, les fonctions d’intendant pour la ville de Paris.

» Le roi commet aussi souvent le lieutenant général de police pour d’autres affaires qui ne sont pas de sa compétence ordinaire; de ces sortes d’affaires, les unes lui sont renvoyées pour les juger souverainement et en dernier ressort, et à la Bastille, avec d’autres juges commis; d’autres, pour les juger au Châtelet avec le présidial. Quelques-unes, mais en très-petit nombre, sont jugées par lui seul en dernier ressort et la plus grande partie est à la charge de l’appel au conseil.

» Les fonctions des lieutenants généraux de police établis dans les différentes villes du royaume sont à peu près les mêmes, mais cependant d’une manière moins étendue que celles du lieutenant général de police de Paris. Elles ont été réglées, ainsi que leurs droits, par un édit de 1699.

» Une déclaration du 22 décembre 1699 fixe à vingt-cinq ans l’âge auquel on peut posséder un office de lieutenant général.»

Indépendamment de tout ce que je viens de faire connaître des fonctions du lieutenant général de police de Paris, ce magistrat était encore chargé, 1° de faire exécuter, dans Paris, tous les ordres du roi; 2° d’inspecter les militaires qui passaient ou qui séjournaient dans la capitale; 3° d’interroger les prisonniers d’État détenus dans les châteaux royaux; 4° de faire arrêter tous les hommes dangereux ou suspects: il faisait ouvrir les maisons des particuliers, et y faisait faire les recherches et les perquisitions qu’il jugeait utiles; 5° de faire enfermer les mauvais sujets qui pouvaient déshonorer les familles; 6° de la visite chez les libraires; 7° enfin, de la censure des pièces de théâtre.

Les lieutenants de police avaient les noms des malveillants et des vagabonds de toute espèce, leur classification, leur esprit, leurs signes et leur langage. Ils étaient conseillers-juges du Châtelet; ils tenaient des audiences publiques de police.

Ils n’avaient que quarante-deux employés dans leurs bureaux, y compris ceux du bureau des nourrices; quarante-huit inspecteurs de police, ayant le titre de conseillers, étaient répartis dans quarante-huit quartiers de Paris.

Les commissaires de police enquêteurs-examinateurs, appositeurs de scellés, assermentés au Châtelet, coopéraient à la tranquillité publique.

Soixante observateurs dans Paris étaient aux gages de la police: à la vérité, le parquet des gens du roi et la maréchaussée veillaient aussi à la sûreté générale. Quatre cent mille francs suffisaient pour les dépenses ordinaires et extraordinaires du royaume.

Les lieutenants de police avaient encore dans Paris, à leur disposition immédiate, une force armée, dont ils ne choisissaient ni les chefs, ni les officiers; elle consistait: 1° dans la garde de Paris, soldée par le roi, composée d’une compagnie de cavalerie de cent onze maîtres, et d’une compagnie d’infanterie de huit cent soixante-seize hommes, sous le commandement d'un brigadier des armées du roi, 2° dans la compagnie du guet de Paris, formée de soixante-onze archers à pied, aux ordres du même brigadier .

Les dépenses de la police prirent de L’importance, notamment sous les ministères de MM. de Sartines et Lenoir. Voici un état authentique des dépenses de la police la veille de la Révolution. Cet état est tiré du compte général des revenus et dépenses fixes du royaume au 1er mai 1789, remis, par M. Necker, au comité des finances de l'assemblée nationale, par ordre du roi.

POLICE.

DÉPENSES ANNUELLES.

GAGES ET APPOINTEMENTS DE DIVERSES PERSONNES ATTACHEES AU SERVICE DE LA POLICE.

TRAITEMENTS DES COMMISSAIRES DU CHATELET.

ILLUMINATION DE PARIS ET DE LA ROUTE DE VERSAILLES.

L'illumination ordinaire des rues de Pans peut être évaluée, d'après l'augmentation de la ville, à 356,000

NETTOIEMENT DE PARIS.

DÉPENSES DU RÉGIMENT DE PARIS.

DÉPENSES DIVERSES.

Le premier lieutenant général de police fut La Reynie. Il apporta un zèle louable dans l'exercice de ses fonctions pour la réforme et l'amélioration de la police parisienne. C'est à ses soins que Paris fut redevable de l'établissement du guet, de la défense aux gens de livrée de porter des épées et des cannes, de l'établissement des lanternes, de l'enlèvement des immondices qui encombraient les rues, et d'une grande partie des règlements de police qui s'observaient encore à l'époque de la Révolution, et qui ont, pour ainsi dire, servi de base à ceux de l'administration actuelle, d'une organisation régulière de l'espionnage, de la purification de la Cour des Miracles, de la diminution du nombre des malfaiteurs qui faisaient de Paris le bois le plus funeste.

Avant La Reynie, les bourgeois ne sortaient de nuit qu’avec une lanterne à la main, ou précédés de l’apprenti ou de la servante qui portaient la lanterne; les magistrats et les seigneurs faisant marcher devant eux des valets de pieds ou hommes à cheval qui tenaient au poing des flambeaux de résine mêlée de cire.

L’établissement fixe des lanternes fut une des premières opérations de La Reynie. On en plaça d’abord une à chaque extrémité des rues, et une autre au milieu, excepté dans les rues d’une grande longueur. Les lanternes n’étaient garnies que de chandelles.

Cependant, La Reynie fut loin de mettre fin aux désordres dont Paris était le théâtre. Les vols se multipliaient. Dangeau écrit, à la date du 11 août 1696: «On commence à voler beaucoup dans Paris; on a été obligé de doubler le guet à pied et à cheval.»

Lorsque La Reynie fut nommé lieutenant de police, il circulait des bruits d’empoisonnements nombreux. Des crimes de cette nature avaient en effet été constatés et le gouvernement établit une Chambre de justice ou Chambre ardente de l’Arsenal, ainsi appelée, parce qu’elle se réunissait dans ce lieu et qu’elle condamnait les coupables au supplice du feu; elle avait mission spéciale de rechercher et de juger les empoisonneurs et leurs complices. Voltaire, dans le Siècle de Louis XIV, a parlé de cette chambre et des criminels qu’elle condamna. Tout le monde connaît les horribles drames dont furent les héroïnes la Voisin et la Brinvilliers .

La Reynie fut choisi par le roi pour être président, procureur-général et rapporteur de ce terrible tribunal. On doit remarquer qu’à cette occasion, il montra pour la cour de ces complaisances «dont il est bien difficile à un homme, même honnête, de se garantir entièrement dans certaines places.»

On impliqua très-injustement dans cette affaire des personnes qui étaient dans la disgrace du roi; on mêla je ne sais quelles accusations de magie aux accusations de poison, et La Reynie parut accueillir également les unes et les autres. En interrogeant la duchesse de Bouillon, qu’on avait très-mal à propos inquiétée au sujet de ces inculpations de maléfices et de magie, et qui n’était tout au plus coupable que de quelques indiscrétions, il lui demanda sérieusement si, dans ses entretiens avec des sorcières, elle avait vu le diable. La duchesse de Bouillon lui répondit: «Je le vois dans ce moment, la vision est fort laide; il est dégiusé en conseiller-d’état.»

Mais, si la recherche des empoisonneurs occupa vivement la police, une plus pénible fonction fut la poursuite de tous les religionnaires . C’était en l’an 1683, l’édit de Nantes venait d’être révoqué. Cette mesure, aussi barbare qu’impolitique, avait bouleversé le royaume. La loi, qui atteignait tant d’honnêtes gens dans la liberté de leur conscience, avait donné au lieutenant de police la charge de les surveiller; c’est lui qui avait été institué le ministre spécial des persécutions. Il avait ordre d’empêcher les réunions des protestants, leurs prêches, de placer un espion dans chaque famille, de faire garder, par un soldat, la porte de chaque maison, en un mot, d’être encore plus le bourreau que le juge de ceux qu’on lui livrait. La Reynie, homme de hautes mains, et d’inflexible caractère, exécuta ces ordres avec une déplorable ponctualité. La Bastille reçut en peu de temps de nombreuses victimes qui avaient en vain cherché à fuir une cruelle persécution et protestaient contre le manque de foi à une loi jurée.

Après avoir exercé sa charge jusqu’en 1697, c’est-à-dire pendant trente années, M. de La Reynie la quitta pour se renfermer dans les affaires du conseil-d’état, dont il était devenu membre. Il mourut à Paris vers le mois de juin 1709, dans sa maison de la rue du Bouloi.

A la Reynie succéda d’Argenson. Marc-René-George de Paulmy, marquis d’Argenson fut un des lieutenants de police dont on a dit le plus de bien et le plus de mal; peut-être méritait-il l’un et l’autre.

Quand il arriva en place, les persécutions qui avaient suivi la révocation de l’édit de Nautes continuaient. Paris était alors comme sont toutes les capitales dans les temps de persécution, le lieu où les opprimés cherchent un refuge. Le fameux jésuite Letellier qui confessait et gouvernait le Roi exigea que les édits contre les religionnaires fussent rigoureusement exécutés, qu’on recherchât dans Paris les protestants, qu’on les arrêtât et qu’on les expulsât du royaume. La conduite du marquis d’Argenson dans cette circonstance est digne d’éloges et devrait à jamais servir de modèle aux magistrats chargés par leurs fonctions de servir les erreurs ou les crimes du pouvoir. Il fit valoir tout ce que sa place lui donnait de crédit pour empêcher qu’on n'établît à Paris le système d’intolérance suivi dans les provinces. Le mémoire qu’il présenta au conseil à ce sujet contient des vues et des principes si sages en matière d’administration et de police, que je me ferai un devoir d’en extraire le passage suivant:

«L’inquisition qu’on voudrait établir dans Paris contre ceux des protestants dont la conversion est dou teuse aurait de très graves inconvénients. Elle les forcerait d’acheter des certificats, ou à prix d’argent ou par le sacrilége. Elle éloignerait de cette ville ceux qui sont nés sujets de princes neutres, indisposerait de plus en plus les protestants ennemis, brouillerait les familles, exciterait les parents à se rendre dénonciateurs les uns des autres, et causerait une guerre intestine, peut-être générale dans la capitale du royaume qui doit être considérée comme la patrie commune.»

Si M. d’Argenson n'obtint pas ce qu’il demandait dans son Mémoire, au moins mit-il Paris pour un temps à l’abri des mesures d’inquisition qu’on voulait y faire prévaloir.

Mais si, dans cette occasion, il montra cette honorable résistance aux ordres de la cour, il n'en fut pas de même dans l’affaire de Port-Royal. D’Argenson aimait les jésuites ou les ménageait parce qu’ils étaient tout-puissants; les jansénistes lui déplaisaient par une raison contraire , les religieuses de cette maison s’étaient refusées à souscrire à un formulaire dicté par les jésuites et que les jansénistes regardaient comme contraire à la foi et aux croyances de l’Église. Il devait peu importer au gouvernement que ces pieuses filles reconnussent la doctrine de Jansénius ou celle de Molina; mais la haine religieuse est inexorable; la ruine de Port-Royal fut décidée. Après de longues intrigues un arrêt du conseil du 27 octobre 1709 ordonna la destruction du monastère et l’expulsion des religieuses; le marqais d’Argenson fut chargé de l’exécution de cette mesure. Ce magistrat se rendit à Port-Royal avec des hommes armés, des ouvriers, des agents de police et tout l’attirait de la force brutale et du despotisme. Il n’eut pas honte de présider à cette odieuse exécution, et l’histoire a conservé le souvenir du zèle peu honorable déployé dans cette occasion parce magistrat, qui se piquait de n’obéir qu’à la justice, mais alors il n’y avait pour les courtisans de justice que la volonté du prince ou celle qu’on lui supposait.

D’Argenson avait un grand courage dans les difficultés; il était d’une expédition prompte, d’un travail infatigable, mais travaillant à bâtons rompus et le plus imponctuel de tous les hommes, selon son propre fils, désintéressé , ferme, mais dur, sec et despotique. Il eut trop d’espions pour la police, il fit arrêter arbitrairement trop de citoyens. Complaisant des jésuites, persécuteur des jansénites, parce que c’était le mot d’ordre de la cour, il ne haïssait les uns ni les autres, et flattait le parti le plus accrédité, dans l’intérêt de son ambition.

«Je suis obligé de convenir, dit le marquis d’Argenson son fils, que ses mœurs secrètes n’étaient pas parfaitement pures, et je l’ai vu de trop près pour croire qu’il ait été dévot. Mais il faisait respecter la décence et la religion, et il donnait l’exemple en même temps qu’il en prescrivait la loi.»

On va voir en quoi consistait cet exemple et comment il le donnait. Voici ce que les mémoires du temps nous ont transmis à cet égard: ce sont choses trop rares et trop curieuses pour n’être pas conservées et pour qu’on ne s’y arrête pas.

«M. d’Argenson était un grand homme, très-brun et si noir de visage que lorsqu’il prenait le ton de magistrat, il vous glaçait de terreur; fier, dur, inabordable en publie, il était en particulier l’homme le plus doux et le plus aimable. Il aimait beaucoup la table; mais son plus grand bonheur était de vivre dans le plus complet libertinage; et, comme les filles de joie étaient sous son autorité, ce qui a toujours procuré aux chefs de police une extrême facilité de se livrer à un tel penchant, d’Argenson se faisait choisir pour ses amusements secrets, les plus jolies de ces filles, mais il ne bornait pas ses amours à ces seuls passe-temps.

«Un goût particulier lui faisait rechercher les religieuses; et l’abbaye du Trainel, si l’on en croit les mémoires de Richelieu, fut pendant quelque temps le centre de ses délassements. Il faut se défier un peu des détails satiriques qu’on trouve, à cet égard, dans les mémoires cités: le maréchal de Richelieu attribuait sa dernière détention à la Bastille à ce ministre, et il en avait conservé un vif ressentiment.

D’Argenson avait placé, dans ce couvent du Trainel, situé rue de Charonne, une de ses maîtresses nommée. Husson, qui y fut d’abord trèsconsidérée, parce qu’elle obtint de ce magistrat une loterie, dont les produits devaient servir aux frais des diverses constructions entreprises dans le couvent, et des toiles peintes ou indiennes confisquées qui servaient à l’ameublement de la supérieure. Celle-ci, qui était jeune et fraîche, séduisit par son embonpoint et par ses grâces le damné lieutenant, et supplanta la demoiselle Husson. Elle parvint à le fixer, non pas précisément auprès d’elle, mais dans son couvent. D’Argenson, qui n’avait jamais été fidèle, le devint à une communauté de religieuses. Véritable sultan, le lieutenant de police avait fait un sérail du couvent de Sainte-Madeleine-du-Trainel, grâce aux soins de la supérieure.

«Les preuves d’amour de cette supérieure, disent les mêmes mémoires, furent d’un genre distingué ; elle commença par faire bâtir, dans l’église de la Madeleine, une chapelle dédiée à saint Marc (saint René), patron de M. d’Argenson; ensuite on y construisit une espèce de tombeau, où devait être déposé, après sa mort, un cœur qui, pendant sa vie, avait si fort chéri le couvent. On peut dire qu’il s’y enterra de son vivant; car, en 1718, ayant été fait garde des sceaux et chef des finances, on vit ce grave magistrat, qui réunissait les fonctions les plus augustes de la magistrature, puisque alors le chancelier était exilé, se retirer tous les soirs dans le couvent, où il s’était fait bâtir un appartement qui communiquait à celui de sa favorite, qui ne lui plaisait plus alors exclusivement, à cause de plusieurs autres que la complaisante supérieure lui procurait pour le délasser de ses travaux. En arrivant, il se couchait. Alors la supérieure et ses compagnes frottaient, avec de l’eau-de vie les pieds de monseigneur le gardedes-sceaux, et les lui grattaient, ce qui était infiniment du goût de monseigneur d’Argenson. Ensuite les houris qui environnaient son lit, lisaient les placets dont ses poches étaient pleines. C’était alors que les affaires auxquelles s’intéressait la supérieure s’expédiaient selon ses désirs; c’était à elle aussi que l’on s’adressait; et en vérité, elle vendait les grâces à juste prix. Lorsque les affaires étaient expédiées, on ne songeait plus qu’aux plaisirs. On soupait auprès du lit de monseigneur. La table et les propos galants lui inspiraient quelques légers désirs qu’on s’empressait de satisfaire. Comme il était obligé de se lever matin, à onze heures son sérail le quittait. Toutes l’embrassaient, et celle qu’il avait désignée pour être la dernière, trouvait toujours quelque raison pour laisser partir ses compagnes et retarder sa rentrée dans les dortoirs. Le bonsoir, qu’il lui donnait était tendre et expressif......

D’Argenson jouissait seul d’un privilége qui était fort utile à ses amoureux projets: il avait le droit d’entrer à toute heure dans les couvents, comme lieutenant de police, étant inspecteur né de leur temporel.

Les couvents se servaient alors du moyen des loteries pour réparer ou bâtir leurs églises, améliorer leur situation; et la permission d’établir ces loteries était de la dépendance du lieutenant de police. Une grande partie des couvents s’adressèrent à lui à cet effet. Il faisait ainsi du bien aux religieuses qui avaient pour lui des complaisances.

C’est par ce moyen qu’il avait établi le théâtre de ses lubricités dans ces maisons religieuses. On peut juger, par ces dégoûtants exemples, de la corruption qui régnait alors .

D’Argenson était l’objet d’une haine générale; il était haï même par le peuple. Barbier cite plusieurs traits de cette haine dans son Journal.

Quand on eut ôté les sceaux à M. d’Argenson, il s’en alla d’abord quelque temps chez les Jésuites de la rue Saint-Antoine, et ensuite à la Madeleine de Trainel, couvent situé faubourg Saint-Honoré. On fit une affiche:

«Il a été perdu un grand chien noir avec un collier rouge et les oreilles plates. Ceux qui le trouveront, s’adresseront à l’abbesse de Trainel, et on les récompensera. »

M. d’Argenson était grand et noir. Il était chevalier de l’ordre de Saint-Louis, et il avait le grand cordon rouge et les oreilles plates, à cause de l’événement.

Il mourut le 8 mai 1721, âgé de soixante-dix ans; le 10 mai, on porta son corps à Saint-Nicolas-du-Chardonneret, où il avait sa sépulture, à dix heures du matin, avec un cortège convenable à sa dignité ; le peuple accompagnait la pompe en maudissant le défunt; les femmes se jetaient sur les chevaux. «Ah! voilà le fripon! disaient-elles, le chien qui nous a fait tant de mal!»

Nous lisons dans le même Journal de Barbier, à la date de juin 1721:

«On a fait une estampe contre M. d’Argenson qu’on appelle: L’ombre inique, qui fait son entrée aux enfers. Elle est triste pour la mémoire de ce grand magistrat.»

M. de Machaud, qui fut lieutenant de police depuis le 28 janvier 1718 jusqu’en janvier 1720, eut une administration paisible. A sa sortie de la lieutenance de police, il alla prendre la place importante de premier président du grand conseil, qu’il remplit avec autant de sagacité que de vertu. Il mourut en 1750, âgé de quatre-vingt-cinq ans, étant né en 1665. Il laissa la réputation d’un homme intègre.

Le comte d’Argenson, le second fils du marquis d’Argenson, fut nommé lieutenant de police à la retraite de M. de Machaud. Il rendit plusieurs ordonnances qui contribuèrent efficacement à l’amélioration de Paris et à la liberté de la voie publique; des intrigues de cour décidèrent sa retraite. Il quitta la lieutenance de police que M. Taschereau de Baudry fut appelé à occuper. Comme c’était à regret que le régent éloignait d’Argenson et qu’il conserva le désir de le rappeler, on choisit pour lui succéder un homme qui n’intriguât pas et que l’on pût renvoyer sans obstacle, lorsque l’on voudrait rappeler son prédécesseur. On doit à M. Taschereau plusieurs ordonnances utiles, entre autres celle du 24 octobre 1720, pour la sûreté des habitants de Paris. Ce fut sous sa magistrature que parut cette ordonnance du roi, ou plutôt du duc d’Orléans, régent (29 octobre 1720), sur les passeports à l’étranger. Elle défend de sortir du royaume sans permission, sous peine de mort. Le duc d’Orléans, comme on voit, était peu ménager du sang des Français. On accusait les actionnaires de la fameuse Compagnie des Indes, créée par Law, de sortir de France et de porter à l’étranger leur or et leurs richesses. Tel fut le prétexte de cette infâme et tyrannique ordonnance.

Si l’on excepte la surveillance et l’exécution rigoureuse des règlements contre les écrits défendus, Taschereau de Baudry prit peu de part aux affaires de l’État Il quitta sans regret la place de lieutenant de police, que reprit M. d’Argenson en 1722 .

Les institutions militaires occupèrent d’Argenson. On lui devait déjà la formation du corps des Grenadiers de France; il créa une école militaire, et régla l’institution d’une noblesse militaire, acquise de droit à tous ceux qui parviendraient au grade d’officiers-généraux. Il fit replanter, pour les invalides, la promenade élevée devant leur hôtel, et lui donna le nom de Champs-Elysées.

Dès 1749, il avait réuni au département de la guerre celui de Paris, ce qui lui donnait la direction des académies , et la surveillance de l’imprimerie royale, des théâtres, de la bibliothèque du roi et des haras.

On lui dut la décoration de la place Louis XVI, la rue Royale et l’organisation régulière du guet.

Les intrigues de madame de Pompadour l’obligèrent à quitter la cour, en février 1757, malgré le goût et l’amitié que Louis XV avait pour lui; il se re-. tira à sa terre des Ormes, sans être vivement regretté, à cause de son opposition constante aux tentatives du parlement.

«La guerre était l’élément du comte d’Argenson..» Sa disgrâce fut trèssensible aux gens de lettres, dont il s’était montré constamment l’appui... En 1751, Diderot et d’Alembert lui dédièrent l’Encyclopédie ... Le P Hénault, très-avancé en âge, venait fréquemment partager sa solitude. Voltaire y passa quelques jours, et Marmontel a laissé une relation circonstanciée de la visite qu’il y fit.

Son exil avança le ferme de sa carrière; et quand il revint à Paris après la mort de madame de Pompadour, en 1764, ses yeux étaient éteints, et les souffrances cruelles de la goutte tourmentaient tous ses instants. Il mourut le 22 août, laissant deux fils d’Anne Larcher, sa femme .

La magistrature de M. d’Ombreval, qui ne dura que dix-huit mois, fut presque en entier occupée des pénibles soins imposés à la police par la déclaration du 14 mai 1724, concernant la religion catholique. C’était un véritable code d’intolérance et de persécution. Elle suscita une foule d’ennemis au gouvernement, et ne contribua pas peu au triomphe de la philosophie par la haine qu’inspirèrent les rigueurs ordonnées au nom de l’Église.

Un autre événement important qui signala le passage à la lieutenance de police de M. d’Ombreval, fut une disette qui excita une vive agitation et des soulèvements dans le peuple. Le récit de ces troubles, que nous trouvons dans Barbier, éclaira en même temps d’une vive lumière les manœuvres sur les grains, auxquelles ne se faisaient nul scrupule de prendre part les personnages importants du gouvernement sous l’ancien régime. On sait que ce fut une cause semblable qui provoqua les premiers mouvements révolutionnaires, qui furent la préface de la prise de la Bastille.

Juillet 1723.

«Malgré toutes les espérances d’une belle année et les miracles de sainte Geneviève, le pain a augmenté considérablement à Paris, où il vaut encore quatre sols la livre, et il a valu six sols dans les provinces. Cela a fait des séditions dans plusieurs endroits. A Caen, il y a eu grand tapage. M. Richer d’Aube, maître des requêtes et intendant, a pensé être assommé par la populace; il a été obligé de se sauver dans la citadelle. Il s’est même démis le bras dans la bagarre, et le peuple a traîné ses carrosses jusque dans la rivière. Il y en a eu de même à Rouen et à Bennes. On dit que celle cherté vient de la Cour, qu’on a fait enlever les blés pour en faire des magasins, qu’on a empêché d’en amener dans les marchés pour vendre de mauvais blés qu’on avait. Le peuple est frappé de ces sortes de faits. Pour moi, je ne sais ce qui en est, sinon qu’avec un peu d’ordre on devrait manger le pain à moitié moins dans un pays aussi abondant que celui-ci.

«Enfin, la bagarre a été sérieuse à Paris, samedi dernier, 14 de ce mois de juillet, dans le faubourg Saint-Antoine, très-rempli de peuple. Un boulanger voulut vendre, à ce qu’on dit, un pain trente-quatre sols, qu’il avait donné le malin à trente. La femme à qui cette aventure arriva fit du bruit, appela voisins et voisines; le peuple s’assembla en fureur contre les boulangers en général; et, étant au nombre de dix-huit cents, ils pillèrent toutes les maisons de boulangers, depuis le bas jusqu’en haut, jetèrent pâte et farines dans le ruisseau. Quelques-uns périrent; de là l’occasion de voler argent et argenterie. La garde qui est de jour dans les barrières vint, mais elle fut repoussée à coups de pierre; elle eut la présence d’esprit de fermer les trois portes Saint-Antoine. On fit venir du guet à cheval, qui entra et fonça sur la populace, l’épée à la main; on tira trois coups de feu qui les dispersèrent. On dit que leur dessein était de venir piller la maison des Paris , qui est dans la rue Saint-Antoine, mais il arriva un grand malheur; un mousquetaire noir avec deux officiers étaient en chemin pour venir à la ville, le mousquetaire eut un coup de feu à la tête qui le tua sur-le-champ. C’était un jeune homme de condition, de quatorze à quinze mille livres de rente. On le porta à l’hôtel, les officiers furent obligés de contenir le feu des mousquetaires, qui voulaient sortir et tomber sur le guet; mais cela ne pouvait être regardé comme un coup fait-exprès.

» On a pris huit personnes des séditieux, et aujourd’ hui, mardi 17, on en pend deux dans la grande rue du faubourg Saint-Antoine. On a commandé pour cet effet le régiment des gardes qui, dès midi, s’est emparé de toutes les rues de traverse dans la rue Saint-Antoine, pour empêcher la populace d’assister en foule à cette exécution. Il est certain que cela contiendra le peuple du faubourg, mais il est à craindre que quelque nuit ils ne se vengent; cependant on ne saurait trop marquer de sévérité et de fermeté pour empêcher de pareilles séditions.»

Cet état de choses continua plusieurs semaines encore.

Août 1725.

«Le roi est parti le 21 de ce mois pour aller à Fontainebleau passer les vacances, où il y aura de grandes et magnifiques fêtes. Mais pendant que le Roi et M. le duc, son premier ministre, s’éloignent de Paris et se préparent à des plaisirs, le peuple est dans les gémissements, car le pain est à sept et huit sols la livre, encore en a-t-on avec grand peine; et cela se fait par un manège qu’il y a sur le pain, car on défend aux fermiers d’amener du blé aux marchés. On ne délivre aux boulangers qu’une certaine quantité de farines. On a prescrit la manière de faire le pain: on ne mange plus de petit pain ni de pain mollet à Paris. Il est vrai que la saison est effroyable; il pleut continuellement. Cependant la récolte sera abondante, et il y a bien des endroits où les blés ont été serrés secs. Il y a bien des endroits où le pain est à deux sols, et si la liberté était à l’ordinaire, il ne serait pas cher comme il est; et il paraît si bien qu’il y a des souterrains, que le pain manque chez les boulangers; on n’en trouve pas, ce qui n’arrive pas quand les choses vont naturellement. Aussi la fureur est au pain, chacun en veut prendre plus qu’il ne lui en faut, et il y a dans les marchés des soldats aux gardes. On a pris même des précautions contre la sédition; les mousquetaires qui devaient tous partir pour les environs de Fontainebleau sont restés à Paris. On a trouvé le matin plusieurs placards, entre autres un imprimé dans la cour du Palais, qui contenait des choses horribles contre le gouvernement et contre le duc. Pour M. d’Ombreval, lieutenant général de police, il ne s’acquerra pas bonne renommée de cette affaire-ci, car le mal est double; outre que le pain est excessivement cher, c’est que personne n’a d’argent, le Roi n’en distribue point; et par conséquent, point de confiance, point de circulation; les ouvriers ne font rien. Depuis très-peu de temps nous essayons en vain, le joyeux avènement, et la ceinture de la Reine , le cinquantième des biens en nature et une cherté extraordinaire sur la pain. C’en est trop à la fois pour ne pas crier.»

Sur ces entrefaites survint la révocation de M d’Ombreval. Écoutons encore Barbier.

Août 1725,

«M. d’Ombreval, lieutenant de police, a été révoqué samedi 23. Il est peut-être vrai qu’il ait dit bien des impertinences dans les marchés, comme: que le pain viendrait à dix sols; qu’il n’y avait qu’à donner des choux aux enfants de ceux.qui n’avaient pas de quoi avoir du pain, et autres sottises semblables. Mais on dit que c’est lui seul qui avait fait le manége du pain; qui défendait aux fermiers d’apporter des blés, afin de faire vendre cher du blé que Samuel Bernard et les Paris avaient en magasin; que le gain se partageait entre madame de Prie, lui et quelques autres, et que M. le duc n’en savait rien. Voilà ce que je ne crois pas; c’est bon à faire accroire au peuple. Un lieutenant de police ne pourrait pas faire ce manége-là huit jours, s’il n’était soutenu du ministre. Ils ont voulu faire de l’argent, et après l’avoir fait, ils sacrifient politiquement le lieutenant de police pour faire tomber sur lui l’iniquité. .»

Son mariage étant conclu avec sa seconde femme, mademoiselle Moreau de Séchelles, fille du contrôleur général des finances de ce nom , quelques affaires principales absorbèrent presque exclusivement ensuite la vie de ce magistrat. Les plus importantes furent: le bien-être des jésuites, parmi lesquels il avait un frère; la punition des jansénistes; la poursuite des auteurs des Nouvelles ecclésiastiques; l’enlèvement des convulsionnaires, et la persécution des enfants de la veuve.

A cette époque de notre histoire, où de grands miracles s’opéraient par l’intercession du bienheureux Paris, des réunions de fanatiques nommés convulsionnaires, avaient lieu secrètement dans différents endroits de la capitale et de ses environs.

Ces fous, ou plutôt ces folles, car on n’y voyait pour ainsi dire que des femmes, se faisaient fouler aux pieds, battre à coups de bûche, fouetter, écarteler, crucifier, tout cela par esprit de secte.

Il est à remarquer que ces sottises ne devinrent véritablement scandaleuses que parce que les catholiques romains, et particulièrement les jésuites, y attachèrent de l’importance; que le gouvernement y prêta trop d’attention; que la police, au lieu de s’emparer de leurs auteurs pour les diriger, les punit, les persécuta: des chansons pouvaient en faire justice et les accabler sous le poids du ridicule.

Hérault, agent formidable de messieurs de Jésus, homme sévère et violent, prétendit détruire la secte, et tomba dans des excès coupables.

«Ses perquisitions portaient la terreur dans toutes les familles; ses nombreux espions pénétraient, même pendant la nuit, dans l’asile des citoyens, escaladaient les murs de clôture, enfonçaient les portes, ne respectaient ni âge ni sexe, pour découvrir, emprisonner, exposer au carcan, exiler, ruiner les fauteurs des convulsions; voici quelques exemples:

» Marie-Jeanne Lefèvre, sujette à l’épilepsie, eut le malheur d’éprouver un accès en pleine rue; considérée comme une convulsionnaire, elle fut, en 1732, arrêtée par la police, et renfermée à la Bastille .

» Claude Larche n’avait pas plus de quatorze ans, lorsque, accusé d’avoir contribué à l’impression d’un ouvrage contre la Bulle, et sur l’affaire du pot-an-lait, il fut arrêté, emprisonné à la Bastille, exposé au carcan, et banni pendant trois ans .

» Une petite fille, âgée de sept à huit ans, appelée Saint-Père, fut, pour un sujet pareil, mise à la Bastille, où elle resta près d’un an prisonnière .

» Plus la police était rigoureuse et active contre les convulsionnaires, plus ceux-ci, pour éviter ses coups, redoublaient de précautions, de subtilité. Ce parti avait ses assemblées mystérieuses, ses auteurs, poètes ou prosateurs, ses graveurs, ses imprimeurs, ses colporteurs, etc., que la police découvrait quelquefois, mais qui échappaient le plus souvent à son inquiète surveillance.

Il se tenait des assemblées clandestines à Paris et dans ses environs. Dès les premiers jours des convulsions, le château de Vernouillet, près de Poissy, était un lieu d’assemblée pour ces sectaires, où présidait l’abbé Blondel, dit frère Laurent. Cet abbé... fut, en 1728, enfermé à la Bastille.