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Découvrez Saigon au travers des yeux de ses habitants.
Avec
Portraits de Saigon, laissez-vous submerger par la frénésie d’une mégalopole de dix millions d’habitants en pleine mutation. Prenez de la hauteur et accédez aux rooftops luxueux et raffinés, d’où vous contemplerez une ville qui ne s’arrête jamais. Ne vous laissez pas impressionner par le capharnaüm des grands boulevards et empruntez les « hem », les ruelles de la ville, où vous découvrirez les quartiers traditionnels immuables, calmes et accueillants. Saigon est multiple, Saigon se donne à voir pour qui sait prendre le temps de la découvrir. Elle fait partie de ces villes à multiples facettes, à la fois moderne et traditionnelle, sage et effrontée, calme et bouillonnante. C’est la ville des paradoxes. Quelques-unes de ces dix millions de vies se livrent dans les pages de
Portraits de Saigon. De leurs quartiers à leurs restaurants favoris, en passant par les incontournables et les insolites des insiders (plus de 250 adresses testées et commentées par leurs habitués), vivez Saigon à travers leur regard et comprenez comment cette ville peut devenir si envoûtante.
Un guide de voyage pour découvrir autrement la mégalopole du sud du Vietnam.
EXTRAIT
Certains de celles et ceux que vous allez découvrir dans les prochaines pages sont des personnalités saïgonnaises, d’autres, de parfaits inconnus dans la ville. Pour ce livre, nous avons pris le temps d’écouter leur histoire. Au travers d’elles, ce sont les contours de la ville qui se précisent, la mosaïque des portraits dessine Saigon.
L’objet littéraire qui suit est donc hybride : entre le récit et le guide pratique, c’est un livre de voyage. Il s’adresse aux visiteurs, aux touristes et à ceux qui veulent vivre à Hô Chi Minh Ville. Il parle à celles et ceux qui sont curieux et veulent trouver des idées dans les parcours de leurs semblables.
Ce livre a été écrit en toute indépendance. Les lieux proposés dans ces pages sont ceux des invités des auteurs, ceux qu’ils partagent avec le lecteur dans la plus grande liberté, en toute subjectivité.CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
À PROPOS DE L'AUTEUR
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Seitenzahl: 328
Veröffentlichungsjahr: 2018
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PORTRAITS DESAIGON
Sabrina Rouillé
PORTRAITS DE SAIGON
par Sabrina Rouillé est un livre de la collection Vivre ma ville.
Directeur de la publication : Anthony Dufour.
Édition : Elise Bultez.
Maquette et mise en page : Katarina Cendak.
Correction : Maud Bruguière.
Imprimé en France par Typo’ Libris.
6, boulevard Clémenceau, 22000 Saint-Brieuc
Distribution : Les Belles Lettres DD ; diffusion : CED-CEDIF.
Couverture illustration originale © Katarina Cendak.
Photographies des portraits : © Sabrina Rouillé sauf © Christian Berg (portrait de Sophie Hugues).
Carte de la ville : © Shutterstock.
Photographies des adresses : tous droits réservés sauf © Lune production, p 41.
Hikari Éditions
4, avenue Foch, 59000 Lille (France).
www.hikari-editions.com
© Hikari Éditions, 2018.
ISBN 978-2-36774-131-4
ISSN 2430-4891
Dépôt légal : mai 2018.
Toute reproduction partielle ou intégrale, faite sans l’accord préalable et écrit de l’auteur et de l’éditeur, est strictement interdite. Il en est de même pour la traduction, l’adaptation ou la transformation, l’arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque (article L. 122-4 du Code de la Propriété intellectuelle). La copie sur support papier à usage privé de ces différents objets de droits est autorisée conformément à l’article L122-5 du Code de la Propriété intellectuelle. Aucun guide n’est parfait, des erreurs se sont peut-être glissées dans celui-ci malgré tout le soin apporté à la rédaction comme à l’édition. Des informations peuvent également avoir été modifiées entre l’écriture de ce guide et le moment où le lecteur le prend en main. Séoul est une ville où tout change très vite… Merci de nous suggérer toute correction utile que nous pourrions intégrer dans la prochaine édition en nous écrivant à [email protected].
SOMMAIRE
1. Dang Thuy Dong, propriétaire du Old Compass Cafe, 39 ans, Vietnamienne
2. Georges Blanchard, directeur de Alliance anti-trafic, 55 ans, Français
3. Linh Rateau, danseuse, 40 ans, Franco-Vietnamienne
4. Gauthier Lagasse, entrepreneur, 35 ans, Belge
5. Fanny Quertamp, géographe – urbaniste, 45 ans, Française
6. Tim Doling, écrivain, 61 ans, Britannique
7. Linda Mai Phung, créatrice de mode, 33 ans, Franco-Vietnamienne
8. Samuel Maruta, chocolatier, 43 ans, Français
9. Sophie Hugues, consultante en art, 36 ans, Britannique
10. Nguyen Xuan Khan, photographe, 69 ans, Vietnamien
11. Sabrina Rouillé, l’auteure, 43 ans, Française
Classement des adresses
Plan
Saigon en un coup d’oeil
Ho Chi Minh Ville pratique
Glossaire culinaire
À Olivier, grâce à qui cette aventure d’une vie a été possible, À Zora et Hugo et au pays de leur enfance extraordinaire,
VIVRE MA VILLE
Portraits de Saigon de la collection Vivre ma ville est un livre dans lequel ceux qui vivent dans la cité vous en donnent les clefs. Mieux qu’un guide de tourisme, nous allons dresser ici onze portraits à la première personne, dans lesquels vous découvrirez l’histoire de celles et ceux qui vivent ou qui ont choisi de vivre à Hô Chi Minh Ville.
Chaque voyage, chaque départ, a sa propre histoire. On s’exile ou l’on reste par amour, pour travailler, pour fuir, pour découvrir, parce qu’on a ce choix et parfois parce qu’il n’y a pas d’alternative. C’est une aventure permanente qui a un immense mérite pour celui qui la vit : ouvrir les yeux.
Certains de celles et ceux que vous allez découvrir dans les prochaines pages sont des personnalités saïgonnaises, d’autres, de parfaits inconnus dans la ville. Pour ce livre, nous avons pris le temps d’écouter leur histoire. Au travers d’elles, ce sont les contours de la ville qui se précisent, la mosaïque des portraits dessine Saigon.
L’objet littéraire qui suit est donc hybride : entre le récit et le guide pratique, c’est un livre de voyage. Il s’adresse aux visiteurs, aux touristes et à ceux qui veulent vivre à Hô Chi Minh Ville. Il parle à celles et ceux qui sont curieux et veulent trouver des idées dans les parcours de leurs semblables.
Ce livre a été écrit en toute indépendance. Les lieux proposés dans ces pages sont ceux des invités des auteurs, ceux qu’ils partagent avec le lecteur dans la plus grande liberté, en toute subjectivité.
Le Old Compass Cafe se trouve dans un vieil immeuble de Saigon. Nous faisons venir des intervenants qui nous parlent d’architecture, de design, d’art et d’histoire. Il faut continuer à faire vivre ces endroits qui ont une âme parce qu’ils ont une histoire. Et celle de Saigon transpire dans ces vieux bâtiments…
Je suis originaire de Nghe An, un village à 300 km au sud d’Hanoi. Mon père a fait ses études dans l’aviation militaire. Comme beaucoup d’hommes de sa génération, il a été envoyé en Russie pour étudier et devenir pilote. La première fois qu’il est parti, il y est resté sept ans. Il se trouve que mon prénom vient de là. Il y a là-bas beaucoup de peupliers, “bach duong” en vietnamien. Mon prénom, Duong, vient de cet arbre. Et si vous croisez une femme de ma génération avec ce prénom-là, il est très probable que son père ait passé lui aussi beaucoup de temps en Union soviétique. C’est un signe qui ne trompe pas.
Quand il est revenu, en 1975, mon père voulait aller vivre à Saigon. Pas ma mère. Elle travaillait à la poste du village. Elle avait fait des études en télécommunications.
Mon père, en tant que pilote de l’armée, a participé aux bombardements sur le Cambodge en 1978-1979. À ce moment-là, le gouvernement vietnamien combattait les Khmers rouges de Pol Pot. Mon enfance a été très influencée par l’idée de la guerre. Je vivais entourée d’affiches de propagande avec des armes, des soldats prêts à se battre. Je faisais des cauchemars. J’avais peur que le Vietnam ne soit encore envahi ; la fin de la guerre, en 1975, était récente.
Finalement, mon père a réussi à convaincre ma mère et nous sommes partis à Saigon en 1983. J’avais presque 4 ans et nous sommes allés à Hanoi puis de là, à ce qui était devenu Hô Chi Minh Ville, dans un avion militaire. Je me souviens très bien de cet avion avec un grand couloir au milieu, pas de sièges, juste des assises sur le côté, le long des parois de la carlingue. C’était très impressionnant pour la petite fille que j’étais. Avec ma sœur, ma mère et mon père, nous commencions une nouvelle vie…
Quand nous sommes arrivés, l’armée nous a donné un logement dans une zone militaire sécurisée à côté de l’aéroport Tan Son Nhat. Je me rappelle, il y avait cette maison au milieu d’un terrain avec beaucoup d’arbres. On aurait dit un endroit abandonné. On a dû couper les arbres, défricher et dégager un espace pour y faire un jardin. Il y avait des vaches et des serpents. Dans la zone militaire où l’on vivait, on trouvait parfois des balles. Les enfants jouaient avec la poudre pour les faire exploser comme des pétards. On trouvait aussi des urnes à crémation. On était des enfants, on ne se rendait pas compte. Un jour, des démineurs sont venus. Je ne savais pas que c’était des démineurs. Ils avançaient avec un drôle de matériel, ils souriaient comme s’ils étaient en balade. Et puis soudain, un homme a trouvé quelque chose, l’a lancé très loin et a demandé à tout le monde de se jeter à terre. L’engin a explosé et je ne comprenais pas ce qui se passait…
Ma mère travaillait avec des Russes sur une base de l’aéroport, comme ingénieur dans les télécommunications. Mon père a ensuite été recruté par Vietnam Airlines, il manageait les pilotes de ligne.
Moi, j’allais à l’école maternelle avec des enfants de la ville. Je venais de la campagne et mes camarades ne manquaient pas de me le rappeler. Je me sentais différente. Plus tard, je suis allée à l’école avec des enfants qui avaient de la famille aux États-Unis ou au Canada. Certains s’apprêtaient à s’y installer. Pour moi, c’était dingue ! Je n’imaginais pas quitter mon pays pour toujours. La seule façon de partir à l’étranger à cette époque, c’était que la compagnie qui vous employait vous propose un poste ailleurs. Moi, je ne savais pas à quoi ressemblait l’autre monde. Il n’y avait pas Internet, nous n’avions pas de connexion avec le reste du monde. Mon père était allé en Union soviétique, ça devait être une personne importante dans l’esprit de la jeune fille que j’étais.
Il avait 300 personnes sous ses ordres, mais ce n’est pas pour autant que nous roulions sur l’or. Parfois, les salaires n’étaient pas payés. Ceux qui travaillaient à la cantine de la zone militaire avaient plus de chance. Ils avaient plus de nourriture. Nous, nous avions notre jardin et tout ce que l’on mangeait venait de ce que nous cultivions et des animaux que nous élevions. On avait treize cochons, des poules et des canards. Nous avions aussi des légumes, des bananes, des noix de coco, des goyaves, etc. Et puis, il y avait encore aussi des tombes de Chinois et de Français, surtout dans le jardin de ma voisine. Il ne fallait pas sortir la nuit dans ces endroits à cause des fantômes. Car dans la culture vietnamienne, on craint beaucoup les fantômes.
Lorsque j’ai eu 14 ans, on a déménagé dans une autre maison sans jardin, sur la rue Thang Long. J’y ai vécu jusqu’en 2008. Ma famille a toujours cette maison, qu’on loue désormais. Cette rue est devenue une rue entièrement coréenne, avec ses supermarchés, ses restaurants, ses cafés…
À cette époque, je dessinais beaucoup. Surtout ma sœur. Il était hors de question de penser à se lancer dans des études artistiques. C’était considéré comme vain. Les gens disaient : “Quand on est artiste, on gagne sa vie après sa mort !” Cela voulait dire, si tu veux être artiste, tu vivras dans la misère jusqu’à ce que tu meures et qu’on découvre enfin tes œuvres.
Je suis entrée au Postal and Communication College et j’en suis sortie diplômée en 1999. J’ai été affectée dans un bureau de poste du district 4, après un stage à la poste centrale du district 1. À ce moment-là, le district 4 était le quartier du crime organisé. Tous les jours, des vélos (ou des motos pour ceux qui en avaient) disparaissaient devant notre bureau. Le big boss s’appelait Nam Cam. Il contrôlait tous les gangs et tout le monde le connaissait. Son nom suffisait à faire peur. Il était extrêmement puissant et avait des influences partout. Je ne le savais pas, mais il vivait tout près du bureau de poste. On racontait aussi que si l’un de ces gangsters te voyait avec des bracelets en or autour du poignet (comme les Vietnamiens aiment en porter), il te coupait la main pour te les voler ! Dans ce quartier, si tu voyais un homme avec un grand tatouage représentant un dragon, un grand oiseau ou un tigre dans le dos, tu savais que c’était un gangster. Aujourd’hui, beaucoup de gens portent des tatouages. C’est devenu banal. Tout le temps que j’ai travaillé là-bas, il ne m’est jamais rien arrivé.
Depuis, Nam Cam a été arrêté par la police et condamné à mort. Aujourd’hui, le district 4 change très vite : il est devenu très convoité par les promoteurs immobiliers, car il jouxte le district 1 au centre-ville et il se trouve le long de la rivière Saigon. Ce quartier devient très cher. C’est fou ce retournement de situation ! Du coup, les gangs se sont déplacés dans le district 8, beaucoup plus populaire.
De mon côté, je m’ennuyais à la poste. J’ai donc repris mes études. Cette fois, je suis allée à l’université de l’enseignement où j’ai étudié l’anglais. Il n’y avait que deux universités privées dans tout le Vietnam. Les professeurs étaient mal considérés. Car si tu ne devenais pas ingénieur ou cadre dans une entreprise, tu devenais professeur. Ce qui signifiait que tu ne gagnerais pas bien ta vie. En fait, les professeurs de maths, sciences ou physiques réussissaient à donner des cours particuliers pour arrondir leur fin de mois. Mais ceux qui enseignaient la littérature, l’histoire ou les arts travaillaient sur les marchés. Ces matières-là n’étaient pas considérées.
La musique à Saigon
Il est rare d’entendre de la musique du Sud-Vietnam datant d’avant 1975 dans les cafés et restaurants à Saigon. Pourtant, la ville était très prolixe culturellement dans les années 1960. Bien sûr, elle était fortement influencée par la culture américaine, et auparavant, par la culture française. Beaucoup d’endroits passent aujourd’hui exclusivement de la musique internationale. C’est comme ça à peu près partout sauf dans les cafés qui diffusent de la musique vietnamienne contemporaine ou d’anciens chants révolutionnaires et qui ont une clientèle exclusivement vietnamienne. De même, lorsque vous assistez à un concert de musique live, le groupe fait presque uniquement des reprises de tubes internationaux. Les groupes étrangers peuvent jouer leurs propres compositions, mais ces concerts ne sont pas nombreux.
Aujourd’hui, les choses évoluent. Les écoles et les universités privées ont fleuri à Saigon et de plus en plus de personnes peuvent envoyer leurs enfants étudier. Mais seules les familles riches peuvent autoriser leurs enfants à étudier les arts ou la culture. Car ces métiers ne rapportent pas grand-chose, sauf pour quelques artistes peu nombreux. Il faut pouvoir vivre par ailleurs.
J’ai travaillé pour une galerie d’art, la Particular Gallery, sur la rue Le Loi. La propriétaire, qui n’avait que cinq ans de plus que moi, avait de l’argent et parlait anglais. Elle vivait avec un étranger et a créé le premier site Web pour une galerie à Saigon. Elle a travaillé pour des compagnies étrangères. À Singapour, elle avait remarqué l’intérêt que les gens portaient pour l’art et qu’ils étaient prêts à payer cher une œuvre. Elle a été l’une des premières à vendre des œuvres de l’artiste vietnamien Nguyen Thanh Binh, très connu pour les portraits de femmes vietnamiennes en ao-daï blanc. Certaines de ses toiles peuvent se vendre jusqu’à 4 000 dollars, aujourd’hui.
Puis j’ai été employée au département marketing d’une compagnie étrangère, mais je m’ennuyais. Je ne me voyais pas travailler là toute ma vie. Cependant, j’avais de plus en plus de contacts avec les étrangers. Je constatais qu’ils avaient plus de libertés et d’opportunités. Par la suite, j’ai toujours travaillé avec des expatriés. J’apprends beaucoup des étrangers que je rencontre. Je parle anglais tous les jours et cette langue forge aussi ma façon de pensée. C’est la porte d’entrée sur le monde…
Je suis ensuite devenue conseillère en immobilier pour les expatriés. Je leur faisais visiter des maisons et des quartiers à leur arrivée. Ils avaient de l’argent pour vivre dans de très belles maisons et je savais où étaient ces grandes demeures, joliment décorées. Toutes ou presque se trouvaient à Thao Dien, dans le district 2, qui est toujours le quartier des expatriés occidentaux. Ils voulaient un jardin, une piscine, une salle de sport pas trop loin, des écoles et un endroit sécurisé. Et surtout un espace calme, car le bruit au Vietnam est partout. Les Vietnamiens vivent avec, cela ne les dérange pas. Les étrangers sont complètement intolérants au bruit. Et ici, c’est compliqué parce qu’il y a des constructions ou des rénovations partout ! Quand ce n’est pas un karaoké ou un magasin qui met sa musique à fond.
J’ai aussi appris les goûts des Occidentaux. Les étrangers ne cherchent pas à impressionner comme certains Vietnamiens. Ces derniers construisent parfois des maisons avec sept ou huit salles de bains, des dorures partout et des meubles clinquants. Ce sont des musées, pas des maisons !
Ensuite, j’ai travaillé pour diverses compagnies, dans les domaines du software, de l’architecture et du design. Et j’ai travaillé en freelance à partir de 2012 pour Mark Bowyer, écrivain-voyageur australien, qui a lancé le blog de voyage Rusty Compass, très connu ici au Vietnam, et notamment à Saigon puisqu’il référence beaucoup d’endroits dans cette ville. L’idée est de faire découvrir la culture, l’histoire et le design du Vietnam, mais aussi du Cambodge et du Laos. Il référence les lieux, cafés, restaurants et hôtels qui allient à la fois charme et qualité et qui montrent également le savoir-faire des Vietnamiens. Notamment en termes de design et de décoration intérieure.
Par exemple, il y a ici de très bons artisans, particulièrement ceux qui réalisent des objets et des meubles en laque. Le laque est véritablement un savoir-faire vietnamien. Les rois avaient beaucoup d’objets et de mobilier en laque dans leur palais. Il fait partie du patrimoine artisanal de mon pays. Quand on veut offrir un bel objet à un ami ou à un membre de sa famille, on offre un objet en laque.
J’ai donc aidé Mark Bowyer à trouver ces beaux endroits pour les référencer sur son site. Il se focalise sur les lieux qui ont une âme. Il fait également référence à des bâtiments historiques, dénichés un peu partout et réhabilités parfois. Le site, en anglais, réunit 350 000 lecteurs réguliers dans le monde. Grâce à rustycompass.com, nous avons rencontré des journalistes, des écrivains, des historiens, des architectes, etc.
De là est née l’idée du Old Compass Cafe. Mark et moi sommes les deux fondateurs du lieu, ouvert en 2016. Le projet, au début, était de réunir tous ces gens qui sont intéressés par le site, des Saigonais, expatriés et Vietnamiens, mais aussi des touristes. Certains viennent jusqu’au Old Compass Cafe quand ils sont en visite à Saigon. De fait, ce lieu fédère toute une communauté de personnes passionnées par les mêmes choses. C’est à la fois un café et un restaurant dans la journée, et il se transforme en bar à vins le soir. Nous invitons les visiteurs à poser leur téléphone portable pour discuter, échanger, prendre le temps… Nous les encourageons également à la lecture, car nous disposons de plusieurs livres sur nos thèmes de prédilection, à consulter sur place : photographie, histoire, architecture, design, art… Notre clientèle est essentiellement américaine, australienne, britannique et accueille de plus en plus d’Asiatiques.
Nous avons souhaité installer ce café dans un vieil immeuble de Saigon. Ici vit toujours une famille vietnamienne, juste aux étages en dessous et au-dessus. Notre cuisine est sur le même palier que le café et nos bureaux sont à l’étage inférieur. En 1963, les propriétaires avaient fait construire ce bâtiment pour y établir un restaurant. Il leur a fallu deux ans pour le terminer. La ruelle, pour y accéder, était très connue à l’époque pour être l’une des meilleures street food de la ville ! On y mangeait du pho, des banh cuon, etc. Après 1975, certains Saigonais ont fui. Pour beaucoup, leur business a fermé. Dans cette ruelle subsiste un petit restaurant traditionnel de pho, le Pho Minh. Le restaurant de mon immeuble, lui, a fermé après 1975, mais les enfants sont restés vivre ici. Ce sont eux qui occupent l’immeuble qui leur appartient.
Il y a une forte concurrence à Saigon en ce qui concerne les cafés. Il s’en ouvre tous les jours un nouveau ! La compétition est rude. Le Old Compass Cafe se différencie parce qu’il propose des conférences sur les thèmes évoqués auparavant. Nous avons fait venir des intervenants vraiment intéressants. Comme Larry Berman, l’auteur de The Perfect Spy. Nous avons également reçu Denise Chong, l’auteure de La Fille de la photo. Denise Chong est citoyenne canadienne, elle est venue parler de son livre, que l’on ne trouve pas en version vietnamienne, mais que l’on trouve photocopié en anglais dans les rues de la ville. La Fille de la photo raconte l’histoire de Kim Phuc, cette petite fille brûlée au napalm et dont la photo, où on la voit courant sur une route en pleine guerre du Vietnam, a fait le tour du monde. Un cliché pris par le photojournaliste vietnamien Nick Ut. Nous avons également reçu Jean-Michel Filippi, un Corse qui vit au Cambodge. C’est un expert sur l’architecture et l’histoire du Cambodge, qui parle quinze langues.
Le Vietnam s’ouvre un peu plus. Le Old Compass Cafe n’aurait pas pu exister il y a quinze ans. Cela aurait été beaucoup plus compliqué et il n’y aurait pas eu l’intérêt pour ce genre d’endroit que l’on découvre aujourd’hui.
En avril, nous organisons aussi un événement LGBT. Il y a beaucoup de gays au Vietnam, ils ne se cachent pas. Certains s’affichent comme gays, mais ne le sont pas. Il y a parmi eux des jeunes un peu perdus, qui se cherchent. Vous savez que le Vietnam est l’un des pays les plus permissifs d’Asie du Sud-Est sur ce sujet ? Il se trouve que le mariage gay est toléré au Vietnam. De plus en plus de parents acceptent cette situation, davantage à Saigon que dans le nord du pays et à la campagne, où c’est beaucoup plus strict.
La société vietnamienne évolue. Et la place de la femme au sein de cette société est en pleine mutation. D’abord je dois dire que j’ai souvent eu à recruter du personnel dans ma vie professionnelle. Et je préfère embaucher une femme. Je constate qu’elles sont plus efficaces, elles s’expriment mieux que les hommes et savent s’organiser. Elles sont plus créatives et savent verbaliser leurs idées. Elles étudient aussi désormais beaucoup plus qu’avant. Elles sont devenues plus ambitieuses et savent qu’elles peuvent être indépendantes financièrement. Il y a de plus en plus de femmes vietnamiennes chefs d’entreprise, dont certaines sont à la tête de grandes compagnies. Cela change beaucoup de choses. Les divorces sont plus nombreux aussi, je crois. Pour moi par exemple, c’est très important d’être indépendante et de choisir la vie que je souhaite. Je ne suis pas mariée, je n’ai pas encore d’enfant, mais je peux imaginer avoir un enfant sans être mariée. Je dois dire que ce n’est pas ainsi que pensent encore la majorité des femmes vietnamiennes ! Mais désormais, leur voix est entendue dans le couple. Le mari consulte l’avis de sa femme pour prendre des décisions importantes concernant la famille. Avant, l’homme prenait les décisions tout seul. On se mariait vers 18 ou 19 ans. Ou encore plus jeune parfois. Aujourd’hui, c’est plutôt autour de 27-28 ans. J’ai beaucoup d’amies qui se sont mariées après 30 ans et nombre d’entre elles ont divorcé. Je précise que c’est tout de même encore largement un phénomène urbain.
Mais dans les instances décisionnelles du pouvoir, ce sont presque exclusivement des hommes. Ce milieulà est encore très masculin.
Les homosexuels au Vietnam
Le Vietnam est devenu l’un des pays les plus progressistes en Asie du Sud-Est. Alors que l’homosexualité était considérée il y a quelques années encore comme un « fléau social » au même titre que la prostitution, le pays a franchi un pas en janvier 2015 : désormais le mariage homosexuel n’est plus interdit même si la loi ne le reconnaît pas officiellement. Le mariage entre deux personnes de même sexe est donc toléré. La première Gay Pride a eu lieu à Hanoi en 2012. Mais dans un pays dominé par la morale confucéenne et une société où la descendance est essentielle pour assurer le revenu des grands-parents et des parents, vivre son homosexualité au quotidien peut être encore bien difficile dans beaucoup de familles vietnamiennes.
Je vois Saigon changer à la vitesse de l’éclair. Et je suis inquiète. Étant très attachée au patrimoine architectural de cette ville, j’ai peur qu’HCMV1 ne se transforme en une copie de Bangkok, polluée, saturée de véhicules, avec des tours un peu partout. Je trouve qu’ils coupent aussi beaucoup d’arbres. Trop. Le quartier chinois de Cholon reste encore le plus authentique avec ses temples, ses maisons communales, ses marchés… Quant aux vendeurs de rue que les autorités de la ville veulent chasser des trottoirs : je pense qu’il faut garder ces gens qui font l’âme de Saigon. Descendre de chez soi et pouvoir manger une soupe de nouilles chaude ou un com gà (poulet/riz) dans la rue, c’est important, c’est convivial. Et puis, c’est leur job, c’est comme ça qu’ils gagnent leur vie. En revanche, je suis d’accord pour interdire les parkings à motos sur les trottoirs. Ici, les piétons n’ont pas beaucoup de droits ! Il faut pouvoir se balader à pied tranquillement. »
___________
1 Ho Chi Minh Ville
Mobilier ancien
Comme j’ai une véritable passion pour les meubles, j’aime aller dans cet endroit lorsque j’ai un peu de temps libre. Il est situé à deux pas du Old Compass Cafe. C’est un entrepôt de vieux meubles dans un ancien temple hindou. L’endroit est très grand, sombre avec de vieux plafonds. Le bâtiment date des années 1920. Il y a une grande cour, où sont aussi entreposés des meubles. C’est fascinant de voir un tel lieu en plein centre-ville. J’aimerais pouvoir m’asseoir dans un de leurs vieux fauteuils et boire une tasse de thé en lisant un livre, au milieu de cette cour insolite.
LeVanAu Furniture
À l’angle des rues Pasteur et Le Loi.
www.facebook.com/levanau
L’endroit est ouvert toute la journée, il suffit de s’y rendre, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous guider.
Café
Ce café est très connu pour la qualité de ses breuvages. Le propriétaire est considéré comme l’un des meilleurs experts du café au Vietnam. J’aime beaucoup la décoration de style européen et la vue extraordinaire sur la rivière Saigon. Je passe parfois un peu de temps le matin ici, je profite d’un endroit calme et je bois un bon café.
Bosgaurus Coffee
92 Nguyen Huu Canh, Saigon Pearl, district de Binh Thanh
Tél. : + 84 9 0142 6877
www.bosgaurus.coffee
www.facebook.com/bosgauruscoffee
Ouvert tous les jours de 7 h 30 à 21 h.
Chambres d’hôtes de charme
Je me promène souvent pour découvrir de nouveaux endroits, des nouveaux magasins, restaurants ou cafés pour le site du rustycompass.com. Il y a peu, j’ai découvert ces chambres d’hôtes joliment décorées, au bord de la rivière. J’y ai pris un verre, sur la terrasse, l’endroit est splendide. Et les chambres sont décorées avec style, design, tout en ayant quelques touches vintage. Un lieu absolument reposant dans le quartier des expatriés occidentaux. Si vous ne logez pas ici, allez prendre un verre face au coucher du soleil, vous passerez un moment relaxant avec une vue superbe.
River Cottage Guesthouse
18 Duong 6, Thao Dien, district 2
Tél. : + 84 28 3744 35555
rivercottage.com.vn
Cuisine internationale
C’est un restaurant situé à côté d’un endroit où j’ai travaillé un temps. En fait, c’est l’un des premiers restaurants de Thao Dien, le district des expatriés. Très beau, avec sa cour intérieure, son joli mobilier, j’adorais la décoration. Quand ils ont ouvert cet endroit, c’était probablement l’un des plus agréables de la ville. On y mange de la cuisine internationale de très bonne qualité.
Mekong Merchant
23 Thao Dien, district 2
Tél. : +84 28 3744 7000
www.mekongmerchant.com
www.facebook.com/MMsaigon
Ouvert tous les jours de 6 h à 23 h.
Fruits de mer
Les Vietnamiens adorent les fruits de mer et surtout les escargots. Ici, vous mangerez de délicieux fruits de mer, préparés de mille et une façons : grillés ou marinés, à la citronnelle ou encore sautés à l’ail, etc. Souvent, vous trouverez sur la table un mélange poivresel accompagné d’une tranche de citron vert. Trempez vos fruits de mer dedans !
Quan Oc Thao 2
99 Vinh Kanh, district 4
Tél. : +84 12 2466 1139
Ouvert tous les jours de 16 h à 1 h.
Cuisine occidentale
C’est un restaurant de cuisine occidentale, essentiellement française, avec des produits frais vietnamiens. Il est très populaire auprès des Vietnamiens, car il est très bon et pas cher. C’est un ami qui tient ce restaurant souvent bondé, il faut réserver. Soupes de potiron, steak frites à la vietnamienne, salades, steak de saumon grillé, etc. Il y a beaucoup de choix et le cadre est très sympa.
48 Bistro
52 Le Thi Rieng, district 1
48 Bistro
Food Court Crescent Mall,
Phu My Hung, district 7
Tél. : +84 28 3833 2932
www.facebook.com/48bistrovietnam
Ouvert 24 h/24.
C’est un site magnifique, romantique, on y vient surtout pour l’atmosphère vraiment à part. Quynh Anh, la propriétaire, est une connaissance. Elle est surtout fleuriste, mais elle a fait de ces murs un restaurant pour faire connaître son activité, et c’est devenu un vrai rendez-vous culinaire. On y sert un menu unique, souvent accompagné de fleurs. Tout le monde se demande si elles sont comestibles ou pas. Quynh Anh est là pour vous guider.
Padma de Fleur
55/6 Le Thi Hong Gam, Nguyen Thai Binh, district 1
Tél. : +84 28 3915 2078
www.padmadefleur.vn
www.facebook.com/padma.de.fleur
Ouvert du mardi au dimanche de 9 h à 19 h.
Cuisine vietnamienne
J’ai découvert ce restaurant d’une façon assez particulière. C’était pendant le Têt, le Nouvel An vietnamien. Je vois quelqu’un dans la rue Pasteur en train de tordre le cou à un canard. La personne me dit : « C’est pour le restaurant làhaut. » Et il m’emmène sur un toit-terrasse au fond d’une ruelle, où se trouvait un restaurant vietnamien. On y mange très bien et l’atmosphère campagnarde est très sympathique.
Secret Garden
158 Pasteur, 1er étage, district 1
Tél. : +84 9 0990 4621
www.facebook.com/secretgarden158pasteur
Ouvert tous les jours de 10 h à 22 h.
Cuisine de rue
Ce tout petit restaurant est juste à côté du Old Compass Cafe. Cet endroit m’a été indiqué à l’origine pour y monter le café. Mais je ne le trouvais pas approprié. Deux mois après l’ouverture du Old Compass, un restaurant de nouilles s’est installé ici. Sont servies des spécialités du nord du Vietnam et c’est une famille originaire du Nord qui tient ce restaurant. Ils sont très chaleureux. À chaque fois que j’y vais, ils me considèrent comme faisant partie de la famille. J’y mange du bun chà et des banh cuon. Ils ont réussi à créer une atmosphère typique du Nord-Vietnam. Je suis originaire du Centre-Nord et je me sens donc proche de leur culture.
Bunn Oi
63 Pasteur, 2e étage, district 1 Ouvert tous les jours de 9 h à 22 h.
Cuisine vietnamienne
Si vous suivez l’allée où se trouve le café, vous trouverez ce petit restaurant de pho. Il a ouvert dans les années 1950 et il y a toujours ici l’atmosphère particulière de l’ancienne Saigon : l’enseigne, les tables et les chaises, la façon dont la pièce est disposée et son emplacement dans cette petite hem (allée). Les cages en bambou avec les oiseaux qui chantent juste à côté me font penser à une ambiance de film. Et bien sûr, le pho est excellent ici. Ce restaurant est tenu depuis trois générations pas la même famille. Ils font très attention à leur clientèle et veulent servir un pho de qualité dont ils peuvent être fiers. Attention, il n’est ouvert que le matin jusqu’à 10 h. On y vient pour prendre son petit déjeuner.
Pho Minh
63/6 Pasteur, district 1
Ouvert tous les jours de 6 h 30 à 10 h.
Salon de thé
C’est un café classique à l’européenne, un salon de thé plus précisément, qui se trouve dans un vieil immeuble des années 1930. L’idée, c’est que presque tout ici est à vendre : il y a des meubles, des objets de décoration anciens, des antiquités, etc. Les propriétaires ont créé une atmosphère sympathique, et l’on s’y sent bien.
Villa Royale Antique
25 Ho Tung Mau, 1er étage, district 1
Tél. : +84 28 3744 4897
www.villaroyaletreasures.com
Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 17 h.
Café
Ce café est le premier coffeeshop ouvert dans la ville par un Japonais. Au début, il était à l’angle de la rue Nam Ky Khoi Nghia et Le Thanh Tong. J’adore le style ancien, le vieux parquet, les chaises et le mobilier chinés. Il a beaucoup de charme surtout le soir, car le propriétaire a su en faire un lieu agréable avec des éclairages tamisés. On peut aussi y manger un morceau, mais on y vient surtout pour prendre un verre. Il y a souvent, le week-end, des soirées DJ.
La Fenêtre Soleil
44 Ly Tu Trong, 1er étage, district 1
Tél. : +84 28 3824 5994
www.facebook.com/lafenetre.soleil.3
Ouvert tous les jours de 10 h à minuit.
Musée
J’aime beaucoup ce bâtiment, de style typiquement indochinois. Il a été construit par les Français sous la colonisation. Aujourd’hui, il renferme une collection importante de 10 000 objets historiques de la préhistoire à nos jours. Ce musée possède également une magnifique collection de sculptures Cham, témoignage d’une civilisation brillante, le royaume du Champâ.
Musée d’Histoire du Vietnam 2 Nguyen Binh Kiem, district 1
Tél. : +84 28 3829 8146
Ouvert du mardi au dimanche de 8 h à 11 h 30 et de 13 h 30 à 17 h.
Jardin
Il est situé juste à côté du musée d’Histoire et du zoo. C’est le poumon vert de la ville, il a une grande importance pour les Saigonais qui viennent s’y promener en famille ou seul, simplement pour respirer un peu sous les arbres. Il est très fréquenté le week-end puisqu’il donne accès au zoo également. Ce jardin abrite plus de 1 800 arbres et plantes, dont certains ont plus de 100 ans.
Jardin botanique 2B Nguyen Binh Kiem, district 1
Ouvert tous les jours de 7 h à 18 h 30.
Tour de la ville
Si vous êtes anglophone, je propose des visites d’une demijournée pour des petits groupes de 8 maximum. Je serai votre guide pour une découverte de Saigon à travers son histoire, son architecture, sa merveilleuse cuisine traditionnelle. La visite commence par le jardin botanique et le zoo ; nous ne manquerons pas de passer par les lieux emblématiques de la ville comme la cathédrale Notre-Dame ou le Palais de la réunification. Cette visite dure entre trois et quatre heures à pied, avec quelques pauses dans les cafés les plus trendy de la ville. Vous profiterez d’un déjeuner vietnamien au Old Compass Café, compris dans le tour.
Prix : 40 USD (boissons comprises).
La rue des escargots et des huîtres
www.oldcompasstravel.com/tours/saigon-tales-of-the-city
C’est le marché principal de Cholon où l’on trouve absolument de tout. Les commerçants font principalement de la vente en gros, mais il arrive que l’on puisse acheter au détail. J’aime beaucoup le bâtiment sino-français, dont la tour de l’horloge qui est l’emblème architectural de ce marché. J’aime aussi aller dans la rue des lanternes et des tambours non loin de là, la rue Luong Nhu Hoc. C’est magnifique quand elles sont allumées ; cette rue est très photogénique.
Marché Binh Tay
57A Thap Muoi, district 6
Ouvert de 7 h à 19 h.
« Quand je suis arrivé à Saigon en 1992, j’étais une curiosité. Il n’y avait pratiquement pas d’étrangers. On me dévisageait, les enfants voulaient toucher ma peau, mes cheveux… Aujourd’hui, je vis dans la communauté vietnamienne et je me sens ici chez moi.
D’aussi loin que je me souvienne, je disais toujours : “La première fois que je prendrai l’avion, ce sera pour aller au Vietnam.” Je suis né dans les Vosges en 1962, à Saint-Dié. Aux alentours de 10 ans, j’ai vu les premiers réfugiés vietnamiens arriver en France, fuyant la guerre dans leur pays. À la télévision, je découvrais les images de ce conflit. C’était la première fois que je voyais des étrangers et j’avais envie de comprendre pourquoi ils venaient ici.
Un peu plus tard, à Paris, alors apprenti, je suis devenu très ami avec une communauté asiatique. J’étais peut-être déjà un peu sensibilisé à cette culture…
Et à 30 ans, quand j’ai eu suffisamment d’argent, j’ai pris un billet d’avion pour Hô Chi Minh Ville. Je suis parti avec ma guitare et mon ampli, deux ou trois affaires dans un petit sac et mes deux albums de photos de famille.
Je suis arrivé un après-midi de décembre, dans un petit aéroport. L’actuel était en construction. J’avais un visa de trois mois. Les policiers étaient assis devant un petit bureau en bois avec des piles de dossiers. Pas un sourire. Ils m’ont donné des tas de papiers à remplir, dont un bleu, que je devais faire signer par la police partout où j’allais, indiquant tous les endroits que je fréquentais.
Il n’y avait pas de taxi, presque uniquement des cyclos et des vélos. Les seules voitures que l’on croisait portaient le logo des Nations unies. Nous étions en 1992 et la ville ne comptait alors que 2,8 millions d’habitants.
Je suis allé en cyclo-pousse à Huynh Thuc Khanh, une guesthouse à dix dollars. Il faisait nuit, il n’y avait pas d’électricité sur la route ; l’aéroport se trouvait à la campagne.
Dans la chambre d’hôtes, tout le monde avait une lampe à pétrole et il n’y avait pas de climatisation. À 18 heures, on ne trouvait plus rien à manger dehors. Les propriétaires sont allés me chercher un paquet de gâteaux à la noix de coco. Je me souviens que, dehors, les poubelles montaient jusqu’à ma fenêtre, au premier étage. Je me suis dit : “Quel idiot ! Mais comment peut-on vivre dans un endroit pareil ?” Je me suis demandé ce que je faisais là.
Puis j’ai revu Dong Mai, une Vietnamienne que j’avais rencontrée en France et qui avait fait ses études dans le domaine humanitaire. Elle m’a présenté une autre guesthouse où il y avait de l’eau propre et la climatisation. Les propriétaires étaient des gens d’Hanoi qui avaient quitté le Nord en 1980. Ils sont devenus ce que je considère comme mes parents adoptifs (mes parents biologiques étant décédés). Ils avaient une fille de 22 ans, avec laquelle je suis devenu ami et qui m’a enseigné le vietnamien. Et puis, il y avait aussi Y, la jeune femme qui faisait le ménage. Ma future épouse…
Je vivais avec eux au quotidien. J’ai appris le vietnamien très vite. J’ai une mémoire visuelle : j’avais recopié le dictionnaire franco-vietnamien en entier. Je me suis fait des amis qui vendaient du pho dans la rue, je me retrouvais avec des personnes qui me posaient beaucoup de questions parce qu’elles ne connaissaient pas d’étranger à part moi.
J’ai rencontré des gamins dont les parents étaient conducteurs de cyclo et qui habitaient le district 10. J’ai utilisé l’argent que j’avais pour les scolariser. J’étais souvent invité chez eux, ils étaient d’une générosité incroyable. Je les adorais et j’y allais presque tous les soirs.
C’est ainsi que j’ai découvert que peu d’enfants étaient scolarisés. J’ai alors décidé de rentrer en France pour trouver une ONG qui mettrait tous ces enfants à l’école. Un mois plus tard, je revenais donc à Saigon avec l’ONG Enfants du monde, droits de l’homme, qui œuvrait notamment pour l’accès à l’éducation.
J’ai fondé l’école du 1er Juin dans le district 4. Puis d’autres classes dans des écoles du quartier de Da Kao pour les enfants des rues. Tout cela en quatre mois. J’ai scolarisé 10 000 enfants en deux ans à Saigon et 250 000 au total sur huit ans au Vietnam.
