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Deux regards se croisent à Barcelone lors d'une nuit de fête démente, et ne se lâcheront plus. Un long périple s'entame en Colombie, à la découverte de l'Amérique du Sud. Perturbé par l'imprévisible, il se continuera à pied, puis à vélo, sur les chemins d''Europe. "Peu importe la couleur de l'horizon" relate les aventures du couple dans un premier ouvrage intime et passionné illustré de cartes et photographies. Ce livre est une invitation au voyage qui mêle le ton léger d'une itinérance à deux à un manifeste pour une profonde remise en question de notre mode de vie, face à un certain déni du désastre écologique en cours.
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Seitenzahl: 461
Veröffentlichungsjahr: 2022
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PROLOGUE
PARTIE I
Chapitre 1 - Oublier un instant ma peur du vide
Chapitre 2 - L’aventure commence !
Chapitre 3 - Jusqu’au bout du monde
Chapitre 4 - Paradis sauvage
PARTIE II
Chapitre 5 - Montagnes russes sur la cordillère
Chapitre 6 - Autour du nombril du monde
Chapitre 7 - Convalescence amazonienne
Chapitre 8 - Dernier p’tit tour et puis s’en vont
PARTIE III
Chapitre 9 - Difficile retour au bercail
Chapitre 10 - Liberté confinée
Chapitre 11 - Échappée jurassienne
Chapitre 12 - Boucle infernale
PARTIE IV
Chapitre 13 - Boussole et girouette
Chapitre 14 - Migration hivernale
ÉPILOGUE
REMERCIEMENTS
¡Si quieres hacer reír a Dios, cuéntale tus planes!
Si tu veux faire rigoler Dieu, raconte-lui tes projets !
Woody Allen cité par le papa de Juli.
Ni le début ni la fin. Amsterdam, août 2020.
Nous voici de retour depuis sept mois déjà, et le scénario qui se joue est bien étrange. Nous sommes bloqués en Europe alors qu’une pandémie perturbe le monde entier. Je n’ai pas réussi à beaucoup écrire depuis janvier, tout me semble très confus. Un mélange de la nostalgie d’un voyage écourté prématurément, de la digestion difficile d’un gros choc culturel, de beaucoup de colère vis-à-vis du fonctionnement d’un monde en crise qui ne veut pourtant pas changer, d’angoisses liées à mon propre futur et à celui de la planète. Pour couronner le tout, la crise sanitaire de la covid-19 nous a privés de quelques libertés fondamentales.
Difficile de faire autre chose que d’attendre sagement que la situation s’améliore… On s’arme de patience et l’on prend le temps de penser, il faudra sans doute se battre pour que le monde d’après ne ressemble pas à celui d’avant, pour que les règles qui régissent ce monde changent.
J’aimerais en profiter pour compléter mes écrits et publier un ouvrage retraçant nos aventures. Mais je ne sais pas vraiment ce que je suis en train de viser. En cette période si trouble, il me semble que ce que j’ai à partager va au-delà d’un simple récit de voyage. Impossible de faire abstraction de tous les évènements qui perturbent le monde, et qui ont interféré largement sur notre périple. Nous avons dû nous immobiliser, mais nous ne sommes plus tout à fait à l’arrêt. Ce livre est l’occasion de regarder en arrière autant que de s’ouvrir sur de nouveaux horizons. C’est un carnet de voyage pour partager et faire revivre nos belles aventures d’Amérique du Sud, mais également celles insoupçonnées qui suivront. C’est une invitation à vivre autrement, à se défaire de ses attaches pour aller voir du pays, s’ouvrir sur d’autres cultures et une autre Histoire, s’offrir la possibilité de changer de point de vue. C’est une position critique sur l’ordre des choses, un manifeste pour une véritable prise de conscience écologique et une révolution spirituelle qui va avec. C’est une tranche de vie intense, belle et drôle, à travers une plume sensible et enthousiaste, parfois triste ou en colère, mais plutôt joyeuse. C’est une histoire d’amour qui a bouleversé le cours de ma vie.
C’est un peu tout ça à la fois, mais à l’heure d’écrire ces lignes, je doute inexorablement. Je ne sais pas si ça en vaut la peine, je ne sais plus vraiment pour qui ni pourquoi j’écris, car je ne sais plus vraiment où je vais. Nous sommes à Amsterdam pour un mois, confrontés encore et toujours à l’incertitude de la situation, et une chaleur écrasante participe largement de mon état de léthargie. Une dispute futile a éclaté et fait ressortir quelques questions de fond, ce n’est pas pour rien non plus. Je n’y arrive pas, ni à aligner trois mots ni à me projeter.
« J’ai envie d’écrire et bien plus encore de dire vraiment ce que j’ai sur le cœur une bonne fois pour toutes à propos d’un tas de choses. Le papier a plus de patience que les gens » se disait Anne Frank au début de son journal que je lis finalement ici, deux décennies après avoir fréquenté le collège baptisé du nom de l’auteure, et à quelques pas de la cachette où il a vu le jour. Après quelques atermoiements, cette phrase sera le déclic pour m’atteler sérieusement à ce bouquin. L’idée m’est venue au cours du voyage, en accumulant petit à petit des récits que je voulais à la fois partager avec mes proches, ne jamais oublier, et en même temps transformer pour m’aider à mieux me projeter dans ma vie d’après. Car le voyage ouvre littéralement les horizons. Ça vous change un homme, comme dirait l’autre. Ça donne à voir et à dire. Et à écrire, donc. Mais pour aller au bout, vous l’avez compris, ça ne sera pas si simple. Faute de pouvoir continuer à circuler, il se trouve que je n’ai (presque) plus que ça à faire, ou peut-être à penser, alors je m’y mets sans me poser davantage de questions. Et si, en définitive, ce livre n’est pas ce à quoi l’on s’attend, c’est qu’il colle parfaitement à la vie, du moins à celle que j’ai vécu ces dernières années.
Il est finalement surtout question d’un rapprochement entre l’Amérique du Sud et l’Europe, entre un pays du « tiers monde » et un pays « développé ». D’une rencontre entre une Colombienne et un Français. D’un voyage planifié en Colombie, en Équateur et au Pérou, puis de péripéties moins prévues sur le vieux continent. Et aussi de nos regards croisés : d’elle sur l’Europe, de moi sur l’Amérique, de nous sur le monde. C’est une histoire pour voir cette planète différemment ; pour se rappeler que l’on est né où l’on est né par hasard, et que tout pourrait être autrement.
Juliana (Juli) est Colombienne, elle n’aime pas trop faire des projets, mais elle suit volontiers une idée excitante. Elle voit la vie comme une rivière sauvage et sinueuse qui s’écoule au gré des reliefs. Il y a des choses que l’on ne maîtrise pas, et Juli a intégré profondément l’idée que le bonheur réside dans le fait de savoir se laisser porter par le courant, en faisant confiance à l’existence. Une rivière parfois rapide, parfois calme, qui n’est certainement pas un long fleuve tranquille. Mais à quoi bon lutter contre l’inéluctable ? À quoi bon s’emplafonner l’obstacle qui s’élève sur le chemin ? Le cours d’eau contournera toujours et rejoindra l’océan quoiqu’il arrive.
Juli a grandi dans un pays qui vient seulement de signer un fragile accord de paix alors qu’il était en guerre civile depuis cinquante ans. Un pays qui ne connait d’ailleurs pas vraiment bien la paix dans son histoire tourmentée depuis l’arrivée des Européens au XVIe siècle dans ce « Nouveau Monde ». Un pays longtemps dit du « Tiers Monde », moins « développé », ou autrement dit, un pays dépendant du monde capitaliste. Soit encore, un pays appauvri et surexploité depuis sa « découverte ». Dans ce sens, l’histoire de la Colombie est similaire à celle de beaucoup d’autres pays, dont le cours de l’Histoire tend à faire converger le sort depuis le colonialisme et la révolution industrielle. Sauve qui peut dans un jeu truqué et perdu d’avance !
Et moi, Français, qui ai vécu toute ma vie à Lille, je pense être ouvert sur le monde quand je rencontre Juli. En bon Européen, je n’ai jamais eu de problème pour me déplacer librement. Ni eu peur pour ma vie, que j’ai d’ailleurs la sensation de pouvoir contrôler, même si j’ai trop souvent le terrible sentiment de ne pas trop savoir ce que je veux vraiment : quoi de pire que l’expérience de la liberté, quand tout est possible ? Je sais et j’oublie à la fois que ce sont deux tiers de la population mondiale qui font tourner mon monde « développé ». J’ai appris à ne pas me sentir coupable. J’ai appris que c’est comme ça que ça marche.
Je suis séduit par le folklore de l’image de la rivière sauvage, mais je n’ai que trop bien intégré qu’un cours d’eau capricieux est par chez nous vite « dressé » pour en faire un canal. Qu’à Panama ou à Suez, nos ancêtres n’ont pas hésité à « trancher ». Ni honte ni peur de ces chantiers pharaoniques, la croyance au progrès a depuis longtemps largement supplanté toutes les religions : il y a toujours assez de ressources à exploiter pour arriver à ses fins. J’écris ces lignes à Amsterdam, sous le niveau de la mer, pas besoin de vous faire un dessin… On en fait des merveilles avec tout l’or du monde ! On croit pourtant penser qu’il y a certaines choses qui ne s’achètent pas, que ce serait même l’essentiel... Mais on laisse la télévision nous rappeler en boucle que pour le reste, il y a Eurocard Mastercard.
Il y a des choses que l’on ne comprend que quand on se les prend en pleine face… Des choses qui nous font perdre nos certitudes, changer notre regard à jamais, et décider de vivre différemment. Je vais vous raconter une histoire teintée en filigrane de ce choc culturel, sur fond d’un monde en crise. L’histoire d’un voyage qui commence par un coup de foudre à Barcelone. Une quête de liberté vers l’inconnu, qui nous rapportera sans doute plus de questions que de réponses, mais aussi plein d’aventures, d’émotions et de coups de gueule à partager. Bref, de quoi écrire un livre pour se rappeler qu’il est bon de voyager, d’aimer, de vivre !
Barcelone, Lille, Amsterdam, mon triangle des Bermudes.
Un sonar est une sonde qui utilise les propriétés de la propagation du son dans l’eau pour détecter et situer les obstacles immergés. À l’inverse de l’outil de prévision indispensable à la navigation sous-marine, ce mot résonne pour moi comme l’étincelle d’une déflagration qui a complètement bousculé l’ordre de ma vie, la faisant basculer dans une nouvelle ère, folle et inattendue. De l’ordre vers le désordre. Ou du désordre vers l’ordre. Tout dépend de l’interprétation de la chose.
Le Sónar est aussi un festival de musique électronique qui agite Barcelone chaque année au début de l’été. L’édition 2017 et une rencontre en particulier ont changé ma vie de manière imprévisible. L’architecte que je suis a dû alors arrêter de faire des plans, et apprendre à se laisser guider par les forces inéluctables du hasard et du moment présent. On se trouve dans l’un des immenses entrepôts de la Fira Gran Via, et Moderat balance de lourdes basses qui transcendent la voix de Sascha Ring pour introduire la démente première nuit de fête. La foule est déjà en ébullition et en prend plein les oreilles. Les corps, traversés des bonnes ondes, vibrent jusqu’aux extrémités des doigts. Portés par la musique, ils se mettent en mouvement, au diapason. Les yeux se ferment pour mieux s’imprégner de l’atmosphère pendant que, derrière les paupières, les pupilles se dilatent sous l’effet des psychotropes. Les sourires sont bien installés sur les visages. La fête, qui ne fait que commencer, tient déjà toutes ses promesses.
C’est alors que nos deux regards se croisent parmi les milliers de festivaliers. La détonation du coup de foudre est telle que le trio sur scène et la foule qui nous entoure ne comprennent pas plus qu’elle et moi ce qui vient de se passer… Le sound system ne répond plus, la musique s’est arrêtée et l’on rallume même l’éclairage. On s’excuse et l’on s’interroge au micro pendant ce moment de flottement qui s’éternise. La bande de copains autour de nous se consulte. Je reviens vers elle, qui veut aller voir Nicolas Jaar, prêt à démarrer sur une autre scène. Elle est venue spécialement pour lui. Je la suis, évidemment. Nous ne nous quitterons plus vraiment.
Elle n’est pas seule, et moi non plus. Je suis en couple « libre » depuis des années et pense être convaincu d’avoir trouvé la bonne formule. Elle est mariée et l’on m’explique clairement que son couple n’est pas ouvert comme le mien. Je m’étonne à vouloir respecter sérieusement cette donnée, sans doute par respect pour nos amis en commun, qui ont aidé le hasard à nous mettre sur le même chemin. Nous dansons et nos regards ne s’éloignent sporadiquement que pour mieux se raccrocher avec une intensité plus forte encore. Ses sourires et clins d’œil me transpercent. Il y a évidemment de la drague, mais en même temps une considération, un mélange d’attraction et d’une impression de proximité immédiate, qui rendent ce manège bien différent d’un simple jeu de séduction. Trois nuits de fête consécutives et d’une intensité rare auront raison de notre volonté à ne pas transgresser la limite : la fugacité d’un baiser nous fait alors basculer dans une pure folie qui s’apprête à guider nos choix de vie. Il me semble réaliser bien vite qu’il s’agit là d’un jeu d’amour.
Elle vit à Amsterdam, est née à Bogotá ; à respectivement 300 et 9 000 kilomètres de Lille, ma ville de toujours. Ma relation à la distance et mon rapport au monde vont bientôt opérer une révolution.
J’ai alors 31 ans et pense aimer voyager, mais n’ai en fait pas encore vu grand-chose du monde. Ma seule vraie escapade hors Europe s’est concentrée sur Montréal et New York, quelques années en arrière. Je n’ose pas compter mes courts séjours en Afrique du Nord avec mes parents, au Maroc quand j’étais gamin (quelques souvenirs bien confus) et en Tunisie adolescent (quand un drôle état d’esprit, que j’ai encore bien du mal à assumer aujourd’hui, et que l’on mettra sur le dos de l’âge ingrat, me fit à peine mettre les pieds en dehors d’un club de vacances…). Je ne pense pas qu’il faille « cocher » un maximum de destinations, mais je pense tout de même à faire un break pour partir explorer un peu plus le monde. L’Amérique du Sud m’appelle doucement et depuis toujours, dans un coin de ma tête, sans trop savoir pourquoi. Et pourtant les années défilent et les vacances sont systématiquement trop courtes. Il y a continuellement une tonne de travail qui m’attend au bureau et il me faudra pas mal d’années avant d’arrêter de culpabiliser quand je prendrai mes congés. J’ai malgré cela lancé il y a peu à Éva, ma copine, quelque chose comme un défi ou un ultimatum, pour fêter l’anniversaire qui approche de nos 10 ans ensemble par un voyage au long cours. Mais je n’ai jamais osé ne serait-ce qu’organiser les grandes lignes, jamais pris le temps d’y penser sérieusement. Elle non plus. Nous n’avons d’ailleurs pas imaginé que nous n’allions pas atteindre ce cap, en nous séparant à peine quelques mois plus tard.
À ce moment précis, je ne l’ai pas encore formulé clairement, mais je sens bien qu’il y a quelque chose qui coince dans ma vie. Et ce besoin de break devient criant. Les virées sont-elles toujours trop semblables ? Trop courtes ? Mon boulot est-il trop prenant ? Estce que j’ai le temps de penser vraiment à moi ? Est-ce que je pense trop ? Pourquoi est-ce que je pense autant ? J’ai parfois l’impression de ne rien faire d’autre que de suivre un chemin tout tracé… Maintenant que je suis bien en place au sein de l’agence où je travaille, les mêmes questions me poursuivent. Suis-je comme une petite grenouille bien installée dans une casserole sur le feu, subissant ma propre inertie et incapable de sauter de cette eau qui chauffe petit à petit jusqu’à l’ébullition fatale ? Maintenant que j’habite l’hypercentre, propriétaire d’un bel appartement de 80 m2refait à mon goût, je me mets étrangement à envier le calme de la campagne, du repos et du vert… Est-ce finalement trop intense ? Me manque-t-il certains éléments vitaux ?
Je me sens raisonnable, mon salaire confortable me permet de m’acheter le nécessaire sans trop réfléchir et sans excès. Bien manger, bien m’habiller, bien profiter des vacances et des weekends. C’est quand même rassurant. Pourtant mon rythme de travail et mes responsabilités grandissantes ne me laissent pas vraiment de répit. Est-ce que j’aime tant que ça mon boulot ? Et l’architecture de manière plus générale ? Je n’ai jamais réussi à répondre complètement à cette question si simple, que je me pose depuis ma première année à l’école… J’alterne entre des moments de passion et de détresse. Je n’arrive finalement pas à analyser si je m’en réjouis davantage que je ne m’en plains.
Je n’aime pas tant que ça la consommation matérielle, et je m’offre surtout des expériences. Je bouge un peu autour de moi, l’Europe est un terrain de jeu qui me semble raffiné, et je saute de ville en ville pour l’explorer. Il faut croire que mes études d’architecture m’ont poussé à me concentrer sur les villes, pour devenir un vrai citadin en quête de l’intensité de tout ce que nos aires urbaines contemporaines ont à offrir. Ma jeunesse, mon ouverture d’esprit et mes questionnements existentiels m’ont aussi conforté à me chercher dans l’effervescence urbaine depuis que je vole de mes propres ailes. J’aime ainsi flâner dans la cité, sentir les ambiances, visiter les architectures sur mon chemin… et j’aime surtout de plus en plus glisser la nuit venue vers la vie alternative qu’elle pourra me proposer.
La nuit, la techno, la jeunesse underground, les paradis artificiels, la population queer… Un cocktail explosif pour profiter de ce que la vie veut bien nous offrir. L’intensité de la joie, de l’amour et du partage. L’évasion d’un monde trop froid et avec trop de règles. L’envie de croire qu’autre chose est possible, un monde plein de douceur. Le plaisir de la musique et de la danse, jusqu’à l’aube et plus si affinité. Aller à la rencontre de l’autre et de soi-même. Anticonformisme et exubérance. Se réjouir des différences, apprendre à aimer les siennes. On rencontre des personnes incroyablement belles sur les scènes alternatives, prêtes à donner ce qu’elles ont de plus beau, leur essence sans artifice, ou du moins les artifices qu’elles se choisissent plutôt que ceux qu’on leur impose. Barcelone, Berlin, Londres, Bruxelles, Paris, Amsterdam… On saute dans une voiture, un avion ou un train. On y est vite et l’on profite pour lâcher prise et être soi-même le temps d’un weekend, avant que chacun ne reprenne son rythme de vie infernal et son costume mal taillé pour la semaine.
Je ne regrette rien de tout cela. Les écarts du monde de la fête font partie intégrante de mon histoire, de mon apprentissage de la vie, de mon rapport au monde. Ouvrir les portes de la perception permet de faire tomber les filtres et d’ouvrir l’esprit. Certaines expériences sous psychotropes se révèlent très efficaces pour se détacher de la tyrannie de la raison, de l’irrationnelle morale qui nous colle et se mêle à l’instinct ; des hontes enfouies du corps et des plaisirs dont il est si difficile de se défaire par le seul intellect.
Il y a toujours bien sûr un prix à payer, et celui-ci peut être bien insidieux. Il est plus que possible de vite se perdre, de tourner en boucle, inlassablement sur les mêmes ressources qui s’épuisent, comme un disque rayé. Non pas la dérive physique et mentale caricaturale de l’imagerie populaire du camé, qui guette à mon sens seulement une minorité délaissée de la société, quand il n’y a plus tellement d’autre chose à quoi se rattacher. Le risque majeur, me semble-t-il, mais je ne m’en rendrai compte que bien plus tard à l’heure d’écrire ces lignes, c’est de se tenir éloigné des combats qui méritent d’être menés le jour venu. Je commence peut-être à me souhaiter plus de cohérence. Les grands écarts sont fatigants et contrariants, je veux mettre l’amour et la liberté au centre de ma vie. Mais l’un n’empêche pas l’autre. On peut à la fois célébrer Dionysos et rejeter activement la norme consumériste et mortifère qui ravage ce monde. La guerre contre la drogue me semble bien hypocrite. Tout le monde a besoin de s’échapper. S’échapper, ce n’est pas abandonner, c’est prendre un bol d’air frais quand l’air ambiant devient irrespirable. C’est entrevoir autre chose. C’est faire un pas de côté.
Tout le monde a besoin de vices. Et avant de juger ceux des autres, il est bon de prendre conscience des siens. Personne n’est parfait. On s’échappe avec ce qu’on peut. Son pétard pour bien dormir, sa salle de muscu, son verre de whisky, ses achats compulsifs, son petit porno, son Lexomil, ses jeux en ligne, ce selfie sur insta qui va faire des ravages, son weekend low cost, ses heures sup et son travail acharné, un mars et ça repart… Certaines échappées sont bien plus vertueuses que d’autres, ou moins mauvaises, ou peu importe. Cependant, à trop vouloir se focaliser à condamner ce que l’on range parmi les drogues, on risque d’oublier le foisonnement de merdes addictives et néfastes tolérées ou encouragées par notre société. À chacun de balayer devant sa porte — et de prendre soin de soi, car les autres ne le feront pas à notre place.
Je pense aimer voyager, mais ne consacre presque rien à des escapades sauvages. Les environs immédiats de Lille n’y sont pas vraiment propices… Ai-je oublié qu’elles me sont essentielles, endormi par la nouvelle vie que je pense avoir choisie, par le confort un peu bourgeois qui me semble bien mérité après de longues et éprouvantes études ? Ai-je oublié la chance que j’ai eue d’être initié dès tout petit en vacances aux joies de la connexion avec les choses simples de la nature ? La mer, les montagnes, les longues marches, la contemplation, les baignades sauvages, le camping, les sports au grand air en tout genre, pour croquer les paysages sublimes que nous offre notre belle France…
Ai-je déjà oublié combien quelques expériences récentes m’ont rappelé à chaque fois la nécessité de me reconnecter à la puissance du cosmos ? Pourquoi n’ai-je pas multiplié les occasions de bivouac après être rentré, il y a quelques années, radieux et ranimé d’un court mais délicieux séjour en itinérance dans les Picos de Europa (Asturies, nord de l’Espagne), où j’avais marché certaines journées en ne croisant que les animaux qui peuplent ces montagnes et plaines haut perchées ? Marcher. Trouver un terrain tranquille pour planter la tente — pourvu que le sol soit plat. Sortir la tête de la toile au petit matin et prendre une grande respiration face à un panorama toujours différent. Se réfugier dans une grotte pour la nuit qui se pointe quand la pluie ne laisse pas de répit. Marcher encore. Regarder tout autour de soi, savourer les paysages et se dire que sa maison est partout. Marcher toujours. Ne plus penser. Simplement être. Pourquoi n’en ai-je pas fait plus tôt une priorité ?
La suite du Sónar est un peu mouvementée, j’ai le sentiment que mon monde s’écroule : je vais tourner la page d’une relation de presque dix ans, revendre mon appartement, et me retrouver en collocation, naviguant à vue. Je pense à quitter mon boulot, bouger à Berlin. Ce n’est pas tellement sérieux et peut-être beaucoup de chamboulements d’un coup. Je décide de temporiser.
Au bout de dix mois, Juli largue ses amarres. Bien loin de sa Colombie natale, avec deux valises en tout et pour tout, elle quitte tout ce qu’elle a à Amsterdam et la voici à Lille pour me rejoindre. Elle a finalement fait le grand saut ! Les moments que l’on a passés ensemble jusque-là se comptent en jours, voire en heures… Quoi de plus fou que de suivre ainsi notre instinct ?
Juli m’apporte bientôt ainsi le courage de sauter à mon tour. Elle m’amène dans ses bagages les prémices d’un choc culturel qui me fera envisager mes choix de manière très différente, remettant alors en question le prisme occidental de l’injonction à faire et à être quelqu’un. Il est temps d’aller voir ailleurs. Il est temps de tenter autre chose. Il est temps de ne rien faire d’autre que d’être curieux, et de voir ce qu’il se passe. L’amour m’apporte le grain de folie déclencheur qu’il me manquait. Et pourtant ce n’est pas si facile. Je dois regarder mes démons en face.
Pourquoi l’inconnu fait-il si peur ? Pourquoi est-on si attaché aux choses et à ses habitudes ? Qu’est-ce qui m’attache ici ? Qu’estce que je me souhaite vraiment ? Qu’est-ce qui fait le plus peur ? Le grand voyage vers l’inconnu ? Ou de voir sa vie toute tracée d’avance, et de connaître dès à présent les regrets qui nous rongeront quand il sera trop tard ? D’abord reconnaitre ses privilèges. Ensuite, déconstruire ses certitudes. Puis regarder les choses telles qu’elles sont.
Que risque-t-on, concrètement, quand on est un homme, blanc, Français, architecte, avec un CV pas inintéressant et quelques économies sur un compte en banque ? On n’est pas son travail. En quittant mon poste, je ne perds pas une partie de moi. Je gagne la liberté de m’ouvrir au monde.
Mais la peur de tout laisser derrière soi est tenace. La peur est irrationnelle. La peur est culturelle. Les vieilles générations n’ont que ça en tête : travail, famille, patrie. Nous l’avons tous intégré. Il faut savoir se déculpabiliser, et tout réinventer.
Mes pires obstacles sont dans la tête. Et pourtant, au moment de les surmonter, les angoisses s’invitent pour me tordre les boyaux. Pourquoi est-ce si difficile ? Qu’ai-je tant peur de perdre ? Un travail ? Un confort de vie ? Je les retrouverai en rentrant si je le souhaite vraiment. La famille ? Les copains ? Ils seront toujours là. J’ai la chance d’avoir une famille ouverte, des parents formidables qui m’apportent un soutien inconditionnel tellement précieux.
Juli me rassure en me faisant comprendre qu’au pire, je récupérerai ma vie d’avant. Et je me rends compte que c’est de ça que j’ai peur. Je ne veux plus de cette vie, je veux autre chose. Je veux explorer l’inconnu, et je suis prêt à opérer ma mue. C’est décidé, il est temps de bouger. Je négocie une rupture conventionnelle et nous partirons voyager. Nous nous donnons six mois avant d’entamer une itinérance d’un an en Amérique latine. Nous visiterons sa famille et je découvrirai cette culture qui m’attire. Nous esquissons rapidement un parcours. La Colombie d’abord ; un premier trajet depuis Bogotá vers les Caraïbes, puis le Pacifique. Ensuite, après un peu de vadrouilles dans les Andes en Équateur et au Pérou, nous imaginons descendre l’Amazone en bateau jusqu’au Brésil. Puis, ce sera cap au sud jusqu’en Patagonie, pour remonter ensuite l’Argentine, le Chili et la cordillère des Andes, à nouveau jusqu’en Colombie. Un tour de l’Amérique du Sud avant de pousser vers l’Amérique Centrale : Costa Rica, Guatemala, jusqu’au Mexique.
C’est le plan, mais nous nous sentons libres et comptons bien profiter de ne plus avoir d’engagements pour nous concentrer au mieux sur le moment présent, être à l’écoute de nos envies, et nous laisser la possibilité de saisir les opportunités qui s’offriront peut-être à nous. Pourquoi ne pas proposer nos services pour tenter quelques expériences sur la route ? Mais sans pression, nous avons le budget qu’il faut pour un an. Nous ne savons pas vraiment où ce périple nous mènera… mais peu importe, nous verrons bien ! Tout ça peut paraître bien enthousiaste, et la vérité sera sans aucun doute un peu moins évidente : il me faudra plusieurs mois avant d’arrêter de culpabiliser d’avoir « tout lâché », d’angoisser pour ne pas savoir où je vais. Ce ne sera pas si facile, mais je ne regretterai à aucun moment la décision.
Angoisser ne changera pas l’avenir. Regretter ne changera pas le passé. Allons-y gaiement !
Prendre mes marques à Bogotá, et me perdre aussi un peu.
Tout commence par un putain de « trancón ».
Un trancón, c’est un embouteillage dans le jargon colombien. Et ce mot, on l’entend souvent, très souvent.
Bogotá est immense, et ça nous fait beaucoup de monde sur la route. Des voitures, des bus, des camions, des motos, et quelques vélos courageux qui se bouffent tous les gaz d’échappement.
Tout commence par un putain de trancón, donc.
Levés depuis 2 h du mat’ à Lille jeudi 13 juin 2019, nous arrivons à l’aéroport Eldorado à 23 h, 16 h heure locale. Martín, le frère inséparable de Juli, nous y accueille. Nous nous engouffrons dans un taxi pour rejoindre Chía à quelques kilomètres au nord, chez le papa adoré. On est en pleine heure de pointe, il nous faudra deux heures pour arriver à destination ! Après avoir lutté contre la fatigue, aussi désagréable que je puisse être dans ces circonstances, je m’effondrerai pour une nuit de plus de douze heures. Il me faudra finalement une semaine, ainsi qu’une journée off complète, pour me remettre du jetlag et de nombreuses heures quotidiennes passées dans les transports, passage obligé pour se promener un peu et profiter de mes premiers pas sur le continent sud-américain.
Bogotá est immense, Bogotá est intense, ça grouille de monde et tout semble aller très vite, et paradoxalement très lentement à la fois.
Les chauffeurs de taxi ou de bus foncent sur des routes dont l’état laisse souvent à désirer, les amortisseurs sont vite HS et incapables d’atténuer les chocs d’innombrables nids de poule, ce qui donne l’impression d’être embarqué à toute allure dans une folle course rythmée de klaxons à tout va. Mais malgré cette impressionnante sensation de vitesse, on ne dépasse en vérité jamais les 80 km/h à bord des bolides déglingués. Et ça, bien sûr, c’est seulement si l’on échappe au fameux trancón.
Il faut donc être patient, très patient, et avoir le temps. Ne pas avoir peur de passer une paire d’heures dans les transports pour rejoindre sa destination.
Je me rends assez vite compte que le trancón ne se trouve pas que sur la route, il se propage aussi un peu dans ma tête. Je suis forcément impatient de démarrer ce périple tant attendu et j’en ai des fourmis dans les jambes. Et en même temps je réalise à peine ce qui m’arrive, je débarque en Colombie sans billet de retour et c’est une sensation vertigineuse qui m’envahit quand je pense aux aventures qui s’offrent à nous dans un futur proche.
Juli le vit différemment, bien entendu. Elle regagne son chez elle, son papa chéri qui a vécu de graves problèmes de santé, son frère en transit à Bogotá ravi de la retrouver alors qu’il traverse une rupture amoureuse particulièrement douloureuse, sa maman qui bénit chacune des secondes passées avec ses enfants comme un cadeau précieux — ils sont cinq frères et sœurs dont quatre de Claudia et plus aucun ne vit sur le continent —, etc. Juli est ravie de visiter la Colombie avec moi, et notamment de découvrir elle aussi quelques endroits spécialement attirants comme le désert de la Guajira tout au nord, les plages sauvages du Chocó sur le Pacifique ou encore l’Amazonie. Elle a pointé avec enthousiasme certains coins qu’elle souhaite arpenter. Elle se fait une joie d’enfin pouvoir mettre les pieds en Équateur notamment. Mais elle n’est pas vraiment en terres inconnues, ayant déjà vadrouillé au Pérou, en Bolivie, au Mexique, et vécu quelques années en Argentine.
Il y a donc un léger décalage concernant nos attentes, une différence significative dans notre énergie. Je me sens forcément d’abord un peu perdu dans cette mégalopole sud-américaine, mais je me laisse porter. Nous séjournons pour commencer à Chía, banlieue au nord, ce qui nous éloigne considérablement quand il s’agit de faire un saut dans le centre de la capitale et soumet ma patience à trop grande épreuve. Nous nous tournons alors dans un premier temps plus volontiers vers le nord et ses alentours ruraux. Nous sommes entre 2 600 mètres et 3 000 mètres d’altitude, et nous ne savons pas toujours si nous sommes sur terre ou si nous vivons dans le ciel. Le climat doux et son ciel spectaculaire et capricieux nous offrent chaque jour un festival de nuages et d’éclaircies magiques. Le spectacle au sol n’est pas moins charmant : la végétation est omniprésente et particulièrement dense pour l’altitude. Montagnes boisées et plateaux verdoyants, largement gagnés par des prairies et pâtures aux hautes herbes abondantes, sont le cadre de beaux villages teintés d’authenticité où il fait bon vivre. Ce contexte agréable résiste autant que possible à l’urbanisme contemporain un peu violent qui en rattrape certains, connectés pour le meilleur et pour le pire à Bogotá. Il permet surtout de mieux supporter les extrêmes entre la pauvreté ordinaire (quartiers populaires où certaines habitations sont construites de bric et de broc) et la grande richesse de certains (nombreuses « fincas », plus ou moins luxueuses résidences secondaires). Sans compter le terrible contexte politique récent qui envoie d’innombrables vénézuéliens errer en quête de quelques pesos pour survivre, loin du chez-eux qu’ils ont dû quitter. Nous discutons avec l’un d’entre eux en attendant le bus pour retrouver Bogotá, après une captivante randonnée vers la lagune de Guatavita. Ce jeune d’une vingtaine d’années n’a pas notre chance, il doit attendre encore deux heures un bus pour aller dans le sens opposé, vers les hauteurs, harassé après avoir déjà marché 12 jours depuis Cúcuta, à plus de 400 km au nord à la frontière avec son pays d’origine. La discussion est entamée par Juli — pas si rassurée, m’avouera-t-elle plus tard. Qui sait ce qu’un gamin apparemment adorable, mais qui n’a plus rien d’autre qu’un petit sac sur le dos, est capable de faire quand il se retrouve au milieu de rien avec deux touristes, dont un gringo ? Finalement notre bus arrive, et nous n’avons sur nous pour l’aider qu’un billet de 20 000 COP (pesos colombianos, soit environ 6,50 €), nous lui laissons les 5 000 restant après avoir payé le chauffeur pour le retour ; ce dernier, solidaire, en rajoute 1 000 pour la bonne cause. Les Colombiens semblent touchés par ce qui arrive à leurs voisins et aident autant que possible. Cet évènement me bouleverse, ils sont malheureusement beaucoup trop nombreux sur la route, ayant tout perdu. Ce monde marche sur la tête. Pas besoin d’aller si loin pour le constater, me direz-vous… Il suffit de jeter un œil sur les bidonvilles du périphérique de Lille, sur les camps de migrants dispersés par nos forces de l’ordre à Calais, de compter les milliers de noyés au large de la Méditerranée sous les yeux indifférents d’une majorité d’Européens bienpensants, pendant que l’on s’accommode d’une extrême droite qui s’installe petit à petit en affirmant son idéologie inhumaine… Mais tout de même, ça me prend aux tripes. Il faut savoir reconnaître quand on a une chance inouïe. Que l’on ne me parle plus jamais de mérite.
Revenons plus en douceur aux alentours de Bogotá, où quelques escapades me font rentrer progressivement dans la culture colombienne et m’introduisent à une grande diversité d’influences ethniques et de paysages.
Avec Andrea, la meilleure amie de Juli, nous découvrons Villa De Leyva, où nous sommes accueillis dans la finca familiale. Le microclimat chaud et sec rend le territoire quelque peu désertique très atypique, je suis comme transporté dans un fabuleux western. Les nuances ocre et rouges des sols, où plus rien ne pousse sur ce qui a été gratté pour son argile, annoncent la couleur à l’approche de la délicate ville blanche. Elles contrastent avec l’architecture coloniale immaculée autant qu’avec quelques étendues étonnamment verdoyantes alentour. Ou encore avec les fascinants plans d’eau bleu-turquoise, ses pozos azules, qui semblent avoir été transposés là, provenant de nulle part… C’est en tout cas un plaisir d’arpenter le paysage vallonné à perte de vue, sous réserve de bien se protéger du soleil et d’embarquer suffisamment d’eau. Je suis hypnotisé face à l’imposant massif noir et aride qui se distingue et domine la vallée, offrant un fond de scène extraordinaire sur la ville. C’est aussi un point de vue hors pair si l’on ose l’ascension abrupte qui permet de rejoindre la statue du Christ perchée là-haut, depuis un parfait promontoire pour veiller sur le peuple. Le panorama me laisse apprécier l’importante variété de paysages présente sur une seule vallée, et entrevoir la richesse de ce qui m’attend à l’échelle du pays.
Nous nous rendons à Zipaquira pour rendre visite à Claudia, la fantastique maman de Juli. Je laisse mère et fille se retrouver au pied d’une montagne creusée au siècle précédent pour y récolter son sel, la grande ressource historique de la région. Je visite l’ancienne mine qu’elle abrite à 180 mètres sous terre. Je déambule, impressionné, dans les galeries reconverties en un chemin de croix ténébreux menant à une cathédrale mystique. Nous nous promenons ensuite dans la vieille ville et je mitraille les palmiers face à la cathédrale — mes premières photos ne sont pas les meilleures, je suis attiré par un exotisme un peu trop primaire… Nous célébrons les retrouvailles tout simplement dans la maison de Claudia. Le quartier, légèrement à l’écart, est réalisé intégralement en brique. Les façades, toutes identiques, sont en léger retrait de la voirie pour ménager de petites cours tenues par un muret en front à rue. Cet étonnant fond de scène ocre, homogène et minéral, se laisse cependant envahir de vie par la végétation. Des parterres de cactées occupent le centre de la rue, quelques jardins débordent d’arbustes en fleurs, et les franges du quartier contiennent comme elles peuvent les étendues touffues ponctuées de feuilles de bananiers et de quelques grands arbres. Nous suivons un ruisseau et nous échappons facilement dans la campagne vallonnée juste à côté, où nous embrassons joyeusement en pleine conscience quelques beaux arbres. À l’extérieur ou dans le salon de Claudia, nous rions beaucoup !
Je découvre Tabio, autre séduisant village entouré lui aussi de splendides montagnes verdoyantes. Plus les bourgades sont à l’écart, plus elles sont petites, et plus on rentre dans le folklore, la joie et la tranquillité — relative, car en Colombie « tranquillité » ne veut pas dire « sans vie » !
Parce qu’il est à l’honneur en ce moment à Lille pendant un an (à base de parade, expos, et surtout de carton-pâte…), je m’amuse à l’idée de me rendre à la source même du fameux El Dorado, à quelques kilomètres seulement d’où Juli a grandi. À Guadavita, nous flânons d’abord dans le village reconstruit après l’ensevelissement de son ancienne version, qui gît à présent au fond d’un grand lac artificiel. Puis nous profitons de l’étendue d’eau entre les montagnes, en nous prélassant un bon moment sur sa rive, au soleil. On se trouve à quelques kilomètres de la lagune à l’origine du célèbre mythe, et je suis excité à l’idée de lancer notre expédition vers ce lieu sacré.
Peut-être faut-il préciser que l’Empire inca à son apogée, avant la « découverte » européenne de l’Amérique et son effondrement, n’arrivait pas jusqu’ici, et que c’est aux Muiscas que l’on doit le mythe de l’El Dorado. Ils vénéraient le Soleil, la Lune et la nature de manière générale. Ils se paraient de bijoux et tatouages en or, dont ils se couvraient pour certaines processions avant de s’en laver en offrande aux dieux. Les indigènes travaillaient superbement l’or, et parfois même le jetaient à l’eau lors de ces cérémonies où l’on célébrait le nouveau chef de la région — chef d’apparat, puisque c’était sa femme, choisie par la mère, qui allait gouverner. C’était le cas ici, dans l’incroyable lagune émeraude, parfaitement circulaire et perchée en haut d’un sommet à 3 100 mètres d’altitude. On ne sait toujours pas expliquer la configuration parfaite de ce lieu extraordinaire — certains penchent pour la théorie d’un cratère de météorite, d’autres pour l’œuvre d’extra-terrestres… Les conquistadors (espagnols d’abord, puis allemands et français), ayant eu vent de l’histoire, ont découvert le lieu secret et tout fait pour récupérer l’or fantasmé. Après avoir exploité les indigènes pour vider le lac à la coupelle, le niveau n’ayant baissé que de quelques mètres en quelques années, ils ont employé la manière forte. À coup de dynamite d’abord pour éventrer la montagne — un peu plus efficace mais la lagune restait bien trop profonde. Puis en essayant de passer par-dessous directement vers le fond, mais les galeries s’effondraient et des centaines d’hommes périssaient, dévorés par la montagne ! Alors que le niveau de l’eau était autrefois affleurant à la ligne de crête qui l’entoure, il a aujourd’hui baissé d’environ 80 mètres… En observant la jungle qui se jette dans ce disque surnaturel, je me dis que nos ancêtres n’ont cependant pas tout à fait réussi à ruiner complètement ce lieu, qui reste fascinant.
Aveuglés dans leur quête d’or, les Européens ont réduit les indigènes à l’esclavage, les ont pillés, n’hésitant pas à les déshumaniser en saccageant ce qui comptait le plus pour eux. Entre autres tristes exemples, le Guayacan, un arbre sacré, a quasiment disparu : ces arbres étaient coupés à chaque rébellion, avant d’être utilisés pour en faire des bateaux ou du mobilier. Les populations précolombiennes ont été décimées à plus de 80 % des suites de la colonisation, avec son lot d’esclavagisme et de maladies nouvelles. Une oppression et ses ravages directs et indirects, qui pourraient être considérés comme le plus grand génocide de l’histoire de l’humanité, même si ce n’est pas tout à fait ce que l’on apprend dans les livres d’histoires… Et quand on découvre régulièrement de nos jours, notamment au Brésil où la déforestation de l’Amazonie continue de s’accélérer, la mort d’indigènes qui défendaient des territoires convoités par quelques puissants exploiteurs, on se dit que vraiment rien n’a changé…
Assoiffés d’or, les Européens ont quelque peu déchanté quand ils se sont rendu compte, en fondant leurs pillages en lingots, que l’art muisca avait su travailler un alliage ne laissant affleurer l’or qu’en surface, pour des objets constitués à majorité d’autres métaux et notamment de cuivre. Les somptueux trésors ayant survécu à cette période sombre sont exposés en grande partie au remarquable musée de l’or de la capitale. Le plus fou dans tout ça, c’est peut-être que l’or n’était pas la denrée la plus précieuse pour les peuples précolombiens, qui commerçaient dans la région bien plus largement avec le sel spécialement, et restaient désabusés devant une telle fureur européenne qui leur faisait tant de mal.
Certaines choses terribles sont irréparables. Mais il y a aussi l’espoir, en toute situation, de voir des lendemains meilleurs malgré les cicatrices. La gouvernance de la lagune de Guatavita a été rendue à la communauté des descendants Muiscas depuis une dizaine d’années afin de protéger le site. Elle est désormais défendue par un accès restreint et contrôlé au tourisme, devenu une vraie menace pour l’intégrité du site dans son histoire récente. Et ce n’est pas tout, à la suite d’un récent éboulement renflouant une partie de l’ouverture espagnole, le niveau de l’eau est remonté d’environ cinq mètres.
Après ces escapades enthousiasmantes, après avoir découvert dans un premier temps Bogotá par quelques sauts de puce, et avoir beaucoup tourné autour, nous finissons par nous y immerger pour dix jours. Une chambre dans une petite coloc’ est à notre disposition. L’adresse est centrale, proche des amis et de Martín, que nous retrouvons avec joie pour nous promener, et surtout noyer son chagrin d’amour en répétant apéros et soirée délirantes.
Bogotá a bien plus à offrir que la première impression de chaos subie pendant mes premiers déplacements depuis la sortie de l’aéroport. Quelques quartiers me proposeront du calme pour flâner, d’autres de la vie pour m’enivrer. La ville se développe sur une trentaine de kilomètres du nord au sud, bordée à l’est par une montagne puissante et verdoyante qui domine tout le plateau. Bogotá est hétéroclite, construite sur un plan quadrillé à l’américaine qui permet de contenir son désordre dans un certain ordre. La grille urbaine s’altère par les quelques caractéristiques naturelles originelles du lieu, sa topographie notamment, et un ancien cours d’eau qui passait autrefois en son centre.
Bogotá n’est pas une ville facile et je n’en aurai toutefois eu qu’un petit aperçu, malgré tout ce temps passé — on parle d’une mégalopole de dix millions d’habitants, tout de même, avec des différences très marquées. Elle est monumentale et il y règne une grande inertie, sans doute parce qu’on ne s’y déplace pas très aisément. Il y a du monde sur la route, je l’ai déjà dit — ça fait du bruit et ça pue le gasoil. Pas facile de pratiquer Bogotá à pied. Trop grande ou quelque peu dépassée ? Son système de transport en commun fait figure de relique bondée, dangereuse et arriérée en comparaison du métro flambant neuf de sa compatriote Medellín ! L’espace public est souvent délaissé, laissé à l’usage privilégié des voitures. Malgré l’asphalte déglingué, on y roule bien plus que l’on y marche, et l’on carbure à l’essence. Cependant, ça semble bouger. Des efforts sont faits pour transformer petit à petit certains quartiers dans le centre. Les pistes cyclables y sont très développées mais il faut les partager avec les vendeurs ambulants… Un petit effort dans les mentalités doit encore être fait. Mais c’est en bonne voie, on réserve notamment certains grands axes aux cyclistes et piétons tous les dimanches pour la fameuse « Ciclovia ».
On ne peut pas avoir qu’une seule impression de Bogotá. Je ne peux pas vraiment dire que je l’aime. J’ai en tout cas un peu de mal à écrire sur elle. Pas très belle, elle est d’ailleurs parfois vraiment trash. Mais je dois avouer qu’elle a aussi quelques atouts.
Il y a l’architecture, de la brique en abondance et utilisée avec goût aussi bien dans la ville ancienne que contemporaine, sur les murs et jusque sur les sols.
Il y a la vieille ville de la Candelaria qui tient son lot de folklore urbain et de patrimoine tant apprécié des Européens. Et en même temps à côté des gratte-ciels qui s’élèvent et impressionnent dans le centre.
Il y a le street art, longtemps interdit, qui est désormais partout après une bavure policière sur un gamin s’amusant sur un mur. Des graffs à tous les coins de rue donc, pas que des chefs-d’œuvre, mais beaucoup de vie et de couleurs.
Il y a la nuit. Expériences traumatisantes à l’appui, on vous dira mille fois de ne pas prendre un taxi à la volée une fois la nuit tombée, de ne pas vous rendre ici ou là. Bogotá reste une mégalopole sud-américaine et ses vifs contrastes d’inégalités attisent inévitablement quelques violences. Mais il y a aussi mille occasions de se laisser déraper jusqu’au petit matin. Je découvre l’intensité nocturne de la capitale, l’insouciance et la liberté de ses lieux underground, qui n’ont rien à envier à ce que je connais de l’Europe. Des clubs à la berlinoise dans de vieux entrepôts déglingués où l’on s’ambiance dans un labyrinthe industriel et métallique en empruntant les escaliers de pièce en pièce jusque sur les toits, un simple garage en rez-de-chaussée qui récupère les fêtards pour un after minimal, ou encore un autre plus léché équipé d’un sound system parfait qui balance une techno pure sur plusieurs niveaux d’une boîte flambant neuve. Nous en profitons largement, un peu trop peut-être. Mais quand nous décidons d’aller nous coucher à bout de force, au petit matin et au grand jour, dans une ville parfaitement réveillée, il y a toujours la montagne qui nous rappelle où rentrer.
Il y a le calme de certains quartiers. À l’écart des grands axes, on peut trouver facilement l’apaisement.
Il y a l’omniprésence d’une végétation feuillue et dense avec de nombreuses touches tropicales malgré l’altitude, qui gagne tous les interstices et forcément davantage dans les beaux quartiers, fondant sur la ville depuis le relief qui la borde à l’est.
Il y a cette montagne, surtout. C’est le repère de tous les Rolos, les habitants de Bogotá, et pas seulement des fêtards : pas besoin d’un grand sens de l’orientation pour se repérer avec ce jalon monumental qui se montre en permanence ! Elle en impose et elle apaise. Peu importe ce qui se passe en bas, elle reste là, majestueuse. Et si le besoin s’en fait sentir, elle offre l’occasion de s’échapper, de troquer la frénésie urbaine pour l’aventure ou la retraite spirituelle dans les parcs qu’elle abrite.
Bogotá n’est pas plus facile à prendre en photo qu’à décrire. Il m’a fallu un temps avant de choisir sur quoi porter mon regard. Et quand je veux malgré tout sortir l’appareil, Juli me rappelle du tac au tac ma folie au milieu d’une foule de passants. Pas évident sous un ciel gris qui plus est, peu gâtés que nous sommes par une météo capricieuse. La pluie a été très fréquente et le soleil ne s’est montré que trop rarement pendant cette semaine globalement bien pourrie. À moins que la grisaille ne se soit aussi un peu installée dans ma tête à force de tourner en boucle dans cette vie urbaine et festive pas si différente de ce que je connaissais avant, plutôt que de vraiment commencer l’aventure tropicale tant attendue. Mais ce ciel, un peu pesant d’abord, sera finalement tout pardonné. Il fallait sans doute, comme dans tout moment incertain, prendre un peu de recul, et de hauteur.
Quand nous attaquons au petit matin la montée vers Monserrate, ce sont d’abord les 500 mètres de dénivelé qui nous coupent le souffle. Le manque d’air se fait vite sentir et les cuisses chauffent sur le chemin de la basilique qui règne sur la ville, perchée à plus de 3 000 mètres d’altitude. Puis c’est la vue incroyable sur la capitale qui me laisse bouche bée. Le panorama est sublime : la forêt fond encore plus littéralement sur la ville depuis le sommet d’où l’on se tient. C’est sans doute mieux de le voir comme ça, mais l’inverse est aussi vrai : la métropole a dévoré le territoire et s’agrippe aux versants qui le bordent… Celle-ci s’étale à perte de vue sur le haut plateau andin, jusqu’à d’autres montagnes qui terminent la scène à l’horizon, alors que les fameux nuages permettent d’allumer çà et là certains quartiers, bien choisis par des éclaircies qui semblent commandées par un ingénieur divin… Depuis notre promontoire, je suis touché par le paysage d’une ville que je perçois enfin comme unifiée.
Afin de finir en beauté pour notre dernière soirée ici, la tête dans le brouillard après une dernière nuit complètement folle, nous profitons du plus beau coucher de soleil de notre vie depuis le rooftop d’une tour à flanc de montagne. Alors que le sommet d’un gratte-ciel réfléchit les dernières lueurs du jour, la ville s’allume artificiellement et progressivement, pendant que le ciel s’enflamme et que les nuages dansent. Les variations des nuées et du spectre de la lumière nous offrent un tableau inoubliable entre subtile volupté pastelle et fournaise intense émanant des enfers. Une véritable explosion de couleurs. Bogotá est décidément chaotique, capricieuse, hétéroclite, lunatique, schizophrénique, surprenante. Nous la quittons la tête dans les nuages.
L’aventure peut alors enfin vraiment commencer.
Nous ajustons une dernière fois tout l’équipement que nous embarquons dans notre unique sac à dos pour les mois à venir. Et nous commençons par aller nous frotter au paramo d’Ocetá. Un paramo, c’est un écosystème très particulier que l’on ne trouve qu’entre les tropiques et en altitude — au-dessus de 3 000 mètres à cette latitude, et en dessous des sommets enneigés. On en trouve donc beaucoup en Amérique du Sud, un tout petit peu en Afrique et en Asie, mais surtout énormément en Colombie. Une sorte de grosse éponge qui capte et redistribue une eau purifiée via de nombreuses rivières qui y prennent source.
En chemin, à la sortie du village, on peut observer des pierres sculptées, de l’art muisca sans aucun doute. Ancien mais pas préhispanique — nous apprécions la présence du guide qui nous explique que tout ce qui a de la valeur a été déplacé depuis longtemps de son lieu d’origine. L’ascension est fantastique : environ 1 000 mètres depuis le (très) plaisant village de Mongui, jusqu’à un sommet culminant à 3 850 mètres. Je n’avais jamais grimpé aussi haut en ne marchant jusqu’ici qu’en Europe. Un univers étrange nous attend ; les hauteurs abritent des espèces endémiques hyperspécifiques, comme les fameux frailejones qui poussent de seulement deux centimètres par an et dont le tronc épais surmonté d’une étonnante coiffe feuillue atteint une taille humaine, créant un paysage ressemblant à une drôle d’armée venue d’une autre planète. Plus on monte, plus la végétation devient étonnante, le sol finit par être gorgé d’eau sous le tapis de cette flore basse si singulière. Nous passons entre des roches granitiques et l’une d’entre elles a un profil humain, à ses pieds on y sacrifiait les plus belles femmes en offrandes aux dieux. Une cascade crache puissamment son eau claire qu’une multitude de ruisseaux acheminent plus bas. Le paramo d’Ocetá est réputé pour être le plus beau du monde, et je suis envoûté malgré la pluie qui s’abat sans discontinuer.
Cet écosystème est précieux, et comme tout ce qui est précieux, il est fragile. Les Muiscas qui vivaient dans ces montagnes à l’arrivée des colons le savaient bien. Il est difficile de ne pas digresser, car le voyage nous offre de nouvelles clés de lecture, change quelques perspectives. L’Europe (le monde ?) a été traumatisée par un mur (celui dont on visite les restes aujourd’hui à Berlin, dont l’histoire récente nous paraît déjà bien lointaine). Certains s’offusquent d’un mur en Israël, mais la plupart des gens s’en foutent. Ou encore, un grand malade en rêve aux Amériques, un peu plus au nord. Mais je voudrais parler du tout petit mur beaucoup moins connu dressé sur le paramo d’Ocetá. Son appareillage grossier en pierres et sa taille de moins d’un mètre de haut n’ont rien d’impressionnant ni de remarquable. Seulement voilà, nous le traversions au petit matin sans prêter attention quand notre guide Moïse nous a expliqué que les Muiscas ont dû payer aux Espagnols le prix fort en lingots d’or, à leur arrivée aux alentours de l’an 1500, afin de conserver leur territoire sacré. Payer pour ne conserver que des miettes, pour ces terres désormais menacées qu’ils occupaient depuis toujours sans notion de propriété, et continuer de protéger le sommet sacré d’une montagne pourtant inexploitable par les Espagnols.
L’équilibre entre l’homme et le cosmos, dans l’amour et le respect de la Pacha Mama : c’est une sagesse ancestrale de 10 000 années sans contact avec le reste du monde qui a été balayée par l’avidité des blancs. La crise environnementale met aujourd’hui à l’épreuve l’humanité. Mais ce sombre destin est écrit depuis des siècles, et il est important de rappeler que l’occident insatiable en a l’entière responsabilité.
L’homme aime construire des murs, et il vaut mieux être du bon côté. Mais ça ne sert à rien de seulement regretter ce qui n’existe plus et de se lamenter sur les tragédies passées. On peut en revanche s’émerveiller et se battre pour ce qui en vaut encore la peine.
Les paramos sont défendus depuis peu par une loi qui interdit toute exploitation commerciale au-dessus de 3 200 mètres d’altitude. Mais dans les faits, les paysans continuent de laisser leurs vaches en pâtures contaminer ce délicat écosystème sur leurs terres au-delà de cette limite. Le paramo est malgré tout protégé et gardé. Moïse apprécie de constater chez les Colombiens (tout doucement) la naissance d’une conscience écologique et d’une culture de la randonnée dans le respect de l’environnement. Bien que beaucoup reste encore à faire pour préserver ce patrimoine naturel si précieux, car, entre autres, une vieille usine de charbon et les eaux usées du village souillent quelques kilomètres plus bas les quelques rivières d’eau pure qui prennent naissance ici. Nous apprendrons également qu’un peu plus tard, le président très à droite Ivan Duque a proposé l’exploitation d’un autre paramo du pays à un grand groupe international. Une levée de boucliers a permis heureusement le retrait du projet, pour le moment…
Alors peut-être qu’avoir le pouvoir de construire un mur, c’est avant tout avoir le devoir d’interroger les conséquences qu’il aura sur le bien commun. Et si l’on nous impose un mur, alors rappelons-nous que rien n’est infranchissable.
