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Si je m'observe intimement, si je réussis à distinguer ce qui, en moi, est perceptions du monde extérieur, émotions ou pensées, puis-je parvenir à mieux me connaître ? Existe-t-il différents degrés d'intensité de conscience, expliquant que mon expérience phénoménale devant une rose rouge et mon analyse de cette fleur, de sa beauté sont deux facettes de la conscience ? C'est la démarche que je suis, dans les pas de Montaigne et de Martin Heidegger.
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Seitenzahl: 172
Veröffentlichungsjahr: 2024
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A toi, maman, pour ton soutien sans faille, même si tu ne comprenais pas toujours ce que j’écrivais, ce que j’essayais d’exprimer.
INTRODUCTION
JE est CONSCIENT
Ce que mon cerveau me donne à voir…
Ce que le voyage de la nuit m’apporte…
Les images mentales de mon cerveau…
Ce que ma conscience peut contrôler…
JE est tout en REPRÉSENTATION
Ce que mon cerveau perçoit…
La naissance des émotions…
La tête dans les nuages…
Ce que je pense de mes pensées…
JE crée un MONDE INTÉRIEUR
Ce que JE me suis construit…
Ce que ma nature, mon espèce disent de moi
Ce que ma culture dit de moi…
Ce que ma personnalité dit de moi…
Ce que mes relations disent de moi
JE est une BOUCLE ÉTRANGE
Le rôle des intentions dans tout ‘
ça
’
Alors ? Ma conscience est-elle homogène ou duale ?
Serais-je moi aussi une boucle étrange ?
Pourquoi JE est-il conscient ? Quelle est sa fonction ?
ÊTRE ou ne pas ÊTRE
Epilogue
APPENDICE
Encyclopédie
« C'EST icy un livre de bonne foy, lecteur. Il t'advertit dés l'entree, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privee : je n'y ay eu nulle consideration de ton service, ny de ma gloire : mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ay voüé à la commodité particuliere de mes parens et amis : à ce que m'ayans perdu (ce qu'ils ont à faire bien tost) ils y puissent retrouver aucuns traicts de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entiere et plus vifve, la connoissance qu'ils ont eu de moy. Si c'eust esté pour rechercher la faveur du monde, je me fusse paré de beautez empruntees. Je veux qu'on m'y voye en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans estude et artifice: car c'est moy que je peins. Mes defauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l'a permis. Que si j'eusse esté parmy ces nations qu'on dit vivre encore souz la douce liberté des premieres loix de nature, je t'asseure que je m'y fusse tres−volontiers peint tout entier, Et tout nud. Ainsi, Lecteur, je suis moy−mesme la matiere de mon livre : ce n'est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si frivole et si vain. A Dieu donq. »
De Montaigne, ce 12 de juin 1580
Il est un âge à partir duquel l’individu de l’espèce humaine peut être amené à comprendre qu’en fait il ne sait rien.
Alors, aussi diplômé, décoré, médaillé, reconnu, récompensé, honoré soit-il, il se met à douter. Enfin !
Il est un âge qui cristallise des années d’expériences, de réflexions, de déconvenues, de découvertes, en une humble sagesse : « je ne sais qu’une chose : je ne sais rien ».
Et très vite peut pointer en lui la pensée selon laquelle il devrait en être de même pour chaque être humain. Mais il la refoule, s’interdisant de penser à la place de son prochain, voire de généraliser à toute l’humanité. Il est lui-même la seule matière de son art, ou de son livre s’il se nomme Montaigne. Tout au plus il témoignera de la compassion envers quiconque qui s’enorgueillirait de son savoir, et surtout de tout savoir.
Il est un âge à partir duquel l’être humain, qui s’était peut-être barricadé derrière une forteresse de croyances et de prétendus savoirs, voit sa citadelle culturelle s’effondrer, et le savoir dévoiler sa véritable nature : une ‘vérité’ relative et contextuelle.
Cet âge, que chaque être humain est pourtant amené à connaître, ne correspond pas à un nombre d’années fixe et universel ; l’individu peut aborder cette phase de doute alors qu’il est encore enfant dans un pays devenu dramatiquement inhumain, ou à l’opposé à la veille de sa mort, comme un éclair de sagesse. Beaucoup de témoignages le confirment.
Certaines traditions évoquent ces deux phases et le passage de l’une à l’autre en utilisant les mots de savoir d’une part, de connaissance d’autre part. Le savoir serait quelque chose qui nous est enseigné de la naissance à l’âge par exemple de quarante ans, quelque chose qui vient de l’extérieur à chacun de nous, alors que la connaissance, dont nous ferions l’expérience plutôt après quarante ans, permettrait d'appréhender la véritable réalité en la vivant de l’intérieur. Il est possible de dire aussi que le savoir est figé à un moment donné, alors que la connaissance est un processus dynamique permanent.
J’ai conscience que tout ceci n’est qu’enfilement de mots, que chacun doit s’efforcer de retrouver l’idée derrière leur enlacement, le trait d’union entre le savoir enseigné et la connaissance… en saignée, le moment de bascule entre ‘je sais, je dois savoir, voire je sais tout’ et ‘j’ai conscience que je ne sais rien, j’expérimente, je con-nais’. Que chacun d’entre nous se rassure, le passage a toujours lieu.
Il est donc un âge où l’individu saisit enfin qu’il ne sait rien, que son soi-disant savoir est surtout une juxtaposition de récits, plus ou moins cohérents, toujours contextuels, invérifiables, impersonnels et permettant de lui donner un sens exotérique / extérieur à ce qu’il vit, alors que la connaissance et le chemin spirituel sont des démarches ésotériques, intérieures, personnelles.
Et par voie de conséquence, il est aussi un âge civilisationnel où un ensemble d’individus, une organisation humaine peut ne plus se focaliser uniquement sur le savoir technologique, la jouissance matérielle d’un bien, pour enfin accéder à la connaissance, au bien-être psychologique et spirituel de chacun. Plutôt que de prendre la voie de la société dystopique décrite dans le film ‘Divergente’, avec ses cinq factions et la naissance d’individus divergents, la société actuelle a opté pour une doctrine unique, un sens exotérique unique, à savoir : considérer tout principe spirituel et transcendant comme annexe, vain, voire illusoire, et ramener toute réalité à la matière immanente ainsi qu’à sa jouissance. La société humaine est-elle encore trop jeune ? Disparaîtrons-nous avant de nous apercevoir de notre foncière erreur ?
La thèse défendue ici est la suivante : cet âge, qu’il soit dans la tranche relative à l’adolescence ou proche de la fin de vie, qu’il soit individuel ou sociétal, cet âge correspond à la prise de conscience, par la personne physique ou morale, de ce que sont réellement la conscience et la connaissance, et par extension les limites de son savoir.
Pour une telle prise de conscience, il faut réussir à désapprendre, à déconstruire son système de savoirs ou du moins à le relativiser. L’individu commence à se connaître, à renaître, à vivre en pleine conscience, lorsqu’il commence à douter, à remettre en cause, à décider par lui-même de ses opinions ou de ses actes, à n’accepter aucune idée qu’il ne comprendrait pas et qu’il ne jugerait vraie.
Or être capable de juger vraie l’idée selon laquelle savoir et connaissance recouvrent l’un une dimension générale, impersonnelle et extérieure, l’autre une dimension individuelle, personnelle et intérieure, requiert un travail, du courage, un lâcher-prise. Un travail par exemple sur ce que sont l’intelligence d’une part et la conscience d’autre part.
Un travail bien-sûr en toute conscience…
La plupart du temps, conscience est un terme dont on ne sait plus exactement ce qu’il recouvre. Est-ce de l’attention (‘awareness’) ? Faut-il la définir par opposition à tout ce qui est inconscient en chacun de nous ? Est-ce le sentiment de n’avoir rien à se reprocher (avoir alors bonne conscience) ? Est-ce relatif aux pensées (j’ai conscience que …) ?
Je me lance : qu’est-ce qu’être intelligent, qu’est-ce qu’être conscient ? Être intelligent c’est, entre autres, être capable de détecter et de comprendre des émotions. Et aujourd’hui, on sait très bien programmer des robots pour détecter et analyser des émotions de manière beaucoup plus fine que ne le font des êtres humains. Être conscient, c’est bien autre chose. La conscience, c’est la capacité à éprouver des émotions. C’est la capacité à se constituer comme étant différent des autres, à constituer sa propre identité, au travers des interactions que nous développons avec les autres, au travers des émotions que nous ressentons lors de ces interactions. Emotions que nous intériorisons sous forme de sentiments, par-dessus lesquels nous construisons un système de pensées, et grâce auxquels nous nous con-naissons. Il s’agit donc bien d’apprendre à se connaître.
L’objet de cet essai n’est pas de fournir à nouveau des outils pour apprendre à se connaître (l’acceptation de soi, l’estime de soi ou la méditation en pleine conscience) ; de nombreux ouvrages, très réussis comme ceux de Christophe André, le font bien mieux. Son objet est de me montrer, à travers l’étude de mes observations, que c’est le seul travail qui vaille, que l’essence même de la conscience est cette con-naissance.
Je n’ignore pas que ce travail, c’est-à-dire l’étude de mon fonctionnement intime, psychologique, mental et, ainsi, de ce que pourraient être ma conscience et la conscience en général, est une des choses les plus difficiles qui soit. Quelle approche prendre, quelle méthode choisir ? Philosophique, scientifique, métaphysique ?
Vis-à-vis d’une approche philosophique qui se voudrait trop systématique, le philosophe Henri Bergson nous avise : « une philosophie trop systématique interpose le problème suivant : avant de chercher la solution, dit-elle, ne faut-il pas savoir comment on la cherchera ? Étudiez le mécanisme de votre pensée, discutez votre connaissance et critiquez votre critique : quand vous serez assurés de la valeur de l’instrument, vous verrez à vous en servir. Hélas ! » Me faut-il savoir au préalable comment je chercherai la conscience ou faut-il que je me lance dans mes observations, sans méthode ? Puis Bergson enchaîne immédiatement : « ce moment ne viendra pas. Je ne vois qu’un moyen de savoir jusqu’où l’on peut aller : c’est de se mettre en route et de marcher. »
Par ailleurs, toute approche qui se voudrait cette fois scientifique doit conjuguer à la fois la réflexion, le raisonnement d’une part et l’épreuve de l’expérience, l’expérimentation ou l’observation d’autre part. Je repense au poème d’Allan Edgar Poe, découvert récemment, dans lequel l’auteur s’amuse de l’étrange idée qui a été mise dans la tête de tout un chacun : il n'existerait pour les humains que deux routes praticables conduisant à la Vérité : la philosophie déductive ou a priori, qui part d’axiomes et conduit à des conséquences, et la méthode inductive ou a posteriori, qui procède par l'observation et la transforme en lois générales. Ce que l’on peut résumer ainsi :
une approche axiomatique, platonicienne, descendante, ou
déductive
, selon laquelle nous acceptons les axiomes ou la Révélation, à partir desquels nous développons les conséquences ;
une approche expérimentale, aristotélicienne
1
, ascendante ou
inductive
qui consiste à extraire des concepts, des lois à partir de l’expérience, des faits.
Il est effectivement étrange que l’on n’en connaisse pas d’autres depuis… Pour ce qui me concerne, je vais surtout procéder selon la seconde approche, inductive et a posteriori, tentant d’extraire des lois générales à partir de mes observations intimes.
Pour avancer dans cette approche expérimentale, pour tirer le vin (la connaissance) de l’ivraie (le savoir, voire l’ignorance), je vais donc m’étudier, m‘essayer, comme le fait Michel de Montaigne dans ses ‘Essais’. C’est-à-dire m’observer intimement, de l’intérieur et sans beauté empruntée… Pour Henri Bergson, c’est aussi la meilleure façon d’entamer ce chemin : s’observer, se choisir comme propre matière de l’étude de la conscience et la travailler.
La remarque qui suit prêtera à sourire : s’observer intimement présuppose que l’individu qui s’étudie soit conscient. Des philosophes ont étudié cette question avec sérieux. Henri Bergson par exemple, lors d’une conférence, nous défie ‘de prouver, par expérience ou par raisonnement, que moi, qui vous parle en ce moment, je sois un être conscient. Je pourrais être un automate ingénieusement construit par la nature, allant, venant, discourant ; les paroles mêmes par lesquelles je me déclare conscient pourraient être prononcées inconsciemment.’ C’est inattendu et déconcertant, mais si l’on y réfléchit bien, le philosophe a raison : chacun d’entre nous ne sait rien dire des autres, à part ce qu’il projette sur eux, par analogie. Je vais donc supposer que je suis conscient, ce que personne d’autre que moi ne pourra prouver ou contredire.
∞∞∞
Alors, qu’est-ce qu’être intelligent / avoir un savoir, qu’est-ce qu’être conscient / chercher la connaissance ? Être intelligent, je l’ai dit, c’est être capable de détecter et de comprendre des choses ; être conscient, c’est la capacité de les éprouver. Pour aller plus loin dans la compréhension de la conscience, une approche axiomatique et déductive procéderait à des travaux encyclopédiques, à la façon Denis Diderot et Jean d’Alembert, comme la redéfinition de tous les notions gravitant autour de la conscience : faculté d’attention d’une part (‘awareness’ en anglais), conscience et inconscience d’autre part; sans oublier la conscience d’accès à une information (selon Stanislas Dehaene du collège de France) et la pleine conscience… Des travaux qui embrasseraient l'ensemble des connaissances et des disciplines : philosophie, sciences dures et psychologie. Sans oublier l’ésotérisme ou plutôt les Traditions Anciennes. On y trouverait une définition universelle de ‘la prise de conscience’, de ‘la conscience d’accès à l’information’, de ‘l’expérience consciente’, ‘des processus mentaux’, de ‘l’information intégrée et conscientisée’, ‘des schémas cognitifs’, des ‘récits’ que l’on se raconte et auxquels on peut être amené à croire, etc.
Une telle encyclopédie n’existe pas. Et si d’ailleurs elle existait, elle nous apporterait du savoir et non de la connaissance, l’approche axiomatique et platonicienne restant au niveau des idées. Je vais néanmoins tenter d’en élaborer une, à partir de l’étude de mes observations intimes, mais elle n’aura pour seule prétention, seule vocation que d’être précisément la mienne.
∞∞∞
Avant de débuter ma marche sur le chemin des observations intimes, je partage un dernier élément de méthode. Pour décrire ce que j’observe et tenter d’en tirer des inductions, je devrai évidemment utiliser des mots, une syntaxe, une grammaire. Mais, comme l’ont déjà formulé des initiés vis-à-vis d’une démarche très similaire : ‘Ne prenez pas les mots pour des idées ; efforcez-vous toujours de découvrir l’idée sous le symbole. Vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et ne jugiez vraie.’ Sous les mots que je devrai inéluctablement utiliser, je m’efforcerai de découvrir l’idée ou le vécu qui est réellement signifié. Mais malgré le soin que j’apporterai à bien les choisir, mes mots pourraient encore trahir les émotions qui me traversent par ailleurs, les préjugés que je n’ai pas encore pu effacer ou mon attachement à tel ou tel système de pensées. Les mots sont réducteurs.
Néanmoins écrire ses observations reste un sain exercice, de toute façon. Avec ou sans dévoilement d’une réalité plus profonde.
Trêve de mots introductifs derrière lesquels l’idée reste à découvrir, suspension de précautions qui ne concernent que le savoir, tout mon propos jusqu’à présent était encore relatif à ce dernier (un savoir) et non à la connaissance. Il est temps de m’observer maintenant.
Pour ce faire, je décide d’avoir auprès de moi un carnet et d’y noter le fil de mes perceptions, émotions et pensées. Je m’exécute aussitôt, posant un carnet vierge à proximité du clavier de l’ordinateur.
1 « On reconnaît l’arbre à ses fruits »
De la conscience et de l’inconscience,
du sommeil paradoxal,
et de ce que ma conscience peut contrôler.
Ce que mon cerveau me donne à voir…
Je suis assis devant mon ordinateur, dans la pièce bleue ; vous l’êtes probablement aussi, sur une chaise ou dans un fauteuil, en train de me lire. Mes trois ou quatre doigts tapent vigoureusement sur les touches du clavier, les vôtres probablement tournent les pages ou cliquent sur l’écran de votre tablette. Mes mâchoires se desserrent légèrement, petit-à-petit déchargées du stress lié à l’exercice d’écriture. Je fais une pause et pousse une respiration lente, abdominale… Je sens alors en moi cette respiration régulière, profonde, infaillible, intarissable…
Sentez-vous aussi la vôtre ?
J’entends alors Allan Poe me souffler : « c'est avec une humilité non affectée, c'est même avec un sentiment d'effroi, que j'écris la phrase d'ouverture de cet ouvrage ; car de tous les sujets imaginables, celui que j'offre au lecteur est le plus solennel, le plus vaste, le plus difficile, Le plus auguste… » Moi aussi, cher Allan, c’est avec une humilité non affectée que j’entame ces observations. Où vont-elles me mener ? Vais-je réussir ? Le sujet que je m’offre et que je vous offre par là-même est … moi-même.
En ce jour d’avril 2023, je décide donc de me lancer dans la même entreprise d’introspection qu’ont déjà menée d’illustres penseurs philosophes comme Michel de Montaigne, René Descartes, Henri Bergson, Allan Poe ou plus récemment Daniel Bennett : étudier expérimentalement ce qu’est la conscience, à partir du seul sujet à ma disposition, moi-même ; me livrer à des observations intimes...
∞∞∞
Déjà j’observe (au présent de l’indicatif) une perception : je ne réussis pas à taper sur les touches aussi rapidement que je le souhaiterais, mes pensées affluent à une trop grande vitesse. Je ne m’en m’émeus pas ; je l’observe, c’est tout.
Ce faisant, c’est-à-dire remarquant le léger retard entre mes activités cérébrales et digitales, j’observe aussi qu’à cet instant précis, ma conscience ne cherche ni à retenir un événement du passé, ni à anticiper sur ce qui n’est pas encore : elle est focalisée sur le moment présent.
Henri Bergson a écrit dans ‘L’énergie spirituelle’ que « la conscience signifie d’abord mémoire ; conservation et accumulation du passé dans le présent […]. Retenir ce qui n’est déjà plus et anticiper sur ce qui n’est pas encore, voilà la première fonction de la conscience. Il n’y aurait pas pour elle de présent, si le présent se réduisait à l’instant mathématique. »
Certes, “retenir ce qui n’est déjà plus est la première fonction de la conscience” (Bergson) et “mes affections m’emportent [aussi] au-delà de moi” (Montaigne), mais contrairement à ce qu’en disent ces deux philosophes … mon présent conscient semble bien plus épais que ces derniers ne le suggèrent. Plus épais que l’instant t, défini en mathématiques. Oui, je pense que l’instant présent peut prendre une épaisseur. Une épaisseur qui enfle lorsque je suis pleinement présent, et qui désenfle lorsque je suis happé par mon quotidien. N’est-ce pas déjà une énorme découverte personnelle ? Je l’écris dans mon encyclopédie :
Encyclopédie : le PRÉSENT
Le présent conscient semble avoir une épaisseur, toute personnelle ou subjective. Une épaisseur qui enfle lorsque l’on est pleinement présent, et qui désenfle lorsque l’on est happé par son quotidien.
Puis mon esprit se concentre, précisément dans son épais présent, sur l’ordonnancement des pensées qui continuent de jaillir ; il les couche sur le papier, dans mon carnet, d’abord pour les identifier, peut-être aussi pour en assagir le flux :
Benjamin, mon fils ainé, vient de m’informer qu’il ferait le voyage cet été pour ses 30 ans ! Je suis si heureux de pouvoir alors lui préparer une petite fête à cette occasion.
Les céphalées de tension réapparaissent depuis quelques jours ; il me faudra veiller à reprendre du CBT.
Le temps de ce week-end permettra peut-être une randonnée avec Claire dans la région.
Claire et moi envisageons à nouveau d’adopter un chien, un chien abandonné ou en errance …
Pendant ce temps, votre esprit était probablement occupé à lire ce qui était écrit, tout en observant, peut-être, les autres perceptions, émotions ou pensées qui toquent à la porte de votre conscience : un chat vient ronronner à vos côtés, réclamant de l’attention ; un enfant joue, assis à vos côtés ; une tasse de thé fume légèrement, embaumant la pièce …
Observer le fil de ses pensées est fascinant, c’est du moins mon constat. Elles courent comme des lapins, elles sautent du coq à l’âne, elles bavardent comme des pies. Parfois je suis l’objet d’une d’entre elles, je pense alors à moi. Ainsi je me rends à nouveau compte que je peux être (ou JE peut être) tour à tour l’objet ou le sujet, l’observé ou l’observateur, le pensé ou le penseur, le contenu ou le contenant.
Dans un tel contexte, qu’est-ce que je peux vraiment nommer ‘je’ et ‘moi’ ?
Encyclopédie : OBSERVÉ et OBSERVATEUR
L’observateur est le sujet, celui qui est conscient de quelque chose (ici une information, une pensée). L’observé est l’objet, il est l’information conscientisée.
Que sont ‘je’ et ‘moi’ dans tout ça ?
∞∞∞
Mon esprit bifurque, sans s’en rendre compte2, vers la vision du verre devant lui, c’est-à-dire devant moi. Je fais alors, consciemment ou non, l’expérience de la visualisation : l’image du verre est reconstituée dans mon lobe occipital à partir des informations visuelles reçues par les deux yeux et leurs canaux optiques.
