Portraits de Séoul - Anthony Dufour - E-Book

Portraits de Séoul E-Book

Anthony Dufour

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Beschreibung

Découvrez Séoul à travers les yeux de ses habitants !

Séoul, la capitale high-tech de l’Orient extrême, est une star récente du tourisme mondial. Jusqu’aux années 2000, peu de visiteurs tentaient leur chance dans cette jungle urbaine à l’énergie insensée, qui ne s’est ouverte au reste du monde qu’à la fin des années 1980, avec la démocratisation et les Jeux olympiques. Séoul, c’est un choc, un décor violent et radical, où les lumières, les immeubles, les sons, dépassent toujours les doses maximales prescrites. Hollywood en a fait son nouveau terrain de jeu. Les voyageurs occidentaux une conquête. Mais le choc visuel peut tourner court. Séoul semble n’avoir ni queue ni tête. On s’épuise le long de rivages insensés, qui ignorent la différence entre mer et rivière. On se perd entre des tours qu’on a l’impression de voir partout. Comprendre comment cette drôle de ville organise la frénésie de ses habitants demande du temps, des rencontres, du partage. C’est justement le projet de ces Portraits de Séoul.

Dans ce guide d’un nouveau genre, une mosaïque composée d’une douzaine de portraits d’habitants qui donnent à voir la diversité et permettent de comprendre la ville, son cœur, ses émotions, son rythme et ses secrets. Avec Portraits de Séoul, voici les clés de la ville.

Un guide à plusieurs voix rempli d'adresses utiles !

À PROPOS DE LA COLLECTION « VIVRE MA VILLE »

Vivre ma ville, ce sont des livres de voyage avec supplément d'âme. Ils donnent les clés, les conseils, les bonnes adresses, grâce à l'expérience de ceux qui vivent sur place, là où les autres guides se contentent d'auteurs professionnels de passage. Ils offrent aussi des histoires, une chair littéraire par les interviews-portraits d'une dizaine de personnes qui présentent leur lieu de vie. Chaque portrait est un roman. Chaque portrait a un enjeu : comprendre le choix de cette vie-là. Chaque portrait permet aussi au lecteur de s'identifier, et donc de choisir ses destinations en fonction de ses affinités, en fonction du personnage qui résonne le plus en lui.

À PROPOS DE L'ÉDITEUR

Hikari Éditions est un éditeur indépendant, dédié à la découverte du monde. Il a été fondé par des journalistes et des auteurs vivant à l'étranger, de l'Asie à l'Amérique du Sud, souhaitant partager leur expérience et leurs histoires au-delà des médias traditionnels.

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Seitenzahl: 354

Veröffentlichungsjahr: 2016

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PORTRAITS DESÉOUL

Minju Song et Anthony Dufour

PORTRAITS DE SÉOUL

par Minju Song et Anthony Dufour est un livre de la collection Vivre ma ville.

Directeur de la publication : Anthony Dufour.

Édition : Marie Duchaussoy.

Maquette et mise en page : Katarina Cendak.

Imprimé en France par Printachats.

Distribution et diffusion : Les Belles Lettres DD & CED-CEDIF.

Couverture illustration originale © Stéphanie Lapointe/Seuseulo.

Photographies pages intérieures : Portraits © Anthony Dufour sauf Ida Daussy © Yoon Kyung Il. Nos remerciements aux établissements qui ont cédé leurs images à titre gracieux. Adresses : Gwangsoo © Dealim Museum © Hakrim Dabang Bokyoung © National museum of Korea © Su Karaoke © Namisum © Anthony Dufour (Myeongdong) Héloïse © Bupyeong History Museum © Oliver Sweet © Namisum © B1 © Bongwonsa © Jiyugaoka Ida © Nanta © Jump © Lotte Folk Museum ©Anthony Dufour (Bukchon, Namaemun Marcket) Gonne © Gentle monster © Ryugaheon © Sumdo © Anthony Dufour (Namdaemun Marcket) Karim © Club Ellui © Ganggangsulle © Poom Seoul © Seodaemun History Museum © Anthony Dufour (Bukchon, Gwangjang Market, épicerie avec terrasse) Michael © Jongmyo © Anthony Dufour (Cheonggye-cheon) Jungsikdang © Anthony Dufour (Bongeungsa, Pierre Gagnaire, Myeongdong, Insadong, DMZ, Bukchon, Namdaemun market, Houston) © Ibis Ambasssador © Sopoong Guest House Olivier © Second Kitchen © Congdu © Once In a Blue Moon © Topcloud © Banyantree Moonbar Seoul © Anthony Dufour (Myeongdong) Minju © Icelink Lotte © Second Kitchen © Mudaeryuk © Å-land Fabien © Drawing Show © Club Octagon Franck © To-be © Anthony Dufour PC Bang. Tous droits réservés.

Hikari Éditions

4, avenue Foch, 59000 Lille (France).

www.hikari-editions.com

© Hikari Éditions, avril 2016.

ISBN 978-2-36774-044-7

ISBN 978-2-36774-095-9 (ebk)

ISSN 2265-3082

Dépôt légal : avril 2016.

Toute reproduction partielle ou intégrale, faite sans l’accord préalable et écrit de l’auteur et de l’éditeur, est strictement interdite. Il en est de même pour la traduction, l’adaptation ou la transformation, l’arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque (article L. 122-4 du Code de la Propriété intellectuelle). La copie sur support papier à usage privé de ces différents objets de droits est autorisée conformément à l’article L122-5 du Code de la Propriété intellectuelle. Aucun guide n’est parfait, des erreurs se sont peut-être glissées dans celui-ci malgré tout le soin apporté à la rédaction comme à l’édition. Des informations peuvent également avoir été modifiées entre l’écriture de ce guide et le moment où le lecteur le prend en main. Séoul est une ville où tout change très vite… Merci de nous suggérer toute correction utile que nous pourrions intégrer dans la prochaine édition en nous écrivant à [email protected].

VIVRE MA VILLE

Portraits de Séoul de la collection Vivre ma ville est un livre dans lequel ceux qui vivent dans la cité vous en donnent les clefs. Mieux qu’un guide de tourisme, nous allons dresser ici une douzaine de portraits à la première personne, dans lesquels vous découvrirez l’histoire de celles et ceux qui vivent ou qui ont choisi de vivre à Séoul.

Chaque voyage, chaque départ, a sa propre histoire. On s’exile ou l’on reste par amour, pour travailler, pour fuir, pour découvrir, parce qu’on a ce choix et parfois parce qu’il n’y a pas d’alternative. C’est une aventure permanente qui a un immense mérite pour celui qui la vit : ouvrir les yeux.

Certains de celles et ceux que vous allez découvrir dans les prochaines pages sont des personnalités séoulites, d’autres, de parfaits inconnus dans la ville. Pour ce livre, nous avons pris le temps d’écouter leur histoire. Au travers d’elles, ce sont les contours de la ville qui se précisent, la mosaïque des portraits dessine Séoul.

L’objet littéraire qui suit est donc hybride : entre le récit et le guide pratique, c’est un livre de voyage. Il s’adresse aux visiteurs, aux touristes et à ceux qui veulent vivre à Séoul. Il parle à celles et ceux qui sont curieux et veulent trouver des idées dans les parcours de leurs semblables.

Ce livre a été écrit en toute indépendance. Les lieux proposés dans ces pages sont ceux des invités des auteurs, ceux qu’ils partagent avec le lecteur dans la plus grande liberté, en toute subjectivité.

Enfin, petit avertissement : les histoires que vous allez découvrir sont parfois fortes, brutales, dérangeantes. Elles pourraient même vous décourager d’aller visiter Séoul. Mais nous avons choisi de les partager sans fard, car elles participent de l’âme si particulière de la ville. Une ville où tout va trop vite, trop fort, et c’est bien pour cela qu’il faut la visiter.

CONTENTS

FABIEN YOON

FRANCK LEROY

GONNE CHOI

HÉLOÏSE PESCHARD

KARIM KHOUIDER

BOKYOUNG YUN

IDA DAUSSY

GANGSEO LEE

MICHAEL ELLIOTT

OLIVIER MOUROUX

GWANGSOO KIM-JHO

MINJU SONG

ANTHONY DUFOUR

SE REPÉRER À SÉOUL

SÉOUL PRATIQUE

GLOSSAIRE CULINAIRE

«Ma mère est d’origine vietnamienne. Mon père est breton. Moi, je suis parisien, né à Paris, je suis un enfant du 14e. Mon nom, c’est Corbineau, mais Yoon, le nom de ma mère, ça sonne plus coréen, alors je l’ai adopté ici.

En fait, je suis passionné de Corée depuis tout petit, à cause du taekwondo. J’ai commencé à le pratiquer quand j’avais 5 ans. C’est ma mère qui a choisi ce sport pour moi. Elle me trouvait trop fragile, pas assez dur, alors elle a cherché un sport de combat et le plus proche de la maison, c’était le taekwondo. Forcément, je n’aimais pas ça. Au début je pleurais en allant au dojang. Je voulais faire du foot. Je ne voulais pas me prendre des coups. Et puis, au fur et à mesure, j’ai aimé de plus en plus, j’ai commencé à faire de la compétition dès 8 ans. J’ai eu ma ceinture noire à 10 ans. J’étais souple, j’avais les qualités physiques pour ce sport. C’est vraiment devenu une passion, je m’entraînais tous les jours, je faisais des compétitions tous les week-ends. À partir de 14 ans, j’ai intégré l’équipe de France, je voyageais partout en Europe… C’est comme cela que la Corée est entrée dans ma vie. Parce que le taekwondo, c’est d’abord la Corée. Le drapeau est dans la salle. Les valeurs du taekwondo sont les valeurs des Coréens : le respect des aînés, des gradés, le courage, le travail. Tous les ans, un maître coréen venait animer un stage. Et j’ai commencé à regarder des drama (드라마), à écouter de la musique coréenne, à lire des livres sur la Corée… Bref, je me suis pris de passion pour la Corée. Au bout d’un moment, aller en Corée était devenu une obsession. Mais il me fallait de l’argent pour ça.

En 2006, je me promenais à Châtelet avec ma copine et un photographe nous a abordés. Il voulait qu’on « fasse un essai ». Et voilà comment j’ai commencé à faire du mannequinat. C’est grâce à ce travail que j’ai enfin pu m’offrir le voyage en Corée. Je pensais rester trois mois, j’avais trouvé un petit contrat comme mannequin. J’allais tous les matins m’entraîner avec mon maître de taekwondo. Tout se passait mieux que dans mes rêves ! J’ai même rencontré une copine avec qui ça a bien marché tout de suite. Je n’avais plus du tout envie de rentrer en France. J’avais 20 ans. Mon père venait de mourir. Une blessure avait brisé mon rêve de J.O. en taekwondo. J’avais besoin de ce changement. La Corée m’a permis cette nouvelle vie.

Dès le début, j’ai eu pas mal de travail à Séoul. Certains croient que je suis à moitié coréen, d’autres ne voient pas mon métissage asiatique, ça dépend. La couleur des cheveux peut tromper aussi. En tout cas, mon physique a bien fonctionné et j’ai pu gagner ma vie très correctement. Je me suis aussi mis au coréen. Ma copine ne parlait pas bien l’anglais, alors ça motive à apprendre.

Voilà le tableau. Je faisais du taekwondo. J’avais une copine avec qui cela devenait sérieux. J’avais plein d’amis. Je travaillais bien alors que la crise commençait à toucher la France. J’avais un appartement. J’ai acheté un sofa. Et voilà un jour je me suis dit : « Mince, j’habite ici ! »

Ma notoriété en Corée a décollé avec des émissions de télévision. Virusmartien (화성인 X 파일) sur le câble, qui présente des gens un peu particuliers. Et Je vis tout seul (나 혼자 산다), une émission assez connue de la grande chaîne MBC. Ils m’ont filmé au marché, au temple, au taekwondo, chez moi faisant à manger, dans ma chambre (je dors par terre), en train de manger épicé ou de faire le ménage moi-même… Ils ont vu que je vivais comme un Coréen. Ça m’a fait une bonne pub. Je crois que j’ai fait beaucoup d’efforts pour m’intégrer. J’évitais même les étrangers. Je progressais en coréen. J’allais boire avec les collègues le soir sans rien comprendre, mais je riais quand ils riaient, sans savoir pourquoi. Alors les gens ont été très accueillants avec moi, ils ont apprécié mes efforts. Moi, je trouve ça dingue que parfois les gens ne respectent pas le pays où ils viennent. Retirer ses chaussures quand on va chez quelqu’un, c’est le minimum, ici, mais certains ne le font pas.

C’est facile de se faire des copains en Corée. Les gens que j’ai connus dans les premiers temps, au travail, au taekwondo, sont toujours mes amis aujourd’hui. C’est facile aussi de se faire des copines. J’ai rencontré la mienne deux semaines après mon arrivée… Je rentrais chez moi, elle est venue me parler dans la rue… Elle m’a demandé mon téléphone. Ça arrive assez souvent ! Et pourtant, elle, elle était très timide ! Je rentrais du taekwondo. Elle m’a dit : « J’ai eu une bonne impression en te voyant. » On a juste échangé nos numéros. On s’est mis à s’envoyer des messages avec des traducteurs automatiques horribles. C’était chaotique. Et c’était drôle. On s’est revus deux semaines plus tard, et on est resté un an et demi ensemble. Le fait de faire des efforts pour se comprendre, c’était très amusant. On faisait plein de choses tous les deux. Elle était plus âgée que moi, elle travaillait dans une banque. En fait, à partir du moment où on a réussi à bien se comprendre, ç’a été plus difficile. On a commencé à s’engueuler. Et puis je pense qu’elle commençait à avoir une pression pour le mariage, elle avait 28 ans. En Corée, ce n’est pas loin de la date de péremption. Moi j’avais 23, je n’étais pas prêt. C’est triste, mais ça reste un très bon souvenir.

Depuis que je suis tout petit, je rêve d’être acteur. Ma mère travaille dans ce milieu-là, ma sœur aussi. J’ai pris des cours à Paris dès l’adolescence. Parfois ma mère m’emmenait sur les plateaux et j’ai pu me retrouver devant les caméras quand il fallait un enfant à l’image, par exemple dans le feuilleton Navarro. Un jour, mon agent coréen a reçu un coup de fil. Un acteur étranger avait fait faux bond à une production à Séoul. C’était une urgence. Il fallait dire quelques lignes en anglais, ils m’ont fait passer le casting par téléphone. Et je me suis retrouvé face à un acteur très connu en Corée, à jouer trois scènes dans un grand feuilleton. Là, je me suis dit : « Merde, si tu es meilleur en coréen, tu peux faire ça ! »

Ce jour-là, quand je suis rentré chez moi, dans la voiture, j’ai complètement pété les plombs. Je n’ai plus eu que cela en tête, tous les jours. J’ai pris des cours de perfectionnement en coréen et des cours de comédie à Séoul. Car la manière de jouer la comédie, ici, c’est très différent de ce qu’on apprend en France. En fait, il faut exagérer toutes les émotions au maximum. Au début, on me faisait refaire toutes les scènes en me disant d’être dix fois plus expressif, alors que moi j’avais déjà l’impression d’avoir surjoué. En France, on te dit de ne surtout pas surjouer. Ça doit venir de l’intérieur alors qu’ici, en Corée, une scène où tu dois pleurer, il faut hurler, s’écrouler, avec des grosses larmes, et toute la gamme des émotions doit être exagérée, tout est pareil. En France, on peut jouer une scène de colère juste avec un regard. J’ai dû tout réapprendre, à la coréenne.

Je suis rentré dans une troupe de théâtre. J’ai même été le premier « blanc » à jouer du théâtre en coréen. J’ai eu un rôle pendant douze épisodes dans un drama historique, on tournait trois épisodes tous les jours. J’ai découvert tous les plateaux de cinéma, ils ont recréé des villes anciennes coréennes entières… Incroyable.

Au théâtre, j’ai vécu en troupe pendant un an, avec des Coréens. Ce fut l’année la plus difficile de ma vie. J’étais le plus jeune. Au début, ils m’ont fait vivre l’enfer. Quand j’arrivais, je devais balayer. S’il y avait une course à faire, c’était pour moi. Je m’en suis pris plein la tête. L’actrice la plus âgée de la troupe m’en a particulièrement fait baver. Je me suis dit que, vraiment, avant cette année-là, je ne connaissais rien à la culture coréenne. Je me suis pris tellement d’insultes… Dans le milieu du théâtre et du cinéma, la culture coréenne de la séniorité est exacerbée : si un acteur a trois mois d’expérience de plus, tu ne peux rien lui dire.

드라마 Drama

C’est quasiment une religion : les drama. Ces feuilletons télévisés occupent une grande partie de l’antenne des chaînes coréennes. Ils sont produits comme les telenovelas brésiliennes, ils épousent des thèmes forts de la société : la famille, l’ascension sociale, les rapports amoureux, etc. Au programme : mensonges, trahisons et rebondissements improbables. Chaque semaine, les scénaristes réécrivent les épisodes suivants qui sont ajustés en fonction des audiences, puis tournés et montés en quelques jours. Les chaînes les plus importantes possèdent leurs propres studios, constituant une grande industrie dont les succès majeurs sont exportés en Chine, au Japon et dans toute l’Asie du Sud.

J’avais une scène avec l’actrice âgée. J’étais beaucoup plus grand qu’elle. J’ai voulu lui simplifier les choses et je lui ai proposé de descendre un peu. Elle a pris une chaise et a commencé à me frapper, en hurlant : « Mais c’est qui celui-là qui arrive et qui croit tout connaître ! ». Il y a aussi eu des insultes, des plats de nouilles ont volé… Mais j’ai appris à la fermer, à tenir mon rang, c’est tout. C’était très dur. Je pleurais le soir. On vivait ensemble. On ne rentrait pas forcément chez soi le soir. J’ai beaucoup appris sur la Corée et sur les Coréens. Bien sûr c’était douloureux. Mais lorsque l’on vient s’installer quelque part, la vie n’est pas à la carte. Il faut prendre les bons comme les mauvais côtés du pays. Il faut apprendre à accepter. Et, paradoxalement, je me suis senti très coréen. Si la Corée veut encore franchir une étape de développement, j’émets un avis personnel : j’espère qu’elle va évoluer sur ce plan-là. Il y a tellement de jeunes qui ont plein d’idées et qui sont bloqués par leur hiérarchie ou par ce système, c’est dommage. Pourtant moi aussi maintenant, quand je travaille avec des plus jeunes, à mon tour je joue de mon autorité !

Aujourd’hui, huit ans après mon arrivée, je me sens intégré. Je connais mieux Séoul que Paris. Mon but, c’est qu’on me reconnaisse comme un bon acteur, que je puisse avoir de beaux rôles, pas seulement jouer l’étranger de service. J’aimerais aussi faire des films d’action. Je n’ai jamais donné un seul coup de pied face à une caméra, alors que le taekwondo, c’est tout de même ma spécialité.

La Corée s’est ouverte aux étrangers : avoir son visa est plus simple, dans leurs bureaux les panneaux sont en anglais, quand on va au sauna, on ne déclenche plus de situation gênante, il n’y a plus de problème… J’ai pensé à la naturalisation. J’en ai la possibilité. J’y réfléchis. S’il le faut, je suis même prêt à faire le service militaire, pour me faire accepter. Je pense avoir déjà vécu pire que le service militaire dans ce pays. Ma vie est ici. La culture coréenne est en moi. Si ça peut m’aider ici… Et si un jour, je me sens plus coréen que français, il faudra le faire, devenir coréen. C’est encore un peu vague, je me sens encore français, mais peut-être qu’un jour… »

OREA ITSEODO GOENCHANNA

오래있어도 괜찮아

Café bibliothèque

Ce « book café » est très différent de tous les autres puisque c’est une sorte de bibliothèque où l’on vient seulement pour étudier ou lire des livres. Il y a plein de livres que l’on peut emprunter sur place, dans une ambiance super calme et reposante. On peut même faire scanner des livres à la caisse. Le Wifi est gratuit. En coréen, le nom du café signifie « ça va même si tu restes longtemps ». C’est vrai ! Il vaut mieux éviter la période des examens universitaires (fin avril, fin juin, fin octobre et fin décembre) car les étudiants squattent les lieux c’est bondé.

3 Wausan-ro 0-gil,Mapo-gu

서울특별시 마포구 와우산로 0길 3

Près de la station Sinchon(신촌) et Hongik University (홍대입구)

Tél. : 070-4253-8098

Ouvert tous les jours du 10 h à minuit.

MANGWON HANGANG PARK

망원 한강 공원

Parc urbain, pique-nique

Sur le bord de la rivière Han (Hangang), on dénombre onze parcs de l’amont à l’aval. Et celui de Mangwon est le plus proche de chez moi. Il est placé entre le pont Wonhyo et Seongsan. C’est l’endroit idéal pour faire un pique-nique « chimaek » (abréviation des mots chicken (poulet en anglais) et maekju, qui veut dire bière en coréen). Ce que j’aime bien, c’est faire livrer des plats sur la pelouse du parc Mangwon, ça marche sans problème ! Super balade à pied ou à vélo. Super vue sur le pont Seongsan la nuit. C’est un des rares endroits où l’on peut avoir un peu de fraîcheur, même dans l’été étouffant de Séoul.

467, Maponaru-gil, Mapo-gu

서울특별시 마포구 마포나루길 467

Près de la station Mangwon (망원)

Ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

CLUB OCTAGON

옥타곤

Boîte de nuit

C’est sûrement le meilleur club de Séoul (voire d’Asie !). L’endroit est énorme, sur trois étages. On s’y perd facilement. À côté de la scène, énorme, il y a aussi des salles privées pour les VIP. Beaucoup de célébrités coréennes et de mannequins étrangers y font la fête le week-end.

1/B2 NewHilltopHotel152 Nonhyeon-dong,Gangnam-gu

서울시 강남구 논현동 152. 뉴힐탑호텔 B1/B2

Près de la station Hakdong (학동)

www.cluboctagon.co.kr

Ouvert de 22 h à 6 h, jeudi, vendredi et samedi.

YETI

예티

Cuisine népalaise

Super déco, super nourriture, on peut voir des films et des clips vidéos indiens et népalais sur l’écran géant de la salle. Ambiance 100 % Népal garantie. Propriétaire et cuisiniers népalais qui parlent très bien coréen.

10, Tojeong-ro 5-gil, Mapo-gu

서울특별시 마포구 토정로 5길 10

Près de la station Hongik University (홍대입구)

Tél. : 02-325-0745

www.facebook.com/yetifoods

Ouvert tous les jours 11 h à 2 h.

WIFEC

와이프씨

Tteokbokki

On y prépare les tteobokki, ces bâtonnets de pâte de riz, directement sur votre table. C’est très typique en Corée : quand vous passez votre commande, par exemple du haemul tteobokki (tteobokki avec des fruits de mer) pour deux personnes, on vous ramène une grande casserole sur le camping-gaz, avec tous les ingrédients dedans. Après vous la cuisinez vous-même. Il y a aussi le cheesetteobokki… Etc. Et c’est très bon marché (4 500 ₩ par personne). Vous pouvez aussi ajouter le riz sauté (2 000 ₩ à 2 500 ₩), un peu comme un « dessert » salé. On prépare le riz sauté dans votre casserole vide avec la sauce qui reste.

40-8, Jandari-ro 6-gil, Mapo-gu

서울특별시 마포구 잔다리로 6길 40-8

Près de la station Hongik University (홍대입구)

Tél. : 02-323-2716

Ouvert de 11 h 30 à 21 h. Fermé lundi.

CHEONGDAM SUNDUBU

청담 순두부

Sundubu

Le sundubu est une soupe de tofu non-caillé, c’est un plat servi très très chaud. On le prépare dans une petite marmite en terre cuite avec le riz croustillant. C’est succulent ! Le brouillon chaud se mélange avec le tofu doux. Dans ce restaurant, ils ne font pas que sundubu, on peut aussi manger d’autres plats coréens différents comme galbi, de la viande marinée et grillée, ou gimchijeon, des galettes de kimchi.

18, Dosan-daero 51-gil, Gangnam-gu

서울특별시 강남구 도산대로 51길 18

Station Apgujeong Rodeo (압구정로데오)

Tél. : 02-545-4840

Ouvert 24 heures sur 24.

HYANGMI

향미

Plats coréens familiaux

Le restaurant est caché dans les ruelles de Hongdae. Comme la clientèle principale est étudiante, les prix sont raisonnables (5 000 ₩ à 6 000 ₩), le riz est à volonté et les petites assiettes d’accompagnement sont très bien servies. Le patron vient de Pusan, et il est très sympa. D’ailleurs, on ne voit pas d’étrangers là-bas. Les menus sont vraiment typiques comme budae jjigae (부대찌개, littéralement soupe de l’armée) ou gogalbi baekban (고갈비 백반, maquereau grillé en sauce).

3-24, Hongik-ro, Mapo-gu

서울특별시 마포구 홍일로 3-24

Près de la station Hongik University (홍대입구)

Tél. : 02-3141-3195

CHARLES GIMBAP

찰스 김밥

Gimbap

Pour les Coréens, le gimbap est un peu comme le sandwich pour les Français. Et ce petit restaurant de gimbap est devenu très très célèbre grâce à l’Internet – mais je le connaissais bien avant son succès populaire ! Dans le rouleau de riz couvert d’une feuille d’algue, on met de la viande grillée (sutbulgalbi) et une sauce de piment. Ce gimbap est le meilleur des meilleurs ! Ça s’appelle « sutbulgalbi gimbap ». Il coûte 4 000 ₩, mais il est énorme comme mon bras. On n’a plus faim après. Si vous voulez que ce soit encore meilleur, saucez-le dans le tteobokki. Hmm !

187, Donggyo-ro, Mapo-gu

서울특별시 마포구 동교로 187

Près de la station Hongik University (홍대입구)

Tél. : 02-334-1692

Ouvert de 9 h à 21 h. Fermé dimanche.

BOOK CAFÉ JAEUM & MOEUM

자음과 모음

Café-librairie

Hapjeong est un quartier où se sont regroupés les sièges de maisons d’édition. Alors il y a beaucoup de cafés librairies, au sein même de ces maisons d’édition, avec une bonne ambiance et beaucoup de livres. Le book café de Jaeum & Moeum (qui veut dire Consonnes & Voyelles) est un de mes préférés, je m’en sers un peu comme bureau. On peut acheter des livres, mais aussi étudier dans un cadre sympa et calme. Il y a même une microterrasse extérieure, avec quelques tables. Il faut éviter le week-end, comme souvent, c’est bondé.

49, Yanghwa-ro 6-gil, Mapo-gu

서울특별시 마포구 양화로 6길 49

Près de la station Hapjeongg (합정)

Tél. : 02-333-1775

Ouvert de 7 h 30 à 1 h, tous les jours.

1ST SHOP OF COFFEE PRINCE

커피 프린스 1호점

Décor de série télé, café

Si vous avez déjà vu la fameuse série coréenne homonyme (커피프린스 1호점 ou CoffeePrince 1 hojeom), c’est une visite indispensable. Pour ceux qui ne connaissent pas cette série, je vous la conseille. C’est la très jolie histoire d’une fille qui doit se déguiser en garçon pour travailler dans un café où seuls les garçons peuvent bosser, et où le patron fait semblant d’être gay pour éviter un mariage arrangé. Le feuilleton a eu un énorme succès. C’est dans ce café que la série était tournée et le décor est resté exactement le même. C’est plutôt connu et donc touristique, malgré cela je recommande d’y aller. Là aussi, éviter le week-end, car il y a toujours énormément de touristes.

5, Wausan-ro 29-gil, Mapo-gu

서울특별시 마포구 와우산로 29길 5

Près de la station Hongik University (홍대입구)

Tél. : 070-8234-1645

Ouvert tous les jours 9 h à 23 h.

OKSANG DALBIT

옥상달빛

Café sur un toit

C’est un bar terrasse, super l’été. On est sur le toit. Le menu principal est le chicken, leur spécialité le Dalbit Chicken, c’est du poulet frit. Blindé, comme tous les bars de Hongdae durant le week-end, mais sympa en semaine. Parfait pour prendre une bière ou un verre de soju après une longue journée (de travail ou de visites).

2, Wausan-ro 13-gil, Mapo-gu

서울특별시 마포구 와우산로 13길 2

Près de la station Sangsu (상수역)

Tél. : 02-3143-4785

Ouvert de 17 h à 4 h 30, tous les jours.

LOUNGE&CLUB MOVE

라운지 클럽 무브

Club, boîte de nuit

Il se trouve dans la rue qui monte vers la mosquée. C’est un club récent, mais il y a une super ambiance, de la bonne musique avec les meilleurs DJ coréens et étrangers. C’est l’un des seuls clubs d’Itaewon où la population est mixte : des étrangers et des Coréens.

B1, 22, Bogwang-ro 60-gil, Yongsan-gu

서울특별시 용산구 보광로 60길 22 지하 1층

Près de la station Itaewon (이태원)

Tél. : 010-5067-4050

blog.naver.com/clubblog

Ouvert de 21 h à 6 h, du mercredi au samedi.

MONT DOBONGSAN

도봉산

Journée au vert

Je vous emmène sur une petite montagne de 740 mètres d’altitude. C’est ma montagne préférée à Séoul, parce que je trouve super que l’on puisse faire une randonnée au milieu d’une ville. Prévoyez environ une demi-journée et de bonnes chaussures. Moi, j’achète des bouteilles d’eau, des gimbap, des tteok (gâteaux de riz) pour les manger une fois arrivé au sommet. Je vous promets une superbe vue ! En redescendant, vous passerez par un quartier avec plein de petits restaurants où vous pouvez manger super bien pour pas cher ! À ne pas manquer !

955, Dobong-ro, Dobong-gu

서울 도봉구 도봉로 995

Près de la station Dobongsan (도봉산) (ligne 1)

Tél. : 02-900-8086

tour.dobong.go.kr/Contents.asp?code=10003484

VÉLO À TTUKSEOM

한강뚝섬유원지

À vélo, le long du fleuve

On peut emprunter des vélos à la journée et partir faire un grand tour en suivant la piste cyclable le long de la rivière Han. Super parcours à faire avec des amis (plutôt sportifs).

427-1, Jayang-dong, Gwangjin-gu

서울특별시 광진구 자양동 427-1

Station Ttukseom Resort (뚝섬유원지)

Tél. : 02-3780-0736

DRAWING SHOW

드로잉쇼

Spectacle

C’est un spectacle sans paroles très sympa. Comme le nom l’indique, les artistes dessinent sur scène par des mouvements dynamiques. Les artistes dessinent super bien et on ne s’ennuie pas pendant le show.

2e étage, Kyunghyang Newspaper Building, JeongDong 22 Jung-gu

서울특별시 중구 정동 22 경향신문빌딩 3층

Station Seodaemun (sortie 5 서대문) ligne 5

Tél. : 070-4070-8336

Réservation : originaldrawingshowgmail.com

www.drawingshow.com

Ouvert de 15 h à 20 h, tous les jours.

KYO BAKERY

쿄베이커리

Boulangerie

C’est le meilleur pain que j’ai mangé à Séoul. Un peu cher (environ 4 500 ₩), mais ils font des pains aux céréales ou au fromage assez originaux. Leurs spécialités sont les pains japonais, comme le pain au melon, la baguette fourrée au lait concentré sucré et au fromage. Tout est assez original, dépaysant pour ceux qui sont habitués aux boulangeries classiques françaises.

317-7 Sangsu-dong, Mapo-gu

서울특별시 마포구 상수동 317-7

Station Sangsu (상수)

Tél. : 02-794-5090

Ouvert 10 h à 22 h, tous les jours.

Å-LAND

에이랜드

Mode homme

Å-Land a maintenant plusieurs boutiques franchisées mais j’ai d’abord connu ceux de Hongdae et Myeongdong. C’est un des rares magasins qui propose des vêtements adaptés aux tailles des étrangers (longueur des bras et jambes). C’est une sorte de concept store de mode qui présente des vêtements et des accessoires de différents designers. La déco est sympa et le prix raisonnable.

>> 53-6, Myeong-dong 2-ga, Jung-gu

서울특별시 중구 명동2가 53-6

Près de la station Myeongdong (명동)

Tél. : 02-3210-5890

Ouvert de 10 h 30 à 22 h 30.

>> 29, Yanghwa-ro 16-gil, Mapo-gu

서울특별시 마포구 양화로 16길 29

Près de la station Hongik University (홍대입구)

Tél. : 02-3210-5882

Ouvert de 11 h à 23 h.

www.a-land.co.kr

CRE.8

크리에이트

Mode homme

Une boutique spécialisée en mode masculine. Les prix sont raisonnables et vous avez beaucoup de choix. Si vous souhaitez apprendre le style vestimentaire urbain des jeunes Coréens, c’est là qu’il faut vous rendre.

26, Wausan-ro 29na-gil, Mapo-gu

서울특별시 마포구 와우산로 29나길 26

Station Hongik University

(홍대입구)

Tél. : 070-8882-0284

www.cre88.co.kr

Ouvert de 13 h à 23 h, tous les jours.

«Quand j’étais jeune, on me posait toujours la même question : « Tu viens d’où ? De Chine ? Du Japon ? » Et moi je répondais la Corée. Mes parents m’avaient expliqué très tôt que j’avais été adopté en Corée, « un pays lointain ». Un pays qu’ils ne connaissaient pas, mais dans lequel ils ont eu l’opportunité d’adopter, par pur hasard. Donc, moi, je répondais à cette sempiternelle question que je venais de Corée, même si c’était parfaitement abstrait. Et alors on me demandait presque systématiquement : « De Corée du Nord ou de Corée du Sud ? ». Je répondais « du Sud », sans avoir, là encore, la moindre idée de ce que cette réponse signifiait.

Je n’avais pas conscience de la différence que les autres voyaient en moi. Vers 10 ans, seulement, cette question est devenue plus présente. Les autres enfants voyaient mes yeux bridés, mes cheveux noirs. Je suis différent des autres. Il faut imaginer que je vivais à Douai, c’est la province, ce n’est pas Paris, il n’y a pas beaucoup d’Asiatiques, même si dans mon école il y avait trois adoptés coréens. On est la génération 82/88, le pic de l’adoption en Corée. À Douai, j’étais dans une école musicale, et d’autres familles qui avaient adopté en Corée avaient fait le même choix. C’est pour cela que les petits Coréens étaient un peu regroupés. J’ai même eu une autre adoptée coréenne dans ma propre classe. Et d’ailleurs, on ne s’entendait pas du tout. Je pense qu’à l’époque je faisais un blocage sur les Asiatiques. Je ne parviens pas vraiment à l’expliquer. La tendance s’est inversée à partir de 15/16 ans. Alors, j’ai commencé à vraiment m’intéresser à l’Asie. Surtout au Japon sous l’influence des séries japonaises d’animation, du Club Dorothée qui en diffusait, puis des mangas, et même du rock japonais que j’avais découvert.

En 2002, j’avais 18 ans. Il y a eu la Coupe du Monde en Corée et au Japon. C’est à ce moment que j’ai commencé à me rapprocher de la Corée. Ce rapprochement a été favorisé par un déclic familial. J’ai une grande sœur, elle aussi adoptée en Corée, et elle avait décidé d’aller vivre pendant un an à Séoul. Elle avait trouvé une place de fille au pair, chez l’Ambassadeur de France. C’est un choix qui m’avait marqué. Hélas pour elle, cela s’est très mal passé avec l’épouse de l’Ambassadeur. Elle a préféré partir, elle n’est finalement restée que dix jours là-bas. Mais elle a gardé le lien avec le pays, et elle s’est mise à y retourner régulièrement. Et à me raconter des tas d’histoires sur la Corée.

Après ma licence, tout à coup, j’ai eu envie d’essayer d’apprendre le coréen. Je ne connaissais toujours pas le pays, je n’y étais jamais allé. Et je n’avais pas d’information sur mes origines.

소주 Soju

Petite bouteille verte que l’on trouve sur toutes les tables coréennes, le soju est un alcool de… De rien ! C’est juste de l’alcool. Certes, à l’origine, il provenait de la distillation du riz… Mais aujourd’hui on peut en faire avec n’importe quelle sorte d’amidon (pomme de terre, blé, tapioca, etc.). Certains trouvent une ressemblance avec la vodka. Le soju de tous les jours titre 20 % d’alcool. Il est consommé dans des petits verres, jusqu’à l’ivresse et selon un protocole savant. Les plus jeunes servent les plus anciens. On trinque en abaissant son verre sous le niveau des aînés. Les femmes, elles, servent tout le monde, du plus jeune au plus vieux. Le soju est un produit industriel, la bouteille coûte environ 1 500 ₩ pour 50 cl. De petites tentatives de fabrication de soju artisanal apparaissent ces dernières années, sans rencontrer de véritable succès.

Mes parents m’ont toujours dit qu’ils ne savaient rien. À part que j’étais né à Séoul. C’était d’ailleurs faux, mais tous les adoptés coréens entendent la même histoire, qu’ils sont nés à Séoul… Je ne m’y intéressais pas, voilà tout. Mes parents sont mes parents, ils sont français, voilà. Je n’avais rien à faire en Corée.

Alors, pourquoi apprendre la langue ? Sûrement que je ne m’avouais pas mon intérêt pour le pays. C’était là, sans que je l’assume. Et quand j’ai croisé des Coréens de Corée, des étudiants en échange à l’université de Lille, j’ai eu envie d’apprendre leur langue. Ces étudiants coréens ont été chaleureux avec moi, ils me considéraient presque comme un des leurs ; avec une histoire différente, mais ils m’acceptaient. Je leur apprenais des choses sur la France, ils m’apprenaient des choses sur la Corée. C’est avec eux que j’ai bu mon premier verre de soju (소주) ; c’est avec eux que j’ai appris mes premiers mots, peut-être pas les plus beaux d’ailleurs !

À l’époque, ma sœur avait un petit copain belge, qui était également un adopté coréen. Il revenait de Corée. Il m’a parlé des universités, des plans pour vivre sur place, pour apprendre le coréen. Il était à l’université d’Ehwa. Je me suis immédiatement renseigné sur leur site internet et j’ai été un peu interloqué : c’est une université féminine. Mais il m’a affirmé qu’il n’y avait aucun problème, que je pouvais m’y inscrire… C’est ce que j’ai fait.

J’ai donc débarqué à Séoul, au mois de septembre. Grand choc. Énorme campus. J’étais paumé. Mais pendant mes premières 24 heures, j’ai quand même réussi à ouvrir une ligne téléphonique et un compte en banque. J’ai été aidé par une amie de ma sœur, une Coréenne, qui m’a assisté pour toutes ces démarches. Elle est même venue m’accueillir à l’aéroport. Elle m’a trouvé un logement. J’ai presque l’impression que c’était une deuxième grande sœur. Et je me souviendrai toujours de ce trajet en bus qu’on a fait de l’aéroport jusqu’à ce logement. Des buildings immenses. Des gratte-ciel immenses. Une rivière immense.

Mais le choc le plus important, ce fut de me retrouver entouré de Coréens. En France, je me sentais français, mais j’étais tout de même « visible ». Et là, il n’y avait plus de regards qui se tournaient vers moi. C’était plutôt bizarre. Tout était inversé. Maintenant c’était moi qui regardais les gens ! C’était stupéfiant : ces gens, physiquement, me ressemblaient.

J’ai habité pendant un an dans une hasuk (하숙집), c’est-à-dire une chambre chez l’habitant. Les jeunes, les étudiants, choisissent souvent ce genre de logement, notamment les étudiants étrangers en Corée. J’ai eu la chance de me retrouver dans une hasuk 100 % coréenne. La dame qui m’a accueilli ne parlait pas du tout anglais. J’ai immédiatement baigné dans ce monde totalement coréen, avec une famille et douze étudiants coréens, des garçons et des filles, ce qui est aussi une exception dans le monde des hasuk. Il s’est passé quelque chose pendant cette première année là-bas. Je ne l’oublierai jamais. Et j’ai encore des contacts, notamment via les réseaux sociaux, avec certains d’entre eux.

Le premier soir à Séoul, après avoir posé ma valise, dans le quartier de Sinchon, je décide de sortir pour marcher. J’ai toujours aimé marcher, découvrir à pied. Je mets des écouteurs, je peux faire ça des heures. Je suis tombé sur deux dames qui m’ont abordé. Je n’ai pas du tout compris ce qu’elles me disaient, mais je crois qu’elles étaient perdues, tout simplement. Elles avaient vu un Coréen dans la rue, il leur semblait naturel qu’il allait pouvoir les aider. Mais je ne pouvais pas. Ce fut vraiment un gros déclic, une motivation initiale pour apprendre la langue. C’est peut-être une petite anecdote, mais ces deux dames coréennes ont été importantes pour moi.

Mon année scolaire a duré neuf mois. Ensuite j’ai voyagé un mois avec ma sœur à travers le pays. Et il était temps de rentrer en France. Pourtant, je ne me voyais pas reprendre le cours de ma vie. J’avais fait des études d’informatique et l’idée de me retrouver dans un bureau devant un écran toute la journée n’était plus vraiment supportable. J’ai tenté de continuer des études, de coréen, à Paris cette fois. Et, vraiment, je n’ai pas apprécié Paris. Pourtant c’est une grande ville, c’est formidable. Mais je n’ai pris aucun plaisir là-bas, et je voulais retourner en Corée très vite. Je me suis réinscrit à Ewha, je me suis donné un an pour maîtriser parfaitement la langue, en vivant comme un Coréen. Je me suis renseigné sur le visa F4 qui est accordé aux adoptés, il leur permet de s’installer dans le pays. Il suffit de le valider tous les trois ans et il autorise à rester tant qu’on le souhaite. Le statut d’adopté donne également accès à un système de bourses universitaires. Ainsi, je n’ai pas payé mes études à Ewha, ce qui est une chance incroyable.

Quelques semaines après mon retour à Séoul, j’ai trouvé un petit boulot dans un bar, un odeng-bar, c’est un petit bistrot où l’on sert à boire et une sorte de bouillon dans lequel on cuit des odeng (오뎅), des petits morceaux de pâte de poisson. Tous les clients étaient coréens et le patron voulait vraiment des jeunes étudiants pour assurer le service. C’était l’endroit idéal pour m’imprégner de la culture coréenne, notamment la culture de l’alcool. Les clients étaient ivres. J’étais ivre avec eux… Ils me parlaient de tout. Du travail, de l’éducation… Ça a duré deux ans.

Grâce à ce système de bourse favorable aux adoptés, j’ai pu terminer un master trois ans plus tard. Pendant cette période, j’avais fait du bénévolat pour l’association Holt. C’est la fondation la plus importante qui a organisé l’adoption à l’étranger des orphelins coréens. Je faisais des traductions pour les francophones qui entamaient des démarches pour retrouver leur famille biologique. Le responsable de l’accueil des adoptés est devenu un ami. Lorsqu’il a quitté son poste, il m’a proposé de le remplacer. Et voilà, j’avais un travail.

J’avais moi aussi fait cette démarche. Il y a une émission, à la télévision publique coréenne, KBS (l’équivalent de France 2), qui permet aux adoptés de lancer des messages pour retrouver leur famille biologique. J’y suis passé, mais ça n’a rien donné. Je n’ai pas non plus pu trouver la trace de mes parents biologiques dans les archives des agences d’adoption.

J’ai travaillé six mois à la Holt et j’y ai vu des choses extraordinaires. Des retrouvailles incroyables. C’est très émouvant à vivre. Mais au bout de six mois, c’était devenu assez insupportable pour moi, qui n’ai pas eu la chance de retracer mes origines. Je voyais des enfants retrouver leurs parents, souvent avec difficulté, car ils ne se comprenaient pas. Mais moi, pratiquement bilingue, je ne les avais pas trouvés, alors que je n’aurais pas eu ce problème de communication. C’est d’ailleurs une des leçons de cette période chez Holt : si tu veux retrouver tes racines, le langage est primordial. Sinon, la frustration sera énorme. Tu as plein de choses à dire, et tu ne peux pas les dire. Et un traducteur ne peut pas t’aider pour ça. Sur le moment, les gens sont ravis, émus. Mais après c’est parfois très dur de vivre avec cette nouvelle réalité. Ça génère beaucoup de frustrations.

입양 Adoptés

150 000 enfants coréens ont été adoptés à l’étranger de 1960 à nos jours. Le phénomène est d’autant plus remarquable que l’exil des orphelins a augmenté avec le développement économique du pays. Le conservatisme de la société coréenne, qui ne tolère pas les familles monoparentales, ou le divorce sont à l’origine de ces abandons massifs. Ces enfants deviennent difficilement adoptables dans une société où le lien du sang légitime est nécessaire pour former un clan. Beaucoup de ces enfants ont été adoptés aux États-Unis, car les fondations organisant l’adoption en Corée sont essentiellement américaines. Mais plus de 20 000 ont également été accueillis en France. On peut citer parmi ces adoptés Jean-Vincent Placé, le sénateur écologiste, l’ex-ministre socialiste Fleur Pellerin ou encore Pierre Sang Boyer, gagnant de l’émission Top Chef. Depuis le début des années 2010, le gouvernement coréen dresse des barrières à l’adoption internationale des petits Coréens.

Cette période a été très forte, vraiment, et très difficile. J’étais entre deux émotions, celle des adoptés et celle des familles. Quand je parvenais à retrouver les parents biologiques, mon rôle était plutôt agréable, c’était une bonne nouvelle pour tout le monde. C’est arrivé au moins une trentaine de fois. C’est énorme, connecter trente familles qui ne se connaissaient pas ! J’ai entendu des choses incroyables. L’abandon d’un enfant, c’était, dans chacune de ces familles, un secret depuis des dizaines d’années. J’étais enquêteur, psychologue, conseiller. Mais quand je n’y parvenais pas, je devenais le bouc émissaire de cet échec. Aider les adoptés, c’est génial mais quand on est soi-même adopté, ça détruit peut-être un peu aussi. J’ai décidé d’arrêter, avec beaucoup de tristesse, mais en même temps ça m’a libéré. D’ailleurs, je pense qu’aujourd’hui ce poste à la Holt n’est plus occupé par des adoptés, pour qui il est peut-être plus difficile à assumer.

Mes parents ont toujours accepté mes choix, ils m’ont toujours soutenu. Même si je comprenais, par sous-entendus, que ce n’était pas forcément facile pour eux. Ma mère n’était pas heureuse de me voir partir, la distance lui faisait peur. Je pense que cela a été dur. Pour autant, ils m’ont vraiment encouragé dans mes recherches. Mon seul regret, c’est qu’ils ne sont encore jamais venus ici. Mon père a une entreprise et c’est difficile pour lui. Ma mère, cela peut sembler anecdotique, mais elle a une vingtaine de chats… Alors elle ne peut pas les laisser. C’est impossible de les confier à quelqu’un. Ils aimeraient vraiment venir, ils m’ont promis qu’ils le feront un jour.

En Corée, j’ai eu pas mal de petites amies. Toutes coréennes. Ça permet aussi d’avancer dans la langue coréenne. Je ne me suis jamais vraiment engagé, mais je construis ma vie ici. D’ailleurs, je n’ai vécu ma vie d’adulte qu’ici, je n’ai rien bâti ailleurs. En France, j’ai eu des copines, j’ai habité quelques mois à Paris mais finalement j’étais un étudiant, très jeune, sans véritable vie à moi. Je n’ai connu ça qu’en Corée. Et ça crée une différence avec la plupart des Français que je rencontre à Séoul, qui viennent ici après avoir beaucoup vécu à l’étranger. Moi je n’ai pas la même histoire. J’ai quelques amis français, ici, mais finalement assez peu, 90 % de mes amis sont coréens.