Nourrir mon Enfant intérieur - Anne Claude - E-Book

Nourrir mon Enfant intérieur E-Book

Anne Claude

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Beschreibung

"Je sais très bien ce qu'il faut faire pour bien manger, pourquoi je n'y arrive pas ?". Grignotages, flemme de cuisiner, repas expédiés, kilos émotionnels... Si notre Enfant intérieur était derrière tout cela ? Souvent rabroué et abandonné, parce qu'il faut "être fort", "avoir de la volonté", l'Enfant intérieur, coeur de nos émotions, de nos besoins fondamentaux, de nos envies, peut générer des comportements compulsifs, où nous ne comprenons pas ce qui nous arrive : "C'est plus fort que moi !". Avec humour et tendresse, une diététicienne épicurienne vous livre le fruit d'années d'expériences avec ses patients. La Thérapie de l'Enfant intérieur permet d'écouter les parts de nous que nous négligeons, faute d'avoir appris à en prendre soin. Elle vise à nous reparenter. Associée à une approche comportementale de la diététique, elle permet de déjouer les ressorts qui nous poussent dans les comportements à l'origine de nos prises de poids. Grâce à ce livre riche d'exemples vécus et d'exercices pratiques à expérimenter au quotidien, apprenez à instaurer un dialogue constructif avec votre Enfant intérieur. Libérez-vous des compulsions, adoptez de nouveaux comportements alimentaires et trouvez enfin l'équilibre auquel vous aspirez. Une aventure unique, dont les effets positifs rayonneront dans tous les domaines de votre vie.

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Seitenzahl: 247

Veröffentlichungsjahr: 2020

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A nos Enfants, avec tendresse

Nous ne décidons pas comme nous le voulons ni de notre poids ni de notre façon de manger. De nombreux facteurs jouent, que nous ne maîtrisons pas et dont nous n’avons pas toujours conscience. Est-ce à dire que nous sommes impuissants ? Certainement pas. À une époque de surconsommation et de recommandations contradictoires, manger ne va plus de soi. Nous devons réapprendre à écouter nos besoins et à gérer nos envies. Heureusement, notre corps a la capacité de se réguler. À condition de le respecter.

Jean-Philippe ZERMATI

Les enfants qui ne sont pas aimés pour ce qu’ils sont vraiment ne savent pas comment s’aimer eux-mêmes. Devenus adultes, ils doivent apprendre à nourrir, à materner leur propre enfant perdu.

Marion WOODMAN

Un jour […] Julia ressentit un grand vide. […] Un vide qui aspirait tout. Julia tenta de le remplir, de le boucher, de l’effacer pour qu’il disparaisse. […] une voix qui venait du sol se fit entendre. Elle disait : « Arrête de chercher partout et cherche à l’intérieur de toi. »

Anna LLENAS

Table des matières

Un puissant désir de partager

A l’époque de mon apprentissage en pâtisserie, ma popularité avait atteint des sommets. La simple évocation de mon activité (appuyée par la dégustation de mes dernières créations), m’attirait la sympathie de l’assistance.

Curieusement, mon nouveau métier de diététicienne n’a pas produit les mêmes effets. J’ai appris à être prudente, à n’en parler qu’en prenant des pincettes. Mais quand l’info est lâchée lors d’un dîner, je vois de petits nez penauds se pencher vers les assiettes. J’entends alors murmurer : « Tu sais, d’habitude je mange équilibré » par des adultes-Enfants, la gorge nouée par la peur d’être jugés. Alors je dis malicieusement : « Je suis une diététicienne, mais épicurienne ! », et je reprends du gâteau au chocolat pour détendre l’atmosphère !

En vérité, j’emploie le mot « épicurienne » avec sérieux, parce que la philosophie qu’il désigne guide très précisément ma pratique.

J’ai été une petite fille « grosse », une adolescente « en surpoids », et une jeune adulte « bien en formes ». J’ai connu les insultes dans la cour de récréation, les regards gênés des costumières lors des spectacles de fin d’année, la honte durant les cours de sport, et l’effondrement en larmes dans les cabines d’essayage… J’ai fait aussi l’expérience du régime, pas méchant, « l’équilibre alimentaire », grâce auquel j’ai perdu 10 kg en 6 mois, et repris 20 kg les trois années qui ont suivi. Puis j’ai connu deux déclics, comme des révolutions dans ma tête, qui m’ont permis de me libérer du surpoids : parce que je le vaux bien, parce que je suis digne et capable.

L’idée de la diététique ne m’est venue cependant que bien plus tard. Mes premières amours ont été les Beaux-Arts. Mais vers la fin de mes études en mode touche-à-tout, je me sentais frustrée de ne vraiment maîtriser aucune technique créative. J’avais entre-temps découvert la cuisine, et jouer à transformer les aliments pour m’en délecter me procurait un plaisir jubilatoire ! C’est finalement l’art culinaire que j’ai décidé d’approfondir. J’ai choisi la pâtisserie, enthousiasmée à l’époque par l’idée qu’elle ne répondait pas à un besoin mais à un désir, en pur plaisir.

Parallèlement à mon apprentissage, j’ai poussé pour la première fois la porte d’un magasin bio. J’ai été ébahie par la quantité d’ingrédients nouveaux, leurs qualités et propriétés différentes, l’élargissement considérable du champ d’expérimentation qu’ils m’offraient. Je commençais également à comprendre l’existence du lien entre alimentation et santé, et j’ai compulsé de nombreuses informations sur le sujet. Les aléas de la vie m’ont donné l’opportunité de travailler en épicerie biologique, et j’ai pris conscience de mon goût du partage, de la transmission. Je désirais proposer des ateliers de cuisine saine et gourmande, mais pas sans renforcer mes connaissances en nutrition.

C’est là que je suis entrée en diététique, à reculons d’abord, parce que le discours institutionnalisé me semblait déjà limité. Cependant, l’approfondissement de la connaissance des aliments, de leur composition, de leurs transformations dans le corps m’ont passionnée, les fonctions admirables de notre organisme émerveillée, et surtout, le contact avec les patients profondément nourrie. Et puis, durant mes études, j’ai eu vent d’une autre approche de la diététique, une approche comportementale. Il ne s’agissait pas de se positionner en « Moi je sais et Toi tu ignores », mais de permettre au patient d’accéder à son propre savoir inné, à ses propres ressources.

Tout était là, ou presque : il manquait une approche psychothérapeutique structurée, et la Thérapie de l’Enfant intérieur a apporté une nouvelle corde à ma harpe.

Je sais, pas seulement avec ma tête, mais dans ma chair, que les facteurs de modulation de notre poids sont bien plus complexes et subtils qu’une simple addition / soustraction de calories. Cadrer l’alimentation sans s’intéresser au comportement alimentaire, c’est ne considérer que le sommet de l’iceberg. Le plus important est la partie cachée, car dans l’ombre et le froid, un Enfant nous attend.

Avec ce premier livre, mon désir est de partager une part importante de ce qui a nourri mon expérience jusqu’à aujourd’hui. Le but est que chacune et chacun puisse trouver des pistes de réflexion, et surtout d’expérimentation, pour goûter à plus de sérénité alimentaire.

Ma rencontre avec Pichounette, ma petite fille intérieure, est une des plus belles expériences que j’aie vécues. Les outils que j’ai acquis ces dernières années m’ont permis d’établir un dialogue bienveillant et efficace de moi à moi. De plus en plus facilement, je me vois mobiliser, en moi-même, les ressources pour traverser mes épreuves. Je souhaite à chacune et chacun de goûter à cette force magnifique et enrichissante qu’est le dialogue avec notre Enfant intérieur.

Aujourd’hui mon poids peut fluctuer au gré des événements que je traverse, mais je ne me sens plus démunie. Riche de mes expériences, je suis tendrement déterminée à prendre soin de cette part si vibrante et émouvante qu’est l’Enfant intérieur.

Expérimentez, goûtez la joie de retrouver vos appétits naturels, surtout passez à l’acte.

Vive les Mangeurs libres !

Mise en bouche

« Je voudrais manger sainement, arrêter les grignotages. Mais je n’y arrive pas, c’est comme si quelque chose me poussait à continuer… ». Nous ne sommes pas tout seul dans notre tête ! Cœxistent en nous de multiples voix, qui dialoguent harmonieusement, ou qui luttent et se répriment. L’Enfant intérieur est la personnification d’une de ces parts de nous. Il s’exprime à travers nos émotions, et aussi nos envies, élans de vie, qui manifestent nos besoins fondamentaux et nos aspirations profondes. Souvent nous rabrouons cet Enfant, parce qu’il faut « être fort », « ne pas craquer », « avoir de la volonté »... Cette part blessée peut alors se manifester dans des comportements compulsifs, où nous ne comprenons pas toujours ce qui nous arrive : « C’est plus fort que moi… ».

La Thérapie de l’Enfant intérieur est une approche qui permet d’écouter les parts de nous que nous négligeons, faute d’avoir appris à en prendre soin. Elle vise à nous reparenter. Associée à une approche comportementale de la diététique, elle permet de mieux comprendre les ressorts qui nous poussent vers des comportements inadaptés. Il est alors possible d’installer un dialogue constructif avec notre Enfant intérieur (notre corps, ses besoins, nos élans de vie…), pour sortir des modes réactionnels, adopter de nouveaux comportements alimentaires et trouver un équilibre harmonieux.

A l’origine, diététique signifie art de vivre. Son objectif est d’enseigner la mise en œuvre des moyens qui soutiennent une vie équilibrée, en santé, tant au niveau physique que psychique, tous deux étant tellement imbriqués.

En diététique « classique », telle qu’elle est encore enseignée aujourd’hui, l’accompagnement consiste à donner au patient des consignes alimentaires à respecter. Ces consignes, plus ou moins strictes et restrictives, sont des régimes. Dans ce schéma interviennent un thérapeute « qui sait ce qui est bon pour nous », et un patient « qui l’ignore et doit être cadré ». Or très souvent les personnes que je rencontre en consultation commencent par me dire : « Je sais très bien ce que j’ai à faire, mais je n’y arrive pas… ».

Dans l’approche comportementale de la diététique, nous partons du principe que chacun est apte à assurer son équilibre par lui-même. Nous sommes tous dotés des moyens d’identifier nos besoins pour y répondre. Il y a près de 2 500 ans, le philosophe Socrate disait déjà : « Que chacun s’observe lui-même et note quelle nourriture, quelle boisson, quel exercice lui conviennent, et comment il faut en user pour conserver la santé la plus parfaite. Si vous vous observez ainsi, vous trouverez difficilement un médecin qui discerne mieux que vous ce qui est favorable à votre santé. » C’est si vrai. Nous détenons les clés de notre équilibre. Il s’agit de reconnecter en nous notre propre guide-éclaireur, bref, revenir à l’écoute de notre Enfant intérieur.

Il sera nécessaire pour cela de remettre en cause de très nombreuses croyances qui circulent autour de la diététique : « il faut se restreindre », « il ne faut pas manger entre les repas », « il y a des aliments à éviter pour rester mince »… Même le sempiternel « manger 5 fruits et légumes par jour » est relatif ! Comment prendre le recul nécessaire et déterminer ce qui est bon pour nous, ici-maintenant ? En revenant à l’écoute de nous et de nos bons sens. Ce livre est conçu pour nous y aider.

Mon approche de la diététique est profondément épicurienne. Elle vise à nous permettre de redécouvrir nos besoins authentiques, et la joie simple et profonde que l’on éprouve à les satisfaire. Elle accueille également nos « écarts », nos contradictions, avec bienveillance : le but n’est pas d’adopter un comportement alimentaire irréprochable, mais de garder à portée de vue notre boussole intérieure. Et quand l’équilibriste que nous sommes penche trop d’un côté du fil, être en mesure de retrouver notre axe.

Goûter la sérénité alimentaire, fort de l’estime que nous nous portons, vibrant avec nos envies et résolu à prendre soin de nous : bienvenue chez les Mangeurs libres !

Les exemples qui illustrent les propos de ce livre s’inspirent de mon expérience, comme de celle des patients que j’ai accompagnés au long de ces années. Les noms, situations, ont été modifiés afin de veiller au respect de la confidentialité, et simplifiés pour le confort de la lecture.

Dans le texte, les mots « Parent, Enfant, Adulte » précédés d’une majuscule désignent les États du moi. Avec une minuscule, ils évoquent un adulte, un enfant ou un parent réel.

J’ai choisi un « nous » singulier pour écrire ce texte. Ce « nous » intégratif parle de vous, de moi, de chacun à la fois. Parce que nous partageons grand nombre de valeurs, avons les mêmes besoins fondamentaux. Parce que nous sommes porteurs de tous les potentiels, avons en nous « les graines de tout ». Certaines ont éclos et se sont développées, d’autres sont en dormance… Tous dans un même bateau, si profondément liés : bienvenue chez les humains !

Nota bene : Les propos de cet ouvrage ne se substituent pas à un avis médical, ni à un traitement ou régime qui vous aurait été prescrit. Afin de travailler sur votre alimentation et votre comportement alimentaire, il vous est recommandé de vous adresser à un professionnel de la nutrition qualifié, et formé à une approche non restrictive des troubles de l’alimentation et du poids.

CHAPITRE 1

A la rencontre de l’Enfant intérieur

D’où vient l’Enfant intérieur ?

Le concept d’Enfant intérieur apparaît pour la première fois dans les travaux du psychiatre Carl Gustav JUNG1. Sous la forme de l’archétype de l’enfant divin, il désigne la part de nous qui conserve un fonctionnement d’enfant. Le concept sera ensuite repris dans de nombreuses approches psychologiques. Dans les années 60, le Dr Éric BERNE2 l’intègre à un modèle de la construction de notre personnalité, nommé les États du moi. Il distingue trois structures : Parent, Adulte et Enfant. Mais il existe différentes manières de dissocier les acteurs de notre dialogue intérieur : en Thérapie de l’Attachement Intérieur, le Dr Margaret PAUL distingue seulement deux états, un enfant et un adulte, tandis qu’Isabelle PADOVANI3 évoque de « multiples aspects intérieurs » sans limite de nombre. La Thérapie de l’Enfant intérieur, enseignée par Sylvie DEPLANTE-COTTET4, s’appuie sur un schéma en trois fonctions – Parent, Adulte, Enfant – sur lesquelles mon approche s’articule.

Sur le plan neurologique, cette structuration est parlante. Notre cerveau comporte différentes strates ou zones fonctionnelles, que nous pouvons schématiser ainsi :

le cerveau archaïque, strate la plus profonde, qui gère ce qui a trait à la survie et aux réflexes conditionnés,

le cerveau limbique, cerveau des émotions,

le néocortex, siège du rationnel, de la logique.

Les 3 cerveaux :

Cerveau reptilien

Cerveau limbique

Néocortex

Vue : coupe profil droit

A la naissance, seules les parties qui gèrent survie et émotions sont fonctionnelles : nous sommes à l’état d’Enfant. C’est depuis cet état que nous réagissons à la satisfaction ou à l’insatisfaction de nos besoins : stress et pleurs quand nous avons faim ou soif, sommes épuisé ou avons besoin de libérer les tensions ; joie et gazouillis quand nos besoins sont nourris…

Durant la croissance, le néocortex se développe, pour achever sa pleine maturité aux alentours de 25 ans. Une structure particulière, le cortex préfrontal, est alors en pleine capacité de jouer son rôle de régulateur des émotions. C’est lui qui nous permet notamment de prendre du recul sur ce que nous éprouvons5.

Nos états de Parent et d’Adulte quant à eux se développent progressivement. Ils s’enrichissent de notre expérience, et nous permettent d’agir de manière autonome et autodisciplinée selon nos valeurs.

Cependant, les cerveaux archaïque et limbique, eux, restent les mêmes : de tout temps, leur fonction est de veiller à la satisfaction de nos besoins pour notre survie. Ils sont toujours les premiers à traiter les informations que nous percevons, et à réagir. Ainsi notre Enfant intérieur ne grandit pas : même lorsque nous sommes adulte, nous éprouvons des émotions comme un enfant de 6 ans, et c’est normal. C’est un non-sens de demander à notre Enfant intérieur de grandir : de même que notre oreille ne peut devenir un œil, nos cerveaux archaïque et limbique ne peuvent devenir du néocortex !

Alors allons à la rencontre de notre Enfant, de notre Parent et de notre Adulte intérieur, pour mieux les connaître, mieux les aimer et mieux les vivre.

Mon Enfant intérieur

Depuis notre état d’Enfant, nous éprouvons des besoins : besoins physiques, dont les besoins alimentaires font partie, et besoins psychiques, comme nos besoins de convivialité et de partage. En corrélation, nous ressentons des émotions, dont la fonction est de nous renseigner sur leur degré de satisfaction : joie, apaisement, plaisir quand un besoin est satisfait ; contrariété, sensation de vide, impatience ou dégoût, quand il ne l’est pas.

C’est par des sensations physiques, en lien avec nos besoins et émotions, que notre Enfant s’exprime6. Nos sens sont notre portail d’accès à ce qui se passe autour de nous, et aussi en nous : goût, odorat, toucher, vue, ouïe, et intéroception (c’est-à-dire la perception de nos états internes). Les sensations perçues nous renseignent sur notre état physiologique et sur notre environnement. Comme un tableau de bord de nos ressources, qui indiquerait nos manques et nos déséquilibres, ils nous permettent d’agir de manière informée. Parfois même sans que nous ayons totalement conscience de ce qui nous a aiguillé, inspiré. Ce sont nos bons sens.

J’observe comment mon Enfant intérieur se manifeste

Lorsqu’un choix ou une situation nouvelle se présente, j’observe dans mon corps la dynamique de mon Enfant intérieur : est-ce que je sens de l’enthousiasme, comme un élan de joie qui active mes cellules, autre chose ? Ou bien ma gorge se serre-t-elle, est-ce que je sens mes bras sans force, mes jambes flancher ou mon ventre se nouer ? Cela me donne-t-il envie ou bien me rebute-t-il ? Ça me fait oui ou ça me fait non ?

J’observe aussi mes intuitions : « je le sens bien / je le sens mal ». Expressions de mon Enfant intérieur, elles donnent des indices sur mon état du moment et mes besoins. Je m’exerce à y prêter attention.

Distinguons deux natures d’Enfant intérieur :

l’Enfant libre

, spontané, directement connecté à ses besoins authentiques et fondamentaux,

l’Enfant adapté

, qui s’est construit progressivement, en interaction avec son entourage et son environnement. Deux Enfants adaptés cohabitent en nous :

un Enfant adapté Rebelle et un Enfant adapté Soumis.

L’Enfant Soumis est cette part de nous qui nous permet de respecter les limites de vitesse et nous arrêter au feu rouge, de payer nos achats avant de sortir du magasin, de dire « s’il vous plaît » et « merci » selon les codes de politesse en vigueur. Il nous permet de nous adapter aux règles de la société où nous vivons (lois, bienséance…), pour notre sécurité et notre intégration dans le groupe.

Parallèlement, réalisant que certaines règles peuvent être incohérentes ou inadaptées à nos besoins, notre Enfant Rebelle s’est développé : c’est lui qui nous pousse à traverser hors d’un passage piéton quand le prochain se trouve à 200 m et qu’il n’y a pas de voiture à l’horizon ; lui qui nous permet de laisser passer la personne pressée et qui n’a que deux articles, bien que nous soyons arrivé en premier à la caisse du magasin ; encore lui qui nous pousse à dire non quand un chef nous demande de travailler une fois de plus un jour férié alors que nous avons à cœur d’être en famille… Notre Enfant Rebelle est utile lui aussi, il nous aide à respecter nos limites et nos besoins.

Les parts Enfants de nous fournissent des informations précieuses et permettent notre bon fonctionnement, à condition d’être écoutées et prises en compte par un Parent intérieur. Livrées à elles-mêmes, elles peuvent nous faire agir de manière impulsive, immature, et mettre à mal nos besoins sociaux, vitaux... Quand notre Enfant se perd dans son imaginaire et ses suppositions7, qu’il est en prise avec des croyances8, de la pensée magique9, des injonctions ou des habitudes10, nous pouvons agir en décalage voire en opposition avec nos besoins, et adopter des comportements dysfonctionnels11.

Nous pouvons appeler le répertoire de nos croyances et de nos schémas le Mental. Alimenté d’idées issues de notre expérience ou transmises par notre entourage, le Mental est comme une nuée de pensées brutes et décontextualisées. Aussi avons-nous besoin de prendre du recul à leur égard, pour éviter d’agir impulsivement. Cette prise de recul est difficile pour notre Enfant, chez qui le Mental peut activer des émotions intenses, et dont l’imagination puissante peut faire oublier la réalité. Quand notre Enfant est « hameçonné » par le Mental, c’est à notre Parent d’accueillir ses émotions. Notre Adulte considérera les choses avec objectivité, dans le contexte présent, pour nous éviter de jouer des scenarios dysfonctionnels.

Or, quand elles nous ont été transmises par des figures d’autorité, les pensées émanant du Mental peuvent prendre l’allure d’un pseudo Parent intérieur : observons ces pensées qui, lorsqu’elles nous traversent l’esprit, sont dites sur un ton professoral, autoritaire ou militaire, prennent l’allure d’un Sage, d’un chef ou d’un savant… Autant d’images impressionnantes pour notre Enfant intérieur, et propres à activer son stress. Quand notre vrai Parent intérieur s’adresse à nous, que nos valeurs guident nos choix et nos actes, notre Enfant ressent plus d’apaisement, ses émotions baissent d’intensité.

Je repère les interventions du Mental

Dans la formulation des pensées qui me traversent, je suis attentif(ve) aux généralités telles que « de tout temps », « jamais / toujours », et aux marqueurs indéfinis (« cela se fait », « on m’a dit », « il ne faut pas »…). J’observe également leur allure : le ton sur lequel je les entends, la visualisation d’une figure d’autorité qui les énonce…

J’observe les émotions et ressentis que déclenche en moi l’activité du Mental : stress, tensions, nervosité, accélération du rythme des pensées, autre chose ? Je m’exerce, lorsque je perçois ces sensations, à identifier la pensée qui les a déclenchées.

J’ai fait une expérience d’hésitation entre m’adapter à des injonctions (obéissance au Mental) et écouter mon intuition (besoins authentiques de mon Enfant intérieur). Celle-ci m’a particulièrement marquée : je sortais tout juste d’un rhume carabiné qui m’avait affaiblie durant plusieurs jours, et je bénéficiais d’une journée libre chez moi. Une amie m’a contactée pour l’accompagner en balade, et j’ai pu observer en moi un dialogue à multiples voix :

la première voix m’a dit : « J’aime me promener en forêt et ça me fait du bien »,

la seconde a répondu : « Oui, mais là je ne le sens pas, ça me fait non… »,

la troisième : « Je sors de plusieurs jours de grand affaiblissement, peut-être un repos total aujourd’hui serait-il nécessaire pour m’assurer d’être totalement guérie ? »,

la quatrième : « Tu vas passer pour une chochotte ! Il fait un temps magnifique, tu es remise, ne fais pas ta paresseuse et bouge-toi ! ».

J’ai entendu chacune des voix, et finalement choisi de me mettre un coup de pied au derrière pour obéir à la quatrième. Nous avons fait une randonnée de deux heures, avec un dénivelé modérément important. Le temps était splendide, je me suis sentie plutôt confortable tout du long, et me suis régalée de panoramas et de parfums de forêt ! Je me suis réjouie à mon retour à la maison de m’être fait un peu violence pour goûter à cette expérience agréable. Et le lendemain, je suis restée clouée au lit, dans un état de faiblesse que je n’avais jamais connu ! J’ai pu me lever pour une brève toilette, et dû m’aliter de nouveau parce que je ne tenais plus debout. Pour couronner le tout, je me suis forcée à me rendre à une invitation afin de ne pas vexer nos hôtes, pour finalement devoir écourter mon séjour, de sorte que la personne qui nous recevait s’est tout de même froissée… Quelle leçon ! J’avais choisi d’écouter le précepte qui m’humiliait et me faisait violence plutôt que de prendre en compte mon intuition. C’est mon Enfant libre qui a tout d’abord exprimé sa joie à la perspective d’une balade avec une amie, puis qui s’est ravisé au contact d’un ressenti profond. C’est mon Enfant Soumise qui a obéi au Mental et s’est fait violence pour y aller malgré les signes. Le troisième acteur était l’Adulte, qui a analysé la situation selon les informations disponibles et son expérience. Mais le grand absent était mon Parent. Il ne s’est pas saisi des informations des deux précédents et n’a pas pu décider d’une action qui protège, par exemple ne pas y aller ou y aller à condition de...

Depuis cette douloureuse expérience, je suis particulièrement attentive aux petits signes de « ça me fait non », et je mobilise mon Parent intérieur. Une fois la situation observée, je mène l’enquête en interrogeant mon Enfant : « Qu’y a-t-il ? De quoi as-tu besoin ? ». Les expériences que je vis sont clairement plus sereines quand mon Parent intérieur se penche avec bienveillance vers la Petite Moi.

Mon Parent intérieur

Depuis notre état de Parent, nous sommes en mesure de prendre soin de nous en étant attentif à nos besoins, et en faisant ce qu’il faut pour y répondre. Mais le soin consiste aussi à nous poser des limites, des cadres pour notre bien.

Nous pouvons envisager deux Parents intérieurs :

l’un

Nourricier

qui accueille, rassure, encourage, soutient ;

l’autre

Normatif

, qui cadre, donne des limites pour notre bien et notre sécurité.

Côté comportement alimentaire, lorsque nous avons faim, le Parent Nourricier cuisine un petit plat à notre goût et prend le temps de savourer. Quant au Parent normatif, il dira : « Mieux vaut ne pas grignoter maintenant, je vais me couper l’appétit pour le soir alors que c’est important pour moi de profiter de cette sortie prévue au restaurant ».

Notre Parent intérieur est le gardien de ce qui est important pour nous, de nos valeurs. Quand elles guident nos actions, nous nous sentons aligné, « droit dans nos bottes ». La connexion à nos valeurs permet de mobiliser le courage d’agir malgré les difficultés, la fatigue, la souffrance. On oppose le courage à la lâcheté. Celle-ci est définie comme un excès de passivité, une forme d’inertie, une abdication devant l’effort. Or des études récentes en neurosciences indiquent que notre cerveau est conçu pour « le moindre effort ». En effet, « quand l'accès à la nourriture devenait difficile, les comportements sédentaires permettaient de sauvegarder l'énergie qui s'avérait décisive pour la survie. »12 Notre instinct nous pousse naturellement à éviter les difficultés. On peut dire de notre Enfant intérieur qu’il est naturellement paresseux face à l’effort. Nous avons donc besoin de notre Parent pour mobiliser notre courage, et dépasser cet instinct, quand cela compte pour nous.

Certaines définitions du courage l’opposent à la peur. La réalité est nuancée : il ne s’agit pas de s’opposer mais de faire avec. Ignorer la peur, c’est agir avec témérité, comme une tête-brûlée, sans tenir compte des signaux de notre Enfant intérieur. Notre Parent agit avec courage quand il prend en compte l’Enfant, et choisit d’agir malgré sa peur. La peur nous donne l’intuition de ralentir pour agir avec prudence13. Ainsi nous pouvons prendre le temps d’évaluer objectivement la situation, avant de finalement faire ce qui compte pour nous.

Je contacte mon Parent intérieur

Je commence une liste de mes valeurs, ce qui compte pour moi, ce qui enrichit ma vie et qui lui donne du sens (quelques exemples : prendre soin de ma famille, partager des relations d’amitié, être autonome, être en bonne santé, acquérir de nouvelles connaissances ou compétences, être équitable, être fiable…). Je me connecte successivement à chacune de ces valeurs, et j’observe en moi les sensations que leur pensée me procure : élan, douceur, joie, enthousiasme, calme, dynamisme, apaisement, détermination, autre chose ?

Puis je me remémore une situation où j’ai pu honorer l’une de ces valeurs malgré des difficultés, et en tirer de la gratification.

Un exemple : en rentrant tard du travail, j’ai pris du temps patiemment pour partager un moment avec mon jeune enfant, malgré ma fatigue. Et j’ai ressenti de la joie à honorer ma valeur « famille ». La fatigue n’a pas disparu et le besoin de repos était toujours présent, mais pour mon Enfant intérieur, il a été plus doux de patienter sachant que j’honorais quelque chose de précieux pour moi.

C’est à mon Parent intérieur de rappeler à l’Enfant ce qui compte : « Oui tu es fatigué et je vais prendre soin de ton besoin de repos, mais notre petit bout est tout excité de nous voir et il est très difficile à son âge de patienter, apaiser ses émotions par lui-même (intervention de l’Adulte qui rappelle les faits). Alors je te propose que nous prenions d’abord le temps d’écouter ce qu’il souhaite nous raconter, en goûtant à la joie de partager ses découvertes, de le câliner, le temps que son excitation s’apaise, puis nous nous occuperons de nous délasser et prendre du repos. »

Mon Adulte intérieur

Depuis notre état d’Adulte, nous sommes capable d’observer avec objectivité, d’être critique, de résoudre des problèmes avec logique. Nous raisonnons avec froideur, sans émotion, pour avoir un regard clair sur la situation. Notre Adulte est aussi à même d’analyser nos vécus pour étoffer notre expérience. Ainsi cette part grandit et s’enrichit avec nous, tout au long de notre vie.

Typiquement, lorsque nous nous apprêterons à commander une plantureuse coupe de crème glacée après un repas déjà copieux, l’Adulte pourra nous rappeler que nous avions mal digéré lors d’une expérience similaire. Il relèvera aussi qu’au final, parce que nous avions déjà largement dépassé notre rassasiement, nous n’avions pas franchement apprécié notre dessert. Nous pourrons alors choisir, en Parent pour nous-même, de renoncer à cette gourmandise pour éviter de l’inconfort, ou autre chose…

Je repère mon état Adulte

Pour activer mon Adulte intérieur, je me confronte au réel. Pour m’aider, je peux me raconter une histoire : « Je suis capable de courir 100 m en 10 s », « Je peux lire dans les pensées des autres », « Je peux traverser le mur comme un passe-muraille »… Je m’absorbe dans cette pensée, dans ma tête je « fais comme si » en visualisant la scène, en imaginant les sensations que cela me procure…