Mandrin - L'intégrale - Arthur Bernède - E-Book

Mandrin - L'intégrale E-Book

Arthur Bernède

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Beschreibung

Dans "Mandrin - L'intégrale", Arthur Bernède propose une relecture romanesque des aventures du célèbre hors-la-loi français, Louis Mandrin, personnage emblématique du XVIIIe siècle. Le récit se déploie avec un style riche et évocateur, mêlant réalisme et éléments folkloriques, le tout ancré dans la tradition littéraire du roman populaire français. Bernède réussit à capturer l'esprit de son époque en offrant une fresque divertissante, à la fois dramatique et romantique, qui met en lumière les luttes sociales et économiques de la France pré-révolutionnaire. L'auteur utilise une narration dynamique, alternant dialogues vivants et descriptions picturales, pour transporter le lecteur au cœur des montagnes et des forêts de la région où Mandrin s'est illustré. Arthur Bernède, né en 1885, était passionné par les récits légendaires et les figures historiques préservées par le folklore. Influencé par son vécu dans un siècle en pleine mutation, il s'est emparé de personnages populaires pour en faire des symboles de liberté et de révolte. Son amour pour la culture française et sa connaissance des récits épiques de son pays l'ont conduit à redonner vie à des personnages tels que Mandrin, écho d'une époque où la contestation sociale faisait rage et où se dessinaient les contours d'une France moderne. Je recommande vivement "Mandrin - L'intégrale" à tous les amateurs d'histoire et de littérature. Ce roman offre non seulement un divertissement captivant, mais également une réflexion sur les inégalités sociales et les luttes pour la justice qui résonnent encore aujourd'hui. L'œuvre de Bernède incarne l'essence de l'héroïsme populaire et constitue une lecture enrichissante pour quiconque s'intéresse à l'évolution de la société française à travers la littérature. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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Arthur Bernède

Mandrin - L'intégrale

Édition enrichie.
Introduction, études et commentaires par Jules Laurent
EAN 8596547716136
Édité et publié par DigiCat, 2023

Table des matières

Introduction
Synopsis
Contexte historique
Mandrin - L'intégrale
Analyse
Réflexion
Citations mémorables
Notes

Introduction

Table des matières

Entre la justice des hommes et la loi du roi, entre la faim des routes et le faste des palais, se joue le destin d’un nom qui devient défi, Mandrin, figure où s’affrontent la révolte populaire, l’âpreté du pouvoir et le vertige des légendes naissantes. Dans les plaines et les montagnes d’une France encore cadenassée par l’Ancien Régime, où le passage des convois et la rumeur des auberges tissent la toile d’un monde inégal, l’apparition d’un chef hors norme déplace les lignes de l’obéissance, interroge la peur, et promet l’aventure autant que le trouble moral.

Mandrin - L’intégrale d’Arthur Bernède relève du roman historique et d’aventures, et situe son intrigue dans la France du XVIIIe siècle, au cœur d’un paysage social tendu et d’un pouvoir centralisé. Publié dans la première moitié du XXe siècle par un auteur majeur du roman populaire français, l’ouvrage puise dans la mémoire d’un personnage devenu emblème pour modeler une fresque accessible et nerveuse. Sans érudition pesante, Bernède propose un cadre vivant et lisible, travaillé par les contrastes de l’époque, et met en place les codes d’un récit ample qui conjugue poursuites, conspirations locales et portraits d’une communauté en mouvement.

Sans dévoiler les ressorts majeurs, on peut dire que le livre suit la trajectoire d’un meneur né, dont l’audace attire, fédère et inquiète, et que sa route croise celle d’alliés imprévus autant que d’adversaires déterminés. La narration entreprend d’explorer la logique d’un groupe en cavale, les tactiques d’évitement, les serments d’amitié, ainsi que la manière dont une rumeur devient bannière. Le lecteur est pris dans une alternance maîtrisée d’embuscades, de replis et d’accalmies, avec, toujours, l’idée que le territoire lui-même devient un personnage, fait de carrefours, de clairières, de relais et de seuils où se noue le destin.

Bernède adopte une voix claire et volontiers visuelle, qui privilégie l’action et le mouvement sans négliger la peinture d’ambiances. Le style conjugue chapitres resserrés, scènes vivement découpées et descriptions précises, avec un sens du rythme qui relance constamment l’intérêt. L’auteur maîtrise les codes du suspense populaire, ménage des attentes, et laisse affleurer une sensibilité humaniste dans le regard porté sur les personnages. La tonalité reste romanesque, généreuse en péripéties, mais attentive au détail concret, afin que l’épopée conserve un ancrage tangible. On y lit la joie du récit bien mené et l’art de la relance feuilletonesque.

Au cœur de Mandrin - L’intégrale se déploient des thèmes qui excèdent l’anecdote: la frontière délicate entre légalité et légitimité, la tentation de la justice directe, la fabrication d’un chef et la fidélité d’un groupe. La pauvreté, l’inégalité et la violence institutionnelle fournissent un arrière-plan qui n’excuse ni ne condamne sans nuance, mais complexifie les choix. La figure du héros populaire interroge la morale, la responsabilité et l’usage de la force. Les amitiés, l’honneur et la ruse fonctionnent comme des monnaies parallèles, tandis que la parole donnée, la mémoire et la réputation tracent un autre droit, officieux mais puissant.

Lu aujourd’hui, le roman parle encore par son questionnement de l’autorité, sa représentation des marges et sa manière d’exhiber la mécanique des récits héroïques. Il met en scène la circulation des informations, la force des rumeurs et le pouvoir des images collectives, autant d’éléments familiers à une ère saturée de médias. La tension entre sécurité et liberté, entre survie et principe, trouve un écho contemporain. Cette actualité ne gomme pas la dimension historique; elle en décuple l’intérêt, en invitant à mesurer ce que les cycles d’admiration, de peur et de répression doivent aux contextes, et ce qui les dépasse.

Mandrin - L’intégrale s’adresse aux lecteurs en quête d’un grand récit d’aventures historiques servi par une plume efficace, capable d’embrasser l’ampleur épique sans perdre l’acuité humaine. On y trouve la promesse d’un voyage romanesque à la fois dépaysant et intelligible, porté par une construction solide et une énergie narrative constante. L’ouvrage compte, enfin, parce qu’il propose une réflexion incarnée sur la désobéissance et la communauté, deux questions que chaque époque reformule. Aborder ce texte, c’est rencontrer une légende réénoncée avec vigueur, sentir battre une époque, et éprouver ce que la littérature populaire sait faire de plus durable: emporter.

Synopsis

Table des matières

Mandrin - L’intégrale réunit les récits qu’Arthur Bernède consacre à Louis Mandrin, figure historique devenue héros de roman populaire. L’auteur, familier du feuilleton d’aventure, y entremêle action, filatures et chronique sociale, en situant l’intrigue dans la France de l’Ancien Régime, à l’ombre de la Ferme générale. Le cadre historique guide la fiction sans l’alourdir, au profit d’un portrait d’insoumission où la frontière entre réalité et légende demeure volontairement poreuse. À travers routes, foires et postes de douane, Bernède campe un théâtre mobile où s’affrontent contrôleurs de l’impôt et réseaux clandestins que la précarité et l’arbitraire fiscal contribuent à nourrir.

Le récit s’ouvre sur une province accablée par les taxes et les monopoles, où les contrôles, saisies et humiliations attisent la défiance. Dans ce contexte, Mandrin émerge comme chef pragmatique et déterminé, trouvant dans la contrebande un moyen de riposte autant qu’un mode d’existence. Bernède expose sobriquement ses motivations, entre sens de la justice et calcul de survie, et montre la formation d’un groupe resserré. Les premières opérations posent les règles du jeu: prudence, mobilité, relais sûrs et information rapide. L’itinérance, habillement exploitée par la narration, instaure un rythme de course où chaque étape accroît enjeux et vulnérabilités.

À mesure que les convois se multiplient, la logistique devient un personnage à part entière. Le roman détaille chemins de traverse, caches, relais complices, et l’art d’écouler tabac, sel ou toiles selon les usages du temps. Les marchés et villages apparaissent comme des lieux d’échanges matériels et symboliques, où s’évalue la popularité ambiguë de Mandrin. Bernède insiste sur la précision des préparatifs, les rôles distribués au sein de la bande et la discipline nécessaire pour déjouer contrôles et patrouilles. Cette mécanique collective, fondée sur l’anticipation et le renseignement, fait du territoire lui-même un enjeu stratégique et un adversaire à apprivoiser.

Face à cette organisation, la réaction institutionnelle se durcit. Fermiers généraux, gabelous et troupes régulières cherchent l’étouffement du réseau par la pression économique, la surveillance et l’exemple punitif. Bernède met en scène une traque tenace, fondée sur informateurs, filatures et fausses pistes. L’affrontement n’est pas seulement physique: il oppose méthodes, temporalités et imaginaires, entre paperasse, mandements et brutalité des descentes. La tension dramatique naît de l’écart entre la lenteur administrative et la mobilité des cavaliers, tandis que se dessinent des antagonismes personnels où la rivalité, l’orgueil et le sens de l’honneur nourrissent les décisions.

Au-delà des coups de main, le roman explore la morale d’un monde de frontières incertaines. Mandrin y est présenté comme un homme de principes, attaché à la parole donnée, mais contraint à des choix risqués par le rapport de force. Les questions de loyauté, de partage et de responsabilité traversent la bande, où l’adhésion s’éprouve à l’épreuve du danger. Bernède souligne la contradiction entre légalité et justice, et la manière dont la violence fiscale peut engendrer une contre-violence codifiée. Les attachements personnels, sources de réconfort, deviennent aussi des fragilités que l’adversaire tente d’exploiter sans que l’intrigue en dévoile les issues.

La dramaturgie feuilletonesque s’appuie sur rebondissements, travestissements, messages chiffrés et retournements prudents, sans sacrifier la cohérence historique. Rumeurs, chansons et colportage forgent un récit parallèle, où Mandrin se mue en mythe vivant que chacun interprète selon ses intérêts. Bernède exploite cette propagation du récit pour interroger la fabrication d’une renommée: comment l’écho des exploits transforme-t-il les faits, renforce-t-il les solidarités ou suscite-t-il des trahisons? En alternant points de vue et lieux, l’auteur entretient une tension continue, fait monter les risques, et prépare des carrefours narratifs sans en révéler d’aboutissement définitif.

L’ensemble compose un portrait nerveux d’une France traversée par la misère, l’inégalité devant l’impôt et la centralisation du pouvoir, où la route devient scène politique. Sans conclure par une morale arrêtée, Bernède propose une réflexion sur l’autorité, la légitimité et la capacité des marges à contester l’ordre établi. Mandrin y apparaît moins comme un simple hors-la-loi que comme révélateur d’un déséquilibre systémique. La portée du livre tient à cette ambivalence: récit d’aventures précis et haletant, il éclaire durablement l’imaginaire national autour de la justice, du courage et du prix à payer pour la défiance organisée.

Contexte historique

Table des matières

Au milieu du XVIIIe siècle, la France de Louis XV fonctionne sous l’Ancien Régime, avec un pouvoir monarchique centralisé s’appuyant sur les intendants, les parlements provinciaux et une administration fiscale complexe. Le pays reste majoritairement rural, marqué par des inégalités juridictionnelles et fiscales, des barrières intérieures et une multiplicité de douanes. Les communautés paysannes subissent les prélèvements seigneuriaux, la capitation et les impôts indirects, tandis que les circuits commerciaux s’étendent le long des routes royales en plein aménagement. Dans ce cadre institutionnel et social tendu, la figure de Mandrin permet à Bernède de mettre en relief les frictions quotidiennes entre autorités royales, fiscalité et populations.

Au cœur des tensions se trouve la Ferme générale, adjudicataire des impôts indirects et du monopole du tabac depuis le XVIIe siècle. Cette compagnie privée afferme la perception des droits (gabelle du sel, aides, traites, tabac) en échange de versements fixes au Trésor, et déploie des brigades armées de commis pour contrôler entrepôts, routes et marchés. Sa dureté perçue, les saisies et fouilles, ainsi que les disparités de taxation entre provinces nourrissent une hostilité diffuse. En opposant vendeurs clandestins et employés de la Ferme, Bernède expose un conflit structurel où l’appareil fiscal de l’Ancien Régime se heurte aux besoins et solidarités locales.

Les régions alpines et préalpines — Dauphiné, Savoyardes et confins du Lyonnais — forment un théâtre privilégié du commerce de contrebande. La proximité de la Savoie, alors intégrée au royaume de Sardaigne, et des cantons suisses offre des débouchés et des refuges, tandis que les différences de tarifs et de monopoles créent des écarts de prix attractifs. Les routes royales, les cols et les rivières structurent ces circulations, que surveillent maréchaussée et brigades de la Ferme. En s’appuyant sur ces réalités géographiques et douanières, Bernède met en scène une traque où le terrain, les frontières et les réseaux déterminent stratégies et rapports de force.

La culture populaire du XVIIIe siècle relaie rapidement les faits des contrebandiers par complaintes, feuilles volantes et colportage. Des figures antérieures, tel Cartouche exécuté en 1721, ont déjà façonné un imaginaire du « bandit célèbre », mêlant audace, redistribution apparente et défi à l’autorité. Autour de Mandrin, les chansons et récits soulignent la vente publique à bas prix et la mise en échec symbolique des commis. Bernède s’inscrit dans cet héritage: il utilise les codes du roman d’aventures et la veine légendaire pour restituer la ferveur populaire, tout en conservant des repères historiques qui éclairent les enjeux sociaux et fiscaux de l’époque.

Les institutions de police et de justice encadrent étroitement cet univers. La maréchaussée, réformée au XVIIIe siècle, quadrille les campagnes; les intendants coordonnent l’action administrative; les parlements jugent en dernier ressort dans leurs ressorts, comme à Grenoble pour le Dauphiné. Les peines corporelles et les exécutions publiques, y compris la roue, servent de dissuasion. Les employés de la Ferme disposent en outre de pouvoirs de visite et de saisie assortis d’amendes lourdes. En montrant procédures, poursuites et démonstrations d’autorité, Bernède interroge l’efficacité et la légitimité d’un système répressif qui prétend maintenir l’ordre mais attise souvent l’hostilité et la compassion populaires.

Les poursuites dépassent parfois les frontières. En 1755, une opération menée par des agents français sur territoire savoyard pour s’emparer d’un chef de contrebandiers provoque une vive protestation du royaume de Sardaigne, rappelant la sensibilité des souverainetés aux confins. Cet épisode, attesté par la correspondance diplomatique, illustre la porosité des limites et les accommodements ou entorses suscités par la lutte contre la fraude. En insérant de tels enjeux internationaux dans son récit, Bernède souligne que la répression fiscale ne relève pas seulement de la police locale: elle engage diplomatie, droit des frontières et rivalités d’États, amplifiant la portée dramatique.

Le contexte intellectuel voit monter les critiques des privilèges et de l’architecture fiscale. Montesquieu interroge les équilibres des pouvoirs; l’Encyclopédie diffuse, dès 1751, un rationalisme réformateur; les physiocrates, à partir des années 1750, prônent liberté du commerce et simplification des prélèvements, s’attaquant aux fermes et barrières intérieures. La gabelle devient un symbole de l’arbitraire et de l’inefficience. Sans discours théorique, l’intrigue de Bernède fait percevoir ces débats par les effets concrets des taxes et des monopoles sur échanges et subsistances. Le roman reflète ainsi une sensibilité pré‑révolutionnaire, attentive aux contradictions d’un système fiscal en voie d’être contesté.

Arthur Bernède, romancier et dramaturge de la Troisième République, développe ses récits dans l’essor de la culture de masse. En 1919, il fonde avec l’acteur René Navarre la Société des Cinéromans, afin de publier des romans conçus pour être adaptés à l’écran. Ses œuvres des années 1920 conjuguent documentation, rythme feuilletonnesque et héros charismatiques. En choisissant Mandrin, il puise dans un patrimoine national fait de complaintes et d’archives pour interroger l’autorité, la justice et l’économie morale du peuple. L’ouvrage reflète son époque en reformulant, pour un public moderne, les critiques des abus d’Ancien Régime et la fascination pour l’insoumission.

Mandrin - L'intégrale

Table des Matières Principale
AVANT-PROPOS
PREMIERE PARTIE : Les Noces de Mandrin.
Chapitre I : Les contrebandiers.
Chapitre II : Tiennot le berger.
Chapitre III : Le frère Théatin.
Chapitre IV : La souricière.
Chapitre V : Un odieux marché.
Chapitre VI : De mystérieux préparatifs…
Chapitre VII : La corbeille de noce.
Chapitre VIII : La maison vide.
Chapitre IX : Au château des aigles.
Chapitre X : Mariée.
Chapitre XI : Une adresse machiavélique.
Chapitre XII : Maitre Alcofribas.
Chapitre XIII : Une nuit de noces mouvementée.
Chapitre XIV : Sourire mêlé de larmes.
Chapitre XV : Rusé comme un singe.
Chapitre XVI : Mandrin chez Voltaire.
Chapitre XVII : Une parole engagée à la légère.
Chapitre XVIII : Le devoir et l’amour.
DEUXIEME PARTIE : La trahison.
Chapitre I : Une décision d’importance.
Chapitre II : Encore un bon tour.
Chapitre III : Une rude bataille.
Chapitre IV : Un bon point pour Pistolet.
Chapitre V : Le démon tentateur.
Chapitre VI : Ou pistolet semble reprendre l’avantage.
Chapitre VII : La caisse est vide.
Chapitre VIII : La favorite.
Chapitre IX : Le colonel de la Morlière.
Chapitre X : Le Roi Louis XV.
Chapitre XI : Un orage de palais.
Chapitre XII : Raison d’état.
Chapitre XIII : Le retour.
Chapitre XIV : La prisonnière.
Chapitre XV : Au Présidial de Grenoble.
Chapitre XVI : Les deux rivales.
Chapitre XVII : Assaut suprême.
Chapitre XVIII : Au secours de Mandrin.
Chapitre XIX : La messagère.
Chapitre XX : L’exécution.
EPILOGUE

AVANT-PROPOS

Table des matières

En l’an de grâce 1754, sous le règne de Louis XV, M. de Voltaire mandait à son ami le prince de Ligne, qui voyageait en Hollande :

Mon cher prince,

Vous n’ignorez point qu’en France, depuis 1681, une société de « partisans », moyennant une redevance annuelle de soixante millions, a le droit de percevoir tous les impôts : douanes, gabelles, domaines et même tabacs.

Ces gens, connus sous le nom de fermiers généraux, réalisent ainsi des bénéfices incalculables, qui leur permettent de mener joyeuse vie… On me conte, à ce sujet, une assez piquante anecdote… Sa Majesté Louis XV se promenait un jour aux environs de Fontainebleau, en compagnie de son exquise amie, la marquise de Pompadour, lorsque son attention fut attirée par une très luxueuse maison de plaisance, qui s’élevait au milieu d’un parc féerique.

— A qui cette « folie » ? interrogea le roi.

— Sire, au fermier général Bouret d’Erigny, répliqua un courtisan de la suite.

— Et ces bois magnifiques ?

— Sire, à M. Bouret d’Erigny.

— Et tous ces champs fertiles, qui s’étendent à perte de vue ?

— Sire, à M. Bouret d’Erigny.

— Et, là-bas, ce splendide château, qui domine la vallée de la Seine ?

— Sire, à M. Bouret d’Erigny.

Et Sa Majesté de s’exclamer :

— Mais c’est donc un vrai marquis de Carabas !

Jugez, mon cher prince, d’après un tel luxe, combien grande doit être la misère en notre pays de France…

Dans les villages, on ne voit que pauvres gens qui sont jetés hors de leurs demeures, et dont les meubles sont vendus à l’encan, parce qu’ils n’ont pu payer leur tribut à messieurs « les partisans »…

On me raconte que des familles entières en sont réduites à camper dans les bois ou à se réfugier dans des carrières abandonnées, où elles achèvent de mourir de faim et de froid…

Puisse, un jour prochain, surgir un homme assez audacieux pour venger tous ces malheureux !…

Voltaire

Le vœu de l’illustre écrivain n’allait pas tarder à être exaucé… Un jeune paysan, à l’âme exaltée d’aventurier sans peur et sans scrupules, mais au cœur généreux, allait lever l’étendard de la révolte, faisant bientôt trembler ces fermiers généraux, terreur des pauvres gens. Il se nommait Louis Mandrin…

Voici sa tragique et véridique histoire, remplie d’exploits fabuleux, dont le souvenir est demeuré légendaire.

Arthur Bernède

PREMIERE PARTIE : Les Noces de Mandrin.

Table des matières

Chapitre I : Les contrebandiers.

Table des matières

Par un beau jeudi de mai, vers dix heures du matin, la pittoresque localité de Beaujeu, accrochée au flanc des Alpes Dauphinoises, à quelques portées de fusil de la frontière savoyarde, était le théâtre d’une panique extraordinaire…

Des jeunes gens terrorisés traversaient en courant la grande place, faisant fuir devant eux des troupeaux d’oies qui agitaient éperdument les ailes… De vieux paysans cherchaient un refuge dans les auberges, dont les lourdes portes se refermaient avec fracas.

Un sacristain, l’air effaré, verrouillait promptement la porte de l’église… Des bergers se hâtaient de faire rentrer leurs bestiaux dans les écuries… Des femmes se sauvaient dans leurs maisons et s’y barricadaient avec leurs petits… Une pauvre vieille s’enfuyait sur ses béquilles, s’efforçant péniblement de regagner son modeste logis… Des gamins se terraient dans des buissons… et parmi les abois des chiens aux poils hérissés et aux gueules menaçantes, une rumeur montait d’un groupe de paysans, prudemment dissimulés derrière un mur, à l’entrée du pays.

La bande à Mandrin[1] ! La bande à Mandrin[1q].

Bientôt, une troupe de cavaliers coiffés jusqu’aux yeux de larges chapeaux couverts de poussière, armés jusqu’aux dents et encadrant plusieurs mulets chargés de ballots de tabac d’Espagne, débouchait sur la place déserte.

A leur tête un homme d’une trentaine d’années, monté sur un superbe cheval blanc… Très grand, musclé, son fier visage encadré d’une longue chevelure dont les boucles flottaient au vent, la taille entourée d’une ceinture de cuir, à laquelle pendait une immense rapière, et où s’accrochaient deux énormes pistolets, les yeux brillants d’une flamme révélatrice d’énergie indomptable et de volonté sans limites, — vêtu d’un habit de drap d’Elbeuf gris, d’une culotte de peau et de guêtres en ratine, coiffé, ainsi que ses compagnons, d’un grand feutre noir, dont l’aile était rabattue en visière, il semblait, malgré sa jeunesse, incarner cette force, cette autorité et cette expérience qui font reconnaître au premier coup d’œil un chef indiscutable et indiscuté.

— Halte ! commanda-t-il d’un ton impératif.

Tous obéirent avec une régularité militaire qui dénotait un esprit de discipline…

Sautant à terre, un des contrebandiers, qui portait un tambour, saisit ses baguettes et fit entendre une série de roulements plus joyeux que menaçants et qui eurent pour résultat immédiat de faire sortir les paysans de leurs abris et les enfants de leurs cachettes.

Les fenêtres et les huis s’entrebâillaient laissant apparaître des têtes exprimant plus de curiosité que de crainte…

Le sourire aux lèvres, le visage épanoui de santé et de belle humeur, le chef faisait de bienveillants appels de la main aux villageois qui, revenus de leur grande peur, se rapprochaient de lui, encore hésitants et timorés.

Alors, se dressant sur ses étriers, le cavalier attaqua d’une voix vibrante :

— Eh bien oui, je suis Mandrin, capitaine général des contrebandiers de France.

« Mais, morbleu mes camarades, n’ayez pas une telle crainte ! Je n’en veux pas à vous, pas plus qu’à vos femmes et même à vos volailles. Je ne suis pas l’ennemi du peuple, je suis son défenseur… et je veux le venger des exactions des fermiers généraux[2].

Voila pourquoi je traque les traitants, les croupiers et les porteurs de contraintes ou tout quidam de cet acabit ; car autant l’impôt est chose sacrée, quand il a pour objet la prospérité et la défense d’un pays, autant il devient une chose inique et révoltante, quand il ne sert qu’à enrichir des faquins.

« Or, on vous vole, on vous pressure, on vous rançonne, on vous ruine, on vous tue !…

« Vous payez le sel douze fois sa valeur et vous n’avez même pas le droit de vous en priver.

« Ceux qui sont surpris avec une livre de faux sel sont condamnés à neuf ans de galère ou pendus, tandis que les intendants qui volent l’or par tonneaux sont honorés, applaudis, et leur richesse est faite de votre misère »

A ces mots, une grande clameur d’allégresse s’éleva de la foule de plus en plus compacte entourant l’orateur.

Ainsi Mandrin, que l’on représentait comme le pire des bandits, chargé de tous les crimes, qui passait pour un voleur, un faux-monnayeur, un assassin toujours prêt au pillage, était, au contraire, le révolté qui se dressait pour la défense des pauvres gens, persécutés par les commis des fermiers, le justicier qu’ils attendaient inconsciemment.

Il n’en fallut pas plus pour les rassurer, les réconforter, leur donner espoir et leur rendre confiance. Lorsque le « capitaine » reprit de sa voix claironnante :

— Ne voyez donc en moi qu’un ami, qu’un frère !… Je ne vous demande qu’une chose, celle de m’indiquer la demeure de l’entreposeur des tabacs.

Un bras se tendit, puis deux, puis dix, puis cent ! vers une maison d’apparence cossue, et qui, entourée d’un jardinet, s’élevait au fond de la place, en face de l’église…

Mandrin, à la tête de ses compagnons, suivi d’un cortège sans cesse grossissant de villageois, se dirigea vers l’habitation où semblait régner la paix la plus absolue.

L’entreposeur des tabacs de Beaujeu, le bonhomme Agénor Malicet ne s’attendait guère à cette visite matinale…

Vautré dans un confortable fauteuil, en face d’une table sur laquelle était ouvert un registre, il paraissait plongé dans de laborieux calculs de comptabilité… En réalité, il dormait.

En effet, en dehors de ses repas, copieux et abondamment arrosés de vins généreux, dormir était son occupation principale.

Soudain, un scribe, aux allures de rat de cave famélique, qui contemplait son maître d’un air irrévérencieux, eut un tressaillement de surprise…

Des poings vigoureux heurtaient la porte… qui s’ouvrait presque aussitôt avec fracas, livrant passage à Mandrin, escorté de plusieurs contrebandiers, portant sur le dos des ballots de tabac.

Le rat de cave, sidéré, disparut derrière un meuble… Sans lui accorder la moindre attention, Mandrin se dirigea vers le bonhomme Malicet, que cet envahissement n’avait pas réveillé, et qui continuait à ronfler bruyamment.

Le « capitaine » posa lourdement sa main d’acier sur l’épaule du receveur ; comme celui-ci hésitait à sortir de sa torpeur, il le secoua rudement ; et Agénor Malicet, éberlué, se décida enfin à entr’ouvrir les paupières.

— Le contenu de ta caisse !… ordonnait le chef des contrebandiers, sur un ton qui fit frémir le bonhomme.

— Man… Mandrin !… articula Malicet d’une voix étouffée.

— Oui, Mandrin… scanda le capitaine.

Et portant la main à la crosse de son pistolet, il ajouta :

— Allons, exécute-toi, car je n’ai pas de temps à perdre.

Malicet jeta autour de lui un regard d’effroi. Son bureau était rempli de contrebandiers aux allures dégagées… et aux mines peu rassurantes… Il ne pouvait compter sur aucun secours de la part de son scribe et de ses autres employés qui, paralysés par la peur, se tenaient cois dans une pièce voisine… Alors, d’un pas incertain il se dirigea vers une grande armoire qui occupait presque entièrement l’un des panneaux de la pièce et introduisit d’une main tremblante une clef dans la serrure.

— Mi-Carême… Carnaval, faites votre besogne commandait Mandrin.

Deux contrebandiers, le premier petit… sec… maigriot… au nez en quart de brie et aux yeux de renard en quête ; le second, un grand gaillard robuste, bien découplé, à la mine éveillée et au nez en trompette, s’avancèrent vers l’infortuné entreposeur.

Mon trésorier… et mon secrétaire, présentait pompeusement le « capitaine » au vieil Agénor livide et frissonnant.

Les deux contrebandiers s’emparèrent rapidement de l’argent que renfermait l’armoire et le firent disparaître dans un coffre.

Alors, Mandrin, qui s’était installé dans le fauteuil du maître de céans, attaquait, toujours souriant, et avec toutes les apparences de la correction la plus parfaite.

— Maintenant, monsieur l’entreposeur, si vous le voulez bien, réglons nos comptes.

— Nos comptes ?… nos comptes ! répétait Malicet en s’approchant rapidement du terrible capitaine.

— Parfaitement, appuyait celui-ci… Combien contenait votre caisse ?

— Trente-sept mille livres.

Mandrin s’empara d’une plume, et d’une écriture large traça ces mots sur un morceau de papier

« Reçu de M. Agénor Malicet la somme de trente sept mille livres, en échange de quoi je lui laisse quatre balles de tabac d’un poids et d’une valeur indéterminés.

« Capitaine Louis MANDRIN ».

Puis il passa le reçu à son interlocuteur qui, après l’avoir parcouru d’un œil effaré, bredouilla piteusement :

— Dieu m’est témoin que j’ai défendu jusqu’au bout les intérêts de Sa Majesté.

Soudain un cri, fait à la fois d’admiration et de surprise, échappait à Mandrin.

Une jeune fille, d’une grâce adorable et dont le charme délicieusement ingénu semblait l’auréoler d’une couronne de lumière, venait d’apparaître sur le seuil et, s’élançant vers le chef des contrebandiers, elle s’écriait avec un accent de crânerie, qui la rendait plus exquise encore.

— Je suis Nicole Malicet, et je vous prie de ne pas faire de mal à mon père.

— Mademoiselle, saluait Mandrin avec toute l’élégance d’un véritable grand seigneur.

Mais il n’eut pas le temps de poursuivre… Une importante bourgeoise, aux allures énergiques, derrière laquelle trottinait un amour de petite servante, faisait brusquement irruption dans le bureau. C’était Mme Thérèse Malicet, née Poisson.

Un instant, elle demeura médusée par le spectacle qui s’offrait à elle…

Successivement, son regard se dirigea sur Mandrin, dont le visage reflétait une étincelante bonne humeur, sur les contrebandiers qui partageaient visiblement la satisfaction de leur chef, sur son mari qui, effondré sur un siège, la contemplait avec une expression de terreur plus vive encore que celle que lui inspirait Mandrin, et, enfin vers l’armoire, dont les battants largement ouverts laissaient apercevoir les étagères vides de tout numéraire.

Alors, plus rouge qu’une pivoine, elle bondit sur Agénor, et, furieuse elle martela :

— A quoi vous sert-il, monsieur, d’avoir le profil de Louis XIV, pour vous laisser dépouiller par ces bandits ?

Thérèse ! voulut riposter Malicet.

— Vous êtes un niais, un lâche, un bélître.

Et fonçant vers Mandrin, elle vaticina avec une fougue et une audace qui paraissaient fort le divertir :

— Quant à vous, brigand, sachez que vous ne me faites pas peur. Apprenez aussi que je suis la cousine de la marquise de Pompadour et que je n’ai jamais tremblé devant personne !…

Mais un cri s’élevait au fond de la pièce.

— Laissez-moi !… mais laissez-moi donc !…

C’était Nicole qui se défendait bravement contre un contrebandier qui cherchait à la lutiner.

— Corbleu ! s’écriait l’irascible Thérèse en bondissant au secours de sa fille…

Mais Mandrin l’avait devancée !…

Se jetant sur le contrebandier, il l’envoyait d’un simple coup de poing rouler à terre… puis, se tournant vers Nicole, il lui déclarait, en s’inclinant avec une politesse raffinée :

— Mademoiselle, rassurez-vous… je vous jure que ce drôle sera cruellement châtié.

Nicole baissa la tête, intimidée par le regard étincelant qui l’éblouissait.

Et Mandrin, revenant vers M. Malicet, abruti de détresse, et Mme Malicet, suffoquée de colère, s’écriait, d’un ton enjoué :

— Madame, monsieur… excusez-moi, encore un coup, du dérangement que je vous ai causé ! Puissiez-vous ne point trop m’en tenir rancune.

Et se tournant vers ses compagnons, il ajouta :

— Et maintenant, camarades, en route.

Les contrebandiers se hâtèrent vers la sortie… Mais au moment où Mi-Carême et Carnaval allaient franchir le seuil, Mandrin les rappela :

— Restez, vous autres ; car je tiens à ce que ces dames ne gardent pas un trop mauvais souvenir de ma visite.

Et il adressa un signe mystérieux à Mi-Carême qui s’empressa d’enlever sa ceinture, ses armes et sa veste, et de dénouer le bout d’une pièce de dentelle enroulée autour de sa taille…

Puis, tandis qu’il tournait sur lui-même comme une toupie, Carnaval se mit à dérouler la pièce qui s’entassa à terre, au grand étonnement des Malicet, qui ne comprenaient rien à ce manège ; et, lorsque le tas fut complet, Mandrin s’empara de la dentelle, et, d’un ton empreint de délicatesse, il dit, en la présentant à Mme Malicet abasourdie :

—Permettez-moi, madame, de vous offrir cet humble cadeau, en compensation des ennuis que nous avons pu vous causer.

— Je ne sais si je dois accepter, hésitait l’opulente Thérèse, à moitié conquise, malgré elle, par le grand air et les façons chevaleresques du contrebandier.

— Non, non, c’est impossible se gendarmait le vieil Agénor.

Mais, poussée par cet esprit de contradiction qu’elle apportait dans toutes les manifestations de sa vie conjugale, la cousine de Mme de Pompadour déclarait aussitôt :

— Eh bien ! si, j’accepte.

Malicet eut un geste de désolation impuissante.

Toujours souriant, empressé, Mandrin, retirant de son petit doigt une jolie bague en or enrichie de brillants, s’emparait de la main de Nicole de plus en plus troublée, et glissait le riche anneau à l’index de la jeune fille, tout en disant :

Puisse, mademoiselle, ce modeste présent vous faire oublier l’inconvenance de l’un de mes soldats.

En un geste d’instinctive pudeur, Nicole retira promptement la bague.

Mais le beau « capitaine » poursuivait, d’une voix dont il cherchait à tempérer l’éclat :

— Puisse-t-elle aussi vous faire garder de Mandrin un souvenir qui ne vous sera pas trop désagréable.

Nicole, tout en rougissant, remit l’anneau à son doigt…

Alors Mandrin, se baissant vers la petite main toute tremblante qui, instinctivement, se tendait vers lui, y déposa un long baiser.

Outré, le bonhomme Malicet s’écriait :

— Ah par exemple, ceci dépasse les bornes.

— Agénor ! taisez-vous ! imposait sa compagne.

— Mais… madame.

— Imbécile scandait la dame Malicet, après vous être laissé dépouiller, voulez-vous que ces gens incendient notre maison et nous pendent haut et court ?…

— Rassurez-vous, madame, répliquait Mandrin avec un gracieux sourire, désormais vos personnes me sont sacrées.

Et, saluant les Malicet, comme l’eût fait le duc de Richelieu en personne, Mandrin, pirouettant sur les talons, regagna le dehors.

— Décidément, concluait la femme de l’entreposeur, ce Mandrin est peut-être un coquin, mais c’est un coquin joliment sympathique.

Une tempête d’acclamations s’élevait au dehors…

C’était la foule qui, à travers les fenêtres ouvertes, avait assisté à cette scène et applaudissait au succès de celui qu’elle considérait déjà comme un héros.

Mandrin, au milieu des bravos, lançait :

— Maintenant, mes amis, dites-moi où est la prison ?

— Par ici, capitaine. Nous allons vous y conduire clamèrent plusieurs paysans.

Le cortège gagna aussitôt une rue voisine et s’arrêta devant un bâtiment d’aspect sinistre, dont les fenêtres étaient munies d’épais barreaux de fer… Mandrin, avec le pommeau de sa rapière, frappa plusieurs coups sur la porte en chêne massif de la geôle…

A peine s’était-elle entrebâillée, laissant apparaître la tête effarée d’un guichetier, que le capitaine, avec une force irrésistible, l’ouvrait toute grande, empoignait le porte-clefs au collet, et l’entraînait, suivi de ses hommes, jusqu’au préau intérieur sur lequel donnaient toutes les cellules.

Plusieurs gardiens arrivaient à la rescousse. Mais, tandis que les contrebandiers les tenaient en respect, avec leurs fusils, Mandrin, immobilisant d’une main le guichetier en chef qui se débattait, et lui mettant de l’autre son pistolet sous le nez, ordonnait d’une voix tonnante :

— Que l’on ouvre tous les cachots et il ne vous sera fait aucun mal… Sinon, gare à vous !…

L’argument parut sans réplique. Les gardes, forcés de capituler, se dirigeaient vers les cellules, faisant manœuvrer les verrous… Quelques instants après, une vingtaine de prisonniers étaient rassemblés devant Mandrin, qui reprenait :

— Que ceux d’entre vous qui sont condamnés pour manquements au fisc ou pour faits de contrebande, viennent vers moi.

Une douzaine de captifs, après s’être consultés du regard, s’avançaient d’un pas hésitant, se demandant ce que pouvait bien leur vouloir ce singulier personnage qui leur parlait en maître.

Mandrin, souriant, reprit aussitôt :

— Amis, le capitaine Mandrin, au nom de la justice, vous rend la liberté.

Une expression de joie et de reconnaissance infinies rayonna soudain sur les visages de ces malheureux qui, spontanément, s’élancèrent vers leur libérateur.

Mais, se dégageant, Mandrin commandait aux autres prisonniers :

— Quant à vous, escrocs, banqueroutiers, voleurs et assassins, justement condamnés par les lois, rentrez dans vos cachots.

Un mouvement de révolte se dessina parmi ces malfaiteurs, qui s’attendaient, eux aussi, à être délivrés.

Mandrin, faisant deux pas en arrière, ordonnait à ses compagnons :

— En joue !

Les contrebandiers, en un mouvement d’une régularité mécanique, épaulaient leurs armes… forçant tout le lot de bandits à réintégrer, bien à contrecœur, leurs cellules dont les gardiens se hâtaient de refermer les portes.

Et Mandrin, porté en triomphe par les paysans et par ceux dont il venait de faire cesser la captivité, regagna la place, où quelques-uns de ses hommes l’attendaient avec les chevaux.

Un nouveau geste de Mandrin allait achever de porter jusqu’au délire l’enthousiasme de ses nouveaux partisans.

Apercevant, devant l’église, un vieux prêtre qui gesticulait au milieu d’un groupe, Mandrin s’en fut vers lui, et, prenant un sac d’écus dans le coffre que transportaient Mi-Carême et Carnaval, il le dénoua et s’écria, en le tendant au prêtre qui levait les bras au ciel, l’air scandalisé.

— Pour vos pauvres, monsieur le curé.

Le bon abbé, qui n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles, repoussa d’un geste affolé le présent des contrebandiers.

Une femme en haillons qui tenait un tout petit enfant dans ses bras s’empara du sac, et le tendant au pasteur, lui dit :

— Prenez, messire, c’est de l’argent bien gagné.

Le prêtre s’empara du sac, et Mandrin, puisant dans le coffre, se mit à jeter des écus à la foule ; puis, se dérobant aux remerciements, tout fier, tout heureux du bonheur qu’il venait de semer autour de lui, vite, il sautait sur son cheval blanc… et donnait à ses compagnons le signal du départ.

A ce moment, Nicole qui, debout sur une des marches, avait assisté à toute cette scène, et dont le visage reflétait l’admiration la plus vive, lançait à Mandrin, en un élan spontané, une rose qu’elle avait prise à son corsage… Mandrin la saisit au vol… la porta à ses lèvres… puis envoya un baiser à la jeune fille, qui semblait déjà regretter son geste audacieux.

Mandrin qui, avec sa troupe, s’apprêtait à quitter le village, se retourna, adressant un dernier geste d’adieu à celle que ses parents entraînaient, en la réprimandant…

Et, portant de nouveau la rose à ses lèvres, le capitaine murmura :

— C’est un peu de cette jolie enfant que j’emporte avec moi dans la montagne.

Chapitre II : Tiennot le berger.

Table des matières

Le même jour, à l’heure où le crépuscule du soir commence à voiler les cimes des Alpes Dauphinoises, Mandrin et sa bande, avant de s’engager dans le défilé abrupt qui conduit à la frontière savoyarde, où ils savaient trouver un sûr asile, avaient fait halte, pour le repas du soir, à mi-flanc de la montagne, au milieu d’un pittoresque éboulis de rochers…

Tandis que ses hommes achevaient de manger une soupe appétissante et de boire, en leurs gobelets d’étain, le vin clairet au bouquet de terroir, Mandrin, assis à l’entrée d’une grotte qui abritait un feu improvisé, semblait plongé dans de profondes réflexions.

Ses « soldats-camarades », ainsi qu’il appelait familièrement ses compagnons, respectaient, comme toujours, la méditation de leur chef.

Mandrin n’était-il pas, avec une rapidité foudroyante, devenu en quelque sorte le maître de cette vaste région, qui s’étend du pays lyonnais jusqu’à la Méditerranée ?

Partout, dès qu’il était apparu à la tête de ses hommes, triés sur le volet, animés du même esprit de bataille, et auxquels il inspirait un dévouement fanatique, n’avait-il pas vu venir à lui toutes les sympathies de ses populations malheureuses, où régnait déjà l’esprit républicain ?

Vite, il avait achevé de les gagner à sa cause, comme « ceux de Beaujeu », en leur prouvant que ce n’était point à ses compatriotes qu’il déclarait la guerre, mais qu’il n’avait, au contraire, qu’un but : les délivrer de ceux qui les opprimaient.

Aussi n’avait-il pas tardé à s’assurer de tous côtés et dans tous les milieux, et jusque dans les presbytères, de nombreuses complicités ; et bientôt il n’y eut guère d’hostellerie ou d’auberge dont le maître ne fût son affilié, peu de maisons où il ne fût accueilli, et dont il ne rémunérât largement l’hospitalité.

Les fonctionnaires civils eux-mêmes avaient pris le parti de fermer les yeux sur ses exploits… et chaque fois que la maréchaussée avait mission de le combattre, il se produisait toujours un incident inattendu et il arrivait même parfois un contre-ordre mystérieux qui permettait toujours au capitaine général des contrebandiers de France de regagner sans encombre le vieux château savoyard qui lui servait de quartier général, tout près du poste-frontière de Pont-de-Beauvoisin, où il avait établi son principal entrepôt de marchandises.

Et Mandrin, qui se croyait sûr de l’impunité et se plaisait à affirmer « que les troupes du roi avaient reçu la défense de l’attaquer », pouvait contempler, de son regard d’aigle vainqueur, le pays qui s’étendait à ses pieds.

Mais peu à peu, ses yeux, dont les prunelles étaient comme semées de sable d’or, prirent une expression de douceur étrange… C’est qu’ils s’étaient arrêtés sur la rose qu’il avait épinglée à son habit ; et la fleur évoquait en lui la pensée de celle qui la lui avait donnée.

L’image de l’adorable Nicole, tour à tour courageuse, craintive, indignée, timide, attendrie et légèrement coquette, l’enveloppait d’autant plus de charme, qu’il se sentait presque le droit de se dire qu’il n’était pas sans lui plaire… Et lui, auquel déjà tant de femmes avaient adressé leurs sourires, envoyé leurs baisers, lui qui avait pu lire dans tant de beaux regards une expression d’admiration qui est déjà tout un aveu d’amour, lui qui, emporté par le tourbillon des événements, lui, dont le cœur n’avait jamais battu que pour les luttes de géants et les splendides représailles, sentit tout à coup ses nerfs se détendre et son cerveau s’apaiser, sous l’irrésistible douceur d’un sentiment qu’il ne connaissait pas encore.

Cela mettait en lui une sorte de ferveur silencieuse, de paix, de j oie, que ne traversait aucun désir… et l’aventurier formidable, le révolté sans trêve, se laissait aller à l’allégresse de cette idylle naissante qui ne pouvait, chez un être tel que lui, que prendre rapidement l’essor d’une passion dévorante, lorsque, tout à coup, son regard se tendit vers l’horizon.

Bientôt, il distinguait s’estompant dans la nuit tombante, le clocher de Beaujeu où, sans s’en rendre compte encore, il venait de laisser tout de lui-même, lorsqu’il aperçut une de ses sentinelles qui lui faisait un signe d’appel.

Instantanément repris par son devoir de chef, il s’empressait de se diriger vers le guetteur, qui lui désignait, tout en bas des rochers, deux hommes côtoyant un petit torrent, avec les allures de chasseurs en quête d’une piste.

Mi-Carême et Carnaval, le fusil à la main, avaient rejoint leur capitaine.

— Ces deux gaillards ne m’ont pas l’air très catholiques, grommelait Mi-Carême en vérifiant la pierre à feu de son arme.

— En effet… déclarait Mandrin, on dirait deux « gabelous[3] ».

— Est-ce qu’on les descend ? interrogeait Mi-Carême.

De la main, Mandrin leur imposa silence. Il venait d’apercevoir, se défilant derrière un amas de broussailles, un jeune garçon qui tenait en laisse deux gros chiens.

Les deux douaniers avaient dû l’apercevoir aussi, car, simultanément, ils épaulèrent leurs fusils… mais ils n’eurent pas le temps d’en faire usage… Mandrin s’emparait du tromblon de Mi-Carême, l’épaulait… tirait… et la crosse du fusil de l’un des douaniers volait en éclats…

Alors, prompt comme l’éclair, le capitaine empoignait l’escopette de Carnaval… et, deux secondes après, l’arme du second douanier subissait le même sort que celle de son camarade.

Les deux « gabelous » terrifiés, constatant qu’ils n’avaient reçu que de légères éraflures, s’empressèrent de déguerpir à toutes jambes.

— Poursuivez-les ! … ordonnait Mandrin à ses compagnons.

Et, s’élançant avec une agilité remarquable à travers les blocs de granit qui surplombaient le torrent, il se précipita vers l’adolescent, qui était demeuré sur place, littéralement pétrifié par cette scène.

A l’aspect du capitaine qui accourait vers lui, le jeune inconnu eut un brusque mouvement de frayeur…

Mais soudain son visage s’éclaira ; et il s’écria d’un ton vibrant :

— Capitaine Mandrin, je vous reconnais et je vous remercie.

Mandrin l’enveloppa d’un long regard où perçait déjà une réelle sympathie.

Mince, élancé, bien découplé dans son costume de berger des Alpes, la figure très fine, aux traits réguliers, les yeux superbes, mais voilés d’une profonde mélancolie, les cheveux noirs abondants, flottant sous son feutre gris, aux ailes relevées, les jambes fines, robustes et sanglées de guêtres en cuir jaunâtre, le jeune homme contemplait son sauveur avec une sorte de ferveur mystique… exprimant ainsi, mieux que par des paroles, l’admiration et la reconnaissance que lui inspirait le fameux « capitaine ».

— Qui es-tu ? interrogeait Mandrin avec bienveillance.

— Je m’appelle Tiennot… je suis berger, mais je fais surtout la contrebande du tabac.

— Et ta famille ?

— Je n’en ai plus.

— Que sont devenus tes parents ?

— Ils sont morts tous les deux.

— Il y a longtemps ?

— Oui, bien longtemps.

— Pauvre petit.

— As-tu des frères, des sœurs ?

— Non, capitaine.

— Des amis ?

— Non plus.

— Alors tu es seul au monde ?

— Tout seul.

— Tu dois être malheureux ?

— Très malheureux.

— Morbleu ! Tu m’as pourtant l’air d’un garçon énergique.

— Il le faut bien, capitaine. Si je ne l’avais pas été, il y aurait déjà beau temps que je me serais jeté dans un précipice… ou noyé dans un torrent…

« Si je ne l’ai pas fait, ce n’est pas parce que j’ai manqué de courage, mais parce que j’estime qu’on n’a pas le droit de se détruire. On ne sait jamais ! Un jour, on peut tout de même être utile à quelqu’un ou bon à quelque chose.

— J’aime ce langage, petit ! s’écria Mandrin ; car il me prouve que tu as du sang.

Et, avec un fier sourire, il ajouta :

— Alors, tu as entendu parler de moi ?

Qui ne connaît pas le capitaine Mandrin ? ripostait le berger. N’est-il pas celui en qui les honnêtes gens ont mis toutes leurs espérances ?

— Tu m’as déjà vu ?

— Oui, plusieurs fois, lorsque vous traversiez la montagne pour rentrer en Savoie… Mais je n’ai pas osé vous approcher… Songez, aujourd’hui, si je suis heureux, capitaine, puisque, pour la première fois que je vous parle, c’est pour vous remercier de m’avoir sauvé la vie.

— Tu me plais, berger… et, pour un rien, je t’engagerais dans ma bande…

— Oh ! capitaine ! s’écria Tiennot, dont le visage s’éclaira.

Les contrebandiers ramenaient les deux douaniers qu’ils avaient réussi à capturer. Ceux-ci, d’ailleurs, en hommes qui ont conscience d’avoir accompli leur devoir, s’étaient vite ressaisis et faisaient bonne contenance.

Mandrin, fronçant les sourcils, marcha vers eux… Le verbe haut et les yeux fulgurants, il leur lança, violemment, en leur désignant Tiennot :

— N’avez-vous pas honte de tirer sur cet enfant ?

— Chacun son métier, répliquait, non sans crânerie, un des « gabelous.

—Alors Mandrin, avec un accent de réelle noblesse, s’écria :

— Si je faisais le mien, je vous ferais pendre… Mais je ne suis pas un assassin Allez-vous-en et ne retombez jamais entre mes pattes.

Les contrebandiers relâchèrent aussitôt les deux « gabelous », qui, enchantés d’en être quittes à si bon compte, s’éloignèrent sans demander leur reste.

Très simplement, Tiennot s’avançait vers le chef et lui demandait sur un ton de prière :

— Capitaine Mandrin, emmenez-moi … Je vous serai dévoué jusqu’à la mort.

Le capitaine considéra un instant le jeune berger.

Puis, posant amicalement ses deux mains sur les épaules de Tiennot, il scanda :

— Viens, petit.

L’adolescent s’empara des mains de son chef et, longuement, les serra.

— Capitaine, dit-il… Je vous jure de ne vivre et de ne mourir que pour vous !

Quelques instants après, la bande à Mandrin s’engageait dans le défilé et, bientôt passant la frontière, regagnait l’antique château de Rochefort, vieille ruine pittoresque, dont le capitaine avait su faire une imprenable citadelle. La nuit venue ; et tandis que ses soldats allaient prendre un repos bien gagné, Mandrin juché tout au sommet du pic ou se dressait son repaire, demeura longtemps les bras croisés, contemplant les feux qui s’allumaient dans la plaine.

Alors, il lui sembla que tout au loin, là-bas, une lumière brillait, plus scintillante que les autres, et il eut l’impression que c’était l’âme de la gentille Nicole qui lui envoyait comme un reflet de son tendre rayonnement.

Mandrin, le lion de la révolte, Mandrin l’aigle de la contrebande, commençait à aimer[2q].

Ce soir-là, à Paris, dans l’un des somptueux salons de son splendide hôtel, véritable palais, qui se dressait orgueilleusement au cœur même du faubourg Saint Germain, M. le fermier général Michel Bouret d’Erigny[4] recevait ses collègues.

Réunis autour d’une grande table, à leur visages graves, compassés, il était facile de deviner qu’il était cette fois question, non plus de plaisir, mais d’affaires sérieuses.

Autour de Bouret d’Erigny, il y avait Grimod de la Reynière, celui dont les chevaux avaient des mangeoires d’argent ; Brissard, qui habitait, aux environs de Versailles, une sorte de palais enchanté ; Dupin, propriétaire à Paris du fameux hôtel Lambert, décoré par les illustres peintres Le Sueur et Le Brun, et, véritable roi du château de Chenonceaux, l’opulent Faventines, qui possédait dix châteaux, et dont le pied-à-terre de Puteaux contenait cent quarante matelas, dont quatre-vingt-quinze à l’usage des domestiques… Villemur, dont les maisons poussaient sur les boulevards comme les fleurs d’un magique parterre ; Beaujon, qui dépensait deux cent mille livres par an pour que, chaque soir, de jeunes et jolies femmes en toilettes de bal vinssent autour de son lit lui murmurer des contes jolis et lui fredonner des ariettes jusqu’à ce qu’il fût endormi…

Bref, toute cette cohorte pleine de morgue, dont le lieutenant de police, marquis d’Argenson, pouvait dire :

« Ils ont tous la tête bien haute… Ils ne rendent plus de visites, à l’exemple de M. le chancelier et des ministres ! »

Jusqu’à ce jour, bien que l’on s’indignât justement, même dans les hautes classes de la société, de leurs actes tyranniques, et qu’on leur reprochât ouvertement « d’abuser de leur situation, de commander aux monarques et d’obliger les pouvoirs publics à faire des lois à leur mesure », ils avaient réussi à exercer sans résistance leur monopole aussi dangereux pour les finances de l’Etat que pour les deniers des contribuables…

Louis XV, qui avait déjà pour principe de remettre au lendemain les affaires sérieuses, et entendait mener sans trouble ni souci l’existence de satrape à laquelle il s’était voué, avait fermé l’oreille à ce qu’on appelait les criailleries des mécontents.

Et voilà que, tout à coup… un paysan, un montagnard, un contrebandier, levait contre eux l’étendard de la révolte et osait leur déclarer la guerre.

Tout d’abord, ils en avaient fait fi… persuadés que la maréchaussée se chargerait de réduire promptement à merci cet insolent énergumène…

Mais Mandrin, qui semblait imprenable autant qu’invincible, n’avait cessé de grandir le cercle de ses opérations, de remporter victoires sur victoires, et d’acquérir une telle popularité, qu’édifiés par les rapports de leurs agents, MM. les fermiers généraux, redoutant que l’incendie allumé dans le Dauphiné ne gagnât toute la France, avaient daigné considérer Mandrin, non plus comme un bandit de grands chemins bon pour la roue ou la potence, mais comme un adversaire qu’il faut écraser à tout prix. Aussi avaient-ils décidé d’en finir…

— Messieurs… déclarait Bouret d’Erigny, le moment est venu d’en finir, une bonne fois pour toutes, avec cet ennemi redoutable qu’est Mandrin.

« Je vous ai offert de prendre moi-même l’affaire en main… Vous avez accepté… Votre confiance m’honore, et j’ose espérer que je m’en montrerai digne.

— Nous n’en doutons pas un seul instant, s’écriait l’important Grimod de la Reynière.

— Vous étiez le personnage tout désigné pour cette besogne, déclarait le nonchalant Brissard…

— N’êtes-vous pas le plus jeune d’entre nous ?… scandait le gros Dupin.

— Le plus actif, proclamait le subtil Faventines.

— Le plus hardi… surenchérissait l’affable Villemur.

— Le plus riche, ronronnait l’épicurien Beaujon.

Impassible sous ce concert d’encouragements et d’éloges, Bouret d’Erigny poursuivait d’une voix cassante :

J’ai eu, ce matin, une audience de M. le lieutenant général de la police ; je lui ai exposé nos doléances, je lui ai montré quelles conséquences cette odieuse rébellion, si elle n’était promptement matée, pouvait avoir, non seulement pour nos intérêts particuliers, mais encore pour la sécurité de l’Etat… et je l’ai prié d’agir auprès de Sa Majesté, pour qu’Elle consente à mettre à notre disposition les forces militaires dont nous avons besoin pour réduire à merci Mandrin et sa bande…

« M. d’Argenson, qui m’avait écouté avec beaucoup d’attention, m’a répliqué :