Notes sur l'art de shikantaza - Olivier Winghart - E-Book

Notes sur l'art de shikantaza E-Book

Olivier Winghart

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Beschreibung

Ce livre est un recueil de notes sur la pratique zen de shikantaza (juste s'asseoir) par l'auteur ces trente dernières années. La pratique de shikantaza est très subtile et profonde, sous une apparente simplicité. Elle est décrite ici non pas par un maître ou un moine mais par un adepte laïque, avec sincérité mais sans prétention. Ce recueil fait suite à un ebook publié chez Amazon en 2015 sous le titre "Open without knowing".

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Seitenzahl: 60

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Table des matières

Préface

Pour qui est cet ouvrage ?

Que contient-il ?

Note

Mise en garde

Remerciements

I.

Facettes de shikantaza

Shikantaza: première approche

Sans aucun souhait

Le shikan de shikantaza

Avec ténacité

L’esprit stable et clair

II.

Réflexions autour de shikantaza

Une pratique équilibrée

Shikantaza et la voie des Bouddhas

Auto-confrontation

Paradoxes de la pratique

L’attention et l’espace

À l’aise dans la joie

De retour sur le marché

III.

En allant plus avant

Esquisses d’indications

Croyances de base

Retour à zéro

L’insondable

Lexique

Bibliographie

Quelques ouvrages des années 70

Ouvrages plus récents

Pour étudier davantage le bouddhisme

Quelques articles

Annexe

Notes de Maître Yokoyama sur des enseignements de Maître Sawaki

Les deux entrées et les quatre pratiques de Bodhidharma

Un exercice : Assis sans méthode

Un autre exercice : Les prostrations lentes

Photo: Jan-Erik Lindgren

Préface

Cet essai a trait à la pratique du bouddhisme zen, telle que j’ai pu la vivre ces trente dernières années, avec en particulier shikantaza, la pratique centrale dans cette tradition (au moins dans l’école Sôtô).

Pour moi, l’image de départ est celle d’un joyau caché dans ce qui apparaît comme un enfer, une pratique de vie très ardue, presque au-dessus de mes forces : la pratique de vie d’une grande intensité que m’avait montré mon premier maître, le moine itinérant Kôshô Murakami, et que je n’avais pas pu ou pas su suivre complètement à l’époque. Je voudrais dans ce livre évoquer ce joyau, en donner le parfum, en indiquer la présence.

Je ne suis pas plus qualifié qu’un autre. J’ai avec moi mon honnêteté et ma foi, et ce que j’ai éprouvé en trente ans de pratique du zen. Sur le chemin, j’ai eu la chance de côtoyer plusieurs maîtres de la voie du zen et j’ai eu l’impression d’être plutôt lent à intégrer vraiment l’enseignement direct qu’ils m’ont donné.

En ces temps où la méditation est devenue aussi courante en Occident qu’une séance de musculation ou de jogging, en ces temps où le bouddhisme même fait office de réconfort psychologique athée, dont les bienfaits et les effets sont de plus en plus sanctionnés par la recherche scientifique contemporaine, je veux revenir au message central du Bouddha. Revenir à la direction sans couleur et non dénaturée de la voie d’éveil, ce joyau insaisissable dont je parlais plus haut.

Pour qui est cet ouvrage ?

Cet ouvrage s’adresse à quelqu’un qui a déjà l’intuition, le pressentiment de cette pratique mais ne sait pas par où commencer, où se tourner, où diriger son effort ou comment l’appliquer.

Ce peut être aussi pour des pratiquants sincères qui peuvent confronter leur propre expérience à ce que je décris et ouvrir ainsi de nouvelles perspectives.

C’est enfin pour moi-même, afin de formuler de façon compacte et fluide ce qui a formé ma vie ces trente dernières années et de m’approcher ainsi d’une vision synthétique de la doctrine bouddhiste sous l’angle du bouddhisme zen.

Que contient-il ?

L’ouvrage est construit en trois parties et une annexe. La première partie présente la pratique de l’assise de façon assez directe et concrète. Elle est suivie d’une deuxième partie, plus de réflexion et de contextualisation de cette pratique. La troisième partie pointe vers ce qui est au-delà de notre compréhension, au-delà d’une pratique spécifique.

L’annexe comprend des notes de Maître Yokoyama et un court commentaire de Maître Sheng-Yen non encore traduit en français, sur le traité attribué à Bodhidharma, Les deux entrées et les quatre pratiques. Deux exercices simples et concrets closent le livre.

Note

Cet ouvrage fait suite à un essai publié en anglais comme livre électronique à l’été 2015, Open without knowing (https://www.amazon.com/Open-without-knowing-Notes-along-ebook/dp/B011F2UBMS ).

Le lecteur – sous réserve de pouvoir lire l’anglais – pourra s’y référer pour tous détails techniques sur la posture de zazen, détails que je n’aborderai pas ici.

Mise en garde

Ce que je décris de cette pratique vécue, ce ne sont que des mots. Il ne faut pas confondre la pratique en silence et ses descriptions verbales. Pour employer une image classique, il faut distinguer le doigt qui montre la lune de la lune qui est pointée du doigt.

Remerciements

Du fond du cœur, je remercie ici Maître Kôshô Murakami, disciple de Maître Kôdô Sawaki. J’ai suivi Maître Murakami pendant douze ans ; il reste pour moi la source vivante de la pratique du zen.

Je dois beaucoup aussi à John Crook, parti trop vite, et à Maître Chi Chern, que j’ai suivi ces six dernières années.

Merci encore à d’autres enseignants notables du zen avec qui j’ai pu pratiquer : Tenshin Reb Anderson, Shôhaku Okumura, Tom Wright et Isshô Fujita entre autres.

Certains enseignants de yoga m’ont aussi apporté une aide précieuse : je pense ici à mon ami Basile Catomeris, à Jiří Čumpelík et à Éric Baret.

I. Facettes de shikantaza

Cet homme oisif de la Voie,

Au delà des études et qui va sans effort

– 1e strophe du Shodoka de Maître Yung-chia

Le mot ‘shikantaza’, ou ‘pratique’ la plus élevée du zen, veut dire juste s’asseoir, ou pour le dire d’une autre manière, cela veut dire aller au-delà de toute pratique. – Albert Low, enseignement oral

Shikantaza: première approche

‘Shikantaza’ est un mot japonais qu’on traduit d’habitude par ‘Juste s’asseoir’, ou ‘Seulement s’asseoir’. Littéralement, si l’on assemble les quatre idéogrammes du mot, on arrive à ‘rien d’autre que précisément s’asseoir’. S’asseoir et rien d’autre que cela. Ce mot désigne en fait une manière de pratiquer zazen, l’assise zen. De quoi s’agit-il ?

Maître Murakami nous disait : « Zazen n’est pas une méditation. C’est la forme vivante de Bouddha. » Ce qui, j’en suis bien conscient, ouvre plus de questions qu’il ne donne de réponse ou d’indication…

* * *

Shikantaza, en réalité, se réfère à une pratique très avancée, très profonde, cachée sous une extrême simplicité : juste s’asseoir, en claire conscience de ce qui se passe, et laisser tomber, laisser reposer toutes choses à ce moment-là. S’asseoir, clairement conscient de notre assise, juste cela. Et, chaque fois que nous remarquons que nous faisons quelque chose d’autre, simplement revenir à ce processus d’être assis en claire conscience d’être assis.

A priori, dit comme ca, tout est très simple, mais quand on se met à essayer, concrètement, physiquement sur son coussin, les choses se compliquent. Qu’est-ce que je dois faire ? Comment m’approcher de cette pratique ? Dois-je me relaxer et laisser faire la nature, ou au contraire me concentrer fortement et m’efforcer de suivre cette instruction ? Et comment m’assurer que je fais effectivement ce que je crois faire ou ce que j’ai l’intention de faire ?

* * *

Comme pour d’autres voies spirituelles, il est pratique de voir de plus près tout ce que cette pratique n’est pas, dans son intention initiale. Pour commencer, ce n’est pas un entraînement mental. L’organisme, le système humain tout entier est impliqué et s’y adonne. L’esprit est collé au corps, uni au corps et revient à sa posture primitive, qui est juste d’éclairer et de prendre son espace.