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Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendre
Le Mexique est une utopie. Il vous nourrit autant qu’il vous épuise. La mort y est saluée avec dérision dans les fêtes populaires. La violence des narcotrafiquants renvoie une image de chaos. Mais le pays ne se réduit pas à l’actualité angoissante de ces dernières années. Car ici, au coeur du continent américain, tout mérite le détour. Ici s’est forgée l’histoire du Nouveau Monde colonisé par les conquistadors. Ici vivent les mythes des révolutionnaires latino-américains. Ici se mobilisent les rebelles du Chiapas. Ici grandit un peuple jeune qui reprend le flambeau de la révolte.
Ce petit livre n’est pas un guide, c’est un décodeur. Il raconte le Mexique et les passions mexicaines : une soif effrénée de liberté sans cesse contrariée par la mainmise d’un vieux système prédateur sur ses ressources naturelles et économiques. Un vrai roman latino-américain !
Un grand récit suivi d’entretiens avec Soledad Loaeza (
Au Mexique c'est l'Etat central qui a crée la nation), Ricardo Raphael (
L'identité mexicaine va se réinventer au nord du rio Bravo et repénétrer au Mexique) et Jorge Volpi (
Au Mexique, il n'est jamais de vérité claire. Notre vérité est toujours ambiguë).
Un voyage historique, culturel et linguistique pour mieux connaître les passions mexicaines. Et donc mieux les comprendre.
EXTRAIT
Derrière ces estampes, où se cache l’identité mexicaine ? Si tant est qu’elle existe dans un État fédéral où se déploie une mosaïque de cultures et d’ethnies, où 68 langues indiennes, comme le nahuatl, sont parlées en plus de l’espagnol, et où la géographie complexe a creusé une infinité de recoins isolés, où des communautés vivent en toute autonomie. Sur une population de 120 millions d’habitants, ceux de Mexico, Monterrey, Guadalajara et Mérida peuvent se ressembler, partager un mode de vie et un terreau culturel. Mais un Indien tzotzil du Chiapas, un Afro-Mexicain de la Costa Chica du Pacifique, un Yaqui du Sonora et un
ranchero mennonite du Chihuahua se reconnaissent difficilement du même pays, s’il n’était cette bannière nationale qui les unit. Entre l’Amérique du Nord, à laquelle il appartient géographiquement et vers laquelle tous ses regards sont rivés, et l’Amérique latine à laquelle on le rattache culturellement et qu’il méconnaît profondément, le Mexique déroute. Il déboussole dans ses métropoles modernes et peuplées de références aux anciennes civilisations. Le Mexique incarne, par-dessus tout, une Amérique mythique et éternelle, faite de cités perdues et d’eldorados à venir.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
- […] Belle et utile collection petit format chez Nevicata, dont chaque opuscule est dédié à un pays en particulier. Non pas un guide de voyage classique, mais, comme le dit le père de la collection, un « décodeur » des mentalités profondes et de la culture. Des journalistes, excellents connaisseurs des lieux, ont été sollicités […]. À chaque fois, un récit personnel et cultivé du pays suivi de trois entretiens avec des experts locaux. -
Le Temps
- Comment se familiariser avec « historique, les traditions ? » Une démarche d'enquête journalistique au service d'un authentique récit de voyage : le livre-compagnon idéal des guides factuels, le roman-vrai des pays et des villes que l'on s'apprête à découvrir. -
Librairie Sciences Po
À PROPOS DE L'AUTEUR
Correspondante basée à Mexico de plusieurs médias francophones,
Emmanuelle Steels a voulu comprendre autant que raconter. Son Mexique est celui des Mexicains : puissant, parfois désabusé, mais toujours résolu à nous surprendre.
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Seitenzahl: 96
Veröffentlichungsjahr: 2018
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L’ÂME DES PEUPLES
Une collection dirigée par Richard Werly
Signés par des journalistes écrivains de renom, fins connaisseurs des pays, des métropoles et des régions sur lesquels ils ont choisi d’écrire, les livres de la collection L’âme des peuples ouvrent grandes les portes de l’histoire, des cultures, des religions et des réalités socio-économiques que les guides touristiques ne font qu’entrouvrir.
Écrits avec soin et ponctués d’entretiens avec de grands intellectuels rencontrés sur place, ces riches récits de voyage se veulent le compagnon idéal du lecteur désireux de dépasser les clichés et de se faire une idée juste des destinations visitées.
Une rencontre littéraire intime, enrichissante et remplie d’informations inédites. Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendre.
Richard Werly est le correspondant pour la France et les affaires européennes du quotidien suisse Le Temps. Précédemment basé à Bruxelles, Genève, Tokyo et Bangkok, il s’est lancé dans l’aventure éditoriale de L’âme des peuples après avoir réalisé combien, en Europe et dans le monde, la compréhension mutuelle et la connaissance des racines culturelles et religieuses ne cessent de reculer sous la pression d’une économie toujours plus globalisée et de crises nouvelles et parfois brutales.
Pour qui s’aventure loin des grands pôles touristiques, dans le Mexique des Mexicains, dans les villes animées, les villages poussiéreux, gris et colorés, la première découverte se lit sur le visage des habitants. Leur gravité, leur hermétisme surprennent le visiteur habitué aux images d’un Mexique chatoyant. Leur retenue austère et, parfois, leur sourde méfiance laissent apprécier la profondeur d’une histoire que l’occupant des hôtels all inclusive de Cancún ne saurait effleurer, entre la surface d’une mer bleu turquoise et le bar lisse sur lequel glissent ses margaritas.
Un cliché parcourt le monde, censé incarner l’esprit du Mexique : les calaveritas, ces têtes de mort colorées et stylisées, images omniprésentes dans les quartiers branchés de la capitale. Dans le joyeux panthéon mexicain, on trouve aussi le révolutionnaire Emiliano Zapata, la peintre Frida Kahlo et la Vierge de Guadalupe, sortes d’icônes exotiques, classées au rang de jolies figurines sans histoire à côté du bonhomme au sarape1 arc-en-ciel qui fait la sieste adossé à un cactus, le visage recouvert d’un ample sombrero.
Derrière ces estampes, où se cache l’identité mexicaine ? Si tant est qu’elle existe dans un État fédéral où se déploie une mosaïque de cultures et d’ethnies, où 68 langues indiennes, comme le nahuatl2, sont parlées en plus de l’espagnol, et où la géographie complexe a creusé une infinité de recoins isolés, où des communautés vivent en toute autonomie. Sur une population de 120 millions d’habitants, ceux de Mexico, Monterrey, Guadalajara et Mérida peuvent se ressembler, partager un mode de vie et un terreau culturel. Mais un Indien tzotzil du Chiapas, un Afro-Mexicain de la Costa Chica du Pacifique, un Yaqui du Sonora et un ranchero3 mennonite du Chihuahua se reconnaissent difficilement du même pays, s’il n’était cette bannière nationale qui les unit. Entre l’Amérique du Nord, à laquelle il appartient géographiquement et vers laquelle tous ses regards sont rivés, et l’Amérique latine à laquelle on le rattache culturellement et qu’il méconnaît profondément, le Mexique déroute. Il déboussole dans ses métropoles modernes et peuplées de références aux anciennes civilisations. Le Mexique incarne, par-dessus tout, une Amérique mythique et éternelle, faite de cités perdues et d’eldorados à venir.
Acteur de ses propres stéréotypes, le pays peine à s’en affranchir. Dire, par exemple, que « les Mexicains rient de la mort » pour expliquer la célébration, le 2 novembre, du Jour des morts, est un raccourci pittoresque. Personne, en réalité, ne songe à rire de la mort dans ce pays où des milliers de personnes ont payé, ces dernières années, une tragique rançon à la cruauté des cartels et au fiasco de la guerre contre la drogue. Or, cette violence est devenue un trait identitaire qui s’exporte. Elle triomphe sur pellicule et sur papier, à l’ère des livres, des films et des séries aux titres incisifs : Narcos, Sicario, Cartel... Il en ressort un Mexique cinématographique qui, sans être complètement déconnecté de la réalité, n’en est pas moins folklorisé.
Néanmoins, le quotidien des Mexicains s’apparente au scénario d’un film social : des millions de travailleurs sans aucun droit, gravitant autour de grands centres urbains pollués, entassés dans des faubourgs insalubres jouxtant des quartiers résidentiels de luxe, parsemés de villas et de golfs et délimité par des murs fortifiés. Populations indiennes appauvries, mines creusées dans leurs montagnes sacrées, campagnes abandonnées, pouvoir confisqué par quelques clans, ostentation écœurante d’une élite baignant dans le mépris, le racisme et la frivolité. Elle est loin la révolution de 1910, celle de Pancho Villa et d’Emiliano Zapata, assoiffée d’égalité et de revanche sur les oligarchies de leur époque.
Le Mexique a souvent été décrit comme el país donde no pasa nada, « le pays où il ne se passe rien ». Et pourtant... Rarement le pays aura connu une telle vigueur, une telle inventivité. Porté par une population jeune et des investissements étrangers qui affluent dans l’industrie et le tourisme, le pays se targue d’être un géant américain, tout en valorisant son héritage préhispanique, sa culture foisonnante et sa nature prolifique. Colonisé hier, migrant aujourd’hui, le Mexique est d’abord insoumis.
Dans ce pays où la chanson dit que La vida no vale nada4, la vie est, partout, plantureuse : dans ses vallées où pousse le café, dans ses canyons sertis de cascades, dans les brumes de sa Sierra Madre, dans ses forêts sanctuaires d’orchidées, de papillons et de jaguars, dans ses déserts de cactus ou de sel, sur les flancs de ses volcans, sur ses chemins arides et dans ses mangroves, dans les plaines du Nord et dans les jungles du Sud... Le pays se livre sans détours : exubérant, parfois excessif, toujours romanesque. À la question « pourquoi le Mexique ? » l’écrivain Carlos Fuentes répond par une profession de foi : « Le Mexique ne s’explique pas ; on croit dans le Mexique, avec fureur, avec passion, avec découragement5 ».
1 Tissu en laine, considéré comme l’équivalent mexicain du poncho.
2 Langue originelle des peuples du centre du Mexique, la plus répandue en Mésoamérique à l’époque préhispanique. Elle est encore aujourd’hui la langue indienne la plus parlée au Mexique, avec 1,5 million de locuteurs.
3 Fermier.
4 « La vie ne vaut rien » : paroles de la chanson Camino de Guanajuato, de José Alfredo Jiménez.
5La plus limpide région, Gallimard, 1982.
À la place du cœur, il y a le Zócalo. C’est sur cette place que tout un pays et son histoire confluent en un palpitement incessant. Pour la fête nationale, la foule s’y presse pour voir le président agiter le drapeau depuis le balcon du Palais national. Une autre foule lui succède, celle des manifestants qui réclament, le reste de l’année, sa démission. En hiver, par 25°C au soleil, on y installe une patinoire géante. Au printemps, 500 jeunes filles y célèbrent leurs quinze ans aux frais de la mairie, princesses en robes pastel et diadèmes nacrés. Shakira et Justin Bieber y ont chanté devant 200 000 personnes. Des prédicateurs au verbe haut, exégètes de conspirations en tous genres et baratineurs de malheurs y improvisent régulièrement une tribune, montent sur un tabouret et trouvent parmi les passants amusés une foule à haranguer. Des étudiants se sont couchés sur ces pavés pour manifester1. Des travailleurs y ont campé pour défendre leur travail. Des parents y ont brandi la photo de leur enfant tué.
Il ne se passe pas un jour sans qu’un nouveau chapitre de l’histoire de la ville et du pays, du plus saugrenu au plus protocolaire, du plus rebelle au plus conformiste, ne s’écrive sur le Zócalo. J’ai foulé cette esplanade pour la première fois en 2007. Depuis, chaque visite m’en révèle une physionomie différente. Le Zócalo est toujours le théâtre d’autre chose, la scène d’une ville tumultueuse qui se représente elle-même dans un mouvement incessant. Il n’y a pas de regard qui puisse englober sa totalité. C’est l’une des plus grandes places du monde dans l’une des plus grandes villes du monde.
L’un de mes premiers reportages à Mexico m’apprit ce que ce gigantisme pouvait avoir de volontaire. Le sujet en était le curieux engouement des Mexicains pour les records. Le Mexique est le pays qui détient le plus grand nombre de records répertoriés dans le fameux livre Guinness. Le Zócalo a été le cadre du plus grand baiser synchronisé, du plus grand mariage collectif, de la dégustation du plus gros sandwich et de la couronne des rois, la rosca de reyes2, la plus massive, de la plus longue passerelle de mode et de la photographie rassemblant un nombre record de personnes nues.
Le Zócalo est le centre de la mégalopole actuelle, construit comme un couvercle sur le centre de son ancêtre anéantie, pour étouffer le passé. Tout doit y être plus grand. Et, si possible, improbable, à l’image de Tenochtitlan, l’ancienne capitale de l’empire aztèque, ville invraisemblable édifiée sur un lac. Dans un recoin de la place, un monument rappelle la légende de la fondation de la cité, bâtie en 1325 par les Aztèques là où leur était apparu, sur un îlot rocailleux au milieu d’un lac, un aigle posé sur un nopal3, dévorant un serpent. Le drapeau mexicain a imprimé cette légende. La vaste esplanade serait une steppe de béton nue s’il n’y avait, planté en son centre, ce drapeau. Immense, solennel, il bat le vent de ses 25 m de long.
Sur tout le flanc oriental de la place, le Palais national étale ses 200 m de façade en tezontle, roche volcanique rougeoyante qui rappelle la situation géographique particulière de cette ville : en plus d’être édifiée sur un lac, elle est logée dans une vallée cernée de volcans. Le siège du pouvoir politique côtoie la cathédrale, dont l’inclinaison rappelle la fragilité du sol. Monuments de la conquête espagnole, le palais et la cathédrale ont été érigés sur les décombres et avec les pierres du Templo Mayor, cœur cérémoniel et politique de l’ancienne capitale aztèque, là où régnait le tlatoani, l’empereur, avant d’être détruit par les conquistadors. À l’ombre de la cathédrale penchée, le Grand Temple des Aztèques exhibe ses entrailles à ciel ouvert. Luttes de pouvoir, honneurs et sacrifices aux divinités, liesse populaire et révoltes, tout se joue et s’est toujours joué ici, sur la scène du Zócalo.
Entre le site archéologique et la cathédrale, on se faufile dans une dimension anachronique. Des groupes d’hommes au torse peint, coiffés de plumes, frappent le sol de leurs pieds, leurs chevillères de coquilles de noix résonnant comme des grelots. Leurs atours exubérants renvoient au jaguar, à l’aigle et au quetzal4, les animaux de la mythologie mexica5. Ils s’inspirent des illustrations de guerriers aztèques consignées dans les codex préhispaniques. Saisissante explosion de couleurs en mouvement, leur danse trépidante donne soudain vie aux ruines du Templo Mayor. Elle invoque Quetzalcóatl, le Serpent à plumes, à la fois divinité et personnage légendaire, dont le culte s’est étendu dans toute la Mésoamérique.
De l’autre côté de la cathédrale, d’épaisses bouffées d’encens se répandent. Au cœur de ce nuage aromatique, les chamanes du Zócalo célèbrent des rituels de purification individuels. Tout de blanc vêtu, le front ceint d’un bandeau rouge, le yerbero6 agite son encensoir, où brûle la résine de copal, tout autour de la personne, tandis qu’il lui frappe la tête, le torse et les jambes à l’aide d’un bouquet d’herbes, tout en prononçant des incantations en nahuatl. Le week-end et les vendredis 13, des files de passants se forment pour se faire administrer une limpia
