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Il s'agit d'un essai portant sur la notion de sagesse, de liberté intérieure, de bonheur à partir du vécu personnel de l'auteur et d'apports philosophiques provenant de l'oeuvre de Spinoza et de celle de plusieurs philosophes contemporains.
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Seitenzahl: 290
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Précédentes publications :
Alessandra, Nadejda, Sabrina. Ed. BoD, 2010
Pour Elle. Poèmes et autres textes. Ed. BoD, 2012
Mobilités. Etude comparative (Camus, Th. Gautier, L.F. Céline). Ed. BoD, 2014
Présence culturelle roumaine dans le Sud-Ouest aux XIXe et XXe siècles. Ed. BoD, 2016
Le défi artistique. Ed. BoD, 2020
Ecrire, un vrai plaisir ! Ed. BoD, 2021
Quiconque se soumet de bonne grâce à la nécessité est sage. Epictète
Si le thème de ce livre vous a interpellé - celui de la conquête du Soi à partir d'une intiation à la sagesse -, c'est que vous êtes interessé par le développement de votre propre personne, par une quête orientée vers le souhait de vous rapprocher d'un contexte de vie plus harmonieux, de vous sentir davantage en phase avec l'entourage. Avant de pouvoir accéder à ce qui est désiré, il est tout d'abord nécessaire, de s'informer sur l'objet (le bonheur, au sens large du terme) convoité, grâce à la mobilisation active de ses propres connaissances portant sur soi-même dans un premier temps, sur ses potentialités, sur ses motivations mais aussi sur ses douleurs/souffrances et sur toutes les portes de sortie qui conduisent vers une libération, vers une forme de sagesse, enfin vers la joie.
Il y a une toute première forme de sagesse dans le fait de prendre soin de soi, d'accompagner son devenir, de porter un regard bienveillant sur sa propre personne. C'est ce que l'on nomme l'amour de soi. Cette démarche, impliquant néanmoins une exigence totale, est réellement salutaire. Accessible à tous, cette attitude indulgente envers soi peut déboucher sur une toute nouvelle manière de se situer dans le monde, de ressentir et de relativiser les inévitables événements qui viennent impacter l'existence. Lorsque l'on évoque le concept de sagesse, s'en suivent bien souvent les notions de bonheur, de joie : on peut accéder à cette ultime émotion, à cet état, que si l'on porte un regard quasi philosophique, réflexif sur le contenu de ces deux éléments - bonheur et joie. La connaissance, l'information, la prise de conscience sont des prérequis essentiels à toute acquisition d'attitudes favorisant le bien-être. On peut jouer du piano, ou bien encore peindre honorablement un paysage sans avoir une connaissance préalable du solfège ou de la peinture ; cependant, pour ce qui est du domaine de l'expérimentation et/ou de la reconquête d'un mieux-vivre, il sera nécessaire de gagner, par un effort conscient, en liberté intérieure, d'assurer une déliaison, (terme utilisé par le philosophe Frédéric Lenoir), c'est-à-dire un dégagement envers tout ce qui a, jusqu'à présent, soutenu nos actions, nos désirs. Une autonomie affirmée sera également à développer en amont de la quête de sagesse, de joie et de bonheur, que l'on souhaite mener. Tout reste possible à celui 1 qui n'a pour but que l'apaisement de son âme, de son vécu existentiel. Certes, le paramètre Temps est à prendre en compte. Mais l'important reste ce désir orienté vers le but choisi.
La décision d'engager une réflexion personnelle sur le thème de la sagesse a trouvé son origine au sein d'un vaste tourbillon émotionnel auquel j'ai dû faire face lors de ces dernières années. Une sorte de crise intérieure souvent nommée : la traversée de la nuit noire de l'âme. Cette période de ma vie m'a contraint à trouver des ressources intérieures, à chercher de l'information, à me diriger vers la Connaissance (essentiellement de Soi) et surtout vers un questionnement personnel concernant mes réelles potentialités, mes souhaits, hors de toute attente de la part d'un entourage proche.
La notion de nuit noire remonte au XVIe siècle au travers d'un poème mystique écrit par Saint Jean de la Croix, ayant pour titre Nuit obscure. Il décrit l'importance de l'initiative divine dans l'ascension de l'âme vers Dieu, en s'appuyant sur l'état de nuit spirituelle.
Cette nuit noire ressemble à un effondrement du sens, perçu jusqu'alors, de sa propre vie. C'est une absence brutale de la raison d'exister, une perte significative soudaine de son potentiel originel. Il s'agit en fait d'une période à franchir pour pouvoir accéder à un ailleurs, totalement inconnu. Dans l'apparente obcurité de cette nuit, se dessine l'occasion puissante d'un lâcher-prise à opérer, afin de revenir vers soi, d'être plus concient de son moi. Il s'agit fondamentalement d'une expérience de dissolution, d'une occasion d'éveil de la conscience, d'une (re)mise à jour de son capital intérieur.
Un effondrement des croyances, des liens tangibles qui organisaient notre vie jusqu'àlors, surgit et nous plonge dans le désarroi. Séparation brutale, deuil(s), déception personnelle importante peuvent précipiter ce chamboulement. Une toute autre réalité, une toute autre vérité vient faire surface. Elles deviennent quasiment inacceptables pour l'ego qui va entamer dès lors, un combat quelque peu perdu d'avance.
Car la solution du problème ne se situe pas là. Une prise de conscience de la fin d'un attachement (quelqu'il soit) peut favoriser l'ouverture de l'une des portes qu'il sera nécessaire d'ouvrir afin de pouvoir accéder partiellement ou en totalité, à la compréhension de la période traversée.
Me concernant, avais-je vécu une soudaine expérience mystique qui avait pu m'entrainer dans une transformation, un bouleversement du Moi ? Pas précisément. Cependant, derrière ce séïsme ou ce tsunami intérieur, j'ai eu tendance à assimiler le choix (l'avais-je eu véritablement ?) philosophique que j'avais retenu pour progresser, (celui qui me conduisit vers une approche de la notion de sagesse), comme un exercice de dépassement du moi partial, égocentrique ; un dépassement en vue d'atteindre un niveau de Moi supérieur, qui voit toutes choses dans une perspective d'universalité et prend conscience de lui-même comme étant une partie intégrante du cosmos. Toute forme de spiritualité commence par un lâcher-prise, écrit Anne Cheng (1) dans son livre Histoire de la pensée chinoise, à propos du Tao.
C'est dans cet état que je me suis inéluctablement retrouvé, à la suite de ressentis - très déstabilisants mais également très spirituellement élevés - venant s'installer au coeur de ma vie. Etat qui me fit penser à celui qu'avait évoqué l'écrivain Romain Rolland au cours d'un échange épistolaire avec Sigmund Freud (2): la notion de sentiment océanique (elle sera précisée plus tard).
Il y a quelques années, j'avais développé, pour des raisons personnelles, une passion pour les différents patrimoines de la Roumanie, notamment ceux qui concernent les arts visuels, la musique, la littérature. Ce fut un plaisir immense de participer, en octobre 2010, à un colloque consacré à Albert Camus à l'université de Craiova et de présenter une étude personnelle sur la vie affective de l'écrivain-philosophe. La décision de retenir Camus par le département de littérature française reposait sur le fait qu'il avait déjà fait l'objet de très nombreuses études en Roumanie, élaborées par d'éminents spécialistes.
Mes choix de lecture, à ce moment-là de ma vie, s'orientaient vers des œuvres rédigées par des célèbres et non moins célèbres écrivains roumains lors des siècles précédents. Je découvris entre autres, l'existence et l'oeuvre de Panaït Istrati (mort en avril 1935, à Bucarest), qui utilisait la langue française pour rédiger ses écrits et par ailleurs, j'approfondissais mes connaissances en matière de découverte de la culture roumaine, à partir des ouvrages de Mircea Eliade, célèbre philosophe et romancier.
Concernant Istrati, les Roumains conservent de lui l'image d'un écrivain vagabond, vadrouilleur peut-être contrebandier. Joseph Kessel, dans une préface de l'un de ses ouvrages, s'exprima en termes très élogieux sur l'auteur. Après avoir fait de multiples métiers, Istrati se consacra à l'écriture.
Romancier fécond et conteur extraordinaire, Romain Rolland le surnommera le Gorki des Balkans. Une indéfectible passion de l'humain amenera Istrati vers la construction d'une solide amitié avec l'écrivain bourguignon, Prix Nobel de littérature en 1915. Exilé volontairement vers un pays qu'il chérissait (il maîtrisait parfaitement la langue française) tout comme de très nombreux intellectuels roumains de cette époque, Istrati se retrouva à Nice, en 1920, brisé physiquement et moralement, souffrant de solitude et d'une période de chômage qui n'arrêtait pas de s'éterniser. Romain Rolland viendra à son chevet à l'hôpital Saint Roch où le Roumain fit une tentative de suicide en mars 1921. Grâce à des lettres retrouvées dans ses poches, les services médicaux purent ainsi contacter R. Rolland. Dès sa sortie de l'hôpital, réconforté par l'écrivain français, Istrati reprendra goût à la vie.
C'est ainsi que je découvris d'une part Panaït Istrati, d'autre part le grand écrivain Romain Rolland dont je ne connaissais qu'une seule oeuvre, son célèbre roman Jean-Christophe. Peu de temps après, je découvris également la correspondance qu'il eut avec Sigmund Freud durant plus de dix années, de 1923 à 1936. Au fil des échanges, ils abordèrent des thèmes tels que la nature de la croyance et l'origine du sentiment religieux. Romain Rolland évoquera, dans une de ses célèbres lettres, ce ressenti appelé sentiment océanique : il paraît correspondre à une perception intime de la plénitude, de l'infini auquel nous serions liés. La notion en elle-même a un lien fort avec la naissance du Soi et du Monde.
Ainsi, je rapprochai mon aventure psychologique et spirituelle de celle que Romain Rolland évoqua en son temps, avec la notion de sentiment d'ouverture et d'unité ; une sorte d'état modifié de conscience, de réapparition d'affects, liés à des souvenirs de la petite enfance fit jour ; un vécu, ancré au sein d'un cadre global associant le corps et l'esprit, le corps et l'âme, prit sa place. Une dissolution du Moi, une mort mystique vint donc s'affirmer. Dès lors, il me faut préciser pour être complet, que quelques mois auparavant, ma mère avait changé de monde.
Cher Lecteur, je fais appel à toute votre indulgence concernant les erreurs orthographiques et syntaxiques qui seraient encore présentes dans cet ouvrage, malgré les différentes relectures effectuées. Je vous remercie.
1 L'utilisation du genre masculin tout au long de cet ouvrage a été retenue afin de faciliter la lecture et la compréhension et ne comporte aucune intention discriminatoire.
Lors du dernier projet d'écriture, je n'avais nulle intention de rédiger par la suite un ouvrage supplémentaire sur la notion de sagesse. Ce thème vint cependant m'interpeller. Il me fallut donc l'explorer, à travers la rédaction d'un essai ; essai que vous avez maintenant entre les mains.
Dans le préambule, j'ai fait part de la récente période de ma vie qui m'a conduit à la rédaction de cet essai. A vrai dire, il s'agit bien d'y voir là le point de départ d'un travail d'écriture couplé à un travail de développement personnel, dans le but d'y extraire une valeur ajoutée - une réflexion philosophique thérapeutique - qui permettra au lecteur concerné de (re)trouver la joie, la sérénité, le mieux-être. Il me fut nécessaire de comprendre, d'analyser la situation, d'entreprendre - avec différents outils de développement de soi - un travail d'introspection afin de parvenir à envisager une espérance en matière de guérison, une délivrance.
Ce fut le mot joie qui déclencha mon projet. Il m'interpellait plus qu'auparavant, depuis quelques années. Dès lors, je m'étais mis à l'explorer. Ainsi, je découvris dans une boutique Relay de la gare de Tarbes, en janvier 2021, un livre dont le titre mettait fortement en valeur le mot qui vint par la suite définir l'orientation, l'objectif, de ma future conduite à suivre. Je ne savais pas qu'à partir de la lecture de cet ouvrage puis de ses relectures partielles, un nouveau monde allait s'ouvrir devant moi : je cotôyais celui du développement personnel depuis plusieurs années mais c'est celui de la philosophie (notamment celle qui se veut accessible à tous) qui retint toute mon attention, qui m'apporta une forme de légéreté, de spiritualité à un degré supérieur.
Le Chemin emprunté peut sembler parfois difficile et long. Il exige surtout une ferme motivation, beaucoup d'assuiduité et assurément de la détermination. Se libérer de ce qui entrave notre liberté intérieure représente un des objectifs de vie les plus nobles, les plus réjouissants. Comprendre et agir pour cette libération s'apparente à s'engager dans une quête de sagesse enviable. Le philosophe Robert Misrahi, (3) décédé récemment en octobre 2023, propose dans son ouvrage La jouissance d'être, une définition toute simple de la sagesse : elle désigne un mode d'existence et une conduite dirigés par la raison ; concrétement la conduite du sage est donc marquée par l'équilibre, l'harmonie et la sérénité. Nous la retiendrons comme base de notre étude actuelle avant de la compléter plus tard notamment grâce à l'apport de ses travaux entrepris sur l'oeuvre de l'éminent philosophe néerlandais du XVIIe siècle, Baruch Spinoza.
Parvenu à ce stade du livre, une question reste indéniablement en suspens : est-il encore utile de réfléchir et d'écrire sur la sagesse à notre époque ? La sagesse a-t-elle encore le vent en poupe au XXIe siècle ? Adopter un mode de vie valorisant la vérité et la raison permettra-t-il à l'humain de se hisser vers ce désir universel qui est celui de vouloir instaurer dans sa vie un climat de sérénité, en lui-même et autour de lui-même ?
Compte tenu des injonctions, des consignes qui font toujours florès dans le quotidien notamment au sein du milieu familial et du contexte amical, il peut être intéressant de se pencher sur le sens caché ou relégué de certains mots, de certaines expressions courantes, afin d'explorer leurs significations originelles, sans toutefois considérer toutes les décontextualisations ou modifications sémantiques qui sont intervenues au fil du temps. La polysémie d'un mot reste néanmoins une propriété répandue. Ainsi, lorsqu'il est demandé à un enfant d'être sage, qu'attend-on réellement de lui ? Souvent qu'il se comporte de manière à ne pas entraver la vie des adultes qui l'entourent ou bien encore qu'il s'adapte à l'environnement proche, sans faire de vagues, sans se faire remarquer ; qu'il soit obéissant, poli, qu'il travaille bien à l'école ; qu'il maîtrise au mieux sa nature profonde au sein d'un contexte social (le plus souvent parental). S'il ne parvient pas à épouser ces attitudes, il peut planer sur lui la menace d'un retrait de l'amour ou toute autre sanction venant affecter toute sa sensibilité, son affectivité. Pourtant, l'enfant peut porter en lui un message, une sagesse. Il est essentiel de ne pas restreindre son individualité, sa grandeur, sa sagesse inérieure authentique. Mais que signifie réellement être sage ? Un dictionnaire ayant une bonne réputation, donne deux définitions concernant les adultes (a) et une seule en faveur des enfants (b) :
(a) : 1. qui fait preuve de sûreté dans ses jugements et sa conduite d'une part (avoir la réputation d'un homme sage) ; 2. qui est prudent, réfléchi, qui est conforme à la mesure, au bon sens, d'autre part (prendre des sages mesures).
(b) : qui se comporte avec calme, docilité. Un enfant sage.
Est-ce que ce type de comportement évoqué dans la dernière définition (qui implique une obéïssance à l'adulte sans réflexion, en s'en remettant totalement à son autorité et à son désir pour adopter une attitude docile) permettra à l'enfant, plus tradivement, de devenir pleinement adulte, d'appréhender la notion véritable de sagesse, au sein de son parcours singulier de vie ? Certes, le parent qui demande à son enfant d'être sage ne fait pas de rapprochement totalement conscient entre sa demande - contenant le qualificatif sage - et le concept philosophique de sagesse appliqué à la personne adulte ; à moins qu'un dialogue en amont de la demande parentale ait permis de préciser le sens précis de la notion tout comme celle du bonheur, par ailleurs. A ce propos, l'écrivain et philosophe Frédéric Lenoir qui anime des cours de philosophie à l'école maternelle, aborde ce registre(4). En réponse à l'éternelle question en lien avec la philosophie et concernant entre autres la notion de bonheur, les enfants répondent le plus souvent ainsi : une vie réussie c'est d'abord d'être heureux, c'est d'avoir fait ce qu'on avait envie de faire. Puis, plus tard dans les échanges, arrive parfois la phrase : avoir une vie réussie, c'est être heureux plus autre chose. A partir de là, les notions d'éthique, de bonheur mais également de sagesse commencent ainsi à être évoquées par le philosophe.
De manière naturelle, l'enfant en bas âge exprime pourtant une certaine forme de sagesse. Son innocence, la spontanéité exprimée envers la vie, l'émerveillement, la liberté à l'égard du mental lui permettent de vivre des joies pures (l'apanage du sage !), sans que l'inquiétude ou le raisonnement viennent entraver le côté espiègle, naturel de son âme, de son petit enfant intérieur. Dès son plus jeune âge, l'enfant est donc mis en présence d'un qualicatif (sage) dont il intégrera très vite une signification assez restrictive et même quelque peu dévalorisante. Tout le contraire en fait de ce qui est contenu dans sa substance et dans la notion qui lui est associée, à savoir : la sagesse. Lorsque l'ego n'est pas encore fortement installé et que le mental ne vient pas trop bâillonner les initiatives, le futur adolescent accède davantage à son intuition, à son Soi qu'à son Moi ; ainsi, cette authentique sagesse - de l'enfance - existe pleinement ; cependant, elle n'est que rarement remarquée et reconnue par l'adulte qui ne retient souvent que le comportement expansif, parfois exubérant et débordant de l'enfant.
En définitive, nous côtoyons très rapidement après la naissance la notion de sagesse vraie. On associe rapidement au mot, l'attitude, la manière d'être qu'il faudra(it) développer ; afin surtout de satisfaire le monde extérieur. On la conseille, vivement et souvent à l'encontre du désir d'enfant. Plus tard, le monde intérieur de la personne ainsi devenue viendra de lui-même proposer la reprise de cette voie. Avec davantage d'authenticité, de justesse. Et pour satisfaire l'individu cette fois, pour qu'il trouve un apaisement souhaité par (et en) lui-même. Oui, il aurait été tellement plus simple de conserver cette sagesse enfantine et de vivre sans avoir à essayer de la retrouver, sous une forme ou une autre. Cette sagesse, cette joie liée à l'enfant que nous étions et que nous possédions pour la plus grande partie d'entre nous, il faudra donc se la réapproprier, sous la forme saine d'une enfance retrouvée ; en la faisant rejaillir de soi, grâce à cette notion d'enfant intérieur qu'il sera nécessaire d'interroger, de comprendre, d'élucider. Cette grande sagesse de l'enfance, évoquée par les maîtres taoïstes, inclut ces parts d'innocence, de spontanéité de la vie, de liberté, à l'égard du mental, de l'ego et de la joie pure. Puissions-nous retrouver cette attitude, ce tempérament sage, porteur d'une vie simple, au fil de notre quête vers le bonheur.
Le philosophe Bruno Giuliani (5) nous propose cette définition de la sagesse : elle est puissance de l'esprit qui permet de gouverner la force des affections et de vivre dans la joie par la pratique des vertus. Cet état est susceptible d'engendrer au fil du temps des marques bienfaitrices envers soi-même ; celles-ci viendront nourrir le chemin qui conduit vers la sagesse en se faisant assister par le contentement, par le consentement ; ces notions seront explorées dans les paragraphes suivants. Ce Chemin, qui reste le moins fréquenté, s'avère réellement profitable et devient source de joies. L'effet de la sagesse, c'est une joie continue, a écrit Sénèque dans les Lettres à Lucilius.
Cet ouvrage se veut dès lors être un guide pour tous ceux qui sont à la recherche de la lumière, qui conserve l'espérance tenace d'accéder à la guérison, sachant que l'épreuve traversée a toujours un sens au sein de sa propre vie. Elaboré à partir de mes propres découvertes et de mon vécu personnel, qu'il puisse apporter aux lecteurs un éclairage sur la nécessité d'accomplir un véritable travail sur soi en vue d'une quête de liberté intérieure qui, nourrie d'une sagesse élaborée, permettra d'approcher la joie et l'amour en soi (et de les diffuser autour de soi). Que cet ouvrage puisse également apporter des informations, des compréhensions, des conseils aux lecteurs dans le but de se trouver propulsé petit à petit vers un style de vie totalement différent de celui qui est vécu, suite à des prises de conscience effectuées sur le maintien d'un mode de vie devenu obsolète et par ailleurs, sur le cheminement envisageable à entreprendre afin d'approcher les notions de contentement, de joie d'exister, de joie de vivre, tout simplement. Quant à la bibliographie qui clôture le contenu de l'ouvrage rédigé par le philosophe (6) (celui qui rend accessible des notions fortement complexes), elle m'a permis d'accéder aux réflexions (à travers leurs écrits) de certains Penseurs concernant la joie, la sagesse mais également au sujet de la souffrance, des passions. J'espère qu'elle sera aussi bénéfique pour vous, chère Lectrice, cher Lecteur.
Enfin, il me faut préciser qu'il ne s'agit pas d'intervenir, auprès du lecteur, de manière péremptoire mais plutôt de l'interpeller dans son mode de vie, à partir d'une expérience vécue qui peut se voir comme un témoignage encourageant, pouvant conduire à une réflexion sur sa vie, si toutefois il résonne en lui ; l'apprentissage de la liberté intérieure reste l'objectif fondamental qu'une personne en quête devra(it) développer.
Préambule
Introduction
I- L'expérience du déracinement
II-Théorie et pratiques philosophiques
III- La sagesse, une thérapeutique
Conclusion
Epilogue
Abécédaire
Annexe
Notes
Bibliographie
Peut-être que tous les dragons de notre vie sont-ils des princesses qui n’attendent que le moment de nous voir un jour beaux et courageux. Peut-être que toutes les choses qui font peur sont au fond des choses laissées sans secours qui attendent que nous les secourions. Rainer Maria Rilke
D'une traversée du désert vont surgir, la plupart du temps, des compréhensions, des révélations qui pourront être accompagnées d'une émergence de nouvelles ressources. Une absence soudaine de sens, concernant la situation qui nous est demandée d'affronter, peut conduire à une crise profonde, abyssale. Il devient alors nécessaire de naviguer à vue, en pleine tempête, en plein déchaînement. Il convient d'accepter la déconstruction qui s'opère (sans percevoir encore la venue d'une future transformation), de métamorphoser la souffrance en espérances, la tristesse en sagesse, en future joie. L'acceptation de ce qui se présente, que l'on repousse fermement lors d'un début de crise, va devenir très vite la seule offre qu'il faudra pourtant retenir. L'expérience du vide, la compréhension de l'illusion qui gère notre vie, peuvent être, sinon comprises, mais tout au moins entendues, décryptées par des personnes extérieures, compétentes, qui peuvent dès lors apporter un certain réconfort, une écoute pour le moins apaisante ainsi qu'un regard différent sur ce qui est vécu momentanément par la personne souffrante.
La nuit noire l'âme, précédement évoquée, peut s'assimiler à un déracinement, à l'intérieur de soi. C'est l'équivalent d'un voyage intime indescriptible dans les profondeurs de soi. Tout devient l'objet de reconsidérations, pour un avenir meilleur. Des apports théoriques mais également psychologiques, philosophiques, spirituels et même religieux pour certains seront nécessaires pour quitter le sas dans lequel l'individu se sent emprisonné. Pour ma part, un apaisement s'enclencha à partir de l'intérêt porté à des Résilients, ces hommes et ces femmes qui ont su, qui ont pu rebondir et même renaître à la suite d'épreuves vécues ; mais également grâce à des disciplines, souvent considérées comme étant sans fondement, à des pratiques moins conventionnelles telles que l'astrologie, la divination ou bien encore le magnétisme curatif.
C'est une évidence, nous sommes tous affectés par ce qui a lieu, sur le plan événementiel entre autres, au sein de notre vie personnelle ; mais également par les mutations énergétiques (au sens large du terme) de cette troisième décennie du XXIe siècle. Nous sommes tous impactés par ces phénomènes totalement nouveaux et pour certains, quasi imprévisibles... ou presque. Bien entendu, comme lors des périodes passées au cours des derniers siècles, certaines personnes sont/seront plus affectées que d'autres, en ce qui concerne les besoins de base, matériels principalement. Pour d'autres, ce sont/seront des remises en question personnelles qui s'ajoute(ro)nt à des difficultés matérielles ou non.
La société et donc l'individu sont pris dans une sorte de tornade qui sans aucun doute, a une réelle signification dès lors que l'on veut bien porter un regard plus pointu sur ce qui a lieu. L'existence d'une signification cachée qui accompagne ces événements bouleversants reste encore peu perçue et peu réellement comprise par tous ceux qui vivent des bouleversements dans leur parcours de vie. Pourtant, il s'agit bien de porter un regard différent sur notre existence personnelle, sur ses aléas, au sein de ce nouveau monde qui s'installe ; un cadre de vie, bien différent de celui qui existait lors du siècle précédent, a pris place. Sans aucun doute, chacun à sa façon devra réagir et s'adapter à ce qui surviendra (d'une manière relativement prévisible), à ce qui viendra impacter sa propre existence et celle des siens.
Depuis la crise sanitaire surtout (de mars 2020 à fin juillet 2022) mais également auparavant, sur d'autres aspects de la vie quotidienne nous sommes chahutés ; et sur plusieurs plans. Il y a comme une sorte de réajustement que l'on se doit de réaliser. Personnellement, un bouleversement personnel, familial, affectif a surgi dans ma vie durant cette période et constitue le point de départ de cet ouvrage. Continuer de vivre ordinairement après une telle déflagration s'avère relever de l'impossible. Malgré les initiatives entreprises dans le but de comprendre, d'accepter et surtout d'avancer, j'ai dû aussi admettre que seul le Temps pouvait totalement apaiser la tempête intérieure. Les parois protectrices de la psyché s'étaient évanouies, avaient totalement disparu. Car en plus de la temporalité des événements qui surgirent, il y eut celle de l'inattendu et de sa brutalité
Quant au décès du dernier parent très âgé, l'effet de surprise fut potentiellement mineur, inexistant ; néanmoins le chemin qui mène à la délivrance plombe, paralyse la (en effet, on a remarqué que c'est principalement un seul être qui guide intégralement le défunt vers la fin de sa vie terrestre) personne qui accompagne ce parent, qui lui délivre inconditionnellement compassion et amour filial. Un autre chapitre de la vie se présente fatalement dès que le dernier vient définitivement se clore. Ainsi, ai-je été (comme chacun d'entre nous) confronté à cette réalité.
Cheminer vers une réflexion philosophique, après cette période tumultueuse, s'est finalement imposé à moi, en moi. La découverte notamment, en profondeur, du parcours de vie et de la pensée du philosophe Baruch Spinoza, fut un élément crucial qui me permit d'infléchir la trajectoire de ma vie, le sens de ma destinée. C'est à partir d'une grande détresse personnelle que cet homme est allé chercher ce qu'il nomme un bien impérissable, que rien ne pourra lui enlever, une joie qui demeurerait à jamais ; il va y parvenir et c'est bien là que s'enracine toute une authentique quête de sagesse ; celle-ci se définit dans le fait de ne plus chercher le bonheur à travers les apports de la vie, à partir des événements qui arrivent hors de toute maîtrise, mais à le trouver en Soi.
Entrer dans l'univers de la philosophie de la sagesse m'a sauvé la vie tout comme elle a sauvé Spinoza de la persécution de son entourage. Cette aventure m'a conduit à découvrir Robert Misrahi, un des spécialistes de la pensée du philosophe néerlandais. C'est avec le souhait de donner une nouvelle direction à mon existence, d'engager une quête de sens, de réaliser un travail intérieur, que je mis à lire, dans un premier temps, des ouvrages de Bruno Giuliani, de Frédéric Lenoir tous deux philosophes, qui m'ont permis, entre autres, de progresser vers l'approfondissement théorique des notions de joie, de bonheur, de sagesse. Ce dernier terme fut d'ailleurs celui qui retint toute mon attention. Peu à peu, je me suis approché de la notion, du concept. J'ai senti qu'il venait à moi. J'ai tenté donc de l'explorer, à ma manière.
Ce présent ouvrage, avec son abécédaire, représente un voyage spirituel entrepris pour assouvir une passion qui ne m'a jamais quitté : celle de pouvoir me découvrir afin de m'attribuer la place que je suis censé occuper dans le vaste champ de la société humaine ; celle de trouver un contentement intérieur. Mais aussi celui d'être en paix avec ma propre Existence. La relecture de quelques écrits de Montaigne, pour intégrer en soi l'idée de vertu, m'a également enrichi. En effet, il est intéressant d'avoir la possibilité de définir autrement cette qualité humaine, cette force morale émanant tant du corps que de l'âme ; il est pertinent de la relier davantage à notre Etre spirituel et de l'intégrer au sein d'une éthique personnelle plutôt que de la voir dépendante d'un comportement défini par une religion, quelle qu'elle soit. En effet, la vertu est avant tout cette capacité spirituelle qui conduit une personne, en accord avec sa propre philosophie de vie, à agir éthiquement, en lien avec ses valeurs hautement humaines.
La tristesse de l'Homme me semble venir du constat qu'il ne trouve plus sa vie palpitante, riche, porteuse d'espérance et d'enthousiasme. Dans cette situation, il a souvent tendance à s'agripper à ce qui se situe à l'extérieur de sa personne puisqu'il ne se suffit plus à lui-même lors des moments de solitude. La perte d'une relative autonomie risque de s'amplifier ainsi que son malaise de ne plus ressentir des espaces de joie en son cœur. Cette lumière que représente le pourquoi de son existence ne semble plus briller. Le constituant de cette lumière, c'est la création. Elle représente le socle sur lequel l'humain bâtit sa propre vie. Elle est unique pour chacun et ce qui vient la définir, la constituer se compare à la sève de l'arbre. Sans création, sans acte créatif, sans créativité, l'individu de voit périr peu à peu. L'action n'est plus là et le pouvoir d'exister n'est plus entre ses mains mais entre d'autres, à l'extérieur de lui-même. Il n'existe plus par lui-même. La joie s'est éteinte car il n'y a plus d'actes personnels lui permettant de s'affirmer, d'exister, de faire naître du contentement. La passivité et les passions tristes (Cf. Spinoza) s'installent peu à peu.
Nous avons cette clé qui va permettre à la personne de se réapproprier son soi : c'est sa créativité, ce pouvoir, cette capacité qui fait sortir de soi un matériau, une substance, un artefact qui n'existait pas quelques temps auparavant. Et c'est bien elle qu'il faut à tout prix faire (ré)apparaître, faire jaillir pour retrouver son propre feu intérieur. C'est elle qui va procurer de la satisfaction, du bien-être, du plaisir, et surtout de la joie intérieure. Cette joie spécifique qui, dissociée de celle provenant de l'extérieur, redynamisera l'aptitude à l'autonomie de la personne - de son âme -, aptitude qu'elle a absolument besoin d'intégrer.
En cette troisième décennie du XXIe siècle, les énergies déstabilisantes sur tous les plans (sociales, climatiques...) exigent des actions, mais aussi du lâcher-prise, sachant que le passage d'épreuves (personnelles) obligent nécessairement à infléchir le parcours de vie, afin de lui donner une direction différente. Pour répondre aux déstabilisations, rien de mieux que d'aborder en premier lieu, le domaine de la connaissance de soi (domaine qui fera l'objet de mon prochain ouvrage), mais également ceux de l'introspection profonde, de la rencontre avec d'autres valeurs et d'autres paramètres de la vie. Ouvrir son esprit, sa conscience à d'autres univers inhabituels enrichit et permet de se projeter différemment. Comprendre, connaître, admettre, accueillir sont des clés de sagesse qui permettent d'accomplir le plus consciemment possible, notre propre parcours existentiel.
Il y a nécessité d'apaiser son âme en cette période très bouleversante en matière de repères, de freiner une démarche parfois trop affirmée et pas assez réfléchie qui peut amener un épuisement du corps, une retenue de notre développement de conscience, de notre capacité spirituelle, de notre individualité. D'où cette idée de l'émergence d'une considération nouvelle de la notion de sagesse, afin de trouver un nouveau rythme de vie, un nouvel état d'être, une nouvelle forme d'existence.
Ce besoin de questionnements, de reconnection à la Nature, à l'univers, au contexte de base (nos racines) qui nous a accueilli lors de notre naissance, devient essentiel. La nécessité d'un recentrage en soi, envers soi, afin peut-être de modifier des attitudes qui paraissent ne plus nous convenir au fil du temps, ne peut être évitée ; tout comme le fait d'amorcer un réveil de sa nature profonde, de son soi véritable. Ce recentrage passe par cette connaissance de soi, la perception d'une certaine forme de sagesse à acquérir qui exige une (ou des) acceptation(s) de ce qui est en train de se réaliser en soi. Chaque moment de la vie porte en lui-même une demande et parfois une exigence de mutation en ce qui concerne nos comportements individuels.
Cette purification, cette compréhension exigée sera positive si l'on décide de se diriger par la suite vers ce qu'on appelle La voie du milieu. Beaucoup d'astrologues, en évoquant les futures années durant lesquelles la planète Pluton sera dans le signe du Verseau, voient la période actuelle comme une demande de prise de conscience individuelle, mais également comme un combat en soi, destiné à libérer les lourdes servitudes qui pèsent sur nos existences, dans le but d'accéder à la Voie médiane. Cependant, certains choisiront la voie de la violence envers le monde extérieur, d'autres s'orienteront vers une libération intérieure, vers un apaisement, une sagesse de l'instant, entraînant par là même une distance avec un environnement devenu oppressant. Ainsi, une demande invitant à revisiter certains attachements - afin qu'un rythme personnel de vie soit (re)trouvé, moins assujetti aux démons intérieurs et à l'entourage social (c'est bien celui-ci qui déclencha la Révolution de 1789, année durant laquelle Pluton entra dans le signe du Verseau) - apparaîtra, afin de vivre tout simplement dans un espace de liberté intérieure (et extérieure), sans dualisme.
Dès lors qu'une limite apparaît dans le déroulement de l'existence, il devient nécessaire de trouver une nouvelle philosophie de vie (un nouvel état d'être) qui puisse favoriser l'instauration d'un nouvel équilibre, l'éveil d'un nouvel ordre. Ainsi, il convient de chercher une nouvelle voie qui sera une réponse juste à cette nouvelle personne que vous êtes devenu, à son propre Chemin de vie. Il sera sans doute nécessaire de s'ouvrir à une spiritualité - non pas aliénante - mais ouverte, qui favorisera l'épanouissement de l'individualité. Cette attitude spirituelle viendra faciliter le développement d'une nouvelle vision de sa propre condition d'humain, de son propre rôle envers le collectif - par l'acquisition d'une libération intérieure - afin de pouvoir viser un objectif de bonheur qui viendra naturellement s'offrir à vous, différemment, à partir d'autres paradigmes.
Voilà donc à quoi peuvent servir les crises, les bouleversements, les ruptures de toute nature, les deuils traversés ; à pouvoir nous redéfinir, à pouvoir reconsidérer nos croyances, nos appuis spirituels, afin de progresser plus légèrement, plus authentiquement sur le Chemin. Comme nous le verrons par la suite, pas de quête de sagesse envisageable sans un contact préalable avec la souffrance, la notion de perte, la déstabilisation identitaire, la disparition brutale d'anciens repères (dans les cas d'exil, de déracinement, d'expatriation ou bien encore de déculturation, etc).
