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Découvrez Pékin à travers les yeux de ses habitants
Portraits de Pékin raconte des parcours de vies et la ville. On y fait la rencontre de Monsieur Laoshi, chauffeur de taxi qui a vu la ville de son enfance se transformer en une mégalopole aux six périphériques. Mademoiselle, chanteuse québécoise venue il y a onze ans avec pour seul bagage son accordéon, et qui a conquis un public nombreux à Pékin et en Chine. Shu Cai, le poète, parle de sa vie transformée par les événements de Tian’Anmen. Benoît et Qi, qui se sont rencontrés en France et ont décidé de vivre l’aventure familiale à Pékin. Xiaotie, la responsable du centre LGBT de Pékin, qui lutte au quotidien pour les droits des minorités. Ludwig, venu vivre à Pékin sa passion pour les arts martiaux. C’est aussi l’expérience pékinoised’Imad, Feng, Nelly, Thomas, Flore...
Pour connaître les mille facettes de la capitale chinoise, des festivals underground aux bars chics, des restaurants fusion aux petites cantines, des visites insolites aux incontournables, une douzaine de personnages partagent ainsi leur Pékin. Chaque portrait livre sa sélection originale de lieux qu’il juge incontournables. Le livre propose ainsi près de 250 endroits à découvrir, tous choisis et testés par leurs habitués : leurs meilleurs restaurants, leurs meilleures sorties, leurs meilleures visites, leurs meilleurs hôtels et leurs meilleures adresses shopping. En découvrant leurs histoires, vous n’aurez qu’une envie : embarquer pour Pékin, et foncer dans ces lieux qu’ils ont confiés comme à leurs meilleurs amis.
Un guide à plusieurs voix rempli d'adresses utiles !
A PROPOS DE LA COLLECTION « VIVRE MA VILLE »
Vivre ma ville, ce sont des livres de voyage avec supplément d'âme. Ils donnent les clés, les conseils, les bonnes adresses, grâce à l'expérience de ceux qui vivent sur place, là où les autres guides se contentent d'auteurs professionnels de passage. Ils offrent aussi des histoires, une chair littéraire par les interviews-portraits d'une dizaine de personnes qui présentent leur lieu de vie. Chaque portrait est un roman. Chaque portrait a un enjeu : comprendre le choix de cette vie-là. Chaque portrait permet aussi au lecteur de s'identifier, et donc de choisir ses destinations en fonction de ses affinités, en fonction du personnage qui résonne le plus en lui.
LES ÉDITIONS HIKARI
Hikari Éditions est un éditeur indépendant, dédié à la découverte du monde. Il a été fondé par des journalistes et des auteurs vivant à l'étranger, de l'Asie à l'Amérique du Sud, souhaitant partager leur expérience et leurs histoires au-delà des médias traditionnels.
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Seitenzahl: 308
Veröffentlichungsjahr: 2016
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PORTRAITS DE PÉKIN
Céline Allemand et Nicolas Paris
PORTRAITS DE PÉKIN
par Céline Allemand et Nicolas Paris
Un livre de la collection Portraits de ville.
Directeur de la publication : Anthony Dufour.
Éditrice : Marie Duchaussoy.
Crédit photo de couverture : © yaisirichai - Fotolia.com
Photographies pages intérieures : tous droits réservés sauf mention contraire.
Hikari Éditions© Hikari Éditions4, avenue Foch, 59000 Lille (France).ISBN 978-2-36774-016-4 eISBN : 978-2-36774-039-3www.hikari-editions.comISSN 2265-3082Aucun guide n’est parfait, des erreurs et des coquilles se sont peut-être glissées dans celui-ci malgré tout le soin apporté à la rédaction comme à l’édition. Des informations peuvent également avoir été modifiées entre l’écriture de ce guide et le moment où le lecteur le prend en main. Pékin est une ville où tout change très vite… Merci de nous suggérer toute correction utile que nous pourrions intégrer dans la prochaine édition en nous écrivant à : [email protected].
Portraits de ville
Portraits de Pékin, de la collection Portraits de ville, est un livre dans lequel ceux qui vivent dans la ville vous en donnent les clés. Mieux qu’un guide de tourisme, mieux qu’un récit d’expatriés, nous allons dresser ici une quinzaine de portraits, à la première personne, dans lesquels vous découvrirez l’histoire de ceux qui ont décidé de venir vivre dans cette fascinante cité.
Chaque voyage, chaque départ, a sa propre histoire. On s’exile par amour, pour travailler, pour fuir, pour découvrir. C’est une aventure permanente qui a un immense mérite pour celui qui la pratique : ouvrir les yeux.
Certains de ceux que vous allez découvrir dans les prochaines pages sont des personnalités de Pékin. D’autres, de parfaits inconnus. Pour ce livre, nous avons pris le temps d’écouter leur histoire.
L’objet littéraire qui suit est donc hybride : entre le récit et le guide pratique. Il s’adresse aux visiteurs, aux touristes, à ceux qui veulent vivre à Pékin, ou en Chine. Ils s’adressent à ceux qui sont curieux et qui veulent trouver des idées dans les parcours de leurs semblables.
Ce livre est écrit en toute indépendance. Les lieux que nous vous proposons sont ceux de nos invités, ceux qu’ils ont décidé de partager avec vous, dans la plus grande liberté, en toute subjectivité.
Contents
HE FENG
Les adresses de He Feng
LUDWIG FRAISSENET
Les adresses de Ludwig
MARIE-CLAUDE LEBEL
Les adresses de Mademoiselle
IMAD BAATICHE
Les adresses d’Imad
MONSIEUR LAOSHI
Les adresses de Monsieur Laoshi
JEAN-FRANÇOIS HÉNON
Les adresses de Jean-François
ZHENG XIAOYUN
Les adresses de Xiaoyun
FLORE DELOURME
Les adresses de Flore
IRON
Les adresses d’Iron
BENOÎT LUCE
Les adresses de Benoît
NELLY ALIX
Les adresses de Nelly
THOMAS GAESTADIUS
Les adresses de Thomas
SHU CAI
Les adresses de Shu Cai
LES AUTEURS
Les adresses de Céline et Nicolas
Classement des adresses
Pékin en un clin d’œil
Pékin pratique
Dans la même collection
«Je suis arrivée en 1997 à Pékin. J’avais 18 ans, j’avais réussi le concours d’entrée à l’université des Langues étrangères de Pékin et je venais étudier la langue française. Je viens d’Anqing, une ville de la province de l’Anhui, où il y a peu de quotas pour intégrer une université de la capitale. Anqing est une petite ville à l’échelle chinoise : seulement 1 million d’habitants.
Je venais de province et j’avais obtenu de très bonnes notes au concours, j’étais très fière.
Pour moi, Pékin représentait la capitale de la Chine et dans mon éducation, la capitale était un endroit glorieux. Je pensais que j’allais avoir une place au soleil. Pour préparer le concours, qui s’appelle le gaokao, j’avais un peu arrêté de vivre pendant mes années de lycée. J’étais dans une école d’excellence, on n’avait pas de week-end, toute notre vie était orientée vers ce concours. La réussite à celui-ci signifiait que j’allais prendre mon destin en main. En Chine, il y a un consensus pour dire que les études ont une grande valeur. Les études sont presque le seul ascenseur social. Mes parents viennent d’un milieu modeste, ils travaillaient dans une PME d’État et avec la réforme économique, dans les années 1990, la plupart de ces unités de travail ont fait faillite. Seuls les grands groupes ont profité de la libéralisation économique. Mes parents, qui n’avaient déjà que des salaires modestes, ont été poussés à la retraite anticipée. On a donné ce joli nom de « retraite anticipée », mais en réalité, cela signifie plus de poste et pas de pension de retraite !
Pour moi, venir à Pékin, c’était comme un pèlerinage. Quand je sortais du campus de l’université pour visiter la ville, j’allais dans les endroits emblématiques. Un voyage m’a beaucoup marquée à cette époque, on est allés voir le lever de drapeau sur la place Tian’anmen. L’université était loin de Tian’anmen, on s’est levé à 4 heures du matin, on a pris nos vélos dans le froid, mais tous ces efforts n’étaient rien comparés au moment symbolique que nous vivions. Je voyais la grandeur de la capitale. Je me sentais humble et j’avais beaucoup d’admiration pour les Pékinois. Je pensais qu’ils étaient nés nobles. À l’époque, j’avais un fort accent provincial et les gens me taquinaient, ils me surnommaient « Petite Anhui ». À l’université, les étudiants originaires de Pékin me disaient sans détour que mon accent était bizarre alors que les autres se contentaient de m’imiter pour qu’on en rigole. Les Pékinois sont très directs, c’est la grande différence entre le Sud et le Nord. Au Sud, les gens sont plus tendres, plus polis. Les Pékinois sont très incisifs, plus sarcastiques.
Pendant nos années étudiantes, Pékin nous semblait tellement grande que nous restions souvent dans le campus. Mais on faisait parfois des sorties qui nous paraissaient de « longues marches ». Notre université se trouvait à Haidian au Nord-Ouest, un peu le « quartier latin » de Pékin, c’est le quartier des universités. Parfois, on allait à l’ambassade de France à Liangmaqiao, ça me paraissait incroyable de me rendre dans ce quartier d’affaires et d’ambassades. Je prenais un bus pendant une heure et j’avais l’impression de voyager au bout du monde. L’Ambassade organisait des événements et invitait les étudiants en français. Je me souviens d’un concert dans l’enceinte de l’ancien lycée français. Je n’avais jamais vu de concert et en plus c’était un peu rock’n’roll ! Pour les Français, c’est peut-être une vie culturelle normale, mais pour moi qui avais toujours été la tête plongée dans les bouquins, je n’avais jamais vu ça. J’ai vu la foule, les filles qui dansaient sans retenue, et moi j’étais dans l’ombre, à les regarder, avec tous mes complexes. Ce genre de soirées m’a aidée à ouvrir des portes, à avoir accès à un autre monde. Je prenais conscience que je venais de province et que je ne savais faire rien d’autre qu’étudier. Je n’avais pas de vie culturelle, je ne savais pas chanter, danser, je n’avais pas eu de vie sociale avant. J’ai réalisé que j’avais vraiment une vie monotone.
Le gaokao
Le gaokao, concours d’entrée à l’université, conditionne l’accès à l’enseignement supérieur en Chine. Chaque année, près de 10 millions de jeunes Chinois espèrent décrocher le sésame, promesse d’ascension sociale. Mais seuls 60 % des candidats pourront accéder aux formations classiques de benke (diplôme qui sanctionne quatre ans d’études). Le concours est composé de trois épreuves communes (mathématiques, chinois et anglais) et d’une épreuve de synthèse littéraire ou scientifique. Selon les notes obtenues, le lycéen va pouvoir choisir une université et une spécialité plus ou moins cotées. Même s’il s’agit d’un concours national, les notes minimales d’admission varient en fonction de quotas fixés selon les provinces et les universités. La sélection est plus sévère pour un candidat qui postule hors de sa province d’origine, ce qui accentue les inégalités en matière d’éducation entre la Chine urbaine et la Chine rurale.
Le hukou
Le système du livret de résidence (hukou) est toujours en vigueur, même s’il a été assoupli. Ce système millénaire avait pour but de faciliter la perception des impôts dans la Chine impériale. Le régime communiste a conservé le système afin de limiter les déplacements de populations et l’exode rural. Le hukou rattache l’individu à son lieu de résidence. De là découlent l’ouverture de droits sociaux, la possibilité d’être scolarisé pour les enfants, le droit d’accéder à un logement, etc.
Pour vivre et travailler dans une ville, il faut posséder le hukou de la ville. De grandes inégalités existent ainsi entre les hukou urbains et les hukou paysans. Les travailleurs migrants (mingong) qui viennent travailler en ville, sur les chantiers de construction par exemple, n’ont pas les mêmes droits que les citadins. Le hukou instaure des frontières internes au pays. On parle de « gens de l’extérieur » (waidiren) pour désigner les personnes venant d’autres provinces. Le changement de hukou est conditionné par la réussite au concours universitaire et dépend de l’emploi. Une réforme a été envisagée mais toujours repoussée. En 2010, un éditorialiste chinois prônait la fin de ce système inégalitaire; il a été limogé.
À l’université, j’ai essayé de trouver des petits boulots pour payer moi-même mes études, ce furent mes premiers vrais contacts avec l’extérieur. J’ai alors rencontré des gens de toutes sortes. C’étaient surtout des personnes qui voulaient apprendre l’anglais : quand tu es étudiant à l’université des Langues étrangères, les gens pensent que tu parles anglais couramment. Moi, j’avais choisi le français comme spécialité car je voulais étudier une langue rare. Mes élèves étaient surtout des personnes qui voulaient émigrer, et je me souviens d’une belle rencontre avec un garçon qui voulait partir vivre en Australie. Il s’était beaucoup renseigné sur sa future vie sur Internet, il avait déjà choisi son quartier, il connaissait les lignes de bus là-bas ! C’était la fin des années 1990, Internet était tout récent en Chine, mais lui était déjà un peu précurseur. Ça m’a fait rêver de voir qu’on pouvait choisir sa vie.
Dès que j’ai obtenu mon diplôme, j’ai trouvé un travail d’interprète dans une entreprise d’État qui multipliait les chantiers en Afrique. Avec une amie de ma classe, on a été envoyées en Algérie, à Oran. À l’origine, ce n’est pas le goût de l’aventure qui m’a poussée à accepter ce poste, c’était une question beaucoup plus pragmatique. À la fin de leurs études, tous les Chinois souhaitent entrer dans la fonction publique ou dans une grande entreprise. Il y a l’image de postes stables et de structures où l’on peut évoluer. Et pour avoir le hukou (le livret de résidence) de Pékin, je devais trouver un travail dans le secteur public. C’était l’opportunité qui se présentait.
On a mis 24 heures pour arriver à Oran en passant par Istanbul et Alger. On n’était jamais sorties du pays… Moi, je suivais les autres un peu à l’aveuglette. À Istanbul, c’était un aéroport international, à Alger un aéroport plus modeste et à Oran, c’était comme une gare de bus ! Oran est une ville très sympathique, les collègues algériens avaient beaucoup de respect pour la Chine et les Chinois. C’était très sympa, ils nous invitaient chez eux pour manger le couscous. On avait la fraîcheur, la joie de découvrir, on sortait tous les week-ends, on allait à la plage. Avec mes collègues, on formait une petite bande. On s’aimait bien, on s’appréciait beaucoup. Cette vie m’a beaucoup plu et j’étais nostalgique à mon retour. C’est une vie en communauté que je n’ai pas retrouvée à Pékin.
J’ai décidé de revenir, car j’avais cette image de Pékin comme terre d’opportunités. Je ne voulais donc pas m’étemiser à Oran où il n’y avait pas d’évolution possible pour moi. J’ai démissionné et je suis revenue à Pékin avec l’espoir de trouver un meilleur travail. En réalité, je ne savais pas trop ce à quoi j’aspirais. Il y avait les images qu’on m’avait inculquées : un travail, une famille, une vie stable et confortable.
Comme je n’avais pas de travail à mon retour, j’ai loué une pièce au rez-de-chaussée, un taudis dans une vieille résidence mal entretenue vers le troisième périphérique Ouest. Pour avoir plus de locataires, le propriétaire avait cloisonné l’espace. J’habitais une pièce dans un couloir sans fenêtre; c’était comme si je vivais au sous-sol. Je me disais que ça n’était pas grave et que j’allais pouvoir rebondir. J’avais des conditions de vie difficiles, mais j’étais très motivée car j’avais toujours cette image d’une belle vie à Pékin. J’ai trouvé un travail à l’autre bout de la ville dans une joint-venture franco chinoise. Et quand je me levais chaque jour à 4 heures du matin pour m’y rendre, il faisait encore nuit.
Petit à petit, je prenais conscience que Pékin n’était pas une capitale glorieuse comme ce que la télé nous montrait. C’est la ville des travailleurs et y trouver sa place est dur. Le marché du travail devenait plus tendu, moi j’étais un peu à l’abri car je parlais français, je connaissais le vocabulaire de la construction et… ça construisait beaucoup à Pékin ! J’ai donc enchaîné les postes dans des entreprises de construction.
Mais je n’avais pas envie de rester dans ce secteur, je ne pouvais pas évoluer puisque je n’avais pas de formation technique. J’aspirais à un cadre plus ouvert, plus cosmopolite. J’ai donc envoyé une candidature spontanée à l’Ambassade de France par fax. J’ai eu de la chance car le projet de construction d’une nouvelle ambassade était lancé et ils se sont dit que j’étais la personne qu’il leur fallait. Quand j’ai appris la nouvelle à ma famille, tout le monde m’a félicitée. Pour eux, en termes d’ascension sociale, cela tenait du missile supersonique ! J’avais eu une période très dure dans mon taudis et j’avais réussi à surmonter les difficultés. Pendant les deux mois précédant ma prise de poste à l’Ambassade de France, j’ai beaucoup rêvé de ma nouvelle vie, je me disais que j’allais entrer dans un nouveau milieu avec des personnes de la haute société, qu’il y aurait plein de fêtes…
Mais entre le rêve et la réalité du travail à l’ambassade, il y avait un fossé. Énorme. Les gens qui y travaillent ont des bons postes mais une vie très répétitive dans leur cocon. Le travail ne me passionnait pas. Quand je n’avais rien à faire, je me disais que la société fonctionnait d’une façon insaisissable et je ne savais pas si j’aurais l’occasion de rebondir. J’ai travaillé pour l’ambassade deux ans, mais c’était frustrant car là-bas chacun est cantonné dans son rôle. Je sentais que ma vie était un peu vaine. Là-bas, je me suis fait des copines qui s’ennuyaient comme moi. Après le travail, on allait dans les centres commerciaux; c’était comme dans un jeu vidéo avec la lumière très forte, de l’animation et une montée d’adrénaline. Ça nous boostait sur le moment, mais quand on ressortait de ces malls, on était tout autant vides et fatiguées.
Au bout de deux ans, je me suis dit que cette vie ne me convenait vraiment pas et j’ai commencé à me renseigner sur d’autres secteurs comme l’architecture. Et j’ai eu cette rencontre assez cocasse en 2007. Dans une revue, j’ai vu une annonce du correspondant du Monde en Chine de l’époque, Bruno Philip, qui cherchait à vendre deux chatons. Je ne lui ai pas écrit pour les chatons mais pour savoir si Le Monde publiait le courrier des lecteurs car j’avais envie d’écrire. Dans les journaux chinois, les lecteurs peuvent publier de petits articles et je voulais savoir si c’était la même chose dans les pages du Monde. Il m’a répondu très gentiment que ce n’était pas le cas, mais que cela l’intéressait de me rencontrer. La rencontre fut sympathique mais sans intention. Et plusieurs mois plus tard, par curiosité, je me suis dit que je pourrais lui demander comment était son métier. Je lui ai à nouveau écrit. Juste à ce moment-là, son assistante a démissionné. Il m’a alors proposé de travailler pour lui. J’ai hésité car, pour moi, le journalisme ne produisait rien de concret. Avec mon éducation marxiste, j’étais très matérialiste, la culture n’avait pas la même valeur qu’une production matérielle, et à l’époque, je lisais la presse uniquement pour les informations pratiques. Je ne lisais pas les grands reportages comme ceux du Nanfang Zhoumo. Je lisais parfois Le Monde mais j’étais loin d’être une lectrice passionnée ! J’avais vraiment une image réductrice de la presse, je n’ai pas réalisé tout de suite la chance que j’avais. En dépit de mes doutes, j’ai quand même voulu essayer.
Mes trois ans au Monde furent trois années de fêtes. On faisait un travail excitant, on rencontrait tellement de gens, et j’ai compris que la vie, ce n’était pas le poste, la situation matérielle. La vie, c’est un état d’être. Avant, je me demandais à quoi tenait ma vie; tout ce qu’on m’avait expliqué, le travail, le salaire, je l’avais et je n’avais toujours pas le sentiment de m’épanouir. C’est avec le journalisme que j’ai compris que la vie, ce sont des aventures pour t’ouvrir les yeux, pour te sentir vivant. J’ai eu la chance de rencontrer Bruno Philip. Quand des intellectuels français venaient à Pékin, ils passaient le voir. J’ai rencontré une multitude de personnes qui parlaient de choses auxquelles je ne comprenais rien mais j’aimais ça, ne rien comprendre, ça me donnait un objectif ! J’ai rencontré un jour une doctorante française qui était partie deux ans à Zhengzhou pour faire sa thèse sur un sujet très pointu sur la dynastie des Ming. Pour une Française, Zhengzhou, c’est paumé, ennuyeux, mais quand elle parlait de son expérience, c’était passionnant, tout prenait sens. Cette rencontre m’a beaucoup marquée, elle m’a montré que c’est à toi de donner un sens à ta vie. C’est ça notre part de liberté.
Le travail au Monde m’a aussi ouvert les yeux sur Pékin et son histoire. Moi, j’avais appris l’histoire de la ville dans les manuels scolaires, je ne connaissais que l’historiographie officielle. Je ne connaissais pas les moments cruciaux et sensibles comme les années 1980. À cette époque, Pékin tolérait beaucoup de courants de pensée, les Pékinois manifestaient leurs idées en organisant des expositions, ils collaient des affiches partout, ils distribuaient des tracts… Je n’aurais pas pu imaginer ce Pékin-là car ce morceau d’histoire a été effacé de l’histoire officielle. Or, sur le plan politique, les événements des années 1980 ont une réelle valeur, ils sont pour beaucoup dans ce qu’est devenue la Chine d’aujourd’hui.
Avec Bruno, on rencontrait aussi beaucoup les « petites gens », les personnes en bas de l’échelle sociale. On a fait pas mal de sujets sur les démolitions avant les Jeux Olympiques. Je me souviens de quelqu’un de confession protestante qui résistait contre la démolition de sa maison dans le quartier de Qianmen. Il faut savoir qu’ici, rien qu’en tant que protestant, tu peux être classé comme dissident. On est allés le voir à Qianmen dans une des mille ruelles là-bas, il habitait au fond d’un dédale de hutong. Ce n’est pas courant de voir des familles pékinoises de confession religieuse différente et la police les brutalisait. Ce sont des choses ignorées à Pékin mais elles existent bel et bien, dans les recoins de la ville.
Les pétitionnaires qui montent à Pékin pour faire valoir leurs droits, on en a reçu beaucoup aussi, mais plutôt au bureau du Monde car les lieux fréquentés par les pétitionnaires comme le Bureau des pétitions sont très contrôlés. Un jour, les autorités ont déclaré par voie de presse que les manifestations étaient autorisées dans le parc Ritan. C’était un leurre, les manifestants risquaient des poursuites. Soit ils étaient expulsés sous un quelconque prétexte, soit ils tombaient sous la coupe des autorités.
Les changements à Pékin sont excessifs. Cette ville va tellement vite qu’elle échappe à ses habitants et ils y vivent dans le malaise. J’aimerais que la ville évolue, mais à son rythme, pas à marche forcée. Les gens ne prennent plus le temps d’échanger un regard et quelques mots avec un inconnu. Je ne fais pas exception, je suis aussi atteinte de ce mal. Parfois, à la caisse du supermarché, je ne regarde même pas la caissière ! Cette ambiance générale m’inquiète. En réalité, les gens se rencontrent peu, c’est la raison de l’engouement pour les réseaux sociaux comme Weixin. Il n’y a pas assez de contact dans la vie réelle.
Je suis toujours contente d’être à Pékin mais pour des raisons différentes d’il y a quelques années. Maintenant, ce n’est plus parce que c’est la capitale, pour sa grandeur ou sa gloire, mais parce que je suis contente de voir que la mixité progresse, que les jeunes peuvent toujours trouver du travail, des projets intéressants. Ça, c’est déjà beaucoup. Je pense qu’ici il y a une énergie incontrôlable qui fait que les projets se réalisent. Les gens sont dans l’élan, ils lancent des projets, et si tu montres que tu as les compétences, ils sont preneurs. C’est le côté que j’aime beaucoup à Pékin. C’est une ville ouverte à tous, une terre d’accueil avec un vrai brassage.
Quand j’ai rencontré des travailleurs migrants (les mingong), je me suis demandé si, pour eux aussi, Pékin représentait une terre d’accueil. La plupart d’entre eux étaient contents quand ils arrivaient à Pékin. C’était comme pour moi quand j’avais quitté ma vie monotone d’Anqing. Travailler, c’est important. À la campagne, ils n’avaient rien à faire, Pékin leur donne au moins du travail et une dignité. À l’époque, le salaire à Pékin était plus important que dans les campagnes. Mais c’est un équilibre très fragile. Maintenant, les travailleurs migrants disent que la vie à Pékin est devenue plus stressante que gratifiante, avec beaucoup de problèmes d’injustice. Parallèlement, la vie s’améliore à la campagne et certains pensent à repartir, d’autant que c’est difficile pour eux de vivre en famille à Pékin.
Depuis 2010, je travaille en free-lance, au départ c’était surtout dans le journalisme, mais maintenant je suis plutôt dans l’audiovisuel, moitié télé moitié coproduction dans le cinéma. Je m’intéresse beaucoup à la narration en images. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre et je veux explorer ce domaine. Par les temps qui courent, je considère que j’ai de la chance de pouvoir travailler comme indépendante. Cette ville est assez paradoxale : Pékin est une ville dure, mais moi, je m’y sens libre. Peu de choses sont réglementées, il y a beaucoup de terrains vagues, de zones grises car cela fait seulement trente ans que la ville s’est ouverte. Je pense qu’à Paris, on aurait du mal à sentir ça, là-bas quoi que tu fasses, il faut suivre des règles ou des codes. Pékin, c’est une grande ville qui reste à défricher. »
Les adresses de He Feng
LES RESTAURANTS DE HE FENG
MATSUKO
Cuisine japonaise
Une chaîne de restaurants japonais. J’aime celui de Changhongqiao. Je me mets au comptoir, je regarde les cuisiniers préparer les plats et je me sens chez moi. Ils mettent des musiques taïwanaises doucereuses des années 1980, les cuisiniers sont les mêmes depuis des années et les serveuses sont très sympas. Malgré le fait que ce soit une chaîne, il y a là une ambiance familiale.
Sur le troisième périphérique Est
Dongsanhuan 22 Beilu
District de Chaoyang
Tél. : +8610 6582 5208
www.matsuko.com.cn/en/
Ouvert de 11h30 à 14h et de 17h à 22h30.
XINJIANG CRESCENT MOON
Cuisine ouïghoure
J’aime les restaurants dédiés à la cuisine et non au business. Les patrons de ce restaurant sont ouïghours et observent la tradition culinaire de leur région, l’extrême Nord-Ouest de la Chine, le Xinjiang (aussi appelé Turkestan oriental). J’aime ce genre de restaurant de proximité. Des plats chinois sont également proposés mais il faut privilégier les spécialités ouïghoures comme les brochettes d’agneau (yangrouchuan) ou le shouzhuafan : un plat de riz cuit lentement avec de l’agneau, des fruits secs et des carottes.
Proche de Dongzhimen Nan Xiaojie
Dongsi Bei Dajie 6e Tiao, n° 16
District de Dongcheng
Tél. : +8610 6400 5281
Ouvert de 10h30 à 23h30.
FENGHUANGZHU
Cuisine du Yunnan
La cuisine du Yunnan est bien représentée à Pékin et, parmi les innombrables restaurants du Yunnan, celui-ci vaut le détour. Le restaurant est petit, on a l’impression d’être dans une cabane douillette. Des menus très bien faits, des sauces délicieuses. Leurs plats froids (comme la salade de menthe) sont excellents. Le riz à l’ananas (boluofan) est préparé dans les règles de l’art. Budget moyen.
En face du Little Saigon
Jiugulou Dajie, 25 Lingdang Hutong
District de Xicheng
Tél. : +8610 8403 6689
Ouvert de 11h à 23h.
CANTINE DE GIGOT GRILLÉ
Resto de rue
C’est une cuisine que j’ai découverte récemment : les gigots grillés, c’est la mode à Pékin en ce moment. Chaque table a son tournebroche avec un morceau de gigot bien charnu. On mange dehors. C’est un boui-boui mais avec une viande excellente.
Ruelle à droite de Yonghegong Dajie, vers le Café de la Poste
Yonghegong Dajie, Beixinqiao 3e Tiao
District de Dongcheng
Métro Beixinqiao
SUSU
Cuisine vietnamienne
En sortant de la librairie Sanlian, j’aime aller déjeuner dans ce restaurant situé au cœur d’une ancienne cour carrée vieille de 140 ans. Il y a un menu pas trop cher le midi (autour de 60 yuan). J’y vais surtout pour leurs phôs que je trouve très bons. Chez SuSu, il y a deux chefs, un du Nord du Viêt Nam, et un autre originaire du Sud, ainsi toutes les cuisines vietnamiennes sont présentes !
Proche du Musée des Beaux-arts, à 150 mètres au nord de la librairie Sanlian
Qianliang Hutong, 10 Xixiang
District de Dongcheng
Tél. : +8610 8400 2699
Ouvert de 11h à 14h et de 18h à 23h.
Fermé le lundi.
THE ZEN
Sushis
Ils servent exclusivement des sushis, tous ultra-frais et préparés avec soin. C’est très cher, environ 500 yuan par personne minimum. Le prix à payer pour cette adresse d’exception. Autre bémol : ils n’ont pas d’horaires fixes et on a trouvé plus d’une fois porte close.
Proche du Musée des Beaux-arts
Qianliang Hutong, 16-2 Dong Kou
Tél. : +8610 6403 7680
Ouvert de 17h30 à 22h. Fermé le lundi.
LANXI XIAOGUAN
Pour se réchauffer
Situé dans la rue des Lanternes, ce restaurant propose une excellente soupe de cuisses de canard (fuchunya tang). Ce plat vient à bout des rhumes les plus carabinés !
Juste à la sortie B du métro Beixinqiao dans la rue des Lanternes
277 Dongzhimen Nei Dajie
District de Dongcheng
Tél. : +8610 6409 3360
Ouvert de 11h à 2h du matin.
LA SORTIE DE HE FENG
PEANUTS CAFE
Café du dimanche
Avec mon ami David et mon mari Nico, on a notre rituel du café du dimanche dans ce lieu. On y fait la revue de presse du monde entier. C’est mon endroit préféré, c’est comme à Ritan, le temps est figé, tu mets une chaise au soleil et tu n’entends même plus le bruit des voitures. Le café se situe au sein de l’ancien palais des seigneurs de la guerre. Il ne faut pas être intimidé par la pancarte « interdit au public » !
3 Zhangzizhong Lu
District de Dongcheng
À l’intérieur du Social Science Institute, à côté de la sortie A de la station de métro Zhangzizhonglu (ligne 5).
Tél. : +8610 64 030 688
Ouvert tous les jours de 10h à 22h30.
LES VISITES DE HE FENG
PARC DU TEMPLE DU SOLEILRITAN
Pour échapper à la ville et au temps
J’aime les parcs bien préservés de Pékin, et Ritan est mon parc préféré. C’est l’endroit qui me réconcilie avec la ville. Quand on pénètre dans ce parc, on a l’impression que dehors tout continue à tombeau ouvert mais qu’à l’intérieur le temps est figé. On entre dans un monde où tout se passe avec lenteur. Dans les autres parcs, l’architecture traditionnelle a également été conservée, mais il n’y a pas ce rapport avec la vie passée, cette douce lenteur.
6 Ritan Bei Lu
District de Chaoyang
Ouvert de 6h à 20h.
BROADWAY CINÉMATHÈQUE MOMA
Cinéma d’art et essai
Le seul cinéma d’art et essai de Pékin. On y trouve une bonne programmation mélangeant films chinois et étrangers, la plupart viennent du cinéma indépendant. Les films chinois sont souvent sous-titrés en anglais. La place coûte 60 yuan. Le cinéma organise des festivals et des rencontres avec de grands réalisateurs chinois et de nouveaux talents. À l’étage, il y a une bonne librairie où l’on peut trouver des beaux livres sur le cinéma chinois et les classiques du monde entier. Et j’aime aussi l’architecture futuriste du complexe qui abrite le cinéma : de grandes tours aux vitres colorées, reliées entre elles par des passerelles suspendues.
Dangdai MOMA
Xiangheyuan Lu 1hao, Partie Nord, Bât. T4 District de Dongcheng
Tél. : +8610 8438 8258
www.bc-cinema.cn
LIBRAIRIE SANLIAN
Librairie, maison d’édition
La librairie du musée des Beaux-Arts est un espace très accueillant. Les gens aiment passer du temps là-bas, ils lisent sur place. D’ailleurs, la librairie a l’habitude d’accueillir ces personnes qui lisent des livres sans pouvoir les acheter. Un café à l’étage organise des conférences. C’est aussi une maison d’édition très ancienne, la plus réputée pour la littérature et les sciences humaines.
Dans le Musée des Beaux-Arts
22 Meishuguan Dongjie
District de Dongcheng
Tél. : +861 064002710
Ouvert de 9h à 21h.
UCCA - ULLENS CENTER FOR CONTEMPORARY ART
Galerie d’art contemporain, expos, projections, concerts live
Dans l’univers commercial qu’est devenu l’espace d’art 798, UCCA vaut vraiment le détour, c’est une des galeries les plus prestigieuses de 798. S’y déroulent des expositions mettant à l’honneur des pointures de l’art contemporain mais aussi des rétrospectives de films d’Ozu par exemple, des concerts de guitare classique ou de musique électronique, de la danse, de la poésie, des happenings… Une programmation très éclectique et toujours de qualité. UCCA a bien évidemment aussi sa boutique, qui fait un peu penser à celle de Beaubourg à Paris (en beaucoup plus petit).
4 Jiuxianqiao Lu
District de Chaoyang
ucca.org.cn/en/
Entrée : 15 yuan, gratuit le jeudi.
Ouvert de 10h à 19h. Fermé le lundi.
«La Chine et moi, c’est une longue histoire ! Quand je suis né, à la maternité les infirmières m’appelaient « le petit Chinois » parce que j’avais les yeux bridés et la tête d’un bébé asiatique. J’ai toujours été attiré par la culture orientale, ça a commencé au collège. Je fais partie de la génération Matrix.
Les arts martiaux
Les arts martiaux sont désignés en chinois par deux termes : gongfu (kung-fu ) et wushu, qui signifie littéralement « art martial », désigne la discipline sportive, alors que gongfu fait plus référence au côté spirituel. Dans le langage courant, les deux termes sont synonymes. Dans les nombreuses écoles de wushu, on peut distinguer deux grandes catégories : les arts martiaux externes (waijiaquan : poing extérieur à la famille) et les arts martiaux internes (neijiaquan : poing interne à la famille). L’enseignement des arts martiaux externes est plus ouvert alors que les arts martiaux internes se transmettent traditionnellement au sein d’une même famille. De véritables lignées de pratiquants internes ont ainsi été créées. Autre différence majeure, les arts martiaux externes sont plus gymniques, les pratiquants travaillent la force et la souplesse. Les arts martiaux internes comme le tai-chi reposent plus sur le développement du qi, l’énergie interne.
Ce film a changé ma vie : je suis devenu fou des chorégraphies, des combats et j’ai voulu faire ça. J’ai donc commencé la pratique des arts martiaux.
J’ai d’abord pratiqué quelques mois un style du Sud, le hongquan en mandarin, ou hung-gar en cantonais. Ce style m’a moyennement plu, car c’était trop statique, moi je voulais de l’esthétique et du gymnique. Je m’imaginais pouvoir faire ce que Jet Li faisait dans les films, des sauts, des vrilles. J’ai enchaîné quand j’avais 13 ans sur un style du Nord qui s’appelle le changquan. J’ai commencé ce style et j’en suis devenu fou, ça me plaisait à mort, je me suis entraîné pendant cinq ans à ne faire que ça, je faisais de la compétition, j’ai rencontré un groupe de gens passionnés comme moi. C’est devenu ma deuxième famille.
M’intéressant aux arts martiaux, j’ai choisi le chinois au lycée en troisième langue. Je me disais que si je venais un jour en Chine, je pourrais discuter avec les maîtres d’arts martiaux car, généralement, ils ne parlent pas anglais. Et le chinois, je suis tombé dedans aussi, c’est devenu une drogue. J’ai voulu continuer à la fac, mais ma professeur me l’a déconseillé alors en me disant que je n’étais pas très doué pour ça ! Elle me propose de faire plutôt une licence Langues Étrangères Appliquées avec de l’anglais et du chinois, mais moi je ne voulais faire que du chinois ! J’ai donc commencé une licence Langue Littérature et Civilisation étrangère (LLCE) de chinois. Je suis devenu fou du chinois. La nuit je pensais à mes caractères : un vrai geek du chinois ! C’était une passion. Pour moi, les passions, ça ne s’explique pas, c’est comme une histoire d’amour, tu n’expliques pas pourquoi tu tombes amoureux de quelqu’un.
À l’époque, je continue les arts martiaux en parallèle et je deviens champion Rhône-Alpes puis médaille de bronze de changquan en 2006. J’avais peu de mérite car cette discipline compte peu de licenciés en France. Il faut être honnête, je n’ai jamais eu un niveau incroyable, les arts martiaux sont ma grande passion, mais je n’ai jamais été un athlète à qui l’on propose d’être en équipe de France. La plupart des athlètes ont commencé très jeunes, beaucoup plus jeunes que moi.
Le changquan n’est pas une pratique de boxe, ce n’est pas un art martial de combat, mais une pratique spectacle. C’est une synthèse de plusieurs pratiques d’arts martiaux du Nord de la Chine. On le note avec des codes, tout est très codifié. La pratique date de 1957 mais le côté gymnique (faire deux tours puis descendre en grand écart) est très récent; c’est arrivé dans les années 1990, c’est la génération Jet Li justement. Il est la star dans la discipline, il a été cinq fois de suite champion de changquan en Chine. C’était du jamais vu et ça ne s’est pas encore reproduit. Jet Li s’est entraîné à la fac des sports et à Shichahai, une école de sportifs professionnels chinois. Tous les champions de Chine s’entraînent là-bas. Il a été repéré et a tourné dans des films comme Fist of Legend. Il a beaucoup travaillé avec Yuan Wuping, le maître chinois de la chorégraphie des scènes de combat. Yuan Wuping a été repéré par les frères Wachowski, les réalisateurs de Matrix. Ils lui ont demandé de faire une chorégraphie, il a d’abord refusé. Mais ils ont persisté en lui envoyant le script traduit. Il l’a lu, il l’a trouvé génial et a finalement accepté. Par la suite, il a participé à d’autres films comme Kill Bill mais Matrix, c’est révolutionnaire, ce film rafle tout. Tarantino a également fait appel à un autre monstre du cinéma chinois, Gordon Liu (Chia Hui Liu), qui joue le maître Pai Mei dans Kill Bill 2. Il a aussi joué dans La 36e chambre de Shaolin, un chef-d’œuvre. Jet Li, c’est le style moderne, Gordon Liu, plutôt le style traditionnel.
Je n’ai pas la prétention de bien comprendre les arts martiaux, c’est plus complexe que ce que je peux en dire. Dans les arts martiaux chinois, il n’y a pas de ceinture, il n’y a pas cette notion-là, on est tous élèves. Toute ta vie, tu es en quête d’un idéal sans jamais l’atteindre. Un jour, j’ai été repris par un autre élève, je disais que le changquan était un sport que j’adorais, il m’a dit : « ce n’est pas un sport, c’est un art » et il avait raison.
Ma première arrivée à Pékin, c’était en août 2008, pour mon année d’échange universitaire. Je suis arrivé pendant les Jeux Olympiques de Pékin. J’avais le choix entre la faculté des Langues étrangères ou celle des Minorités. J’ai choisi celle des Minorités. La faculté des Langues étrangères est la meilleure en termes d’enseignement pour apprendre le chinois, mais sur 20 000 étudiants, il y a 10 000 étrangers. À la faculté des Minorités, sur le même nombre d’étudiants, il n’y a qu’une centaine d’étudiants étrangers. Je voulais être avec des Chinois, je voulais m’immerger.
L’arrivée fut difficile. Ce fut un choc culturel, j’avais 19 ans, j’étais un gamin immature (et je le suis toujours !). Ce fut dur, mais ça ne m’a pas désespéré. Mes parents me manquaient, ma copine chinoise qui était en France me manquait, je venais ici avec pleins d’idéaux et je suis tombé de haut. J’ai fait une grosse crise d’angoisse en décembre 2008, avec une crise de tachycardie violente. Je me suis retrouvé à l’hôpital, j’ai cru que je faisais une crise cardiaque car j’ai une cardiopathie. Je suis rentré en France, j’ai consulté des spécialistes qui m’ont dit : « vous n’avez rien ! ».
