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Découvrez Kyôto à travers les yeux de ses habitants !
Portraits de Kyôto, c'est la rencontre avec Chikako, Anastasiya, Olivier, Isabelle, Oussouby, Katsuaki, Stephan, Ikuko, Coline... Une mosaïque composée d'une douzaine de portraits qui reflètent la diversité et la richesse de la cité. Ancienne geiko, agent de voyages, chercheuse, agent culturel, chef cuisinier, professeur, paysagiste, chef d'entreprise... Tous parlent de Kyôto comme de leur havre, leur port d'attache bien qu'ils arrivent du Mali, de Biélorussie, des États-Unis, de France, de Tokyo ou de Suisse... Ils vous racontent leur histoire, la ville de l’intérieur, ses codes, et comment ils sont devenus des Kyôtoïtes.
Entre guide et récit, ce livre de voyage dévoile les mille facettes de Kyôto, des bars à saké aux meilleurs
yakitori et
izakaya, des visites indispensables aux secrets bien gardés de la ville. Chaque portrait livre sa sélection originale d’adresses et son top 3, les trois adresses qu’il juge absolument incontournables. Ce guide propose ainsi plus de 200 lieux à découvrir, tous choisis, testés et commentés par leurs habitués : leurs meilleurs restaurants, leurs meilleures sorties, leurs meilleures visites, leurs meilleures adresses d’hébergement et de shopping. En découvrant ces histoires, vous n’aurez qu’une envie : embarquer pour Kyôto et foncer dans ces lieux qu’ils nous ont confiés comme à leurs meilleurs amis.
Un guide à plusieurs voix rempli d'adresses utiles !
À PROPOS DE LA COLLECTION « VIVRE MA VILLE »
Vivre ma ville, ce sont des livres de voyage avec supplément d'âme. Ils donnent les clés, les conseils, les bonnes adresses, grâce à l'expérience de ceux qui vivent sur place, là où les autres guides se contentent d'auteurs professionnels de passage. Ils offrent aussi des histoires, une chair littéraire par les interviews-portraits d'une dizaine de personnes qui présentent leur lieu de vie. Chaque portrait est un roman. Chaque portrait a un enjeu : comprendre le choix de cette vie-là. Chaque portrait permet aussi au lecteur de s'identifier, et donc de choisir ses destinations en fonction de ses affinités, en fonction du personnage qui résonne le plus en lui.
À PROPOS DE l'ÉDITEUR
Hikari Éditions est un éditeur indépendant, dédié à la découverte du monde. Il a été fondé par des journalistes et des auteurs vivant à l'étranger, de l'Asie à l'Amérique du Sud, souhaitant partager leur expérience et leurs histoires au-delà des médias traditionnels.
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Seitenzahl: 312
Veröffentlichungsjahr: 2017
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PORTRAITS DE KYÔTO
par Rafaële Brillaud
Un livre de la collection Portraits de ville.
Directeur de la publication : Anthony Dufour.
Édition : Marie Duchaussoy.
Maquette et mise en page : Katarina Cendak.
Couverture : © Katarina Cendak.
Illustrations de couverture : © alphabet MN – fotolia.com.
Photographies des portraits : © Rafaële Brillaud sauf © DR (Anastasiya et Rafaële), © Yuko Shimada (Oliver).
Photographies des adresses : tous droits réservés.
Hikari Éditions
4, avenue Foch, 59000 Lille (France).
www.hikari-editions.com
© Hikari Éditions, avril 2015.
ISBN 978-2-36774-054-6
ISSN 2265-3082
Dépôt légal : avril 2015.
Toute reproduction partielle ou intégrale, faite sans l’accord préalable et écrit de l’auteur et de l’éditeur, est strictement interdite. Il en est de même pour la traduction, l’adaptation ou la transformation, l’arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque (article L. 122-4 du Code de la Propriété intellectuelle). La copie sur support papier à usage privé de ces différents objets de droits est autorisée conformément à l’article L122-5 du Code de la Propriété intellectuelle.
Aucun guide n’est parfait, des erreurs se sont peut-être glissées dans celui-ci malgré tout le soin apporté à la rédaction comme à l’édition. Des informations peuvent également avoir été modifiées entre l’écriture de ce guide et le moment où le lecteur le prend en main. Kyôto est une ville où tout change très vite… Merci de nous suggérer toute correction utile que nous pourrions intégrer dans la prochaine édition en nous écrivant à [email protected].
PORTRAITS DE VILLE
Portraits de Kyôto est un livre dans lequel ceux qui vivent dans la ville vous en donnent les clefs. Mieux qu’un guide de tourisme, mieux qu’un récit d’expatriés, nous allons dresser ici une douzaine de portraits, à la première personne, dans lesquels vous découvrirez l’histoire de celles et ceux qui vivent ou qui ont décidé de venir vivre à Kyôto.
Chaque voyage, chaque départ, a sa propre histoire. On s’exile par amour, pour travailler, pour fuir, pour découvrir. C’est une aventure permanente qui a un immense mérite pour celui qui la pratique : ouvrir les yeux.
Certains de celles et ceux que vous allez découvrir dans Portraits de Kyôto sont des personnalités de la ville. D’autres, de parfaits inconnus. Pour ce livre, nous avons pris le temps d’écouter leur histoire.
L’objet littéraire qui suit est donc hybride : entre le récit et le city guide, c’est un livre de voyage. Il s’adresse aux visiteurs, aux touristes comme à ceux qui veulent s’installer à Kyôto. Il s’adresse à celles et ceux qui sont curieux et veulent trouver des idées dans les parcours de leurs semblables.
Ce livre a été écrit en toute indépendance. Les lieux proposés dans ces pages sont ceux de nos invités, ceux qu’ils partagent avec vous, dans la plus grande liberté, en toute subjectivité.
Pour Olive, qui a grandi dans une ville merveilleuse et, j’espère, s’en souviendra toute sa vie.
Contents
Portraits De Ville
Chikako Nakagawa
Isabelle Olivier
Katsuaki Ogawa
Stephan Pantel
Coline Arnaud
Oussouby Sacko
Takafumi Kawakami
Anastasiya Bulkavets
Éric Faure
Kai Fusayoshi
Ikuko Hagiwara
Oliver Franz
Rafaële Brillaud
Classement Des Adresses
Kyôto En Un Coup D’Œil
Kyôto Pratique
Notes
« Je suis arrivée à Kyôto en mars 1990, à 14 ans, pour devenir maiko – « apprentie geisha » comme disent les étrangers. Je venais de terminer ma scolarité au collège et je rêvais de devenir danseuse professionnelle. Je suis née à Osaka. Quand j’étais enfant, j’adorais la danse traditionnelle japonaise. Je voulais suivre des cours, danser sur scène et devenir une professionnelle de cette danse, mais les leçons coûtaient trop cher. Ma grand-mère m’a alors suggéré de devenir maiko. Je suis donc allée à Kyôto et la première fois que j’ai vu une maiko, cela m’a bouleversée. Je les ai trouvées si belles, sublimes, j’ai eu tout de suite envie de porter moi aussi un beau kimono et de devenir l’une d’entre elles ! Ce qui m’a enchantée surtout, c’était l’idée de pouvoir faire de la danse mon métier.
Les femmes du monde des fleurs et des saules
Le mot geisha , ou geiko à Kyôto, est composé de deux idéogrammes qui désignent une personne possédant un art. Il n’est employé qu’à la fin du XVIIe siècle à l’époque d’Edo pour nommer une certaine catégorie de femmes, les plus éduquées, les plus habiles à jouer d’un instrument, à danser ou chanter, celles dont la conversation est la plus attrayante. Dans une société féodale et patriarcale où la femme est reléguée au rang inférieur, ces « véritables intellectuelles de leur temps » selon l’historien Pierre-François Souyri, parviennent à imposer leurs manières et leurs instruments, à inventer des chants, à influencer leur temps. Elles incarnent l’iki , l’idéal esthétique propre à la civilisation d’Edo, une forme d’élégance et de sophistication naturelle. Il est dit qu’elles évoluent dans le monde des fleurs et des saules , karyūkai), car elles doivent avoir la délicatesse d’une fleur, la force et la souplesse d’un saule.
Les étrangers associent souvent Kyôto aux geishas. En réalité, s’il y a des geishas à Tôkyô et dans d’autres villes du Japon, il n’y en a aucune à Kyôto ! Nous n’utilisons jamais ce terme pour désigner les courtisanes qui maîtrisent les arts traditionnels. Nous parlons de geiko, c’est une spécificité locale. Les maiko, elles, sont des apprenties geiko. Elles sont généralement âgées de 15 à 20 ans. Elles n’ont pas beaucoup d’expérience, mais elles sont parfois prisées en raison de leur jeunesse, elles sont mignonnes, enfantines, alors que les geiko sont plus adultes.
Moi je suis devenue maiko à 15 ans et je le suis restée jusqu’à 21 ans, j’ai réussi à tricher une année de plus parce que je suis petite. Le travail des maiko et des geiko est presque le même. Nous devons maîtriser plusieurs disciplines artistiques. Nous faisons de la danse traditionnelle – dans le mot maiko , il y a d’ailleurs mai , qui signifie danse. Nous chantons, par exemple du nagauta , un chant long. Nous jouons de divers instruments, tels le shamisen , un luth à trois cordes et à long manche, le taiko , un grand tambour… Nous connaissons également l’art de la cérémonie du thé ou sadô .
Nous nous produisons régulièrement sur scène, en public, lors d’événements, de festivals, comme en privé, le plus souvent pour des fins de soirée ou des fêtes organisées par des patrons dans des restaurants assez cotés. Le soir, nous faisons le service dans un ochaya , une maison de thé où les clients viennent pour être distraits par des geiko. C’est un endroit avec des salles à tatamis où nous recevons les clients, la cuisine servie sur place est préparée à l’extérieur, dans des restaurants.
Je tiens à préciser que nous ne sommes pas des escort girls. Je sais qu’il y a beaucoup de préjugés sur notre métier mais il n’a absolument rien à voir avec la prostitution. Certes, parfois des clients nous demandent : « Irons-nous à l’hôtel ensuite ? » Mais nous refusons, nous n’y allons jamais. Nous sommes protégées et toujours suivies par quelqu’un quand nous allons au travail, par l’okâsan, notre « mère » responsable de l’ochaya, ou par des geiko.
Par ailleurs, on ne laisse pas entrer dans les ochaya les gens que l’on ne connaît pas, c’est la règle. Chaque client doit être au préalable introduit par une personne déjà connue de l’établissement qui se portera garante de sa respectabilité. Il y a un proverbe au Japon qui dit « ichigensan okotowari », on refuse les clients que l’on voit pour la première fois. Parce qu’on n’a pas d’assurance que ce sont des gens bien. Et aussi parce que, dans un ochaya, les clients ne payent pas le jour même mais le suivant. Ils doivent donc être des personnes de confiance, sinon ce système ne fonctionnerait pas.
Mes parents se sont d’abord opposés à mon souhait de devenir maiko. Ils pensaient que le milieu était trop difficile, très strict et que je n’y arriverais pas. Ma grand-mère a réussi à les faire changer d’avis et elle a trouvé une personne pour m’introduire auprès d’un ochaya de Kyôto. De mars à octobre 1990, je suis donc devenue une shikomi-san. J’étais au service des maiko en activité et en même temps leur élève. J’apprenais leur dialecte, leurs manières, leurs chants, leurs danses. J’apprenais aussi comment mettre le kimono et le plier. On ne me montrait les choses que trois fois, pas plus, il fallait donc que j’apprenne vite, c’était vraiment difficile.
En journée, je faisais mes exercices et, le soir, je travaillais à l’ochaya. Quand des clients venaient, je découvrais l’univers des ozashiki, ces soirées animées par des maiko et des geiko. J’apportais à boire et je regardais faire les onêsan, mes sœurs aînées. Je m’imprégnais de ce milieu. L’ozashiki finissait au plus tôt vers minuit. Il fallait ensuite que j’aide les onêsan à se déshabiller et à ranger leur kimono. Je ne pouvais pas prendre le bain avant elles, donc je me couchais toujours en dernier.
Au bout de sept mois, la mère de l’ochaya m’a confiée à une sœur aînée. Je suis en quelque sorte devenue sa disciple et elle est devenue mon mentor. Cette onêsan m’a tout appris, j’ai eu droit à ses monologues sans fin ! Une fois qu’elle m’a prise sous son aile, j’ai fini mon shikomi et je suis devenue pendant un mois minarai, je regardais et j’apprenais. Je n’avais plus de tâches ménagères, je bénéficiais d’une instruction plus artistique. C’est en novembre 1990 que je devins enfin une maiko.
Les maiko et les geiko vivent dans des quartiers réservés, nommés hanamachi , ce qui signifie « ville fleur ». À Kyôto, il y a ainsi cinq quartiers qui perpétuent la tradition des geiko : Gion Kôbu autour du sanctuaire Kennin-ji, Gion Hihashi plus à l’est, Miyagawachô, où se trouvait mon ochaya, Pontochô à l’ouest de la rivière Kamogawa, près de la rue Kiyamachi, et Kamishichiken près du temple Kitano Tenmangu. Les quartiers ne sont pas fermés, nous pouvons circuler de l’un à l’autre, travailler avec d’autres maiko.
Chaque quartier possède sa propre école de danse, ainsi qu’une salle de spectacles ou un théâtre. Les spectacles ont principalement lieu au printemps et à l’automne. Il y a par exemple deux fois par an le Miyako Odori, la danse des cerisiers, au théâtre de Gion Kôbu. Dans mon ancien quartier de Miyagawacho, il y a en avril le Kyô Odori, la danse de Kyôto, et le Mizuekai, à l’automne. Toutes ces représentations de grande envergure sont appréciées par des spectateurs du monde entier.
Si les maiko et les geiko ont les mêmes activités, elles sont en revanche très différentes au niveau de l’apparence. La maiko ne met pas de rouge à lèvre sur la lèvre supérieure la première année. Sa coiffure est faite avec ses propres cheveux, alors que la geiko porte des perruques. Elle a un chignon de débutante, appelé wareshinobu, et accroche à gauche dans les cheveux un accessoire, un kanzashi, dont la forme varie suivant les mois de l’année, représentant une fleur de prunier ou de cerisier, etc. Au bout de trois ans, la maiko troque son wareshinobu contre une coiffure plus mature appelée ofuku. C’est le signe qu’elle devient une maiko de haut rang, experte.
Quelques jours avant de devenir une geiko, la maiko porte une coiffure spéciale, le sakko, et se noircit les dents. Le visage fardé de blanc et les dents toutes noires, c’est le comble de la beauté ! Une mèche de cheveux, qui dépasse de sa coiffure, est coupée lors d’une fête par la mère de l’ochaya. La maiko se mue en une geiko. Elle troque son kimono à manches longues contre un kimono à manches plus courtes. Surtout, son col change de couleur. Alors que l’apprentie a un sous-col de kimono rouge, la geiko arbore un col blanc immaculé.
Je suis devenue geiko à 21 ans. Mais je n’ai pas eu le temps de devenir onêsan à mon tour, d’enseigner à de jeunes apprenties, car j’ai décidé de me marier. Les maiko et les geiko doivent rester célibataires. Si nous choisissons d’épouser quelqu’un, c’est fini, nous sommes obligées d’arrêter notre activité. C’est le choix que j’ai fait au bout d’un an de vie de geiko.
J’avais un contrat avec mon ochaya. Mon okâsan avait financé ma formation, elle avait tout pris en charge : elle avait payé mes kimonos, mes coiffures, mes leçons de musique et de danse. En contrepartie, je devais travailler pour elle. Tous les mois, je recevais une petite somme d’argent dans une enveloppe. Nous ne savions jamais combien d’heures nous avions effectuées, ni combien nos prestations étaient facturées. Je ne pouvais pas partir n’importe quand, j’ai attendu que mon contrat se termine.
Aujourd’hui, je fais de la musique, du hayashi (un petit tambour) et du shamisen, de la chanson traditionnelle, du nagauta. Je participe à des concerts, je réalise des enregistrements de musique pour des films télévisés qui retracent d’anciennes époques. Mon mari est musicien et travaille en collaboration avec des maiko. Il vient d’une famille de musiciens et mes deux fils devront donc faire comme lui, pour poursuivre la lignée de la famille paternelle.
Je vais de temps en temps voir mes « petites sœurs » qui sont toujours dans le milieu, j’assiste à leurs spectacles. Au début, quand j’étais shikomi-san, j’avais des regrets. Pendant six mois environ, je me suis demandé si j’allais continuer, je n’étais pas bien dans ma peau, l’apprentissage était vraiment trop strict pour moi. Mais dès que je me suis habituée, j’ai commencé à apprécier le métier et l’ambiance de l’okiyasan, la maison où nous vivions ensemble.
Bien sûr, il y a beaucoup de facettes du métier qui sont très pénibles. Pendant les trois premières années, avant de devenir une maiko d’un grade un peu supérieur, on se fait gronder assez souvent, principalement par les onêsan qui nous font peur : on ne danse pas bien, on fait mal quelque chose… Ma sœur aînée était une bonne onêsan mais elle était stricte avec moi ! Elle avait d’autres disciples, qui étaient mes « petites sœurs ». Nous discutions souvent ensemble.
En fin de compte, je suis très heureuse d’avoir pu vivre dans le hanamachi, la « ville fleur » des maiko. Je ne regrette pas du tout cette expérience, j’en ai bien profité. Ce fut dur, mais j’ai pu rencontrer plein de monde et dans des endroits très différents. En six ans, j’ai pu faire beaucoup d’expériences, beaucoup plus que dans une vie normale de jeune fille. Et même aujourd’hui je trouve que ces années de maiko m’ont apporté beaucoup de choses, elles constituent une expérience positive pour ma vie actuelle.
Si ma fille souhaite devenir maiko, je demanderai à mon ancienne okâsan de prendre soin d’elle. Mais je préviendrai ma fille : elle perdra sa liberté et elle ne pourra pas revenir à la maison quand elle le souhaitera. La vie de maiko est très stricte, difficile, mais elle en vaut la peine.
J’ai quitté le hanamachi, mais je vis toujours à Kyôto, car mon mari est originaire de cette ville et y gagne sa vie. J’y habite désormais depuis plus longtemps qu’à Osaka puisque j’y suis depuis vingt-quatre ans. J’aime Kyôto. C’est une ville facile à vivre, avec un bon environnement, je pense qu’elle est très bien aussi pour nos trois enfants. Il y a beaucoup de temples et de sanctuaires, les maiko et les geiko sont vraiment une tradition locale. Je recommande à tout le monde de venir visiter Kyôto où une culture japonaise ancestrale perdure. »
UGENTA SAGENTA
Restaurant, ryokan
À Kibune, dans le nord de Kyôto, on peut manger de mai à septembre sur une terrasse au-dessus de la rivière. En été, quand il fait très chaud, on profite de la fraîcheur de l’eau. C’est un restaurant très connu et un peu cher, fréquenté par la haute société. L’endroit est ravissant et spécial. On peut aussi loger sur place, mais il n’y a que deux chambres.
Sakyôku Kuramakibunechô 76 Près de la station Kibuneguchi
Tél. : 075-741-2146
www.ugenta.co.jp
Les repas au-dessus de la rivière du 1er mai au 30 septembre. Ouvert tous les jours de 11 h 30 à 16 h et de 17 h à 20 h 30.
TORAYA
Pâtisserie, salon de thé
Je suis allée un jour à Toraya, dans le quartier du Palais impérial. J’ai été charmée par l’ambiance de ce salon de thé, avec vue sur un superbe jardin. On peut y déguster une pâtisserie japonaise, un anmitsu (dessert composé de cubes de gelée, de pâte de haricots rouges et de sucre liquide) ou un mochi (gâteau à base de riz gluant), avec du matcha ou du sencha, deux types de thé vert.
Kamigyôku Ichijodori Karasuma nishiiru Près de la station Imadegawa
Tél. : 075-441-3113
www.toraya-group.co.jp/english/shops/#kyoto
Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h.
IZAWAYA
Accessoires pour kimono
Cette boutique spécialisée dans les accessoires pour kimonos se trouve dans le quartier de Gion, juste en face du Minamiza, le théâtre de kabuki de Kyôto. On y trouve des obi, les ceintures en tissu, des petits porte-monnaie, des sacs à mouchoirs en papier, des strap, ces bijoux pour téléphones portables, des kinchaku (pochettes en tissus que l’on ferme avec une ficelle). Il y a plein de choses kawai (mignonnes) !
Higashiyamaku Shijôdôri Nakanochô 211-2 Près de la station Gion Shijo
Tél. : 075-525-0130
www.izawaya.co.jp
Ouvert tous les jours de 10 h à 20 h.
YASAKA ENRAKU
Izakaya
Ce restaurant plutôt prisé est installé dans une ancienne machiya du quartier de Gion. Il a pour spécialité le oden, le potau-feu japonais. On peut aussi y manger beaucoup de plats japonais ou occidentaux. La clientèle est assez jeune.
Higashiyamaku Komatsuchô 594-3
Près de la station Kiyomizu Gojo
Tél. : 075-533-6646
www.zuzu.jp/yasaka/
Ouvert du lundi au samedi de 17 h à minuit et le dimanche de 17 h à 23 h.
GOMBE
Udon, soba
Une vieille enseigne de soba, des pâtes faites à base de farine de sarrasin, et de udon, des pâtes à base de farine de froment, située dans le quartier de Gion. Typique et authentique.
Higashiyamaku Gionmachi Kitagawa 254
Près de la station Gion Shijo
Tél. : 075-561-3350
Ouvert tous les jours, sauf le jeudi, de 12 h à 20 h 30.
LE BOUCHON
Cuisine française
Souvent quand je vais à l’étranger, j’essaye d’aller manger dans au moins un restaurant de mon pays. Les Français qui viennent à Kyôto voudront peut-être faire la même chose. J’ai testé Le Bouchon, c’est très bon. On y mange de la cuisine régionale typique de Lyon. Ce restaurant est l’un des trois que possède le propriétaire, avec Le Bellecour qui sert de la cuisine gastronomique française, et Au temps perdu, qui est un salon de thé, pâtisserie, traiteur, où l’on peut déjeuner.
Nakagyôku Enokichô 71
Près de la station Kyôto Shiyakushomae
Tél. : 075-211-5220
bellecour.co.jp
Ouvert de 11 h 30 à 14 h 30 et de 17 h 30 à 21 h 30.
L’EMBELLIR
Cuisine française
Le restaurant est au sud du sanctuaire de Gion, le Yasakajinja, et il sert de la fine cuisine à la française dans un environnement à l’européenne. J’ai passé un très bon moment quand j’y suis allée. La salle est belle, le jardin japonais magnifique. Le hors d’œuvre était à base de légumes de Kyôto et offrait ainsi un mariage réussi entre la France et le Japon. Les tsukemono, les légumes marinés, étaient également très bons. C’est une bonne adresse, un peu chère.
Higashiyamaku Gionmachi Minamigawa 509 Près de l’arrêt de bus Gion
Tél. : 075-551-7386
www.lembellir.com/kyoto
Ouvert tous les jours de 11 h 30 à 14 h et de 17 h 30 à 20 h.
OIMATSU ARASHIYAMATEN
Salon de thé
La spécialité d’Oimatsu, c’est le warabimochi, une pâtisserie qui ressemble à une gelée et qui est fabriquée à base de fougère. Elle y est un peu plus chère qu’ailleurs mais sans équivalent ! Elle est servie dans une coupe à plusieurs étages, avec dans l’un le warabimochi encore chaud plongé dans de l’eau très froide et dans un autre du kinako, de la poudre de soja grillée, et du kuromitsu, un sirop de sucre, dans lesquels on peut tremper le warabimochi avant de le déguster. Je conseille très vivement cette adresse.
Ukyôku Saga-Tenryûji
Près de la station Arashiyama
Tél. : 075-881-9033
www.oimatu.co.jp
Ouvert tous les jours de 9 h à 17 h.
TSUJIRI HONTEN
Salon de thé
Tsujiri fait du thé mais ce salon est surtout réputé pour son macha pafe . Ce sont de grandes coupes de glace garnies de petites boules de mochi blanches, d’anko ou de pâte de haricots rouges, de gelée et de glace au macha, ce thé qu’on utilise pour la cérémonie du thé et qui est très fort en goût. Quand j’étais maiko, j’allais souvent en manger mais j’ai désormais un peu de mal à finir la coupe, elle est trop grande et je suis moins gourmande !
Higashiyamaku Gionmachi Minamigawa 573-3
Près de la station Gion Shijo
Tél. : 075-561-2257
www.giontsujiri.co.jp
HANARE
Bar à vins chic
C’est un bar tenu par une maison de maiko et de geiko. On peut par conséquent y croiser ces femmes en train de faire leur travail avec des clients. Hanare a un sommelier et propose à la dégustation une belle carte de vins étrangers. Mieux vaut réserver avant de venir. Et une tenue chic est de rigueur.
Higashiyamaku Miyagawasuji 3-282
Près de la station Gion Shijo
Tél. : 075-525-5588
Ouvert tous les jours, sauf le dimanche, de 19 h à 1 h.
CHERI
Bar, café
Un bar moins formel que Hanare et bon marché. Je ne bois pas beaucoup d’alcool et il m’arrive d’y aller juste pour boire un café. On peut aussi y manger de la cuisine de Miyama, situé tout au nord de la préfecture de Kyôto.
Higashiyamaku Gionmachi Kitagawa 279-3
Près de la station Gion Shijo
Tél. : 075-525-2821
cheri-kyoto.com
Ouvert de 16 h à 3 h.
SYORYUEN
Ensemble de boutiques traditionnelles
Un ami a établi ce tout nouveau complexe commercial, juste en face de la gare d’Arashiyama, et je le conseille vivement car il y a mis toutes ses forces. Dans un bâtiment au design contemporain mais avec des kôshi, des treillages en bois qui font penser aux machiya, sont rassemblées différentes boutiques de produits traditionnels : diverses pâtisseries, de l’encens, des baguettes (sur lesquelles on peut écrire un message), des objets faits en bambou ou incrustés d’or et d’argent. C’est l’endroit parfait pour découvrir tous ces objets, acheter des souvenirs et faire des cadeaux.
Ukyôku Saga Tenryûji Monzen
Près de la station Arashiyama
Tél. : 075-873-8180
www.syoryuen.jp
Ouvert tous les jours de 10 h à 17 h.
SUUZANDO HASHIMOTO
Papeterie
C’est une boutique de washi , le papier traditionnel japonais. On y trouve toutes sortes de papiers à lettres, des Post-it, de longs papiers sur lesquels on peut écrire un message, des pochi bukuro, des petites enveloppes où l’on glisse des petits cadeaux ou de l’argent au Nouvel an, etc. C’est un bonheur de papiers !
Nakagyôku Rokkakudôri Yaoyachô 110
Près de la station Kawaramachi
Tél. : 075-223-0347
www.suuzando.co.jp
Ouvert de 10 h à 18 h.
KYOSENDO
Éventails
Kyosendo propose une large gamme d’éventails, à tous les prix. Certains sont si beaux qu’ils n’ont d’autre fonction que la décoration. J’ai souvent un éventail sur moi. J’en glissais toujours un dans mon kimono quand j’étais maiko. C’est une bonne idée de souvenir ou de cadeau.
Shimogyôku Tsutsuganechô 46
Près de l’arrêt de bus Karasuma Rokujo
Tél. : 075-371-4151
www.kyosendo.co.jp
Ouvert du lundi au samedi de 9 h à 17 h et le dimanche de 10 h à 18 h.
BENTO AND CO
Boîtes repas et accessoires
Près de la rue piétonne Teramachi se trouve une ravissante boutique de bento, boîtes pour le repas, tenue par un Français. Il y a plein de choses super mignonnes, j’y emmène mes enfants et ils choisissent. Certains produits sont importés d’Europe, j’y ai trouvé des objets que je n’ai vus nulle part ailleurs au Japon !
Nakagyôku Rokkakudôri Yaoyachô 117
Près de l’arrêt de bus Kawaramachi Sanjo
Tél. : 075-708-2164
www.bentoandco.com
Ouvert tous les jours de 12 h à 19 h.
NISHIRI
Légumes traditionnels
Les tsukemono sont des légumes vinaigrés ou fermentés, servis en accompagnement des repas, l’équivalent en quelque sorte des cornichons en Europe. Il y a plusieurs manières de les préparer, certains sont macérés dans du nuka, du son de riz fermenté, mais cela donne un arrière-goût pas très agréable qui ne plaît pas à tout le monde. Nishiri a développé une nouvelle recette et ses tsukemono sont très frais, faciles à manger. Dans la boutique sur le marché de Nishiki, on peut en goûter sur place avec un bol de riz; dans celle de la rue Shijo, ils sont proposés en sushi. Ce sont différentes manières de savourer ces légumes traditionnels japonais.
Tél. : 075-251-8181
Plusieurs boutiques dans Kyôto
www.nishiri.co.jp
KOCHACLUB
Salon de thé, boutique
Il s’agit d’une toute petite boutique spécialisée dans le kôcha , le thé noir. On peut en déguster sur place : on choisit d’abord la tasse dans laquelle on souhaite boire, puis son thé. Kochaclub propose vraiment une très large sélection à la carte et un sommelier en thé donne des conseils. On peut aussi acheter à emporter, le thé est alors mis dans des pochettes en tissu de kimono très mignonnes. C’est un cadeau simple qui fait toujours plaisir et une bonne idée pour les étrangers qui viennent visiter Kyôto.
Higashiyamaku Higashikawarachô 508
Près de la station Kiyomizu Gojo
Tél. : 075-551-4856
www.kyotokouchaclub.net
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10 h 30 à 18 h.
ASOBE
Objets en laque
Les objets en laque sont beaux mais chers, on les retrouve surtout dans les restaurants japonais ou bien lors de grandes occasions. Lors d’un mariage par exemple, il est de coutume de poser le cadeau que l’on offre sur un hirobuta, un plateau laqué. Mais certains objets peuvent toutefois s’utiliser à la maison : des bols pour la soupe miso, des soucoupes pour poser les tasses à thé lorsqu’il y a des invités.
Shimogyôku Higashinodoin Dori Shijo Agaru
Près de la station Kawaramachi
Tél. : 075-344-5333
asobe.co.jp
Ouvert tous les jours, sauf le mercredi, de 10 h à 18 h.
« Je vis à Kyôto depuis 2012, mais j’y étais venue pour la première fois l’année précédente, en pleine crise de Fukushima. Je vivais alors à Tôkyô depuis plus de quatre ans. J’avais un peu voyagé, à Nikkô, Sapporo, Sendai, Shikoku, mais je ne connaissais pas encore Kyôto. Je ne voulais pas y aller à la hâte, j’attendais que mes parents viennent me voir et qu’on prenne une vraie semaine pour s’y balader et la découvrir.
Puis il y a eu le séisme du 11 mars 2011 et l’accident nucléaire. À Tôkyô, je voyais sans cesse des gens partir, même si ce n’était pas le rush. Avec des amis, on avait acheté un billet pour le Shinkansen de midi en direction d’Osaka, où il y a un aéroport international, et on l’échangeait tous les jours. On se disait, en cas de problème, rendez-vous à midi à la gare. Cela peut paraître complètement absurde vu d’Europe : Tôkyô, c’est 30 millions d’habitants, en cas d’évacuation, un billet ne garantit pas un siège. Mais vu l’absence de panique, on croyait à cette réservation, même dans le pire des cas.
Ce billet, je l’ai pris le jeudi 17 mars. Mes parents avaient très peu dormi depuis cinq jours et, ce jour-là, ma mère a explosé au téléphone, elle hurlait si fort que tout le monde l’entendait au bureau, elle était complètement incohérente d’angoisse et d’inquiétude. Je m’en suis voulu de ne pas être rentrée en France. Alors je suis partie pour Osaka. Mais une fois dans le train, je n’avais pas envie d’aller dans une grande ville et je suis descendue à la gare de Kyôto sur un coup de tête.
Quand je suis arrivée, je me souviens, il était 23 heures, il neigeait. Toute la semaine, on m’avait dit : « Il faut rentrer en France, tu vas mourir. » Mes amis étaient restés à Tôkyô, j’étais seule. C’était très bizarre, j’avais l’impression d’être presque dans un autre pays. C’était comme si rien ne s’était passé. Kyôto était calme. La terre ne tremblait pas. Le lendemain de mon arrivée, je suis restée plantée une heure au bord d’un pont à ne pas savoir quoi faire. Je sais maintenant que c’était le pont de Sanjo. Finalement, j’ai marché au bord de la rivière. J’étais au téléphone avec des amis de Tôkyô, je ne regardais pas vraiment la ville, j’ai déambulé sans faire attention. J’ai traversé un pont, puis un grand jardin, qui était en fait le parc impérial. Il n’y avait presque personne, j’étais toujours au téléphone, cette fois avec mes parents.
Je n’ai pas fait trop de tourisme, je n’avais pas le cœur à ça. Juste le dernier jour, avant de rentrer à Tôkyô, je suis allée voir le Pavillon d’argent et le chemin de la philosophie. Ce fut un moment fort. La même année, j’avais découvert le philosophe Kitarô Nishida qui m’avait littéralement retourné le cerveau. Je savais que c’était l’École de Kyôto mais je n’avais pas fait le lien avec le chemin de la philosophie. Ce fut un choc.
La villa Kujoyama
Créée en 1992, la Villa Kujoyama est l’une des plus prestigieuses institutions culturelles françaises à l’étranger, avec la Villa Médicis à Rome et la Casa de Velasquez à Madrid. C’est aussi la seule résidence française de créateurs en Asie. L’idée originelle est née en 1926 lorsque Paul Claudel, qui occupe pour la dernière année le poste d’ambassadeur de France au Japon, souhaite offrir un écrin japonais à des sujets artistiques français. Construite par l’architecte Kunio Kato sur la montagne d’Higashiyama à Kyôto, la villa Kujoyama est dirigée par l’Institut français du Japon. Elle accueille des artistes et créateurs français qui souhaitent y développer un projet en lien avec l’Archipel dans les champs les plus variés. En 2014, elle avait déjà accueilli plus de 270 résidences d’artistes français et s’ouvrait aux artistes japonais après une rénovation des 1 164 m2 du bâtiment.
Je suis retournée à Tôkyô, car j’étais venue pour calmer mes parents mais j’avais du boulot. Depuis cinq ans, je travaillais à mi-temps dans un cabinet d’avocats international. Je préparais surtout l’édition Tôkyô d’un festival de nouvelles images du Centre Pompidou : j’ai lancé l’événement Hors Pistes Tôkyô en juin 2011 avec Masayuki Kawai, un vidéo-artiste originaire d’Osaka.
Ce festival a été très important pour moi. Je me suis rendu compte que c’était dans ce domaine que je voulais m’activer : la culture. Le Conseiller culturel de l’époque à l’ambassade de France m’a suggéré de briguer le poste de Kyôto. En même temps j’ai été retenue dans l’équipe chargée de la consultance sur les travaux de la Villa Kujoyama à Kyôto. Nous devions proposer des scenarii pour renouveler le programme et le modèle économique. C’est dans ce cadre que je suis retournée deux fois trois jours à Kyôto en 2012. J’ai obtenu le poste de responsable de la programmation artistique à l’Institut français du Japon-Kansai.
Au départ, ça m’angoissait un peu de m’installer à Kyôto. J’avais quand même découvert la ville dans des circonstances particulières et ce n’était pas évident de quitter ce qui était finalement devenu chez moi, Tôkyô. Je me disais que c’était forcément une expérience extraordinaire d’avoir la chance de mieux connaître cette autre partie du Japon, mais j’en avais une idée assez caricaturale. Pour moi, c’était uniquement le berceau de la culture traditionnelle, alors que je m’intéressais davantage aux avant- gardes.
Mes préjugés étaient énormes et absurdes. À peine arrivée à Kyôto, je suis tombé au Club Métro en plein concert de punk rock ! Puis, peu après, il y avait un week-end John Cage au Kyôto Art Center. J’ai découvert la scène de la musique contemporaine du Kansai, c’était juste hallucinant.
Depuis, je vais de découverte en découverte. À Kyôto, il y a plein de choses qui se passent, partout. Tout est secret, confidentiel, ça fonctionne plutôt par le bouche-à-oreille. C’est vraiment différent de Tôkyô, tellement immense, saturée d’infos, de projets, de mass média. J’adore Tôkyô. C’est tentaculaire, énorme, stimulant. On peut tout y voir, mais ce sont des programmations super pointues. On se retrouve entre connaisseurs. C’est un boulot à plein temps de savoir tout ce qu’il se passe dans cette ville. Sans volonté ou passion, on ne trouve pas ces endroits improbables. Alors qu’à Kyôto, c’est plus fluide, plus facile, le contact est plus simple. Les gens sont connectés entre eux. Il y a quelques soirées qui ont pignon sur rue, telles celles du Club Métro. Et après, c’est précisément parce qu’on va dans tel bar ou tel autre bar que l’on sait que la fête continue ici, puis là. C’est vraiment ouvert, très chaleureux. Les Japonais disent souvent que c’est difficile de vivre à Kyôto, ils ont l’image d’une aristocratie très fermée mais, en tant qu’étrangère, je trouve au contraire qu’il y a une très belle ouverture.
Ma mission professionnelle consiste à proposer, dans le cadre des orientations de l’Institut français du Japon et en réseau, une offre artistique et culturelle française et à contribuer à développer les échanges. Je serai là jusqu’en août 2016 au moins. Ça fera dix années au Japon pour moi, l’air de rien. Je suis pourtant arrivée dans ce pays un peu par hasard, sans passion particulière.
Je suis née en Corée, je ne sais pas où ni précisément quand. J’ai été adoptée et j’ai grandi à Paris. Dans mon autre vie, je travaillais dans la coopération euro-méditerranéenne. J’ai étudié le droit, fait un passage à l’Unesco. En 1999, je suis tombée amoureuse du Liban et j’ai commencé à apprendre l’arabe. J’étais en DESS et j’ai pu monter des projets en alternance, travailler avec le Maroc, la Tunisie… Puis j’ai fait un DEA en droit public comparé des États européens et je suis partie en 2004 à Barcelone pour mes recherches. J’ai finalement décidé de tenter le concours de l’ENA, l’école nationale d’administration française. J’ai donc suivi deux ans de préparation à Ulm-Paris 1, avec un bref passage par le Secrétariat général des affaires européennes. En 2006, après les examens blancs de deuxième année de prépa, je me suis offert un petit break de deux semaines, avant un tunnel de révisions jusqu’en septembre, je suis venue au Japon pour rendre visite à un ami. Ce fut une énorme claque. J’ai été frappée par cet autre vivre ensemble, cet autre contrat social. Et puis, surtout, trois jours avant de partir, je suis tombée amoureuse d’un Français qui vivait à Tôkyô. J’étais jeune, un peu folle. J’ai certes repris ma prépa sérieusement mais, après plusieurs voyages, je me suis finalement installée au Japon en décembre 2006.
Je n’avais pas de projet professionnel, je ne parlais pas japonais. J’ai donné un trimestre de cours en politique française, trouvé plein de petits jobs en free-lance. Et au bout de six mois, j’ai été prise comme consultante dans un cabinet d’avocats. J’ai eu énormément de chance. Évidemment, il y a eu des années difficiles. J’ai rompu avec mon copain au bout d’un an. J’étais seule, mais j’ai eu envie de continuer l’aventure.
J’étais revenue un peu frustrée de mes deux expériences à l’étranger, au Liban et en Espagne. Je m’étais dit : « La prochaine fois que je pars, je reste un vrai moment, j’apprends la langue. » Pour échanger, comprendre les gens, savoir à quoi ils rêvent, de quoi ils ont peur, être un peu parmi eux. Ç’a été le Japon, alors je me suis collée au japonais. Apprendre le japonais, c’est de la discipline. J’adore étudier donc ce n’était pas un problème. Je travaillais la grammaire une fois par semaine avec une prof. Et je faisais cinq kanjis par jour, tous les matins. Le week-end, je révisais. Et je lisais énormément. C’était une sorte de boulimie, dès que je n’avais rien à faire, je déchiffrais les mails en japonais, je prenais des notes, je répétais. Je scrutais les noms des stations de métro, les prospectus, les news sur Yahoo. Ma prof me disait : « C’est bon, tu as dix sur dix. » Mais moi je voulais comprendre les panneaux, lire le journal et ce que j’avais dans ma boîte à lettres. Puis, plus on apprend de kanjis, plus ça va vite. En 2010, j’ai réussi le test de japonais JLPT niveau 2. Je pouvais lire mon contrat de bail, mais toujours pas les menus des restaurants !
